FACULTÉS DE L'AME — 753 — FACULTÉS DE L'AME
uiJoiiTd*htii, dans quelques parties de l'Europe, on s conservé Thabitude de laisser la porte ou la fenèu-e ouTorte dans la chambre du mort.
L^homme ne s^est élevé que lentement à la conception d'une âme absolument immatérielle et distincte du corps. Un philosophe grec, Platon, un père de TÉglise, saint Augustin, un philosophe français. Descartes, sont les Trais fondateurs du dogme de la spiritualité. Pour Platon, l'&me est dans le corps comme un prisonnier dans sa cellule, on comme un pilote dans un bateau. Saint Augustin déclare que c l'âme n'a aucune qualité corporelle, comme la dimension, la forme ou la couleur... A la matière seulement appartient l'étendue. Tout ce qui n'est pas matière et qui cependant existe s'appelle proprement esprit. » Enfin Descartes, avec plus de précision encore et de force, a insisté sur la distinction fondamentale de la matière et de l'esprit, de l'étendue et de la pensée: si bien que Malebranche, un cartésien, jiouvait dire à la fin du xvii* siècle : « On a le droit d'affirmer avec assurance que l'on n'a point assez clairement connu la différence de Tàme et du corps que depuis quelques années. »
Mais 11 restait encore et il restera toujours beaucoup à faire, même après les efforts de Descartes, pour éclaircir et compléter la notion de Tftme. La science moderne n'a sans doute pas réussi à résoudre tous les problèmes qu'implique l'étude de la nature morale de l'homme, mais elle a rectifié sur plusieurs points les erreurs du spiritualisme c;irteslen. Descartes avait le tort de confondre Tâme avec la pensée, de sorte que dans son système il ne pouvait être question de l'âme des bêtes, qui ne pensent point. Descartes se trompait aussi ^uand il faisait de la conscience le caractère essentiel de Tàme ; mieux informée, la psychologie nouvelle n'hésite pas à attribuer à l'âme un grand nombre de phénomènes inconscients. Enfin Descartes, n'offrant à l'activité de l'âme d'antre domaine que le monde intellectuel des idées, la concevait comme un principe trop désintéressé de la vie physique, trop étranger à la nature , trop affranchi de l'organisme. On sait aujourd'hui que l'âme, quelle que soit la nature de son essence, participe, soit par les inflaences qu'elle exerce, soit par celles qu'elle subit, â toutes les fonctions de la vie.
Voici donc quelle est, dans ses traits généraux, pour le spiritualisme contemporain, la conception de l'âme : l*" L'âme est une force immatérielle^ mais en même temps liée à des organes matériels, conditionnée & des lois physiques. Le philosophe qui serait tenté d'oublier cette corrélation est fort exposé à ce qu'une fatigue cérébrale, attachée à tout effort prolongé, ne lui rappelle, au beau milieu de set médiutions, que le cerveau prends lui aussi, sa part du travail de l'intelligence. Qui donc songerait à rééditer aujourd'hui ce que M. Barthélémy Saint-Hilaire écrivait, il y a trente ans, dans sa Préface à la Psychologie dVAristote : tf Je crois que la physiologie n'a rien à faire dans un traité de Tâme »? 2* L'âme est une force active qui a SCS énergies propres, sa spontanéité indépendante, mais que limitent et déterminent non seulement les conditions intérieures du tempérament, mais les conditions extérieures de la société et du climat, du milieu moral et du milieu physique où elle est appelée à vivre. S*" L'âme enfin est une force individnelie, qui développe peu à peu dans le cours de la vie sa personnalité, mais que dominent au début et que modifient en partie les lois encore mystérieuses de l'hérédité. Ce que nos pères ont senti, ce qu'ils ont pensé, ce qu ils ont fait il y a cinq cents ans, il y a mille ans peut^tre, tout cela se retrouve en nous dans une certaine mesure, tout cela agit à distance sur notre caractère, sur la forme de nos âmes.
Quelle que soit d'ailleurs la théorie adoptée sur la nature intime de l'âme, ce qui est certain pour 3* Partie.
tous les penseurs, â quelque école qu*ils appar tiennent, c'est qu'il y a dans l'être humain un certain nombre de manifestations morales, distinctes des phénomènes physiologiques, et qui constituent le domaine propre de la psychologie. Ces phénomènes, qui se succèdent durant toute la vie, et que le sommeil seul vient suspendre ou tout au moins ralentir, ont cette qualité commune qu'ils se révèlent immédiatement à nous par le sens intime : ce sont des états conscients ou qui' peuvent le devenir. Notre raison les rattache tous â un même principe, que nous concevons comme une cause et comme une substance, comme la cause qui les produit, comme la substance dont ils sont les modifications successives.
Mais quoiqu'ils aient tous pour caractère d'être connus ou de pouvoir être connus par la conscience, sans tomber sous les sens, les phénomènes moraux présentent, si on les examine de près, certaines diversités qui permettent de les diviser et de les distribuer en plusieurs catégories. Ces catégories ont pris le nom de fa*mltés. Elles sont à l'âme ce que les propriétés sont à la matière inanimée et les fonctions aux corps organisés.
Il ne saurait être question en effet de prendre les facultés, comme on Ta fait autrefois, pour des entités indépendantes, pour des forces distinctes qui seraient comme des intermédiaires entre l'âme et ses opérations. Les facultés ne sont que des dénominations générales et abstraites, sous lesquelles les psychologues rangent, pour la commodité de leurs expositions, les familles de faits analogues qu'ils ont distinguées dans l'âme.
Rappelons brièvement les divers essais de classification qui ont tour à tour été proposés. Dans l'antiquité, Platon distinguait déjà trois parties dans l'âme : l'intelligence ou la raison {nous^ logos)^ le cœur ou le courage, source des passions nobles et élevées (M^mo«), le désir ou la sensibilité inférieure (ipithymia), Aristote, â son tour, après avoir accordé une âme végétative à la plante et une âme s'ensitive à l'animal, semble reconnaître chez rhomme quatre facultés principales : !<> l'inclination ; 2* la faculté motrice ; 3*> la volonté ; 4* Tintel ligence.
Au XVII* siècle, chez Descartes et ses disciples, nous voyons les facultés ramenées à l'entendement et â la volonté : la sensibilité est omise. D'autre part, Bossuet confond la volonté et Tentendement sous la même dénomination d'opérations intellectuelles^ et établit une classe à part pour les opérations sensitives.
C'est en Allemagne et au siècle dernier, chez les psychologues à peu près ignorés de l'époque qui s'étend entre Wolf et Kant, que pour la preoiière fois a été établie avec quelque précision la distinction aujourd'hui banale des trois formes de l'âme : la sensibilité, l'intelligence et la volonté. Niée par les sensualistes qui, comme Gondillac, ne veulent voir dans les phénomènes psychologiques que les transformations d'un fait primordial unique, qui serait la sensation, la division triple des facultés morales a été admise par la plupart des autres philosophes. Kant lui-même s'est conformé à ce principe de division, en écrivant la CHtique de la Raison pure, la Critique de la Raison pratique et la Criti-
?ue du Jugement, qui correspondent précisément à intelligence, à la volonté ou à l'action, au plaisir ou à la peine, c'est-à-dire à la sensibilité. Reid, il est vrai, revient à la théorie cartésienne en distinguant seulement les facultés actives et les facultés intellectuelles : il fond la sensibilité en partie dans l'intelligence, qui comprendrait les sens et les émotions du goût, en partie dans les facultés actives, auxquelles il faudrait rattacher les sentiments affectueux ou malveillants. Mais, de plus en plus, et malgré les tentatives isolées de quelques penseurs qui, comme les phrénologues, proposent des