PRODUITS D'ADDITION DE LA SULFO-URÉE
Les composés qui résultent de la fixation directe du chlore ou du brome ou de certains groupes complexes sur la sulfo-urée appartiennent probablement à la classe des sulflnes. Us ont été surtout étudiés par A. Claus. [Ann. der Chim. u. Pharm., t. CLXXIX, p. 135; Bull, de la Soc. chim., t. XXII, p. 162; et t. XXIV, p. 289].
BROMURE DE SOI.FO-DRÉE, (C SAz2 H*)2 Br2. — Lorsqu’on ajoute goutte à goutte du brome dans une solution alcoolique de sulfo-urée, on observe une réaction très-énergique; chaque goutte de brome produit un sifflement comme un fer rouge qu’on plonge dans l’eau ; le brome disparaît, la température s’élèvo beaucoup, et, peu à peu, on voit apparaître des eristaux blancs; ces cristaux n’augmentent plus lorsqu’on a employé Br2 pour 2CSAz2Il*. Le produit, lavé à l’éther, est séché sur l’acide sulfurique.
Le bromure de sulfo - urée est en aiguilles blanches, peu stables, qui brunissent déjà à 75°, mais qui ne fondent pas encore à 177°; à cette température élevée, il a subi une décomposition complète. 11 est presque insoluble dans l’éther, mais l’alcool le dissout. L’amalgame de sodium le transforme de nouveau en sulfo-urée. L’eau le dissout facilement, mais elle le décompose aussitôt, car elle prend une forte réaction acide ; lorsqu’on chauffe cette solution, elle se trouble et laisse déposer du soufre, dont la quantité s’élève à la moitié de la proportion do soufre de la sulfo-urée; le liquide contient, .en outre, de l’acide bromhydriquc, de la sulfo-urée et probablement de la dicyanodiamide provenant de la polymérisation de la cyanamide formée en premier lieu{A. Claus, loc. cit.].
(CSAz2 H')2 Br2 Bromure de sulfo-urée.
= CSAz2H‘ + CAz2H2 + S + 2IlBr.
Sulfo-urée. Cyanamide
SULFO-UREE.
— 128 — SÜLFO-ÜRÉES COMPOSÉES.
On peut donner au bromure de sulfo-urée la formule suivante :
Br.Sl,=C(AzII*)*
Br.SIT=C(AzH*j*.
CHI.ORORE DE SULFO-URÉE, (C S Az*II*)* Cl*. — Le chlore agit sur une solution alcoolique de sulfo-urée beaucoup moins énergiquement que le brome; le liquide ne s'échauffe qu’après un certain temps et se transforme alors subitement en une bouillie de cristaux. Ce chlorure est presque insoluble dans l’éther, plus soluble dans l’alcool et, comme le bromure, se décompose sous l’influence de l’eau. A l’état sec, il peut supporter une température de 95-100° sans s’altérer.
Br.OMÉTHYLSULFO-CRÉE,
CSAz*IU, C*II5Br = (AzH*)*C = S” ' Br11'
— On chauffo, au bain de sel et en vase clos, un mélange de bromure d’éthyle et de sulfo-urée (molécules égales) avec 6 à 8 p. d’alcool. Quand toute la sulfo-urée est dissoute, on concentre au-dessous de 100° et on laisse refroidir. La brométhylsulfourée se dépose en tables hexagonales bien formées, de couleur jaunâtre. Elle est altérable et se décompose vers 100° en développant l’odeur du sulfocyanate d’éthyle et du mercaptan. La potasse concentrée dédouble la brométhylsulfo-urée en sulfocyanate, ammoniaque et bromure de potassium,
(AzH*)*C=S ^ jf/'5 = AzC-S-C*U5 + AzH3 + H Br.
Iodétiiylsulfo-urée. — Lorsqu’on chauffe au bain-marie, pendant quelque temps, molécules égales d’iodure d’éthyle et de sulfo-urée en présence de l’alcool et qu’on évapore avec précaution la solution, il reste un liquide épais qui se prend peu à peu en une masse cristalline de la formule, CSAz*H\C*HsI. L’iodéthylsulfourée est peu stable et se décompose déjà par l’évaporation de sa solution alcoolique. L’eau bouillante l’altère promptement et dégage l’odeur du sulfocyanate d’éthyle.
Si, dans la préparation du composé précédent on chauffe moins longtemps, ou mieux si l’on emploie un excès de sulfo-urée, on obtient la combinaison 2CSAz*II‘,C*H5I, cristallisant en belles aiguilles incolores beaucoup plus stables que la première iodéthylsulfo-urôe.
Sulfo-urée et oxalate d’éthylb. — Une solution aqueuse ou alcoolique de sulfo-urée, additionnée d’oxalate d’éthyle laisse déposer immédiatement des prismes clinorhombiques bien développés du produit d’addition,
(G S Az* H4)* . C* Ov (C* H5)*.
L’alcool n’altère pas cette substance, mais l’eau bouillante la dédoublo en ses composants; l’ammoniaque en précipite de l’oxamide. Chauffée vers 150°, elle fond et se sépare en doux couch.es, dont l’inférieure est de l’urée sulfurée, la supérieure, de l’éther oxalique [ML Nencki, Deutsch. chem. Gesellsch-, t. VII, p. 779; Bull, de la Soc. chim., t. XXII, p. 505].
Ch loi\ acétyis u i.fo-u n ée , C S Az* II*, C* II3 O Cl .
— Le chlorure d’acétyle s’unit directement à la sulfo-urée; la combinaison est cristallisée, mais très-instable et dégage déjà vers 40° do l’acide chlorhydrique. L’alcool tiède la dissout sans altération et la deposo de nouveau, lorsqu’on évapore la solution à une basse température.
SDLFO-OnÉE ET ACIDE MONOCHLORACÉTIQUE,
C S Az* H*, C* H3 Cl O*.
— Lorsqu’on broie la sulfo-urée avec l’acide monochloracétique (molécules égales), la masse devient sirupeuse; bientôt, on observe une élévation de température en même temps que le tout se transforme on une poudre jaunâtre. On chauffe cette poudre pendant quelque temps au bainmarie et l’on reprend par l’eau bouillante, qui laisse insoluble une petite quantité de persulfocyanogène : la solution donne en se refroidissant de beaux cristaux tabulaires blancs, qui constituent un produit d’addition de sulfo-urée et d’acide monochloracétique. Cetto combinaison est franchement acide et peut former des sels; ceux-ci sont très-instables et se transforment facilement en sulfhydantoîne.
La sulfo-urée ne forme pas de combinaison analogue avec l’acide trichloracétique ; lorsqu’on chauffe ces deux corps, soit seuls, soit en présence de l’alcool, l’acide trichloracétique se dédouble en gaz carbonique et chloroforme; la sulfo-urée s’altère aussi, car il se dégage en même temps de l’hydrogène sulfuré. A. H.
SUI.FO-UKÉES COMPOSÉES [Syn. Sulfocarbamïdes composées] . — On a désigné sous ce nom une classe de corps analogues aux urées composées et qui dérivent do la sulfo-urée par la substitution à l’hydrogène, do un ou plusieurs radicaux. Ces radicaux peuvent être monatomiques ou polyatomiques; ils peuvent correspondre à des alcools, des phénols, des acides ou à des corps à fonction mixte. On conçoit, par conséquent, que la théorie puisse prévoir l’existence d’une multitude de sulfo-urées composées : en effet, on en connaît déjà un grand nombre, bien que la découverte de procédés simples pour les préparer soit assez récente.
Nous diviserons les sulfo-urées composées en trois groupes, suivant la nature des radicaux substitués :
I, les sulfo-urées à radicaux d’alcools ou de phénols;
II, les sulfo-urées à radicaux d’acides;
III, les sulfo-urces à radicaux à fonciion mixte, sans faire des groupes à part de quelques composés ; enfermant à la fois des radicaux d’acide et d’alcool ou de phénol.
Le premier groupe, de beaucoup le plus nombreux, sera subdivisé :
A, en sulfo-urées à radicaux d’alcools ou de phénols monatomiques ;
B, en sulfo-urées à radicaux d’alcools ou de phénols diatomiques.
Enfin, la première de ces sous-divisions renfermera deux sections distinctes :
a, les sulfo-urées monosubstituées ;
b, les sulfo-urées disubstituées.
Le nombre peu considérable de représentants connus des groupes II et III n’exige pas qu’on les subdivise pour faciliter leur étude.