‹ Deux versions de la vie de saint Eustache en vers français du Moyen Âge. Édition critiqueChapitre 25 sur 34 · LV-517 disant · texte numérisé non relu

LV-517 disant

(159) Deux Vies de saint Eustache 207

LVIII Couroussé de griefve sorte, Sans consorte, Et n’assorte 556 À quelc’un, ne se dispose.

Son couroux tout beau deporte Et le porte, Mais la porte 560 Estoit d’adventure close. [Fol. 17 v'] Qui auroit sa dou’eur forte Desconforte, Et l’enhorte 564 En danger qui mal repose.

LIX Quelque fortune qu’il eust, Il eslut Et voulut 568 Tousjours prendre en pacïence, Ne jamais ne s’en despleut, Tant que il peult Et qu’il sceut, 572 Mais eust bonne conscience; Pacientement receupt, Comme il deubt, Et acrust 576 Tousjours en meurs et science. [Fol. 18 r°]

LX Au lyon et lou devant dictz, Qui les enfans en emporterent, Envoya Dieu de paradis

580 Plusieurs bergers qui leur osterent Et en leurs maisons les menerent, Ou ilz furent eslevez grandz

583 Et nourris comme leurs enfans.

LXI IIz furent appellez Trouvez, Pour tart que leurs noms ne savoient, Et qu’ainsy que entendre debvez 587 Encoire peu d’aage ilz avoient, Mais conjecturer ilz povoient Qu’ilz estoient de bonne maison, 590 Dont il les aymerent foison.

LVIII — Pour le sens des vers 559—60, cf. la version X, v. 272—73; le sens des vers 561—64 n’est pas clair — 564 que.

208 Holger Petersen (160)

LXII Le glorieux sainct bon et sage, Quand il eust perdu ses enfans, Se vint tenir en ung bourgage, [Fol, 18 v°] 554 La ou il demoura quinze ans, Et lors fut esleu des plus grandz, Comme fort, puissant et habile, 597 Pour estre messier de leur ville.

LXIII Si bien garda il a son temps Les vignes et blez, par semblable, Que toutes gens furent contens, 601 Et estoit a chascun affable.

Tant qu’il y fut, ce n’est point fable, N’y eust orage ne tourment, 604 Mais tout croissoit abondamment.

LXIV Voyons maintenant son humblesse, Sa doulceur et sa pacience, Luy qui estoit chief de noblesse 608 Et connestable d’excellence.

Fortune par sa violence Le mist en sy petit degré, e11 Et toutes foiz il print en gré. [Fol. 19 r°]

LXV L'empereur lors eust forte guerre Et sa romaine seignourie, Et vindrent assaillir sa terre 615 Les habitans de Barbarie:

Il y eust sy grand batterie Que les Rommains eurent du pire, 618 Et eust moult afaire a l’empire.

LXVI Adonc en plourant regretoit Son bon connestable, disant, Aveuc grandz souspirs qu'il gettoit:

622 sHelas! Et ou es tu, Plaisant?

Es tu mort en terre gisant?

Se tu feusses. aveucques moy.

625 Je n’eusse pas ung tel esmoy.

(161) Deux Vies de saint Eustache

LX VIT Helas! Pour quoy m'as tu laissé?

Tu estois en biens assouvy.

Helas! Tu m'as, le temps passé, [Fol. 19 v°]

629 Sy tres loyallement servi; Oncques en toy faulte ne vy.

Mais tousjours bon secours donné.

632 Pour quoy m'’as tu habandonné?»

LXVIIT Deux chevaliers lors s’esleverent Pour aller sercher sainct Eustace.

Moult cheminerent et allerent 636 Sans le trouver par longue espace; - Mais en fin vindrent en la place Ou le trouverent mal a point, 639 Et ne le recongnurent point.

LXIX Il uy demanderent: «Bon homme, As tu point eu de cengnoissance D'ung noble chevalier de Romme

613 Qui estoit riche a suffisance Et s’en partit par desplaisance, Sans avoir commis aulcun blasme,

616 Aveuc ses enfans et sa femme?» {Fol, 20 r°|

LXX Quand le bon sainct ouyd nommer Sa femme et ses enfans aussy.

649 Que tant avoit voulu amer HN eust ung regret sy amer Que a peu qu’il ne che:st transy 6:2 Et dict: «Seigneurs, touchant cecy Je n’en sauroye que supposer; Mais je vous pry, partons d’icy 6:5 Et allons cheulx moy reposer.»

LXXI Or pour tant qu’il faisoit grand chault. Aveuc luy voulentiers allerent, 658 Disant: «Cest homme icy le vault:

À sa maison aller nous fault.»

Par quoy plus tost s’y disposerent:

661 Leens burent et reposerent,

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