COMBINAISONS PHOSPHORÉES DU TUNGSTÈNE
Phosphure de tungstène. — Le phosphore en vapeur et le tungstène métallique se combinent directement à chaud, mais sans incandescence ; il se forme une poudre d’un gris foncé , difficilement oxydable, dont la composition est représentée par la formule Tu8 P4.
Lorsqu on réduit à une température élevée un mélange de 2 molécules d’acide phosphorique et de 1 molécule d’anhydride tungstique par le charbon, au feu de forge, il se forme de beaux cristaux prismatiques hexagonaux, gris d’acier, â éclat métallique, bons conducteurs de l’électricité. Ces cristaux ont pour composition Tu4 P2. Densité = 5,207. Ce phosphure brûle difficilement au rouge dans l’air; mais dans l’oxygène il brùlo avec éclat. 11 est inattaquable par les acides, même par l’eau régale [Wright, Journ. of Chem, Soc., t. V, p. 94],
Acides puosphotungstiques. — L’acide tungstique formo avec l’acide phosphorique des combinaisons analogues aux acides phosphomolyb- Jiques. Scheibler avait remarqué que le tungstate de sodium, additionné d’acide phosphorique, constitue un réactif très-sensible des bases organiques. Il a d’abord attribué cette réaction â la formation d’acide métatungstîque, qui présente des réactions analogues, mais il a reconnu depuis que l’acide phosphorique donne naissance à des combinaisons complexes [Deut. chem. Gesellsch., t. V, p. 801 ; Bull. Soc. chim., t. XIX, p. 23J.
Lorsqu’on dissout le tungstate acide de sodium dans l’eau bouillante, avec la moitié de son poids d’une solution d’acide phosphorique d’une densité de 4,13, et qu’on fait bouillir pendant un certain temps, il se dépose après quelques jours de beaux cristaux d’un sel de sodium, dont la composition est représentée par la formule brute
P*Tu6081Na5H11 + 13 H2 O,
formule qui n’est donnée qu’avec réserve, ainsi que celle toute différente de l’acide libre qu’on a retiré de ce sel. Les cristaux du sel sodique appartiennent au type anorthique; rapport des axes = 0,8321 : 1 : 0,7030.
La solution de ce sel de sodium, traitée par le chlorure de baryum, donne un sel barytique peu soluble qui, décomposé par l’acide sulfurique, fournit l’acido phospho-tungstique libre. Celui-ci cristallise par la concentration de sa solution en boaux octaèdres réguliers, d’un éclat adamantin, ayant pour composition PTutiO43!!18 -j- 1811*0. Il est 'très-soluble dans l’eau, car sa solution, saturée à 12°, 5, en renferme 60,85 %, le résidu étant pesé après calcination.
On obtient un acide offrant une compo:ition différente lorsqu’on prend pour point de départ le tungstate neutre do sodium. Ce second acide est en cristaux d’apparence cubique, mais en réalité, d après 1 examen des propriétés optiques, ils appartiennent à un autre système. Ils ont pour composition PTu10O88Hn -jj-gipo.
Ces acides phosphotungstiques, notamment le second, sont un réactif précieux pour la sépara-
TUNGSTÈNE. — 532 — TUNGSTÈNE.
tion des alcaloïdes, qu’ils précipitent intégralomen I de la solution do leurs sels. Ainsi ils précipitent des solutions ne renfermant que de stry-
chnine et ,0-a^-0 de quinine. Ces précipités sont floconneux et peuvent être lavés à l’eau acidulée. Pour isoler les alcaloïdes de ces précipités, on traite ceux-ci par la chaux ou la baryte.
COMBINAISONS SILICOTUNSTIQUES.
Ces curieuses combinaisons ont été découvertes et décrites avec une grande précision par Marignac [Ann. de Chim. et de Phys., (3), t. LX1X, p. 81, et (4), t. III, p. 5J. Cet auteur a reconnu que les tungstates alcalins dissolvent la silice gélatineuse en donnant des sels complexes dont les acides se représentent par les formules suivantes:
Si O2 . 12 Tu O8 . 4 H2 O = Si Tu»2 o42 U8.
Acide silicoduodécitunstique ou silicotungstique.
12 Tu 03. Si 02. 4 H2 O = Tu»2 Si O42 H8.
Acide tungstosilicique (isomère du précédent).
Si O2 . 10 Tu 03 . 4 H2 0 = Si Tu'» 036 H».
Acide silicodécitungstique.
Le premier se forme par dissolution de la silice gélatineuse dans le tungstate acide de potassium ou de sodium; il est cristallisable, ainsi que ses sels. L’acide silicodécitungstique se forme de même par dissolution de la silice dans du tungstate acide d'ammonium, mais il est incristallisable ainsi que la plupart de ses sels, qui sont extrêmement solubles. Il est en outre très-altérable, et la chaleur décompose sa solution en produisant l’acide tungstosilicique cristallisable et déliquescent. Par l’effet de cette dissolution de la silice dans les tungstates acides, la liqueur, qui possédait d’abord une réaction acide, prend une réaction légèrement alcaline.
Acide silicotungstique. — Pour isoler cet acide de son sel de potassium, on traite la solution do celui-ci par l’azotate mercureux qui précipite du silicotungstate mercureux insoluble, puis Ton décompose ce sei, bien lavé, par la quantité exactement suffisante d’acide chlorhydrique. On reconnaît le terme de la saturation à l’éclaircissement subit de la liqueur; s’il restait un peu de mercure, on le précipiterait par l’hydrogène sulfuré, en évitant un excès do ce réactif. Dans le cas où Ton aurait ajouté un excès d’acide chlorhydrique, on s’en débarrasserait par évaporation à sec et une nouvelle dissolution dans l’eau. Par l’évaporation lente de la solution concentrée l’acide se dépose en octaèdres quadratiques d’une grande beauté, volumineux et brillants, un peu jaunâtres, effloroscents.
Ces cristaux ont pour composition
Si Tu12 O12 H» + 29H!0.
Faces observées : bUî, h», p; angles : bl,i b 1/2 au sommet = 109° 9', à la base 110° 6’. Chauffés, ils commencent à fondre à 36° et sont tout à fait liquides à 53"; l’acide qui cristallise alors par le refroidissement renferme 22 II2 O. Cet hydrate se forme aussi lorsqu’on fait cristalliser l’acide d’une solution renfermant les acides chlorhydrique ou sulfurique. A 100°, l’acide perd 25ff20. Maintenu longtemps à 220°, il perd encore (iU20, comprenant 2 molécules d’eau de constitution. On peut continuer à lechauffer jusqu’à 350" sans qu’il cesse d’être soluble dans l’eau ; chaufTô plus fort, il se converti t en un mélange insoluble d'anhydrides silicique et tungstique.
L’acide à 22 H2 O est en cristaux présentant l’apparence de cubo-octaèdres, mais qui présentent la combinaison de deux rhomboèdres basés,
dont l’un, de 88°, se rapproche du cube. Ils sont inaltérables à l’air.
L’acido silicotungstique est très-soluble dans l’eau et dans l’alcool; sa solution aqueuse saturée ù 18° renferme 1 p. d’acide octaédrique pour 0p,104 d’eau ; elle a pour densité 2,843. La solution alcoolique additionnée de plus de son volume d'éther abandonne une couche sirupeuse soluble dans l’eau et qui retient de l’éther; le même produit, renfermant 13 % d’éther, se forme lorsqu’on expose les cristaux octaédriques dans la vapeur d’éther.
Si licotungstates. — L’acide silicotungstique est un acide fort, qui décompose les carbonates. Tous ses sels sont solubles, sauf le sel mercureux; les sels de césium et de rubidium sont très-peu solubles.
Les silicotungstates sont cristallisables; l’acide chlorhydrique bouillant ne les décompose pas. Les alcalis caustiques ou carbonatés en séparent de la silice; le précipité formé par l’ammoniaque se dissout de nouveau à l’ébullition.
L’acide silicotungstique donne comme les alcaloïdes des sels très-peu solubles. Ainsi il occasionne encore un trouble sensible dans les solutions de chlorhydrate d’atropine àiïizo; de chlorhydrate de quinine à de chlorhydrate
de cinchonine à [Godefroy, Dent, client,
gesellsch., t. IX. p. 1792].
Silicotungstate d’ammonium. — Le sel neutre, Si Tu12 O42 (Az H4)8-)- 1GH!0, se prépare soit par saturation directe, soit par l’ébullition prolongée du silicodccitungstate d’ammonium; l’évaporation l’abandonne en mamelons blancs opaques. Par l’ébullition avec l’acide chlorhydrique il se convertit en sel acide, Si Tu42 O42 H4 (Az tI‘)‘+6 H2 O. L’ébullition avec l’ammoniaque donne naissance à du tungstate acide d’ammonium peu soluble, et à du silicodécitungstate qui cristallise par la concentration.
Silicotungstates de potassium. — Sel octopotassique, Si Tu»2 O42 K.8 + 14H20. — Pour préparer ce sel, ou projette, par petites portions, pour éviter les soubresauts, du tungstate acide de potassium dans de l’eau bouillante tenant de la silice en suspension; on neutralise de temps en temps par quelques gouttes d’acide chlorhydrique. La transformation est complète lorsqu’une goutte du liquide ne produit aucun trouble avec l’acide chlorhydrique. La liqueur filtrée dépose par le refroidissement des croûtes cristallines du sel do potassium, qu’on purifie par uno nouvelle cristallisation dans l'oau bouillante, mais il est difficile do l’obtenir en cristaux isolés. 11 exige 10 p. d’eau à 18" pour se dissoudre, tandis qu’il en exige moins de 3 p. à l’ébullition. L’apparence de ces cristaux est celle de petits cubes, mais ils montrent la double réfraction. Ce sel perd 10 H2 O à 100".
Sel létrapotassique, SiTu12042K4H4 -f 16H20.
— La solution du sel précédent, additionnée d’un excès d’acide chlorhydrique, fournit de beaux cristaux limpides et brillants ; leur forme est celle d’un prisme hexagonal régulier terminé par une pyramide assez obtuse, dont les faces font avec celles du prisme un angle de 107" 40'. Ces cristaux sont elllorescents ; chauffés à 100", ils perdent toute leur eau de cristallisation et même 1 molécule d’eau de constitution. Ce sel est beaucoup plus soluble que le précédent, il se dissout dans trois fois son poids d’eau h 20".
Sel tripotassique, 2 SiTu»2 042 K3H5-(-2ü H O.
— Lorsqu'on concentre une solution du sel neutre, additionnée d’un excès d’acide sulfurique, il se forme d’abord un dépôt pulvérulent blanc, puis des cristaux du sel tétrapotassique ; mais si on laisse cos deux produits en contact avec l’eau mère, us disparaissent l’un et l’autre et sont remplacés par
TUNGSTÈNE. — 533 — TUNGSTENE.
des cristaux dérives d’un prisme clinorhombique dont l’inclinaison est de 102° 5'; la base est remplacée par un pointement ; les cristaux sont rarement simples; ils sont presque toujours formés par un groupe de deux ou de quatre cristaux.
Ce sel, qui est le sel tripotassique, est inaltérable à l’air. Redissous dans l’eau, il se décompose, et la solution donne, par des concentrations successives : 1° le sel tétrapotassique hexagonal; 2° quelques cristaux du sel tripotassique; 3° des cristaux rhomboédriques d’acide silicotungstique retenant 0,0 de potasse.
Silicotungstates de sodium. — Sel octosodique, Si Tu'2042i\’a8 -j- 7 n20. — On l’obtient commo le sel potassique. Lorsqu’on concentre à consistance sirupeuse la solution du sel sodique, elle se prend en un magma de Anes aiguilles, difficiles à séparer des eaux mères; séché à 100°, ce sel renferme 7 1I20. Sa solution saturée à 19° a pour densité 3,03 ; elle renferme alors 0P, 21 d’eau pour 1 p. de sel.
Sel tétrasodique, SiTu12042Na4H4. — Il se forme par l’addition d’acide chlorhydrique à la solution du sel neutre; cristallisé à la température de 40 à 50°, il se présente en tables rhomboidales, presque rectangulaires, appartenant au système anorthique inaltérables, à l’air et renfermant 1 1 II8 O. Cristallisé à froid, il se présente en cristaux volumineux appartenant également au système anorthique et renfermant 18 II2 O ; ces cristaux sont effloresconts.
Ce sel se combine à l azctate de sodium en donnant des prismes presque rectangulaires, dérivant cependant du type anorthique, qui ont pour composition
3 Si Tu1! O42 Na4 H4 -f- 4Az03Na + 39 H* O.
Sel disodique, Si Tu12 O42 Na2 H6 -(- 14H20. — Ce sel se dépose par la concentration de la solution du silicotungstate tétrasodique additionnée d’acide sulfurique. Il cristallise en prismes anorthiques, munis quelquefois d’une troncature des arêtes latérales, et de facettes sur l’angleintérieur et sur l’un des angles latéraux.
Silicotungstate de césium, SiTu1!042Cs8 (séché à 100°). — Précipité cristallin blanc exigeant 20,000 p. d’eau à 20°, pour se dissoudre, et 192 à 200 parties d’eau bouillante. Il est insoluble dans l’alcool et dans l’aride chlorhydrique étendu, un peu soluble de l’ammoniaque [Godefroy, Deut. chem. Gesellsch., t. IX, p. 1363].
Silicotungstate de rubidium. Si Tu'2 O42 Rb8. — Précipité cristallin, plus soluble que le sel de césium. Il se dissout à 20° dans 145 à 150 parties d’eau et à. 100° dans 19 à 20 parties (R. Godeffroy).
Silicotungstates de baryum. — Si l’on sature l’acide silicotungstique par du carbonate de baryum jusqu’à ce qu’il se forme un précipité de sel neutre presque insoluble, le liquide filtré fournit, par concentration et refroidissement, do beaux cristaux prismatiques; si l’on abandonne ceux-ci au contact des eaux mères, ils finissent par être remplacés par un sel plus hydraté, cristallisé en rhomboèdres.
Les premiers cristaux, qui sont des prismes clinorhombiques basés et tronqués sur les arêtes aiguës, renferment SiTu'204-’Ba2 H4 + 14 II2 O.
Le sel rhomboédrique présente l’apparence do cubo-octaèdres, mais il est formé de rhomboèdres basés; il renferme 22 H2 O.
Sel sodico-barylique,
SiTu'2042Ba8Na2 + 28H20.
— Petits octaèdres orthorhombiques so déposant Par le refroidissement d’une solution chaude do silicotungstate tétrasodique additionnée de chlorure de baryum, le premier sel restant en excès.
Les lavages prolongés décomposent ce sel en laissant un résidu presque insoluble, qui est lo sel neutre ou tétrabarytique.
Silicotungstate bicalcique,
Si Tu'2 O42 Ca2 II4 -f 22 II2 O.
— Sa solution concentrée, presque sirupeuse, obtenue en neutralisant l’acide libre par la craie, fournit de beaux cristaux rhomboédriques basés, limpides et brillants.
Silicotungstate bimagnésique,
Si Tu'2 O42 Mg2 II4 -f 16 II20.
— Prismes anorthiques, limpides et inaltérables à l’air, se déposant d’une solution sirupeuse. Il perd 2H20 à 100°.
Silicotungstate bialuminique,
(SiTu'2042)3. Al4 H'2 + 87 II2 O = 3 (Si O2 . 12 Tu O3) . 2 Al2 O3 . 6 II2 O + 871I20.
— On le prépare en dissolvant de l’alumine dans l’acide silicotungstique ou par l’addition de cet acide à une solution do chlorure d’aluminium ; par la concentration, il se dépose en magnifiques cristaux octaédriques, limpides et très-brillants.
Traitée par l’ammoniaque, la solution de ce sel se trouble à froid et s’éclaircit de nouveau à chaud ; si l’on chasse l’excès d’ammoniaque et qu’on concentre, il se dépose de beaux cristaux octaédriques d’un sel double,
3 (SiO2. 12 Tu O3) .2 Al2 O3. 9 (AzH4)2 O + 75 II2 O,
soit
(Si Tu12 O43)3 Al4 (Az II4) 18 + 75 II20.
Silicotungstate tétra-argentique.
Si Tu'2 O42 Ag4 II4 + 7 H2 O.
— Il ost pou soluble dans l’eau, soluble dans l'acide azotique étendu. Sa solution chaude l’abandonne par le refroidissement en croûtes et en pellicules cristallines formées d’agrégations de grains à peu près rectangulaires.
Silicotungstate mercureux, SiTu'2042(IIg2)4.
— Précipité lourd, d’un jaune pâle, insoluble dans l’eau, presque insoluble dans l’acide azotique étendu.
Acide tungstosii.iciqce. — Cet acide, isomère du précédent, se forme par l’évaporation à sec d’une solution d’acide silicodécitungstiquo. On reprend le résidu par l’eau, qui laisse un peu de silice; la solution évaporée à consistance sirupeuse laisse déposer peu à peu do beaux cristaux d’acide tungstosilicique,
12 Tu O3. Si O2. 4 II2 O + 20 II2 O, soit
Tu'2Si O42 H8 + 20 H2 O.
Ces cristaux sont des prismes anorthiques. Faces: m, t, p, g, e, i. Angles: gt = 112“ 14’; p m = 59“ 48' ; mt= 127° 34' ; p t = 119“ 40' ; p m = 117° 24'. Ces cristaux sont déliquescents à l’air humide. Chauffés, ils fondent dans leur eau au-dessous de 100°, puis se dessèchent ou se boursouflant. Vers 200°, le produit se délite brusquement et se réduit en une fine poussière ; il ne retient plus alors que 2 molécules d’eau. Chauffé même au delà de 300“, l’acide reste soluble dans l’eau. 11 est très-soluble dans l’alcool et se comporte avec l’éther comme l’acide silicotungstique.
Tungstosiucates. — L’acide tungstosilicique décompose énergiquement les carbonates ; la grande solubilité de ces sels rond leur cristallisation difficile. Ils ne présentent pas, du reste, de caractères saillants qui permettentde les distinguer des silicotungstates. La transformation de ces sels isomériques les uns dans les autres n’a jamais été observée.
TUNGSTENE. — 5311 — TUNGSTÈNE.
Tungstosilicates d'ammonium. — On n’a pu obtenir aucun sel défini d’ammonium; avec une quantité insuffisante d’alcali, on obtient un dépôt blanc, mou, mamelonné, ressemblant au silicotungstate. Avec un excès d’ammoniaque, il so forme du silicodécitungstato et du paratungstate d’ammonium.
Tungstosilicates de potassium. — Le sel neutre, Tu,8Si 048K8 -f- 20 II2 O, cristallise en prismes rectangulaires dont los arêtes sont tronquées par les faces d’un prisme rhomboidal de 16U° ; ils se terminent par des faces courbes.
Le sel tétrapotassique, Tu’8 Si O18 II4 K4-}- 7 II8 O, cristallise dans le système orthorhombique, soit en prismes courts, soit en lamelles hexagonales formées d'octaèdres rhomboïdaux fortement basés et tronqués. Ce sel est extrêmement soluble dans l’eau chaude, beaucoup moins dans l’eau froide, quoique plus que le silicotungstate.
Tungstosilicate tèlrasodique,
Tu18 Si O48 H4 Na* + 1011*0.
— Il se dépose de sa solution sirupeuse en cristaux volumineux, formés de rhomboèdres voisins du cube et tronqués sur les arêtes culminantes par un rhomboèdre tangent, obtus. Ces cristaux se conservent bien à l’air. Leur solubilité est considérable.
Lorsqu’on dissout dans l’acide tungstosilicique une quantité de carbonate de sodium suffisante pour former le sel octosodique, la solution est incristallisable, et se prend par la concentration en une masse mielleuse.
Tungstosilicate tétrabarytique,
Tu,8Si042Ba4 -f 9 H* O.
— Quoiqué peu soluble, ce sel s’obtient lorsqu’on neutralise l’acide par la baryte, à l'état d’un liquide glutineux, qui so précipite, et qui, exposé à l'air, durcit peu à peu, et se change en une masse vitreuse. Celle-ci, séchée à 100°, renferme 9 H!0. Un séjour prolongé dans l’eau chaude rend ce sel pulvérulent; il renferme alors 27 H80.
Tungstosilicate bicalcique,
Tu18 Si O42 Ca8 II4 + 20 H2 O.
— La solution sirupeuse de ce sel, obtenue directement, abandonne des prismes anorthiquos, tronqués par les faces latérales g; leur aspect est en général celui de tables hexagonales. Ces cristaux ne sont pas déliquescents.
Le sel télracalcique se prend par la concentration en une masse mielleuse.
Marignac a obtenu une fois un sel pentacalcique (Tu18 Si O48)8 Ca8 H6 -J- 47H80 .en prismes anorthiques.
Sel bialuminique,
(Tu18 Si O48)* (Al8)1 H18 -f 75 II8 O.
— L'acide tungstosilicique dissout l’alumine en gelée; le sel formé est extrêmement soluble et cristallise de sa solution sirupeuse en prismes anorthiques modifiés par les faces g et h, et fréquemment maclés parallèlement à la face t.
Acide siucodécitungstiqoe. — On isole cet acide en décomposant par une quantité exacte d’acide chlorhydrique les sels mercureux ou argentique, obtenus eux-mêmes par double décomposition à froid avec le silicodécitungstate d’ammonium et bien lavés à l’eau froide. Un excès d’acide chlorhydrique ayant pour effet do rendre plus facile la décomposition do l’acide silicodécitungslique par l’évaporation, il faut éviter d’en ajouter un excès. La concentration de la solution ne doit être faite que dans le vide, à froid. Malgré ces précautions, l’opération manque souvent; quand elle réussit, la solution so prend finalement en un verre parfaitement limpide qui,
bien desséché dans le vide, no change pas de poids à 100°. Il absorbe l’humidité de l’air et tombe en déliquescence en produisant un curieux phénomène de décrépitation, produit sans doute par le gonflement sous l’influence de l’humidité. L’acide vitreux a pour composition
Si Tu10 O36 H8 + 311*0.
La solution d'acide silicodécitungstique se décompose par l’évaporation en laissant déposer de la silice et en se transformant en acide tungstosilicique. Quelquefois on parvient à l’évaporer sans décomposition. Elle ne trouble point les sels de baryum, de calcium, do magnésium, d'aluminium, de plomb ; elle donne avec l’azotate d’argent un précipité blanc jaunâtre, soluble dans l’acide azotique et avec l’azotate mercureux en sel peu soluble dans l’acide azotique.
Silicodécitungstates. — Us sont très-instables et très-solubles; le sel d’ammonium seul a été obtenu avec des caractères bien définis.
Silicodécitungstate d'ammonium,
Si Tu,,036(AzH4)8 + 80*0.
— On l’obtient facilement par l’ébullition du tungstate acide d’ammonium avec la silice gélatineuse; pendant la concentration de la solution, il faut y ajouter de temps en temps de l’ammoniaque. Par le refroidissement de la solution concentrée, ce sel se dépose en prismes courts orthorhombiques; mm — 119°. II est neutre, très-soluble dans l’eau chaude; la solution refroidie à 18° en retient encore 18 %• Les cristaux perdent 4 H8 O â 100°.
Il ne parait pas pouvoir exister de sel acide d’ammonium.
Le sel neutre forme facilement des sels doubles, très-solubles, mais incristaliisables. Marignac a obtenu cependant un silicodécitungstate ammonio-potassique,
SiTu10 036K4 (AzH4)3H + 12H*0,
en ajoutant du chlorure de potassium à une solution chaude du sel d’ammonium : le sel double se dépose par le refroidissement en fines aiguilles radiées. Ou obtient de la môme manière des sels sodico-ammonique et sodico-bary tique, plus difficiles à obtenir purs.
Silicodécitungstates de potassium. — En neutralisant l’acide silicodécitungstique par une quantité de carbonate potassique et concentrant la solution à une douce chaleur, on obtient successivement des croûtes cristallines, puis des cristaux prismatiques aciculaires, enfin un sel lamellaire mamelonné.
Ce dernier, formé de lamelles rhomboïdales indéterminées, parait être le sel neutre,
Si Tu10 O56 K* + 17 II8 O.
Le sel aciculaire est formé de prismes orthorhombiques, tronqués par les faces du prisme rectangle et terminés par un pointement à six faces. Ce sel n’est pas un silicodécitungstate, car il a pour composition
SiTu1I039K8-)-14H80 ;
peut-être représente-t-il une combinaison do silicodécitungstate et de silicotungstate.
Lorsqu’on ajoute à l’acide silicotungstique une quantité do carbonate potassique moitié de la précédente, on obtient par des concentrations successives des mélanges de silicotungstate tétrapotassique et do tungstosilicate; les dernières eaux mères fournissent des mamelons composés de lamelles et paraissant constituer le sel tétrapotassique,
Si Tu10 O36 K.4 Il4 -f 8 II* O.
TUNGSTENE. — 535 - TUNGSTÈNE (ANALYSE).
Silicodécitungstate de baryum,
SiTuioO^Ba* + 22 H2 O.
— Masse glutineuse insoluble dans l’eau, se séparant par l’addition d’acide silicodécitungstique à une solution de chlorure do baryum en excès. Exposée à l’air, cette masse devient vitreuse; elle so ramollit de nouveau par l’action de l’eau. Le sel vitreux présente la composition indiquée.
Silicodécitungstale d’argent,
SiTu,0OMAg8 + 3 H2 O.
— Poudre légère et jaunitro à peu près insoluble, obtenue par précipitation.
Combinaison de tungstates et de silicates d’étain, de feu et de mancanèse. — Cette combinaison, qui ne se rattache pas aux précédentes, est un produit métallurgique, qui prend naissance sans doute par la réaction de l’oxyde d’étain sur le wolfram; elle a été décrite par Rammelsberg | Poggenil. Ann., t. CXX, p. 54; Bull, de la Soc. chim., (2), t. I, p. 354].
Elle est en petits prismes allongés et brillants, inattaquables par l’acide azotique , attaquables lentement par l’eau régale. Sa composition est exprimée par les formules (R = 4/5 Fe -f- 1 /o Mn);
4TuO*R + 3[(SnO*SiO*)*(RO)*].