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DE LA. STÉRILITÉ ET DE LA FERTILITÉ DES TERRES ARABLES

La puissance do production d’un sol est liée non-seulement à sa composition, dont nous avons particulièrement à nous occuper ici, mais encore au climat sous lequel il est placé, à la facilité plus ou moins grande avec laquelle il se laisse pénétrer par l’eau.

L’influence du climat est non-seulement déterminée par la quantité de chaleur solaire que le sol reçoit pendant qu’il est couvert de végétaux, mais aussi par le degré de lumière qui accompagne cette chaleur; nous avons vu dans plusieurs articles insérés dans ce Dictionnaire (voyez notamment Assimilation et Feuilles) que plusieurs fonctions importantes do la vie végétale sont en relation directe avec la lumière, et on conçoit qu’il faille tenir compte dans les conditions atmosphériques de l’intensité lumineuse, dont on n’a malheureusement aucune mesure exacte [A. de Humboldt, Cosmos, tr. de Faye, t. 1, p. 387].

La nature des cultures auxquelles un sol est propre est souvent déterminée par la facilité plus ou moins grande que présente l’eau à le traverser; tandis que dans les terrains très-perméables les prairies n’existent que dans les vallées où arrivent les sources résultant du drainage des plateaux voisins, dans les terrains imperméables les prairies remontent des coteaux jusque sur les plateaux [voyez l’ouvrage de M. Belgrand, la Seine ] ; les cultures des céréales, au contraire, ne réussissent dans les terrains peu perméables, qu’autant que par le drainage on a réussi à enlever l’excédant d’humidité ; enfin, quand on veut établir des prairies sur les terrains perméables, on n’y peut réussir que par un apport artificiel d'une certaine quantité d’eau, par l’irrigation.

M. Hervé-Mangon, qui a fait des irrigations une étude approfondie, remarque qu’elles sont conduites très-différemment dans le nord et dans le midi de la France; dans le nord-est, dans les Vosges, l’irrigation est très-abondante, et elle fournit une partie importante de la fumure nécessaire aux végétaux. Il a calculé qu’une prairie de Saint-Dié avait reçu en une année plus de

1.500.000 mètres cubes d’eau, et, en calculant la quantité d’azote contenue dans l’eau d’entrée et dans l’eau de sortie, le savant ingénieur arrive aux résultats suivants :

Azote donné par l’eau d’irrigation.. 2061,545 Azote de la récolte 70 861

Différence en plus 135 084

Ainsi, l’eau seulo fournit tout l’azote de la récolte et enrichit même la prairie. Il n’en est plus ainsi dans le Midi, où la quantité d’eau employéo est infiniment plus faible; elle est d’environ

30.000 mètres cubes par hectare et par an pour une prairie, et atteint 73,000 mètres cubes par an pour un hectare planté en légumes.

TERRE ARABLE. — 3 kh — TERRE ARABLE.

Dans ces deux cas, au reste, l'azote de la récolte surpasse de beaucoup l’azote de la fumure et celui apporté par l’eau d’irrigation. L’excès est de 3!>k,019 pour le foin récolté sur la prairie et de 270 kilogrammes pour les légumes produits par la culture maraîchère. On voit que dans le Midi le rôle de l’irrigation est tout différent de celui qu’elle remplit dans le Nord-Est, et que si dans les Vosges elle augmente la richesse du sol, dans Vaucluse elle a surtout pour but de fournir aux plantes la masse d’eau qu’elles doivent évaporer sous l’influence de la lumière éclatante à laquelle elles sont constamment soumises. (Voyez un travail important publié récemment par M. Barrai : Les irrigations dans les Bouchesdu-Rhône, Imprimerie nationale, 1876.)

De l'influence de la composition physique do sol sim sa fertilité. — Le sable et l’argile, qui par leur mélange constituent le sol arable, présentent non-seulement des propriétés différentes, mais en quelque sorte opposées. De leurs mélanges en proportions convenables résultent les conditions de perméabilité et de consistance, de résistance à la sécheresse, de facilité de travail, qui assurent la réussite de toutes les cultures. Mais si au contraire l’un de ces éléments domine, la terre perd de ses qualités, devient de moins en moins fertile à mesure que la proportion de l’un des constituants s’exagère ; l’argile pure pas plus que le sable ne peuvent être cultivés avantageusement. Le calcaire se rencontre parfois aussi dans les terres arables avec une abondance extraordinaire, et si son mélange à la terre est utile quand il ne dépasse pas certaines proportions, sa prédominance devient aussi fâcheuse que celle du sable ou de l’argile; il n’est même pas jusqu’à l’humus, qui contribue si puissamment à la fertilité quand il est en proportions convenables, qui ne devienne une source de stérilité lorsque sa proportion s’exagère.

Les terres suivantes, dont nous empruntons les analyses^ un excellent travail de M. Voelcker, peuvent être considérées comme absolument stériles à cause de la prédominance exclusive de l’un des éléments précédents \Some causes of unproducliveness of soils, in tlie Journ. of the Roy. Agricult. Society of England, (2), 1865, t. I].

Composition de sols stériles I tourbeux , calcaires, argileux et sablonneux).

Sol

Sol sablon

i- Sol

Sol tour-

calcaire.

neux.

argileux, beux.

Humidité

Matières organiques et eau combinée..

Oxyde de fer et alumine

Carbonate de chaux.

Magnésie

Jl

Potasse et soude

traces.

Acide phosphorique.

Acide sulfurique.. . .

Sable

Argile fine

Jl

Si l’on compare les nombres inscrits dans ce tableau à ceux que nous donnons plus haut, on reconnaîtra que les proportions de chaux , de sable, d’argile ou d’humus sont ici énormes : ainsi le terreau des maraîchers, qui peut être considéré comme une terre saturée do matières organiques, ne renferme guère plus de 20 °/0 d’humus, tandis qu’on en compte près de 50 % dans la terre n° 4.

Les terres précédentes sont considérées par

M. Voelcker comme stériles, et il les donne avec raison comme exemples de mauvais sols sous le climat de la Grande-Bretagne; mais il faudrait se garder de généraliser les faits précédents, et de conclure à priori que tous les sols qui présentent une constitution analogue sont forcément stériles.

lin effet, M. Boussingault cite comme un sol ' d’une fertilité exceptionnelle le terreau naturel qu’il a désigné, dans ses analyses, comme terre du rio Cupari, et qui a été prise sur les bords de cette rivière, à son point de jonction avec le rio Tapajo. Ce terreau forme un banc de 1 à 2 mètres d’épaisseur, résultant de la superposition de strates alternatives de sable et de feuilles souvent bien conservées, tellement qu’à l’analyse physique il présente la constitution suivante :

Sable 60

Débris de feuilles 40

Ces réserves étant posées, il faut reconnaître que très-habituellement des terres exclusivement siliceuses, argileuses, calcaires ou tourbeuses, sont stériles, et l’on doit se demander s’il existe des procédés pour les améliorer.

Des procédés propres à modifier la constitution physique du sol arable. — Quand une terre est très-argileuse, on ne peut réussir à y ajouter une quantité de sable convenable pour changer ses propriétés physiques. En effet, le sable ne reste pas en suspension dans l’eau, il tombe bientôt au fond des ruisseaux qui l’ont entraîné ; son transport par les liquides est impossible : il faudrait donc pour modifier la constitution physique d’un sol trop argileux procéder par des charrois, ce qui serait d’un prix hors de toute proportion avec les avantages à en recueillir. Il n’en est plus ainsi quand il s’agit de modifier un sol trop sablonneux à l’aide d’un dépôt d’argile, car l’argile, facilement entraînée par un courant d’eau un peu rapide, ne tarde pas à s’arrêter et à se déposer aussitôt que l’eau elle-même cesse d’être en mouvement.

M. Hervé-Mangon a étudié depuis plusieurs années les limons charriés par les cours d’eau, et nous devons rappeler ici quelques-uns des résultats auxquels il est arrivé et montrer toute l’importance que pourrait acquérir leur utilisation.

Les limons entraînés par les fleuves présentent habituellement une composition analogue à celle des terres de très-bonne qualité. Ainsi « la Duranco transporte annuellement 1 7 723 231 tonnes de matières solides formées de 9 529 368 tonnes d’argile, de 7 033 714 tonnes de carbonate de chaux, de 14 166 tonnes d’azote, de 98 201 tonnes carbone et de 1 047 271 tonnes d’eau combinée ou matières diverses, le tout réuni dans les conditions les plus favorables à la constitution des terres arables les plus fertiles.

« Une seule rivière entraîne donc par an plus de 14000 tonnes d’azoto à l’état de combinaison le plus convenable au développement de nos plantes cultivées, alors que l’agriculture achète au dehors, au prix des plus grands sacrifices, d’autres matièros azotées, et que l’importation du guano, qui fournit à peine cette quantité d’azoto chaque année à l’agriculture française, lui coûte une trentaine de millions de francs. »

Un dixième environ des limons de la Durance est utilisé; les eaux du canal de Carpentras, alimenté par la Durance, sont employées dans quelques localités pour l’irrigation. M. Hervé-Mangon a calculé que la quantité de limon déposée formait sur les terres arrosées une épaisseur variant de ün,m,6 à 2 millimètres par an; parfois l’exhaussement est beaucoup plus considérable : on cita

dans le Vauclusedes prairies dont le sol s’exhausse, dit-on, de 1 centimètre par an.

Les troubles des autres fleuves et rivières de France sont encore plus délaissés que ceux de la Durance. « Ainsi la Vienne, d’après les résultats obtenus le 22 octobre 1859, avec des hauteurs de 2m,90 à 3m,G0 à l’échelle de Chàtellerault, entraînait assez de limon pour colmater 100 hectares par jour sur une épaisseur d’un centimètre et demi environ, et jetait à la mer, dans ces conditions, 102102 kilogrammes d’azote, 818196 kilogrammes de carbone. A la cote de 0™,83 à 0m,95, cette rivière pourrait encore limoner 40 hectares par jour sur une épaisseur d’un millimètre, et elle leur apporterait 5059 kilogrammes d’azote et 45 929 kilogrammes de carbone.

« Pour la Loire à Tours, les chiffres sont bien plus élevés. Ainsi, du 8 au 4 janvier 1860, pour des hauteurs de 2m,10 à 2m,65, le volume du limon entraîné était de 26423 mètres cubes par 24 heures, c’est-à-dire suffisant pour colmater 100 hectares sur une épaisseur de près de 3 centimètres. Du 18 au 26 janvier 1863, avec des eaux peu chargées et des hauteurs de 2 mètres à 2", 10 seulement au-dessus de l’étiage, le volume du limon perdu par 24 heures était encore de 2736 mètres cubes, représentant sur 100 hectares de superficie une couche de près de 3 millimètres d’épaisseur de matières fertilisantes contenant 24088 kilogrammes d’azote et 217 231 kilogrammes de carbone... Ces troubles ne sont utilisés nulle part et se perdent dans la profondeur des mers, à l’exception du faible volume qui vient se déposer dans la baie de Noirmoutier, et former le sol des polders que l’on endigue peu à peu sur la côte. »

Malgré ses efforts, M. Hervé-Mangon n’a pu encore faire entreprendre les travaux nécessaires pour utiliser les limons charriés par nos cours d’eau; mais il importe de signaler la ferrilité exceptionnelle des sols formés par les terres meubles entraînées des pentes dans les vallées, pour que le cultivateur, dans la mesure de ses moyens, les utilise s’il reçoit des eaux torrentueuses, ou s’efforce de s’opposer à leur déperdition, s’il cultive des pentes dont l’eau descende avec rapidité.

Influence de l’épaisseür de la codche arable. — Si le cultivateur est souvent dans des conditions telles qu’il lui est impossible de modifier la constitution physique de sa terre par l’apport des limons fluviaux, il a très-habituellement entre les mains un procédé puissant d’augmenter la fertilité de son domaine au moyen des labours profonds.

La profondeur de la couche dans laquelle les plantes peuvent enfoncer leurs racines a, en effet, 1 influence la plus marquée sur la fertilité, et les études que nous avons poursuivies sur la terre arable en fournissent de remarquables exemples.

D’après les règles posées plus haut, la composition suivante parait s’appliquer à une terre d’excellente qualité :

Analyse physique.

Sabla. . .

Calcaire, Argile.. .

Eau

i„CnÇ?ndant,cett? ana,ys0 est celle de la terre d coud te d,U de. Grle°°"’ 0t c’est

ratinn o'ft : V, “ oat Pas certain que l’opé

ven? m, Jama,'s ét<r avantageuse. J'y ai vu sou 1 manquer les récoltes, et notamment en 186

une culture de blé a dû être retournée, et un essai de culture d’œillette qui lui a succédé manqua absolument. Si la terre de la Défonce est particulièrement mauvaise, si la terre de la Carrière, et en général les terres qui forment les deux versants qui s’inclinent vers l’étang de Grignon ne valent guère mieux, il faut surtout en chercher la cause dans leur faible épaisseur : on trouve la roche calcaire aussitôt qu’on attaque le sol un peu profondément.

Analyses des terres de Russie et de la terre de la Brie. — J’ai donné, il y a plusieurs années déjà, un exemple frappant de l’influence de la profondeur des terres arables dans un travail doni) je crois devoir reproduire ici les principaux éléments [Bull, de la Soc. chim., 1862, p. 8]. J’aT analysé deux échantillons des terres noires de Russie dont la fertilité est prodigieuse, et qui paraissent être dues à des dépôts lacustres émergés au-dessus des eaux par suite d’un plissement dans l’écorce du globe ; et, pour établir la comparaison, j'ai eu l’idée d’analyser en même temps une terre de la Brie prise dans un champ épuisé par la culture et oui devait être bientôt fumé.

On a trouvé clans un kilogramme de terre sèche :

Terre de la Brie,

Terre noire de Russie Chapelles- ItchornoïzemJ. Bourbon, près

Désignation — — — de Tournan

des matières dosées. N‘ 1. N- 2. |S.-et-Marne).

, , gr- gr- gr.

Sable 496 202 205

Argile 504 798 795

Mon attention s’est ensuite portée sur le dosage exact des principales matières utiles aux plantes qu'elles renfermaient.

Analyse d’un kilogramme de teires sèches-

Terre noire deRussie

Désignation des matières dosées.

(tchornolzem).

Azote des matières or-

gr.

gr.

ganiques

Carbone des matières organiques

Acide phosphorique...

Chaux

Magnésie

Oxyde de fer

Silice soluble

Terre delà Brie, Chapelles- Bourbon, près de Tournan [S.-et-Harne).

gr- 0,888

Ces analyses montrent qu’une des terres do Russie est singulièrement plus riche en azote, en carbone combiné et en acide phosphorique que la terre de la Brie, mais que l’autre est au contraire plus pauvre. Enfin, si l’on compare la composition de la terre de Russie n° 2 à celle des nombreuses terres dont nous avons déjà donné l’analyse et à celle de la terre de la Brie qui,* sans fumure, ne donnerait plus bientôt quoi des récoltes très-chétivcs, tandis que les terres' noires de Russie sont capables de fournir pendant' une longue suite d’années des récoltes de céréales, sans recevoir aucun engrais, on reconnaît quoi l’analyse chimique d’une terre ne donne que de» indications insuffisantes sur sa fertilité, et il est manifoste que, pour apprécier la richesse d’une terre arable, il ne suffit pas do doser les principes utiles que renfermo un kilogramme, il faut encore savoir dans combien de kilogrammes semblables les racines des plantes peuvent puisor; en d’autres termes, il faut se préoccuper do l’épaisseur de la couche arable. Essayons donc, en tenant compte de ce nouvel élément, de nous rendre compte de la fertilité des terres de Russie.

TERRE ARABLE

TERRE ARABLE

— 3/jG —

On no peut attribuer à la terre des Chapelles qu’une épaisseur moyenne de 30 centimètres, audessous desquels on trouve le sous-sol d’argile. Mtirchison, qui a particulièrement étudié les terres noires (voy. Annales des mines, 1844), affirme au contraire que les terres noires de Russie ont parfois de 5 à 0 mètres de profondeur ; il est vrai que Hermann, de son côté, ne leur attribue qu’uno profondeur de 50 centimètres à 1 mètre, bien qu’il ajoute que dans quelques endroits elle soit plus considérable. Il est vraisemblable qu’il en doive être ainsi : si cette terre est un dépôt lacustre, sa profondeur varie naturellement avec le relief du terrain sur lequel elle s’est déposée.

Des épaisseurs considérables ne sont pas trèsrares dans la terre arable; nous avons constaté que la pièce des 26 arpents du domaine de Grignon présente une épaisseur de S0 centimètres à 1 mètre, en haut du champ, mais que, si l’on descend vers le bas, cette épaisseur augmente, et que près de l’étang, à lm,80, on ne trouve pas encore le sous-sol. La composition de la terre à toutes les profondeurs n’est pas la même, mais cependant elle ne diffère pas autant qu’on pourrait le supposer. Ainsi, dans les analyses faites à Grignon de la terre de la pièce des 26 arpents, en différents points, et notamment près de l’étang, on a trouvé par kilogramme [Compt. rend., 1868, t. LXVI, p. 494; Bull, de la Soc. chim., 1868, t. X, p. 91), pour l’azote combiné :

A la surface 2gr,040 et 2C,020

A 1 mètre 1 060

A lm,60 1 090

M. Is. Pierre avait établi, depuis longtemps déjà, la richesse en azote des couches profondes du sol {Am. de chim. et de phys., 1860, t. LIX, p. 63) ; il avait trouvé dans la plaine de Caen en azote par kilogramme :

gr.

lre couche de la surface à 25 cent, de profondeur. 1,732 2« couche, de 25 à 50 cent. — 1 ,008

3« couche, de 50 à 75 cent. — 0,765

4e couche, de 75 cent, à 1 mètre. — 0,837

Cette richesse va en diminuant. Si donc nous calculons la composition d’un hectare arable de Russie ou de la Brie en nous appuyant sur la composition de la terre de la surface, il est clair que nous faisons une erreur, et que les chiffres que nous donnons sont un peu forts (1); mais il ne sont pas cependant assez grossis par la différence de composition des diverses couches, pour que le calcul ne soit encore très-instructif

fl) M. Grandaau a donné dans lo Journal d’agriulturc ' ' " ‘

culture pratique (1872. t. 1, p. 471) la composition de quelques échantillons des terres noires de Russie, qu'il a comparée, comme je l’ai fait en 1862, à la composition d'une terre de France d'une fertilité médiocre. Les échantillons de M. Grandeau ont été pris avec soin, et ils représentent les diverses couches depuis la surface jusqu'à 3 mètres; or, contrairement à ce qui semblait devoir être indiqué particulièrement, à partir de 1“,80 la richesse en azote de la terre n'ost plus indiquée; au moins cet élément est marqué par un trait dans l'analyse de M. Grandeau, de telle sorte qu’on ignore s’il a été dosé et si l'on n’a rien trouvé, ou si le dosage n’a pas été fait. C'est cette dernièro interprétation qui parait exacte, car, pour les autres éléments, les diverses couches ne diffèrent que médiocrement. J'ai donc cru pouvoir conserver les considérations suivantes, qui, ainsi que je l’ai dit dans le travail de 1862, donnent sans doute des nombres trop forts.

Composition d’un hectare de diverses terres.

Terre de la Brio,

Terre noire de Russie Chopeltes-

Itchornoïzem). Bourbon, près . - — - do Tournon

N* 1. N* 2. [S.-et-Marne).s 1,268 1,186 1,300

Densité

Profondeur

Poids de la terre arable d'un hectare. . 37 980 0001 35 580 0001 3 900 000k

Poids des matières dosées que renferme un hectare.

Terre de la Brie

Terre noire de Russie Cbapelles- (tehornoïzemj.

Bourbon, près de Tournan

kil.

kil.

(S.-et-Marne).

Azote

Carbone des matières

organiques

Acide phôsphorique.

Chaux

Magnésie

On trouve une sorte de confirmation des nombres précédents dans les analyses données par Liebig relativement aux quantités d’azote trouvées dans la terre noire de Russie. D’après ce savant, elle renfermerait par hectare :

Au minimum. ... 26l,709 d'ammoniaque (') Au maximum.... 52 224 —

Ces nombres ne diffèrent que médiocrement des nôtres, bien que les échantillons analysés soient certainement différents; d’autre part, M. Boussingault attribue à quelques-unes des terres françaises qu’il a analysées une profondeur de 0m,355, et il trouve alors pour l’azote d’un hectare :

Terre de Bischwiller 14,755

Terre du Liebfrauenberg 12,970

Terre de Bechelbroon 6,985

Herbage d’Argentan 25,650

nombres qui, bien que supérieurs à ceux que nous avons trouvés pour la terre de la Brie, sont bien éloignés de ceux de la terre de Russie n° 2. La différence do fertilité, de puissance à porter; des récoltes, est donc due surtout ici à l’épaisseur ’ variable des terres analysées (s).

Deux terres d’inégale fertilité diffèrent plus par leur épaisseur que par leur composition. — Nous avons vu, dans les chapitres précédents,

3ue la plus grande partie des principes contenus ans la terre arable s’y trouvent à l’état insoluble; ce n'est que lentement que la matière

(1) Il est bien entendu qu’il faut comprendre azote des matières organiques calculé sous forme d'ammoniaque, et non d’ammoniaque toute formée.

(2) Certains faits connus des cultivateurs montrent de la façon la plus nette l'influence considérable de l'épaisseur do la couche arablo.

Dans la discussion qui suivit la présentation du mémoire quo nous venons de résumer, à la Société chimique en 1862, un de nos collègues, M. Laveisse, rappela le fait suivant ; Un propriétaire avait acheté des terres dans les Landes, où fa terre arable n'a qu'une très-faible épaisseur et repose sur une couche trèsdure, très-dense d'alios; il n'obtenait que des récoltes peu rémunératrices, quand il eut l’idée d'enlever toute la couche arable de la moitié de l'un de ses champs pour: la remettre sur la seconde moitié ; la terre arable avait doublé d'épaisseur, et dès lors la culture fut possible et fructueuse. Il reste, bien entendu, à savoir cependant si la plus-value des récoltes a pu couvrir les ^ frais considérables de main-d'œuvre et de transport qu'a nécess.tés l’opération.

azotée se transforme en acide azotique et en ammoniaque, et nous nous rappelons que M. Boussihgault a montré qu'une graine semée dans un sol renferment 130 grammes d’une terre fertile mêlée à du sable y avait vécu comme dans un sol absolument stérile, bien qu’il y eût dans ces 130 grammes de terre une quantité d’azote suffisante pour subvenir à ses besoins, si cet azote eût été engagé dans une combinaison soluble. Des plantes de la même espèce végétaient au reste vigoureusement dans une plate-bande du potager d’où la terre avait été extraite ; mais, dans ce second cas, la plante avait à sa disposition une masse de terre infiniment plus considérable que dans le crouset-pot de l’expérience précédente, et ses racines pouvaient s’étendre librement et aller glaner de toutes parts la petite quantité d’azote actuellement assimilable répandue dans la terre arable.

Il y a entre une terre profonde et un sol d’une faible épaisseur exactement le même rapport qu’entre le creuset-pot et la plate-bande dans l’expérience de M. Boussingault. Le sol, bien que présentant toujours la même composition ou de faibles différences, comme la terre de Russie n° 1 et la terre des Chapelles, peut être cependant très-différemment fertile; car, dans un cas, les plantos peuvent envoyer leurs racines dans un très-grand espace, tandis qu’il est très-limité dans le second. Or les nombres suivants, dus à M. Boussingault, montront que les plantes dans la culture ordinaire ont à leur disposition une masse de terre assez considérable, qui est de 29 kilogrammes pour un haricot nain, de 8G kilogrammes pour une pomme de terre, de 215 kilogrammes pour un pied de tabac, et enfin de ï 334 kilogrammes environ pour un pied de houblon.

En résumé, les exemples précédents suffisent pour établir que deux terres inégalement fertiles diffèrent souvent plus par leur épaisseur que par leur composition ; d’où il faut conclure qu’il sera très- habituellement avantageux au cultivateur d’attaquer le sous-sol avec de puissantes charrues, de façon à le faire pénétrer dans le sol luimême , dont l’épaisseur s’accroîtra ainsi peu à peu. Une des causes auxquelles il faut surtout attribuer l’augmentation do rendement des cultures depuis vingt ans est certainement l’emploi de plus en plus fréquent d’instruments perfectionnés qui entament la terre plus profondément que les charrues anciennes. Il faut remarquer toutefois que cet accroissement dans l’épaisseur de la couche arable doit être accompagné d’une augmentation proportionnelle dans la quantité d’engrais employée. On avait observé depuis longtemps que les terres argileuses sont longues à mettre eu valeur, et que des fumures abondantes n’y produisent pas d’abord tout l’effet qu’on semblait devoir en attendre : cette remarque judicieuse se trouve expliquée aujourd’hui par la découverte des propriétés absorbantes des terres arables (voyez plus haut) ; et l’on conçoit que si l’on mélange à un sol déjà enrichi par dos fumures répétées un sous-sol encore pauvre, Cii”iC' l10ulTa rotenir à son profit les principes solubles que le sol primitif aurait abandonnés à 1 eau qui y circule, et par suite aux plantos qui y enfoncent leurs racines, et qu’ainsi la quantité û aliments disponibles sc trouvera diminuée.

Ces inconvénients sont faciles à éviter, et l’on reconnaîtra que dans nos contrées septentrionales U y a habituellement grand avantage à augmenter l’épaisseur de la couche arable^ par r“„s J la"?urs Profonds, quand on dispose d’une

mo Spe„d,engra!S. n,?table ct 9u’ou a le loisir et le m«en be multiplier les façons.

Nous venons de résumer les connaissances que

nous possédons aujourd’hui sur les causes de fertilité des terres arables; il est malheureusement évident que nombre Je ces causes nous eenappent encore, et qu’il nous est impossible de formuler d’une façon précise pourquoi telle terre est capable de fournir d’abondantes moissons sans fumure pendant de longues années, tandis que telle autre cessera de produire aussitôt que l’engrais lui fera défaut.

Laissons donc ce sujet après l’avoir poussé jusqu’à la limite de nos connaissances actuelles, et occupons-nous maintenant des causes de la stérilité.

Des sols stérilisés par la présence des matières nuisibles aux végétaux. — Une terre présentant une bonne constitution physique, suffisamment humide, drainée et irriguée, placée sous un climat favorable, peut être impropre à la culture, si elle renferme des matières solubles capables de nuire à la végétation.

Les oxydes de fer non arrivés au maximum d’oxydation exercent souvent une action fâcheuse ; probablement en dépouillant l’atmosphère du sol de l’oxygène nécessaire à la germination. On sait que dans le haut Boulonnais où les minières sont abondantes, il ne faut attaquer le sous-sol qu’avec beaucoup de ménagement, sous peine d’appauvrir les terres pendant plusieurs années. Ce ne sont pas cependant les composés oxygénés du fer qui sont les plus funestes à la culture; la pyrite de fer blanche, qui s’oxyde facilement à l’air en se transformant en sulfate, est infiniment plus dangereuse. On reconnaît la présence dans la terre arable du sulfate de fer, ou vitriol vert, d’abord à la réaction acide que présentent les eaux de lavage, et ensuite au précipité vert, devenant bientôt rougeâtre, qu’y fait apparaître l’ammoniaque caustique.

Influence du sulfate de fer. — Un sol qui renferme 5 pour 1 000 de sulfate de for est déjà très-difficile à cultiver; quand la proportion atteint ou dépasse 1 %, le sol est absolument stérile.

On doit à M. Vœlcker, qui a étudié avec beaucoup de soin les causes de stérilité des terres arables, quelques analyses de sols stérilisés par le sulfate de fer. Une de ses analyses porte sur un sol provenant des terrains conquis par le dessèchement du lac de Harlem.

Analyse d’un sol du lac de Harlem, en Hollande.

Dessiccation, ù 110\

Matière organique (') et eau do combinaison. . . 14,71

Oxyde de fer et alumine 9,27

Sulfate de protoxyde de fer 0,74

Sulfure de fer (pyrites) 0,71

Acide sulfurique formant du sulfate basique de

fer 1,08

Sulfate de chaux 1,72

Magnésie 0,73

Acide phosphorique 0,27

Potasse 0,53

Soude 0,32

Argile 69,83

(1) Contenant azote, 0,52.

Ce sol renferme en proportion notable tous les éléments minéraux qui entrent dans la composition des cendres des plantes, et il est particulièrement riche en acide phosphorique; il renferme en outre une proportion considérable de matièro organique capable de fournir par sa décomposition plus do 0, ■ °/o d’ammouiaque; mais malheureusement il est imprégné do sulfate do fer qui neutralise toutes ces bonnes qualités et la rend improductif.

TERRE ARABLE

TERRE ARABLE

— 3Zj8 —

Une circonstance assez curieuse s’est produite dans son exploitation. Il a été pendant quelques années très-légèrement labouré à la surface avant les semailles, et il donnait des récoltes passables ; plus tard il changea de main, et le nouveau propriétaire, mécontent du rendement, retourna le sol énergiquement : l’elîet que produisit ce travail fut déplorable: la récolte manqua absolument. Une bonne fumure à l’aide du fumier de ferme ne changea rien à la stérilité, aucune plante ne put se développer. Un échantillon de cette terre ingrate fut alors adressé à M. Vœlcker, qui reconnut dans le sol une réaction acide due au sulfate de fer. Celui-ci avait été entraîné dans le sous-sol par l’eau de la pluie, et tant qu’on se borna à ameublir la surface, ainsi que l’avait fait le premier propriétaire, la culture fut possible; mais quand on ramena par des labours profonds les couches du sous-sol à l’air, on fit surgir aussi le sulfate de fer, dont l’acidité s’oppose à toute végétation.

Le remède était nettement indiqué : il fallait décomposer le sulfate de fer au moyen de la chaux; un chaulage énergique fut donc appliqué avec un plein succès.

M. Vœlcker cite encore, parmi les sols rendus stériles par la présence du sulfate de fer, les deux suivants dont il a donné l’analyse :

Composition d'une terre conquise sur la mer , du Hampshire .

sur la côte

Eau

Matière organique et eau de combinaison..

Oxyde de fer et alumine

Sulfate de fer

. Sulfure de fer (pyrites)

Sulfate de chaux

Magnésie „

Chlorure de sodium

Matière siliceuse insoluble

Composition d'un sol sablonneux absolument stérile , dans le Bvdfordshire.

Séché h 100*.

Matière organique et eau de combinaison. 4,27

Oxyde de fer et alumine 3,84

Acide phosphorique 0,09

Magnésie

Sulfure de fer (pyrites)

Matière siliceuse insoluble (sable)

Ce sol était tellement stérile, qu’il ne portait pas le moindre brin d’herbe. Sa couleur était d’un gris noirâtre, et il semblait riche en matière organique ; mais en réalité cette teinte était due à du sulfure de fer très-divisé, et capable d’émettre, sous l’influence de l’acide carbonique de l’air et de l’humidité, de l’hydrogène sulfuré, dont l’action vénéneuse s’étend aussi bien aux végétaux qu’aux animaux.

Influence des nitrates et du sel marin. — Toutes les substances salines solubles dans l’eau exercent sur les plantes une action fâcheuse quand elles se rencontrent dans le sol en proportion un peu notable. Il importe toutefois do préciser cette proportion. M. Vœlcker estime qu’un sol qui renferme un centième do matière saline soluble est déjà peu fertile, et que celui qui présente quelques centièmes de sel commun, de nitrate de chaux, ou de chlorure de potassium, devient stérile; il en donne comme exemple l’analyse suivante :

Composition d'un sol imprégné de sel et de nitrates. Humidité 10,86

Oxyde de fer et alumine 11,28

Acide phosphorique 2,35

Carbonate de chaux 5,21

Nitrate de chaux 2,32

Chlorure de sodium 11,61

Chlorure de potassium 2,31-

Matière siliceuse insoluble 49,22

(1) Contenant azote, 0,24.

Il existe cependant quelques plantes qui sont susceptibles de vivre et même de prospérer dans des terrains extrêmement chargés do nitre; tel est notamment VAmarantus Blitum, sur lequel M. Boutin a récemment appelé l’attention [G’otnpi. rend., t. LXXVI, p. 413]. La quantité de salpêtre que renferme cette plante sèche est très-considérable, et quand on allume l’extrémité d’un rameau sec, on le voit continuer à brûler en fusant comme s’il avait été trempé dans une dissolution de nitre. Quand la plante est un peu altérée et qu’on la met à dessécher à l’étuve, elle peut même occasionner des accidents en s’enflammant spontanément. On a émis l’idée que cette plante était capable de créer le salpêtre de toutes pièces dans ses tissus à l’aide des éléments de l’air et du carbonate de potasse prélevés dans le sol. Mais nous nous sommes assuré par un essai spécial que l’amarante ne renferme de salpêtre que lorsque le sol en est pourvu; en la semant ou même en la repiquant dans du sable pur, elle végète misérablement et ne renferme que des traces de salpêtre; il est certain cependant que cette plante, recueillie dans les endroits où elle se développe spontanément et enfouie en vert, pourra être considérée comme un excellent engrais. Parmi les plantes de grande culture, le maïs et la betterave paraissent être celles qui se chargent le plus facilement de salpêtre:

Le sel marin se rencontre parfois en proportions nuisibles dans les terres récemment conquises sur la mer ou submergées par elle de temps à autre.

Il est vrai que quelques plantes marines, telles que les Salsola, les Atriplex, les salicornes, les betteraves, et en général les chénopodées, les tamariscinées, peuvent supporter le sel fvoy. Le Maout et Decaisne, Traité de botanique, p. 447 et 432]; mais les céréales, le trèfle et les autres plantes fourragères ne se développent que trèsmédiocrement dans un sol qui en est imprégné habituellement. En effet, quand bien même la quantité en est faible, la concentration s’opère par l’évaporation de l’eau pendant les sécheresses de l’été, le sel vient cristalliser à la surface, et les plantes meurent. ....

On a trouvé parfois des procédés ingénieux pour tirer parti de ces terres très-salées. C’est ainsi que, d’après Puvis, dans certains cantons du Morbihan, on sème à la fois du froment et du Salsola dans les terres très-salées. Si les pluies sont assez abondantes pour laver le sol et pour le dessaler suffisamment, le froment devient très-beau et la récolte de Salsola est presque nulle; dans le cas contraire, le froment reste chétif, mais le Salsola prend le dessus et donne une assez bonne récolte.

Une terre humide peut contenir jusqu’à 2 °/0 de sel sans cesser d’être propre à la végétation : si la terre est sèche au contraire ou susceptible de le devenir, il suffit de la présence de 1 B/0 de sol pour la rendre improductive.

Cette remarque a été utilisée dans la Camargue,

ioù il pleut assez rarement. Pour conserver l’huimidité, on recouvre le sol, après la semaine, de roseaux tirés des fossés ou des étangs voisins; sans cette précaution le blé serait grillé avant d’avoir assez de force pour résister à l’action fâcheuse du sel. Grâce à cette pratique, les terres peuvent rapporter 12 à 13 fois la semence là où sans abri elles ne produiraient rien. Quand le sol se recouvre d’une croûte saline, il devient impropre à la végétation.

C’est ce qu’on observe particulièrement dans les départements riverains de la Méditerranée, où l’on désigne sous le nom de salant une légère croûte saline qui se présente sur des terres improductives, recouvertes d’une végétation rare et de nature maritime, et sur lesquelles la culture est impuissante ou donne des résultats misérables.

Le salant, qui, d’après M. E. P. Bérard [Compt. rend., 1871, t. LXXI1I, p. 1155], est surtout formé de sel marin, apparaît pendant les années de longue sécheresse sur des sols où l’on n’en soupçonnait pas l’existence, et qui jusqu’alors avaient été considérés comme fertiles. 11 est curieux de voir souvent deux champs voisins présenter des proportions de sel très-différentes. M. Bérard a trouvé, dans le sol d’une de ces plaques salées qui se manifestent au milieu d’un champ fertile, et qui, presque dépourvues de yégétation, tranchent brusquement au milieu d’une belle culture, pour 100 grammes de terre, 0sr,845 do sel marin et 0sr,300 de sulfate de magnésie. Lo terrain immédiatement adjacent ne contenait que des dix-millièmes de sel.

11 parait évident que le sel contenu primitivement dans les plaines basses situées le long de la mer, qui ont été autrefois inondées, peut remonter par capillarité pendant les sécheresses, surtout dans les points où le sol est particulièrement tassé, et empêcher toute végétation, avant que des pluies abondantes l’aient entraîné dans le sous-sol, où il séjourne jusqu’au moment où les chaleurs de l’été le ramènent à la surface. Quand les eaux, conduites par des drains ou des fossés hors du domaine, peuvent dissoudre lo sel, cette cause accidentelle de stérilité disparait, et après quelques années le sel est complètement éliminé. M. Peligot a fourni récemment la preuve de cette disparition du sel marin sous l’influence des eaux pluviales, dans une importante communication adressée à l’Académie des sciences pour compléter ses travaux sur la répartition do la potasse et de la soude dans les végétaux [Compt. rend., 1871, t. LXXIII, p. 1072J.

Dans la baie de Bourgneuf (Vendée), près de l’ile de Noirmoutier, non loin de l’embouchure de la Loire, il existe des polders ou lais de mer dont la culture a été commencée il y a vingt ans par M. Hervé-Mangon, et continuée par M. Le ■ Cler, ingénieur civil. Les polders ne sont séparés de la mer que par des digues de 4 à 5 mètres de hauteur. Avant leur endiguement, ils étaient couverts d’eau à chaque marée haute; une fois endtgués, ils sont desséchés et dessalés par un système de drainage à ciel ouvert, formé d’un réseau de fossés avec pentes convenables pour 1 écoulement des eaux pluviales, qui s’est montré remarquablement efficace. Pendant les premières années de mise en culture, les récoltes sont misérables; elles vont en s’améliorant au fur et â mesure du dessalage des terres.

Jn18ü3, M* Hervé-Mangon analysa quelquesuns des sols de cos polders : il trouva pour l’un L™ de sel marin pour 100 do terre ; O^oîmAo1 ,M- Pelieot n’y trouve plus que renfermé Ve1; Dss terres endiguées en 1867 ne beaucr^n Splus en, 1871 06’, 050 de sel,

P plus que les terres en culture depuis

1863 ; mais celles-ci, en revanche, sont plus pauvres que des terres éloignées des bords de la mer, qui, analysées par M. Peligot, ont accusé dans 100 grammes 0sr,024 de sel marin.

« Les faits que j’ai observés, ajoute cet éminent chimiste, relativement à l’existence d’une petite quantité de sel marin dans les terrains des polders de la Vendée, s’accordent d’ailleurs parfaitement avec ceux qui sont consignés par M. Barrai dans l’importante étude qu’il a faite des moëres du Nord, aux environs de Dunkerque et sur les confins de la Belgique; elles ne sont devenues bonnes qu’après que l’eau salée a été complètement enlevée par les moulins. Chaque fois que les moëres ont été inondées par des eaux salées, ainsi que cela est arrivé quatre fois en deux siècles, par des faits de guerre ou de mauvaise gestion, la mise en culture ne s’est rétablie qu’après un long intervalle, tandis que la végétation reprend immédiatement après les inondations par les eaux douces. Il y a là par conséquent une expérience séculaire faite sur une très-grande échelle, puisque les moëres françaises et belges ont une superficie de plus de 2278 hectares. »

Dn agriculteur distingué, M. G. Gautier, a réussi récemment, dans le département de l’Aude, à métamorphoser des terres salées, stériles, en sols excellents, par la combinaison des labours profonds, du drainage et des arrosements. Pour pratiquer le dessalement, le sol ayant été drainé de 10 mètres en 10 mètres, à 1 mètre de profondeur, a été défoncé à 45 centimètres, puis recouvert d’une couche d’eau douce de 5 à 10 centimètres d’épaisseur sans cesse renouvelée.

Les eaux salées recueillies dans un collecteur étaient élevées par une machine à vapeur jusqu’à 1 mètre de haut et rejetées hors de la propriété. Le sol dessalé a été converti d'abord en iuzernière, puis en vigne, qui, étant susceptible d’ètre inondée, se trouvait à l’abri du phylloxéra.

Quand les terres salées se trouvent dans des conditions moins avantageuses que celles sur lesquelles a opéré M. Gautier, ce savant agriculteur recommande de cultiver des plantes qui s’accommodent du sel, et qui peuvent vivre dans les terres qui en renferment des proportions sensibles : tel est le tamarin. M. Gautier croit même que quelques-unes des plantes qui renferment habituellement de la soude dans leurs cendres, telles que la betterave, pourraient s’accommoder de ces terrains salés ; il donne, en outre, la nomenclature de plusieurs autres espèces utiles qui résistent à l’action des chlorures ( llevue scientifique, n° 36, 1876).

De la stérilité des terres arables par défaut des matières utiles aux plantes, et de l’épuisement du sol par le système de culture

ACTUELLEMENT SUIVI EN EUROPE. — NOUS Savons que les plantes, pour se développer, doivent rencontrer dans le sol des matières azotées et des phosphates; nous savons en outre que les alcalis fixes, t ls que la potasse et la chaux, paraissent exercer une influence marquée sur quelques-unes d’entre elles, et il est clair qu’un sol dans lequel ces matières feront défaut ne pourra pas porter de récoltes rémunératrices, qu’il sera forcément stérile. Des exemples de terres improductives par l’absence de ces matières nécessaires, sont connus; mais sans insister sur le défaut de ces principes dans quelques sols, heureusement assez rares, nous porterons toute notre attention sur cette question capitale ; Notre système de culture actuel doit-il conduire nos terres à la stérilité ? Arrivons-nous à l’épuisement par le système môme de culture que nous pratiquons depuis un temps immémorial r

11 est clair que si nous enlevons constamment au sol des éléments nécessaires au développement de la plante, sans les lui restituer, nos contrées sont destinées à devenir stériles, comme le sont aujourd’hui les parties de l’Asie Mineure qui étaient autrefois florissantes; tandis que si au contraire le sol s’enrichit par la culture môme, nous pouvons conserver l’espoir de voir nos descendants l’améliorer sans cesse et le rendre capable de fournir des récoltes do plus en plus abondantes, suffisantes pour nourrir une population de plus en plus nombreuse.

Nous avons discuté plus haut les causes qui tendont à enrichir le sol en azote, mais nous avons vu que cette restitution est liée à l’abondance de la matière carbonée, et les analyses des terres d’Auvergne de M. Truchot donnent à cette manière de voir un appui remarquable, de telle sorte qu’en ce qui concerne les composés azotés, la culture au fumier de forme, dans laquelle le cultivateur accumule au commencement dechaque rotation dans le sol une quantité faible d’azote, mais une masse considérable de matières carbonées en voie d'altération, nous paraît excellente.

Cette culture par le fumier de ferme peut maintenir le sol dans un état moyen de fertilité : nous croyons avoir donné les raisons de ce fait, mis hors de doute par une expérience séculaire ; en faut-il conclure que les autres sources d’engrais azotés que le commerce met à la disposition du cultivateur doivent être négligées ? Nous sommes bien loin de le penser. 11 est clair que toutes les tentatives qui seront faites pour employer les matières azotées provenant des vidanges des villes présentent un immense intérêt; les pays les plus prospères sont ceux dans lesquels ces matières fécales sont utilisées : la Chine et le Japon, dans l’extrême Orient, nourrissent des populations extrêmement denses, précisément parce qu’aucune matière fertilisante n’est perdue. Notre département du Nord, l’Alsace, doivent la prospérité de leur agriculture à l’emploi des vidanges diluées dans une grande quantité d’eau. Enfin, si l’on n’a pas encore réussi à livrer à l’agriculture, sous une forme facile à utiliser, les produits des vidanges de Paris, il n’en est pas moins vrai que le prix toujours croissant du sulfate d’ammoniaque fabriqué aux usines de Bondy montre clairement que les cultivateurs savent apprécier à leur juste valeur les engrais azotés, et qu’ils les regardent avec juste raison, non pas comme destinés à maintenir simplement la terre arable dans des conditions normales de fertilité, mais à l’enrichir et à la pousser jusqu’aux rendements élevés, plus rémunérateurs que les rendements moyens.

Épuisement du sol en acide phosphorique. — Nous avons vu que les cendres de toutes les graines renferment des phosphates ; nous avons vu encore (voyez Assimilation) qu’ils accompagnent constamment la matière azotée comme s’ils en faisaient partie intégrante; de telle sorte qu’il est clair que toute récolte entraîne avec elle les phosphates du sol arable, et qu’ici l’épuisement est à craindre. C’est du sol en effet que provient la quantité considérable d’acide phosphorique que renferment tous les os mis dans le commerce sous une forme ou sous une autre ; c’est encore du sol que proviennent tous les phosphates conservés dans les cimetières ou enfouis dans les catacombes, qui se trouvent ainsi retirés de la circulation générale.

Tandis que le charbon, l’oxygène, l’hydrogène et l’azote, qui forment les tissus musculaires des animaux, sont essentiellement aptes à reprendre l’état aériforme et à rentrer sous forme d’eau, d’acide carbonique, d’ammoniaque, ou d’acide azotique, dans l’organisme de nouveaux êtres,

le phosphore, engagé dans des combinaisons fixes peu altérables, reste là où il est déposé.

Elie de Beaumont, en évaluant le poids de phosphate de chaux qui existe dans le squelette moyen des habitants de la France, et en supposant que ces squelettes restent séquestrés dans les cimetières, calculait que le milliard d’individus dont le sol de la France a fourni l’acide phosphorique en ont emporté en mourant une quantité correspondante à 2 milliards de kilogrammes ou 2 millions de tonnes de phosphate de chaux ( Élude sur l’utilité agricole du phosphore, extrait des Mémoires de la Société centrale d’agriculture, 1856). Mais il est probable que la quantité de phosphate de chaux soustraite définitivement de la circulation par suite du respect que nous professons pour nos morts, n’est pas aussi grande que le supposait l’illustre secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences. En effet, les ossements non protégés par des constructions, simplement déposés dans le sol, finissent certainement par se dissoudre. Mais, d’autre part, il faut tenir compte de la déperdition constante des matières des vidanges jetées dans les cours d’eau directement, et enfin des conditions particulières à certains sols dans lesquels les phosphates sont soumis à des causes constantes de dissolution.

Toutefois on ne peut pas supposer que l’humanité soit menacée actuellement d’un péril sérieux par suite de l’épuisement du sol en acide phosphorique, les quantités énormes do phosphates découvertes depuis vingt ans, depuis que cette matière est devenue l’objet d’un commerce important, enlèvent toute crainte à cet égard, probablement pour de longues suites d’années. Est-ce à dire que ces gisements de phosphate ne finiront pas par s’épuiser à leur tour? Il est malheureusement probable que cet épuisement aura lieu ; mais c’est là une question analogue à celle do l’épuisement de la houille, des mines de fer, etc., qui, tout en posant pour l’avenir un problème redoutable, ne s’impose pas dès aujourd’hui à notre étude.

Épuisement du sol en potasse, en chaux, etc. — L’analyse des terres arables montre qu’habituellement elles renferment une quantité de potasse suffisante pour subvenir aux besoins des plantes cultivées ; une preuve nouvelle et trèsforte de cette abondance relative à cet alcali dans nos terres cultivées est l’impossibilité où l’on s’est trouvé de faire entrer la potasse dans le commerce régulier des engrais; il est à remarquer en outre que le fumier de ferme renferme toujours une certaine quantité d’alcali, et que la quantité qu’il en fournit au sol équivaut souvent à colle qui est prise par les végétaux; c’est au moins ce qu’a démontré M. Boussingault, pour la culture de la vigne (Apr, t. V, p. 421). Enfin, si le besoin de potasse se faisait sentir, le gisement de Stassfurt, les salines de la Méditerranée en fourniraient des quantités, énormes et plus que suffisantes. La silice ne fait pas habituellement defaut dans le sol, et quant à la chaux, les facilités de transport qui existent aujourd’hui permettront toujours de l’amener là où elle est nécessaire.

Des causes rnoiUBi.ES de la stérilité actuellb

DE CONTRÉES AUTREFOIS FERTILES. — NOUS Venons

de voir que la culture du nord de l’Europe se trouve actuellement dans des conditions favorables, qu’elle s’enrichit chaque année, et qu’en France notamment le rendement de l’hectare va toujours en augmentant. Mais il n’en a pas été de même pour d’autres contrées : une grande partie de l’Asie Mineure, la Sicile, la Grèce, une partie de l’Italie, sont loin d’avoir aujourd’hui la fertilité qu’elles avaient autrefois. L’étude des changements qui sont survenus dans les conditions de

production de ces contrées'est remplie d’intérêt, elle touclio aux considérations historiques les plus élevées; elle montre qu’il ne faut pas seulement attribuer à la guerre et à tous les maux qu’elle entraîne, aux commotions politiques de 'Æute nature, à la conquête et à ses brutalités, la décadence des peuples, mais que le changement dans les conditions de la culture, la diminution des récoltes, l’amoindrissement de la nourriture disponible, ont eu sur la dépopulation une influence plus rapide et plus funeste. L’épuisement du sol fait plus pour abattre une population que la défaite, et l’ignorance est plus fatale que le manque de courage.

Ces études, au reste, ne sont pas seulement spéculatives, elles doivent, comme tous les travaux historiques, servir de leçon; le récit des misères qui suivent fatalement les mauvaises pratiques agricoles doit nous enseigner à les éviter.

Essayons donc de découvrir, à l’aide des connaissances que nous avons acquises dans les chapitres précédents, à l’aide des données historiques que nous a laissées l’antiquité, à l’aide des faits que nous rapportent les voyageurs, les causes auxquelles il faut attribuer la stérilité actuelle de pays qui ont nourri autrefois une population nombreuse, et qui, aujourd’hui déserts, couverts de ruines, ne sont plus parcourus que par quelques tribus errantes et misérables.

La première condition d’existence pour la plante est l’humidité. Nos pays septentrionaux et encore voisins de la mer ne souffrent pas habituellement de la sécheresse; mais à mesure qu’on descend au midi, on reconnaît que l’arrosage est indispensable à la culture. Dans notre Afrique, l’oasis n'existe qu’autour des ruisseaux, et le forage des puits artésiens est le plus grand bienfait dont nous puissions doter nos populations algériennes. En Asie, la Palestine était autrefois florissante et très-peuplée; il en était de même de la Mésopofamio : aujourd’hui ces contrées sont désertes ou à peine habitées, et l’on ne saurait juger de la fertilité du pays de Chanaan en parcourant les pachaliks d’Acre et de Damas.

Or il est facile de se convaincre que ces contrées étaient autrefois inlîniment plus humides qu’elles ne le sont aujourd’hui. On en trouve une preuve très-claire dans l’étude qu’on a faite des eaux de la mer M >rte. Leur densité est considérable : elle varie de 1,240, nombre donné par Lavoisier, à 1 ,194, chiffre trouvé récemment par M. Boussingault. Aucun animal ne peut vivre dans ces eaux, extrêmement chargées de chlorures, et dans lesquelles les bromures sont déjà très-abondants; le sel cristallise en différents points , et forme des masses isolées parfois assez hautes et rappelant le bloc que mentionne l’historien Josèphe comme étant, suivant la tradition, la statue do la femme de Loth.

Ces eaux proviennent cependant de la Méditerranée, dont elles ont été séparées à une époque plus ou moins reculée; pour qu’elles aient acquis le degré de salure qu’elles affectent aujourd’hui, pour que le sel cristallise sur leurs bords, il faut fatalement que l’évaporation soit infiniment plus active que l’arrivée de l’eau.

Les pluios ne manquent pas cependant absolument aujourd'hui en Judée, mais l’eau s’écoule rapidement sur le pays dénudé; le Jourdain se gonfle, l’eau de la mer Morte s’élève parfois de

mures, puis descend ensuite avec rapidité sous „,\c !on .. üne évaporation excessive. A l’époque . Hébreux pénétrèrent dans le pays, ils pour s y maintenir à combattre constamenvnl„iCOn»trie es Populations industrieuses qui

iuscin'i ,e,urs valsseaux dans >a Méditerranée, jusqu à Carthage et à Marseille, le sol offrait

sans doute une fertilité qui contraste avec la stérilité complète qui le désole aujourd’hui.

Au moment où Ninive et Babylone poussaient leurs guerriers à travers l’Asie jusqu’en Grèce et en Égypte, la population était dense et serrée; elle trouvait donc une terre fertile pour la nourrir. A quelle cause attribuer l’abandon de ces contrées, si ce n’est à ce que les conditions climatériques ont changé et ont rendu la culture impossible?

Faut-il attribuer cette dépopulation à un épuisement du sol en matières azotées, en phosphates? Nous ne le pensons pas : ces pays n’ont jamais exporté des quantités notables de céréales; les phosphates qui ont servi à constituer les ossements des habitants n’ont pas été séquestrés d’une façon absolue, et nous ne voyons pas de cause régulière d’appauvrissement du sol : aussi n’est-ce pas à l’épuisement que nous attribuons la stérilité actuelle de ces contrées, mais bien à la diminution des pluies, accusée par un changement complet dans le régime des eaux de toute la contrée.

Suivant Strabon, les Babyloniens avaient à lutter énergiquement contre les inondations de l’Euphrate, qui, à certains moments, auraient couvert le pays si on ne l’eût détourné à l’aide de saignées et de canaux. Au dire de M. Oppert, qui a parcouru cette contrée récemment, les débordements n’ont plus lieu, et les canaux sont à sec. Le fleuve Scamandre, en Troade, était navigable du temps de Pline; de nos jours il n’a pu être retrouvé par Choiseul-Gouflier.

La quantité d’eau qui circule dans ces régions aujourd’hui stériles est donc infiniment plus faible qu’autrefois, et c’est à l’absence des pluies qu’il faut attribuer l’impossibilité pour l’homme d’y cultiver les végétaux nécessaires à son alimentation.

Si l’on cherche enfin pourquoi les pluies y sont moins abondantes, on en trouvera la raison dans lo déboisement. Tous les pays où l’homme pénètre pour la première fois sont couverts de forêts ; toutes les contrées, au contraire, habitées depuis longtemps sont plus ou moins déboisées. Quand l’homme pénètre dans un sol vierge, il attaque la forêt, il faut qu’elle lui cède la place et qu’il la remplace par un sol dénudé sur lequel il pourra cultiver les espèces dont il se nourrit. Tant qu’il repousse la forêt sans la détruire, il accomplit un travail utile; mais s’il exagère son action, s’il rase les bois, il change les conditions climatériques : les pluies deviennent plus rares, et la stérilité arrive.

11 est facile de se convaincre que le déboisement amène la diminution dans la quantité d’eau tombée; les exemples sont nombreux On a remarqué que la disparition du Scamandre a coïncidé avec la destruction des cèdres du mont Ida, où il prenait sa source. M. de Humboldt rapporte que le lac Ticaragua, situé dans la vallée d’Aragua, province de Venezuela, éprouvait au commencement de ce siècle, depuis une trentaine d’années, un dessèchement graduel dont on ignorait la cause. En 1822, d’après M. Boussingault, le lac s’était accru et recouvrait des terres antérieurement cultivées. La guerre de l’indépendance ayant en effet détruit la population, les forêts avaient regagné du terrain et rendu leur volume primitif aux rivières dont la rôuuion forme le lac de Ticaragua. M. Boussingault cite encore d’autres faits analogues. Dans les hauts plateaux de la Nouvelle-Grenade se trouve le village d’Ubate, voisin do deux lacs réunis autrefois en un seul. «Los anciens habitants ont vu successivement les eaux diminuer et de nouvelles plages s’étendre d’année en année. Aujourd’hui des champs de blé d’une fertilité extrême couvrent un terrain

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