XI-94 cornes
[Fol. 4 r°]
[Fol. 4 v°]
Deux Vies de saint Eustache
Je t’advertiz et pour ce croy,
108 Je voeulz que tu sois baptisé.
Car tes ydoles,
Ou tu te affoles Et faiz hommages, Ce sont frivolles Folles parolles
Et faulx ymages.
En telz passages Ne sont pas sages
117 Ceulx qui font dieux d’or ou de pierre,
Car ce ne sont que humains ouvrages, Et provient de laches courages.
120 De vouloir telles choses croire.
Je suys le Christ Dont sainct Escript Faict mention,
Qui tant souffrit Que a mort se offrit Sans fiction,
Le vray cyon
De exemption,
129 Le filz de la vierge Marie,
Car ma mort et ma passion Sont pris de la redemption
132 Dont nature humaine est garye.
Quand je vouldray, Je descendray
En jugement:
Quand je viendray, A tous rendray Juste payement:
Qui vrayement
Et justement
141 Aura bien vescu selon Dieu,
Je luy donneray saulvement Et aux obstinez damnement
144 À jamais en l’infernal lieu.
XI11-109 Par.
[Fol. 5 r°]
[Fol. 5 v°]
196 Holger Petersen (118)
XVI Mes amys, ayons congnoissance De l’admirable esbahissance
147 Qu’eust le benoict sainct que je diz. [Fol. 6 r] En craincte et en obeïssance Se humilia de sa puissance,
150 Quand il oyst sonner telz dictz, Disant: «0, Dieu de paradiz, Mes sens sont par trop enrudiz:
153 Ceste vision me perterre.
Oïiant telz termes eruditz, Devant toy, roy des benedictz, 156 Je me voeul prosterner a terre.»
XVII Or luy sembla, sans s’eslongner,
Qu'il vid le crucifix seigner
159 Par les cincq playes de son corps, Et puis le vouloit enseigner De son sainct paradis gaigner
162 Par ses doulx et begnins recordz; Et après, ceste craincte hors, Le benoiïict sainct promist alors
165 Que luy, sa femme et ses enfans.
Qui estoient en pechez mors, [Fol. 6 v'] Seroient faicts, par bon remords,
168 AU sainct baptisme triumphans.
XVIII Puis Dieu luy dict, sans sejourner,
Que de brief voulsist retourner
171 Au hault du rocher pour apprendre Comme il se debvoit gouverner.
Ainsy se voulut destourner
174 Et sa voye a sa maison prendre.
Lors a sa femme, sans attendre, Pour a la bonne fin pretendre,
177 Compta sa revelation; La quelle la sceust bien entendre, Disant que a cela vouloit tendre,
180 Et l’avoit eu en vision.
XIX Adonc, comme bien advisez, Furent ensemble baptizez, 183 Luy, sa femme et semblablement
(149) Deux Vies de saint Eustache
Leurs deux filz, louez et prisez D'’avoir leurs faulx dieux desprisez 186 Pour recevoir tel sacrement.
Placidas fut premierement Nommé Eustace proprement, 189 Et son espeuse, se lict on, Theospite secondement, Et leurs deux enfans mesmement 192 Theospit et Agapiton.
XX O, quelle noble compaignye, En la loy crestienne unye,
195 Florissante en foy catholicque, De veoir tel chef et sa mesgnye En la grace de Dieu munye
198 Cerchant le royaulme celicque!l Puis le bon sainct d’amour unicque Retourna, sans vouloir inicque,
201 Dessus ce hault roch devant dict, Ou il vid le cerf magnificque Portant l’ymage deificque,
204 Qui telles parolles luy dict:
XXI «O0, mon bon serviteur Eustace, Tu es maintenant en ma grace, 207 Puis que tu es bon christien; Mais il me plaict qu’en brefve espace Honneur mondain en toy se passe 210 Et perdes ton bien terrien.
Je te feray, par ce moyen, Ung nouveau Job. victorien a13 Encontre toute adversité, Car, tant sois tu practicien, Tu n’auras gerbe ne lyen, 216 Mais de tous biens necessité.»
XXII Job en effaict Fut sy parfaict 219 Et tant scient,
Qu’oncques meffaict : N’eust en son faict, 222 Mais pacient.
[Fol, 7 r°]
[Fol. 7 v°]
[Fol. 8 r°]
Holger Petersen
Des mieus le esluz Et luy vouluz Donner trezors:
Au pays de Us De riches plus N'y eust alors.
Il eust d’enfans Petitz et grandz Jusques a dix, Plusieurs servans,
Obeïssans
A tous ses dictz,
Tant de chameaulx.
Boeufz et chevaulx Qu'il en volut, Brebiz, pourceaulx, Vaches et veaulx:
Ainsy me pleuct.
Finablement, Soudainement Tout fut perdu.
L’entendement Tant seulement Fut defendu.
Il fut quicté
Et dejecté
De tout amy,
I ft tenté
Et tourmenté De l’ennemy.
Et quand il eust Autant qu’il peust Gousté telz mectz,
Relevé fut
Et en biens creust Plus que jamais.
[Fol. S v]
[Fol. 9 r]