CULTE DE SAINT EUSTACHE EN FRANCE ICONOGRAPHIE DU SAINT
Le culte de saint Eustache semble avoir été établi de bonne heure à l’église de Saint-Denis. Baïllet ? nous rapporte que, selon la tradition, le corps de saint Eustache fut transporté, vers le commencement du XIIe siècle ?, de Rome en France et déposé dans l’abbaye de Saint- Denis: % c’est à l’occasion de cette translation que l’abbé Suger # aurait fait bâtir la chapelle du nom de saint Eustache dans l’église de l’abbaye de Saint-Denis. 5 On connaît plusieurs donations du XIIe et du XIIIe siècle en faveur de notre saint, ce qui prouve une dévotion assez répandue. Comme la plus ancienne date de 1123,
1 Les vies des saints, composées sur ce qui nous est resté de plus autentique et de plus assuré dans leur Histoire, etc., t. VI, Nouvelle édition, Paris, 1739, p. 271.
2 L’indication dans la Biographie universelle ancienne et moderne (Michaud) 1855, t. 13, nouvelle édition, s. v. Eustache, que les reliques de saint Eustache ne seraient venues à Saint- Denis qu’en 1194, provient d’une fausse interprétation de la charte citée. Voir pour cette charte l’ouvrage cité ci-dessous de Doublet, p. 318.
8 Cette circonstance explique pourquoi, dans plusieurs manuscrits français (par exemple dans les mss. français 2464, 13.502, 19.530, de la Bibliothèque nationale), la vie de saint Denis est immédiatement suivie de la vie de saint Eustache.
4 Abbé de Saint-Denis de 1122—1151.
5 La plus ancienne mention d’une chapelle à Saint-Denis, dédiée à saint Eustache, que nous avons trouvée date de 1144. Voir Felibien, o. c. ci-dessous, p. 172.
| $ Voir Histoire de l’abbaye de S. Denys en France... Par
F. Jacques Doublet, Religieux de ladite Abbaye. A Paris, chez
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on voit que le culte de notre saint est établi à Saint-Denis dès cette époque. ! Les reliques de saint Eustache furent, par les soins de l’abbé Pierre Ier (abbé de 1219 à 1228), mises dans une châsse d’argent doré, enrichie de pierreries. ? En 1567, cette châsse, ainsi que toutes les autres de la même église, furent dérobées par les Huguenots qui résidaient alors à Saint-Denis, »lesquelles [chasses] toutes ont esté sacrilegees par les mains profanes et impies, voire plus qu'Harpies infernales desdits Heretiques, qui fut une tres signalee perte». Il semble bien toutefois que ces »Harpies infernales» ne se soient intéressées qu'à l'enveloppe elle-même des reliques et qu’elles aient laissé les précieux restes du saint, puisque Doublet lui-même #, en parlant de la chapelle consacrée à saint Eustache dans l’église de Saint-Denis, dit que, de son temps, le corps de ce saint reposait dans une châsse de bois, dorée d’or fin. Felibien® mentionne (en 1706) une manière d’urne, Jean de Hevqueville, ruë sainct Jacques à l’Enseigne de la Paix. M.DC.XXV. Avec privilege du roy, p. 317—18, et Histoire de l’abbaye royale de Saint-Denys en France... Par Dom Michel Felibien, Religieux Bénédictin de la Congrégation de Saint Maur. A Paris, chez Frederic Leonard, Imprimeur ordinaire du Roy, ruë Saint Jacques, à l’Ecu de Venise. MDCCVI. Avec privilege de Sa Majesté, p. 222.
1 On ne possède pas de témoignage attestant un culte plus ancien de notre saint. Il est vrai que déjà Florus, dont le Martyrologium date d’environ 830, l’y a admis (Baiïllet, o. c., p. 270), mais l’admission dans un martyrologe écrit en France ne suppose pas nécessairement un culte déjà établi en France.
? Doublet, o. c., p. 259.
3 Doublet, o.c., p. 319.
5 O.c., p. 538 et 570.
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placée dans ladite chapelle, où l’on avait renfermé des reliques de saint Eustache martyr, et ajoute qu’il y avait en outre, dans l’église de Saint-Denis, un reliquaire de vermeil doré où était enchâssé l’os d’un bras de saint Eustache. Il est vrai qu’il pourrait aussi bien s’agir de nouvelles reliques qu’on se serait procurées après 1567.
Quoi qu’il en soit, bien avant cette catastrophe, quelque fragment des reliques de saint Eustache avait passé de Saint-Denis à l’église paroissiale de saint Eustache à Paris, qui était auparavant sous le vocable de sainte Agnès. 1 C’est dans une charte de 1223 qu’on trouè pour la première fois le nom de l’église de Saint-Eustache. ? Le Roux de Lincy $ se range à la conjecture de l’abbé Lebeuf selon laquelle c’est vers cette époque qu’on a rebâti l’ancienne église à laquelle on aura donné le nom de saint Eustache, après y avoir apporté de Saint-Denis quelques reliques de la châsse de ce saint. 4 Plusieurs siècles plus tard l’église reçut de nouvelles reliques de notre saint. Selon Le Roux de Liney ‘, le cardinal d’Est en envoya, vers 1622, de la part du chapitre de Saint- Eustache de Rome, à l’église de Saint-Eustache à Paris.
1 Baillet, o. c., p. 271.
2 Église Saint-Eustache à Paris, mesurée, dessinée, gravée et publiée par Victor Calliat, architecte, avec un essai historique sur l’église et la paroisse Saint-Eustache par Le Roux de Lincy. Paris, 1850, .p. 2.
8 0.c. à la note précédente, p. 2.
4 La présence de reliques de saint Eustache dans l’église de ce nom est constatée par un inventaire de 1413 et par un autre inventaire qui est antérieur à l’année 1518. Voir Le Roux de Lincy, o. c., p. 16 et 17.
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D'après Laurans Garbet!, ce serait le pape Grégoire XIII (faute pour XV) qui les aurait envoyées en 1621. Comme Garbet était paroissien de Saint-Eustache et témoin oculaire de la grande procession qui eut lieu lors de cette translation — »la presse y estoit incrovable» — son témoignage est digne de foi, et on est disposé à croire au bien fondé de la date plus précise qu’il indique.
Deux autres églises en France se sont vantées d’avoir eu en leur possession des reliques de saint Eustache. Selon deux inventaires, dressés l’un vers 1550 et l’autre en Fan 1682, l’abbaye de Fécamp possédait le bras (un os) long environ de neuf pouces de ce saint, »enchassé, en argent doré, semé d'arbres et de fleurons émaillés». À L'autre église est celle de l'Hôpital Saint-Jacques-aux- Péèlerins, qui possédait une partie du menton de saint Eustache ainsi qu’une de ses dents, comme en témoignent les documents cités plus loin, p. 128, note 2.3
Enfin, dans un grand nombre d’églises françaises, il y a, ou il y a eu des sculptures ou des peintures sur verre se rapportant à notre légende. “ En voici la liste: Chartres
1 La Vie admirable et Martire de sainct Eustache, de sa femme saincte Theopistis et de leurs enfanz sainct Agapie et sainct Theopistus, composez par Laurans Garbet paroissien de Sainct Eustache, 1668 (Nouv. acq. fr. 4127 de la Bibliothèque nationale, fol. 93).
2 Voir Leroux de Lincy, Essai historique et littéraire sur l'Abbaye de Fécamp, Rouen, 1840, p. 201 et 349.
8 S. Baring Gould, The Lives of the Saints, t. X, p. 320 (Londres, 1898) dit qu’il y a des reliques de notre saint aussi à Douai. L’historien de Douai, H.-R. Duthillœul (Monographie de l'Église de Notre-Dame de Douai, 1858, Histoire ecclésiastique et monast ique de Douai, 1861, etc.) ne donne aucun renseignement à ce sujet.
4 Voir Monteverdi, o. c., p. 496—97, et ci-dessous, p. 109.
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(la cathédrale), Rouen (l’église de Saint-Patrice et la cathédrale), Paris (les églises de Notre-Dame et de Saint- Eustache), Saint-Denis (actuellement au musée de Cluny), Sens (la cathédrale), Le Mans (la cathédrale), Tours (la cathédrale), Auxerre (la cathédrale), Bourg-Achard (Eure; l’église), Abbeville (l'église de Saint-Vulfran) et Saint- Riquier (la Trésorerie).
Dans les pages qui précèdent nous n’avons pas estimé utile de traiter du culte de saint Eustache en dehors de la France. Mais comme l’iconographie se rattache étroitement à l’histoire du culte, nous avons pensé qu’il était utile de joindre à ce chapitre, en guise de complément à l'Appendice III de Monteverdi, les notes additionnelles qui suivent, même celles qui ne se rapportent pas à la France.
1. — Une statue de la fin du XIVe siècle (art français) se trouve au musée de Cluny, dans la salle X (Thermes), représentant saint Eustache au milieu du fleuve (l’eau est indiquée par des lignes ondulées), entre ses deux enfants, qui sont sur le point d’être enlevés par un lion et un loup.
2. — Du vitrail de l’église de Saint-Patrice de Rouen de 1543 (mentionné par Monteverdi sous le n° 8, p. 497) il existe une copie dans la cathédrale de la même ville, exécutée également au XVIe siècle. !
3 et 4 — Une tête de cerf, surmontée d’un Christ sur la croix, emblême de saint Eustache, décore les frontons des faces
1 Essai historique et descriptif sur la Peinture sur Verre ancienne et moderne, et sur les vitraux les plus remarquables de quelques monumens | francais et étrangers, suivi de la biographie des plus célèbres peintres-verriers. Par E.-H. Langlois, du Pont-del'Arche, peintre, membre de plusieurs académies de France et de l’étranger. Orné de sept planches. Rouen, 1832, p. 65.
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extérieures nord et sud de l’église de Saint-Eustache à Paris, et, dans la même église, un vitrail représente le saint lui-même.
5. — Une peinture par N. Soggi (d'environ 1512), actuellement conservée au Palazzo Pitti à Florence, représente saint Eustache entre ses jeunes fils. 1
6. — Une peinture de Domenichino représente saint Eustache en guerrier romain flanqué d’un chien de chasse et d’une tête de cerf, un crucifix entre les bois. ?
7. — Une peinture par Albert Dürer, de l’ancienne Pinacothèque de Munich, représente saint Eustache sous les traits de Lucas Baumgartner.
8. — Sur un rétable de 1511, œuvre de l’Allemagne du Nord, sculpté sur bois, provenant d’une église de Faaborg, Danemark, et conservé au musée dit Oldnordisk Museum à Copenhague, se trouve parmi seize figures de saints qui occupent les deux côtés et qui appartiennent pour la plupart au groupe des saints »auxiliaires», la représentation de saint Eustache. Il est debout, vêtu à la mode de l’époque, et tenant un cor de chasse à la main; près de son pied droit, un cerf, sans bois, est couché.
9. — Dans le même musée il y a un autre rétable, venant de l’église de Magleby, près de Skelskôr, Danemark, et datant de la fin du XVe siècle, également en bois sculpté, dont la partie inférieure est occupée par dix des saints »auxiliairess Saint Eustache est représenté vêtu en chevalier avec son emblême, le cerf, une croix entre les bois, couché près de son pied gauche.