‹ Dictionnaire de chimie pure et appliquée comprenantChapitre 295 sur 430 · COMBINAISONS DO TONGSTÈNE AVEC L’OXYGÈNE · texte numérisé non relu

COMBINAISONS DO TONGSTÈNE AVEC L’OXYGÈNE

On connaît trois oxydes de tungstène, qui sont TuO2, TuO3, et un oxyde intermédiaire Tu2 O5. Aucun d’eux ne présente de caractères basiques.

Bioxyde de tungstène, Tu O2. — Cet oxyde se produit par la réduction de l’anhydride tungstique Tu O3 par l’hydrogène, A une température ne dépassant pas le rouge sombre. On l’obtient aussi par voie humide lorsqu’on traite l’acide tungstique, arrosé d’acide chlorhydrique, par le zinc (Woehler).

Pour le préparer par voie sèche, il faut avoir soin d’atteindre la température voulue: si cetto température est trop basse, le bioxyde est mélangé d’oxyde intermédiaire bleu ; si elle est trop élevée, une partie peut être réduite A l’état métallique. Le bioxyde de tungstène ainsi obtenu est une poudre brune; il est d'un rouge de cuivre, si l’acide tungstique employé était cristallin. Il est nécessaire de le laisser refroidir pendant un long temps dans l’hydrogène, sans quoi il est fortement pyrophorique.

Pour le préparer par voie humide , il vaut mieux remplacer l’acide tungstique par un métatungstate alcalin ; dans ce cas, la réduction est plus complète et plus facile, L’oxyde brun précipité doit être lavé A l'eau purgée d’air, puis séché dans un courant d’hydrogène, sans quoi il s’oxyde rapidement en devenant bjeu : une fois desséché, il est inaltérable A Pair.

Le bioxydo de tungstène est un peu soluble dans les acides chlorhydrique ou sulfurique concentrés : les solutions sont pourpres ; elles laissent déposer à la longue toute la matière dissouto, A l’état d’oxydo bleu. Les agents oxydants transforment rapidement le bioxyde en acide tungstique.

TUNGSTENE.

TUNGSTENE.

La potasse lo dissout avec dégagement d’hydrogène et production de tungstate:

Tu O* + 2 KH O = Tu O' K* -f H».

L’ammoniaque est sans action sur le bioxyde de tungstène. Cet oxyde ramène facilement au minimum, les sels cuivriques et mercuriquos (Riche).

Ttt ngstite de sodium, '

Tu* 05 Na* = 2 Tu O* . Na* O.

— On prépare cette combinaison, la seule qu’on ait obtenue avec le bioxyde de tungstène, en dissolvant de l’anhydride tungstique dans la soude fondue et chauffant ensuite au rouge dans un courant d’hydrogène. On lave le produit à l’eau, qui dissout le tungstate non attaqué et laisse le tungstito en lamelles d’un jaune d'or, ou en cubes à éclat métallique, offrant une ressemblance frappante avec l’or. Ce sel, qui ne peut être obtenu directement par la soude et l’oxyde brun, est inattaquable par les acides minéraux et parles alcalis; seul l’acide fluorhydrique l’attaque (VVoeliler).

Trioxyde de tungstène ou anhydride tungstique, Tu O3. — Cet oxyde se rencontre à l’état natif, accompagnant le wolfram et autres minéraux tungstifères, dans le Cumberland, à Saint- Léonard près Limoges, dans le Connecticut, dans la Caroline du Nord ; c’est la wolframine, qui est quelquefois cristallisée en cubes, d’autres foispulvérulente et terreuse et d’un jaune foncé.

Pour préparer cet oxyde, on a recours à un des tungstates naturels, le wolfram (tungstate ferroso-manganeux) , ou la scheelite (tungstate de calcium).

Préparation avec la scheelite. — On traite le minerai bien pulvérisépar l’acide azotique ou par l’acide chlorhydrique, qui enlèvent la chaux et laissent l’acide tungstique; on lave ce dernier à l’eau et on le calcine.

Préparation avec le wolfram. — 1° Le wolfram pulvérisé est traité par l’acide chlorhydrique, puis par l’eau régale, qui dissolvent le fer et le manganèse. Le résidu bien lavé est dissous dans l’ammoniaque, et lasolution estévaporée à siccité. Le résidu , formé de tungstate acide d’ammonium, laisse, par la calcination à. l’air, l’anhydride tungstique en lamelles d’un jaune pèle.

2° On fond une partie de wolfram pulvérisé avec deux parties de carbonate potassique, puis on fait digérer la masse fondue avec de l’eau. On ajoute à la solution du sel ammoniac, pour qu’il se forme du tungstate ammonique décomposable par la chaleur; on évapore à sec, et l’on calcine le résidu dans un creuset. La masse reprise par l’eau est traité par l’acide chlorhydrique et le zinc : il se précipite de l'oxyde brun Tu O2 qu’on transforme en Tu O3 par grillage à l’air (Woeliler).

3° On transforme le wolfram en tungstate de calcium en le fondant, après l’avoir pulvérisé finement, pendant uno heure, avec le double de son poids de chlorure de calcium, puis lavant la masse fondue à l’eau, qui laisse le tungstate calcique. On traite finalement celui-ci comme lo tungstate calcique naturel (VVoeliler).

4' On attaque le wolfram pulvérisé par le tiers de son poids de carbonate de sodium sec, auquel on peut ajouter 15 % d’azotate de sodium. On élève graduellement la température au rouge blanc, en opérant dans un creuset ou dans un four .à réverbère, et en remuant avec une tige de fer. On coule la masse fondue et on l’épuise par l’eau bouillante. La solution fournit par cristallisation du tungstate neutre de sodium, puis, après addition d’acide azotique, du tungstate acide de sodium ; les dernières eaux mères sont précipitées par le chlorure de calcium. En ajoutant un acide aux sels de sodium on précipite l’acide

tungstique, qui fournit l’anhydride par calcination. Le niobium contenu dans le wolfram reste dans la partie qui est insoluble dans l’eau bouillante [Scheiblor, Journ. für prakt. Cliem., t. LXXXIII, p. 273; — Zcttnow, Poggend. Ann., t. CXXX.p. 10].

5° On chauffe au rouge un mélange intime de wolfram pulvérisé, de 3 % de craie, et de 20 à 30 °/„ de chlorure de sodium. Le mélange, refroidi et pulvérisé, est traité par l’acide chlorhydrique bouillant, qui dissout la chaux, le fer et le manganèse avec dégagement de chlore , et laisse l’anhydride tungstique sous forme d’une poudre cristalline jaune-citron. Ce procédé a été recommandé par Ferd. Jean, pour l’extraction industrielle de l’acide tungstique f Compt. rend., t. L XXX, p. 95].

Enfin, pour mettre l’anhydride tungstique en liberté, on peut précipiter des tungstates solubles, obtenus par l’une des méthodes ci-dessus, par l’azotate mercureux; le tungstate mercureux, tout à fait insoluble, étant soumis à la calcination, perd tout son mercure et laisse un résidu d’anhydride tungstique pur.

Propriétés. — L’anhydride tungstique est une poudre d’un jaune de soufre ou d’un jaune citron, plus ou moins foncé, suivant les conditions de sa préparation. Chauffé au rouge, il devient orange, mais il reprend sa teinte jaune par le refroidissement.

Il fond à la température du feu de forge et se prend, par le refroidissement, en longues plaques cristallisées, un peu verdâtres par suite de l’action réductrice des gaz du foyer.

Debray l’a obtenu cristallisé en calcinant au rouge vif un mélange de tungstate et de carbonate de sodium dans un courant de gaz chlorhydrique; il se présente alors en cristaux octaédriques, les uns petits, jaunes et translucides; les autres plus volumineux, mais noirs et opaques [Compt. rend., t. LV, p. 287],

En fondant au four à porcelaine de l’acide tungstique hydraté avec du borax, Nordenskioeld a obtenu l’acide anhydre cristallisé en petites tables transparentes ou en prismes courts, du système orthorhombique.

Chauffé dans l’oxygène , l’anhydride tungstique devient verdâtre et prend une texture cristalline ; en même temps une partio se sublime. L’anhydride vert, que Bernouilli a nommé acide pyrotungstique, présente la même composition que l’anhydride jaune [Pog. Ann., t. XCI, p. 573; liépert.de cliirn. pure, t. JH, p. 323].

Densité de l’anhydride tungstique = 5,2 1 (Rerapath; 6,12 (d’Elhuyart); 7,14 (Krosten).

L’anhydride tungstique verdit à la lumière, mais seulement lorsqu'il est exposé aux poussières de l’air. D’après Liesegang, il se transforme en oxyde bleu sous l’influence simultanée de la lumière et d’une substance organique.

Chauffé au rouge avec du charbon ou dans un courant d’hvdrogène, il se transforme en oxyde bleu (à 250° dans l’hydrogène), en oxyde brun, Tu O* (au rouge sombre), ou en tungstène métallique, suivant la température et suivant la durée de la réaction.

Calciné dans le gaz ammoniac, il se transforme en oxyamido-azoture de tungstène (Woeliler). La vapeur de soufre le réduit au rouge en oxyde bleu.

Traité par le perchlorure de phosphore, l’anhydride tungstique fournit à la distillation de l’oxychlorure de phosphore et une petite quantité de chlorure ou d’oxychlorure de tungstène Tu Cl* O; le résidu, traité par l’eau, donne do l’acide tmjorhydrique et un mélange de Tu O3 et de Tu O (Gerhardt et Chiozza, Scliiff, Weber).

Soumis à l’action des agents réducteurs, zinc et acide chlorhydrique, chlorure stanneux, ma-

TUNGSTÈNE. — 521 — TUNGSTÈNE.

tières organiques à l'ébullition, l’acide tungstiquo anhydre se transforme successivement en oxyde bleu et en oxyde brun.

L’anhydride tungstique calciné est soluble dans les alcalis fixes et dans l'ammoniaque, ainsi que dans les carbonates alcalins, qu’il décompose pour donner des tungstates. 11 est insoluble dans l’eau et dans les acides; il se dissout pourtant en petite quantité dans l’acide chlorhydrique concentré et dans l’acide fluorhydrique.

Acide tungstique. — Il existe plusieurs hydrates tungstiques, les uns insolubles, les autres solubles. Ces hydrates correspondent à deux classes de sels nettement caractérisés. Parmi les hydrates, les deux principaux sont l’acide tungstique insoluble,

TuO4 H2 = Tu03.II20,

et l 'acide métatungstique soluble,

Tu40,3II3. 8 II2 O = (Tu O3)4 H3 O + 811*0 Au premier correspond un dihydrale,

Tu 04H3.H20 = Tu03.2H20,

qui donne naissance aux mêmes sels que l’autre, c’est-à-dire aux tungstates ordinaires.

L’hydrate tungstique Tu O4 H3=TuOs(OH)2 peut être envisagé comme un anhydride de l’acide orthotungstique Tu (OH)3. L’acide métatungstique est sans doute un anhydro-hydrato, dont la composition parait devoir être exprimée par la formule Tu4013H2-f-8II20. Cette formule répond aux analyses des métatungstatcs de M. Marignac. Elle rend compte de l’union de 4 molécules d’acide tungstique avec élimination de 3 molécules d’eau.

4 Tu O2 (OH)2 = Tu4013H2-[-3H20

Sa constitution paraît devoir être exprimée par la formule

Tu O3 Tu O3 Tu O2 TuO3

On concevrait difficilement l’existence de l’hydrate Tu4 O14 H4 qu’admet M. Scheibler. Les sels analysés par ce dernier paraissent renfermer une molécule d’eau de cristallisation. Quant aux ditungstates et aux tritungstates

Tu2 O1 Na2 et Tu3 O43 K2

! que l’on a signalés, on peut les rapprocher des , métatungstates et les considérer comme des 1 1 anhydro-sels.

Propriétés de l’acide tungstique. — L’aeide tungstique, Tu O4 H2, se dépose à l’état 'fi de poudre amorphe jaune lorsqu’on précipite à chaud une solution de tungstate alcalin par Il l’acide chlorhydrique. Si la précipitation a lieu à |! froid, dans une solution étendue de tungstate, le précipité est blanc et gélatineux; il constitue i l'hydrate d’acide tungstique, Tu04tl2.H20. Cet ’i hydrate blanc prend aussi naissance dans la déi composition de l’hexachlorure de tungstène par l’eau [Riche, Ann. de Chim. et de Phys., (3), : t. L, p. 36]. L’hydrate blanc perd 1 molécule ! d eau sur l’acide sulfurique; il perd encore 1 /2 mojécule d’eau à 100-110°, ce qui a lieu aussi pour ' i 1 hydrate jaune, en laissant un hydrate jaune,

(Tu 03)2.H20 = Tu2 O1 H2

[Braun, Journ. für prakt. Chem., t. XCI, p. 391.

L hydrate jaune se produit dans l’attaque du wolfram par l’eau régale et s’obtient ainsi trèspur; mais on le prépare plus facilement en at-

taquant le wolfram par un mélange de carbonate et d’azotate de sodium (500 p. wolfram, 850 p. de carbonate de sodium et 150 p. d’azotate de sodium, reprennent par l’eau et précipitant la solution à chaud par l’acido chlorhydrique. Pour purifier l’acide précipité, on le redissout dans l’ammoniaque et on le précipite de nouveau par l’acide chlorhydrique. Il est à remarquer que l’acide précipité de son sel sodique retient toujours de la soude qu’il est impossible d’enlever par lavage. Quand les précipitations ont lieu à froid, on obtient, comme on l’a vu, l'hydrate blanc. Cet hydrate est difficile à laver, car, après trois ou quatre lavages, il passe en partie à travers les filtres, (Riche).

L’acide tungstique jaune est insoluble dans les acides, sauf dans l’acide fluorhydrique. Si l'on évapore la solution fluorhydrique, il se sépare de nouveau en petits cristaux jaunes (Riche). D’après Mallet \Deutsch. chem. Gesellsch., t. VIII, p. 831], l’acido chlorhydrique concentré peut dissoudre de l’acide tungstique; la solution se colore en rouge par le zinc.

L’acido tungstique rougit le tournesol; il se dissout facilement dans les alcalis.

Acide métatungstique. — Cet acide remarquable, dont les sels ont été découverts par Margueritte [Ann. de Chim. et de Phys., (3), t. XVII, p. 475], a été isolé par Scheibler, qui a approfondi en môme temps l’histoire de ses sels et répandu quelque lumière sur cello des tungstates en général [Journ. fur prakt. Chem., t. LXXX, p. 204; Rép. chim. pure, t. III, p. 51J.

Les métatungstates prennent naissance par l’action des acides forts, ou, mieux, d’un excès d’acide tungstique sur les tungstates. Ils se distinguent de ces derniers par leur solubilité, propriété que possèdent presque tous les métatungstates. Pour isoler l’acide métatungstique, on décompose le métatungstate de baryum,

Tu4 013Ba + 9 H2 O,

par l’acide sulfurique dilué et l’on évapore le li-

âuide filtré dans le vide, sur l’acide sulfurique.

n obtient ainsi des petits cristaux très-solubles, paraissant être des octaèdres ou des pyramides à base carrée et présentant la composition

4Tu03.9H30 soit Tu40‘3H2 + 8H20.

Forcher a obienu le même corps en décomposant le métatungstate de plomb par l’hydrogène sulfuré, chassant l’excès d'hydrogène sulfuré par l’acide carbonique et évaporant la liqueur claire dans le vide.

L’acide métatungstique cristallisé perd 7 molécules d’eau à 100° et le reste seulement par la calcination. Une molécule d’eau adhère donc plus fortement que los autres. Il est très-soluble dans l’eau ; voici la densité de ses solutions à 17°, 5.

Solution à 2,79 °/0 TuO3 1,0257

Sa solution est très-acide et possède une saveur amère très-prononcée. On peut la faire bouillir sans qu’elle s’altère; on peut même l’évaporer au bain-marie à consistance sirupeuse; mais si l’on chauffe davantage, il se sépare brusquement de l’hydrate tungstiquo jaune, Tu O4 II2. L’acide sulfurique concentré produit dans sa solution un précipité blanc qui disparaît de nouveau par l’addition d’eau. Le zinc et le fer se dissolvent dans l’acide métatungstique avec dégagement d’hydrogène et formation d’oxyde bleu do tungstène.

Acide tungstique colloïdal. — Cetto modification d’acide tungstique soluble a été découverte

TUNGSTÈNE.

par Graham \Journ. of Chem. Soc., t. XVII, p. 318; Bull, de la Soc. c him., (2), 1804, t. II, p. 185]. On l’obtient par la dialyse d’une solution de tungstate noutro de sodium à 5 %>, additionnée d’une quantité d’acide chlorhydrique suffisante pour saturer la soude. Le liquide resté sur le dialyseur, après quelques jours, possède uno saveur amôro et astringente; il n’est pas gélatinisé par les acides, môme à l’ébullition. Évaporé à sec, il laisse des lamelles vitreuses et transparentes, analogues à la gélatine et très-adhérentes à la capsule, incolores si l’évaporation a lieu dans le vide. Ces lamelles peuvent être chauffées à 200° sans perdre leur solubilité; ce n’est que vers le rouge qu’elles se transforment en acide tungstique anhydre, en perdant 2,42 % d’eau. Arrosé d’eau, l’acide colloïdal devient pâteux et adhésif comme la gomme. Sa propriété de n’être pas gélatinisé par les acides est caractéristique ; l’acide siliciquo colloïdal, qui se gélatinisé si facilement, ne l’est plus par les acides lorsqu’il est mélangé d’acide tungstique colloïdal.

Voici la densité des solutions d’acide tungstique colloïdal :

Solution à Tu03°/o. 5 20 50 06,5 79,8

Densité 1,0475 1,2168 1,8001 2,596 3,243

Nous ferons remarquer que la solution renfermant 79,8 % Tu O3 présente à peu de chose près la composition de l’hydrate orthotungstique,

Tu (O H)6,

qui renferme 81,1 % Tu O9.

Oxyde de tungstène iNTEitMÉDUntè,

Tu208= Tu02.Tu03.

— Nous le décrivons plus loin, sous la dénomination de tungstate de tungstène.

tungstates. — Composition et propriétés générales. — L’acide tungstique se combine avec les bases en proportions diverses qu’on n’est pas habitué à rencontrer dans les combinaisons minérales. La composition de ses sols a été interprétée de diverses manières par les chimistes qui s’en sont occupés. [Berzelius [ Poggend . Ann., t. IV, p. 147, et t. VIII, p. 267] et Anthon f Journ . fur prakt. Cliem., t. VIII, p. 399, et t. IX, p. 6 et 337] admettaient deux séries de tungstates, les tungstates neutres et les bitungstates.

En 1817, Laurent chercha àrapporter ces sels à cinq types distincts, dans lesquels il admettait six acides isomères ou polymères:

L'acide tungstique ordinaire. Tu O1 II2;

L 'acide iso- ou ditungstique, Tu2 O7 II2;

L’acide mêla - ou trilungslique, Tu3 O10 H2;

L’acide para- ou tétratungstigue. Tu1 014 111;

L'acide polytungstique, Tu6 02>II6[ri m. deChim, et de Phys., (3), t. XXI, p. 54],

Les paratungstates de Laurent peuvent être représentés par les formules dualistiques,

12Tu03,5M20.H20 + xll20,

ainsi qu’il l’a établi lui -môme : aucun do ces sels ne renferme plus de 5M20 pour 12 Tu O9.

Quant à l’acide métatungstique, qu’il envisage comme un acide tritungstique, il constitue en réalité un acide tétratungstique.

L’histoire de ces sels est plus simple cependant, que ne le croyait Laurent. Les recherches de Riche, de Scheibler et de Marignac démontrent, en effet, que tous les tungstates se rapportent à doux types, les tungstates ordinaires, neutres ou acides et les métatungstates. Les premiers donnent tous le mémo hydrate tungstique jaune, insoluble dans l’eau ; les seconds donnent l’acido métatungstique très-soluble. Les premiers sont

TUNGSTÈNE.

tous insolubles, sauf les sels alcalins ; les secondai1 sont solubles pour la plupart.

Tungstates neutres et tungstates acides (para-tungstates ). — Los tungstates neutres ont pourr formule

Tu CRM2.

Les tungstates acides les plus nombreux sont ceux; qu’on désignait autrefois comme des bitungstateset quo Laurent a envisagés comme les paratung— States : ils renfermentl2Tu03pour5M20, rapport: qu’admet aussi Marignac, do préférence au rapport très-voisin, du reste, 7Tu03à 3M20, admispar Scheibler et par Lotz ; Marignac a conservé à ces sels le nom de paratungstates. Sans vouloir entrer ici dans des considérations relatives! à la constitution des paratungstates, nous dirons que ces sels constituent probablement des combinaisons moléculaires de sels doubles ou de sels acides. [Lotz, Ann. derChem. u. Pharm., t. XCI, , p. 49; — Scheibler, Journ. für prakt. Chem.,

t. LXXX, p. 204 ; Bépert. de Chim. pure. t. IV, , p. 256 ; — Marignac, Ann. de Chim. et de Phys.,, (3), t. LXIX, p. 5].

Parmi les tungstates ordinaires, les sels alcalinset de magnésium sont seuls solubles dans l’eau;; encore le sont-ils peu. On les obtient en dissolvant l’acide ou l’anhydride tungstique dans les alcalis ou leurs carbonates; ils se produisent facilement par voie de fusion. Les tungstates insolubles se préparent soit par double décomposition, soit par calcination de l’anhydride tungstique avec les oxydes ou les carbonates, soit encore! par fusion d’un tungstate alcalin avec les chlorures métalliques ; dans ce cas, les tungstate3s obtenus sont cristallins [Manross, Ann. der Chem.,

u. Pharm., t. LXXXI, p. 243, et t. LXXXII,, p. 350]. On les obtient en cristaux plus grands si: l’on ajoute du chlorure de sodium â ce mélange- [Geutheret Forsberg, Ann. der Chem. u. Pharm., t. CXX, p. 268; — Schultze, ibid., t. CXXVI, . p. 36]. Ajoutons qu’on doit la description de quelques tungstates à Zettnow [ Poggend . Ann., t, CXXX, p. 240; Bull, de la Soc. chim., t. VIII, p. 37, 174] ot à Ullik [Journ. f. prakt. Chem., t. GUI, p. 147; Bull, de la Soc. chim., t. XI, p. 50].

Les tungstates insolubles dans l’eau le sont aussi dans les acides dilués. Les acides concentrésles décomposent à chaud, en mettant de l’acide tungstique insoluble en liberté (ce qui n’a pas lieu pour les métatungstates). bi c’est l’acide phospborique que l’on emploie, il redissout l’acide tungstique précipité; sa présence empêche la précipitation par les autres acides. En agissant à froid, les acides concentrés donnent lieu à la formation d’une certaine quantité de métatungstate.

Les acides organiques (acétique , oxalique, ! citrique et tartrique) transforment los tungstates neutres en tungstates acides, sans séparation d’acide tungstique. [Lefort, Ann. Chim. et Pliys., (5) t. IX ; p. 93J.

Les tungstates alcalins donnent des précipites blancs avec les sels do baryum, de strontium, de calcium, d’aluminium, de zinc, do plomb et avec los sels mercuriques; un précipité jaune avec les sels mercureux; un puécipité bleuâtre avec les sels do cuivre; un précipité fleur de pêcher avec les sels de cobalt; avec le chlorure stanneux, ils produisent un précipité jaunâtre, qui devient blanc: lorsqu’on le chauffe avec de l’acide chlorhydrique.

Le ferroeyanure de potassium, additionné d’acide chlorhydrique, donne dans la solution des tungstates alcalins un précipité floconneux brun, soluble dans l’eau (les métatungstates ne sont pas précipités). . .

La teinture de noix de galle donne un précipité brun chocolat par l’addition d’un acide.

TUNGSTÈNE. — 523 — TUNGSTÈNE.

Calcinés avec du sel ammoniac à l'abri de l’air, les tungstates alcalins donnent de l’oxyde bleu, Tu*05, et une substance noire, probablement l’oxyamido-azoture de tungstène.

Additionnés d’acide acétique ou d'acide phospliorique, les tungstates alcalins précipitent les matières albuminoïdes; le précipité est soluble dans les alcalis. Ils précipitent toute la matière colorante du sang défibriné. Ce caractère a été recommandé par Sonnenschein pour reconnaître les taches de sang.

Les tungstates alcalins peuvent être employés comme mordants à la place des stannates. On a recommandé aussi leur emploi pour rendre les étoffes incombustibles. Quant aux tungstates métalliques, on a proposé de les employer comme couleurs [Sacc., Bull, de la Soc. chim., t. XI, p. 343, 517].

métatdngstates. — Ces sels renferment d’après Marignac

Tu*Ot9M* = Tu O* M*. 3 Tu O3;

D’après Scheibler leur composition serait exprimée par la formule

Tu* O11 M*H* = (Tu O3)4 M* O. II* O

Nous adopterons la formule do M. Marignac, qui s’accorde avec les considérations théoriques précédemment exposées.

Les métatungstates ont été découverts par Margueritte [Ann. de Chinx. et de Phys., (3),t.XYII, p. 475J. Ils se produisent par l’addition d’acide tungstique aux tungstates ordinaires, ou bien par soustraction partielle de la base. Inversement ils se convertissent en tungstates ordinaires lorsqu’on y ajoute une base. Ils ont été décrits par Margueritte, Riche [Ann. de Chim. et de Phys., (3), t. L,p.601, Scheibler [Journ. f. prakt.Chem., t. LXXX, p. 204], Marignac [Ann.de Chim. et de Phys., (3), t. LXIX, p. 59], Forcher, Journ. f. prakt. Chem., t. LXXXVI, p. 2271.

Les métatungstates alcalins s’obtiennent par l’ébullition du tnngstato neutre correspondant avec de l’acide tungstique en excès ou par l’addition d’un acide, de préférence l’acide phosphorique, à une solution de tungstate neutre, aussi longtemps que le précipité se redissout. Les autres métatungstates peuvent être obtenus par double décomposition, par exemple entre le sel de baryum et un sulfate.

Ces sels sont en général solubles et cristallisables; quelques-uns sont très-solubles et restent sous forme gommeuse après l’évaporation do leur solution. Ils sont en général efflorescents et perdent toute leur eau de cristallisation à 11)0°.

Les métatungstates alcalins ne précipitent que les sels de plomb et les sels mercureux. Ils ne sont précipités ui par le cyanure jaune, ni par les acides. Additionnés d’acide chlorhydrique, ils se colorent en bleu, puis en rouge violet, lorsqu’on plonge dans la solution une lame de zinc. Dans les mêmes circonstances les tungstates se colorout en brun.

Lucide métatungstique, ou les métatungstates additionnés d’un acide, sont un réactif très-sensible pour les alcaloïdes qu’ils précipitent. Une solution renfermant de quinine ou de strychnine

est encore troublée d’une manière très-apparente par l’acide métatungstique (Scheibler).

Nous décrirons successivement les tungstates et les métatungstates alcalins, alcali no-terreux et terreux, enfin les sels des métaux lourds.

Tungstates d'ammonium. — Sel neutre. — Ce 8el n a pu être isolé; sa solution, obtenue par dissolution de l’acide tungstique dans l'ammoniaque aqueuse, perd de l’ammoniaque par l’évaporation etlaisso un sel acide.

Sels acides, — On en a décrit quatre, qui,

abstraction faite de l’eau, se représentent par les formules suivantes :

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