Noms de choses
Les noms de choses peuvent avoir pour base des substantifs, des 4idjeciifs ou des verbes.
A. Les noms de choses tirés de substantifs déjà existants sont formés à l'aide des suffixes at, ée, ade, aie, ifme, âge et erie; ils sont masculins, sauf ade et aie, et servent à former des noms concrets ou abstraits.
1. At désigne un emploi, une dignité ou aussi le lieu occupé ou possédé par celui qui est revôtu d'une dignité ou a'un titre : consula/, orphelina/» landgravia/, etc.
2. Ée, qu'il ne faut pas confondre avec le substantif participial en e (It^ pensée), exprime une idée de capacité, quelque chose d'entier, de plein, et sert à former des noms abstraits ou concrets à base de substantifs concrets, comme charretée^ plein une charrette; soirée, plein un soir, c'est-àdire tout un soir ; nichée ou nit^e, nuée, poignée» sachée^ vallée, etc.
3. Ade, qui a la même origine que l'ancienne forme ée, ne date que du zvi" siècle et nous est venu de l'Italie. 11 sert à former un grand nombre de noms abstraits féminins, qui énoncent une idée d'ensemble ou de collection, comme colonnade, réunion dû colonnes, faça</e, œillade, peuplade, etc.
4. il ie, qui a pour forme accessoire oie, se trouve dans quelques noms exprimant une collection : houssaie, lieu niante de houx, aunaie, cliarmoie, fou* telaie (de fouteau ou hêtre), futaie (de fût\, etc
6. hme sert à former des noms abstraits qui correspondent aux adjectifs en iste, ique et ien : purisme, puriste; fanatisme, fanatique; stoïcisme, stoicie»!. Ce suffixe, d*origine grecque, s'emploie pour exprimer un système ou une doctrine qu*on professe, une méthode que l'on suit, comme matérialisme, christianisme, libéralisme, idiotisme^ etc
6. Age forme un grand nombre de substantifs qui expriment : a) l'idée concrète d'une chose : ermitage, village; o) une collection : feuillage^ réunion de feuilles, laitage, nua^e, paysaoe; parfois une idée d'augmentation : marécage (de ma* rais) ; c) un état : esclavage, apprentissage, ou même l'action : lansa^e, voyage.
7. J^rie est un allonsement du suffixe te et sert à former des substantifs : a) avec les noms en ter ou er, chevalerie de chevalier, bergerie de berger; b) avec les mots en eur : blanchisserie de blatè^ chisreur, tromperie de trompeur, etc. Par analogie, on a ajoute ce suffixe à des noms qui n*étaîent terminés ni en ter ni en eur, comme boise' te, draperie, filouterie, soierie, toilerie, etc. Les mots en erie expriment soit une collection d'objets confectionnés de la même manière, boiserie, verrote^ rie^ soit le lieu où on les prépare, laiterie, soit encore l'art de les préparer, mégisserie. Le plus souvent, le même mot réunit deux de ces acceptions ou même toutes les trois, comme imprimerie, qui signifie à la fois le matériel dont se compose une imprimerie, le lieu où l'on imprime et l'art d*imprimer«
DÉRIVATION
DÉRIVATION
B. Le français crée des noms abstraits de qualité en ajouUnt aux adjectifs les quatre suffixes eise^ euTy té et te. Les noms ainsi formés sont tous du genre féminin.
1. Esse a pour forme accessoire ise : délicatesse, qualité da ce qui est délicat; franchise, qualité de ce qui e^t franc^ etc.
Il ne faut pas confondre le suffixe esse avec la terminaison féminine esse de quelques noms de personnes ou d*animaux : princef^^, tigre^e.
2. Eur doit être distingué du suffixe eur servant à former des noms d'agents : aigreur, qualité de co qui est aigre; blancheur, fraîcheur, froidetir, noirceur, etc.
3. Té est devenu de bonne heure été ou plutôt té s'est fixé à la forme féminine des adjectifs : àonté, qualité de ce qui est ton; fausseté, naîve^^, oisive/é, sûre^^, saleté, etc.
4. le a fait place, comme on Ta vu, à la forme allongée erie et ne forme plus de nouveaux dérivés : tizarrene, qualité de ce qui est bizarre; courtoisie, folie, etc.
G. Les suffixes qui servent à créer des substantifs à Taide de verbes sont aison, ure, ance, ode, qui forment des noms abstraits féminins, et at, âge, ment, is et otr, qui forment des noms abstraits ou concrets du genre masculin (otr a un féminin en otre). Les uns et les autres expriment Taction ou le résultat de Taciion, ou aussi quelquefois le lieu ou l'instrument de Taction.
1. Aison ou ison (dans les dérivés des verbes en tr) marque l'action : liaison, action de lier, conjugaison, démangeaison, fenai&on, pendaison, gué- Tison, etc. Le suffixe oison, quon trouve dans
Îjâmoisorii est une ancienne forme de aison. Dans a langue moderne, aison a fait place à ation : centralisa/ion, démoralisa/ion, réglementa/ion, etc. Quelquefois on a deux dérivés, 1 un avec la forme française aison et l'autre avec la forme savante ation : terminaison et détermination, exhalaison et exhala/i'/n, inclinaiso?} et inclination.
Nous avons une foule de noms abstraits d'action en ion qui ont pour base le participe passé latin, comme effusion, intuition, perceptu>n, réflexion, etc.
2. Ure marque le résultat de l'action : la blessure est le résultat de l'action de blesser ; brûlure, enflure, gravure, èemtre, etc. Quelques mots en ure sont à base nominale ; ce sont en général des collectifs, comme chevelure, mâture, etc.
Il y a beaucoup de mots en ure qui, comme ceux en ion, sont formés du radical du participe latin : ceinture, ligature, peinture, ruptu/ e, structure, etc.
8. Ance forme des noms abstraits qui correspondent d'ordinaire aux adjectifs en ant et marquent > l'action ou le résultat de l'action : vengeance, action de se venger; croyance, résultat de l'action de croire; naissance, obéissance, séance, etc.
4. A*ie exprime une action ou un résultat : ruade, action de ruer, fusillat/e, glissacfe, noyade, tirade,
5. At marque dans quelques mots le résultat ou le produit d'une action : assigna/^ attentai, cracha/, résulta/, etc.
6. Age exprime l'action ou le résultat de l'action : cuvrage, action d'ouvrer, c'est-à-dire de travailler ; et ce qui résulte d'un travail: affinage, chauffage, éc\àïr(ùe, espionnage, labourage, usa^e.
7. Juent désigne une acUon : enrôlement, action d'ew'ôler, ou le résultat d'une action : fondement, ou le moyen par lequel se fait l'action : vêtement. Ment est le plus souvent précédé d'un e qui, après une voyelle, peut se remplacer par l'accent circonflexe : dénouemeut, Aénuemeut, engouement, enjouemen^ qu'on peut écrire dénotiment, dénûme7^/, etc.; accrol8se>/2en/> assortimen/, rupissemen/, etc.
tf. Js désigne le résultat d'une action, ua assem-
I Mage et souvent, en raison de son caractère de dépréciation, un mélange ou un amas conlus : hachis, résultat du hachement, cbamaillis, cailloutis, coloris, gâcfat», l&vts, roulis, semis. U y a quelques noms féminins en isse : bAtisse, jaunisse, etc.
.9. Oir ou otre désÎKue : 1* le heu où se fait l'action : comptoir^ table sur laouelle on compte; 2* l'instrument, Toutil, le meuble au moyen duquel se fait l'action : arrosoir, instrument pour arroser. Les substantifs formés par ce suffixe sont de deux espèces : a) masculins en oir : encensoir, trottoir, battoir, éteignoir, rôtissoir; b) fémimns en oire : balançoire, mangeoire, bouilloire. Quelquefois on a les deux sortes de mots avec des aigniflcations différentes : couloir et coiiloire, décrottoir et décrottoire, polissoir et potissoire^ racloir et racloire.
n. DAbivation ybrbale.
Les verbes dérivés français se terminent en er ou tr; ils sont formés de noms (substantifs on adjectifs) : ferrer de /"er, grandir de grand; quelques-uns, en petit nombre^ ont une oase verbale, comme sautiller de saïUer.
La plupart des verbes dérivés sont transitifs et ont un sens causatif, c'estnk-dire qu'ils expriment une action faite pour donner à la personne ou à la chose la qualité marquée par le primitif, par exemple : le vent sèche {rend sec) le linge ; le soleil mûrit {rend mûre) la moisaon.
A. La plupart des verbes dérivés de noms sont formés par la simple addition de la terminaison verbale er ou ir au mot primitif, substantif ou adjectif.
1. Les verbes dérivés de substantifs sont presque tous terminés en er : sangloter, flotter, gazer, puise/- (de puis, ancienne forme de puits), tapis> ser, tousser, courrouce'*, camper, ranger, choquer, ion cher, sucer, ferrer, émaille»*, vacciner, tâtonner, baigner, affame;*, corner, abriter. La terminaison ir est rare : garantir.
2. Les verbes dérivés d'adjectifs se terminent en er,qui signifie ren^/re, /aire, comme sécher, rendre sec, et le plus grand nombre en tr, qni signifie aussi bien rendre que devenir: mûrir ^ rendre mûr et devenir mûr.
Les verbes formés de substantifs ou d*adjectifs dérivés forment une catégorie importante dans laquelle on doit surtout remarquer les verbes dérivés de diminutifs, par qj,.: bourre 1er ^ f^reveter, ballotter, piétiner, crayonner, ferrailler, cuirasser, bavarder, parlementer, voyager, etc., verbes qni sont formes de noms dérivés en eau (el), et, ot, m, on, aille, asse, ard, ment, âge, etc.
Un certain nombre de verbes sont produits par des suffixes spéciaux, savoir iser, oyer, fier,
1. [ser sert à former un grand nombre de verbes in transitifs marquant une imitation des primitiffi, comme fraterniser, agir en frère, et ae verbes transitifs ayant en général un sens causatif: /erh- /tse?r, rendre fertile, favoriser, humaniser, etc.
2. Oyer se joint surtout à des substantifs ponr former des verbes qui sont en général intransitifs et marquent la manifestation de l'activité dft primitif : foudroyer, giboyer, larmoyer, nettoyer, on doyer, verdoyer.
a. Fier exprime l'idée de faire la chose ou de donner la qualité indiquée par les primitifs : bonifier, rendre bon; temfiei', faire ou causer de la teneur, etc.
B. Les verbes dérivent de verbes au moyen des suffixes verbaux eler, ailler, iller, eter, oter, onner, asser, formés des suffixes nominaux eau, cUlU, ille, et. ot, on, asse : çrene/er, criai//er, mordiller, craqueter, cracho/er, friso//er, chantonner, révoiser. Ces verbes dérivés ont en général un sons diminutif ou fréquentatif : chantonner^ chanter i demi-voix.
DESSIN
Modèles d*eiercicbs.
DESSIN
1. Dicter an morceau choisi et faire ensuite dresser la liste des mots dérivés arec l'indication des suffixes employés et de leur signification.
2. Dicter des mots primitifs et faire chercher les dérivés avec indication des suffixes ; par exemple : poUf — polir, polisseur, polissotr, polissure.
3. Faire composer de petites phrases dans lesquelles entreront les mots dérivés dictés par le maître.
On peut varier cet exercices de toute espèce de façons. [C Ayor.]
DESSÉCDEMEKT. — V. Drainage»
DESSIN. — Dans l'article Dessin de la partie théorique de ce Dictionnaire, on a exposé la nature du dessin, et Tutilité dont Tétude peut en ôtro soit pour réducation générale, où cet art doit Jouer un rôle analogue à celui de la musique, soit pour la meilleure pratique de presque toutes les professions.
On a expliqué dans cet article que Tétude du dessin ne devait pas conduire seulement une partie de ceux qui s'y adonneraient à acquérir le talent de représenter les formes des choses visibles, soit par une pure imitation, soit en imaginant et inventant, et en s*élevant ainsi Jusqu'à l'art, mais que ceux qui n*arriveraient pas à acquérir ce talent ou qui ne l'acquerraient que dans une faible mesure^ cette étude, si on la fondait sur l'imitation d'excellents modèles, leur apprendrait à apprécier ce qui est, en fait de choses visibles, exact ou inexact, correct ou incorrect, surtout beau ou laid, gracieux ou disgracieux, séant ou mal séant; qu*elle enseignerait ainsi à mieux voir et à mieux Juger, ou'elle formerait, enfin, l'œil et le goût, dont 1 utilité est presque universelle ; on a expliqué que le talent de dessiner est surtout celui de représenter lo caractère ou l'esprit des formes; que c'est là ce qui suffit dans presque toutes les professions, où l'on a moins souvent besoin d'exécuter des dessins réguliers et achevés que des esquisses rapides ou croquis qui mettent en relief ce qu'un objet a d'essentiel, et, en même temps, que dans un ouvrage quelconque, terminé ou non, c'est Texpression de la physionomie ou de l'esprit des choses dont la beauté marquo le point le plus élevé, qui seule constitue l'art; que c'est par la recherche seule du caractère et de l'esprit des choses, que se forme le goût; que sur ces vérités, enfin, repose la méthode pour l'enseignement du dessin qu'ont pratiquée et prescrite Tes maîtres
3ui l'ont le mieux possédée, en particulier Léonard e Vinci; qu'en efi'et, cette méthode se résume dans la pratique suivante : après avoir montré comment nous apparaissent les choses visibles, après avoir indiqué les lois optiques auxquelles il faut, par suite, avoir égard pour représenter ces choses telles qu^elles nous apparaissent, ce qui est l'objet propre de la peinture et du dessin, en d'autres termes, après avoir exposé les principes scientifiques dont la connaissance nous aide à mieux voir et à mieux iuger, former l'œil et le goût tout ensemble par l'étude et l'imitation progressives des formes qui offrent le plus de caractère et de beauté et qui, en conséquence, outre u' elles sont par elles-mêmes les plus imporUntes ie toutes, doivent servir à comprendre et à Juger toutes les autres.
Ea suivant cette méthode, au lieu de commencer, ainsi qu'on l'entend recommander souvent, par l'imitation des simples figures géométriques, pour s'élever ensuite à celle des formes vivantes, sous prétexte que celles-ci seraient des composés de celles-là, remarquant, au contraire, que les formes vivantes ne se laissent aucunement réduire à des éléments géométriques, on commencera par ces formes, les plus intéressantes et les plus
instructives de toutes, puisqu'elles sont, de toutes, les plus susceptibles d une véritable beauté ; on commencera enfin par celles de ces formes mêmes qui sont susceptibles de la beauté la plus parfaite et chez lesquelles se trouvent, par là même, les principes et raisons de toutes les autres, c'est-àdire par les formes humaines.
Ainsi se vérifiera, dans le domaine que l'on considère ici, cette théorie qui a été proposée {La Philosophie au XIX* siècle) comme éclairant toutes les sphères auxquelles s étend notre intelligence : que ce qui est d'ordre inférieur ne rend point raison, pour l'essentiel, de ce qui est d'un ordre plus élevé, mais que c'est au contraire le plus parfait qui sert le mieux à expliquer le reste, y compris ces choses relativement irèi simples oue considèrent les mathématiques, tout ce qui n est pas le plus parfait et le meilleur n'en étant guère qu'altération et appauvrissement.
En conséquence de ces principes, en procédera, dans l'enseignement élémentaire du dessin, de la manière suivante :
Avant de faire dessiner les élèves, on leur expliquera ce que c'est que de desshier, pourquoi il est utile de l'apprendre, quel est le meilleur et ie plus court chemin pour y arriver.
Cette explication, divisée entre plusieurs leçons, sera néanmoins sommaire et donnée à peu près comme il suit :
Les arts figuratifs ou plastiques qui travaillent pour la vue en produisant des formes, comme la musique travaille pour l'ouïe en produisant des combmaisons de sons, sont appelés les arts du dessin parce que le dessin leur sert à tous pour exprimer les idées qu'ils ont à réaliser.
Les arts du dessin sont : l'architecture, la sculpture et la peinture.
L'architecture ne fait pas seulement les bâtiments : elle a encore sous sa dépendance la composition de la plupart des meubles et d'une très grande partie aes objets si divers que fabrique l'industrie.
La sculpture et la peinture façonnent ces mômes objets, et surtout s'appliquent à la représentation des formes qui sont l'œuvre de la nature et au premier rang desquelles est la figure humaine.
Quant au mode de représentation, il est de deux sortes, dont Tune consiste à représenter les objets tels qu ils occupent l'espace (en montrer un exemple) : c'est ce qu'on nomme la sculi)ture ; l'autre consiste à figurer les objets par des images sur une surface telle qu'un panneau de bois, un morceau de toile, une feuille de papier ; c'est ce qu'on nomme la peinture (en montrer un exemple).
La peinture, enfin, lorsqu'elle laisse de côté la variété des couleurs et représente les choses par les seules nuances d'une teinte unique, se bornant ainsi à rendre les clairs et les ombres plus ou moins complètement avec leurs forces ou valeurs différentesi^est appelée proprement peinture en camaïeu. Emploie -t-on au lieu d'un pinceau une estompe ou un crayon, soit noir, soit de couleur, le mode de représentation est appelé du nom de dessin. C'est encore un dessin qaune représentation de ce genre où, négligeant, soit en partie, soit môme totalement les clairs et les ombres, on se borne à figurer les objets par des traits qui les limitent et les séparent de ce qui les entoure.
Le dessin n'est donc qu'une peinture incomplète, le projet (dessein) dont la peinture complète est l'achèvement.
Les images des objets peintes on dessinées difi'èrent de ces objets qui, généralement, ont de l'épaisseur ou du relief, en ce qu'elles sont plates. Elles en sont, en efl'et, ce que les géomètres nomment des projections. Supposons qu'un corps soit Jeté ou projeté sur une surface plate,
DESSIN
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et qnUI y laisse la trace de son conuct ; supposons plutôt encore, qu'il traverse cette surface en y lais sant la trace de son passage, cette trace est ce
qu'on nomme sa projection. Telles sont les images qu'offre un tableau ou un dessin.
Maintenant la projection, en représentant par une image plate un objet qui a du relief et de la
Srofondeur, qui avance vers nous ou s'enfonce ans L'espace, le représente plus ou moins déformé. Si une ligne projetée sur un tableau lui est parallèle au moment où elle l'atteint, elle y laisse une trace qui la représente telle qu'elle est; mais si elle a do la profondeur par rapport au tableau, il n'en est pas de même : s'y projette-t-elle de biais, ou obliquement, elle s'y laisse une trace qui la représente raccourcie (en montrer un exemple); s'y projette-t-elle de face, par un de ses bouts, autrement dit en se dirigeant perpendiculairement au tableau, sa projection s'y réduit à un point. De môme pour une surface; sa projection parallèle lui est semblable et égale, sa projection oblique la représente raccourcie, sa projection perpendiculaire la représente réduite à une ligne.
Les objets sont donc raccourcis sur le tableau où ils se projettent, à proportion qu'ils y tombent plus de face, ou, en termes géométriques, à proportion qu'ils s'y projettent en formant avec ce tableau un angle plus approchant d'un droit.
Ce n'est pas tout : les objets se peignent à notre œil non seulement plus ou moins raccourcis à proportion de leur obliquité, mais encore plus ou moins réduits dans toutes leurs dimensions à proportion de leur éloignement. Ce dernier phénomène est celui qu'on nomme la perspective.
En effet, les objets, d'où émanent des rayons lumineux qui portent leurs images dans toutes les directions (le montrer par le rayonnement d'une lumière et des images qu'elle envoie dans tous les sens à travers des trous percés dans des feuilles de papier), ces objets se font voir par ceux de ces rayons lumineux qui arrivent à 1 œil ou plutôt au point de l'œil où la vision s'opère. En conséquence, une ligne qui se présente à l'œil autrement que perpendiculairement, lui envoie son image par des rayons qui forment un triangle dont la ligne est la base et dont le sommet touche à l'œil. S'agit-il, non d'une lighe^ mais d'une surface, les ravons qui en apportent l'image à l'œil forment, au heu d'un triangle, un cône dont la pointe touche à l'œil comme le sommet du triangle dans le cas précédent.
Or de cela il résulte que, si Ton suppose entre l'œil et l'objet un tableau que nous appellerons le tableau optique, coupant le cône optique, et sur lequel par conséquent se projette et s'imprime l'image qu'apporte ce cône, plus l'objet s'éloigne, et plus, envoyant son image à l'œil par un cône plus allongé, il donne sur le tableau une image réduite. (Démontrer cette proposition par un tracé.)
On pourrait dire que la projection simple ou projection droite, que les géomètres nomment orthogonale (rectangulaire), se fait comme si l'objet ou son image portée par des rayons qui en émanent arrivait au ubleau en glissant entre les parois d'un cylindre qui s'y appuierait à angles droits, et que lu projection perspective se fait comme si l'objet ou son image arrivait au tableau entre les parois d'un cône qu'il obligerait, sans changer aucunement sa forme, de se réduire au fur et à mesure à de moindres dimensions (ce qui, par parenthèse, devrait conduire à donner à la projection droite ou orthogonale le nom corrélatif de projection cylindrique). La projection qui se fait dans ces conditions est nommée quelquefois projection centrale, parce qu'elle se fait par des rayons qui de l'objet tendent vers un centre. On l'appelle plus souvent projecuon conique ; on pourrait aussi, par opposition à l'orthogonale ou rectangulaire, l'appeler oxygonalo
ou acutangulaSre. Dans la projection conique réside ainsi la cause des figures qu'on appelle perspectif es, lesquelles constituent les apparences visuelles ou optiques, et qu'on oppose aux figures réelles ou géométrales. 6h appelle en effet géométrales les grandeurs qu^ont les choses dans la réalité, et perspectives, les grandeurs réduites sur le tableau par la convergence optique, en raison des distances.
Les choses nous intéressent par leurs figures et leurs dimensions réelles ou géométrales. C'est par là qu'elles nous sont utiles, c'est par là qu'eues nous plaisent. Les figures perspectives ne sont, en tant qu'elles diffèrent des figures réelles, que des signes, dans lesquels nous reconnaissons cellee-d, et au moyen desquels notre imagination les reconstruit. Ces figures constituent ainsi une espèce de langage, langage sujet à des règles qui permettent, si on les a toulours présentes, de comprendre ce qu'il signifie, langage nécessaire à connaître pour quiconque veut bien dessiner, bien plus, pour quiconque veut bien voir.
En effet, faute d'en avoir l'idée ou d'y être attentif, on voit mal, en croyant bien voir. Quiconque n'a pas été initié à la connaissance, au moins élémentaire, de la projection et de ses effets, n'apprécie exactement ni les raccourcis, ni les diminutions que produit l'éloignement. Connaissant les grandeurs réelles, tant qu'il ne se aéra pas exercé suffisamment à appréaer comment et combien en diffèrent les apparences perspectives, il sera toujours porté à en trop rapprocher ces dernières. C'est ce que font voir les dessins des commençants qui, sachant que les malsons d'une rue, par exemple, sont à peu près de même hauteur, ne manquent guère de représenter les pins éloignées d'une hauteur beaucoup moins oifférente qu'il ne le faut des plus rapprochées.
Un bon maître mettra ses élèves en garde contre ces estimations erronées, en leur montrant, soie sur le tableau optique, soit sur des estampes on des photographies, comment et à quel degré les grandeurs varient, dans les apparences optiques, avec l'inclinaison des objets et avec leur éloignement. Il leur exposera la cause de ces phénomènes et, par suite, leur donnera le moyeu de les apprécier. C'est la tâche à laquelle se bornera, mais aussi que devra remplir, dans un cours élémentaire de dessin, l'enseignement de la perspective.
La théorie développée de la perspective fait connaître les procédés imaginés par les géomètres pour obtenir des apparences optiques exactes dans toutes sortes de cas où il est nécessaire, en effet. pour un peintre de profession, et surtout pour nn architecte, d'en savoir exécuter de telles. Dans un enseignement élémentaire du dessin on se bornera à l'exposé, avec exercices pratiques à l'appui, des notions générales indispensables pour enseigner à bien voir et, sinon à dessiner à vue d'œil avec une entière Justesse, talent qu'on ne peut acquérir sans une suffisante pratique, du moins à se préserver, en dessinant, des erreurs de perspective où il est le plus ordinaire de tomber.
Aux explications précédentes on pourra 'donc se contenter d ajouter les remarques qui suivent :
Premièrement de ce fait fondamental que les objets nous sont visibles par les rayons qui convergent vers notre œil et qui, par suite, donnent sur le tableau optique des images altérées et réduites à proportion de l'inclinaison et de l'éloignement de ces objets, de ce fait il résulte que toutes les lignes parallèles dans la réalité à un rayon visuel, c'est-à-dire à une ligne droite qui va d'un objet à l'œil, se dirigent sur le tableau, ou en perspective, vers le point où le traverse ce rayon.
Une application, de la plus grande importance pratique de cette vérité, cest que le point où le tableau est traversé par ua rayon qui y tombe à
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plomb, en d*autreB termes, oui loi est perpendiculaire, ce point» qu'on appelle le point principal, qii*on appellera mieux le point de vue principal, est le lieu où oontergent en perspective toutes les lignes qu\ dans la réalité ont la môme direction, c'est-à-dire toutes celles qui sont également perpeadicnlaires an tableau.
C*est ce qu'on fera yoir en montrant sur le tableau optique, sur une estampe ou une photographie, une me, une tUée d'arbres, un portique en perspective.
En troisième lieu» ce point principal où rencontre le ubleau le rayon TÎsuel qui lui est perpendiculaire, y marque la hauteur à laquelle l'œil se trouve, hauteur que mesure, par rapport à un plan tel que le sol, la ligne qui de rœil y tombe à plomb ou verticalement. Si Ion suppose un autre plan, également perpendiculaire à cette verticale, qui comprenne et le point de l'œil d'où elle tombe et, par suite, le point de vue principal, ce dernier plan, au'on appelle ordinairement le plan de 1 œil {k quoi il faut ajouter : perpendiculaire à la verticale) coupera le tableau en y^ marquant une ligne p<^rpendiculaire au rayon visuel principal, ligne qu'on appelle l'horizon. D'après ce qui précède, le plan de l'œil contiendra tous les rayons visuels allant par les différents points de l'horizon aboutir à l'œil.
Or, en vertu de la loi générale placée en tète de cet exposé, toute ligne droite parallèle dans la réalité A un de ces ravons se rend en perspective au point où il Joint rhorizon. En conséquence, le sol tout entier semble sur le tableau optique s'élever vers l'horizon, et vers l'horizon convergent tous les plans semblablement horizontaux et par suite parallèles au sol. Ceux qui sont au-dessous du plan de l'œil paraissent y monter, ceux qui sont au-dessus paraissent y descendre. Supposons, de
{>lus, un plan passant verticalement par l'œil et par e point principal et coupant ainsi en croix le plan horizontal de l'œil ; ce plan, ou'on peut appeler plan vertical principal, coupera le tableau au point de vue principal suivant une ligne qui croisera à angle droit l'horizon. £t à cette ligne tendront sur le ubleau tous les plans qui, dans la réalité, seront parallèles au plan verUcal principal, ou, ce qui revient au même, perpendiculaires au tableau.
C'est ce qu'on fera voir sur une image d'un sujet tel Qu'un portique ou une église d'une grande profondeur, où l'on montrera le sol, le plafond d une Bart^ et de l'autre les côtés, convergeant par leurs gnes perpendiculaires au tableau optique vers un point situe à la hauteur de l'œil.
Ces cas prindpaux bien compris, on appliquera aisément les principes dont ils dépendent aux cas d'usage plus rare que présentent les lignes et les surfaces obliques, dans la réalité, soit au vertical, soit à rhorizon tal, soit aux choses de niveau, soit aux choses d'aplomb. Sans entrer à cet éeard dans les détails qui ne sont pas indispensables, on se bornera à rendre sensibles sur quelques exemples et à expliquer brièvement comment les lignes et les surfaces d'une direction quelconque tendent en perspective, ou sur le tableau, vers le point de vue qu'y marque un rayon visuel de même direction.
On fera observer qu'en conséquence de ce fait que les rayons qui apportent À l'œil les images des corps forment dans la réalité des cènes dont les sommets viennent le toucher, U résulte que l'apparence sur le tableau optique de celles de leurs lignes qui lui sont inclinées est composée de lignes convergeant vers les différents points où le traversent les rayons visuels auxquelles elles sont parallèles, et que, par suite, lorsque nous commençons à nous apercevoir de la perspective qu'elles forment sans voir encore comment elle se réduit à une projectioo sur un plan, elles nous semblent constituer des cènes dont les parois convergent vers les sommets en s'enfonçant loin de nous <Uns l'espace.
2« Pasth.
Sans exposer, encore uiie fols, les moyens, soit graphiques, soit arithmétiques, de déterminer sur un tableau où Ton veut reproduire les apparences perspectives telles que les offre le tableau optique, les lieux précis de ces apparences, — ce qui sertit fournir de quoi se passer du Jugement de Fœil, qu'il s'agit avant tout d*exercer, ^ néanmofam, pour aider à ce Jugement, en lui fournissant un moyen approximatif de vérification, on fera remar-
3uer que si, pour toutes les apparences, la graneur sans changement dans les rapports, ou Téchelle, varie en raison de la distance du tableau à l'œilj pour les lignes perpendiculaires au tableau, qu*on appelle communément les fuyantes, la figure
Ferspective varie en raison, soit de la hauteur de œil, soit de son éloignement, et de même pour les obliques, à proportion de leur obliquité.
Dans l'enseignement élémentaire, on n'exposera pas comment, en marquant sur le tableau la disunce qui le sépare de l'œil, on arrive à mettre en perspective, par la détermination de l'apparence de sa diagonale, un carré, la plus simple des figures, ce qui fournit le moyen de mettre en perspective quelque forme régulière que ce soit : c'est là un de ces procédés, quoique le plus simple de tous, qui sert, non pas proprement à éclidrer le Jugement de l'œil, mais à y suppléer, et qui n'est qu'une application mécanique de la géométrie à l'exécution ae la peinture et du dessin; on fera remarquer seulement, pour guider l'œil dans l'évaluation des diminutions qui résultent, en perspective, pour les lignes parallèles au tableau, de leu^ éloignement, que la grandeur de ces lignes diminue, dans le cène optique, en raison exacte des distances ; d'où il suit aussitôt que les surfaces diminuent comme augmentent les carrés des distancer
Maintenant, pour Juger des rapports du perspectif au géométral, et apprécier ainsi l'effet perspectif, ce n'est pas assez de considérer dans les figures les traits ou les points qui les séparent de ce qui les entoure, 11 faut considérer encore les clairs et les ombres, leurs situations et leurs grandeurs.
Pour un œil tout à fait inexpérimenté, un dessin au trait représentant un objet en perspective, cet objet fdt-il un simple édifice, n'offrira guère que confusion et incertitude. Y ajoute-t-on les clairs et les ombres, tout y devient aussitôt intelligible.
A l'enseignement des principes généraux de la perspective appliqués aux lignes seules ou aux contours des objets, on devra donc, pour faire comprendre les apparences optiques, ajouter l'enseiRnement des principes généraux de la distribution de la lumière.
Le premier de ces principes est la marche de la lumière en ligne droite, de laquelle 11 résulte que, selon que ce qui éclaire est plus petit que la surface qui lui est opposée du corps qu'il éclairo ou lui est égal ou est plus grand, ce corps en est éclairé dans des parties plus ou moins considérables de son étendue ; qu'en outre, la manière dont il est éclairé varie avec sa position par rapport à ce qui l'éclairé, que, par exemple, c'est lorsqu'une surface est directement opposée à la lumière qui l'éclairé qu'elle en est le plus fortement éclairée, et qu'elle en est éclairée plus faiblement à mesure qu'elle lui est plus oblique ; ce qu'il sera facile de rendre sensible en exposant une feuille de papier à la lumière du soleil de face d'abord et ensuite sous des inclinaisons diverses.
On fera observer que l'ombre ne couvre pas seulement la partie d'un corps qui est cachée & la lumière dont U est éclairé, mds qu'elle se prolonge au delà, en sorte oue, s'il se rencontre dans la direction qu'elle suit une partie d'un autre corps, on voit sur ce dernier une ombre qu'on dit portée
far le premier, et l'on signalera l'importance, pour effet optique d'un objet, de son ombre portée. Un deuxième principe général de la distribution
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de la lumière est son élasticité, en vertu de laquelle elle est réfléchie par les surfaces qu^elle rencontre. Par suite de cette propriété, les corps sont éclairés de divers côtés et à divers degrés
Ear les autres corçs qui les environnent; et il nporte en particulier de remarquer que, dans le cas de Tombre portée par un corps sur un autre, la lumière qui^ éclaire le premier et que lui renvoie jBucore une partie du second éclaire dans une certaine mesure la partie obscure de celui-là, de telle sorte qu*une partie ombragée du premier corps se détache en clair sur la partie du second que couvre Tombre portée ; autrement dit, que Tombre qui met dans l'obscurité une partie du premier corps, etqu*on appelle l'ombre propre, ainsi mêlée d'une lumière réfléchie, ou reflet, est plus faible que Tombre portée. De ce qu'une surface est éclairée proportionnelloment à son inclinaison à la lumière, il résulte que sur les surfaces qui ne sont pas planes il y a, outre les clairs et les ombres, des teintes moyennes ou demi- teintes. D'autre part, toute ombre est bordée d'une pénombre ou presque-ombre. Et de ces deux sortes de phénomènes, il résulte qu'il n'y a guère dans la nature d'opposition tranchée entre la lumière et l'ombre, mais qu'à cet égard» comme à tous autres, il s'y trouve partout quelque liaison entre les extrêmes, il s'y rencontre partout transitions insensibles et continuité.
On fera observer encore que si les pandeurs diminuent par degrés à proportion de l'éloignement, il en est de môme de la force des teintes. Ce phénomène est appelé la perspective aérienne, parce qu'on l'attribue généralement à l'air Interposé entre l'objet et l'œil en plus grande quantité t mesure qu'ils sont plus distants ; cependant la principale raison parait en être que la force de la lumière diminue nécessairement, comme diminue en perspective la grandeur des surfaces, à proportion du carré des distances, d'où il suit qu une surface éclairée, et telles sont toutes celles que nous voyons, envoie à notre œil une quantité de lumière d'autant moindre qu'elle est plus éloignée, et cela dans une mesure proportionnelle au carré de la disunce par laquelle elle est séparée de nous.
Supposons maintenant deux objets qui donnent sur le tableau optique deux images semblables mais de grandeurs différentes. Comment savoir si elles proviennent d'objets qui offrent réellement la même différence de grandeur, ou d'objets dont l'un ne parait difiTérent de l'autre que parce qu'il est plus éloi^é? Ce qui résout avec plus ou moins de certitude la question, c'est la perspective aérienne. Les deux objets nous ofiTrent-ils le même degré de force et de précision? c'est sans doute qu'ils sont à la môme distance. Celui qui semble le plus petit des deux paraît-il moins distinct et moins décidé? c'est la preuve qu'il est plus éloigné, et l'explication de sa petitesse relative.
Après avour signalé ainsi dans les phénomènes de la perspective soit linéaire, soit aérienne ces accidents par lesquels les images diffèrent des réalités, et expliqué comment, par la connaissance de ce qu'il y a de régulier dans ces accidenu^ on arrive à les interpréter, et à réublir à travers le perspectif le géométnd, dont les dimensions et les proportions sont ce qui nous Importe, on fera remarquer, dans les cas où est sensible la perspective tant aérienne que linéaire, et soit sur la nature, soit sur de bonnes estampes, que c'est encore une source de beautés que celle de la gradation, continue et harmonique tout ensemble, suivant laquelle vont se perdre par degrés dans le lointain de l'espace et les formes et les couleurs.
A quoi il faudra ajouter que lorsqu'on en viendra à l'étude du coloris, qui dépasse le cadre de l'enseignement élémentaire dont il s'agit ici, on verra qu'à mesure que les objeu sont plus loin, il s'y môle plus de ce bleu qui est la couleur de l'atmosphère ;
de sorte qu'en s'éloignant les choses ne se perdent pas dans une triste obscurité, mais qu'en même temps que les flgures gagnent en grandeur d'aspect
Par la disparition de détails qui en rendaient souvent ensemble moins intelligible, les teintes vont peu à peu se mélangeant d'azur, et, les couleurs pins terrestres s'évanouissant, tout se résout finalement ou tend à se résoudre en quelque chose d'aérien et de céleste.
Après cette étude préliminaire, dont Tobjet n'est pas tant, à proprement parler, d'apprendre à bien voir que de préserver de voir mal en faisant rema^ quer comment le géométral est altéré dans le perspeo> tif et en en faisant comprendre la raison, on abordera l'étude directe, qui consiste à t&cher d'exécuter k vue, en tenant compte des rapports du perspectif au géométral, des images perspectives des objets.
On ne prendra pas pour premiers modèles des objets en relief, sur lesquels il est plus diiflcile que sur des images planes de ces corps de s'apercevoir des effets de la perspective, c'est-à-dire de distinguer le perspectir du çéométral, et dont par conséquent il est plus difficile de représenter correctement le géométral par une image perspective; et c'est do quoi l'on s'assurera facilement si l'on donne à copier à des commençants d'une part un objet en relief, tel qu'un cube, un édifice, une ruo, de l'autre une imase plane de cet objet. On verra en effet qu'ils imiteront plus exactement rimage que l'oriemal ; en outre, on verra qu'après avoir reproduit 1 image ils reproduiront l'original plus facilement ; d'où il résulte que c'est par la considération et l'imitation de la perspective réalisée sur les images qu'on arrive le mieux à la comprendre sur les corps. Autrement dit, c'est par la vue du tableau extérieur ou objectif qu'on arrive le mieux à former en son esprit le tableau imaginaire ou subjectif sur le modèle duquel s'exécute ensuite le tableau peint ou dessiné.
On prendra donc pour modèles, Jusqu'à ce qu*on sache les reproduire aisément, soit des esumpes des meilleurs graveurs, qui ont été avant tout d'excellents dessinateurs, soit des fac-similés photo^aphiques de dessins des plus grands maîtres, soit enfin des reproductions photographiques de chefs-d'œuvre de la sculpture et de la peinture, surtout de la sculpture grecque en son plus beau temps, et de la peinture telle que Vont comprise les plus savants maîtres de la Renaissance.
Les modèles seront d'abord de ceux qui représentent les originaux, dont ils sont les images, de la manière la plus fidèle.
Ce n'est qu à des yeux déjà exercés qu'on présentera de ces ouvrages qui n'offrent aes choses que des images abrégées et, par cela môme, d'une interprétation plus ou moins difficile. Les premiers modèles devront offrir des formes déterminées par le modelé le plus exact et le plus complet.
Pour apprendre, on devra aussi, en les imitant, les reproduire complètement, tels qu'ils sont, avec la plus rigoureuse exactitude, sans omettre quoi que ce soit des clairs, des ombres, des demi-teintes, des refleu, par lesquels s'accusent les formes.
En conséquence, et pour n'être pas empêché, dans la recherche du caractère et des formes, par des difficultés matérielles d'exécution, il sera bon de commencer par s'exercer à exécuter dés teintes, d'abord à l'estompe, ensuite au crayon, en passant du clair à la demi-teinte et de la demi-teinte à l'ombre par une gradation insensible, telle, comme dit Léonard de Vinci, que celle que fait voir la filmée. Ce n'est qu'après être devenu ainsi capable d'exécuter, soit d'après un modèle, soit sans modèle, des teintes bien dégradées qu'on devrait commencer à imiter des modèles.
Dans rimiution de quelque objet que ce soit, le but principal qu'on doit se proposer étant de
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rendre Tesprit des formes, et cet esprit se manifestant snrtoat dans les choses organisées, types sQpérienrs de tontes les autres, par Tensemble auquel se rapportent et pour lequel sont faites les pazties, on s'attachera avant tout à mettre Tensemble. On ne passera de Tensemble aux détails que de degré en degré, c'est-à-dire en le décomposant en ensembles subordonnés, et ces ensembles en de moindres encore, jusqu'à ce qu'on parvienne aux
5 lus petites parties. Réciproquement, en s'occupant e chaque partie, on aura sans cesse égard à son rapport avec le tout dans lequel elle est comprise immédiatement, puis au rapport de ce tout au tout plus compréhensif qui le contient, et ainsi de suite josqu'aa tout absolu.
L objet dont Timlution ainsi conduite mènera le mieux et le plus promptement à acquérir et le talent de Toir et celui de dessiner quoi que ce soit, parce que c'est celui qui offre la plus parfaite beauté, où, par conséquent, les parties ont le plus de proportions avec le tout, et qui, par conséquent aussi, éTeillant le plus lintérèt, développe le mieux par cela seul rinteiligence et le goût, cet objet est la figure humaine, la figure humaine telle qu'elle doit être et dans sa plus grande perfection.
De môme qu'avant d'aborder l'imitation d^apparences visibles en général, il convient de prendre connaissance des lois auxquelles ces sortes d'apparences sont sujettes, et qui composent la perspective, de môme, avant de chercher à imiter une espèce déterminée d'objets, il convient de prendre connaissance de la constitution normale du géométrÀ de leurs formes. Avant de commencer à dessiner la figure humaine dans sa plus grande perfection, on apprendra donc quelle en est la structure typique, au moins dans ses traits généraux, et quelles en sont les proportions les plus constantes. Ce n'est pas qu'on doive se servir de cette connaissance pour construire en quelque sorte à priori les formes qu*il s'agit, au contraire, d'apprendre, en les imitant, à estimer et à mesurer de l'œil : c'est seulement que la connaissance de la structure et des proportions doit servir, dbmme celle de la perspective, à mettre l'œil en garde contre l'erreur, surtout alors qu'il est encore peu exercé, et à lui fournir des moyens de contrôle et de vérification .
Maintenant, pour bien comprendre la figure humaine en sa perfection môme, il importe de considérer distingués les éléments qu'elle présente fondus, pour ainsi dire, dans une unité supérieure.
La parfaite beauté dans une figure jeune, en un complet repos, ne laisse voir en saillie aucun des muscles. Un mouvement doux les révèle à demi, telles que se montrent des ondulations faibles h la surface d*une eau à peine remuée; les mouvements que produit une passion violente les mettent fortement en saillie. Ce sont donc ces mouvements ai donnent le moyen de connaître, de comprenre les surfaces faiblement ondulées qu*offreut les belles formes.
Pour bien connaître et apprendre à bien représenter la figure humaine, on imitera donc des modèles qui la représentent sous ces deux aspects opposés, l*un de sa constitution arrivée à Tunité harmonique de la beauté parfaite, 1 autre de cette constitution plus ou moins décomposée dans les éléments qu'elle implique. Tel est le contraste que forme dans l'art antique la beauté calme d un Bacchus avec les formes mouvementées des ôtres sauvaffes. Pans et Satyres, qu'il mène après lui à demi domptés comme le tigre, son compagnon ordinaire, mais encore animés de passions véhémentes.
&i présence d'un modèle, on cherchera toujours, avtat d'entreprendre de l'imiter, à en saisir la physionomie, de manière à pouvoir le caractériser de telle sorte par ses traits essentiels, en le décrivant i qui ne 1 aura pas vu, qu'il le reconnaisse aisément On s'appliquera ensuite à en indiquer l'aspect '
par quelques traits ou points détachés marquant le mouvement d'abord, puis les situations des principales parties: c'est ce qu'on nomme l'esquisse.
En second lieu, on indiquera par les dairs et les ombres les masses que constituent ces parties : c'est ce qu'on nomme 1 ébauche.
On ira plus loin en descendant peu à peu dans le détail par un clair-obscur de plus en plus analytique, ne marquant un contour qu*à mesure que le progrès du modelé en montrera la place, et réservant ainsi pour la fin, selon le précepte de Léonard de Vinci, la précision parfaite des profils.
Ajoutons que ces profils ne devront pas ôtre marqués par un trait durement détache; qu'un objet ne doit en effet se distinguer d'un objet contigu que par une différence de teinte ou de valeur; bien plus, que les objets sont presque toujours terminés par des demi-teintes ou des refleu indiquant que la forme est tournante et. laissant deviner une épaisseur par delà le profil; en sorte 2ue la perfection en fait de contour est qu'en dénitivo le contour s'évanouisse.
Enfin, dans toute la suite de ce travail, on visera toujours, à tous égards, à la perfection. Après avoir cherché d'abord à établir l'ensemble aussi parfaitement qu'il est possible de le faire avant que les détails viennent le vérifier, on visera dans l'exécution des détails au plus parfait fini. C'est le précepte de tous les grands maîtres. So contenter, en étudiant, de Ta peu près, c'est se fermer à soi-môme le chemin qui mène au but.
Le moyen de remplir ces préceptes est de n'embrasser jamais que ce qu'on est capable d'étreindre, de mesurer toujours ce qu'on veut à ce qu'on peut, de ne point prétendre, en conséquence, résoudre dès rabord des problèmes compliqués, mais, conformément à toute saine théorie de la méthode, en ayant toujours en vue le but, de ne prétendre y atteûidre qu'en montant successivement tous les degrés qm y conduisent.
Pour reproduire un tout complexe, il faut en avoir d'abord étudié et reproduit les parties. On ne donnera donc à imiter aux élèves une figure entière qu'après leur avoir fait imiter préalablement et la tôte et le corps et les extrémités. La tôte est ce qui, de tout l'ensemble, offre le plus d'intérôt, puisque le visage est le principal siège de l'expression, et que là aussi réside plus que dans tout le reste une beauté qu'on ne peut altérer sans que Teneur soit très sensible, et dont l'étude, par conséquent, est plus propre qu'aucune autre à former l'œil et le gottU On commencera donc le dessin par la tôte.
Mais la tôte est encore un objet trop complexe pour un commençant. Avant de dessiner la tôti) entière, on en dessinera les parties^ l'œil, la bouche, le nés, l'oreille, la demi-tôte, et sous divers aspects ; on les dessinera d'après des modèles qui en rendent aussi parfaitement que possible les formes constitutives, et qui fassent bien voir soit toute la force, soit toute la délicatesse dont ces formes sont susceptibles. C'est seulement lorsqu'on saura reproduire exactement ces parties, soitd'après des modèles, soit de mémoire, qu'on dessinera la tôte entière.
Après la tôte, ce n'est qu'après avoir dessiné séparément, d'abord d'après des modèles choisis de la môme manière, ensuite de souvenir, les membres et surtout les extrémités, qa*on arrivera au dessin de la figure entière.
Enfin ce n'est qu'alors qu'on saura, au Jugement du maître, suffisamment dessiner d'après des estampes, des dessins ou des photographies, qu'on dessinera, suivant Texpression usitée, d'après la bosse*
Le terme de Tétude est le dessin d après nature. Mais c'est où commence l'enseignement approfondi. Dans un enseignement élémentaire on ne dépassera pas le dessin d'après la bosse.
Ajoutons à ce programme qu'alors qu*on saura
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dessiner suffisamment la figure, on pourra consacrer un certain temps, par exemple une heure chaque semaine, an dessin d'architecture et d*or' nement. Ce sera une préparation générale aux professions où est en usage cette sorte de dessin ; ce sera surtout une occasion de dire et un moyen de faire Toir que, pour qui sait dessiner la figure, toute autre espèce de dessin est aisée, et que si,
gour bien dessiner quelque objet que ce soit, il est 1 dispensable d*aYoir fait de sa structure et de toute sa constitution une étude spéciale et approfondie, néanmoins le dessin de la figure humaine met en possession de ce qu'il y a dans toute autre espèce de dessin depluB élevé et de plus difficile, et par conséquent en livre pour la plus grande partie le secret.
Répétons, en terminant, ce qui a été expliqué dans la partie théorique de cet article, que c est en suivant la méthode qui vient d*ètre exposée qu'on arrivera et le plus sûrement et le plus vite soit à bien voir, ee qui doit être le principal objet de l'étude du dessin, soit à bien dessiner ; que cette méthode, en efTet, reproduit, purgée de toute altération, celle qui fut toujours pratiquée et prescrite, en tout genre, par les meilleurs maîtres, laquelle se ramène en dernière analyse à ces vérités uni- Terselles qui doivent régner sur tout enseignement : que chaque genre d'étude a ses principes propres ; que les principes sont d'une part les derniers éléments, de l'autre la plus haute unité sous laquelle ils s'ordonnent ; qu'en chaque étude enfin c^est de la connaissance aussi distincte et aussi parfaite que possible des principes que dépend le succès.
[F. Ravaisson.J Dans la !*• Partie de ce Dictionnaire, au mot Dessin^ on trouvera, à cdté de la théorie exposée par M. Ravaisson, la théorie opposée défendue par un membre émlnent de l'Académie des beaux-arts. Al. Eugène Guillaume. Lorsqu'il s'est agi de fixer les programmes officiels de l'enseignement du dessin dans les écoles primaires et dans les écoles normales, le Conseil supérieur de l'insirnction publique, après avoir mûrement pesé le pour et Ih contre, s'est prononcé en faveur de la méthode recommandée par M. Guillaume. Nous donnons ci-dessous le texte de ces programmes.