‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaireChapitre 59 sur 562 · RÉCITS ET DICTÉES HISTORIQUES · texte numérisé non relu

RÉCITS ET DICTÉES HISTORIQUES

1. « Un épisode de la lutta du Sacerdoce et de l'Empire. — Le pape Gréeoire VU avait lancé Texcommunication contre 1 empereur d'Allemagne, Henri IV, qui avait osé y répondre en faisant déposer le pape. Mais ses vassaux révoltés lui signifièrent qu'ils ne lui obéiraient plus s'il n'obtenait immédiatement son absolution.

tt Henri IV résolut d'aller la demander ; quel<)uer Jours avant Noèl il partit de Spire avec un mince cortège. Grégoire VII, incertain des véritables intentions de l'empereur, alla l'attendre à Canossa, château inexpugnable situé dans le duché de Modène et appartenant à la comtessse Mathilde, qu'il appelait la fille de Saint-Pierre.

u D'abord arrivèrent les excommuniés, oui avaient franchi les Alpes avec mille dangers. C'étaient les seigneurs et les évèques qui, pour complaire à l'empereur, avaient déposé le pape au prétendu concile de Worms. Grégoire les reçut sévèrement, puis il sépara les évêques, leur donna à chacun

une cellule, leur interdit tout colloque et les condamna au Jeune.

« Après tous les autres, Henri se présenta, à son tour, aemandantgrftce par l'intercessiou de Mathilde. Le pape se montra d'abord inflexible : il ne conseDtait ni à l'absoudre ni même à le recevoir avant qu'il eût déposé ses ornements royaux. Enfin U lui permit d'entrer à Canossa. Mais quand l'empereur, laissant dehors toute sa suite, eut pénétré dans U forteresse. qui avait trois enceintes de murailles, on le fit demeurer dans la seconde, sans aucune marque de dignité, nu-pieds, vêtu de laine sur la chair, et il passa tout le Jour sans manger Jus<m*aa soir ; il resta de même le second et le troisième jour en attendant l'ordre du pape. Les assistants mêmes étaient émus en voyant un si grsnd prince pleurer et gémir pendant ses longues et froides nuits de lanvier. Quelques-uns s'écnaient ({ue ce n'était plus là une sévérité apostolique, mais la dnreié d^on tyran sans miséricorde. La porte s'ouvrit enfin, le pape donna audience au pénitent, mais il ne le réconcilia avec l'Église qu^à U condition qu'il se soumettrait absolument au pape et exécuterait tous ses ordres. L'acte fut dressé. Henri s'engagea par serment, et à ca prix l'excommunication fut levée (1077).

« Le lendemun, il sortit de Canossa absous, mais déjà parjure. Avant même de rentrer en Allemagne, il avait de nouveau déclaré la guerre au pape. » ~ (D'après Ruelle et H. Brébolles, Histoire du moyen âge).

3. « Demièrea années de l'empereur Benzi IV d'Allemagne, — Jamais prince ne fut plus cmellcment puni de son orgueil et de ses fautes que Tempereur d'Allemagne Henri IV. Excommunié par le pape, abandonne de la plupart de ses sujets, il eut encore la douleur de voir son propre fils, son enfant de prédilection, Henri le Jeune, se mettre à U tête des révoltés et lui faire la euerre.

« Trahi par tous, errant de ville en ville, Tempereur se soumet enfin au jugement de la diète convoquée à Mayence pour le Jour de Noël. Mais son fils ne veut pas qu'il y paraisse, craignant que sa vue ne ranime les sentiments d'une fidélité mal éteinte, n obtient une entrevue de son père, le trompe par des larmes hypocrites et offre de le conduire luimême à la diète. En chemin, il décide son père à s'arrêter dans un château, où il le retient prisonnier. Là il l'oblige à déposer tous les insignes de la royauté, la croix, la couronne, la lance, le sceptre et le elobe. Biais ce n'était pas assez. On transféra le mameureux empereur au couvent d'ineelheim et il comparut devant une assemblée d'où se trouvaient exclus tous ceux dont la pitié était suspecte.

tt Gomme on l'avait déjà plusieurs fois menacé de la mort s'il n'exécutait promptement tout ce qu*on voulait, il fit en cette occasion ce qu'on exigeait de lui, il assura que c'était de son plein gré qu'il abdiquait, se sentant désormais incapable de gouTerner l'empire. Il recommanda son fils à l'assemblée; il demanda pardon à tous ceux qu'il pouvait avoir offensés ; il se prosterna même aux pieds du cardinal et lui demanda humblement l'absolution; mais celui-ci refusa, disant qu'au pape seul i^ppartenait le droit de l'absoudre ; enfin il vit son fils couronné par les légats du pape et proclamé solennellement. Cela fait, on le laissa presque seul, en lui défendant de sortir.

(i Mais le vieil empereur réussit bientôt à s'échapper; il se rendit à Cologne, où il fut reçu, non comme un exilé, mais comme un roi. Il se réfugia ensuite à Liège, sous la protection de l'évêque de cette ville et du duc de Basse-Lorraine, Henri de Limbourg. Do là il écrivit à tous les princes, et en particulier au roi de France, des lettres touchantes où il racontait ses malheurs. Philippe I* n'osa prendre la défense d'un excommunié.

« Réduit à quelques vassaux fidèles, et vaillam-

ALLEMAGNE

0cgt défendu par Henri de Limbourg, il tenta un deroier effort pour obtenir Justice et obliger son Ih i cesser les hostilités. Il écrivit aux seigneurs pnor tes supplier au nom de Dieu et de rÊgUse de ce pas prêter secours à ce fila rebelle. Hais cet tpp«l ne fut point entendu» et Henri le Jeune ne rtfpoadit que par un manifeste insolent. Le parricide était coDsommé. L*empereur, après avoir mis us bottes en vente pour se procurer du pain, après iToir supplié Tévèque de Spire de le recevoir com- X» derc dans son église (ce qui lui fut refusé^, monrat de douleur et presque de Cum (7 août 1 106); iTint d'expirer, il envoya son épée à son fils avec a» mou : « Voilà tout ce que vous m*avez laissé. » ù fat son seul reproche. Ce fils dénaturé ne fut point enitt. Gomme le chapitre de Liéee avait fait célébrer flia^iifiquement les funérailles du défunt, il tàp», qoe le cercueil fût déterré et déposé hors dBs Ueu saint jusqu*à ce que Texcommunication eâs été levée. Le corps de Henri IV demeura cinq tns i la porte de Téglise de Spire avant d'obtenir «M plice dans le tombeau de ses aieuz. » — (D'a« près Ruelle et BréhoUes, Histoire du moyen âge,) t « Jji dsRiier des Hohenstaufen. — L*empe- RIT d'Allemagne Frédéric U éuit mort(12S0). Ses £H étûent mortt aussi ; il ne restait de la niaison de Sooabe que le petit-flls de Frédéric, le Jeune OiindiiL U avait quinze ans. U entreprit de dispoiër te royaume de Naples au conquérant firan^ çùsqoi s*en était emparé^ le terrible Charles d'ABjoa. n marcha résolument à sa rencontre. A R{»Dd, Q Ait conduit au Capitole par une foule immenie, harangua le peuple romain et TinsUtua »3 héritier s^if succombait dans sa périlleuse dsinprise. Charles Tattendit auprès du petit bourg d* Ttgiiaeozzo, dans le royaume do Naples. La bauille fat livrée le 23 août 1*268. L^armée gibeline fat entièrement défaite. Conradin parvint à s*échapperznt ton cousin Frédéric. d'Autriche ; il vou« Iiitgifaer la mer et s*embarquer pour la Sicile. Hais U offrit aux mariniers une bague d'un grand prii pour avoir une barque. Cette imprudence lit recoonaiu^ les fugitifs. Un seigneur à qui ils demandèrent Thospitalité, se voyant assiégé par les mii de Charles d^ Anjou, livra les prosoiu pour édb&ppcr à la ruine.

• L'implacable vainqueur lit comparaître le Hne prince devant un tribunal choisi par lui. tturies lui-ffième prit le rôle d'accusateur. Toute* fois un jurisconsulte ne craignit pas de présenter il défense de Conradin. Quand on recueillit les iTis. on seul juge. Provençal de nation, vota la Biûtt; les autres se turent. Le roi confirma la leotence, et fixa Texécution au lendemain.

■ Us deux cousins Jouaient aux échecs lorsqu'on vint leur annoncer Tarrèt oui les frappait. Le lundi :9 octobre au matin, ils liront leur testament et ftirent conduits avec dix autres seigneurs, leurs compagnons de captivité, sur la place du Kivcbé à naples. Us entendirent la messe dans une petite chapelle desservie par des frères du Uont-Carmel. L^échafaud était dressé à l'angle de » P^ice, en vue de cette baie enchantée ob le BuUieiureiix enfant avait espéré régner comme ses P^res. Charles, entouré de toute sa cour, youlut «i« présent àTexécution.

• Après avoir entendu lire sa sentence, Conradin dcueba son manteau, se mit à genoux pour pner, et se relevant, il dit : « Ah I ma mère I quelle deplonble nouvelle tous recevrez de moi. » Se tonnant ensuite vers le peuple, il jeta son gant ^» U foule comme pour appeler un champion ^t tendit son cou au bourreau.

• Qnand U vit tomber cette tète si chère. Freine d'Autriche « poussa un rugissement terrible et moonit sans aemander pardon à Dieu », dit Jio fieox chroniqueur. Ce fut ensuite le tour des kuaes nobles.

tt Cette sanglante, tragédie frappa vivement l'esprit des hommes. On prétendit au*au moment de Texécution de Conradin, un aigle était descendu du haut des cieux jusqu'à terre, Qu'aux yeux de tout le peuple il avait trempé son aile droite dansce sang généreux et était aussitôt remonté dans les airs. C'était l'aigle de Souabe qui disparaissait pour toujours. En effet les destinées de bette illustre maison étaient accomplies. » — (D'après Ruelle et Huillard-Bréholles, Histoire du moyen âge.)

4. « La ligue bansèatique. — Les villes de Hambourg et de Lubeck avaient conclu en 1241 un traité pour leur défense commune contre les pirates de la Baltique et contre les princes voisins ; d'autres villes de commerce entrèrent bientôt dans cette alliance, qui s'appela la ligue hanséatique ou la liame^ d*un mot aUezpand qui signifie association.

a Au XIV* et au xv* siècle, la ligue hanséatique, composée de quatre-vingts villes, occupait tous lesrivages septentrionaaux de l'Allemagne et s'étendait sur ceux des Pavs-Bas. Elle fut jusqu'au xvi* siècle la puissance dominante du nord. La salleimmense de Lubeck, où se tenaient ces assemblées générales de la Hanse, atteste encore la puissance de ses souverains. Ils avaient uni par d'innombrables canaux 1 Océan, la Baltique et la plupart des fleuves du nord de T Allemagne. Mais leur principal commerce était maritime. Les comptoirs banséati-

2ue de Londres, de Bruges, de Bergen, de Novogorod taient analogues sous plusieurs rapports aux factoreries des Vénitiens et des Génois dans le Levant; c'étaient des espèces de forts. Les commis ne pouvaient s'y marier, de peur qu'ils n'enseignassent le commerce et les arts aux indigènes. Ils n'étaient reçus dans certains comptoirs qu'après des épreuves cruelles qui garantissaient leur courage. Le commerce se faisait encore presque partout les armes à la main. Si les gens de la Hanse apportaient à Novogorod ou à Londres du drap de Flandre trop grossier, trop étroit ou trop cher, le peuple se soulevait et en assommait quelques-uns. Alors les marchands menaçaient de quitter la ville, et le peuple alarmé en passait par où ils voulaient. Les habitants de Bruoes ayant tué quelaues hommes de la Hanse, elle exigea, pour rétablir son comptoir dans cette ville, oue plusieurs bourgeois fissent une amende honorable, et que d'autres allassent en pèlerinage à Saint-Jacques de Compostelle et à Jérusalem. En effet, la punition la plus terrible que les Hanséatiques pussent infliger à^ un pays, c'était de n'y plus revenir. Lorsqu'ils n'allaient pas en Suède, les habitants manquaient de de drap, de houblon, de sel et de hareng; dans les révolutions, le pavsan suédois était toujours pour ceux qui lui fournissaient le hareng et le sel. Aussi la Hanse exigeait^elle des privilèges excessifs ; la plupart des villes maritimes de Suède laissaient occuper au moins la moitié de leurs magistratures par oes Hanséatiques* » (Mlchelet. Précis <f Histoire moderne,)

5. L'Allemagne Jugée par Edgar CluSnet en 1831. — Edgar Quinet écrivait, dès i831, ces paroles en quelque sorte prophétiques : « Il est un pays qui nous a toujours trompés dans nos iugements. Toujours nous l'avons cherché à un demisiècle de la distance où il était réellement, tant son génie est peu conforme au nôtre et nous donne peu de prise pour le saisir. Son mouvement sourd et tout intérieur se dérobe incessamment à nous et ne se laisse apercevohr que longtemps après qu'il est fini. Je parle du mouvement des nations germaniques.

« Nous nous représentons encore l'Allemagno telle que la dépeignait madame de Staël, un pays d'extase, un rêve continuel, un enivrement de théorie : voilà pour les classes éclairées ; puis des sympathies romanesques, un enthousiasme tou-

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