FRÉDÉRIC
FRONDE
rerlos splendeurs du Saint-Empire germanique. — V. Hohenstaufen.
Frédéric U — Histoire générale, XIX et XXVII,
— appartenait comme Frédéric Barberousse^ son . grand-père, à la maison de Souabe, dont il fut la [ personnalité la plus remarquable. A la mort de son
S ère Henri VI (i 197), qui lui laissa le royaume des leux-Siciles, il n*avait que quatre ans, et ne pouvait prétendre à la couronne impériale. Deux compétiteurs se la disputèrent : Philippe de Souabe, oncle du ieune Frédéric, et Otbon de Brunswick, fils de Henri le Lion, et chef du parti guelfe. Ce dernier reçut Tappui du pape Innocent III, et, après l'assassinat de Philippe (1208)2 ^^^ ^"^' nimement reconnu. Mais Othon montra bientôt visà-vis du Saint-Siège les mêmes prétentions que les empereurs gibelins; alors Innocent III Texcommunia, et donna la couronn^ à Frédéric (121 2). Celui-ci toutefois ne fut véritablement empereur qu'après la mort d'Othon de Brunswick, arrivée en 1218.
Jusqu'à la fin du pontificat d'Innocent lU, dont il avait été le pupille, Frédéric II resta le docile protégé de TÉglise. Mais bientôt la lutte recommença, plus violente que Jamais, -entre l'empereur et la papauté. Italien par sa mère Constance et par son éducation, Frédéric apporta dans cette lutte les ressources d'un esprit délié et rompu aux habiletés de la politique. Au retour d'une croisade entreprise pour obéir à l'impérieux pape Grégoire IX, et dans laquelle il se fit céder Jérusalem par le Soudan d'Egypte (1229), il trouva une partie de l'Italie soulevée: avec l'aide de ses sujets Barrazins deSicile,iibattitses adversaires. Mais,quelques années plus tard, son propre fils Henri se révolta contre lui à l'instigation du pape et avec l'appui des villes de Lombardie; Frédéric, obligé de reprendre les armes, vainquit la liçue lombarde à Corte Nuova (1237), et détruisit à la Meloria la flotte des Génois, alliés du pape (1241). Grégoire IX mourut la même année ; après deux ans d'interrègne^ ii fut remplacé par Innocent IV. Le nouveau Sape ne se montra pas moins animé aue son préécesseur contre le parti gibelin. Il fit déposer 1 empereur dans un concile tenu à Lyon (12^5), et prêcha une croisade contre lui. En apprenant la décision du concile, Frédéric, saisissant sa couronne, l'affermit sur sa tète et s'écria : « Elle n'en tombera pas avant que des flots de sang n'aient coulé. » Ses dernières années se consumèrent dans une lutte stérile ; trahi par son chancelier Pierre des Vignes, et poursuivi sans rel&che par la haine d'Innocent IV, qui voulait anéantir la race des Hohenstaufen, il nei put venir à bout de pacifier l'Italie. Le chagrin que lui fit éprouver la captivité de son fils Enzio, fait prisonnier par les Bolonais en 1249, acheva de l'accabler; et il mourut Tannée suivante.
Frédéric U aimait les lettres et les arts ; c'est à sa cour do Palcrmc, en Sicile, que naquit la poésie italienne. Il fonda l'université do Naples, encouraeca le progrès des sciences, et fut peut-être l'esprit le plus libre et le plus éclairé de son temps. Avec lui finit la puissance des Hohenstaufen. — V. Hohenstaufen.
2» Prusse.
Frédèrio I* — Histoire générale, XXV, XXVH,
— fut le premier roi de Prusse. C'est en 1700 que l'empereur Léopold I" autorisa l'électeur de Brandebourg à prendre le titre de roi en échange d'un secours de dix mille hommes contre la France. Frédéric I*' encouragea les sciences, les arts et l'industrie, et régna Jusqu'en 1713.
Frédèrio n le Grand, — Histoire générale, XXV, XXVU, - petit-fils du précédent et fils de Frédéric- Guillaume P', monu sur le trône en 1740. Ses querelles avec Marie-Thérèse au sujet de la Silésie, et les longaes guerres qu 11 eut à soutenir
contre l'Autriche et les alliés de cette patssance, de 1740 à 1745, et de 1756 à 1763, sont racontées aux mots Guerre de la succession d'Autriche et Guerre de Sept ons. Il y déploya le génie militaire d*un grand capitaine. Durant les dix années de paix qui précédèrent la dernière de cet guerres, Frédéric, par une administration habile, avait élevé son royaume à un haut degré de proapérité, et sa cour, à laquelle il avait appelé Voltaire et un certain nombre d'autres écrivains et de savants, était devenue le plus brillant foyer des lettres en Europe. Quand le traité d'Hubertsboorg (1763) lui eut assuré définitivement la possession de la Silésic, il continua, pendant les vingt-trois dernières années de son règne, l'œuvre de l'organisation intérieure de la monarchie prussienne, dont il fit l'une des premières puissances de l'Europe. Politique peu scrupuleux, il fut l'instigateur du premier partage de la Pologne, grâce auquel il pat s'annexer un territoire qui réunissait la province de Prusse à ses autres Etats. Il mourut en 1786. Frédéric II a laissé des poésies et divers écrits philosophiques et politiques ; tous ses ouvrages sont en français. — V. Prusse, ainsi que TarUcle Frédéric II dans la !*• Partie.
Frédério-Oaillanme I, II, m et IV \. Prusse.
FROID. — V. Température.
mONDË. — Histoire de France, XXin. — U Fronde fut la guerre civile qui troubla la France, durant la minorité de Louis XIV % sous le ministère de Mazarin *. Cette guerre, commencée poar des causes sérieuses, fut conduite d'une manière «l frivole qu'on la compara à un Jeu d*enfants. Ou oublia la grandeur des intérêts qui s^agitaient, \ts souffrances qu'elle causa, la guerre étrangère qui vint s'y mêler. Première tentative essayée poar établir un gouvernement régulier, et en * mèmfi temps dernier réveil de la féodalité, elle marqua h fin des guerres civiles sous la monaichie et fut comme un lointain prélude de la Révolution de 1 789.
Ses causes multiples et compliquées se réduisent, lorsqu'on y regarde de près, à l'ambition du parlement de Paris qui, profitant de la convocation trop rare des États généraux, s'arroge le droit de les suppléer; aux souffrances du peuple, victime du désordre des finances et accablé d'impéls ; enfin, au dépit de quelques grands soigneurs, jaloux de la puissance de Mazarin, et qui mettent leur épée au service du parlement et du peuple sans trop se soucier ni de 1 un ni de l'autre.
Le ministère du cardinal Mazarin avait été heareux de 1643 à 1648, et les succès remportés par les armées françaises dan» la guerre de Trente ans* avaient voilé la faiblesse, le désordre de l'administration financière. Vtdit du toisé (1644), 3ui remettait en vigueur un vieil édit relatif à U éfense de bâtir, en dehors de certaines limites, dans les faubourgs de Paris, et qui exigeait une contribution des propriétaires oublieux de l'ancien édit ; YÈdit du tarif , qui réglait à nouveau les droits d'entrée sur les vivres et les marchandises dans Paris (1646), excitèrent des plaintes accueillies avec faveur par le parlement. Tenu à l'écart de la politique sous Richelieu, mais appelé par la reine Anne d'Autriche à se prononcer en 1643 sur la (question de régence, le parlement s'efiforcait de limiter l'autorité du premier ministre et de se faire considérer comme le conseil souverain de la nation. La révolution d'Angleterre qui mettait, à la même époque, aux prises le parlement anglais et le roi Charles l*% rendait plus hardi le parlement da Paris, qui n'avait pourtant qu'une analogie nominale avec le grand corps composé, en Angleterre, des représentants élus de la nation .
Loin de calmer l'irritation des magistrats du parlement, qui refusaient d'enregistrer les éàlts relatifs aux impôts nouveaux, Mazarin blesse le pa^ lement lui-même par la création de douze nouvelles
FRONDE
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charges de maîtres des requêtes, et, modifiant Timpôt de la Paulette (V. Édits) , exige de tons les magistrats l'abandon de quatre années de leurs gages. Le parlement de Paris, malgrô une exception faîte en sa fayeur, s^entend alors avec les magistrats des autres Cours souTeraines, le Grand Conseil, la Chambre des comptes, la Cour des aides, et rend, le 13 mai 1648, un célèbre arrêt dit Arrêt d'union, qui formait de toutes ces cours souToralnes un seul et même corps, menaçant pour Tautorité royale. Les députés des quatre cours tiennent des séances dans la chambre aite de Saint-Louis, et, agitant les plus graves questions, semblent vouloir établir un gouvernement constitutionnel. La reine interdit ces assemblées ; puis,au milieu de ces troubles, le mot de fronde devient un mot de ralliement. Suivant certains mémoires (Mademoiselle de Montpensier), Bachaumont aurait mis ce mot à la mode en se servant de Texpression «Je fronderai » ; selon d'autres, le mot aurait été une allusion peu bien- Teillante à la timidité des magistrats que Ton comparait à des enfants jouant « à la fronde, » se Jetant des pierres dans les fossés, mais prompts è se disperser dès que paraissait le lieutenant-dvil. Quoi qu'il en soit, on chanta bientêt :
Un 'vent de Fronde S'est leTé ce matin ; Je crois qu'il gronde Contre le Uazarin.
La victoire de Condé h Lens (20 août 1648) décida Mazarin à tenter un coup d'autorité. Le Jour même du Te Deum célébré en l'honneur de cette victoire (26 août 1648), il fit arrêter trois magistrats, Blancménil, Broussel, et Viole. Le peuple se soulève; Paris se hérisse de barricades (27 aoùt^ ; partout Retentit le cri de Liberté et Broussel. Le parlement va en corps au Palais-Royal réclamer la liberté de ses membres, et son président Mathieu Mole montre autant de fermeté devant la reine que de dignité au milieu de la populace menaçante. Anne d'Autriche cède. Tout semble terminé.
Mais le parlement poursuit l'œuvre qu'il a entreprise: par sa Déclaration du 22 octot>re 1648, il intervient dans le gouvernement de l'État, et revendique sa souveraineté en matière de procès : aucun de ses arrêts ne pourrait être cassé. Des princes, Conti, frère de Condé, le duc de Longue ville, le duc de Beaufort, le duc de Bouillon, le vicomte de Turcnne, le duc de la Rochefoucauld, soutiennent le Parlement. Anne d'Autriche, effrayée, quitte Paris en secret avec le Jeune roi (6 Janvier 1649), et la guerre commence.
Des femmes ' romanesques ou intrigantes, les duchesses de Longueville, de Chevreuse, de Bouillon, viennent avec leurs enfants habiter l'Hôtel de Ville et se présentent comme gages do la bonne foi de leurs maris. « On vit alors, » écrit Paul de Gondi, plus tard cardinal de Rets, l'un des principaux acteurs de la Fronde, « on vit un mélange d'écharpes bleues de dames, de cuirasses, de Tiolons, dans les salles de l'Hôtel de Ville, de tambours et de trompettes sur la place^ spectacle qui se trouve plutôt dans les romans qu'ailleurs. » Les bourgeois partent en campagne^ se font battre, et rentrent dans Paris, au milieu des huées et des chansons. Ce fut la première période de la Fronde, dite Fronde parlementaire, période bouffonne où tout se tournait en raillerie, et qui aboutit à la paix de Ruel (U mars 1649).
Le prince do Condé avait défendu Mazarin et la cour. Son orgueil choqua ensuite le ministre et la reine. L'éloignement dans leouel on voulut le tenir le décida à se rapprocher des seigneurs du parti de la Fronde. Mazann fit alors (18 Janvier 1650) arrêter le vainqueur de Lens, son frère Conti et le duc de Longueville. Il les fit conduire à Vincennes, et de là au Havre. Mais les soigneurs parti-
sans de Condé soulevèrent les provinces : une autre Fronde commença, la Fronde féodale, la jeune Fronde, Turonne se Joignit aux Espagnols, mais il fut battu près de Rethel par le maréchal du PlessifhPraslln (décembre 1650).
Mazarin, pourtant si habile, ne sut pas regagner les parlementaires après avoir mécontenté les seigneurs. Paul de Gondi, n'obtenant pas le chapeas de cardinal qui lui avait été promis, et se croyant loué, rapprocha les princes et le parlement et unit les deux Frondes. L'exil de Mazarin fut réclamé par les magistrats comme par les seigneurs avec une unanimité qui força le ministre à plier. Mazarin alla lui-même délivrer le prince de CÎondé, et se retira à O>logne (6 février 1651), attendant la division de ses ennemis.
Cette division ne tarda pas à se produire. Les seigneurs ne voulaient que recouvrer leur anci^— • indépendance. Condé se brouilla avec les paVlementaires et résolut de se rendre le maître du pouvoir avec l'appui des Espagnols. Il alla en même temps soulever la Guyenne, l'Anjou et le Poitou. Mazann rentro aussitôt en France avec une petite armée, et promène le Jeune roi dans les jprovinces du Centre pour affermir leur fidélité. Condé accourt du midi, surprend les quartiers de Tarmée royale à Bléneau (Yonne), le 7 avril 1652 ; mais ses succès sont arrêtés par Turenne que Mazarin a ramené au parti du roi. Condé se dirige alors sur Paris. Turenne le suit. La haine que les Parisiens nourrissaient contre Mazarin les disposait à souhaiter le succès de Condé. Le 2 Juillet 1652, les deux grands généraux se mesurèrent devant la porte Saint-Antoine. L'armée de Condé, fort maltraitée, trouva un refuge dans Paris grâce à Mademoiselle, fille de Gaston d'Orléans, qui lui fit ouvrir les portes et fit tirer le canon de la Bastille contre les troupes royales- Mais Condé resta peu de temps à Paris, où il laissa s'accomplir un odieux massacre des partisans de Mazarin à l'Hôtel de Ville, et alla rejoindre les Espagnols. Le parlement comprit enfin que les seigneurs ne luttaient que pour satisfaire leur orgueil, leur esprit d'aventure, et se souciaient peu des libertés publiques. 11 négocia avec la cour, obtint une satisfaction par l'éloignement momentané de Mazarin (août 165?), et le roi rentra dans Paris après avoir publié une amnistie. Au mois de mars 1653, Mazarin revint triomphant; le parlement s'inclina devant lui ; la véritable guerre de la Fronde était terminée.
Toutefois on peut la regarder comme se prolon-
?;eant Jusqu'en 1659 ; mais cette dernière période ut plutôt la continuation de la lutte contre l'Espagne. Condé, devenu le chef des Espagnols qu'il avait tant de fois vaincus, perdit son bonheur au milieu des armées étrangères. Il fut chassé do la Picardie par Turenne (1650. forcé de lover le siège d'Arras (1654), et fut enfin battu, près de Dunkerque, à la Journée des Dunes (1658), qui décida l'Espagne à signer le traité des PjTénées (i659). La Fronde eut pour résultat de démontrer l'impuissance de la noblesse à renouer ses anciennes ligues, et la division des classes en France, division qui empêchait ces classes d'ol^tenir de la royauté des garanties sérieuses de liberté. Louis XlV sortit triomphant de cette lutte, qui le disposa à abuser de sa victoire et à exercer un pouvoir absolu. Le parlement, un moment maître de l'autorité, se vit réduit à ses fonctions Judiciaires, humilié même par Louis XlV au point d'être obligé d'apporter ses registres pour qu'on y déchirât tous ses arrêts rendus pendant la Frondn. . Cette guerre, si sérieuse dans ses motifs, mais si follement conduite, aboutit donc à un asservissement de la noblesse, de la magistrature, du peuple, asservissement qui enfla l'orgueil de Louis XIV, puis de Louis XV, et rendit de plus en plus inévitable la Révolution do 1789. [Gustave Ducoudray.l