CHÉNIER
Ce tert que je commence ait atteiot U dernière, Peut-être en ces murs effrayés
Le messager de mort, noir reeniteur des ombres,
E<icorté d'infâmes soldats, Remplira de mon nom ces longs corridors sombres.
Nous avons tona à reproduire ici cet quelques fragments qui doivent rester dans toutes les mémoires. C'est qu'en effet, bien que Ghénior soit peut-ôtre, comme le dit Sainte-Beuve, « notre plus grand classique en vers depuis Racine et BoUeao, n ses œuvres sont loin de se trouver partout ; nous ne nous dissimulons pas qu'il n'aura probable* ment jamais chez nous dans l'enseignement populaire la place d'honneur que lui donne la critique littéraire.
Bien des raisons l'empêcheront toujours d'être un poète populaire. Outre que ses œuvres «ont peu nombreuses, qu' elles consistent presque toutes en fragments inachevés, que beaucoup appartiennent à un genre léger ou portent sur des données païennes, son talent, qui excelle surtout par l'exquise élégance de la forme, par une harmonie et une finesse toutes grecques, n'éveille que diflicilement la sympathie chex les esprits qui n'ont pas fait de la poésie et surtout de la poésie antique une étude assidue.
Il y a cependant, si nous ne nous trompons, un côté par ou la poésie de Chénior appartient même à l'enseignement populaire et peut être comprise de tous : c'est cet amour de la nature, c'est cette vive et gracieuse peiAture des champs où il se complaît et qui lui a fait trouver, à travers l'imitation ou le souvenir des Grecs, tant de ces ravissantes éçithètes, de ces images pleines de vie, de ces descriptions qui tiennent en quelques mots d'une saveur champêtre et qu'on n'oublie pas. N'est-ce pas lui qui écrit ces deux vers :
0 sauterelle, 6 toi, rotsignol des fouffèrei, , 0 toi, Tcrte dgale, amante des bruyères !
N'estrce pas lui qui, en un siècle où Ton ne connaissait guère la nature que par les fadeurs d'une poésie pastorale toute de convention, écrit ces vers sur la Suisse :
Oh 1 que ne suis-je enfant de ce lac enchanté
Ou trois pfttres héros ont à la liberté
Bendu tons leurs neveux et THelvétie entière !
Faible, dormant enoor sur le sein de ma mère.
Oh ! que n^ai'je entendu ces bondissante^ eanx.
Ces ûeuves, ces torrents qui de leurs (roids berceaux
Tiennent du bel HasU nourrir les doux ombrages !
Hasli I frais Elysée I honneur des pâturages 1
Lieu qu'avec tant d'amour la nature a formé,
Où rÂar roule un or pur en son onde semé.
Là, je Terrais, assis dans ma grotte profonde,
La eénisse traînant sa mamelle féconde,
Proaiguant à ses fils ce trésor indulrent^
A pas lents agiter sa cloche au son d'argent.
Promener près des eaux sa tète nonchalante,
Ou de son large flanc presser l'herbe odorante.
Le soir, lorsqu'au plus loin s'étend l'ombre des monts«
Ha conque rappelant les troupeaux vagabonds
Leur chanterait cet air si doux à ces campagnes.
Cet air que d'Appeniell répètent les montagnes.
Là brûlant sous la cendre, à la fuite du jour,
Un mélèxe odorant attendrait mon retour.
Une rustique épouse et soigneuse et aélée
M'offrirait le doux miel, les fruits de mon verger.
Et cependant sa Toix simple, douce et légère.
Me chanterait les airs que lui chantait sa mère I
Ailleurs, avec quelle grâce pénétrante et vraie il a su dépeindre les paysages français,
L'indomptable Garonne aux vagues insensées, Le Rhône, imoétueux fUs des Alpes glacées, La Seine au ûot royal, la Loire, dans son sein Incertaine, et la Saène et mille antres enfin Qui nourrissent partout sur tes nobles rivages Fleurs, moissons et vergers et bois et pâturages.
Toutes ces citations prises au hasard sont bien