TEXTE CRITIQUE (Bibliothèque nationale, fr
I A l’honneur du Pere et du Filz [Fol. 2 r°] Et du benoict sainct Esperrit, Trois personnes en ung confiz, a Seul Dieu au quel riens ne perit, Et de la Vierge qui florit Lassuz en l’eternelle gloire Et des bons sainctz que tant cherit, 8 Oiez une admirable histoire.
II Je vous voeulz reciter la vie Du tres glorieux sainct Eustace Et sa pacience assouvye 12 Pour acquerir divine grace.
Il fut payen par quelque espace, Natif de la cité de Romme, De grands parens, de noble extrace, 16 Tres puissant et vertueux homme.
III Jadis fut Placidas nommé:
Autant vault dire que plaisant, [Fol. 2 v°] Sage, discret, bien renommé, 20 Honneste, beau et bien disant, En toutes vertus reluysant Et le bien venu par tout lieu, Comme vous verez en lisant, ca Car depuis fut plaisant a Dieu.
IV L’empereur le fist connestable Et chief de toute son armee, Ou il vesquist ferme et estable 28 Et acquist grande renommee.
S'il y avoit jouste fermee, Il estoit le premier en armes, Dont sa personne fut amee 32 Entre tous les vaillans gensdarmes.
V C’estoit le meilleur bataillant
Qu’on trouvast en place de terre:
Il estoit fort, preux et vaillant,
(145) Deux Vies de saint Eustache
se Bon capitaine et chef de guerre.
Il fut a maint pays conquerre
De gens a l’empire rebelles,
Ou il fist, comme l’en peult croire, 40 De grandes prouesses et belles.
VI Toutes fois il fut studieux De garder ordre de police, Doulx et misericordieux,
141 Aux povres humain et propice; Et Dieu, qui est chef de justice. Sa grace doulcement accorde A tous ceulx qui en leur office
48 Font voulentiers misericorde.
VII Jamais bien faict ne fut perdu,
Car qui pour Dieu ung denier donne A cent doubles luy est rendu,
52 Et de sa grace le guerdonne.
Qui a donner pour Dieu s’adonne De luy obtient grace et pardon Et en la fin luy abandonne
56 Les trezors celicques par don.
VIII Exemple de ce benoict sainct,
Combien que alors il fut payen, Tres obey, amé et craint,
60 Ot tout le peuple terrien, Car Dieu voulut par bon moyen Qu’il ne usast plus de loy gentille, Mais que tantost fust christien
64 Et creust en la saincte Evangile.
IX C’estoit la plus noble maison Après l’empereur pacificque.
Il avoit des biens a foison
68 Et tenoit estat magnificque; Sembloit ung pallaiz deiïficque
[Fol. 3 r°]
[Fol. 3 v°]
VII — Le vers 52 a d’abord été omis et se lit à la marge —
V111-60 De tout — IX-72 romanie.
194 Hoilger Petersen
Et ung hostel d’ung archiprince, Ainsy comme il estoit publicque 72 Par toute romaine province.
X Ung jour advint Qu'il luy souvint 75 D’aller chasser.
Bien l’entreprint Et ses gens print 78 . Pour temps passer.
Lors sans cesser Fist amasser 81 Les chiens, dont il avoit foison, Et quand vint au bois tracasser, Ses gens le voulurent laisser si Devant qu’il fust longue saison.
XI Sy bien chevit Que ung grand cherîf vid 87 En ce hault bois.
Donc le suyvist Et poursuivist
90 En ses abois, Que toutes fois, Par fors destrois,
93 Fist le cerf sur ung roch monter,
Entre les cors du quel je croidz Qu'il vid comme Jhesus en croix s6 Voulant a luy parlamenter:
XII «O, Placidas, Entens ton cas, 99 Laisse ta loy!
N’arreste pas En mauvais pas, 102 Mais croidz en moy!
Retourne toy En vraye foy, 105 Car. se tu es bien advisé.
De ton coeur me feras octroy.