FIBRINE
Coagulation. — Hammarsten attribue la séparation de la fibrine à l’action d’un ferment soluble sur la matière fibrinogène contenue en solution dans le sang et dans les liquides spontanément coagulables; il ne fait jouer aucun rôle à la paraglobuline [P/lüger's Arch., t. XIV, p. 211]; Mantegazza [Maly's Jahresb., 1871, p. 112] fait jouer un rôle déterminant aux globules blancs. Mathieu et Urbain pensent que la fibrine concrète résulte de la combinaison d’une matière albuminoïde du plasma du sang avec l’acide carbonique peu à peu cédé par les hématies.
E. Eichwald [Chem. Centralb., 1869, p. 561] arrive à conclure, à la suite de ses recherches sur le liquide péricardique, que l’acide carbonique favorise la séparation de la fibrine, en agissant par son acidité. Dans le liquide péricardique qui renferme les mômes éléments que le sang, la coagulation est retardée par la présence d’une plus grande quantité d’alcali.
Les expériences de M. A. Gautier [Bull, de la
Soc. chim. (2), t. XXIII, p. 531] ne sont pas favorables à cette théorie. M. Gautier reçoit le sang artériel du chien, spontanément coagulable en trois minutes, dans des flacons maintenus à 8° et contenant des solutions aqueuses de 20 p. de sel marin dans 80 p. d’eau. 100 p. de ce sang furent ainsi mélangées à 17 grammes d’une part et à 4 grammes de l’autre de sel marin. 80 minutes après il était encore liquide. Le lendemain le caillot du sang le plus salé s’était déjà assez bien formé, tandis qu’il était à peine sensible avec 4 % de sel. 5 à6 grammes de sel pour 100 gr. de sang retardent le mieux la coagulation à 6 ou 8°. Dans ces conditions, les globules rouges ne subissent pas de déformation , ne perdent pas de matière colprante et se contractent tout au plus légèrement. Le liquide peut être filtré sur un filtre mouillé avec de l'eau salée et débarrassé de ses globules. On obtient ainsi un plasma à peine coloré qui se coagule spontanément après addition d’une ou de deux fois son volume d’eau. Il se conserve pendant plus de trois semaines à 0 ou 8°, se laisse dessécher dans le vide; le résidu peut être broyé et chauffé à l’étuve à 110° sans perdre sa solubilité dans une quantité limitée d'eau, et sacoagulabilité spontanée après addition d’un excès d’eau.
Le plasma du sang légèrement salé étant saturé peu à peu d’acide carbonique, agité ou laissé qn repos, il ne se produit pas le moindre flocon fibrineux, tandis qu’il se prend en masse par l’addition de deux fois son volume d’eau.
Ces expériences concluantes excluent du phénomène de coagulation de la fibrine toute influence vitale, et ne permettent plus de supposer que la séparation de la fibrine est due à la cessation de la vie.
Elles sont contraires à l’hypothèse deMM.Béchamp et Estor [Compt. rend,, t. LXIX, p. 713] d’après laquelle la fibrine ne serait qu'une pseudomembrane formée parles microzymas du sang et par un produit qu’ils élaborent aux dépens des matières protéiques.
En ce qui concerne la coagulation de la fibrine, M. Frantz Glénard [Bull, de la Soc. chim. (2), t. XXIII, p. 516, et t. XXIV, p. 517], confirme les assertions de Scudamore et de Brücke, à savoir que le sang se coagule difficilement dans les vaisseaux. Il isole, à cet effet, chez un solipède, à l’aide de deux ligatures, un segment delà veine jugulaire. Douze heures après, le sang est encore fluide et séparé en plasma et en globules. Ce sang finit cependant par se coaguler après un temps plus ou moins long. L’agitation hâte cette coagulation. Tout corps étranger qui s’éloigne de la structure physique de la membrane vasculaire détermine rapidement la coagulation. Plonget-on une aiguille d’or, une baguette de verre dans le segment, ou bien reçoit-on le sang dans un récipient de verre ou de métal, il se coagule rapidement. Bien au contraire, dans une membrane analogue à celle des vaisseaux, intestins, vessie, etc., la coagulation est retardée.
D’après l’auteur cité, l’air et l’acide carbonique n’exercent aucune influence sur la marche de la coagulation ; l’expérience qu’il décrit au t. XXIV, p. 517 ( loc . cit.), semble très concluante à cet égard.
Composition. — D'après les analyses les plus récentes de la fibrine, ce corps renferme :
Carbone 52,5 à 52,8
Hydrogène 6,9 L0
Azote 17.1 17.®
Soufre 1.5
Propriétés. — Voici quelques faits nouveaux concernant les propriétés de la fibrine. 1° D’a-
près Mauthner pin». (1er Chem., t. CLXXV, p. 178], une solution aqueuse de névrine dissout la fibrine du sang, en donnant un liquide clair qui ne précipite pas par l’alcool et dont on peut separer la fibrine par une addition ménagée d acide.
2° La fibrine de cheval diffère de la fibrine de bœuf par la transformation qu’elle éprouve dans de l’eau additionnée d’un peu d’acide prussique. Le mélange mis à l’étuve à 30° se fluidifie au bout de quelques heures presque complètement, et il ne reste que quelques flocons insolubles. Le liquide filtre se coagule comme une solution d’albumine. La fibrine de bœuf ne se dissout pas dans ces conditions (Schützenberger, fait inédit).
3° On peut montrer facilement dans uno leçon le rôle que joue la pepsine dans la digestion de la fibrine. Pour cela on traite la fibrine de bœuf, par de l'eau faiblement acidulée par l’acide chlorhydrique, de façon à la convertir en gelée; si au produit ainsi gonflé, mais non dissous, on ajoute très peu do pepsine, la solution s’opère presque instantanément.