‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaireChapitre 454 sur 562 · EXPLOITATION · texte numérisé non relu

EXPLOITATION

il est possible de se procurer de quoi répéter plu- ^eurs fois les expériences de combustion dans l^oxygène, dans le chlore, dans la vapeur de soufre ; âe préparer plusieurs gaz combustibles, Thydro gène, le gaz d'éclairage, le chlore, Thydrogène phosphore ; de montrer Taction des acides et celle des bases sur le tournesol ; l'action des acides sur les bases, d'un acide sur la craie, de Tammoniaque sur les sels de fer, de cuivre, etc.

^ous conseillerons de choisir, autant que cela est possible avec nn laboratoire aussi peu fourni, des eipériences qui aient un rapport direct avec des phénomènes naturels bien connus, afin que la satisfaction ne soit pas exclusivement pour les veux^ mais aussi pour rintelligence, car autrement 1 élève ne Terrait la c^ue des choses amusantes.

C*est en faisant Tcxpérience môme et pendant qu*il Texpliqùe, que le maître doit rappeler les rapports qu'elle a avec tel ou tel phénomène naturel ; il n'oubliera pas non plus, s'il y a lieu, de citer les industries où elle est faite plus en grand, en donnant çiuelques détails sur la différence entre celle qu'il fait dans le laboratoire et celle de l'usine. Nous n'avons pas à parler des expériences de physiologie animale ou végétale ; elles exigent des connaissances acquises et spéciales, et ne peuvent (htre tentées avec fruit que par des personnes auxquelles cet article n'est point destine.

[Alfred Jacquemart.] EXPLOITATION (Systèmes d'). — Agriculture, XII. — Le but du propriétaire du sol est d'en tirer la plus grande somme possible de revenu. A cet efifet, il doit choisir un mode d'exploitation qui loi assure le plus d'avantages, dans les conditions oà il se trouve placé. SU est agriculteur lui-même; il pourra exploiter directement son domaine : c'est ce qu'on appelle le faire-valoir direct. Si le propriétaire n'est pas agriculteur, ou s'il est placé loin des terres qu'il a acquises, il peut avoir recours à un système de location ; il y en a beaucoup d'espèces. Les locations les plus usitées en France sont le fermage et le métayage. Il faut donner quelques détails sur chacun de ces systèmes d'exploitation.

Faire-valoir direct, — Le faire-valoir direct n'a pas besoin de définition ; c'est la situation du propriétaire exploitant lui-même son domaine à ses risques et périls. La plupart des petits propriétaires, en France, cultivent eux-mêmes leurs terres; ils savent, dans ces conditions, tirer le plus grand parti du sol. On peut affirmer que le développement de la moyenne et de la petite culture est une des causes qui ont exercé la plus heureuse influence pour l'augmentation de la production accole du pays. Presque toujours le petit propriétaire s'enrichit par le travail et par l'économie. L'épargne est le plus souvent consacrée par lui à l'acquisition de nouvelles terres quand l'occasion «e présente ; de telle sorte qu'en fait la propriété, au lieu de se morceler sans cesse, comme on le dit parfois, de tomber en poussière, suivant une expression de M. Passy, tend sans cesse à se reconstituer, entre de nouvelles mains, il est vrai.

L'exploitation directe d'un domaine exige la présence presque continuelle de son propriétaire. Dans la petite culture c'est la loi commune. Mais dans la grande culture, pour cme raison ou pour une autre, le propriétaire n'agit pas toujours ainsi. De là, pour un grand nombre d'entre eux, l'habitude d'avoir recours à des agents spéciaux connus sous le nom de régisseurs. Ce sont des agents salariés qui sont charges, sous la direction du propriétaire, de la gestion de la culture, des achats, des ventes, etc. L'activité et la probité sont deux qualités indispensables pour le régisseur; en même temps, il est nécessaire qu'il ait des connaissances sérieuses dans la pratique des choses agricoles. Pour activer (e zèle des régisseurs, un certain nombre de pro-

priétaires ont pris rhabitudé de les intéresser par un certain bénéfice dans les produits de rexploiu** tlon^ en dehors des appointements fixes qui leur sont attribués. Le rogisseur est ainsi poussé à rechercher les meilleurs moyens d'augmenter la production du sol, à la fois dans son propre in« térêt et dans l'intérêt du propriéuire. L'application de ce système est d'ailleurs facile quand la comptabilité est tenue en bon ordre.

Fet^mage. — Le formage peut être défini : une cessioii temporaire d'un domaine par son propriétaire à un homme qui l'exploite à ses risques oc périls, et paie chaque année une redevance fixe. Les obligations réciproques du propriétaire et du fermier sont consignées dans un bail qui devient la loi entre les deux parties.

Dans le système du fermage, le propriétaire reste tout à fait étranger à l'exploitation de son domaine ; il reçoit un revenu fixe, déterminé d'avance, et toujours le même, oue les récoltes soient abondantes ou non. En dehors du paiement du revenu , le fermier est substitué au propriétaire dans la direction du domaine. Il doit avoir un capital assez important, représenté surtout par le matériel de culture et par le bétail qu'il entretient sur l'exploitation. De son habileté dépendent à la fois sa propre prospérité, et l'augmentation de la valeur du domaine. Le fermier est ainsi un véritable industriel pour lequel la terre est le principal instrument de travail.

le fermier doit avoir fait un apprentissage complet do la prati(|[ue agricole, et par conséquent être capable de diriger avec fruit Texploitation qu'il prend à sa charge. S'il n'a pas l'habileté nécessaire, non seulement il marche à sa ruine« mais il compromet en même temps les intérêts du propriétaire, en épuisant la richesse du sol par des cultures mal ordonnées.

En outre, le fermier doit avoir à sa disposition un capital de culture proportionnel à l'étendue de l'exploitation qu'il prend et au système de culture qu'il veut suivre. Pour maintenir et surtout pour augmenter la fertilité du sol, il ne faut pas craindre de faire à celui-ci des avances ; c'est mêbie la condition indispensable du succès.

Le fermage est assurément la métliode d'exploitation du sol qui est la plus répandue dans les pays les plus riches. C'est celle qui est considérée comme le plus favorable au progrès agricole. Mais l'usage de ne faire que des baux d'une assez courte durée, neuf années en moyenne, est un grave inconvénient.

En effet, il arrive que le fermier qui^ pendant let premières années, a fait des avances pour la culture, cherche, dans celles qui précèdent la fin du bail, à retirer ces avances, et épuise la terre dans une proportion plus ou moins considérable. Pour obvier à ces inconvénients, le meilleur moyen serait d'adopter des baux de longue durée, de vingt ans, qui assureraient au fermier tout le temps nécessaire pour retirer légitimement tout le fruit de ses efforts et de son travail. D'un autre côté, avec un bon fermier, le propriétaire serait certain de voir sa terre augmenter progressivement de valeur, sans qu'il lui en coûtât rien. On a aussi proposé d'introduire dans les baux une clause relative aux indemnités qui pourraient être attribuées au fermier pour les améliorations permanentes effectuées par lui ; mais les difficultés d'évaluation de la valeur exacte de ces améliorations ont jusqu'ici empêché cette idée d'entrer dans la pratique. Métayage, — Le métayage est un système d'exploitation intermédiaire entre le faire-valoir direct et le fermage. C'est une véritable associa tion entre le propriétaire du sol et l'exploitant; par cette association, l'un et l'autre concourent, dans une proportion et d'une manière déterminées à la production agricole.

FABLE

FABLE

Li meilleure définition dn métayage a été donnée par le comte de Gagparin dans les termes suivants: «Le métayage est un contrat par lequel, quand le tenancier n*a pas un capital ou un crédit suffisant pour garantir le paiement de la rente et des avances du propriétaire, celui-ci prélève cette rente par parties proportionnelles sur la récolte de chaque année. » Ainsi le métayer ne paie pas de redevance fixe; il partage avec le propriétaire, tantôt par moitié^ tantôt dans une autre proportion, les produits du soL Le propriétaire fait les avances pour Tacbat du cheptel vivant et du matériel^ parfois môme pour les engrais ; le métayer donne son travail et celui de sa famille, et il pale la main-d'oBuvre. Dans le système du métayage, un domaine d*une certaine étendue est le plus souvent partagé en métairies restreintes, dont chacune est cultivée par un méta>er et sa famille, aidé par un ou deux ouvriers. Le propriétaire a ainsi sa participation directe dans autant d'exploitations dustinctes.

On a souvent considéré le métayage comme une pratique surannée, incompatible avec le progrès agricole. Cette idée, dans sa généralité , est contraire à la vérité. Sans doute Te métayage est la forme la plus usitée de location des terres dans les régions où Tagriculiure est le mohis prospère, mais cela tient à Tabsence générale de capiuux

dans CM eimtrées, et par suite à Timpossibilité de trouver de bons fermiers. Mais quand le propriétaire est éclairé, aii*U s*occupe activement de développer ses métairies, il obtient souvent des ré* sulUto tout à fait remarquables. La direction est dans sa main. Si cette direction est bonne, les métairies prospéreront ; si elle est mauvaise ou si elle en nulle, elles se traîneront péniblement daotromi^H^ Dans le premier cas, il y a naturellemeiit aocroiS' sèment de revenu pour le propriétaire.

Si Ton consulte les recensemenu de la popolation agricole en France, on constate que le métayage va en diminuant, sans que le système du fermage paraisse prendre une extension notablemont plus considérable. Ce fait tient à Taugraen- Ution du nombre des petits propriétaires calmant eux-mêmes leurs terres. Beaucoup de métayers sont passés, durant les trente dernières années, dans cette nouvelle catégorie. Aujourd'hui, sur 100 cultivateurs, en France, on compte 69 propriétaires exploitant directement leurs terres, 10 métayer» ou colons et 21 fermiers. C'est dans les régions dn nord-est et de Test que le système du fermage est le plus répandu ; le métayage domine an contraire dans les régions de Touest, du sad*oaest et da sud. En outre, il est la règle presque générale pour la culture des vignes.

[Henry Sagnler.]

' FABLE. — Littérature et style, m. — c La fable , dit TAcadémie , est un récit dans lequel on cache une vérité, une moralité sous le voile de quelque fiction. » C'est une fiction dont rimaginauon fait tous les frais, du moins où un fond vrai se trouve modifié par des circonstances, des détails imaginaires, et qui donne un corps à la pensée, des formes sensibles à des objets immatériels. « Fable, dit un auteur du xin« siècle, est uns contes que l'om dit des choses qui ne sont pas voires (vraies) ni voiresemblables, si comme la nef (navire) qui vola parmis Tair longuement, n

La fable se distingue du simple apologue en ce qu'elle est un geore littéraire, une petite pièce ayant sa vie propre. Il ne faut pas non plus la confondre avec le conte. Le conte est un récit de quel- ^ que anecdote vraie ou imaginaire où ne figurent ' çiue Thomme, les dieux, les génies. La fable fait intervenir aussi les animaux, les choses inanimées. Dans La Fontaine, le Héron est une fable, la Fille est un conte. Le sujet est le môme, ainsi que la moralité ; les acteurs diffèrent.

L'élément dramatique est nécessaire à la fable, aussi bien que la leçon de morale : le poète s'efface et laisse la parole à ses héros qui deviennent des personnages. La Fontaine Ta dit avec une autorité qui fait loi : c'est

Une vople comédie à cent actes diven Et doot la scëae est TuniTers.

Li fable rappelle par des allusions perpétuelles les acteurs correspondants du monde humain. L'allusion élargit le cadre, l'applique aux hommes. Les animaux deviennent sire Lion, dame Belette, dom Pourceau, maître Renard, sa Majesté fourrée le Chat, Jeannot Lapin, fils ou neveu de Pierre ou de Guillaume; c'est un vrai monde qui a des capitales : Rafapolis était bloquée. Il y a là une représentation indirecte mais constante de la vie humaine.

La fable remonte à la plus haute antiquité. On a quelquefois attribué son origine à l'esclavage :

l'esclave, qui n'osait dire ce qu'il pensait, a tradoii ses sentiments dans la fable ; le faible, contraint è déguiser ses leçons ou ses conseils, a en recours à Tapologue et, sous le couvert ingénieux d'une agréable fiction, a su faire entendre une vérité périlleuse. Tout cela est vrai. Mais la fable a une origine plus haute et plus universelle ; dans Thistoire de l'humanité elle date de plus loin. Elle tient à Tesprit humain même, elle est née de ce besoin naturel que l'homme a toujours éprouré d'exprimer, soit dans les arts, soit dans la poésie, ses pensées avec dos emblèmes, des images. La fable est avant tout une œuvre d^imaginstioii dans le sens propre du mot : c'est le bon sens popolaire qui, aidé de l'imagination, avant d'être stimulé par a Nécessité l'ingénieuse, » a constitné U fable originaire.

Quoi qu*il en soit de ses origines psychologiques, historiquoment la fable est née enOrfent. L'Orient, terre de mythes et de légendes non moins que de despotisme et de servitude, s'est toujours entouré d'images et de fictions : ses religions, ses traditions en sont pleines; outre l'anthropomorphisme ou la figuration humaine du mondo idéal, la m^ tcmpsycose y est née : dans cette croyance, les animaux sont les frères de l'homme et lai donnent des conseils. L'Asie, qui inventa la fable, fa transmise à la Grèce. Esope connut41 les fables de l'Indien Pilpay, de l'Arabe Lokman, les apologues de rilébreu Salomon? La question esc oiseuse : il importe peu qu'Esope ait reçu ces fables sens leur forme arrêtée. Il est évident qu'elles couraient de pays en pays, colportées

Sar la curiosité publique, popularisant par leurs ctions agréables les vérités Qu'elles voulaient enseigner. La fable est de tous les temps et de tous les lieux. Elle a fleuri partout, mais c'est en France qu'elle a trouvé son complet épanouissement : nul n'a égalé Vinimitable La Fontaine.

M. Taine distingue trois phases ou époques distinctes dans la fable. Elle n'est tout d'abord qu'une leçon de morale pure et simple : la moraie n'en est pas seulement le fond principal, elle y est

FABLE

FABLE

tout : la fable n^est ODCore au*an récit na, court, sant ornements : c^est une forme popaliire de la philosophie ou ae la rhétorique. Doctes, sententienses, loordes, telles apparaissent les premières fables. Enfantines, naives, celles de la seconde époque bégaient et balbutient d'un ton monotone dans les conteurs du moyen âge. Légères, ailées, poétiques an troisième âge, « elles s^enYolont comme cet essaim d'abeilles qui s'arrêta sur les lèvres de Platon endormi et qu'un Grec aurait tu se poser sur les lèyres souriantes de La Fontaine. > Cest Tàge d*or de la fable, où respn> humain s peut-être cueilli ses fleurs les plus riantes.

La fable ne doit^lle être qu'en vers ? Supportet-elle la prose ? La poésie offre à la fable les plus grands ayantages : elle diminue l'amertume des vérités parfois piquantes que son divin langage adoucit sans les émousser ; elle les fait même entrer plus profondément dans ^esprit, et c'est une vérité banale que le rythme du vers et, chez les modernes, le retour régulier de la rime, aide sin- Kulièrement la mémoire. Une foule de vers de La Fontaine sont devenus proverbes et rappellent sans effort à l'esprit, sous une forme vive et populaire, la sagesse des nations : aussi, malgré 1 autorité et l'exemple de Patru, môme de Fénelon, semb\e-t-il aujourd'hui que la question soit hors de discussion, et qu'après La Fontaine la poésie seule puisse désormais convenir à la fable.

Les anciens voulaient que la fable fûit courte, ils avaient raison : la leçon ne porte qu'à la condition de ne pas plus fatiguer l'esprit que de rebuter l'amour-propre. La brièveté est ràine de la fable, a dit La Fontaine à qui appartient toujours le dernier mot en cette matière. Quintilien voulait même qu'elle ne comportât que peu de mots. Un académicien de notre siècle n'a consacré que quatre vers à chacune de ces fables : c'est une affectation puérile. La fable est un poème en miniature, et toute extension disproportionnée y est un grave défaut; mais il ne faut pas que laveur cTun mal nous fasse tomber dans un pire. Quelqu'un s'est-il Jamais plaint que, dans sa Jolie fable le Rat de ville et le Hat rfe« champs j Horace ait dépassé de beaucoup les limites d'Esope et de Phèdre? tt si La Fonuine avait à la lettre suivi le précepte de Quintilien, dont la postérité a heureusement réformé l'arrêt, nous n'aurions ni les Animaux malades de la peste, ni le Chêne et le Roseau^ ni les Deux Pigeons, ni môme le Corbeau et le Renard, et tant d'auires chefs-d'œuvre de récit, d'action et de dialogue.

La fable doit rejeter tout ornement qui pourrait détourner l'attention de la morale : même une certaine négligence ne lui messied pas, a dit Arnault. Le style est familier sans être choquant, gracieux sans être efféminé, badin et riant sans bassesse. Variant avec les sujets, il prend tous les tons, et, de même que dans la comédie, s'élève parfois Jusqu'au sublime {le Vieillard et les Trois jeunes hommes). Les rapprochements historiques, les réflexions profondes ou piquantes y peuvent trouver place, à la condition d'y être amenées naturellement.

Deas coqs -dTaient en paix : une poule fanrint. Et ToiU la guerre allumée.

AJHMtrt tu perdis Troie

(Lee Deux eoqs. TU, 13.)

Qui désigné-je, k votre aris.

Par ce rat si peu secourable?

Un moine ? Non, meis un derris.

/• tiÊppose qu'un moine est toujours ehariiabU,

(Le Ret qui s'est retiré du monde. TII, 3.)

Cette variété rend difHcile de donner des règles à la fable. Le genre d'ailleurs en comporte-til do bien rigoureuses ? La Fontaine a fait des fables (

où les règles ne sont pas observées, et Lamotte le lui reproche doctement : cependant les fables les plus défectueuses de La Fontaine ont un charme, un intérêt que n*ont pas les plus régulières de Lamotte. L'artifice de fa fable consiste à déguiser la sagesse de la leçon sous un air de naïveté : c'est le secret de La Fontaine, que Lamotte n'a

Joint connu. La naïveté est donc la qualité maltresse u style, mais elle ne se conquiert pas. Quant à la composition, il n'y a Qu'une règle à observer, mais celle-ci est invariable et ne doit Jamais être enfreinte : c'est de conserver les convenances du sujet et les mœurs de chaoue personnage ; le lion ne saurait être timide, le lièvre courageux, la brebis agressive, et par conséquent leur langage doit se conformer à leur caractère et ne s'en écarter Jamais.

La fable n'est pas seulement un plaisir délicat de l'esprit, elle est un enseignement utile. Elle doit donc contenir une moralité: cela ne fait aucun doute. Les plus anciens fabulistes sont des moralistes : « L'apologue, dit encore La Fontaine, est composé de deux parties, dont on peut appeler l'une le corps, l'autre l'âme. Le corps est la »ble, l'âme, la moralité. > Le corps doit être le plus apparent; l'âme doit animer tout le récit, sans se montrer à nu, sans lever le voile au moins Jusqu'à la fin. Les anciens pensaient autrement: chez eux la donnée philosopnique était tout; le récit, le drame n'était qu'un moyen, non le but; ils le né-

fligeaient, ils Vabrégeaient pour arriver plus vite la conclusion morale, c Tout le progrès de la fable, a-t-on dit avec raison, consiste dans le renversement de ces deux éléments. » La moralité doit être claire et ressortir directement du fait même mis en scène. Sa place n'a qu'une importance secondaire. Phèdre, La Fontaine la mettent indifféremment avant ou après l'apologue. Mais il est préférable de l'exprimer que de la laisser deviner au lecteur, comme le voulait Lamotte. La leçon qui ménage et flatte notre amour-propre est trop utile pour qu'on se prive de ce fécond et facile enseignement. Aussi Platon, oui chasse Homère de sa République, y a donné s Esope une place honorable. Et Voltaire a dit justement : « Les belles fables de l'antiquité ont ce grand avantage sur rhistoire. qu'elles présentent une morale sensible : ce sont des leçons de vertu, et presque toute l'histoire est le succès du crime. »

Avec tous ces mérites, les fables ne pouvaient pas ne pas trouver place dans les écoles ; de tout temps, en tous lieux elles sont entrées pour une large part dans l'instruction et l'éducation de l'enfance. Quintilien recommande comme premier exercice littéraire de faire raconter les fables aux enfants dans un langage correct et simple, et de les écrire ensuite avec soin en conservant la môme simplicité : ce qui consiste premièrement à faire rompre le vers, puis à le traduire en d'autres mots, et enfin à le paraphraser avec plus de hardiesse^ tantôt en abrégeant, tantôt en amplifiant, conservant toujours le sens du poète. Et U ajoute que l'enfant qui arrive à réussir dans ce travail ne peut manquer de réussir à tout autre. Sans doute les enfants seuls n'en tireront pas tout le fruit, ils n'y apercevront pas la leçon qui y est voilée; mais si elle leur est montrée, ils la saisiront plus clairement que dans l'histoire. Un maître habile saura bien les y aider, et les initier à ces exercices qui offrent autant d*intérêt que de profit et qui sont k la portée des plus jeunes.

Les principaux fabulistes sont, dans l'Inde, Bidpai ou Pilpay; en Arabie, Lokmann; dans l'Asie Mineure et en Grèce, Esope, dont les fables ont été remaniées et mises en vers par le Syrien Babrias, qui vécut vraisemblablement au troisième siècle de notre ère. A Rome, on trouve des fables chez différents écrivains^ mais il n'y a de fabuIiste^

Page 1