VII. sels d’erdmann
Les composés suivants, décrits par Erdmann, sont plus complexes et ne rentrent pas dans les séries précédemment décrites. Le point de départ est un sel qui se forme dans les circonstances suivantes :
Lorsqu’on ajoute un excès d’azotite de potassium à. une solution de protochlorure de cobalt, en présence de sel ammoniac, il se dépose des aiguilles micacées tirant sur le vert, et plus
tard des cristaux jaune- brun, solubles dans l’eau, et que l’on purifie par cristallisation. Leur composition est exprimée par la formule
Co2 K* (Az O2)8, 4 Az H3.
Le potassium de ce sel peut être remplacé par des métaux ou divers restes des cobaltamines. Ainsi la solution précipite par l’azotate d’argent, le précipité, dissous dans l’eau bouillante, dépose des lamelles répondant à la formule
Co2Ag2(AzOsj8, 4AzII3.
Si l’on remplace, dans la préparation précédente, l’azotite de potassium par l’azotite d’ammonium, on obtient le composé Co2(AzH4)2(Az02)8, 4AzH3 en cristaux rhomboîdaux [Erdmann, Journ. prakt. Chem., t. XCVII, p. 385].
Le sel d’Erdmann donne avec la strychnine et la brucine de beaux précipités cristallins. Il peut échanger son potassium contre les restes des cobaltamines ; ainsi, en réagissant sur les sels octamine-cobaltiques, xanthocobaltiques , lutéocobaltiques, il donne lieu aux réactions suivantes:
Co2X4Cl2, 8 AzH3 + Co2K2X8, 4 AzH3 = 2 KC1 -f 2 Co2X6, 6 AzH3;
Co2X2Cl4, 10 AzH3 + 2Co2K2X8, 4 AzII3 = 4 K Cl + 3Co2X6, 6 AzII3,
Co2 Cl6, 12 AzH3 + 3 Co2K2X8, 4 AzH3 = 6 KC1 + 4 Co2X6, 6 AzII3.
Les combinaisons isomériques qui prennent ainsi naissance forment des sels cristallisables et caractéristiques. Ce ne sont pas du reste les seuls corps répondant à cette formule. Erdmann, puis Gibbs, ont décrit des composés possédant la même formule brute et paraissant différer des précédents [Gibbs, Deutsch., chem. Gesellsch., 1873,
En terminant, nous donnerons dans le tableau suivant l’aperçu de la composition des cobaltamines, en faisant remarquer que tous ces corps renferment 2 atomes de cobalt hexatomiques, unis à six éléments ou radicaux, ce groupement Co2X6 ayant la propriété de fixer 4, 6, 8, 10, 12 molécules d’ammoniaque.
Sels tétrammoniques Co2X6, 4Az2H3
Sels hexammoniqües Co2X8,6AzH3.
1° Sels de Gibbs
,2° Sels fuscocobaltiques. . .
Sels octammonniques. . . . { 30 gels prasé0cobaltiqucs .
4° Sels de Vortmann
Sels dècammonjques.
1» Purpurcocobaltiqucs
a. Chloropurpuréocobaltiques.
b. Bromopurpuréocobaltiques
c. Nitratopurpuréocobaltiques
2° Roséocoballiqucs
3® XanthoeobaUiqv.es
4° Flavocobaltiques
Sels dodécammoniques (lutéocobaltiques)
Co2(Az02)4X2, 8 AzH3.
Co!OX*p 8 AzH3.
Co2X8,8 AzH3 + 2H20.
Co2X6(H20)2, 8 Az H3.
Co2X8, 10 AzH3.
Co2Cl2X4, 10 AzH3.
Co2 Br2 X1, 10 AzH3, Co2(Az03)2X4, 10 AzH3.
Co’X®, 10 AzH3 -]- nH20.
Co2 (AzO2)2X\10AzH3.
Co2 (Az O2)2 (Az O3)2 X2, 10 Az H3.
Co2X8,12Az H3.
Dans ces formules X marque un élément ou un groupe pouvant être échangé facilement par double décomposition. M. Hanriot.
COCCININE. — Voyez Carmin, Suppl., p. 434.
COCCOGNINE. — Substance cristallisée, distincte de la daphnétine, retirée par Casselmann des semences de mézéréon ( Daphné mezercum ), ui en contiennent 0,4 %, et, en outre, 31 °/0 ’huile. Les semences, débarrassées de matières grasses et résineuses par l’expression et par des traitements à l’éther, cèdent à l’alcool à 95 °/0 de la coccognine très impure que l’on reprend par l’alcool à 70 °/0. La poudre jaune qui reste insoluble étant soumise à des cristallisations dans l’alcool bouillant, on obtient des cris-
taux incolores de coccognine groupés en étoiles. Cette matière renferme CS0HS2O8. Peu soluble dans l’eau, très soluble dans l’alcool, sublimable ; bouillie avec de l’acide sulfurique faible, elle ne fournit point de sucre [A. Casselmann, Zeitschr. Chem,,. 1870, p. 681].
COCHENILLE. Voyez Carmin, Suppl., p. 433.
COCINYLÈNE. — Hydrocarbure C13 II26, bouillant à 230-231°; densité à 0° — 0,8445. Warren et Storer l’ont retiré de l’huile minérale de Birma [Rangoon-tar). Il y accompagne des carbures d’hydrogène homologues en C10, C11 et C12 [Journ. prakt. Chem., t. CII, p. 441].
CODAMINE, C20H!5AzO4. — La codamine est un des alcaloïdes accessoires de l’opium; elle est
CODÉINE. — 515 — COLCHICINE.
isomérique avec la laudanine. — Voyez Opium, t. II, p. 621.
CODÉINE, C18 H 21 AzO3. — La codéine peut être considérée comme le dérivé méthylé de la morphine et se représenter dès lors par la formule C17Hl8(CH3)Az03. Se basant sur la composition de dérivés polymérisés de cet alcaloïde, Wright a proposé d’en doubler la formule et d’écrire C36H’,2Az206; mais cette manière de voir n’a pas été généralement admise [Wright, Deutscli. chem. Geselisch., 1873, p. 268].
On trouve la codéine dans 1 opium de Turquie à la dose de 0,30 à 2,02 °L.
L’acide sulfurique étendu de son volume d’eau paraît transformer la codéine en un isomère, la codénine, obtenue déjà autrefois par Anderson ; en même temps il y a perte de méthyle et formation d’apomorphine [Armstrong, Deutsch. chem. Geselisch., 1871, p. 128].
Apocodéine. — Le chlorure de zinc en solution concentrée à 170-180° agit comme déshydratant ; il se forme une masse goudronneuse qui est du chlorhydrate d’apocodéine presque pur,
C18H19Az02, HCl.
Ce sel est incristallisable. scs réactions sont très voisines de celles du chlorhydrate d’apomorphine, dont il possède à un moindre degré les propriétés émétiques [Mathiessen et Burnside, Ann. Chem. Pharm t. CLV1II, p. 131].
Triiodure de codéine, C18II21Az03.l3. HI. — Ce dérivé s’obtient en précipitant un sel de codéine par de l’iodure de potassium ioduré : il se forme un précipité brun qui se dissout et cristallise dans l’alcool. Le triiodure de codéine, qui contient un groupe III, dissout l’oxyde de mercure et donne des sels doubles renfermant 2 Hg.
Pentaiodure de codéine. — On l’obtient amorphe en précipitant la codéine par un excès d’iodure ioduré; quand on essaye de le faire cristalliser, il so dédouble en iode et triiodure [Jôrgensen, Deutsch. chem. Geselisch., 1869, p. 460J. Le triiodure et le pentaiodure décrits ci-dessus sont les iodhydrates des dérivés d’addition iodés de la codéine en I2 et H.
Action de l’acide chloiuiydmque. — Chlorocodide, C1SH23C1 AzO2. — On chauffe pendant douze heures, au bain-marie, de la codéine avec 15 p. d’acide chlorhydrique concentré sous une couche de paraffine, on étend d’eau, puis on précipite par du bicarbonate de sodium. Le précipité obtenu est du chlorocodide mélangé d’apomorphine, dont on le débarrasse par des lavages à l’eau ammoniacale; on le purifie par quelques précipitations au moyen du bicarbonate sodique.
Le chlorocodide est amorphe et parfaitement blanc; son chlorhydrate est sirupeux.
Le cliloroplatinate de chlorocodide
[C18 II20 Cl Az O2 . H Cl]2 Pt Cl4 est un précipité amorphe.
Les solutions de chlorocodide réduisent l’azotate d’argent et donnent une coloration améthyste avec le perchlorure de fer.
Dans la réaction qui donne naissance au chlorocodide, il parait se former de l’apocodéina ; quant au dérivé chloré, il résulte du remplacement de O II par Cl, selon l’équation
C,8II21Az03 -f- HCl = II2 O + C18 II20 Cl AzO2.
Sous l’influence de l’eau à 140°, en vase clos, le chlorocodide subit une réaction inverse et régénère de la codéine :
C*8H20C1 AzO2 + H2 O = HCl + Ci8H2iAz03; tandis que, par l’action prolongée de l’acide chlor-
hydrique concentré à 150°, il perd du chlorure de méthyle et donne de l’apomorphine :
C18 H20 Cl AzO2 = Cil3 Cl + C17II17Az02
[Mathiessen et Wright, Ann. Chem. Pharm., Supplbd. VII, p. 364J.
Action de l’acide biiomhydmque. — L’acide bromhydrique à 48 % réagit sur la codéine en donnant divers corps, parmi lesquels on trouve le bromocodide C18H20BrAzO2, la désoxycodéine Cl8H21Az02 et la bromotétracodéine (Wright).
Polymères de la codéine. — L’acide iodhydrique additionné de phosphore rouge dissout la codéine et la convertit en une série de polymères. Si, comme le fait Wright, on double la formule de la codéine, le premier de ces polymères, la dicodéine, est C72H8iAz;012, qui cristallise avec 4 molécules d’eau. Par des cristallisations on peul séparer des produits de cette réaction la tricodéine C103H126Az6O18 et la tétracodéine C,u H168 Az802*. Ce dernier produit se prépare facilement par l’action de l’éthylatc de sodium sur la codéine en solution dans la benzine. Tous ces dérivés sont difficiles à purifier et à analyser [C.-R.-A. Wright, Chem. News, t. XXV, p. 162, 185, 193].
Télracélyldicodéine, C72H8»(C!II30)'*Az4 0>2. — Ce corps, qui possède la composition de l’acétylcodéine, se forme par l’action de l’anhydride acétique en vase clos, sur la dicodéine cristallisée C7îH8*Az*012 + 4 IL’ O [Wright et II. Beckett, Deutsch. chem. Geselisch., 1874, p. 119].
Diacétylcodéine iodéthylique,
C36 IP® (C* II3 O)2 Az2 O8. 2 C2II5I + II20
— Ce corps se forme par l’action de l’iodure d’éthyle sur la tétracétyldicodéine en tubes scellés et en présence d’un peu d’alcool. La dibutyrylecodéine iodéthylée
C36 H40 (C* H7 O)2 Az2 O8 . 2 C2IIS1 + II2 O et la dibenzoyle-codéine iodéthylée
C3CIP°(C7 H50)2Az20G. 2C2HSI -j- IPO
ont été obtenues par des procédés analogues [Wright et Beckett, Deutsch. chem. Geselisch., 1875, p.,1'19]. A. Étard.
CODE.MCIXE. — C’est la codéine amorphe (tricodéine, d’après Wright) qui se forme par l’action prolongée de l’acide sulfurique sur la codéine, ou bien en chauffant cet alcaloïde à 180“ avec du chlorure de zinc. La base et ses sels sont amorphes.
»■»» un.' ixe. — - cet î somere de la codéine (ou son polymère, dicodéine de Wright) prend naissance lorsqu'on chauffe la codéine avec de l’acide sulfurique étendu de son volume d’eau, ou avec de l’acide phosphorique à 200°. La codénine cristallise en aiguilles qui renferment ClsII2iAz03 -f- II2 O, mais habituellement elle constitue une poudre blanche légère. Le chlorhydrate cristallise avec 2H20 en prismes hexagonaux, groupés concentriquement, qui perdent leur eau à 100°; le chloroplatinate est amorphe et devient anhydre à 100°. J
CŒRCLEOLACTITE (Min.) — Phosphate hydraté d’alumine (Al2 O3) 2 (P2 O8) -f- 1 0 II2 O, en masses crvptocristallines, blanc de lait ou bleuâtres. Au chalumeau, décrépite sans fondre. De Rindsberg, près de Katzenellcnbogen (Nassau).
CŒRULIGNONE. — Voyez Céiuilignone.
COLCHICINE. — Depuis la rédaction de l’article Colchicine, t. I, p. 957, cet alcaloïde a été 1 objet d’un grand nombre de travaux, mais les savants ne se sont occupés, pour ainsi dire, que de sa recherche toxicologique.
E. Dannenberg a constalé que la colchicine résiste a la putréfaction. R. Schneider a observé
COLÉINE. — 516 — COLLIDINE.
que cet alcaloïde ne se colore pas avec le sucre et l’acide sulfurique. Ilager enfin a décrit la réaction de l’iodomercurate et de l’iodocadmate de potassium, et de l’acide picrique sur la colchicine en solution acide ; il se produit dans ce cas des précipités abondants blanc-jaunâtre. L’eau phéniquée donne un trouble blanc dans les solutions de l’alcaloïde, exemptes d’acide. La solution de colchicine agitée avec du peroxyde de manganèse et de l’acide sulfurique prend au bout de quelques heures une coloration jaune intense; elle précipite alors en jaune par le phosphomolybdate de sodium ; l’ammoniaque dissout partiellement ce précipité en se colorant en un bleu intense.
La colchicine a été employée frauduleusement pour donner de l’amertume à la bière, à la place du houblon. Sa recherche dans ce cas offre des difficultés, vu que le houblon et la bière pure renferment quelquefois une substance douée de propriétés analogues à celles de la colchicine. On sépare aisément la coldhicine des principes du houblon à l’aide de l’acétate de plomb, qui précipite ceux-ci (Dragendorff).
COLÉINE. — Matière colorante rouge extraite par A. -H. Church des tiges et des feuilles de Coleus Verschaffelii. Elle est insoluble dans l’éther, soluble dans l’alcool. Sa composition est représentée par la formule CS0H2“O10; le sel de plomb renferme Cso II18 Pb O10 . L’ammoniaque ajoutée peu à peu à la solution alcoolique en fait virer la coloration rouge, successivement au violet, au bleu, au vert et finalement au jaune gris [Deutsch. r chem. Gesellsch., 1877, p. 296].
COLLÉTIINE. — Matière amère cri stalli sable contenue dans la teinture de Collelia spinosa, employée au Brésil contre les fièvres intermittentes (Reuss).
COLLIDINE, C8H14Az. — La collidine, découverte par Anderson dans le goudron animal et décrite au t.I, p. 958, est une base de la série pyridique. D’après une belle conception de Kôrner la pyridine C5H5Az posséderait une constitution analogue à celle de la benzine et représentée par le schéma
Az.
La collidine C8II11Az serait la triméthylpyridine C5 il2 (C H3)3 Az (voir plus loin pour les isoméries).
Synthèses. — 1° Baeyer et Ador [Ann. Chem. Pharm., t. CLV, p. 291] ont réalisé la synthèse de la collidine en chauffant l’aldéhyde-ammoniaque avec de l’urée en vase clos à la température de 120 à 130°. L’urée agit comme réactif de déshydration : 4 C2H40 -)- AzH3 = C8II“Az -|-4 H2Ô. Le rendement est mauvais. Il est un peu meilleur lorsqu’on chauffe dans un autoclave de 120 à 130° l’aldéhyde-ammoniaque avec le double de son poids d’alcool. La liqueur alcoolique est distillée au bain-marie, jusqu’à ce qu’une portion du liquide qui passe se trouble par l’eau, et le résidu est soumis à l’action d’un courant de vapeur d’eau surchauffée dont on élève finalement la température à 180°. L’huile basique qui passe à la distillation est purifiée par distillation fractionnée : la partie qui bout entre 170 et 185° renferme la collidine. Pour l’avoir entièrement pure, on la convertit en sel de platine que l’on fait cristalliser à plusieurs reprises et qu’on décompose ensuite par l’hydrogène sulfuré. Le point d’ébullition du produit ainsi obtenu est situé à 170° (non corrigé); Anderson indique 179°. Cette base, que Baeyer et Ador avaient d’abord
nommée aldehydine, paraît donc très voisine de la collidine d’Anderson. Sa densité de vapeur est de 4,0; calculée 4,18.
2° G. Kraemer [Deutsch. chem. Gesellsch., 1870, p. 262] a obtenu la collidine en chauffant avec l’ammoniaque alcoolique, à 160u, le chlorure d’éthylidène ou chlorure d’éthyle chloré qui se forme en proportion assez forte, comme produit accessoire dans la préparation du chloral. Il se produit, indépendamment du chlorhydrate de collidine, une quantité notable de sel ammoniac. L’auteur suppose que le chlorure d’éthylidène se scinde, dans cette réaction, en acide chlorhydrique et en un trichlorure en C8, lequel en réagissant sur l’ammoniaque, peut donner de la collidine, comme le tribromure d’allyle donne la picoline (Baeyer) 4 C2 H* Cl2 == 5 H Cl -j- C8H** Cl3.
La réaction découverte par Kraemer donne un rendement satisfaisant en collidine. Le point d’ébullition de celle-ci a été trouvé de 180 à 182°. Ajoutons que le bromure d’éthylidène C2H4Brs donne pareillement de la collidine lorsqu’on le chauffe avec de l’ammoniaque; point d’ébullition 181° [ïawildarow, Ann. Chem. Pharm., t. CLXXVI, p. 12, et Deutsch. cliem. Gesellsch., 1873, p. 1 459] .
3° Wurtz a observé la formation de la collidine dans la distillation de l’aldol-ammoniaque Compt. rend., t. LXXXVIII, p. 454 et 1554]. Voir Suppl., p. 89.)
Autres modes de formation. — La collidine se forme avec d’autres bases de la série pyridique, lorsqu’on décompose diverses bases naturelles par la distillation sèche ou par la potasse. Elle existe, d’après Greville-Williams, dans la quinoléine brute obtenue par la distillation de la cinchonine avec la potasse.
H. Vohl et H. Eulenburg l’ont rencontrée, avec les autres bases pyridiques, dans les produits condensables de la fumée de tabac [Arch. Pharm., (2), t. CXLVII, p. 130; Jahresb. Chem., 1871, p. 822]. Tout récemment, Cahours et Etard l’ont obtenue comme produit de décomposition de la nicotine.
Isoméries. — L’idée émise par Kôrner sur la constitution des bases pyridiques fait prévoir l’existence d’isomères dans cette série. IL Weidel [Deutsch. chem. Gesellsch., t. XII, p. 1989] a distingué deux picolines. De son côté, Oechsner de Coninck a établi l’isomérie des bases pyridiques retirées de la cinchonine avec celles du goudron animal. Ainsi d’après sa densité à 0° = 0,9656 et son point d’ébullition 195°, sous la pression de 0‘”,753, une des collidines retirée de la cinchonine diffère à la fois de la collidine du goudron animal et de l’aldèbydine. On voit que le point d’ébullition est plus élevé d’environ 15° que celui des autres collidines. Cette isomérie est donc bien établie par la comparaison des propriétés, en attendant qu’elle le soit par la nature des produits d*oxydation, Je ferai remarquer d’ailleurs qu’il sera nécessaire de soumettre à cette épreuve les collidines obtenues par synthèse, avant de se prononcer définitivement sur leur identité avec la collidine du goudron animal. La seule chose qui soit établie aujourd’hui, ou du moins très piobable, c’est l’identité des collidines dérivant de l’aldèhyde-ammoniaque, de l’aldolammoniaque et du chlorure d’éthylidène Quoi qu’il en soit, l’isomérie des collidines peut résulter non seulement de la position des groupes CM3 par rapport à l’azote, mais encore de la substitution à l’hydrogène pyridique d’un groupe propylique ou isopropylique, ou à la fois d un groupe éthylique et d’un groupe méthylique.
Propriétés. — Baiver et Ador ont étudie avec soin les propriétés de la collidine préparée par synthèse, à laide de l’aldéhyde-ammoniaque. C’est
COLL 0*i 13 1 N E. — 517 — COLOPHANE.
une huile incolore qui ne brunit pas, même lorsqu’on la conserve pendant longtemps dans des vases remplis d’air. Peu soluble dans 1 eau, elle est capable d’en dissoudre une petite quantité. Elle précipite les solutions des sels d aluminium et de zinc et les sels ferriques ; avec le nitrate mercureux, elle forme un précipité blanc qui noircit bientôt; avec un excès de sublimé, elle forme un précipité poisseux, lequel fournit de fines aiguilles blanches lorsqu’on le reprend par l’alcool bouillant et qu’on laisse refroidir.
L'acide iodhydrique paraît sans action sur la collidine, môme à 280°. Le brome s’y unit directement en formant une huile dense, d’où la potasse sépare de la collidine non altérée. Le sodium réagit fortement sur la collidine lorsqu’on chauffe les deux substances au bain-marie. La masse brunit et devient épaisse. L’éther en extrait un mélange de bases bouillant de 180 à 360° et renfermant de la collidine et probablement des polymères.
En soumettant l’aldéhyde-collidine à l’oxydation, au moyen d’un mélange d’acide chromique et d'acide sulfurique, B. Wischnegradsky[Oeufsc/i. client. Gesellsch., 1879, p. 1306J l’a convertie en acide méthyldicarbopyridique
C*H7Az O4 = C’H*Az< (CO! H)* •
Le chloroplatinate (C8 H 1 1 Az, H Cl)* Pt CD forme des tables appartenant au système anorthiquc d’une belle couleur orangée, solubles dans l’eau, insolubles dans l’alcool et dans l’éther.
Chloraurate, C8 II 11 Az, II Cl, Au Cl3, cristallise en lamelles d’un beau jaune, assez solubles dans l’eau, fusibles au-dessous de 100°.
Action de l’iodure d'éthyle sur la cotlidine. — Lorsqu’on chauffe les deux substances au bainmarie, il se dépose un liquide oléagineux qui est l’iodure d’éthylcollidino. Débarrassé de l’excès d'iodure d’éthyle, il cristallise en b. Iles tables rhombiques, très solubles dans l’eau et dans l’alcool. Le chlorure correspondant, obtenu par l’action du chlorure d’argent sur l’iodure, est un sirop incristallisablo qui fournit un sel de platine peu soluble et à peine cristallin (C8 H1 1 Az. C* H5. Cl)* Pt CD.
Le sel d’or est un précipité jaune, formé par de petites aiguilles à peine solubles. Le sel double mercurique se dépose sous forme d’un précipité blanc assez soluble dans l'eau et cristallisable en prismes. La base elle-mômo, séparée de l’iodure par l’oxyde d’argent, donne un liquide fortement alcalin qui laisse, après l’évaporation dans le vide, un sirop incristallisablo. Les propriétés des combinaisons qui viennent d’être décrites s’accordent, à de légères vai iantes près, avec celles que leur attribue Anderson.
Paracollidine. — C’est un polymère de la collidine. Elle existe sans doute dans le mélange de bases peu volatiles, formées par l’action du sodium sur la collidine, et a été obtenue comme produit accessoire de la préparation de la collidine (Baeyer et Ador). Le résidu basique et épais qui reste après l’entraînement de cette base par “ v.aP„e«r-£eau (voyez plus haut) distille à feu nu de 180 a 300°. De 220 à 230° il passe une base liquide, épaisse, d’une odeur à la fois aromatique et piquante, et qui possède la composition de la collidine. Cette base, qui est la paracollidine, se comporte avec les réactifs comme la collidine elle-même. Ses sels cristallisent encore plus difficilement. Son chloroplatinate se sépare sous la forme d’une masse épaisse qui devient peu à peu grenue. „ Ad. Wurtz.
COLLOIDIVE. — Cette substance, extraite pour la première fois par Wurtz d’un cancer colloïde [Journal de Virchow, t.lV, p.203], a été
étudiée plus récemment par Gautier, Cazeneuve et Daremberg. Elle existe dans le corps thyroïde, où elle contribue à former les goitres; dans la rate, le rein, les muscles en voie de dégénérescence et les kystes colloïdes de l’ovaire.
Pour l’extraire de ces derniers, on les chauffe à 110° pendant quelques heures en tubes scellés avec de l’eau. La liqueur filtrée est dialysée pour séparer les substances minérales, puis précipitée par l’alcool.
La substance, purifiée par un certain nombre de dissolut ions dans l’eau et de précipitations par l’alcool, présente l’aspect de la gomme arabique. Sa composition répond à la formule C9 H13AzO. Ses solutions aqueuses moussent sans filer; elles ne précipitent ni par la chaleur, ni par les acides, ni par les sels minéraux, mais par le tannin et l’alcool. Le réactif de Millon les colore en rose.
On voit que par la plupart de ses caractères cette substance s’écarte des matières albuminoïdes et gélatineuses.
COLLOTUKINE. — Alcaloïde découvert par O. Hesse dans l’écorce de Lotur, provenant du Symplocus racemosa, où il accompagne deux autres alcaloïdes, la loturine et la loturidine. Pour isoler et séparer ces bases, on épuise l’écorce par l’alcool bouillant, on évapore à sec la solution alcoolique et on reprend le résidu, additionné de soude, par l’éther; on distille la solution éthérée et on reprend le nouveau résidu, qui est cristallin, par l’acide acétique. Par l’addition de sulfocyanate de potassium à la solution acétique, la loturine et la colloturine sont précipitées; la loturidine reste dissoute. Les deux premières sont alors remises en liberté par la soude, dissoutes dans l’éther, puis purifiées par cristallisation dans l’alcool bouillant. La loturine cristallise en prismes brillants, devenant rapidement mats et pouvant, en raison de cette circonstance, être séparés facilement à la main des cristaux de colloturine. Celle-ci se présente en prismes pyramidés brillants, inaltérables à l’air. Elle se sublime lentement à 234°. La solution chlorhydrique possède une fluorescence bleue; elle donne, avec le chlorure d’or, un précipité floconneux jaune [O. Hesse, Deutsch. chem. Gesellsch., 1878, p. 1546; Bull. Soc. chim.,t. XXXII, p. 352].
COLOPHANE. — En oxydant la colophane par de l’acide azotique étendu et bouillant, J. Schreder a obtenu les acides métaphtalique, trimellique (6 °/0) et térébique, ce dernier en petite quantité [Liebig's Ann. Chem., t. CLXXII, p. 93].
G. Bruylants a repris l’étude des produits de distillation de la colophane avec la chaux, et il a reconnu la formation des composés suivants : hydrocarbures saturés, éthylène, propylène, amylène, acétone ordinaire en petite quantité, un corps de la formule C3H10O, bouillant de 99 à 95°; le perchlorure de phosphore attaque aisément ce dernier et il se forme, entre autres produits, le chlorure C31I9C1 bouillant à 95" [Deutsch. chem. Gesellsch., 1875, p. 1464].
Lorsqu’on soumet la colophane seule à la distillation, on observe la formation d’hydrocarbures gazeux (méthane, éthylène, butylène) et d’hydrocarbures liquides, dont le mélange constitue l’huile de résine.
A différentes reprises on a cherché à tirer parti de ces huiles pour l’éclairage, mais leur facile transformation par oxydation en produits résineux qui encrassent les lampes s’était opposée à leur emploi ; dans ces derniers temps, on a de nouveau livré à la consommation un produit semblable, sous le nom de soléine , qui, étant bien rectifié, semble supérieur à tous les produits essayés autrefois. La portion de l’huile de résino qui bout vers 135", constitue la vive essence .• elle
COLOPHÈNE. — 518 — CONICINE.
contient un carbure très oxydable, qui, à l’air, se transforme en colophonine (voyez ce mot).
La colophane distillée à 400u avec la moitié de son poids de soufre fournit un hydrocarbure solide auquel Curie a donné le nom de colophtaline. Après purification dans l’alcool, on l’obtient en flocons blancs, d’odeur balsamique faible, soluble dans la benzine, le térébenthène, le sulfure de carbone, l’étlier et l’alcool. Elle renferme C11!! 10, fond à 70° et bout vers 400°.
Les oxydants transforment la colophtaline en oxycolophtaline CuH10O; le chlore fournit le dérivé dichlorô C11 H8 Cl2, et l’acide nitrique un dérivé nitré. Curie a décrit encore d’autres dérivés très mal définis de la colophtaline [Chem. Neius, t. XXX, p. 189].
COLOPHÈNE, C2°II32 (voyez t. I, p. 960). — D’après les recherches de Riban, le colophène préparé par le procédé de fl. Deville bout à 318- 320°, et possède une densité de vapeur de 8,3. La formule C20H32 exige 9,4. Riban considère le colophène comme étant du ditérébène, et non pas un polymère du térébenthène. Cet auteur rejette aussi l’hypothèse de Berthelot, qui envisage le colophène comme un sesquitérébène C15 112'».
Lorsqu’on fait passer du gaz chlorhydrique dans une solution éthérée de colophène jusqu’à saturation, et qu’on enlève l’acide chlorhydrique arec une solution étendue de bicarbonate de sodium, on obtient, après avoir chassé l’éther, une masse sirupeuse qui, séchée dans le vide, renferme 5,06 % de Cl. La formule (C2«II32j2lI Cl exigerait 6,11 % Cl.
D’après Riban, le colophène ne serait pas un composé pur, mais un mélange de térébène et d’autres carbures, que l’on ne peut pas séparer [Ann. Chim. Phys., (5), t. VI, p. 40].
COLOPHONINE. — Corps oxygéné formant facilement un hydrate auquel la vive essence bouillant vers 135° (produit de distillation de la colophane) doit la propriété de verdir par les acides. L’hydrate de colophonine se produit par oxydation ; il n’existe pas dans l’essence fraîche, ni dans celle qui vient d’ôtre lavée avec de l’eau. Tichborne, qui a découvert cet hydrate, le prépare en abandonnant au contact de l’air une grande quantité de vive essence (10 litres) pendant un an dans un flacon incomplètement bouché; au bout de ce temps, on lave l’essence deux ou trois fois avec de l’eau et on évapore les solutions réunies.
L’htjdrate de colophonine C10 II22 O3, II 2 O cristallise aisément dans l’eau ou dans l’alcool en très grands prismes incolores, inodores, d’une saveur sucrée; l’eau, l’alcool, l’éther, le chloroforme, le tétrachlorure de carbone le dissolvent facilement; il est moins soluble dans la benzine et l’essence vive, encore moins dans le sulfure de carbone. L’hydrate s’effleurit en partie dans l’air sec; il fond vers 106° et se sublime à une température plus élevée en se dissociant; par plusieurs sublimations successives, on peut le déshydrater complètement, en ayant soin de l’exprimer chaque fois entre des doubles de papier, et l’on obtient alors la colophonine C10II22 O3. Th. Anderson, qui a analysé également la colophonine, lui attribue la formule C1 H 14 O2 [Chem. News, t. XX, p. 76].
Le brome agit très énergiquement sur l’hydrate de colophonine et le carbonise en partie; en solution, il parait engendrer un dérivé tétrabromé liquide. Les acides (sulfurique, phosphorique, arsénique, citrique, tartrique) donnent avec l’hydrate de colophonine une coloration verte ; on la produit le plus facilement en traitant l’hydrate par l’acide et ajoutant un excès d’alcool. Ces liqueurs vertes offrent un spectre d’absorption particulier: une bande noire dans le rouge, une |
seconde entre l’orangé et le jaune, et l’absence complète do radiations violettes et bleues caractérisent ce spectre.
L’acide chlorhydrique donne, dans certaines conditions, la môme coloration verte; mais si, avant d’ajouter l’alcool, on prolonge pendant une demi-heure le contact de l’hydrate et de l’acide, on observe une coloration rouge dont la teinte passe graduellement au violet et finalement au bleu indigo pur, à mesure que le commencement de l’expérience s’éloigne du moment où l’on ajoute l’alcool [Ch. R.-C. Tichborne, Chem. News , t. XX, p. 38; Bull. Soc. cliim., t. XIII, p. 278]. A. Ilenninger.
COLOPHTALINE. — Voyez Colophane.
COM EN IQ CE (ACIDE), C«II403. — (Voyez t.I, p. 963). — Lorsqu’on fait bouillir l’acide coménique avec de l’bydrate de baryum, on le dédouble en gaz carbonique, en acide formique, et en une huile volatile avec les vapeurs d’eau et qui réduit les solutions ammoniacales d’argent [E. Ihlée, Thèse, Strasbourg, 1876J.
CONESS1NE [Syn. de Wuightine, t. III, p. 724].
CONFOLENSITE (Min.). — Yoyez Montjio-
RILLONITE.
CONG LUTINE. — Voyez Suppl., p. 65.
CONICHALCITE. — Voyez Konichalcite, t. II, p. 173.
CONICINE, C8IIlsAz. — La conicine est une base volatile bouillant sans décomposition notable à 163°, 5, sous une! pression de 739 millimètres (Wertheim) ; à 108°, sous la pression normale. Ses densités à 0°, 15° et 90 sont respectivement : 0,886, 0,873 et 0,8 11 (Schiff).
La conicine possède le pouvoir rotatoire, elle est fortement dextrogyre ; mais ce pouvoir rotatoirc ne peut être défini exactement, car il varie pour la base pure avec le temps écoulé depuis sa distillation et pour les solutions avec la nature et la concentration du dissolvant (Petit).
L’action prolongée d’une température de 200° polymérise la conicine.
Les aldéhydes réagissent par leur oxygène sur l’hydrogène typique de la conicine : il se forme de l’eau et des dérivés liquides, denses, qui ne s’unissent pas aux acides. La combinaison œnanthylique renferme C7ll14(C8H14Az)2; les dérivés acétique et acrylique forment des chloroplatinates. Ces réactions n’ont pas lieu avec la méthylconicine. On pourrait fonder sur ce fait une méthode de séparation des deux alcaloïdes [II. Schiff, Ann. Chem. Pharm., t. CXL, p. 113].
lodliydrate de triiodure de conicine,
(C8H18 Az)HI.I3.
— Quand on verse goutte à goutte de la teinture d’iode dans un excès de conicine en solution alcoolique, il se produit un trouble qui disparaît bientôt; par évaporation, on obtient une matière jaune insoluble dans la benzine et le chloroforme, soluble dans l’éther, l’alcool et l’eau. La solution aqueuse, évaporée sur l’acide sulfurique, laisse déposer de gros octaèdres jaunâtres répandant une forte odeur de conicine et possédant la composition indiquée [R. Bauer, Arch. Pharm., 1874, t. V, p. 214].
Paraconicine, C8 H15 Az. — La butyraldéhyde ammonique, chauffée vers 106° dans un courant d’ammoniaque, se transforme en deux bases oxygénées peu stables. L’une est la tétrabutyraldine
C16H29AzO = 4C4II80 + Az II3 — 3 II2 O; l’autre, la dibutyraldine
C8II17AzO = 2 C4 H8 O + AzII3 — II2 O.
La dibutyraldine est isomérique avec la conhydrine extraite par Wertheim des fleurs de cigué ; [ mais, tandis que cette dernière, très stable, ne se