FRANÇOIS
Marign AN ET LB CONCORDAT — Los deux prédécosgeurs du Jeune roi avaient ouvert le chemin de Tltalie. Et les séductions de la Péninsule, arts, plaisirs et prouesses, devaient ètie irrésistibles sur un
I»rince de vingt ans. Six mois à peine s'étaient écoues depuis son avènement, que le roi avait renouvelé les traités de Louis XII avec Henri VIII, Venise, le pape et Charles d'Autriche. Les Suisses seuls se montraient résolus à soutenir le duc de Milan, Maximilien Sforza; 20000 d'entre eux gardant les Alpes, il fallut diercher un passage inconnu. L'armée se dirigea vers le col de Largentière. Pietro Navarro construisit des ponts sur les précipices; les soldats traînèrent leurs canons dans la neige ; et Ton déboucha dans la vallée de Saluées. François poussa vers Milan, jusqu'au village de Marignan. Le 18 septembre 1515, les sons « du taureau d Uri et de la vacho d'Unterwalden » annoncèrent la bataille. Ce fut, comme le dit le vieux Trivuice, un combat de géants ; trente fois la gendarmerie française vint se heurter aux piques des Suisses. François I*' eut la visière de son casque percée d'une pique, et passa la nuit à cheval, à quinze pas de l'ennemi. Enfin le lendemain, après une lutte de vingt-huit heures, les Suisses plièrent. Le roi victorieux voulut être armé chevalier par Bayard sur le champ de bataille. « Certes, ma bonne épée, s'écria lo chevalier sans peur et sans reproche, tu seras bien tardée comme relique pour avoir aujourd'hui donné à si beau et puissant roi Tordre de la chevalerie, b Décidément ce n'était plus la royauté sage et bourgeoise de Charles V, de Charles VII et de Louis XI. C'éuient bien plutôt les traditions brillantes mais dangereuses de la noblesse féodale et de la chevalerie qui régnaient sur le roi de France.
Cette victoire inaugurait brillamment le nouveau règne. Maximilien Sforza fut interné en France. Les Suisses conclurent la paix et promirent au roi des mercenaires ; Léon X vint conférer à Bologne avec le vainqueur. Le pape offrit à François d'enlever aux fidèles l'élection des évèques et des abbés, dont la nomination serait désormais dévolue au roi; il réclamait en échange l'abolition de la Pragmatique. Ce fut le concordat de 1516, et la fin des libertés gallicanes. Comme le parlement s'opposait à ce traité : « Je sais qu'il y a dans mon (parlement des fous turbulents et téméraires, dit e roi ; je sais qu'ils voudraient s'ériger en sénat de Venise. Qu'ils se mêlent de la justice... 11 n'y a qu'un roi en France. » Et l'édit fut enregistré violemment. C'éuit rompre avec la bourgeoisie, à qui la royauté devait presque tous ses progrès.
En un an de règne, François s'était donc fait connaître tel ^u'ii fut toute sa vie : brave et glorieux, mais imprudent, mobile et despotique, homme de plaisirs plutôt que d'affaires et de travail. Tel était le prince qui devait faire face aux complications de la politique européenne, naissante au XVI* siècle. Jusque-là les nations avaient vécu snr elles-mêmes, absorbées dans le travail de leur formation intérieure. Elles allaient désormais lutter au dehors pour agrandir leur domaine ou maintenir leur indépendance. L'Europe se trouvait au seizième siècle en face de la puissance au tri* chienne grandissante, de la Renaissance et de la Réforme. Ces trois événements ont rempli le règne et la vie de François I".
François I*' et Charles-Quint.— La rivalité de ces deux princes était inéviuble. Ils étaient; opposés de caractère tout ensemble et d'intérêts. « Doué d'un sens naturel supérieur, d'un esprit pénétrant, d'une rare fermeté de caractère, Charles s'apprêlait à regarder la fortune en face, sans s'enivrer de ses faveurs, sans se troubler de ses disgrâces. Sa gravité et sa hauteur d'Ame sont telles, dit un contemporain, qu'il semble tenir l'univers sous ses
pieds. (Mignot). » Et de fait, le ieune prince prétendait k la monarchie universelle. Ponr posséder l'Occident, il ne lui manquait que la France et l'Allemagne. L'Allemagne devait fermer amtonr de la frontière française le cercle menaçant de sa prodigieuse domination. Son grand-père, Tempereur Maximilien^ venait de mourir (1519). Francfort, où se réunissaient les électeurs, fut donc le premier champ de bataille des deux rivaux, déjà en rivalité, malgré lo traité de Noyon (1516), pour Naples et le Milanais.
François promettait aux Allemands une croisade contre les Turcs; mais Charles se réclamait de son grand-père. Tous deux faisaient assaut d'argent Enfin le seul électeur incomiptible, Frédéric le Sage, entraîna ses collègues, et après avoir refusépour luimême le trône impérial, vota pour le petit-fils de Maximilien, a vrai prince allemand, disait- il, dontle choix lui semblait le plus naturel en droit et le -plus convenable en fait, dans l'état de l'Europe, s Le roi Charles I*' d'Espagne devenait Charles-Quint.
Première guerre (1621-1526). — François cacha son dépit, mais prépara la guerre, en recherchant l'alliance du roi d'Angleterre Henri VIIL Les deux souverains se rencontrèrent entre Guines et Ardres. Le roi de France avait fait construire une tente immense, en forme de sphère, et toute en ânp d'or. L'intérieur était de velours bleu ciel semé d'étoiles d'or. Les seigneurs imitaient la magnificence du maître; plusieurs « portaient sur leurs épaules leurs moulins et leurs prés, » qu'ils avaient dépensés en riches parures. Mais François eut beau faire montre de chevalerie en se rendaot seul au camp d'Henri VIII, celui-ci partit peu après pour Gravclines, où il vit Charles-Quint. Lt l'empereur acheta Wolsey, ministre ei favori du monarque anglais.
Néanmoins François fit envahir la Navarre, qui fut aussitôt reperdue. Lautrec, son général en Itahe, se laissa chasser de Milan ; heureusement Bayard arrêta Charles-Quint derrière les murailles en ruines de Mézières. En 1522, la haine de Louise de Savoie fit encore perdre à Lautrec la bataille de la Bicoque; la reine-mère s'était fait remettre les 400 000 ecus destinés à solder les Suisses ; cenx-d exigèrent de leur général a argent, congé ou bataille. «Lautrec, forcé d'attaquer dans de mauvaises conditions, fut complètement vaincu.
En 1Ô23, Louise de Savoie fut encore cause de la trahison du connétable. Charles de Bourbon possédait le Bourbonnais, l'Auvergne, le Forez, la Marche, le Beaujolais; il avait épousé Suxanne de Bourbon, petite-fille de Louis XI ; François I<' l'avait fait connéuble. Et ses talents étaient au niveau de sa fortune : en 1512, l'armée l'avait voulu pour successeur à Gaston de Foix; à Marignan, on lui avait dû en partie le gain de la bataille. Depuis, il avait gouverné le Milanais avec une habile énergie. Mais sa hautaine indépendance avait fait dire à Henri VIII : « Si jV vais un pareil sD^et, je ne lui laisserais pas longtemps la tête sur les épaules. » Jusque-là, le duc avait servi loyalement le roi. La rancune de Louise de Savoie, dont il refusa brutalement la main, à la mort de sa femme, devait le conduire à la révolte. Dépouillé injustement de tous ses biens par un arrêt du parlement, qu'avait dicté la reine-mère, il se vit tenté par Charles-Quint qui lui offrait sa sœur. Dès lors il conspira. Un traité d'alliance fut signé par lui à Montbrison avec Henri \U1^ et l'empereur. On lui promettait de lui faire un royaume avec des morceaux de la France. Le roi averti, Bourbon dut fuir à Besançon, ville impériale. En vain François fit offrir « au reduuUible fugitif la restitution Immédiate de ses biens, le remboursement de ce qui lui était dû (fliignet). s — ff 11 est trop tard, » répondit Bourbon, et il rejoignit' Charles-Quint.
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Mais dans ses provinces héréditaires mômes, U fidélité ne fût pas un instant ébranlée.
En 1574, Bourbon, qal « avait repris dans la coalition par sa supériorité naturelle la considération et Tautorité que lui avaient fait perdre son insuccès » ot la défiance de Charles-Qi^int, résolut de conduire en Provence Tarmée espagnole. Il vainquit d^abord à Biagrasso, où Bavard fut mortellement blessé. Informé de sa blessure, Bourbon accourut: c Bayard. mon ami, dit-il, je suis bien déplaisant de votre inconvénient. —Il n*y a point de pitié à avoir sur moi, répondit celui-ci : je meurs ayant fait mon devoir; mais j*ai pitié de vous/ de irous voir servir contre votre roi, votre patrie et ▼otre serment. » Peu après, le héros mourut, admiré des ennemis mêmes.
Cependant la France était envahie; heureusement Marseille répondit avec des boulets aux sommations do Bourbon. Et les Espagnols reculèrent bientét devant François I*' qui amenait une armée. Leur route était jonchée de morts et de m'ourants, d*armes et de bagages. François poursuivit les fuyards jusqu*àPavie que défendait Ley va. L.a ville était à bout, quand parurent Bourbon et Pescaire avec les soldats de Charles-Quint. « Mes enfants, s*écria Pescaire, toute la puissance de l'empereur ne vous donnerait pas demain un morceau de pain. Si donc vous tenez à manger demain, marchons an camp des Français. » L'artillerie semblait nous devoir donner la victoire ; mais François masqua ses propres canons par une charge maladroite. Chabannes, Bonnivet, La Trémoille tombèrent sous les yeux du roi, qui, blessé an visage, aux bras, aux jambes, combattait toujours. Enfin il dut se rendre. « De toutes choses, il ne me demeure que Thonneur et la vie, oui est sauve, » écrivit-il ù sa mère, en lui confiant la régence du royaume flSVS). Bientôt emmené à Madrid, il y fut tenu étroitement emprisonné. Charles- Quint se proposait de le briser par ces rigueurs pour lui faire accepter de dures conditions. Mais François voulut abdiquer; bientôt il tomba malade, et Charles eut peur de perdre son prisonnier. Par le traité de Madrid conclu aussitôt (15'i6), le roi de France renonçait à tous ses droits sur la Bourgogne, la Franche-Comté, TArtois, la Flandre, Milan^ Naples. Il livrait ses deux fils comme otages, jusqu'à la complète exécution de ces clauses rieoureusos. Il promettait d'épouser Eléonore, sœur de Charles-Quint.
Deuxième guerre (1526-39). — « Je suis encore roi, » s'écria François en sautant sur la rive française de la Bidassoa. Et la joie de vivre libre, le désir d'une prompte revanche, les sympathies de l'Europe, inquiète des progrès autrichiens, lui firent presque aussitôt oublier les conventions de Madrid. Dès 1526. il convoquait les Eutsdo Bourgogne, qui refusaient de se donner à l'Espagne. Il signait le traité de Cognac avec le pape, le duc de Milan et Venise contre l'empereur.— « Le roi, votre maître, dit Charles à l'ambassadeur français, a fait méchamment et l&chement de ne pas m*avoir gardé la foi que J'ai de lui. b — « Nous disons que vous avez menti par la gorge, et qu'autant de fols quo vous le dires, vous mentirez. .. Par quoi^ assurez-nous le champ et nous vous porterons les armes; la honte de tout délai du combai sera vôtre, répondit François, n L'empereur accepta le cartel. Mais les deux rivaux « cherchaient plutôt à conserver des apparences chevaleresques, qu*à mettre sérieusement en pratique les exemples de leurs aïeux, s C*est riulie qui fut leur champ-clos.
Bourbon venait d'y succéder à Pescaire ; les Impériaux étaient dans un profond désarroi. L*ancien connétable courut ramasser en Allemagne 15000 lansquenets luthériens, enchantés de servir sous lui et contre le pape. Leur chef Frondsbers apportait une chaîne d'or pour étrangler Cl^
ment VII. c Je vous ferai tous riches, ou mourrai à la peine, » leur avait dît Bourbon; et il conduisit tumultueusement ces bandes affamées au pillage de Rome. Il v fut tué, dès la première heure de l'assaut, d'une arouebnsade. Mais la soldatesque victorieuse prit le pape et jouit de la ville , hommes et choses, pendant trois mois. Ce fut pire qu'au temps ces Vandales. L'indignation éclaU dans la chrétienté, et dédda enfin Français 1*' à agir. Lautrec franchit les Alpes, emporta Pavle, délivra Clément VU, et assiégea Naples de concert avec le Génois André Dorla, « si grand amiral qu'il semblait (|ue la mer le redoutât, » dit un contemporain. Mais la fierté de Gènes et do sou
frand citoyen déplut à François. Le roi complota 'enlever par surprise la flotte génoise. Doria averti traita avec l'empereur, et les Français se trouvèrent cernés dans les Deux-Siciles, sans vivres, en proie aux maladies. Lautrec mourut de la peste, et les débris de Tarmée capitulèrent. Le Milanais fut encore perdu. Heureusement les progrès de Soliman sur le Danube obligèrent Charles-Quint à traiter. Marguerite d'Autriche, tante de l'empereur, et Louise de Savoie négocièrent à Cambrai la paix des Dames (152ii). François, trahissant ses alliés, Venise, Florence, Ferrare, renonçait à l'Italie, épousait Eléonore d'Espagne, et payait deux millions d'écus pour la rançon de ses fils.
Troisième guerre (1586-87). — Désormais, François, instruit par ses revers, résolut de diriger contre l'empereur une guerre moins brillante, mais plus redoutable. Appuyé sur l'Angleterre, il entreprit de soutenir les adversaires de la maison autrichienne, les protestants d'Allemagne et les Turcs. C'était amasser encore des ferments de guerre, qui firent explosion en 1536, à la mort de Maximilien Sfcrza. Charles-Quint envahit la Provence. Mais le connétable de Montmorency changea cette province en désert. Pendahtdeux mois, l'empereur promena dans le pays désolé ses bandes affamées, que décimait obscurément la rage des habitants. Au retour, il avait perdu 20 000 hommes. Quelques ravages en Champagne et en Picardie n*avatont pas eu meilleur résultat. On signa une trêve à Nice (1537)^ après avoir célébré à Aigues- Mortes des fôtcs splendides. François môme , naguère si ardemment ennemi de Charles, lui offrit gratuitement le passage à travers la France pour marcher contre Gand révoltée ; Charles accepu fl.s39j.
Le fou du roi, Triboulet, écrivait sur son re* gistre le nom de l'empereur. ■— a Que diras-tu, al je le laisse passer, dit le roi. — J'effacerai son nom et mettrai le vôtre à sa place.» — Pourtant, François, en échange de ce service signalé, se contenta de vagues promesses, qu'oublia Charles, aussitôt la frontière franchie. Tnboulet avait eu raison.
Quatrième guerre, — Ce fut la cause d'une quatrième et dernière guerre. Encouragé par le désastre des Espagnols devant Alger M 541), François renouvela son alliance avec Soliman, dont la flotte vint hiverner à Toulon, au scandale de la chrétienté (1542). Cependant Charles- Quint avait pénétré en Champagne jusqu'à Epernay, et Henri VIII emportait Boulogne. Paris était en alarmes. Mais l'empereur recula devant 40 000 hommes de milices nationales, et le comte d'Enghien vainquit à Cérisoles (1544). Montluc était venu demander la permission de combattre; il entraîna le rot. « Fou enragé que tu es, lui dit un ministre, tu seras cause du plus grand bien qui puisse arriver au roi, ou du plus grand mal. » Ce fut une victoire, suivie de la paix de Crespy (1544). François gardait la Bourgogne et le Piémont, pris au duc de Savoie Un an avant de mourir, François signa encore la paix avec l'Angleterre (1546).
Trente ans de guerres Incohérentes n'avaient
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«u de réBultat ni pour la France ni pour le roi. « Heurousement pour Véelal de 8on. règne et rbonneur de son nom, Françoia avait eu d'autres désirs et d'antres goûts que ceux de la politique vaniteuse et imprévoyante qu'il pratiquait avec des alternatives de témérité et de faiblesse, plus nuisibles au succès de ses desseins qu'à sa renommée personnelle, qui se relevait incessamment par l'éclat de son coaragei, les. élans généreux, bien ^oe superficiels, de sonlme, et le charme de son esprit, animé d'une sympathie sincère pour toutes, les belles œuvre» humaines dans lee lettrée, les sciences, les arts, et pour tout ce qui honore et eakbellit la vie* humaine (Guixot). »
François I*^ bt.lji Rbnaissamcb. -* Tou4 les souverains du XVI* siècl» a honorèrent les artistes, François I*' les- aima. Les exiiés italiens trouvaient en lui une consolation^ la plus gpande, il les imitait Lee italiens en revanche avaient fait pour lui des merveilles (Michelet.) » Dispersés par les guerres* d'Italie, un grand nombre étaient venus s'abriter à Thospitalité du roi chevalier. Le Rosso, lePrimatice lui construisirent Fontainebleau; Andréa del Sarto lui donn&son admirable Charité qui est au Louvre; Vinci, que François appelait son père et dont il recueillit, dit-on, le dernier soupir, vint mourir à Clou, près d'Amboise. Le roi promettait à Cellini « de Tétouffer dans Tor. » Fontainebleau, Chenonceaux, Chambord, Saint-Germain demeurent aujourd'hui les témoins de leur faveur et de leur reconnaissance. Et près d'eux, à leur exemple, se formèrent les Français : Pierre Leecot traçait le plan d'un nouveau Louvre, conuaencé en 1541, et construisait la fontaine des Innocents, dont Jean Goujon sculptait les délicieuses figures.
Plus lentes à mûrir, les lettres oe formaient peu à peu dans le commerce assidu de l'antiquité. Chassés de Constantinople en 1453, les savants srecs s'étalent dispersés dans L'Occident ; en échange de l'hospitalité, ils ouvraient leurs mains, pleines des trésors antiques^ Lee Français avaient rapporté de I4 péninsule italienne les germes de la civilisation renaissante» Jean Lascaris, Guillaume Petit, Jsean et Uartin Dubellagt, GuiUaume Budé, Vatable étaient les maîtres émineata dee éludes anciennes* Avec leur concours, François fonda le Collège royai, orixine du Collège de France, où il créa successlvemeat des chaires de grec, d'hébreu, de mathématiques, de langues orientales, d'éloquence latine^ de philosophie latine et grecque. Robert Estienne, établi par le roi rue Jean de Beauvais, imprinnit les* trosore des écrivains antiques, que sedisputaient Us modernes.
Et lee lettres françaises commençaient à fleurir. François donnait l'exemple, dans des vers médiocres. Sa scsur flitfguerite de VaAeis eut souvent un sentiment vrai» u» esprit libre et gracieux dans son Hepiaméronf dont les récits décrivent les mœurs contemporaines, et dans ses vws, les Jlfarmierites de la Marguerite des Princesses. Mais deux hommes soirtont font U gloire de cette pr^ mière période de k. Renaissance : Blarot et Rabe* lais. Pour la* première foie aivec Marot, « nous sommes eu Fraooe^ eu terre et en langue fnmçftises, en plein e^Mrit firaïkçaiflt, de la cour et de la bonne coaipagnie; poète d'esprit, plutôt que de génie et de grand talent, mais tout plein de grâce et de gentillesse (Saime-Beuve^) » On lui doit des poésies diverses et une traductioa des psaumes que chantent enoore les protestants*
« Rabelais (1495^1553) erra en France et en Europe de ville en ville et de profession en profession, de bonne en mauvaise et de mauvaise en bonne foftuue. » Il finit, sous Henri II, curé de Meudon, par la protectisa du cardinal du Bellay. François I*', avant de mourir, avait permis la publication de son Gargantua et de son Pantagruel, « Au fond et au*deUi de ieure apparences, la vie
et le livre de Rabelais sont une image vraie et vive de la fermentation morale et sociale de son temps, temps à la fois d'innovation et de résistance, de décadence et de renaissance (Guixot.) *
Fbançois I*' ET LA RÉFORME. -^ « Qoe le maître de la maison, en vue d'une moisson nouvelle, envoie des ouvriers nouveaux et diligents..... Mon cher Guillaume, Dieu renouvellera le monde et vous le verres. » Ainsi parlait le vieux savant Lefèvre d'ÉUples au Jeune dauphinois Guillaume Farel. Ces deux hommes représentaient en France les deux premiers aspects de la Réforme. Lefèvre avait pour amis Briçonnet, Marguerite de Valois, et par intervalles le capricieux François lui-même. Farel devait répandre dans le peuple tout le trouble que semait Luther en Allemajgne. Le premier martyr du protestantisme français, Jean Leclerc, de Meaux, périt après d'horribles supplices (15;5)
f tendant la captivité du roi. Il fidlut, peu après, e retour de François pour arracher au Parlement Louis de Berquin. Mais en 1528 quelques hérétiques vinrent briser la tête à une statue de Notre- Dame; Berquin, abandonné du roi, malgré Marguerite, fut repris et mourut sur le bûcher. Dppuis 1 62d, la conduite de François à l'égard des hérétique s fut subordonnée aux nécessités de sa politique extérieure. Tour à tour allié par besoin ou hostile par croyance aux protestants d'Allemagne, il tolén ou persécuta alternativement les protestants de France. Durant son règne, 81 condamnations I mort pour crime de religion furent exécutées. £n 1534, en six mois, il y en avait eu 102 prononcées à Paris, mais la plui>art des victimes avaient fui. Et ces rigueurs ne faisaient que stimuler le zélé des hérétiques, soutenus déjà par Calvin.
Le dernier acte de peraéoution et le plus atroce de ce règne est le massacre des Vaudois de Mériodol et do Cabrières. Depuis le xiii* siècle, !e% disciples du marchand lyonnais Valdo vivaient paisibles dans une vallée des Alpes. Les progrès de la Réforme attirèrent sur eux l'attention. Le 18 novembre 1S40, le Parlement d*Aix ordonna « que les maisons seraient démolies et rasées, les caves comblées, les bois coupés et abattus, que les terres de ceux qui avaient habité dans Mérindol ne pourraient être affermées à qui que ce It^t de leur famille ou de leur nom. » L'exécution n*eut lieu qu'en 1S4&, sous les ordres du baron d'Oppède. Trois villes et vingt<deux villages furent détruits, trois mille personnes massacrées, après dlgnobles violences ; beaucoup d'enfants furent vendus comme esclaves L'indignation fut violente, et le roi lui-même ordonna une enquête. Mais il mourut avant de Tavoir vue accomplir.
Ainsi, vis-ftrvis de ses deux adversaires, Charles» Quint et U Réforme, Francis montra la même mobilité, pratiqua la même politione incohérents et indécise. Il vieillit malaae,. tnste et découragé, sentant lui-même la vanité de son œuvre, tt Pendant trente-deux ans, U avait projeté, tenté, guerroyé, négocié,... changeant sans cesse de but, de cause, d'alliés. Et dans ce mouremeiit incohérent, il n*a su conquérir ni I*Empire« ni riulie; il n*a ni e^andi, ni pacifié la France (Guizot.) » [Paul Schafer.]
François IX. — Histoire de France, XVm, -^ fils atné et successeur de Henri II, monta sur le trêoe en juillet IS^ à l'&ge de moins de seize ans. On lui avait fait épouser l'année précédente la jeune Marie Stuart. Son règne, qui ne dura que dix-huit mois, f^t rempli par les querelles de deux maisons rivales, les Bourbons et les Guises; les* passions religieuses, violemment surexcitées, servirent de prétexte à une lutte dont le but réel était la possession de l'autorité. Les Guises, oncles de Marie Stuart, étaient tout puissants à la cour; l'un dea BourlMUis, Louis de Condé, organisa uns coinjuratioB, dans laquelle entrèrent un grand