COMPOSITION DE LA SUBSTANCE CÉRÉBRALE
Elle est toute spéciale et fort complexe; le tissu cérébral se distingue notamment de tous les autres tissus par une forte teneur en phosphore qui y est contenu pour la majeure partie, non à l’état de phosphate, mais sous forme de combinaison organique phosphorée, de lécithine (t. II, p. 211). Aussi la substance cérébrale est-elle le seul tissu qui fournisse par incinération des cendres acides, renfermant un excès d’acide phosphorique.
La réaction de la substance cérébrale vivante est alcaline ou neutre, mais après la mort elle devient rapidement acide; si on porte brusquement la substance à 100°, la réaction reste alcaline. Le tissu nerveux se comporte donc sous ce rapport comme le tissu musculaire; d’autre parties deux tissus contiennent de l’inosite; en rapprochant ces deux ordres de faits, on est tenté d’attribuer à l’acide lactique l’acidité de la substance cérébrale; celle-ci en renferme en effet, mais il semble que cet acide lactique est identique avec l’acide de fermentation, et non pas avec l’acide paralactique.
La cuisson, l’alcool, les acides, surtout l’acide nitrique, l’acide picrique, le diclironiate de potassium et d’autres sels font prendre à la substance cérébrale une dureté plus ou moins grande, en coagulant les matières albuminoïdes.
Voici l’énumération des principes immédiats que l’on a retirés du cerveau :
Eau.
I Matière voisine de la myosine.
bunstances I Albumine soluble, coagulable à "5°. albummoidos. | Caséine.
Substance analogue à l'élastine.
Névrokératino (voir ce mot).
Matière collagène.
Nucléine.
Cérébrine.
Lécithine.
Matières grasses proprement dilos (?).
Inosite.
I Acides glycérophosphorique, oléo- Produits de J phosphorique, acides gras volatils, désassimilation, j urique (?), Dotâtes , hypoxantine,
( xanthino, créaline.
! Phosphates alcalins et alcalino-terreux, oxyde de fer, silice. Traces de sulfates, de chlorures et de fluorures.
Dans certains états pathologiques, on a trouvé en outre dans la matière cérébrale de la leucine et de l’urée, qui y existent très probablement aussi à l’état normal, seulement en très petite quantité.
On remarquera que la présence de véritables matières grasses est douteuse; la substance que les chimistes désignaient au commencement de ce siècle sous le nom de graisse de cerveau était un mélange formé de toutes les parties solubles dans l’éther ordinaire (cérébrine, cholestérine, lécithine et ses produits de décomposition).
On admettait depuis les travaux de Liebreich que la cérébrine et la lécithine sont combinées dans le cerveau, et forment une matière spéciale, le protagon; l’existence de ce dernier comme principe immédiat, mise en doute par Diakonow, Hoppe-Seyler et la plupart des chimistes, a été soutenue à nouveau dans ces derniers temps par Gaingee et Blankenhorn.
Lassaigne, von Bibra, Walther, Hauff et d’autres ont publié des analyses quantitatives de la matière cérébrale; ils n’ont pas dosé chacun des principes immédiats, et leurs analyses assez anciennes ne nous fournissent que peu de données utiles ; nous n’en retiendrons que ce fait, qu’il existe des différences notables entre la composition de la substance grise et celle de la substance blanche. Cette conclusion découle du reste plus nettement encore de l’analyse complète que Petrowsky a faite avec le cerveau du bœuf [Arch. fur Physiol., t. VII, p. 367] :
100 parties de matière cérébrale de bœuf renferment d’après Petrowsky :
Substance Substance grise. blanche.
Eau 81,60 68,35
Matières solides 18,40 31,65
100 parties do matières solides sont formées de :
Substance
Subslance
grise.
blanche.
Albumine et gélatine
Lécithine
Cholestérine et graisses
Cérébrine
Matières extractives insolubles
dans l’éthor
Sels
On le voit, les différences de composition sont profondes, et elles sont en harmonie avec les différences de structure anatomique; la substance grise est plus riche en eau et la moitié de ses matériaux solides est formée d’albuminoïdes; tandis que la substance blanche, moins aqueuse, contient plus de matières solubles dans l’éther. Une autre différence capitale réside en la forte proportion de lécithine contenue dans la substance grise : on savait en effet, depuis Bibra, que cette substance est plus riche en phosphore que la blanche.
11 est probable que les chiffres précédents ne sont qu’approchés ; faisant même abstraction des différences qui dépendent du sujet, il semble évident, en effet, que la composition de la substance grise, par exemple, doit être soumise à certaines variations, suivant la partie de l’encéphale d’où elle provient, vu qu’elle se présente avec une plus ou moins grande pureté, c’est-a-