I. — ACIDE SULFOCYANIQUE OU SULFO- CARU1M1DE
Nous avons dit plus haut que la constitution de l’acide sulfocyanique n’est pas connue avec certitude, mais qu’on peut représenter cet acide, suivant les cas, par l’uue ou l’autre dos deux formules suivantes :
C AzS H. CSAzH.
Acide sulfocyaniqne. Sulfocarbimide.
La formatiou de cet acide par la décomposition des sulfocyanates, et inversement la production do sulfocyanates par la saturation de l’acide par les oxydes nu les carbonates métalliques, plaident en faveur de la première formule; la décomposition de l’acide thiosulfoearbamique en hydrogène sulfuré et acide sulfocyanique, au contraire, s’explique plus naturellement lorsqu’on adopte la seconde formule, qui cadre aussi mieux avec presque toutes les réactions de l’acide sulfocyanique; nous nous servirons donc de préférence de la seconde de ces deux formules.
Modes de formation et préparation. — L’acide sulfocyanique prend naissance lorsqu’on décompose par un acide les sulfocyanates, dont la préparation sera décrite plus loin.
(C AzS)2 11g +• 2 HCl = HgCl2 = 2CAzSll.
Le même corps se forme dans la décomposition spontanée de l’acido thiosulfoearbamique,
csCshHS= CSAzH + II2 S;
enfin on l'obtient en exposant à l’air de l’acide cyanhydrique chargé d’hyd-ogène sulfuré, comme celui qu’on prépare par le procédé Vauquelin, en décomposant le cyanure do mercure par le gaz sulfhydrique,
CAzH + IP S + O = H2 O + CSAzH.
Pour préparer 1 acide sulfocyanique anhydre, on
| décompose, dans un tube de verio, le sulfocyanate de mercure desséché, par du gaz chlorhydrique ou sulfhydrique sec; l’acide sulfocyanique vient se condenser dans un récipient refroidi (Woehior) ; il n’est pas prudent d’opérer sur une trop grande quantité de sulfocyanate de mercure à la fois, car on s’exposerait à des explosions [Hermès, Journ. fur prakt.Chem., t. XCVII, p. 401 ; Bull, de la Soc. chim., (2), t. VII, p. I54J.
On obtient l’acide sulfocyanique en solution aqueuse, en décomposant le sulfocyanate argentique ou mercurique délayé dans l’eau par un courant de gaz sulfhydrique et enlevant l’excès de ce gaz par l’addition d’une petite quantité de sulfocyanate, ou par une évaporation extrêmement ménagée; en suivant cette méthode, on peut préparer une solution d'acide sulfocyanique renfermant 12,7 °/0 de ce corps.
Le même composé peut s’obtenir on décomposant la solution du sulfocyanate barytique par une quantité convenable d’acide sulfurique étendu.
La distillation du sulfocyanate de potassium avec un acide très-dilué (sulfurique, phosphorique, oxalique ou tartrique), peut aussi fournir l’acide sulfocyanique aqueux, mais il est difficile de préparer ainsi un produit pur.
Propriétés. — L’acide sulfocyanique constitue un liquide incolore qui se prend à — 12°, 5 en prismes hexagones, légèrement jaunâtres ; il bout à 102°, 5 (Vogel), à 85° (Artus); il rougit fortement le papier de tournesol bleu; son odeur est piquante et se rapproche do celle de l’acide acétique; sa saveur est très-acide. Quelques gouttes d’acide sulfocyanique déposées sur un verre de montre se volatilisent rapidement en laissant une matière jaune qui se solidifie après quelque temps et qui n’est pas identique avec l’acide persulfocyanique (Hermès). L’acide sulfocyanique se dissout dans l’eau : une solution renfermant 12,7 °/o de ce corps possède à 17° une densité de 1,040; elle offre les caractères de l’acide anhydre. Elle n’agit comme poison ni sur les chiens ni sur les lapins.
Héactions et décompositions. — L’acide sulfocyanique rougit les sels ferriques. Sa solution aqueuse à 12,7 % se colore peu à peu en jaune, même à l’abri de la lumière, en laissant déposer des aiguilles d’acide persulfocyanique,
3 C AzS H = CAzH + C2Az2S2II2.
Si la solution ne contient que 5 % d’acide sulfocyanique, elle reste incolore pendant des mois.
Par l’ébullition de sa solution, l’acide sulfocyanique subit en partie la même décomposition ; une autre partie se dédouble en gaz carbonique, ammoniaque et sulfure de carbone,
2CSAzH + 2II20 =C02-f CS2 -f 2AzlI\
et une troisième partie en gaz carbonique et suifhydrate d’ammonium,
CSAzH -f- 2 U2 O = CO2 -f (Az II4) II S.
Ces décompositions s’effectuent d’une manière plus rapide, lorsqu’on fait bouillir l’acide sulfocyanique en présence des acides.
Si l’on décompose le sulfocyanate potassique par de l’acide sulfurique étendu (5 vol. d’acido concentré et 4 vol. d’eau) en ayant soin que lo mélange ne s’échauffe pas trop, on obtient de l’oxysulfure de carbone [C. Than, Ann. der Chem. u. Pharm., Supplementb. V, p. 236; Bull, de la Soc. chim., t. IX, p. 216].
CS.AzII H20 = AzII» -f CS. O.
Cette décomposition est complètement analoguo à celle de l’acide cyanique (carbimide) sous l’influence do l’eau,
CO.Azll + H20 = AzII2 + CO.O;
SULFOCYANIQUE (ACIDE). — 94 — SULFOCYANIQUE (ACIDE).
Saturé d’hydrogène sulfuré, l’acide sulfocyanique donne à la longue du sulfure do carbone et de l’ammoniaque,
CSAzIî + H5 S = CS* + Az H3.
Le chlore et l’acide azotique produisent dans la solution de l’acide sulfocyanique un précipité jaune de persulfocyanogène. I.o zinc en dégage, à une douce chaleur, de l’hydrogène sulfuré; le fer détermine la même réaction avec plus de lenteur.
L’hydrogène naissant développé par le zinc et l’acide sulfurique étendu n’agit que lentement sur l’acide sulfocyanique et donne de l’ammoniaque, du sulfure do méthylène, de l'hydrogène sulfuré et de la méthylamiue provenant de la réduction de l’acide cyanhydrique formé en premier lieu ; ces corps sont les produits de deux réactions distinctes : le sulfure de méthylène et l’ammoniaque dérivent de la sulfocarbimide,
CSAzlI + 2 H* = Az II3 + Cil* S ;
Sulfocar- Sulfure
bimide. de méthylène.
l’hydrogène sulfuré et l’acide cyanhydrique correspondent à la réduction du véritable acide sulfocyanique,
CAzSH-j- H* = H3 S -)- CAzH.
Acide Acide
sulfocyanique. cyanhydrique.
[A. W. Hofmann, Berl. Acad. Ber., 1808, p.465].
La triéthylphosphine se dissout dans l’acide sulfocyanique; le sel formé se décompose par la distillation et donne les combinaisons sulfurée et sulfocarbonique de la triéthylphosphine, du sulfure de carbone et un résidu brun, contenant probablement du sulfocyanate d’ammonium (Hofmann).