‹ Deux versions de la vie de saint Eustache en vers français du Moyen Âge. Édition critiqueChapitre 16 sur 34 · CHAPITRE IV LA VERSION X DE LA LEGENDE EN VERS FRANÇAIS · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV LA VERSION X DE LA LEGENDE EN VERS FRANÇAIS

1. — Manuscrits et incunable. — Le poème, qui est écrit en quatrains d’alexandrins monorimes, type assez fréquemment représenté dans la potsie hagiographique, nous est conservé dans deux manuscrits et un incunable. *

1 Mrs. Jameson, Sacred and Legendary Art. Second edition complete in one volume, London, 1850, p. 467.

3 Cette peinture est reproduite dans l'ouvrage cité dans la note précédente.

3 Ils ont été énumérés par Paul Mever, Hist. lit. de la France, XXXIII, 349.

(63) Deux Vies de saint Eustache 111

a) Manuscrit français 1555 de la Bibliothèque nationale, du commencement du XV® siècle. Ce ms. étant le plus ancien et aussi le plus complet des deux textes que nous avons pu utiliser, nous l’avons pris pour base de notre édition. Il sera dans la suite désigné par la lettre I. La vie de saint Eustache occupe les fol. 97—108 et comprend ici 758 vers.

b) Un manuscrit du XV° siècle, ayant porté le n° 412 dans la collection Barroiïs du comte d’Ashburnham, et vendu en 1901 à M. Ch. Fairfax Murray.? Toutes nos tentatives, lors d’un séjour en Angleterre en 1908, pour obtenir de voir ce manuscrit ont complètement échoué: les lettres adressées au possesseur sont restées sans réponse. Ce manuscrit n'étant plus à la portée des intéressés, on a le droit de le considérer comme perdu.

c) Nos recherches concernant le troisième texte, qui est un incunable datant d'environ 1520 5, ont été plus heureuses. Tout ce qu’on en savait jusqu'ici par la mention qu’en ont faite Charles Nisard 4 et Jacques-Charles Brunet °, c’est simplement qu'il existait. Grâce à l'indi- 1 Pour la description de ce manuscrit, voir le Catalogue des manuscrits français de la Bibliothèque nationale, t. I, Ancien fonds, Paris, 1868, p. 252—3, et G. Paris et L. Pannier, La Vie de saint Alexis, Paris 1887, p. 331.

2 C'est le n° 97 du catalogue dressé par Sotheby, Wilkinson and Hodge, 13, Wellington street, Strand, W. C., pour la vente de cette collection qui eut lieu à Londres en 1901.

3 Selon l'indication de J.-Ch. Brunet, Manuel du libraire et de l'amateur de livres, 5e édition, t. VI, Table méthodique, Paris, 1865, n° 22167.

4 Histoire des livres populaires, etc., 2e éd., t. II, Paris, 1864, p. 1845s.

5 Brunet, L c., et t. V, Paris, 1864, col. 1189.

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cation donnée par ce dernier auteur que l’exemplaire en question a fait partie de la vente La Vallière (1783), nous avons réussi à le retrouver. Comme on sait, beaucoup des volumes ayant appartenu au duc de La Vailière ont été plus tard incorporés dans la bibliothèque de l’Arsenal. C’est là, en effet, que nous avons retrouvé l’exemplaire même mentionné par Brunet, et on n’en connaît pas d'autre. Il porte actuellement la cote 11.583 B. L. L’ancienne cote, B. L. 1789, a été biffée. C’est un tout petit in-8 gothique mesurant environ 12,5 sur 9 cm., comprenant 16 feuilles en papier non paginées. Au fol. 1 on lit: Cy commece la vie de müsieur sainct Eustace de sa femme Et de ses deux enjfans] auec lantienne et lorayson. Nouuellement imprimee a Paris. Suit une image représentant la résurrection de Lazare, et l'indication suivante: On les vend a Paris en la Rue neufue nostre Dame a lenseigne sainct Nycolas. Le verso du premier feuillet est occupé tout entier par une gravure sur bois représentant l’adoration des rois. Le poème commence, au fol. 2, par un T majuscule, auquel s'appuient deux griffons, et va jusqu’au fol. 15 v’. La seconde moitié de cette page est occupée par un sceau représentant le saint Esprit sous forme d’une colombe, et portant en exergue cette inscription: Sigillum indulgentiarum ordinis sancti spiritus. A la page suivante (fol. 16 r°) on lit d’abord:

De beato eustachio martyre gloriosissimo Artiphona. O Eustachi genere nobilis que probauit fortuna labilis i uxore rebus et liberis. Tu qui pius pudicus humilis hic factus es in celo stabilis. In hoc mundo succurre miseris. Versus. Letamini in domino et exultate iusti. Et gloriamini omnes recti corde.

1 Voir p. ex. Nouveau Larousse illustré, s. v. ? Initiale encadrée.

(65) Deux Vies de saint Eustache 113

S’ensuit une oraison avec la rubrique: Oremus: .

DEus ! qui beatum eustachium gloriosum martyrem tuum in temptationibus probasti et probatum corcnasti ipsius sociorumque eius meiitis et intercessionibus in omni tribulatione tuum nobis presta auxilium et sempiterne consolationis interminabile gaudium. Per christum dominum nostrum. Amen.

__ Enfin, tout en bas de la page, on lit: Cy fine la vie de monsieur sainct Eustace Nouuellement imprimee a Paris pour Jehan sainct Denys libraire Demourant en la Rue neufue nostre Dame a Lenseigne sainct Nycolas. Au fol. 16 v° une gravure sur bois représente une madone portant l'Enfant, entourée de rayons, d'étoiles et de nuages. * Ce texte, qui ne comprend que 708 vers, sera dans la suite désigné par la lettre X.

2. — Langue de l’auteur. — Voici les principaux traits linguistiques que nous fait connaître l'examen des rimes et de la mesure des vers. |

E en hiatus a été conservé dans marcheans 18, 785; empereour 22, 303, 306, 649, 771, ampereour 39%; eüst 29, 30, 188, 194, 329, eüsent 669, eù 395, 519; seüst

1 D initial encadré.

3 La même prière se retrouve après la vie de saint Eustache (version III, par Pierre de Beauvais) du manuscrit français 19.530 de la Bibliothèque nationale.

3 Pour d’autres livres imprimés pour Jehan sainct Denys n° 84 chez L.-C. Silvestre, Marques typographiques, etc., première partie, Paris, 1867) et vendus chez lui, rue neufue nostre Dame, à l’enseigne sainct Nycolas, voir le Cafalogue des livres composant la bibliothèque de feu M. le Baron James de Rothschild, t. IV, Paris, 1912, p. 45 (vers 1530), p. 135 (vers 1530), et Œuvres poétiques de Guillaume Alexis, prieur de Bucy, publiées par Arthur Piaget et Émile Picot, t. I, Paris, 1896, p. 178, t. II, Paris, 1899, p. 88, 89, 91 et 92.

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1K1; peust 197, dede: 243; feisi 534 meimez 393; veoir 198, 557, eleechier A; che 2356, 297, 569, cheïst 135, nmuzchey 46%, meschey 710, escheül 515; ai 105; praerie 419. Mzis ïl v a eu contraction ou chute dans les cas suivants: ÆEutuystace 3, 11, 14 etc. (toujours de trois syllabes); prist, imp. du subj., 31 (le copiste écrit preist); junoit 2%) (contraction attestée dès le XITI° siècle); pumez 332, mesmes 361 (ce vers ne se trouve que dans K); voir

3; empereur 628 (scu'ement dans A), marchans 727. Crüel 27, 193 est de deux svllabes, ro'ne 789 en a trois. L’i compte encore pour une svllabe dans cresfien(s) 15, 455, 773, crestienne 81; gracieux 76, pacient 11S$, feriez 244 et presieus 619. E a une valeur svllabique dans de(:}re(g}nier 407, 467; esperit 135; saroie 336 et pouroie 621; souverain 97, 753; d'autre part on a souvrain 651 et vray 627, vraiement 105.

Assez souvent les monosvilabes n’élident pas leur voyelle. C’est le cas de que 7, 90, 92, 129, 183, 518, 520, 608; se (conjonction) 188, 312, 337; ne (= ni) 256 et aux variantes de la strophe LXXXV; ce, aux mêmes variantes; li (amperere, c.s.) 529.

Quant aux voyelles toniques, mentionnons a : e ( palès . 537, fés 538: arès, mahonmez), ai: ei (mauvez, lez, jamez: fez — fois, 673), et ei: oi (voie, croie, envoie: joie 502). Ié peut rimer avec é (bauptissié, amitié, herbergié: reprouvé 149; cher, envoyer, eslongner: entrer 274; amytié 354: parenté, etc.; targier 388: conter, etc.; cuidierent 402: porterent, etc.; dezregnier 467: armer, etc. Nous trouvons ieu pour eu dans mortiexz 457 (: miex, piex, mervellex) et liex 546 (: diex, fiex, ciex). D'autre part, eus rime avec ieus: outrageux 712: ciex, gloriex, miex. La première

série de ces rimes nous montre que pius a donné pieus et non pius. Des v. 546 et suiv. il résulte que le produit de de us est dieus et celui defilius fieus. Mais l’auteur emploie aussi fis 113 (: paradis,. etc). De même, on rencontre les deux formes soutfiexz 665 (: diex, iex, miex) et soutis 130 (: conquis, partis, amis); maïs nous trouvons toujours vis 54 (: amis, etc., 337: paradis, etc., et 658: mis, sis, pis). L'auteur emploie donc parallèlement les formes picardes (i v'us > ius)* et celles du français du centre. La réduction de iee à ie est attestée par me(s)gnie 40: conpaignie, etc., 740: vie, etc.; baptissie 65: mie, etc. La rime tint 12: escript, Jhesucrist, aprit indique une nasalisation bien faible de la voyelle i. Les seuls exemples de la confusion de à et à sont les rimes de fens 160 et de talens ? 715 avec enfans, etc., mais, comme on sait, ces deux mots peuvent rimer soit en ë soit en 4.

Pour ce qui est des consonnes, on peut constater que couzet s sont confondus (p. ex. lace — lasse, 187: Euustace, face, espasse; soulas 705, mas 706: tas, pas). Il va de soi que le t final s'était amui dans les parfaits en a (Theopita 85: repossa, caucha, monta) et en i (luy 169: choissy, sessy, fery), et dans foy — fidem, 601, 701, -et coy (adj.) 602, rimant avec moy, etc. Relevons la chute du t{ final appuyé dans fron — frontem, 378 (: char peron, pardon, baron). S est tombé devant { (p.ex. dit — dixit, 47: vit = vidit, etc.; fust, imp. du subj., 447: aperchut, etc.). L’r final se prononçait dans les désinences -er et -ier (P- ex. mer 161: aler, mener, aourer; chier 101: destourbier, couroucier, premier). L'expression de nuis 331

1 Aù vers 644, {allent: premierement, etc.

116 , Holger Petersen (68)

(: puis, etc.) est une locution toute faite, au sens de #nuitamments.

Notons la forme matere 267 (: pere, mere, misere), les doublets, prouvés par le mètre, vegille 781 et veille 783, ainsi que la forme tirant 529 (: mescreant, etc.), 677 (: disant, etc.), se retrouvant constamment dans la graphie du copiste de Z (549, 571, 633, 637, etc.).

Passons à la morphologie. Pour ce qui est de la déclinaison, il y a hésitation perpétuelle entre les formes anciennes et l’usage moderne. Citons, p.ex., chez les imparisyllabiques, la confusion entre le cas sujet et le cas régime: sire, C.r., 2 (: dire, etc.); emperiere, c.r., 30, 406, 566, 642, 662, 674; empereour, c.s., 771; honme, c.s., 009 (: Ronme, etc.), onme, c. s., 142, prouvé par le mètre. De l’autre côté, l’auteur emploie aussi emper(tjere, amperere comme cas sujet (393, 517, 529, 560, 578, 594, 609, 633, 767), de même que (h)ons 86, 106, 389, et proudon 633 (: baron, etc.), et encore ber 257 (: parler, etc.). Richez, c.s. :g., 106, est prouvé par la mesure.

Le poète se sert de l’ancienne forme féminine des adjectifs n'ayant eu à l’origine qu’une seule forme pour le masculin et le féminin, dans les cas suivants: grant, 18, 24, 29, 44, 84, etc.; tel 210, 615, 726, 745; gentil 211; mortel 282; grief 507; fort 577; ardans 618; aparans 661; brement 100, 244; forment 19, 93, 205, 207, 298, etc. Les formes modernes se retrouvent dans grandement 126, 521, et villement 562.

Pour les pronoms, l’auteur emploie peut-être la forme li pour lui, 3° p. masc. (p. ex. luy 393: amy, vy, respondg). Ajoutons qu’on ne trouve pas la nouvelle forme mon, etc. du pron. poss. fém. devant voyelle, mais seulement

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des formes élidées (s’ezfance 17; m’ame 96, 713; s’entencion 203; m'amour 533; m’esperance 593). Encore il faut relever no 175, forme courte du singulier, et li 192, pron. pers. fém., employé comme régime direct d’un infinitif.

Mentionnons les doublets -itij. mil 673 et -XX. mile

La désinence de la 1" pers. du pluriel est -on (lisson 15: informacion, etc.; saron 82: non, c. r. sg., etc.; pallon 792: devocion, etc.). Cette terminaison, qui se retrouve comme graphie constante chez le copiste del I (p.ex. prenon 145, meton 146, feron 175, departon 186) est particulièrement fréquente dans les dialectes de l’Ouest. On trouve la 1" pers. sg. du prés. de l'indicatif sans e analogique (reny 588: ainsy, etc.; pri, pry, prouvé par la mesure, 338, 700, 724, 733; creant 530: tirant, etc.; conmant 573: maintenant, etc.), mais aussi avec cet e (mercie 143: Marie, etc.; prie 737: vie, etc.). Notons les anciennes formes sans s analogique: quier, 1'° pers. prés. de l'ind., 398 (: delaier, etc.) etf vy, 1'° pers. du parfait, 395 (: luy, etc.).* L’impératif joingtz 119 (: besoingtz, etc.) a reçu l’s analogique. Citons, parmi les anciennes formes conservées, les suivantes: doins, 1'* pers. du prés. de l’ind., 120 (: besoingtz, etc.); les formes du prés. du subj. die, 1'° pers., 37 (: compaignie), otroit, 3° pers., 799, die, 3° pers., 797 (: vie, etc.), doint, 3° pers., 789, 799, et gart, 3° pers., 785, prouvées par le mètre, voises, 2° pers. sg., 342 et voit, 3° pers.,

1 Voir p. ex. A. Lângfors, Le roman de Fauvel, par Gervais du Bus, Paris, 1914—19, p. LXX.

3 Dans la première strophe de Z à la note de la strophe LXXXV, où la leçon de l’auteur a été altérée par le copiste, on a vis, 1re pers. du parfait, avec l’s analogique (: paradis, etc.).

118 Holger Petersen (70 )

36, 643; erl, 3° pers. de l’imparf., 16, 71 (mais souvent estoit 17, 29, etc.); vout, 3° pers. du parfait, 89, 103, 142, 170, 271, 323, 678; les formes de l’imparfait du subi. vousi(s)t 176,276, et veni(s)sent 296, 539; les futurs merraz (de mener, avec assimilation) 68, dura (de durer) 764, ferray (de ferir) 481 et lairra 566; le part. prés. vallissant 512 et les part. parf. respons 426, tollus 434 (: venus, etc.) et boullus 463 (: entendus, etc.)..

Relevons enfin loingtz 118 {: besoingtz, etc.) avec l’s adverbial.

L'auteur se servant le plus souvent de la langue littéraire de son temps, sa langu?:, nous l’avons vu, ne présente pas beaucoup de traits proprement dialectaux. L'auteur était peut-être Normand, mais il connaissait la langue littéraire du Centre de la France. Quant à la datation du poème, l’aspect de la langue, avec son mélange de formes anciennes et modernes, accuse le milieu ou la seconde moitié du XIV® siècle. La conservation relativement fréquente de l’e en hiatus concorde assez bien avec cette datation.

3. |— Langue du copiste du manuscrit base. — La graphie du copiste du manuscrit J est caractérisée entre autres par les traits suivants.

On trouve iau pour eau (biau(s) 1, 16, 115, 185, etc.; biauté 167; drapiaus 202; iaue 221, 224, 226, 236, 269; patouriaus 263); aige pour age (saige 12, sauvaige 110, damaige 232), ainsi que les graphies seiches 708 et richeise 536. Le copiste écrit e pour ai (p. ex. lesse 49, plet 62, fere 100, palès 537) et pour ei (p. ex. cre 49, pouer 567, et aussi en syllabe atone, p. ex. meen 10, vessin 108), æ@ pour ei (day 187, m'enclinaie 73, retornaient 321, trouvaient

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322, note, queraient 323, hantaient 773, vaudrait 410, et, en position atone, naient 103, 107, 629, saiez 316), et ain pour ein (p. ex. plain 32, 516, paine 91, 151, 160, au mains 250). Une fois on rencontre an pour ein, à savoir dans aant 483. Il y a e pour te (p. ex. mescer 383, cuiderent 577, sachez 644, et, en position atone, brement 100, 244), ie pour iee (couchie 73, ezcourgiez 599), et i pour et (s’enmervelient 382, et, en syllabe atone, guerrier 406). Dans ous (— eux) 664, eu est devenu ou. Notons fier 66, 231, etc., et gieu 475. |

Voici quelques indications sur le traitement des voyelles atones. On trouve ài pour ai (delier 168 — »délayers), e pour ue (veilliez 210) et pour a (guernie 514), a pour e. devant r (parchut 42), au pour a (aubandon 536) et pour o (pauoit 33), assez souvent ou pour o (p. ex. aproucha 92, ourage 192, 297), et enfin u pour ue (escullie 479). La confusion de en et an atones est démontrée par les graphies enmoient 24, menier 527, mengier 402, mengera 687 et anemis 56, 457, etc., anuia 216, ampereour 390, amperere 529. Il y à en et ein pour ain dans enchois 281, einchois 645. L'e en hiatus peut tomber (vraiment 105, voir 757). L’u (de D) est tombé devant v, dans saver 732 et, devant r, dans vorent 302, 388, et voray 465.

L'étude des consonnes nous fournit entre autres les renseignements suivants. Le copiste écrit s pour c (p. ex. se 166, 491, 631, etc.; sele 194; osis 410) ou pour z (p. ex. mors 54, nuis 72), c pour s ou ss (p. ex. ce 447, pencee 718, fauce(z) 34, 80, 684, pacion 51, lace 187), et, fréquemment, z pour s (p. ex. dez 4, etc.: lez 6, 7, 8, etc.; martirez 7; povrez 33; cornez 46), ss pour c (espasse 188), ss pour s (p. ex. plaissir 8, lisson 15, resson 32, 37, repossa 86, causse

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238), et s pour ss (p..ex. puise 248, 724, 743 lesiez 335; asis 632; alasent 679). On trouve çà et là c pour ch (p. ex. caucha 87, trebucier 746, hucier 747), et ch pour c (p. ex. chil 48, che 153, cheus 55, 399, 411, caucha 87, chité 321, acherin 486). Ce mélange de graphies picardes et françaises est assez fréquent dans les manuscrits normands. Il y à ch pour g dans berchiers 261, berchiez 401.

Le copiste omet parfois des consonnes: { est tombé dans fron 378 (à la rime), mou bien 702, on adiré 730, et presque toujours dans la désinence de la 3° pers. sg. du parfait; s dans doi tu 53, remi ge 104, no diex 640, vo talens 715, a (— a + les, devant consonne) 52, 130, 292, 335, 402, roite 44, ossat 292, patours 429, fervetis 473, tempete 739, et 781; etc. l est tombé devant une consonne dans le pronom i 2, 35, 60, 99, 134, 193, 224, 329, 574, 720, etc., ainsi que dans sepucre 164; v n’est pas écrit devant r dans les mots suivants: aront 55, 478, aroie 76, araz 107, 753, raras (à la note de la strophe LXXXV), arez 318, 610, aroit 630, saron 82 et saroie 336; il en est ainsi de r, par dissimilation, dans abre 52 (note), Barba n 488, martis 682, regader 709, berchiez 401; notons les graphies atrempance 32, tourjous 250, 283 (mais tourjours 406) et tourp 128; dans pal(Der 333, 336, 415, 571, 579, et pallon 792 il y a eu assimilation; € est tombé dans vitoire 495, 919, 550, ! dans tez (tels) 567.

L’I mouillé est parfois rendu par {! ou ! (p. ex. vallans 263, consellace 648, melours 132, bestal 743), n mouillé par ng (besong 504, temongnent 159). [Il y a gn pour n

1 Par contre un s purement graphique a été ajouté: p. ex. mestre (— metre) 7, meste 800, dist {dictum) 65.

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dans magniere 37, 204 et me(s)gnie 40, 740. La : raphie resne (— regne) 592, prouve la prononciation ancienne sans n mouillé. On rencontre souvent n pour m, p. ex. enpire (verbe) 4, enpirier 740, asenblerent 404, remenbrance 788.

L'ancien groupe -/r- n’a parfois pas de d intercalé: vouray 100, voray 465, vorent 302, 388 (mais voudray 399, voudra 743, voudrez 611, vaudrait 410, vaudrez 458).

Signalons encore doubtable 27, doubta 126, droict 529, ‘ raphies étymologiques; pugnir 535; arme (anima) 36; angre(z) 744, 747, 755, 800; tornment (tormentu m) 297; foudere (— foudre) 739, avec un e svarabhactique; icy (= ainsi) 186; quer 226, 520 (note), 523, ker 254, forme fréquente en normand; nen (— ne) 559, devant consonne; auz (= a]+ les) 56, 752; Euustace 3, 11, 14, etc.; veirge (= vierge) 548; et enfin feuir (— fuir) 374 (où K porte fouyr).

Voici en dernier lieu quelques indications concernant la morphologie: on notera la forme analogique conmenchi 620 1; les nouvelles formes avec un n parasite prinst 222, 449, 655, 709, prindrent 576, prins (part. parf.) 532°; les formes analogiques dirent 314, 662, 676 (mais distrent 649), mirent 500 et conquirent 505; les futurs soufreraz 116, souferrez (avec métathèse) 639; les formes sans s. deïtez 243, et feïist 520; treuve 9 (3° pers. sg. prés. de l’ind.); la nouvelle forme analogique sou 308 (1° pers. du parf.); voy sans s analogique, 697; mi, pron. poss., c. r. pl., 253; en + le est devenu u (71, 243, à la note de la strophe LXXX V,379(note), 764); pour ce on trouve cen 71, 112, 130,

1 Voir, pour des formes analogues, Nyrop, o. c., IT, p. 56 et 129. ? Voir Nyrop, IL. c., p. 139.

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383, 611, 784; pour se, pron., 373, 388, et conj., 476, sen, comme souvent en normand; cel revêt la forme de chu (devant une consonne) 53, 474; l’on s’est affaibli en l’en 9, 543, 582. Lay 594 est une graphie pour le.

Le manuscrit français 1555, dit L. Pannier ', a été très probablement écrit dans la région qu’occupe de nos jours le département de la Seine-Inférieure, entre Vernon et Fécamp. Rien dans les traits linguistiques que nous venons d’énumérer et qui, en général, à vrai dire, ne sont ‘pas très distinctifs, ne s’oppose à cette hypothèse, et plusieurs la confirment.

4, — Note sur le texte modernisé de l’incunable. — Vu l’évolution de la langue dans le long espace de temps qui sépare l’époque de la composition du poème et l’impression de l’incunable, on comprend qu'il aït fallu bien des changements pour adapter le poème au goût du temps. Parmi ces modifications nous mentionnerons les suivantes.

Des mots ou expressions vieillis ont été remplacés ou écartés: huymez; en l'eure que (> aussi tost que); m’enclinaie (> sommeilloye); sus (> sur); chevance (> vie); trestous a en général été évité; par ce point (> pourquoy); quanque (ce que), mist (>translata);{ fain (> desir); bon ( plaisir); biau dous amis (> mon d. a.); bele trez douce gent (> devote g.); moulier (> femme); n'afiert a (>ne faict a); en si faite maniere (> en icelle maniere); voir (— en vérité) a été évité, couvent (> promesse); enfanchons (> enfans); ensement, enchois, lengniers, riens (substantif), estous, ains, lié, sa jus, lez ly (maïs 393 K porte de lez luy) et disence ont été évités; mas 307 a été remplacé par helas,

(75) Deux Vies de saint Eustache 123

706 par las; mez (> plus); sufissant 384 (> advenant); haubergier (> armer); rescous (> ravy); maint,(> demeure); a nuit (>ceste nuict), eleezchier (> ralyer); a primez (> a ceste heure); trompez, cors et buisinez (> trompettes et clerons); je vouz creant (> soyez croyant); emprise (> entreprinse); despisez (> mesprisez); secourre (> aider), depure (> descende), adezerent (> toucherenf); esgardez (> regardez), esragé (>enraigé);, talens (>commandz); huche (> appelle). Ajoutons encore que que dans le sens de car a généralement été changé en car.

Des formes et des constructions anciennes ont été remplacées par d’autres plus modernes, parfois sans égard au mètre: ert (>estoif); s’ezfance (>son enfance); s’entencion (> intention), voit, pr. du subj. (> voyse); grant (> grande), brement (>briefvement), mortel (> mortelle); li sains hons (> le sainct homme); sire (> seigneur); es mains Diex (>es mains de Dieu); le cri l’emperere (> le cri de l’empereur); de coy (> duquel, ou, en parlant de la femme de saint Eustache, de qui); prist a (>se print a); vout, parfait (>voului, mais une fois vout a été gardé, 323); vorent (> voulurent, mais une fois vouldrent, 302); puisse, 3° p. sg. prés. subj. (> puist) !; soufreraz (> souffriras); dura, futur (> durera); respons, part. parf., 426, a été évité et remplacé par dit.

Il va de soi que l’ancien e en hiatus ne se prononçait plus du temps où K a été exécuté. Il s'ensuit, pour la plupart, des modifications aux endroits respectifs. De même, que en hiatus perd son e, ainsi que se 312.

La rime dialectale megnie: prie semble avoir été intentionnellement évitée au vers 740.

1 Cf, Nyrop, II, $ 148, p. 115.

124 Holger Petersen . (76)

5. — Filiation des versions II, X et XI. — L'auteur, en nous apprenant, dans la strophe II, qu'il avait connaissance de plusieurs vies versifiées en langue vulgaire de saint Eustache, indique clairement qu'il n’a pas l’intention de s’astreindre à en reproduire la teneur, mais qu'il veut y ajouter des détails qu’elles n'offrent pas. ! Comme ces détails ne se retrouvent dans aucun autre texte connu, soit en français soit en une autre langue ?, il est presque certain qu'ils sont dus à l’auteur de notre version. À part ces additions, l’auteur suit, en général, le récit traditionnel, sans pourtant s’y tenir tout à fait strictement. Pour ce récit traditionnel il a suivi un seul modèle, et un modèle français, ce qui résulte nettement des vers 158—59: Cil qui mist sa legende de latin en roumans Dist que... C'est sans doute à la même source qu'il fait allusion aux vers 9 (... l’en treuve en sa legende escript), 15 (... si comme nous lisson) et 692 (... ou la legende ment). Ce modèle doit être cherché parmi les vies en vers — l’auteur ne dit pas (v. 5) qu’il ait connu d’autres vies que des vies versifiées — et nous l’avons trouvé dans la version II. Voici sur quoi se fonde cette conclusion. D'abord tous les détails de la version X, sauf, bien entendu, ceux qu’on ne rencontre nulle part ailleurs et qui appartiennent en propre à l’auteur de cette version, se retrouvent dans la version II.3. Puis, les modifications

1 De la même manière l’auteur d’une vie de saint Josse critique les compositions antérieures sur ce saint, les blämant d’êtreincomplètes. Voir P. Meyer, Notices et extraits, XX XIII, 1890, p. 15.

? Excepté la version XI qui, nous allons le voir, dérive directement de la version X. —

3 Mentionnons aussi que .es omissions de la version! Il à l’égard de son modèle ne sort jamais complétées dans la version X.

(77) Deux Vies de saint Eustache 125

caractéristiques de la version FT apparaissent aussi dans X, à moins que la partie correspondante n'ait été omise ou remaniée par l’auteur. Enfin, on trouve entre ces deux textes des concordances verbales qui indiquent une relation d’étroite parenté.

Pour démontrer la dépendance de la: version X à l'égard de la seconde vie de saint Eustache, nous ne tiendrons compte que des détails introduits par l’auteur de la version II ou modifiés par lui, puisque dans les autres cas l'accord pourrait s'expliquer par l'hypothèse que l’auteur de la version X a connu la source de son modèle, à savoir la version latine littérale, ou un autre texte quelconque qui, aux endroits respectifs, suivrait la leçon de celle-ci. Voici quelques-unes de ces ressemblances probantes.

La citation de la Bible aux vers 35—36 a la même teneur que la leçon, modifiée par rapport au modèle latin, des vers 121— 22 de la version II. Les vers 159—60, où l’auteur de la version X mentionne formellement son modèle, rendent exactement le contenu des vers 909—11 de la version IT, où l’idée exprimée est une addition originale de l’auteur de celle-ci. Le vers 180: De lerre lor vessel firent en mer ferir semble inspiré par le vers IX, 776: O longues perches se desrivent. La plainte de la femme de saint Eustache, introduite par l’auteur de la version II (v. 836—50 et 855—57), se retrouve, quoique raccourcie, dans notre poème aux vers 185—S7. Le commencement du vers 216: Mez ne vit pont ne planche ... correspond presque mot pour mot au vers II, 885: N'i a planche ne pont trové; il n’y a rien de pareil dans le texte latin. Il en est ainsi des vers 352: Car avec ses seigneurs me convient huy disner, et II, 1220: Ker jes voil faire o moi disner; 353: Ilz sont bien mes amys..., et II, 1217: Mi ami sont cist chevalier :; 357—58: Adoncques sainct Eus‘ace les

1 Ajoutons ici que la réponse de l'hôte de saint Eustache au discours de celui-ci, dont nous venons de citer deux fragments, est en discours direct dans nos deux textes (X, 355—-56, IT, 1224——27), mais en discours indirect dans le modèle latin.

126 Holger Petersen (78)

assist doulcement, À la table les mist el servit richement, et II, 1231 et 1233: Eüstace mout bel les sert... Puis a la table sont assis; 360: Mais de son piteulx cas souspiroit tendrement, et IT, 1239: Si a gelé um grant sospir; 370: Il avoit une playe sur son chief par devant, et IT, 1257: Ker el cief fu um poi navré; 379: Adonc s’agenoulierent . .., et 11, 1284: Adont li sont chaaït as piez; 380: Mez il lez releva..., et Il, 1294: Eüstace les fait lever; 386: À trestous prisl congié ..., et 11, 1356: Et a cascum a pris congié; 389—90: Quant il en aprochierent, .j. hons devant alla Qui a l’ampereour la nouvele conta, et IT, 1379—80: Kant furent pres, un chevalier Le va l’empereor nonchier.

Nous n’avons pas besoin de citer d’autres cas. Les neuf exemples cités en dernier lieu ont, malgré le caractère relativement insignifiant des ressemblances, une force probante d'autant plus grande qu'ils se trouvent dans une partie assez courte du récit, c’est-à-dire entre les vers 352 et 390. : |

Si la dépendance de la version X à l’écard de la version IT est ainsi établie, le premier de ces poèmes a été à son tour utilisé par l’auteur de la version XI.

Pour démontrer cette dérivation, il est nécessaire d’analyser X. Il suffira ici de relever les traits les plus importants qui distinguent cette version des versions précédentes. Voici une liste de détails modifiés ou ajoutés.

Ce n’est pas, comme dans le modèle, le cerf qui parle lors de l’apparition dans le bois, mais le crucifié ertre les bois du cerf, et saint Eustache vcit saïgner le crucifié. En quittant Rome, les voyageurs n’ont plus pour but VÉgypte, mais la Terre Sainte. La perte de la femme a lieu lors de l’embarquement et non pas après la traversée: Eustache et ses fils restent sur le rivage, et les marins enlèvent la femme seule dans leur barque. Celle-ci

1 Voilà, soit dit en passant, une nouvelle preuve de ’authenticité des vers 337—372, qui ont été introduits dans le texte d’après la copie K (voir plus loin).

* On trouve une bonne analyse de la version X (texte 1), ainsi que de la version XI, chez Monteverdi, o. c., p. 437—-44.

(79) Deux Vies de saint Eustache 127

est sauvée de tout affront par un orage qui surgit et oblige les marins à faire escale. Elle trouve une bonne dame chez qui elle vit eh exerçant le métier de lavandière. Les deux fils sont appelés Trouvez par leurs sauveurs. De saint Eustache on apprend que, pendant les quinze ans qu'il fut messier, la récolte était abondante et qu'il n’y avait jamais, pendant ce temps, d'orage destructeur. Ici, c’est avant la rencontre avec les ennemis que saint Eustache retrouve ses fils et sa femme et, d’ailleurs, toute la scène de reconnaissance est modifiée. Eustache, voyant un jour ses fils sans les reconnaître, les appelle et leur demande d’où ils étaient; l’un d’eux raconte alors la manière dont ils ont été délivrés des bêtes sauvages, etc., en ajoutant, sans motif visible, qu’ils avaient logé chez une femme qui avait dit qu’elle avait perdu son mari et ses fils, Eustache, qui est certain d’avoir retrouvé les siens, se rend, suivi de ses fils, à la maison de la femme qui, le reconnaissant de loin, se pâme d’émotion. Alors seulement l’armée se met en marche contre l’ennemi. Et voici ce qui arrive. Encouragés par Eustache, les Romains, bien qu’au nombre de vingt mille seulement contre cent mille Barbarins, combattent vaillamment. Pourtant la supériorité numérique de l'ennemi étant trop grande. les Romaïns sont tués en masse. C’est alors que, sur la prière d’Eustache, une grande troupe d'hommes tout blanc-vêtus, avec des croix bianches aux écussons, viennent prêter leur secours à l’armée romaine, et les Barbarins sont mis en déroute. Pour le retour de saint Eustache, les rues de Rome sont ornées, et celui-ci fait son entrée triomphale au son de la musique. Bientôt commence le grand sacrifice aux dieux, qui a lieu avec accompagnement de divers instruments de musique. En refusant de sacrifier, saint Eustache s'exprime en termes très irrespectueux sur les dieux païens, et l'empereur le fait fouetter jusqu’au sang. A peine saint Eustache a-t-il prononcé quelques paroles pour protester de son humilité devant le Dieu des Chrétiens, que les hourreaux tombent par terre. Revenus à eux, ils professent leur foi et sont décapités. Suit la torture par des plaques de fer ardentes qui sont mises sur le corps du saint. Les sénateurs de Rome, pris de pitié, le prient en vain de céder à l’empereur. Alors la femme de saint Eustache et ses fils sont amenés devant l’empereur, mais ils ne

1 Pour des récits similaires d’une intervention surnaturelle dans le combat on peut voir H. Günter, Legenden-Sfudien, Cologne, 1906, p. 109—11, et p. 13, note 3, et Knust, Dos obras didäcticas, etc., p. 104.

128 Holger Petersen (80)

cèdent pas davantage à ses menaces. Avant d’être enfoncé dans le bœuf d’airain avec sa famille, saint Eustache doit subir encore une torture: il est obligé de marcher sur des charbor$ ardents, ce qui pourtant ne lui cause aucun mal. Ce que voyant, les Romains reprochent à l’empereur sa cruauté, et ils font allusion à la grande puissance du Dieu de saint Eustache, démontrée par le miracle des chevaliers blancs, et quatre mille Romains s’écrient qu'ils ne croient plus aux idoles: l’empereur les fait tous décoller. La prière du saint présente aussi des traits particuliers: le saint homme encourage d’abord sa femme et ses enfants; il prie ensuite Dieu de donner sa grâce et son secours à quiconque lira sa vie dévotement, à ceux qui seront assignés à comparaître en justice, à tous loyaux marchands, aux temmes en mal d’enfant et à ceux qui brüleront des cierges en l’honneur de saint Eustache, s’ils invoquent son nom. C’est un ange resplendissant qui descend du ciel, et non pas seulement une voix qu’on entend; il fait tomber par terre tous les assistants et annonce que la prière sera exaucée. Le jour même un terrible orage fond sur la ville de Rome, et la foudre tue le fils de l’empereur. Plus tard le corps de saint Eustache fut mené de Rome à Saint- Denis par un roi français 1, et encore plus tard une reine apporta à Paris, à l’Hôpital Saint-Jacques, le menton du saint. ?

1 Nous n’avons pu trouver aucune indication permettant d'identifier ce roi français. On aimerait bien y voir le roi Louis VII qui, au retour en France de la deuxième croisade, séjourna quelque temps à Rome en 1149 (voir Ernest Lavisse, Histoire de France, t. IIT1, Paris, 1911, p. 19), mais l’existence du corps de saint Eustache à l’église de Saint-Denis est attestée dès 1123 (sous le règne de Louis VI le Gros) par une charte signée par Guillaume, seigneur d’Aubray, qui par cet acte fait don d’une certaine somme d’arsent pour entretenir une lampe qui devait brûler devant le corps du saint (voir Doublet, Histoire de l’abbaye de S. Denys en France, Paris, 1625, p. 317). Il est vrai que, selon la lecon de Z, v. 779, le roi en question n’a pas nécessairement été lui-même à Rome; en ce cas il est possible que ce soit de Louis le Gros que parle l’auteur. Peut-être que c’est cette lecon-ci qui est la bonne.

3? M. Monteverdi, o. c., p. 441, note 2, affirme à tort qu'il s’agit de l’hôpital Saint-Jacques-du-Haut-Pas. En réalité il est

(81) Deux Vies de saint Eustache 129

C'est par ces traits et par quelques autres encore, moins importants, que la version X se distingue des autres versions connues. Or, tous ces détails énumérés — excepté l'épisode des hommes blancs et celui de la torture par les charbons ardents, suivie de la décapitation des

ici question de l’hôpital appelé tout court l'Hôpital Saint-Jacques (voir Abrégé historique des hôpitaux, contenant leur origine, les différentes especes d’hôpitaux, d’hospitaliers et d’hospitalieres, etc., par M. l’abbé de Recalde, Chanoine de Comines, Paris, 1784, p. +1), l'hôpital de Saint-Jacques-aux-Pèlerins (voir Église Saint- Eustache à Paris, mesurée, dessinée, gravée et publiée par Victor Calliat, architecte, avec un essai historique sur l’église et la paroisse Saint-Eustache par Le Roux de Lincy, Paris, 1850, p. 5) ou hôpital de Saint-Jacques-de-l’Hôpital (voir Description historique de la ville de Paris et de ses environs, par feu M. Piganiol de la Force. Nouvelle édition, tome III, Paris, 1765, p. 331, et P. Larousse, Grand dictionnaire universel), ou plutôt de la chapelle que fit bâtir la confrérie de saint Jacques — en même temps que l’hôpital lui-même — et dont la première pierre fut posée, selon une pièce mentionnée par A. Brièle (Inventaire-sommaire des archives hospitalières antérieures à 1790, t. IIT, Paris, 1886, p. 17, article 301), le 18 février 1319, par Jeanne, reine de France et de Navarre, fille du comte d’Evreux, ou, d’après Piganiol de la Force (o. c., p. 332), en 1322, par Jeanne de France, fille de Louis X dit le Hutin, reine de Navarre et femme de Philippe, comte d’Evreux. C’est ce qui ressort des indications données par un registre contenant l'inventaire des ornements d’église et des reliques de Véglise de l'Hôpital Saint-Jacques-aux-Pélerins datant de la période de 1666 à 1672 (voir Brièle, o. c., p. 182, article 2326); ce registre mentionne sun grant reliquaire ou est representé St Eustache deboult passant l’eau, aux deux costez sont les deux enfans dont l’un est emporté par un lyon et l’autre par un loup, au derriere de chacun animal est une espece de montagne, au devant de ladite image est un reliquaire en forme de demy oval sur ung pilier d’or, et aux costez deux anges ayant chacun un 1)

130 Holger Petersen (82)

quatre mille Romains — se retrouvent, racontés de la même manière, dans la version XI. La parenté étroite de ces deux versions est donc clairement établie: XI dérive directement de X. Mais on peut préciser davantage. Nous nous souvenons que la version X nous est connue par deux copies, I et X; ci-dessous (p. 133—35) on trouvera l'indication des parties omises ou ajoutées dans X relativement à la copie 1, et qui font de X une rédaction nettement distincte de JZ. Or, dans X, comme dans la version XI, les deux incidents dont nous venons de parler ne se retrouvent pas, et il en est de même du contenu des autres strophes omises par X. Et d'autre part le contenu des strophes LXIX, LXXXV—XCIII, CLVII et CLXXXIV, qui ne se retrouvent pas dans 1, a été rendu dans les parties correspondantes de la version XI. Donc il existe une étroite relation entre la version XI et la copie K, et on peut affirmer que cette version dérive directement

genouil en terre qui de leurs mains soutiennent ledit reliquaire dans lequel reliquaire est une partie du manton de St Eustache et une de ses dents, ladite partie du manton ayant quatre poulces de long et pese sept gros». Cette »partie du manton»s de saint Eustache doit être la même relique dont parle l’auteur de la. version X, d'autant plus qu’une autre pièce, du 22 octobre 1513 (Brièle, o. c., p. 20, article 361), mentionne une mâchoire de saint Eustache, présent d’une reine de France. Dans une autre charte (Brièle, o. c., p. 178, article 2305) il est de nouveau question de la mâchoire de saint Eustache »à laquelle le peuple a grande dévotion». Le reliquaire dont nous venons de parler, commandé en 1505 ou en 1506, achevé en 1507, avait remplacé un reliquaire plus ancien contenant »la mantonniere» de saint Eustache (Brièle, 0. c., p. 119, article 1620 et 1621). — Quant à la reine donatrice, nous n’avons pas réussi à l'identifier.

(33) Deux Vies de saint Eustache 131

d’un texte représentant la même variante de la version X que la copie KX.,!

A qui voudrait objecter néanmoins que la ressemblance entre les deux versions en question pourrait bien être due à l'existence d’une source commune qui ne nous serait pas parvenue et qui aurait contenu justement ces nouveaux détails caractéristiques, on peut donner des preuves irréfutables que la version XI dérive directement du poème dont nous nous occupons: il y a, en effet, des parties qui dans les deux poèmes se ressemblent presque mot pour mot et il y en a même qui ont les mimes mots à la rime. En voici des exemples.

XI, 292: Puis fortune sur luy tourna correspond au vers 128 de X: Que fortune sus (K sur) ly tourp rudement tourna; XI, 541: Il fut en l’eau longuement au v. 269, X: Longuement fu en l’iaue...; XI, 602—3: Tant qu'il y fut... N'y eust orage ne tourment au v. 297, X: N'ez .XV. ans n’i cheÿ ourage ne tornment; XI, 767: Car oultre je n’en veulx plus est inspiré par X, 398: ... plus mener n’en i quier; XI, 890—92: Et après une grand montjoye D'amour, de plaisir et de joie, Presque impossible a reciter correspond au v. 453, X: On ne vous pourroit dire la grant joie qu’i firent; XI, 899: Après chascun se va armer au vV. 456, X: Tous lez Ronmains s’armerent...; XI, 923: L'empereur fist Romme parer aux v. 519—20, X: ...{antost fist comander Que on feist par Ronme lez grans ruez parer; XI, 926—27: Il fut... Et de laurier derd couronné aux v. 525—26, X:. . . couronne de lorier Li mist dessus son chief ...; XI, 932—33: ...et ne prisoit a riens Les honneurs ne les mondains biens est inspiré par le v. 528, X: Saint Euustace n’out cure d'entendre a tel mestier; XI, 935—37: Eli, pour sollemnizer la feste, L'empereur fist sonner cle-

1 Ce fait peut être confirmé par d’autres détails encore. Mentionnons p. ex. que les fils d’Eustache s’appel'ent dans K et dans XI Theospit et Agapiton, tandis que I porte Theopy et Agapion; qu’on trouve tumberent K, 605, XI, 999, pour la leçon verserent de ZI, que K (542) et XI (936) ont clerons pour cors chez 1, et que K et XI lisent Adrian, mais I porte Treant.

132 Holger Petersen (84)

rons Et sacrifier mainte beste aux v. 542——43, X: Trompez, cors et buisinez (K Trompettes et clerons) sonnerent pour la feste, Si sacri- Jia l'en sans reson mainte beste (on remarque la rime commune feste: besle), X1, 946—47: II fist crier a son de trompe Que chascun vint sacrifier est inspiré par les vers 538—10, X: Lors le cri l'emperere fu par mi Ronme fès Que trestous, haus et bas, venissent sans arès Pour faire sacrefice devant lez mahonmez; XI, 962: Comment! dict l’empereur, beau sire, correspond au v. 549, X: Conment! dit le tirant, Plesant, que ditez vous?; XI, 989: II le fist tout nud despouller au v. 5914, X: Or tost dist l’emperiere: Despouliez le tout nus; X1, 992—94: Puys le fist battre par ren- {ors, Sy que le sang de tout son corps Jusques a terre s’espartoit aux v. 595—96, X: »Et si le batez tant que son sanc a grant rus Depure de son cors ...» on a dans le même passage, un peu plus tard (XI, str. CXIX, et X, str. CLIT) les rimes communes {umberent (K; I a verserent): releverent; XI, 1011—12: Qu'il commanda que sans respit On les allast tost decoller correspond au v. 616, X: Qu'il lez fist decoler sans nule demourance; les strophes CXXI (de six vers) de XI, et CLV (de quatre vers) de X, qui correspondent complètement quant au contenu, n’ont pas moins de trois mots à la rime en commun, à savoir pendre, estendre et tendre; XI, 1025: Et lors les senateurs de Romme correspond au v. 625, X: Les senaieurs de Ronme ...; XI, 1037: Dictes luy qu’il aoure noz dieux au v. 640, X: Se d’aourer no diex fort ne l’'amonnestez; XI, 1047—48: Voeulz tu que son Dieu benedict Maintenant regnier luy face aux v. 647—18, X: Avequez mon segnieur aime miex a mourir, Que je li concellace son Dieu a relenquir; XI, 1068: 11 fist ung grand boeuf d’arain faire au v. 655, X: .i. beuf d’arain fist fere...; X1, 1071—72: Comme la legende refere Les fist lijer et enfermer aux v. 689 et 691-—92, X: Dedens le beuf d’arain lez fil lier forment . .. mez en se grief torment Furent mis trestous ens, ou la legende ment; XI, 1073—75: Cuydant que la chaleur horrible De l’arain leur fut impossible D’endurer sans morir soudain rend la même pensée que les v. 693—95, X: Ainsi que le tirant dedens son cuer pensoit Qu’en l’eure que l’arain fort eschaufé seroit, Que leur cuir et leur char forment enpireroit; le contenu de la strophe CXXXTITII de la version XI est le même que celui de la strophe CLXXVI de la version X; les vers XI, 1102-—05 s’expliquent très clairement par les vers X, 707—08; XI, 1112—14: Je te supply, garde l'ame De ma femme, De mes enfans et de moy correspond aux v. 713—14, X: Et veulliez prendre m'ame, dous Pere tout puissans, Et celle de ma fame et de mez tj. enjans; X1, 1115—17 et 1119: Et te pry... Qu’a ceulx qui

(85) Deux Vies de saint Eustache 133

liront ma vie, Quy l’orront devotement . .. Donnes ta grace assouvye - aux V. 716—19, X: Et si veulliez lant fere... Que quiconquez lira la vie qu’ay menee, Ou qui l’ezcoutera en devote pencee, Que la grace dez ciex de vous li soit donnee; plusieurs ressemblances quant aux constructions et aux expressions, pour ne pas parler du contenu, se trouvent, passim, aux vers 1124—41 de la version XI et 721—732 de la version X; XI, 1143: Garde de fouldre et tempeste correspond aux v. 739—40, X: Que foudre ne tempete... Ne le puisse enpirier...; XI, 1155: Qui me donront luminaire au v. 734, X: Que quiconques fera en mon nom luminaire; XI, 1164—65: Qui (— l'ange de Dieu) les incredules desvoye, Tombans en arriere en la place au v. 746, X: Et lez faus mescreans . Jist envers trebucier; et, enfin, il y a concordance entre les vers XI, 1199—1200: Fouldre du ciel, (guerre, mort et famine, Orage et feu) qui plusieurs lieux termine et le vers 769, X: Que la foudre du ciel par plusseurs liex cheÿ.

Ces exemples nous suffiront: pris tous ensemble, ils

emportent la conviction. ?

6. — Établissement du texte. — Ainsi que nous l’avons dit, nous avons choisi comme base de l'édition critique le manuscrit 1, dont nous suivons toujours la leçon lorsqu'elle n’est pas visiblement fautive. On trouvera aux notes toutes les leçons rejetées de Z. De K nous n’avons, en général, pas noté les variantes purement orthographiques. — Quelques; cas! spéciaux demandent une explication. Les strophes XXX, CLVII et CLXXXIV, qui n'apparaissent que dans X, ont été introduites dans le texte, la première parce que le contenu, qui se retrouve d’ailleurs dans le modèle de la version X, semble nécessaire au contexte, et les deux autres parce qu'elles ont bien l'air d’appartenir à l’auteur, et que K, qui, il est

1 L’assertion de Nisard, Hisioire des livres populaires, etc., 2e éd., t. II, Paris, 1864, p. 1845ss., que le Cantique de saint Euslache martyr (voir ci-dessus, chapitre Ier, 8,5) aurait pour source notre version X, n’est fondée sur rien. |

134 Holger Petersen (86)

vrai, omet quelquefois des strophes !, n’en ajoute pas. Au vers 272 nous avons introduit la leçon de X, qui et plus satisfaisante, ainsi que toute la strophe suivante (LXIX, v. 273—76), omise par 1. Nous l'avons fait d'autant plus volontiers que le vers 272 de I, commen ant par Que pour, comme le vers 276, semble influencé par celui-ci, et que le premier vers de la strophe LXX (v. 277), se trouvant dans les deux copies, paraît mieux se rattacher au vers 276 qu’au vers 272 dans la leçon de I (ou de XK). Ajoutons encore que des rimes de la même nature que celles de la strophe LXIX, à savoir cher, envoyer, eslongner: entrer, se retrouvent aussi ailleurs dans le poème. ? Une autre fois encore nous avons préféré la leçon de K, en introduisant dans le texte les quatrains LXXXV—XCIII de X, auxquels ne correspondent dans 7 que trois strophes. C’est que leur contenu correspond exactement au récit, au même endroit, du modèle de la version X, tandis que le copiste de JZ l’a modifié et, de plus, bâtit sa rédaction raccourcie, comprenant en tout douze vers, sur la leçon de K à un tel degré qu'il n’y a pas moins de’onze de ces vers qui se retrouvent dans K, ou tels quels, ou sous une forme presque semblable.

Quant aux strophes CXVI—CXXVI et CLXV— CLXXII, si elles manquent à X, qui ainsi omet l'épisode des hommes blancs qui viennent au secours de saint Eustache au combat et l’allusion postérieure qu'y fait le manuscrit 1, leur authenticité paraît assurée par les vers 555—56 (et peut-être aussi par les vers 459—60) qui se

1 Outre les strophes omises par X dont nous parlerons cidessous, Æ omet les quatrains II, XXXV, LXIII et CC. 3 Voir ci-dessus, p. 114.

(87) Deux Vies de saint Eustache 135

retrouvent dans les deux textes et qui semblent faire allusion à ce même incident. ! Les omissions de X ont sans doute été faites exprès, probablement à cause de l’invraisemblanee trop grande de ce miracle et parce que le copiste savait qu’il n’appartenait pas à la légende traditionnelle. En même temps le transcripteur de K a été forcé d’exclure le miracle des charbons ardents sur lesquels saint Eustache doit marcher et la mention de la protestation des quatre mille Romaïns et de leur décapitation, ces incidents se trouvant intimement liés à la mention du miracle des hommes blancs. ?

1 La maladresse visible avec laquelle a été composée la strophe CXXVII dans X (voir aux notes), l’endroit où le récit continue après la partie omise par K, semble accuser un remanieur moins habile ou trop pressé; on croit y voir un effort pour effacer les traces laissées par ses omissions.

3 Pour la transcription de l’abréviation de com, con et du tilde désignant m ou n, il y a à noter que 1° le copiste de Z n’écrit jamais com ou con en toutes lettres (une fois comander 519); 2° il écrit, à l’intérieur des mots, conformément à l’usage courant, d’une part, empereur, emprise, campaine, atrempance, tempeste, sembloit, embloient; d’autre part, hons, ons, tens; 3° il écrit, dans les mêmes conditions, parfois n là où lPusage courant demanderait plutôt m: serblerent 420, s’asenblerent 404, remenbrance 788; 4° il écrit, à intérieur de certains mots, alternativement m ou n: empire 26, 516, 585, et enpire 4, enpireroit 695, enpirier 740; 5°, à la fin des mets, il écrit, conformément à l’usage courant: fain 162, 755, Machon 50, 531, proudon 633; 6° il écrit, dans certains mots, alternativement n et m: renon 635, non 16, 57, 81, 83, 85, 722, et nam 485, 636, en porta 228, 428, en portez 725, en paradis 76, 439, sen peuent tenir 373, et em plorant 751, s’em parti 755, em Barbarie 513; 7° là où l’usage courant est d’écrire eun, il écrit toujours nm: Ronme 303, ponme 512, mahonmez 540, sonmez 431,

136 Hoiger Petersen (88)

7. — TEXTE CRITIQUE (Bibliothèque nationale, fr. 1555, fol. 96 v°)

Cy commence la Vie saint Euustace [Fol. 97 r°}

1 Tout mon pourpensement ay mis en biaus moz dire; Pour ce veul conmencier, s’i plait a nostre Sire, La vie saint Euustace, qui mout out de martire

a Pour conquester la joie dez ceux qui point n’enpire.

II On a fait pluseurs dis du gloriex martir, Mez ceus qui lez ont fez n’avoient pas leisir De mestre lez martirez que on li fist soufrir, s Mez je lez vous diray, s’a Dieu vient a plaissir.

JII Trez douce gent, l’en treuve en sa legende escript Que, sans autre meen, le trez dous Jhesucrist La foy que nous tenon a saint Euustace aprit. 12 Quant il out si bon mestre, saige fu quant la tint.

IV Tost orez la maniere de l’informacion Que Dieu a saint Euustace fit par devission.

Ains qu’il fust crestien, si co me nous lisson, 16 Ert nonmé Placidaz, il avoit trez biau non

nonmé 16, granment 522 (var.). Nous en tirons les enseignements suivants pour la transcription des abréviations: 1° il faut imprimer nm et non mm; 2° il faut imprimer, conformément à l'usage courant, com devant p, b et devant une voyelle, et con devant f, v, ls, t, d,n, q (pour m, voir ci-dessus); de même, m devant p ({rompez 542), non devant un ! 582, mais nom devant une voyelle 588.

1 X pourposement a. m. a b. ditz d. — 2 K Parquoy 1. recorder — 3 K q. tant eut — 4 K du ciel — La strophe II

manque à K — 9 K doulces gens on tr. en la 1. — 10 Z ihuscrit — 11 K La f. sainct eustace q. n. t. aprint — 12 K Puis quil eut si b. m. en son fait peu mesprint — 13 K Uous o. — 14 X

aduision -— 16 Z Est: K Estoit n. plaisant cestoit ung t. b. n.

(89) Deux Vies de saint Eustache 137

V Plessant estoit au monde dez le tenz de s’ezfance. Tous loïiaus marcheans ont en luy grant fiance, Forment est honnourez a Saint Denis en France,

20 Car son saint corps i est, sachiez le sanz doutance.

VI Saint Eustace fu nez de Ronme la cité.

Aprez l’empereour estoit le plus douté.

Selon la loy paienne fu Placidas nonmé.

24 Tous, haus et baz, l’enmoient pour sa grant loiauté.

VII L’emperiere l’ama, si en fist connestable De trestout son empire. Courtois et amiable Estoit envers lez bons, mez crüel et doubtable 28 Le trouvoient lez faus qui ourent cuer muable.

VIII N’estoit adonquez honme, tant eüst grant puissance, Qui envers l’emperiere eüst male morance, Que Placidas n’en prist hautement la vengance. 32 Plain estoit de resson, de sens et d’atrempance.

IX De conforter lez povrez ne se pouoit tenir, Et pour ce li fist Dieu sa fauce loy guerpir, {9% 1°] Que l’Ezcripsture dist qu’i ne peut avenir

36 Qu’arme de cors piteus voit en enfer perir.

X Huymez est bien resson que la magniere die Par quel point saint Eustace out sa loy deguerpie. Un jour aloit chasser a bele compaignie,

:0 Mez tant suv .j. cerf que perdy sa mesgnie.

17 K P. e. a dieu d. toute son e. — 18 K En luy t. bons m. o. grande confiance — 19 X Son digne corps repose — 20 Z sachiez a s. d. X Ou moult est honnore ie le scay s. d. — 21 K ar. — 22 K Et a. IL. il fut — 23 K Et en la 1. p. fut plaisant appelle — Les v. 22 et 23 sont intervertis dans K — 24 K hault et b. layment — 25 J f. son c.; K Lempereur 1. moult si le f. c. — 26 K De toute — 28 K trouuerent — 29 K grande — 30 7 mal, X Se lempereur vers luy eust conceu maluueillance — 31 I preist; X Que plaisant n. print hastiuement u. — 32 X P. de r.e. — 88 Z pauoit K ces p. — 34 K la f. 1. — 35 K Car I. d. quil — 36 À Que ame qui est piteuse uoyse — 37 K Il est bonne r. — 39 K a. chassant un cerf mais sa mesgnie — 40 K Perdit dedens le boys maïs ne sen doubta mye.

138 Holger Petersen (90)

XI Quant Placidas, qui fà puis Eustace nonmés, Parchut qu’il out sez honmes perdus et adirés, D’aler après le cerf fu lors plus eschaufez,

44 Mez sus une grant roche mout roite fu montés.

XII Quant si haut l’aperchut, il en out grant despit, Et lors reguarda fort: entre sez cornez vit - Un honme nu en crois qui hautement li dit:

cs «Frere, chil n’est pas sage qui en faus estat vit.

XIII Cré moy, lesse la vie de ta dannacion.

Je ne veul pas k’aoures Tervagant ne Machon, Mez reclame celuy qui soufri pacion 52 En la crois pour donner a bons remicion.

° XIV En chu Dieu doi tu croire, or entent, dous amis, Qui en la fin vendra jugier et mors et vis:

Cheus qui aront bien fait iront en paradis,

se Et lez mauvès seront livrés auz anemis.

XV Hi faut que tu te fachez en mon non baptissier.s En l’eure Placidas dessendi du destrier, Devant le crucifix s’alla agenoiller:

60 Il li estoit avis qu’i le veoit sainier.

XVI Mout doucement li dist: «Baptissier me feray. S’i vous plet, a ma fame tout avant le diray:

Se baptissier se veut mout joiex en seray.»

64 Lors li dist Jiesudist, le dous, sans nul delay:

XVIE «Tu as bien dist, je veul qu’elle soit baptissie Et tez fiex ausy; ne le delesse mie Que demain ne reviegnez ici sars compaignie, [9] 68 Et je t’ensegneray conment merraz ta vie.»

41 I p. saint e. n., K plaisant q. depuis fut e. nomme — 42 I Parchuc ... hüme; K Perceut . . . adire — 43 K c. lers fut p. eschauffe —— 44 K sur ... monte — 46 Æ Mais en le regardant — 47 K h. mis en c. — 48 K Plaisant c. n. p. s. lequel en peche u. — 49 X C. en moy et te destourne de d. — 50 K u. plus que a.t. ne mahom — 51 X M. serues a c. — 52 I En labre de la c.. X aux siens r. — 53 K En ce lieu . .. chier a — 54 K Quen la f. ie uiendray i. les m. — 56 X Mais I. m. s. iugez — 58 I Il regarda le cerf quant il souy noncier, À Adonc plaisant tantost d. du coursier. Dans le texte critique figure à cette place le vers 59 de I.

(41) Deux Vies de saint Eustache 139

XVIII Adonc le connestable a Ronme retourna.

À son ostel s’en vint, a sa fame conta Cen qu’avenu li ert u bois ou il entra. :2 Lors sa famme li dist: «Mon segnieur, ”iij. nuis a

XIX Que j’estoie couchie et un po’ m’enclinaie, Adonc m'estoit avis c’un cruchefis veoie Qui me disoit ainsy que, se me baptissoie, 76 C’un gracieux ostel en paradis aroie.»

XX Adonc fu le saint hons ên son cuer mout joians. Tantost fist baptissier sa fame et sez enfans

Et luy’:tout le premier. En Dieu fu si creans

8, Que lez faucez idollez ne prissa puis .ij. gans.

XXI À la loy crestienne prit d’'Euustace le non. Aprez dez .ij. enfans bien dire vous saron L’un out non Teopy et l’autre Agapiton:;

ea Puis ourent il pour Dieu a soufrir grant foisson.

XXII La fame saint Euustace out non Theopita. Li sains hons cele nuit guerez ne repossa:

Tantost conme il fu jour se vesty et caucha,

ss Pour retourner au bois sus son cheval monta.

XXIII Tant qu’il fu a la roche ne se vout arester, Mez le cerf fu si haut que il n’i pout mener Son cheval. A grant paine conmencha a ramper, 92 Tant que il aproucha, si prist a regarder

59 Dans le texte critique nous avons admis la leçon de K: T a ici le v. 58 du texte critique (voir précédemment) — 61 K Chier sire dist plaisant — 62 K Et a ma femme aussi sil u. p. 1. d. — 64 K L. le doux i. luy d. s. n. d. — 65 K tres b. 4 . . baptizee — 66 KÀ T. deux/enfans a. mais ne d. m. — 67 K ten r. — 68 K te monstreray c. tu useras — 69 7 de r. — 70 K En s. h. uenu — 71 Zest: À Le faict- et laduenture quenmy le boys trouua — 72 K sire quatre — 73 K couchee et ung p. sommeilloye — 74 K Maïs il m. a. que — 75 K mexhortoyt disant se ie — 76 I pardis iroie,; K Que ung tresgracieulx lieu — 77 K A. plaisant qui de cueur fut esiouyssant — 79 K si ferme en d. c. — 80 K deux ans — 81 } de e.; K En la foy c. p. d. n. — 83 X theospit I agapion — 84 I forsson — 85 K theospita — 86 K Le sainct homme la n. — 88 K sur — 89 K au rochier — 90 Æ quil ny pouoit monter — 91 ÆX commence — 92 K T. q. pres a.

:140 Holger Petersen (92)

XXIV Le crusefis qui fu forment resplendissant. Lors s’ala saint Euustace a nus genous metant. Puis dist: «Dous Jhesucrist, en qui je sui creant, se Ensengniez moy la voie con m’ame iray sauvant.»

NXV Adonc dist doucement le trez souverain roy: «Amis, qui veut venir es sains ciex a prez moy, Pas ne convient qu’'i tiegne mout grant conte de soy. 100 Fere vouray brement .j. nouvel Job de toy. [F.98 v']

XXVI Job fu jadis .j. honme que j’avoie bien chier, Et si out en ce monde asez de destourbier,

Et si ne se vout onquez de naïient couroucier 104 Et pour ce\le remi ge en son estat premier.

XXVII Ainsy t’avendra il, sachez tu vraiement: Tu es mout richez ons, mez bien soudainement Devendraz si trez povré que tu n’araz naient 108 Ne n’osseraz veoir ne vessin ne parent.

XXVIII Encore plus, ta fame et tez .ij. fis perdras En .j. païs sauvaige, ou riens ne connoistras, Et entre gens estrangez ta chevance querras.

112 Mez pour l’amour de cen que tout en gré prendras

XXIX Trouveras tu ta fame avequez tez .ij. fis, Et si-seras a Ronme plus c’onquez mez chieris. Mez sachez tu, biau frere, ainz qu’aiez paradis us Soufreraz grant martire, point ne t’en esbahis,

XXX Car je te secourray a tous tes grans besoingtz, Mais que pacïent soyez tousjours et près et loingtz.

94 Æ se alla . .. iectant — 96 X Demonstrez m. la u. comme miray s. — 97 K A. moult d. dist le s. r. — 98 K Mais — 99 K quil t. g. c. — 100 K briefuement un nouueau — 101 X moult c. — 102 K Lequel out en ce m. maint grief et d. — 103 K uoulut o. contre moy c. — 105 I uraiment; K A. feray ie de toy s. certainement — 106 X Tu es plain de richesses m. b. prochaine ment — 108 À Ne tu n. u. ne amy — 109 I .ij. de fis; K Et oultreplus . .. tes enfans p. — 111 X ta uie requerras — 112 K M. raison de ce —-113 X Recouureras ta f. auec — 114 K honnorez a tous dis — 115 Z îf. amiz q.; K M. s. pour certain 1. que — 116 X Souffriras — Les vers 117—120 manquent & 1 — 118 Le premier et manque à K.

(13) Deux Vies de saint Eustache 141

Tost a Ronme retourne et a moy ton cueur joingtz: 130 Tu ne peulx avoir mal, car ma grace te doins.s

AXXI Quant le dous Jhesucrist out cez moz recordez, Le cerf si s’en tourna, ne sout ou fu alez.

Adonc s’est saint Euustace segniez et conmandez

124 Es mains Diex de par qui tous lez bons sont sauvez.

XXXII Jus de la roche vint, sus son cheval monta, Dez moz qu’il out oïs grandement se doubta.

A Ronme s’en revint, puis guerez n’aresta

128 Que fortune sus ly tourp rudement tourna.

XXXIII Trestous lez grans trezors que il avoit conquis Donna a povrez genz; de cen fist que soutis.

Un jour par mautalent fu de la court partis;

133 Par ce point le heoïent tous sez melours amis.

XXXIV A saint Euustace avint si grant adversion Qu’'i ne li demoura ne chastel ne donjon Que trestout ne cheïst a une avreprisson, 136 Mez tout prenoit en gré sanz murmuracion.

XXXV Il ne li demoura ne cheval ne jument, [Fol.99 r °] Ne nul autre bestail, que tout sodainement Ne fusent mors trouvez a .j. ajournement.

140 Quant saint Euustace vit le grant encombrement,

XX XVI Il loua Dieu de tout et dist: «Vierge Marie, Voir, l’onme nu en crois mentir ne me vout mie,

Ains me dist verité. De trestout le mercie.»

144 Puis apela sa fame et li dist: «Douce amie,

122 K sesuanouyt tournez — 123 I Adonquez s. e. sest s. du tout c.; K cest — 124 I Et. 1. bienz;: X de dieu p. — 125 K sur — 126 K moult g. d. — 128 I t. grandement t.: K sur luy moult g. — 129 Z quil auoient c.: K Tous 1. biens et t. que pieca eut c. — 130 K aux — 132 K Pourquoy le contennerent ts. prochains à. — 133 I abuision — 134 K Quil {le premier ne Manque — 135 K Que tout ne tresbuchast a u. mesprison — Le Quatrain XXXV manque à K — 141 K En louant d. de t. et la u. m. à 142 K Dist 1. mis... ueuit — 143 I Amis: K grandement len m. |

142 Holger Petersen . (94)

XXXVII Prenon:.tout en bon gré quanque Dieu nous envoie. Prenez. voz .ij. enfans, si nous meton a voye, Et de nuit, coiement, si que nul ne nous voie: 148 J'aime miex estre povre alieurz que cy le soie.

XXXVIII Aucunez gens de Ronme si m'ont ja reprouvé Que pour ce me vient mal que je suy bauptissié, Mez bon fait soufrir paine pour la Dieu amitié:

152 Nul qui aime soulaz n’est ez ciex herbergié.»

XXXIX La dame li dist: «Sire, bien croy que che soit voir. Je suis preste de fere trestout vostre vouloir.» Quant il fu anuitié et le tens fu bien noir, 156 Lors parti saint Eustace de Ronme et son manoir.

XL Avequez luy mena sa fame et sez enfans.

Cil qui mist sa legende de latin en roumans Dist que lez clers temongnent, qui sont bien voir disans, 160 Que pour Dieu out plus paine que nul saint de son tens.

XLI Tant alla saint Euustace qu’a .j. port vint sus mer: Droit en Jherusalem avoit grant fain d’aler:

Sa fame et sez enfans i cuida bien mener 164 Pour le digne sepucre du cors Dieu aourer.

XLII Mez au bon saint avint doulereus encombrier, Car a se port avoit mout felon pautonnier

Qui pour sa biauté prirent sa fame a couvetier.

168 Dedenz lour nef la mirent sans point de delier.

145 K Portons patiemment ce que — 146 I m. tout au, K Noz deux e. prenons et n. m. en u. — 147 K Ia de n. — 149 K a r. m. desia reproche — 150 X q. me s. — 152 K est — 153 K q. dictes u. — 154 X du tout u. u. — 156 JZ et manque: K Se p. — 157 K Auec — 158 K Celuy q. sa IL. translata en r. — 159 X b. entendans — 160 X Quil souffrit p. de p. ... sainctz — 161 X sur — 162 7 Droroit; K a. desir — 163 Æ cuide — 166 K maint f. p. — 167 K Q. la dame uoulurent pouf sa b. arter — 168 K D. la... p. y delayer.

(95) Deux Vies: de saint Eustache 143

XLITI Saint Euustace, qui out sez .ij. enfans lez luy, Vout entrer en la nef ou sa fame choissy. [Fol. 99 v°] Lors .j. dez mariniers .j. grant baston sessy 172 De coy a saint Euustace par l’espaule fery.

XLIV Puis li dist: «Faus vilain, vous demourrez dehors. S’entrez ens, mal mechief vous avendra du cors. Nous feron de la dame no bon et no depors.»

176 Saint Euustace l’oy, bien vousit estre mors.

XLV Quant la dame perchut e’on la voloit trair, Haut cria: «Fausse gens, lessez moy hors issirl» Adonquez lez gloutons s’alerent departir,

180 De terre lor vessel firent en mer ferir.

XLVI N'est clerc qui vous seüst le grant deul prononcier Que la dame fessoit, quant se vit eslongnier De son loial seigneur, que ele avoit tant chier, 184 Et de sez .ij, enfans: bien cuida esragier.

XLVII Hautemexit s’ezcria: «Biau dous amis Euustace, Quant icy departon, je ne say que je face.

Pourr mez .ij. biaus enfans me day bien clamer lace.»

188 En” la mer fust sallie se elle eüst espasse.

XLVIIY Mez lez gloutons la tindrent, qui virent son courage. Le mestre de tous eus vint a la dame sage Et vout o li gezir, asez li fist d’outrage, . 192 Mez Dieu pour li sauver fist lever .j. ourage

XLIX Si crüel qu’i n’ot honme u vessel, tant fust fier, Qui n’eüst a sele oure grant doute de noier.

b K uers luy — 170 K Uoulut — 171 K pautonniers — 172 K Duquel les espaulles s. e. f. — 173 K Et luy d. fol — 174 K Se ‘e, dedens la nef u. mescherra — 175 X femme noz plaisirs et Ÿ — 178 K faulces — 179 K se a. — 180 K et 1. u. ... saillir — 181 K Il n. — 183 I quele, K quelle a. si treschier — 184 K b. se c. pasmer — 185 X mon d. a. — 186 ZI je me s.; K Q. ainsi

: — 187 K Et p. m. deux e. bien me d. c. 1. — 188 XK f. tumbee

selle e. eu e. — 189 Z la uirent — 190 X Le m. de la nef — 191 To luy; À Et uoulut auec elle g. par grant o. — 192 I p. luy S. K p. la s. — 193 X que neust h. si felon ne fyer — 194 K Q. ne fust en g. d. a ce coup de n.

144 Hoiïiger Petersen (96)

À .j. port mout sauvage lez fist Dieu adrecier. 106 Mout furent esbahis, en eus n’out qu’ezmaier.

L D’avoir soulas de fame a nul d’eus il ne tint. Par ce point fu sauvee, grant grace li avint. Ainssy con vous orez, a une ville vint

+00 Ou une bonne “dame manoit, qui la retint.

Li La dame c’on tenoit jadis a Ronme chiere Devint, par povreté, de drapiaus lavendiere.

En Jhesucrist avoit s’entencion entiere. [Fol. 100 r°]

204 De saint Euustace veul recorder la magniere.

LII Il estoit pour sa fame trop forment adoulez. Sez enfans regarda, qui li sont demourez,; . De Ja pitié qu’il out fu forment esplourez, 208 Puis dist piteusscment: «Dous Dieu, de moy penssez!

LIIISy voir con vous naquitez de la vierge pucelle, Veilliez moy donner grace que j’oe tel nouvelle

De ma gentil moulier qui me soit bonne et bele: 213 À cez mos saint Euustace perchut une sentele.

LIV Adonc se mist a voie, sez .ij. enfans mena Doucement avec ly. Tant par la sente ala C’une large riviere par devant luy truva,

216 Mez ne vit pont ne planche, dont moùt li anuia.

LV La riviere fu lee, mez n’estoit pas parfnde, Mez radement couroit, souvent jetoit gr mat onde. Saint Euustace, qui out de peché le cuer nhonde,

220 Reclama de bon cuer le roy de tout le mo de.

195 K m. estrange — 196 Z esbachis: X Dont f. m. ddlens — 197 K D. deduit de f. a nulz d. ne souuint — 199 Æ A. \que u. o. en — 200 K b. femme auecques soy la tint — 202 K PA p. d. — 203 K a. intention — 204 K Du noble s. uous u. — | 205 K f. dolent et ennuye — 206 K r. auec Iuy d. — 207 I ft f. adoulez X De la douleur q. eut fut moult fort e. — 208 X

P. d. glorieulx d. de m. ayder p. — 209 X que u. n. — 210 K me d. g. q. puisse auoir n. — 211 X tres doulce femme q. mestoit — 214 K a. eulx t. p. sas. — 215 K Queu.Ll.r.en |

son chemin t. — 216 ZI donc: K Pont et p. ny u. — 217 K large et non p. trop p. — 218 K roydem nt courant — 219 J de pitie le c. onde.

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Deux Vies de saint Eustache 1-1

LVI Le saint vit une vile qui outre l’iaue fu. Un de sez enfans prinst, plus n’i a atendu, Tout outre la riviere le porta par vertu, 221 Puis se remist en l’iaue, quant i l’out dessendu.

LVII L'autre enfant venoit quere, mez en vain se pena, Quer, quant fu en mi l’iaue, devant li regarda Un grant lion cresté qui son fis engoula.

228 Tout par my la campaine en courant l’en porta.

LVIII Quant ce vit saint Euustace, deul out en son courage. D'autre part regarda, si vit .j. lou sauvage Qui prist son autre fiex qui fu sus le rivage; 232 Puis s’en fuyt a tout. Lors doubla le damaige.

LIX Quant saint Euustace vit lez bestez de .ij. lez Qui sez enfans avoient ravis et en portez, Il est escript de 1y qu’i fu si tormentez 236 Qu’a poi qu’i ne cheÿ dedens l’iaue pamez. [Fol. 100 v°]

LX S'il estoit esbahis, n'afiert a raconter.

Voir, il avoit bien causse de grant duel demener! Mout trez piteussement se prist a dementer

240 En si faite maniere con vous m'orez conter:

LXI4«Dous Dieu, qui a Caïn demandatez Abel, Quant il l’out asonné sans reson d’un houel, Voir, u bois me deïtez, qui est plezant et bel,

244 Que de moy feriez brement .j. Joh nouvel.

LXIITenu m'avez couvent, mez, selon mon pensé, Onquez Job ne soufri trestant de povreté

221 K Tantost u. u. u. — 222 I Un deze. K ny a p. a. —

223 K O. celle r. —— 225 K tourna q.-- 226 K emmy uoie — 227 K Ung 1. moult horrible — 228 K Et parimy la c. uistement — 229 K Adonc eut s. e. grant d.ens. c. —231 K print s. a. f. éstant sur — 232 K Et s. f. a t. si d. — 235 K quil — 236 K pou qu’il — 237 X S. fut bien eshahy ne faict a demander — 238 K Car il — 239 K M. douloureusement se print a demander — 240 K En icelle m. que u. orrez c. — 242 K il eut s. r. as- Somie du h. — 2143 A Uous me dictes au b. —244 Æ Q. uous

Î. de m, briefuement —- 2145 K promesse $S, ln. pourpense — 246 K autant.

146 Holger Petersen (98)

Conme j’ay mayntenant. Dieu, par vostre bonté, 248 Veulliez que puise fere la vostre volenté.

LXIII Se Job dez biens du monde îfu de tout dezgarnis, Au mains fu il tourjous hanté en son païis:

Souvent veoit sa fame et sez autrez amis,

262 Mez je suis demouré tout seul mout esbahis.

LXIV J'ay perdue ma fame et mi .ij. enfanchon. Ker ont estez tollus du leu et du lion.

Je ne say ou je suy, n’en quele region,

2566 SY n’ay pain ni argent ne autre garisson.»

LXV Ainsi se dementoit saint Euustace le ber. De sez 4j. enfanchons veul .j. petit parler.

Que lez .ij. malez bestez cuidaient devorer,

260 Mez le dous Jhesucrist ne le veut endurer,

LXVI Que berchiers qui gardoient lez bestez par lez chans Rescouirent a chiens et batons lez enfans.

Bien lez firent nourir lez patouriaus vallans, 264 Tous deus en une vile, tant qu'i furent puissans.

LXVII Puis par le gré de Dieu lez retrouva le pere Et sa fame ensement, qui fu lor droite mere.

Ainsi con vous orez avant en la matere; 268 Mez Euustace souffrit avant mout de misere.

LXVIII Longuement fu en l’iaue ains qu’i vousit issir: Si fort estoit dolent, ne sout que devenir. [101 r°] Doucement reclama Dieu, qui vout mort soufrir

272 En la croix, qu’en la foy le voulsist maintenir.

247 I maytenant — Les vers 249—252 manquent à K — 250 I t. hautement en — 253 K I. ma f. p. et mes enfans de nom — 254 K Qui mont e. t. dung loup et dung 1. — 256 Æ n. ne painne uin ne quelque garnison — 257 K En ce point s. e. se print a guermeter — 258 K De s. enfans uous u. ung p. reciter — 259 I cuidaiet Æ Q. I. b. sauluaiges cuyderent d. — 261 I qui manque: K Les b. q. g. 1. brebis — 262 ZI A ch. eta b.r.l.e. — 263 K feirent — 264 K quilz — 265 K g. dieu 1. r. leur — 266 Æ Et sa loyalle f. q. leur fut bonne m. — 267 K A. que u. 0. de brief en — 268 1 M. saint e. out K aïincois maiïinte m. — 269 J ains manque; K quil en sceust — 270 Æ Si d. se trouua — 271 Æ uoulut — 272 I Que pour ce de la foy ne se uousit partir.

(99) Deux Vies de saint Eustache 147

LXIX En une ville vint le sainct que Dieu eut cher; Fermee la trouva, pour ce ne peult entrer.

Oncques Dieu ne luy sceut tant de mal envoyer

276 Que pour tant se voulsist de sa loy eslongner,

LXX Mez plus avoit de maulx, et plus s’i afermoit. Voir, il est pluseurs gens qui, se Dieu lor donnoit Aucune pestilence, maugreé en seroit:

280 Mez le dous saint Euustace pas aiïinsi ne fessoit,

LXXI Enchois gracioit Dieu et la vierge Marie De quanqu’i li donnoit en ceste mortel vie.

De îfere bonnez euvrez avoit tourjous envie, 284 Et le dous Jhesucrist si ne l’oublia mie.

LXXII Grant et membrus estoit, courageus et legier; Lez genz d’une grant vile si le firent mesier. Lez vignez et lez blez li fessoient getier, 288 S'en avoit largement a boire et a mengier.

LXXIII Mez pour ce n’avoit il talent de fere outrage: Quatre fois la semaine junoit par bon courage. Tant conme il fu mesier n’i avoit fol ne sage 292 Qui a biens du païs ossat fere dommage.

LXXIV Mout estoit saint Euustace presié en la contree, Car onquez ne forfist a creature nee; En .xV. ans qu’il i fu, n’i out onquez anee 298 Que lez bienz n’i venisent a plaine desiree,

LXXV N’ez .XV. ans n’i chey ourage ne tornment, Pour l’amour saint Euustace, que Dieu amoit forment:

Les vers 273—276 ne se trouvent pas dans 1 — 277 I M. p. ce

sentoit greuez: K et mieulx — 278 K JIiz sont huy p. — 279 K° À. aduersite — 280 K le treshumble e. — 281 K Car il mercyoit

— 282 K mortelle — 283 K De bien faire et bien dire — 286

K Pourtant ceulx de la u. — 287 K Et 1 b. et 1. u. luy f. guet-

ter — 288 K Si a. — 289 K M. pourtant n.... den f. 0. — 290

K b. usage — 291 K neut si f. ne si s. — 292 I f. outrage —- 293

K M. fut le digne sainct — 294 K ny meffit — 296 I u. si conme

a y agree — 297 J a. qui li fu ni; X Nen quinze a. ny eut.

148 Holger Petersen (100)

Tel saint fait bon requerre de bon cuer fermement. 300 Pour Dieu, or entendez, bele trez douce gent:

LXXVI Au tens que vous oez icy endroit conter Se vorent plusseurs gens a grant tort reveler Contre l’empereour qui out Ronme a garder.

304 Lors ouïsiez forment Placidas regreter:

LXXVII Une eure l’apeloient Plezant, puis Placidas, [101 v] Et dist l’empereour: »Bien me doi clamer las, Quant mon bon connestable perdi, tant en suys mas. 308 De Ronme se parti, je n’i sou onquez quas,

LXXVIII Car onquez ne trouvay en luy que courtoisie. Bien say, s’encore fust de nostre compagnie, Barbarins contre nous ne revelacent mie;

s12 Mez, certez, je ne say se il est mez en vie.»

LXXIX Adonquez se leverent .ij. loiaus chevaliers Qui dirent a haut cri: «Drois emperiere chiers, Voir, Euustace iron quere de gré et volentiers.» 316 Et il leur respondi: «Ne saiez pas lengniers,

LXXX Hatez vous de le quere et, se vous l’amenez, Vous arez tant du mien, mez povrez ne serez.» Lors lez .ij. chevaliers se sont acheminez.

320 De saint Euustace quere se sont forment penez.

299 KÆ s. doit on r. de b. c. et souuent — 300 K e. a moy deuote g. — 301 K t. dont u. o. presentement parler — 302 I uoirent, mais r est exponctué; K Se uouldrent barbarins fierement rebeller — 303 K Encontre — 304 X L. commenca fÎ. 4 plaisant r. — 305 K lappelloit — 306 K disoit haultement b. me doibt — 307 K Q.iay m. c. ainsi perdu helas — 308 XK sest p. ie ne scay pour quel cas — 309 X En 1. ie nay trouue q. toute c. — 310 K B. s. que sil estoit — 311 K c. moy si ne se meussent m. __ 312 K sil est mort ou en u. — 313 K deux gentilz c. — 314 1 dr. e. oiez: K h. son empereur seigneur chers —— 315 K Plaisant i. querir sil uous plaist u. — 316 K r. si aurez de mes deniers — 317 K q. si le nous a. — 318 K T. a. u. du m. plus p. — 320 K q. si furent moult lassez.

(101) Jeux Vies c'e saint Eustache 149

LXXXI Verz Ronme la chité mout dolens retornaient Pour ce que leur labeur mal employé avoient, Mez ainsi con Dieu vout, le bon saint qu’i queraient 324 Perchurent devant eus, mez pas ne l’avisoient,

LXXXII Car puis qu’i ne le virent estoit forment müez: Nepourquant il li dirent: »Amiz, or entendez,

Se vous savez nouvelez, pour Dieu si lez contez,

328 D’un chevalier de Ronme, Euustace est apelez.

LXXXIII Voir, s’i hantast a Ronme, mout eüst de deduis. Touz lez Ronmaiïins par li estoient bien conduis. Sa fame et sez enfanz en amena de nuis; 332 Nous n’en pumez oïr nouvelez onquez puis.»

LXXXIV Quant saint Euustace ouy de sa fame paller Et de sez .ij. enfans, fort prist a soupirer, Puis dist a chevaliers: «Segnieurs, lesiez m'’ester, 336 Car de ce chevalier ne saroie compter,

321 K Ar. — 322 I q. de euustace nule riens ne trouuaient — 323 I b. eustace: K a. que — 324 I Aperchurent; À m. ne le congnoyssoient — 325 K ueirent f. e. m. — 326 X Non pourtant... amy or attendez — 327 K nouuelle p. d. si la c. — 328 I Du ch; K r. qui plaisant est nomme — 329 K Quant il hantoit a r. m. y eut — 330 TJ r. de romme e. p. li c.; K Car 1. — 331 K O sa f. et e. si sen alla — 332 X onque — 334 K e. lors se print — 335 K aux...L.e. —336 Znes. paler; À Ne scay de cheuallier ne descuyer c.

Aux quatrains A correspondent dans I les Strophes suivantes:

Ne euustace de romme onquez nul jour ne uis

Lors lez .ij. cheualiers se sont de 1y partis

Adonc uint une uois de uers paradis [fol. 102 r°] Qui dist a saint euustace or entent dous amis

Dieu ueut qua romme uoisez la guerre maintendras Ains quele prengne fin fame et enfans raras Douce gens entendez et ne uous enuit pas

Lun dez .ij. cheualiers dist a lautre tout bas

Voir il me gist u cuer que ce est la plessant Bien say qua une plaie sus le front par deuant Or retornon ariere se nous lalon trouuant

Cest le franc connestable que nous alon querant

150 Holger Petersen (102)

LXXXV Ne de Plaisant de Ronme, se il est mort ou vifz.

Allons en mon logis, je vous pry, chiers amys, Car le temps est moult chault, si serez rafreschis.» 840 Adonc vint une voix de devers paradis

LXKXVI Qui dist a sainct Eustace: «Or entendz que feras. Dieu veult qu'a Ronme voises, la guerre maintien-

dras; Avant que prengne fin, femme et enfans ravras.»

344 Doulces gens entendez, ne vous ennuyez pas:

LXX XVII Quant sainct Eustace ouyt la voix si doulcement, Jesuchrist mercya en son cueur bellement;

Nully ne s’en perceut fors luy tant seullement. 348 En la ville s’en vint bel et courtoysement.

LXXXVIII Puis s’en vint sainct Eustace a son hoste parler: «Chier sire, d’ure chose vous vueil je bien prier,

Que bon vin et viande vous me vueillez livrer,

352 Car avec ses seigneurs me convient huy disner.

LXXXIX IIz sont bien mes amys et de ma parenté, Leurs despendz payeray tout pour leur amytié.» Son hoste respondit: «A vostre voulenté 356 Avrez de tous mes biens largement a planté.»

XC Adoncques sainct Eustace les assist doulcement, A la table les mist et servit richement.

De vins et de viandes leur donna largement, 360 Mais de son piteulx cas souspiroit tendrement.

XCI Et mesmes a celle heure, quant il luy souvenoyt De son estat premier, hors de la chambre allovt Pour celer son ennuy, puis a eulx revenoit,

364 Tant que bien apperceurent que grant dueil il avoyt.

XCII L’ung des deux chevalliers le regardoit souvent, Moult bien le congnoissoit, mais n’osoyt nullement

Luy dire son penser. Adonc tout coyement 368 À dit l’ung d’eulx a l’autre: «Chier amy, or entend:

354 K leurs -— 359 À Le second de munque.

(103) Deux Vies de saint Eustache 151

XCIII Pour vray me dit le cueur qu’avons trouvé Plaisant. IH avoit une playe sur son chief par devant:

Or le regardons bien, si l’allons enserchant 372 S’il est le connestable que nous allons querant.»

XCIV Lors de le regarder ne sen peuent tenir. Saint Euustace a l’encontre n’out talent de feuir. Il li ont dist: «Chier sire, trop nous fetez languir. 376 Voir, vous estez Euustace, dont Rommains ont desir.»

XCV Adonquez saint Euustace osta son chaperon. Lors perchurent la plaie qu’il avoit sus le fron. Adonc s’agenoulierent luy requerant pardon,

880 Mez il lez releva en guise de baron.

XCVI Emmy la vile vinrent mout grant joie fessant. Forment s’enmervelient tretous, petit et grant, De cen qu’a leur mescer vont tel honneur portant, 384 Car tost vestir le firent d’abit bien sufissant.

KCVIT Au conmun de la ville vont son estat conter. A trestous prist congié quant il s’en dout aler, Mez pour l’amour de li prirent tous a plorer. 388 De chevauchier vers Ronme ne sen vorent targier. .

XCVIII Quant il en aprochierent, .j. hens devant alla Qui a l’ampereour la nouvele conta Qu'Eustace, pour la guerre, a Ronme retorna.

392 Mout bele compaignie contre luy chevaucha.

373 I Adonquez retornerent — Æ ne se peurent t. — 374 K S. e. uint a eulx t. n. de fouyr — 375 K Et ïilz luy dirent s. — 376 I donc; Ke. plaisant — 378 K Si ueirent de la p. trestoute la facon — 379 J contre li u sablon; Æ Et lors s. — 380 Z en leua: K a g. — 381 I A la u. sen uirent — 382 K F. sesmerueilloient — 384 K C. reuestir le f. d. moult aduenant — 385 I A li c.; K c. du pays ua — 386 K Et de tous print — 387 K se prindrent a p. — 388 K ne se uoulurent cesser — 3589 X ung cheualier a. — 390 K Deuant a I. et le faict luy c. — 391 I Que e; K Et mesmes que plaisant estoit bien pres de la — 392 ÆX A b.

152 Holger l’etersen (101)

XCIX Meiïmez l’emperiere chevaucha contre Iuv Et lez plus haus de Ronme, et 1v dist: -«Mon ani, Mout ai eù a faire puis que je ne vous vy.»

396 Adonquez saint Fuustace mout bien 1y respondx: [Fol. 102 v°]

C«Sire, mandez vos honmez sans point de delaier, .XX. mile seullement, plus mener n’en i quier. A cheus de Barbarie me voudray acointier.»

400 Hionnez gens, entendez pour Dieu le droiturier:

CI Lez .ij. fiex saint Euustace, que lez berchiez osterent A .ij. bestez sauvagez qui mengier lez cuidierent, Estoient biaus enfans, bien leur armez porterent.

404 Lez sagez de la ville une fois s’asenblerent

CII Pour ce qu’i leur faloit .ij. honmez envoier Tourjours a l’emperiere quant vouloit guerrier. Il s’acorderent tous, quant vint au derenier.

408 Que lez valez trouvez feroient haubergier

CIII Et seroient pour eus en la guerre tranmis, Et que trop miex vaudrait qu'il i fusent osis Que cheus qui nez estoient et estrez du pais.

s1i2 Lez valez l’otroierent voulentiers, non envis.

CIV Armez et bon argent avequez eus porterent. Lez enfans saint Euustace vers l’ost s’acheminerent. Uymez orez paler con leur pere trouverent

416 Et leur mere ensement, que forment desirerent.

393 K Lempereur luyÿ commande cheuaucher de lez Iuy — 394 K L. h. barons apres puis luy d. — 395 Z aiu: Æ Iay eu de grans affaires depuis q. ne — 398 ÆX Dix m. s. p. m. ie nen q. — 400 K Doulces — 401 K bergiers — 402 K Aux ... le — 103 Æ b. et fors leurs à. b. p. — 405 KX questoyent tenus — 406 X Tousiours a lempereur q. deuoit guerroyer — 407 A dernier — 408 K 1. enfans t. f. bien armer — 409 K a la g. transmis — 410 K Car t. m. leur ualloit — 412 I voulentiers manque; K uarletz — 413 ÆX auec e. em porterent — 414 Æ s. e. ensemble cheuaucherent — 415 K Tantost orrez comme 1. p. retrouuerent — 416 Æ Auec 1. bonne m. q. souuent d.

(105) Deux Vies de saint Iustache 153

CV Saint Euustace, qui sout mout de chevalerie, De Ronme se parti et va vers Barbarie.

.j. jour vit sez enfans en une praerie; 420 Mout li senblerent biaus, mez ne lez connut mie.

CVI Saint Euustace, qui bien en Jhesucrist creoit, Fist .j. jour son tref tendre, si con Dieu le vouloit, Bien prez de la messon ou sa fame manoit.

424 I] aperchut sez fiex, si conment il dinoit,

CVII Venir lez fist a luy et puis leur demanda De quel lieu il estoient. Li uns respons li a: «Ne say ou fumez nez, mez on me raconta 428 Ou j’ay esté nourry c’un lion n'en porta,

CVIII Mez patours me tolirent a la beste sauvage. [108 r°] Trouvez” nous apeloient trestous ceus du vilage Dont nous sonmez partis; pié de nostre lignage, 432 Sire, ne connoison, dont nous avon damage.

CIX Le compainon qui est avequez moy venus A .j. leu qui l’out pris fu rescous et tollus. Une fame me dist orains qui maint la jus

336 Qu'elle avoit son mary et sez .ij. fiex perdus.

CX Je ne say qui elle est, mez de mon cuer entier L’aime, qu’elle nous a a nuit bien fait couchier: En paradis la veuille Jhesucrist herbergier.»

440 Il n’ot en saint Euustace adonc qu’eleezchier,

418 K et uint en — 419 K s. deulx filz dedans u. prairie — 420 K Fort — 421 X Luy qui en i. ferme creancee auoit — 422 K t. t. comme — 423 K p. dung lieu auquel sa f. demouroit — 424 K Il perceut s. enfans ainsi comme — 425 K f. uers LL — 426 K le plus uiel dit luy a — 427 K s. sire ou fu nez... recorda — 428 I ie ay: K my p. — 429 K Bergiers me recouyrent — 430 Æ tous les c. — 431 Z Donc: À Mais d. n.s. nez ne de — 432 Æ Ne scaurions racompter qui n. est grant d. — 433 K Mon ... uenu — 434 X Par ung loup q. le print fut rauy et tollu — 435 XÀ ma dit q. demeure la sus — 436 K Q. a son — 437 K Ne scauons q. e. e. m. de couraige e. — 438 K Laimons car ceste nuict n. a f. b. c. — 439 Æ u. dieu h. — 440 7 elezchier: À Lors se print s. e. moult fort a ralyer.

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