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ANALYSE DES SUCRES BRUTS DE BETTERAVE

— Depuis un certain nombre d’années, les transactions commerciales qui se faisaient uniquement autrefois d’après la nuance des sucres, considérée

— SUCRES (SACCHARIMETR1E).

comme la mesure de la pureté du produit, on pris pour base l’analyse aussi complète que pots sible du produit industriel.

On détermine l’eau, les cendres, la glucoset le sucre (saccharose), les matières organique par différence.

Dosage bb i.’eao. — L’eau est dosée par la dcs-1 siccation à 1 00° d'un poids déterminé de sucre.

Dosage des cendres. — On ne peut doser lecendres par l'incinération directe du sucre; et effet, une partie des alcalis se trouvant combiner au chlore, l’opération comporterait une pert résultant de la volatilisation plus ou moins con sidérable des chlorures. On transforme alors 1er alcalis en sulfates; on prend 5 grammes de sucre que Ton introduit dans une capsule de platine tarée, on les arrose de quelques gouttes d’acidc sulfurique, et on évapore l’eau à l’étuve. (Cette précaution est indispensable pour éviter lesboure soufiements.) Après dessiccation complète, obi calcine au rouge. Il est préférable d’employei; pour cette opération un mouflle plutôt qu’un bec de gaz, parce que le sucre étant chaulîô et: dessus et en dessous, les boursouflements sont! moins à craindre.

Les chlorures et les phosphates sont décomposés, et les alcalis libres qui constituent la majeure partie des sels renfermés dans les sucres sont: transformés en sulfates. On a constaté par des; analyses complètes des sucres bruts que l'emploi; de l’acide sulfurique augmentait le poids descendras de 1/5. On diminue donc 1/5 de l’aug— mentation de poids que présente la capsule aprèsincinération complète du sucre, et on obtient lepoids des cendres.

Dosage de la glucose. — Le dosage de la glucose dans les sucres s’effectue par la méthode de M. Barreswil, à l’aide de la liqueur de Fehling, avec cette modification que pour les sucres de betterave où la proportion de glucose est toujours très-faible (0,5 pour°/00 environ:, au lieu de verser le liquide sucré dans une quantité déterminée' do liqueur d’épreuve, on préfère dissoudre 5 gr. de sucre dans l’eau, portée à l’ébullition, et verser la liqueur de Fehling au 1/I0r jusqu’à ce que le liquide sucré prenne une coloration bleuâtre. Connaissant le titre de la liqueur d’épreuve par un essai préalable sur une quantité connue de sucre pur, interverti par l’ébullition avec un acide, on en déduit immédiatement la teneur de 5 gr. de sucre en glucose.

La liqueur de Fehling présente l’inconvénient: de laisser déposer du cuivre métallique, sous l’influence de la lumière. M. Pasteur a indiqué une formule qui donne un liquide inaltérable à> la lumière.

On fait dissoudre séparément:

130 grammes de soude;

105 — d’acide tartriquo;

80 — de potasse;

40 — de sulfate de cuivre.

Ou mélange et ou complète le volume d’un litre.

Dosage du sucre (saccharose). — Le dosage du sucre cristallisable se fait toujours à l’aide du saccharimètre. — Voyez la théorie de cet instrument, t. II, p. 264.

On prépare une dissolution de I0sr,350 de sucre pur, desséché à 100°. On dissout dans l’eau et on complète le volume de 100 centimètres cubes. Cette dissolution observée dans un tube de 0"',20 de longueur détermine une déviation du plan de polarisation que compense l’action de 1 millimètre de quartz.

L’appareil doit indiquer 100 divisions quand l’égalité des teintes eut obtenue entre les deux

Fig. G83. — Etuve à cristallisation (plan).

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moitiés du disque lumineux, et la division 0 avec de l’eau pure.

Pour faire le dosage d’un sucre brut, on pèse 10er,350 que l’on fait dissoudre à froid dans un matras jaugé à 1 00 centimètres cubes; les dissolutions sont généralement troubles et colorées; on y ajoute 5 centimètres cubes d’une solution concentrée do sous-acétate de plomb.

Los principes colorants et les matières orga- I r.iquos sont précipités presque complètement. On ajoute ensuite do l’eau jusqu’au trait do jauge, on agite et on filtre rapidement sur un grand filtre. Cette liqueur claire doit être employée presque immédiatement pour l’ossai saccharimétrique, parce que la présence du sous-acétate de plomb détermine un toruble dû il l’acide carbonique de l’air.

Avec les sucres de betterave dans lesquels la proportion de glucose est presque nulle, on obtient immédiatement le titre du sucre par l’essai de la dissolution au saccliarimètre. Avec l’appareil de MM. Soleil et Duboscq ce dosage donne une j approximation de 1,4 à 1/2 %.

Dans les sucres de canne qui n’ont pas été grainés dans le vide et claircés à la vapeur, le sucre cristallisablo est toujours mélangé avec une proportion plus ou moins considérable de glucose, produit par les altérations que le sucre cristallisable a subies, soit pendant la fabrication, soit pendant lo transport.

On doit alors avoir recours à la méthode de | l’inversion, c’est-à-dire à la transformation, par l’action d’un acide, du sucre cristallisablo à pouvoir destrogyre en sucre incristallisablc à pou- ; voir inverse. Après avoir fait une promiète observation sur la liqueur sucrée obtenue comme il a été dit plus haut, on en prend 5U centimètres j cubes que l’on additionne de 5 centimètres cubes j d’acide chlorhydrique, puis on porto le mélange, dans un bain-marie, à la température de 08°, et

■ on le laisse à cette température pendant 10 minutes. On refroidit avec do l’eau froide le liquide

i interverti, puis on fait une nouvelle observation au saccliarimètre, en employant un tube deOm,2‘2 ;de longueur, pour compenser l’addition d’acide. Il faut alors avancer l’index en sens inverse de la première opération, et la distance parcourue ■entre la rotation primitive et celle que l’on obtient alors par l’égalité des teintes, mesure la somme

■ de l’action du sucre cristallisable observée avant l’acidulation et de celle en sens inverso du sucre incristallisablc qui aura été produit sous l’influence de l’acide. Si le coefficient de l’inversion, c’est-à-dire le rapport numérique du pouvoir du sucre interverti au pouvoir du sucre cristallisable •était constant, le problème serait résolu par la distance parcourue par l’index multipliée par ce coefficient.

. Mais la température exerce sur le pouvoir op- , tique des sucres lévogyres une influence considérable, observée pour la première fois par Mitscherlich. M. Clcrget a dressé une table donnant pour chaque degré de température les sommes 'des rotations directes et inverses correspondant 'au titre des dissolutions. Cette table est construite pour des titres croissant par centièmes et pour des différences de température variant par degré de + 10° à -f- 35».

Pour noter la température de l’observation, le tube renfermant la solution porte une tubulure verticale, dans laquelle on place un thermomètre.

Ces diverses déterminations étant faites, on 'Connaît les poids de l'eau, des cendres, de la glucose, du sucre; en retranchant la somme de jtes poids de 100, ou a les matières organiques.

; Depuis un certain temps, pour éviter un dojsage aussi long, surtout dans lo cas de l’invorision, on emploie dans les laboratoires un procédé

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beaucoup plus simple, et qui donne des résultats à peu près exacts quand les sucres ne sont pas mélangés de matières étrangères.

On dose l’eau, les cendres, la glucose, puis on multiplie le poids de cendres obtenu par 0,8, et on obtient approximativement le poids dos matières organiques renferméos dans le sucre.

En faisant la somme de ces quatre chiffres et retranchant de 400, on obtient le sucre par différence.

Ce procédé commercial est qualifié d’analyse aux quatre cinquièmes.

analyse des betteraves. — O n râpe 200 grammes environ de betteraves et on les soumet à l’action de la presse. On procède à la défécation en ajoutant à 100 centimètres cubes du jus 10 centimètres cubes de sous-acétate de plomb; on filtre et on obtient une liqueur incolore, que l’on examine au saccliarimètre, en prenant un tube de 0"’,22 (ou un tube de 0"',20 et ajoutant I /10e) ; le chiffre obtenu donne le titre en sucre du jus, si l’on considère que 100 divisions correspondent à 10sr,350 de sucre. Pour avoir ensuite la teneur des betteraves en sucre, on admet que la betterave ne renferme que 5 % de matières solides insolubles, et on multiplie le chiffre obtenu pour le jus par 19/20». On n’a généralement pas besoin de faire l’inversion.

Le dosage de la canne à sucre s’effectue de môme sur le jus, mais la défécation se fait généralement avec de la colle de poisson et do l’alcool.

analyse des mélasses. — On prend un poids de mélasse trois fois plus considérable que lorsu’on opère sur un sucre brut, soit 4f)sr,05. On tend d’eau dans un flacon jaugé à 300 centimètres cubes.

On verse la liqueur obtenue dans un tube de verre garni à sa partie inférieure d’une double virole retenant un feutre de laine, sur lequel on place un tampon de coton cardé, puis 80 centimètre cubes de noir animal en grains fins. Les 80 premiers centimètres cubes filtrés sont écartés, leur titre étant faussé par l’action initiale du noir. La liqueur qui passe ensuite a conservé son titre primitif. On la repasse 10 à 42 fois sur le filtre pour obtenir une décoloration aussi complète que possible. Le liquide filtré est peu coloré, mais par l’acidulation la teinte passe au rouge, ce qui empêche l’inversion; pour éviter cette coloration, on mesure la liqueur filtrée et on y verse un dixième de son volume de sous-acétate de plomb. On filtre de nouveau sur le noir, en employant seulement 50 à 60 centimètres cubes de ce dernier; on sépare, comme à la première filtration, un volume de solution égal à celui du noir, et la liqueur qui passe ensuite est suffisamment décolorée.

On procède alors au titrage de la liqueur dans un tube de 0"',22 ou en tenant compte de l’addition de sous-acétate de plomb, et on fait l’inversion comme il a été dit plus haut. A. M.

SUIF. — On donne généralement le nom de suif (sébum, <jté ap) à la matière grasse extraite des animaux herbivores, bœuf, vache, veau, taureau, mouton, chèvre, bouc. Souvent le suif du commerce est un mélange de graisses de plusieurs de ces animaux. Par extension, le mot suif s’applique quelquefois à des matières grasses d’origine végétale, tels sont le suif d'arbre, le suif de Bornéo, le suif de Mafurra, le suif de Piney, etc.

La valeur des suifs varie avec leur blancheur, leur dureté, leur odeur; leurs caractères et leurs propriétés. diffèrent selon l’espèce, le sexe, l’Age dos animaux qui los ont fournis. Les animaux entiers produisent un suif plus ferme que los animaux châtrés; le suif des taureaux a plus do consistance que celui des bœufs, celui des béliers

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et dos brebis est plus solide que celui des moutons. Le. suif des animaux femelles a généralement plus de mollesse que celui des mâles. Le degré de consistance dos graisses n’est pas le mémo dans toutes les parties de l’organisme; ainsi le suif qui entoure les reins est ordinairement plus ferme, plus solide que celui qu’on trouve dans le tissu cellulaire ou les viscères, et ce dernier diffère lui-même du suif emprisonné dans les chairs. L’âge, le climat, le mode d’alimentation, les saisons exercent une grande influence sur la qualité des suifs. On remarque facilement que chez les jeunes animaux la graisse est blanchâtre et qu’elle jaunit à mesure que l'animal avance en âge; elle peut prendre alors une odeur et une saveur particulières. La graisse du veau et celle du bœuf se distinguent très-bien. Dans les climats chauds et tempérés, les suifs observés sur les animaux vivants ont plus de consistance que dans les pays froids; la même remarque s'applique aux animaux de montagnes comparés â ceux de la plaine.

Le mode d’alimentation modifie beaucoup les qualités du suif. Les animaux engraissés avec les résidus des fabriques de sucre de betterave, avec des soupes, des aliments cuits et délayés dans l’eau donnent une graisse peu consistante; au contraire, les aliments solides, secs et froids produisent des suifs plus formes; aussi l’engraissement à l’étable, aux fourrages secs et au grain fournit les bons suifs. La nourriture réagit aussi sur la saveur et l’odeur de la matière grasse ; dans certains cas particuliers, comme dans le suif do mouton ou de bouc, M. Chevroul a fait voir que l’odeur forte et pénétrante était due à V hircine.

Différentes espèces de suies. — Dans le commerce on rencontre le plus généralement les suifs de bœuf ou de mouton et, ordinairement, ces deux sortes de suifs se trouvent à l’état de mélange.

Suif de bœuf ou graisse de bœuf. — Sous cette dénomination on comprend le suif de vache et de taureau. Ce suif est blanc jaunâtre, et il doit cette coloration à une matière jaune qu’on peut enlever à l’aide de lavages à l’eau bouillante.

Le suif do bœuf fondu commence à se figer vers 3(3 ou 37° ; il exige, pour se dissoudre, 40 p. d’alcool bouillant à 0,820 do densité. D’après M. Chevreul, 100 p. de suif renferment 70 p. de stéarine (matière solide) et 30 p. d’oléine. Lorsque le suif de bœuf renferme du suif do vache, son odeur est plus caractérisée. Ce suif fournit avec les lessives de soude un savon trèsblanc et très-ferme; il sert à la fabrication de la margarine Mouriès.

Le suif de veau est blanc rosé ; il fond facile* ment entre les doigts; il est opalin et mat; il se corrompt très-rapidement.

Le suif de mouton est en général plus forme et plus blanc que celui de bœuf; aussi est-il recherché pour la fabrication des chandelles. 11 est difficile de se procurer ce suif à l’état de pureté.

Le suif de mouton donne par la saponification des acides gras fondant environ à 44“. Sous la dénomination de suif do mouton on comprend aussi les suifs des béliers, des brebis, dos boucs, des chèvres. La présence de ces graisses dans les suifs du commerce se reconnaît à l’odeur particulière et désagréable due, d’après M. Chevreul, à l'Ilircine. Ce chimiste a donné, pour la composition élémentaire du suif de mouton, les nombres suivants :

Carbono 78,996

Hydrogène 11,700

Oxygèno 9,304

loo.oao-

Le suif de mouton fournit par la saponificatio avec les lessives de soudo un savon très-blaiu dur et cassant; pour le rendre plus mou, on sf ponifio le suif en ajoutant un peu de potasse la soude ou bien en additionnant la marié: grasse d’axonge ou d’huile de coco.

Suif de tripes ou d'abatis. — C’est la matièi: grasse retirée par l'ébullition dans l’eau des et: tomacs, des tètes, des pieds de bœuf, veau:: moutons, etc. Ce suif est coulé en pains de 70 75 kilogrammes appelés pastelles dans le Midi.

Suif des boyauderies. — Les intestins des an maux, après avoir été vidés et lavés à l’eau froidt t sont raclés à l’aide d’un couteau et fournisse!: une graisse que l’on fait fondre dans l’eau boui lante ; on la passe ensuite à travers un tamis dt crin pour retenir les portions de membranes qv ont été détachées, et on la coule dans des baquet: en bois préalablement mouillés. Cette graisse et d’un blanc verdâtre; elle a une odeur forte ei désagréable; elle sert pour la fabrication des sa; vons de basse qualité.

Suif d'os, petit suif. — Les os frais étant broyé; sont placés dans une chaudière en fonte conte; nant de l’eau chaude; par l’ébullition de l'eau 1 matière grasse des os se sépare et vient nage à la surface du liquide, on l’enlève à l’aide d’unn cuiller plate et on la verse sur un tamis plac au-dessus d’un tonneau. Le suif obtenu est d’u t blanc brun; il est mou, odorant.

Les os frais fournissent en moyenne 5 0/o di graisse. Souvent on incorpore à ce suif jusqu’ : 30 °/„ d’e iu en le brassant avec de l’eau chargé de carbonate de soude.

La moelle d’os de bœuf donne, par la saponifi; cation, un acide liquide et deux acides solidessavoir : l’acide palmitique et un acide qu M. Eylerts a appelé acide médullique, CS1H*2Ô3 fondant â 72°, 5. Ces acides se tro iveraient dan: les rapports suivants : acide palmitique 40, acid i médullique 10, acide oléique 4i [C. Lylerts, Arch der Pharm., (2), t. CIV, p. 129J.

Disons enfin qu’on trouve dans le commerce la graisse verte ou graisse de pot provenant derésidus d’opérations culinaires faites dans les établissements publics ou privés, et le flambar qui est lagraisse recueillie à la surfacedcl’eau dan: laquelle les charcutiers font cuire leurs viandes

Fonte des suifs. — Dans les abattoirs, lorsqu’on dépouille les animaux, on enlève les grai- 1 ses qui entourent les intestins et une partie deigrosses graisses enveloppées de membranes e renfermées encore dans le tissu cellulaire; c’es là ce qu’on appelle le suif en branches. Le: bouchers, au moment du débit, détachent 1er portions do graisse restées adhérentes à la viande le produit de cette opération est désigné sous 1( • nom de dégraisse. 11 est important de soumettre; ces produits à la fonte le plus rapidement possible, surtout dans les saisons chaudes, afin d’éviter la putréfaction des matières azotées qui communique aux suifs une odeur désagréablo.

Avant de fondre le suif on commence parlé* couper en petits morceaux à l’aide de hachoirr* à la main ou do hachoirs mécaniques, ou bien oû' le bat fortement sous des pilons; on a quelquefois recours à des moules verticales pour broyer et déchirer les cellules. Lorsque la matière première est divisée, on peut opérer la fonte par lej procédé des créions, ou à l'acide, ou à l’alcali.

1° Fonte aux créions. — L’opération se fait dans des chaudières en cuivre généralement hémisphériques et de la capacité do 15 hectolitres || elles sont chauiïêes à feu nu Le suif découpé étant introduit dans la chaudière, on allume le feu. Sous l’influence de la chaleur, les cellules so gonflent, crèvent et laissent sortir la matière grasse; on ajoute successivement do nouvelles

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juantités de suif jusqu’à ce que la cliandière soit •emplie aux deux tiers. A l'aide d’un instrument m bois, on écrase les membranes contre les parois le la chaudière pour faciliter la sortie du corps ;ras qui vient former une couche liquide à la surface. On chauffe jusqu’au moment où les memjranes paraissent raccornies, dures et ne laissent plus couler de graisse. On enlève la matière foniue avec de grandes poches, on la verse sur des paniers en osier appelés bannates ou sur des tamis en cuivre placés au-dessus de vases en Cuivre ou en bois doublés de plomb. De là, le suif est coulé dans des baquets cylindro-coniques, inommés tinnes ou jalols, où il se fige. Les blocs de suif retirés do ces baquets pèsent, à Paris, ienviron 25 kilogrammes, et sont livrés au comimerce sous le nom de suif de place.

A Bordeaux, la fonte a lieu une fois par semaine ; elle commence le vendredi et se prolonge iplus ou moins tard dans la journée du samedi. La chaudière est chauffée directement avec du bois de pin et l’on entretient le feu jusqu’au moment où la fusion bien complète s’accompagne d'un bouillonnement prononcé dù à l’ébullition de l’eau dont la matière animale était imprégnée. Le suif liquide et passé à travers (un tamis est agité avec une petite quantité d’eau iqui sépare les membranes entraînées. Repris lalors, le suif encore liquide est versé dans une série de bacs en bois désignés sous le nom de douillaras, qu’il traverse successivement et dans chacun desquels il subit une agitation pour ainsi dire continue, dont l’effet principal est d’en activer le refroidissement et, par suite, la solidification. Deux heures et demie, trois heures au plus suffisent au traitement de 500 kilogrammes ide suif en rames [ Cloëz, A. Girard, Ilervieu, Rapport d’expertise].

Les membranes restées dans la chaudière sont i soumises à la presse afin d’en extraire la plus I grande quantité possible de suif interposé; le rétsidu compacte est appelé boulée ou créions. Les tourteaux ainsi obtenus sont vendus sous le nom de pains de cretons et sont employés pour Dénigrais des terres ou la nourriture des chiens. On y trouve souvent une assez forte proportion de cuivre, qui peut compromettre la santé des animaux qui en font usage. Les pains de cretons retiennent encore de 10 à 15 % de matière grasse; on retire par la fusion de 80 à 82 % de suif en pains, un peu coloré. Les cretons sont quelquefois traités par le sulfure de carbone pour en extraire la graisse qu’ils renferment.

Le mode de traitement primitif qu’on vient de décrire s’est conservé dans certaines localités, malgré l’inconvénient que présente pour le voisinage le dégagement d’odeurs intolérables.

On a proposé de fondre les matières au bainmarie; on obtient par ce moyen du suif plus ! blanc, mais le rendement est plus faible, car la température n’est pas assez élevée.

En 1823, kppert avait conseillé de traiter le suif haché par le tiers de son poids d’eau dans une marmite autoclave, portée à la température de 112° à 115° pendant une heure.

On a essayé encore l’emploi do la vapeur à 3 atmosphères et demie agissant pendant 8 heures sur les matières; dans ce cas, les membranes se transforment en une masse gélatineuse qu’on a ; de la peino à éliminer.

2. Fonte d l’acide. — L’acide sulfurique étendu attaque et dissout les membranes anipiales et n’exerce aucune action sur les graisses. Ces remarques, laites en 1820 par d’Arcot, lui donnèrent l’idée de les appliquer à la fonte des suifs, et le procédé à l’acide est aujourd’hui employé dans la plupart des établissements.

Dans une chaudière en cuivre on place le suif

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en branches sur lequel on verse, pour 1 ,000 kilogrammes de suif, 200 litres d’eau additionnée de fi kilogrammes d’acide sulfurique concentré. On porte le tout à l’ébullition, et au bout do 2 à 3 heures les membranes sont presque entièrement dissoutes et le suif surnage. On décante la matière liquéfiée dans des cuycs en bois doublées de plomb, et qu’on nomme refroidissoirs; puis on le coule dans les tinnes. La boulée, en faible proportion, est évacuée, avec l’eau acide, par un robinet de vidange.

Ce procédé peut s’appliquer aux chaudières à feu nu; mais il est préférable d’opérer dans des chaudières fermées, à la température de 105° à 1 10°, en faisant agir la vapeur extérieurement ou en l’injectant dans la matière grasse. Dans ce dernier cas, on ajoute moins d'eau au commencement do l’opération, de manière à compenser l’addition d’eau due à la condensation de la vapeur.

La fonte à l’acide donne des suifs blancs et peu odorants, et le rendement s’élève de 84 à 85 % de la matière première; les cretons étant acides ne sont utilisés que pour engrais.

Les fabricants de chandelles trouvent que le suif à l’acide laisse suinter, en été, une matière fluide, et ils donnent alors la préférence au suif obtenu sans acide. Cotte différence doit être attribuée à l’action de l’acide sulfurique sur la matière grasse neutre: il y a formation d’acidcs gras qui, rendant le suif un peu cristallin, facilitent l’écoulement de l’oléine.

M. Lormé réunit les deux procédés précédemment décrits; il fond d’abord le suif par la vapeur et il traite ensuite les résidus membraneux qui proviennent de la fonte du suif par l’acide sulfuriquo étendu d’eau. Cet industriel prétend que par cette combinaison on obtient do 89 à 91 % d’un suif très-pur et très-blanc.

M. Leféburo a proposé de faire macérer le suif à froid pendant 3 ou 4 jours dans un bain contenant, pour 100 kilogrammes de suif, 1 kilogramme d’acide sulfurique, d’acide chlorhydrique ou d’acide azotique, et d’opérer ensuite la fusion du suif dans de l’eau pure. L’acide sulfurique donnerait 00 % de suif très-blanc, l’acide azotique 91,5 °/0 do suif un peu jaunâtre, et l’acide chlorhydrique 87 % avec la même teinte. Des essais du même genre, faits à un autre point de vue, nous feraient donner la préférence à l’acide sulfurique.

Pour faciliter la séparation du suif fondu des membranes, on ajoute quelquefois dans les cuves de fusion une petite quantité d’alun dissous dans l’eau.

3. Fonte d l’alcali. — En 1850, Évrard, de Douai, a appelé l’attention des industriels sur l’action que les alcalis exercent sur les membranes animales, et il a proposé de remplacer l’acide sulfurique par la soude pour la fonte des suifs. 11 emploie 70 litres d’une solution faible marquant J° à 1°,5 de soude caustique pour 100 kilogrammes do suif tel qu’on l’extrait de l’animal. La dissolution s’opère avec un courant de vapeur. Les membranes se gonflent et se dissolvent en grande partie dans l’alcali; la matière grasse fondue sort de ses enveloppes et vient surnager à la surface où on la puise à la manière ordinaire. Les acides gras odorants et particuliers à chaque espèce de suif se combinent à la soude et sont entraînés dans les eaux de lavage. La saturation de l’alcali par un léger excès d’acide sulfurique met les acides gras en liberté; ils sont recueillis à l’aide de vases à récipients florentins et employés à la fabrication des savons communs.

Les suifs fournis par ce procédé sont blancs et n’exhalent aucune odeur désagréablo ; les cretons alcalins ne peuvent servir à la nourriture des animaux.

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La fonte des suifs, surtout ceux de qualités inférieures, répand une odeur nauséabonde souvent intolérable; d’Arcet avait proposé do diriger les vapeurs dans le foyer ou dans la cheminée, en recouvrant la chaudière d’un couvercle en tôle qu’on peut rabattre et qui forme avec les maçonneries du fourneau un canal aboutissant il la cheminée. Dans d’autres dispositions, les vapeurs des diverses chaudières se rendent dans un carneau commun, et, par l’action d’une cheminée d’appel, traversent la flamme d’un foyer. D'après Slcin, on parvient à faire disparaître toute odeur en recouvrant la chaudière avec un grillage chargé de quelques centimètres de noir animal et de chaux éteinte. A chaque chargement les matières désinfectantes doivent être renouvelées.

Margarine Màge-Mouriès. — Nous sommes naturellement conduits h dire quelques mots du procédé que M. Mège-Mouriès a indiqué pour extraire du suif l’oléomargarine à laquelle il donne le nom de beurre artificiel. Voici comment il opère :

La graisse de bœufs abattus le jour même est broyée entre deux cylindres à dents coniques qui l'écrasent et déclarent les membranes dont elle est enveloppée. Après avoir subi ce broyage, elle tombe dans une cuve profonde, chauffée à la vapeur, et dans laquelle on a versé pour 1,000 kilogrammes de graisse brute : eau, 300 kilogrammes ; carbonate de potasse, 1 kilogramme, plus deux estomacs de mouton ou de porc coupés en fragments. La température du mélange est alors portée it 45° centigrades, et la masse est remuée exactement.

Au bout de deux heures, la graisse, dégagée sous l’influence de la pepsine des deux estomacs, des membranes qui l’enveloppaient, se trouve entièrement fondue et réunie à la partie supérieure de la cuve ; elle est alors, au moyen d’un tube mobile surmonté d’une pomme d'arrosoir, décantée dans une seconde cuve chauffée au bain-marie à 30° ou 40°, où elle est additionnée de 2 % de sel marin pour en favoriser la dépuration. Deux heures suffisent pour que cotte graisse puisse être écoulée dans des cristallisoirs en fer-blanc d’une capacité de 25 à 50 litres. Ces cristallisoirs sont déposés dans une pièce entretenue à 20° ou 25°, où ils se refroidissent lentement. Le lendemain la graisse, présentant un aspect grenu, est coupée er. gâteaux, empaquetée dans des toiles et soumise à l’action de la presse, dans un atelier maintenu à la température de 25° environ. Cette graisse se partage en deux parties â pou près égales : l’une, qui représente 40 â 50 % de la matière, est de la stéarine fusible entre 40° et 50° qui resto dans les sacs; l’autre est de l’oléomargarine liquide qui s’écoule. C’est avec l’oléomargarino que M. Mègo fabrique le beurre économique. La stéarine trouve son emploi dans les fabriques de bougies [F. Boudct, Rapport fait au conseil de salubrité de la Seine],

Épuration des son s. — Les suifs conservés pendant quelque temps rancissent et prennent une odeur repoussante qui les fait rejeter pour certaines applications; d’un antre côté, les fondeurs peuvent avoir de l’intérêt à communiquer à des suifs de basse qualité l’arome de suifs plus purs. Aussi a-t-on proposé un grand nombre de moyens pour atteindre ce résultat. Parmi les procédés employés, nous citerons la refonte des suifs en présenco d’une petite quantité d'eau pure ou alunée et une vive agitation produite par un courant d’air très-divisé et traversant la masso de suif fondu. MM. Cloèz et A. Girard ont recommandé de refondre le suif altéré, odorant, en présence d’une petite quantité d’eau à laquelle on a mélange de la magnésie dans la proportion de I % de la ma tière grasse ; ou bien de remplacer la magnésie par 5 % de noir brut et de passer le suif sur une toile.

On peut, dit-on, faire disparaître l’odeur forte des suifs mouton Plati, par exemple, et la remplacer par l'odeur des suifs fondus au creton, en joignant au procédé ordinaire d’épuration des suifs par fusion sur l’eau alunée une refonte en présence d’une certaine quantité de cretons non pressés provenant d’une fonte récente. Les cretons agiraient comme le noir animal en absorbant une partie des matières odorantes et colorantes du suif impur, tandis qu’ils lui communiqueraient leur odeur caractéristique.

Nous admettons qu’il y ait amélioration ; mais un fabricant connaissant son métier ne se trompera jamais sur l’origine de ces suifs.

Pondant le siège de Paris, des quantités considérables do suif se trouvaient en magasin et il était important de pouvoir les utiliser pour l’alimentation à la place du beurre qui faisait defaut. Or les suifs conservés sont toujours acrompagnés d’uno odeur infecte qui en rend l’emploi répugnant; divers procédés d’épuration et de désinfection furent mis en pratique pour obtenir des produits convenables. M. J. Casthelaz a fait connaître un moyen qui consiste à émulsionner les suifs dans une solution faible de cristaux de soude, à séparer par l’eau, à laver les corps gras et à répéter deux ou trois fois cette opération suivant la qualité des suifs mis en travail.

Dans le premier traitement on emploie 4 p. de carbonate de soude cristallisé pour 1U0 p. de suif; pour les seconds traitements, les proportions de carbonate de soude employé varient de 4 à 2 %; pour les troisièmes, elles varient de 3 à 2 %. L’opération so continue, soit par un simple lavage à l’eau, soit par un lavage avec de l’eau contenant 1 % d’acide chlorhydrique et un nouveau lavage pour enlever les dernières traces de sel sodique ou d’acide [Compt. rend., t. LXXI, p. 812].

A cette occasion on a réclamé ia priorité en faveur d’Évrard, mais, comme l’a si judicieusement fait observer M. Balard, le procédé Évrard, que nous avons décrit plus haut, a eu pour but la destruction des membranes par les alcalis caustiques. Nous voyons plutôt dans la méthode de M. J. Casthelaz l'application de ce qui se pratique pour enlever aux huiles leur acidité.

ün moyen qui donne d’excellents résultats et à l’aide duquel on enlève presque complètement l’odeur et la saveur des suifs, même Plata, consiste à les fondre et à y faire passer un courant de vapeur, à la condition de porter la température à ICO1'. Un lavage préalable à l'eau légèrement alcaline n'est pas nuisible, et facilite l’opération; mais il est indispensable de bien enlever l’alcali et les sels formés par des lavages à l’eau. Aussi pour beaucoup d’usages la vapeur à 160° est suffisante.

On a souvent tenté de séparer, par des procédés physiques, la matière solide du suif ou la stéarine de la partie liquide ou oléine. Braconnot retirait du suif une matière solide, appelée ceromimène, en faisant cristalliser le corps gras neutre dans l’essence de térébenthine et soumettant à l’action de la presso. Plus tard Ébol a pris un brevet pour l’applic ition de ce proe '-dé à la fabrication de la bougie dite éboline (t. XL, p. 434 des brevets expirés). En 1 8 40, MM. Tresca et Éboli sont parvonus à produire la séparation de la stéarine de l’oléine en diminuant l’affinité du principe liquide pour le principe solide, par l’additiou d’une huile fixe.

L’huile qu’il est le plus convenable d’employer est celle déjà extraite de .la substance sur laquelle on doit opérer, par conséquent l’oléine ; mais pour la première opération on peut prendre l’huile de pieds de bœuf ou de mouton. L’oléine était employée pour l’éclairage ou le graissage dos machines ; la stéarine pour la fabrication des bougies

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