ANIMAUX DOMESTIQUES
Conquête des Indes. — Au moment où l'Angleterre perdait un empire, elle en conquérait un autre dans lea Indes . Le départ de Dupleix et les traités de Paris (1763) araient lÎTré THindoustan à la Compagnie anslaise. Fondée en 1599 par quelques marchands, la Compagnie ~ grâce à ThabUoté sans scrupules de QiYO, qui soumit le Bengale, et de Warren Hastings qui Tainquit les Mahrattes et le rajah de Mysore, Uayder-Ali — avait fondé le plus vaste empire et commandait à cent millions d'hommes. Depuis, le gouvernement s*est substitué à la Compagnie; il a donné Tlndus et le détroit de Malacca pour frontière à Tempire indien, 3ui est en même temps le grand marché de Tinustrie anglaise.
Pitt et Napoléon, — Cependant, en 1783, le second Pitt, déjà député depuis trois années, était premier ministre à 24 ans.. Kurke, en entendant son premier discours, s'était écrié : a Ce n'est pas un rejeton du vieil arbre. C'est le vieil arbre luimême. > Chef des torys, il était au pouvoir quand éclata la révolution française. A la haine d'un Anglais contre la France, que son père lui avait léguée, Pitt ajouta la haine du tory contre les principes nouveaux. Il fut l'âme des coalitions européennes qu'il soutenait de ses subsides. Vaincu à Toulon, en Uollando, à^Quiberon, il vit l'Irlande exaspérée de servitude *se soulever un instant, puis rÉgypte envahie par Bonaparte. Mais rien ne le fléchit D'ailleurs Nelson détruisait notre flotte à Aboukir (1798) et bombardait Copenhague (I8U1). Au plus fort du danger, rappelé en arrière par l'amiral Parker, Nelson avait saisi sa lunette, et la plaçant sur l'œil dont il était borgne : « Je ne vois pas les signaux de Parker » ; et il avait continué le combat.
En 1803, Pitt s'était retiré pour ne pas signer la paix d'Amiens. Mais, en 1804, il reprit le ministère et la guerre contre la France. Nolson vainquit encore et périt à Trafalgar (1805). Sur la colonne qui lui est élevée, on a gravé ces mots, qu'il Jeta pour dernier mot d'ordre à ses marins : « L'Angleterre attend que chacun fasse son devoir. » Pittfmalade> ne lui survécut pas longtemps : l'indomptable ministre fut tué par la nouvelle d'Austerlitz (1805); sa vie entière avait été consacrée à son pays : il lui a donné Malte, le Cap et Ceylan. .
« Je n'a\ pas besoin de nouveaux territoires, disait Napoléon aux Autrichiens après Ulm ; c'est du corn* merce et des vaisseaux que Je veux. » Contraint à v renoncer, après Trafalgar, il data de Berlin le décret sur le blocus continental. L'Angleterre y répondit par le bombardement de Copenhague et la capture de la*flotte danoise (1807), et par l'envoi de Wellington en Portugal (1808). Général froid, sans élan, mais sans faiblesse, rarement vainqueur, Jamais vaincu complètement, le duc de fer illustra par sa résistance les lignes de Torrès Védras(l81l), - vainquit aux Arapiles (\%n) et livra la dernière ba- . taille delà guerre àToolouse (1814). Le 18 Juin 1815, il commandait à Waterloo. « Quel est votre plan f lui demandait nn officier. — Je n'en ai pas d^ntre que de tenir ici tant que Je pourrai. » L^^ngleterre avait vaincu Napoléon.
Mais, le lendemain de Waterloo, la dette publique était de 31 milliards, les fabriques encombrées de produits, le continent fermé par des droits protecteurs. Le peuple s'agitait pour des réformes. En 1832 Je whig Canninç succéda au tory Castlereagh ; il proclama le principe de non-intervention contraire à la Sainte- Alliance et prit part à Taffranchissement des Grecs. Après lui, l'émancipation de l'Irlande fut votée en 18V9, la réforme électorale qui fixait un cens assez modéré en 1832, l'abolition des droits sur les denrées alimentaires en 1846, grâce à la levante du ministre Robert Peel
Sui sacrifia ses idées personnelles au bien public, e nos Jours, la loi électorale a encore été ren-
que plus libérale par U diminutioD do cens et le secret garanti au vote.
A l'extérieur, la politique anglaise depuis 18l5 a poursuivi un double but : étendre les déboacbés commerciaux du pays et conserver la prépondérance en Orient en maintenant le statu, çuo.
1* Création de débouchés commerciaux. — L'empire indien a été étendu par la conquête du Sind et au Pendjab, par l'annexion du littoral compris entre les bouches du Gange et le détroit de Malacca; Singapour est une sentinelle anglaise qui garde le passage. En même temps cet empire a été affermi par la défaite des cipayes, soldats indigènes armés à l'européenne, qui s'étaient révoltés en 1857- 18&8, <et par la substitution du gouvernement à l'ancienne Compagnie des Indes. En 1877, la reine Victoria a même reçu le titre d'impératrice des Indes. — En outre, rémigration a ouvert un monde nouveau à l'activité commerciale du peuple. Le continent australien n*est qu'une vaste colonie anglaise. Enfin la guerre de l'opium (1840) et l'expédition anglo-française de i860 ont contraint la Chine à ouvrir ses ports aux hommes et aux produiu de l'Occident. Le Japou a dû imiter cet exemple (1858) et les navires anglais sont les plus nombreux dans les mers de l'Extrême Orient.
2* Question d'Orient. — Le seul but de la politique angUiise a été de maintenir le «^o/u çuo, contre l'ambition de la Russie, dans la péninsule des Balkans et dans l'Asie centrale.
Victorieuse malgré elle, à Navarin (1837), lAn-
Sleterre a resserré le nouveau royaume de Grèce ans d'étroites frontières (1830). D'accord avec la Russie, elle a, sur l'initiative de Palmerston et contre le vœu de la Franco, réduit Méhémet-Aii à l'Egypte bérédiUh'e(1840).Eti i86à, l'alliance française lui a permis d'arrêter les projp^s de la Russie ; après la prise de Sébastopol , les traités de Paris (1856) ont garanti l'intégrité de la Turquie et la libre navigation du Danube, neutralisé la mer Noire et supprimé la course. Après avoir fait modifier une première fois ces conventions à la conférence de Londres (187 1 ), la Russie victorieuse des Turcs à Plevna et dans les Balkans (l8'<7-78), a imposé aux vaincus le traité de San-Stefano, confirmé dans ses clauses ossenilelies par la conférence de Berlin. Depuis, l'Angleterre a cherché à prendre sa revanche en occupant Chypre et )'£• gypte. [Paul Schifer.]
ANIMAUX DOMESTIQUES. — Zoologie, V; Géologie, IX; Agriculture, XIII. » I. Uistobio». — L'homme, en tait qu'^^re organisé^ est soumis à la loi commune des êtres organisés, qui est de vivre « aux dépens du milieu », c'est-à-dire eu empruntant aux choses et aux êtres qui les environnent les éléments nécessaires à l'entretien de leur existence. Il ne peut vivre qu'à la condition de consommer, pour son alimentation, les débris ou les produits d'autres êtres vivants, animaux ou végétaux. Biais, de la supériorité de son espèce, de la délicatesse de son organisation et bien plus encore, du développement, du perfectionnement pour dnsi dire indéfini qui le mettent si loin des autres êtres animés, il résulte pour lui des conditions d'existence toutes spéciales. Tandis que l'animal vit en prenant dans la nature les choses nécessaires à sa vie, telles qu'il les trouve l'homme est dans la nécessité de tout changer au tour de lui, de « transformer le milieu » pour l'adapter à ses besoins à lui, à ses besoins sans cesse croissants, de plus en plus diversifiés. Le cerf des forêts, le bison des savanes, l'oiseau libre, prennent là où ils les trouvent le feuillage des arbres, rherbe des prairies, les fruits sauvages aux buissons, choisissant seulement ce qui convient à leur organisation ; le loup, le tigre font leur proie d'ani*
mam plos faibles, vWant dans la partie de la forôt 00 de la jungle qu'ils habitent : si le gibier vient à leur manquer, ils meurent de faim. L'homme liit-mème, à Tétat de sauvagerie primitif, l'homme tfi |ue nous le montrent encore certaines races arriérées en des contrées lointaines, peut subsister, par les seules ressources de la chasse, de la poche, de la récolte des fruits et des racines sauvages. Mail l'homme déjà entré dans les voles qui conduisent à la civilisation, s'essayant à la vie sociale, ne pouvait se résigner à une situation aussi précaire : son oeavre alors est de multiplier autour de lui les Êtres, animaux et plantes, aux dépens desquels il ^tretient son existence; de là, d'une part la culare; de Taotre Télevage des troupeaux, los deux gnndes industries nourricières, bases, dès Torigine, de l'organisation sociale.
Et Toyez Tenchalnement : l'homme, par son intelhance qu'aiguillonnait la nécessité, a transformé làtoar de lui la nature sauvage ; il a fait sienne la Xi^m avec ses fruits, avec les animaux qu'elle nourrit ; par contre-coup, ces conditions d'existence =:odiâées le modifient lui-même, lui imposent d'antres mœurs ; il subit à son tour, et d'une façon benreose, la réaction d'un état de choses qu'il a oéé lai- même. Le champ fait la vie agricole; le tnopeaQ fait la vie pastorale : double courant que iu ru:es antiques ont suivi, inclinant d'un côté ou de fastre, suivant leur génie propre, suivant les oécetsités géographiques. LUndustrie pastorale eieitée exdusivement, avec la condition de déplacement incessant que la multiplication des troupeau impose, condalt à la vie nomade, à la vie de U tente; elle retient longtemps l'homme dans un eut demi-barbare, avec une organisation sociale rudimeotaire, par petites tribus errantes : d'un autre côté, cette mobilité passée dans les mœurs favorise les échanges, et la civilisation qui procède fooe telle origine a souvent un caractère comoerdal, mercantile. La culture, qui fixe l'homme, l'uuche au sol, le groupe en des demeures stables, adoocit mieux les mœurs, conduit plus vite vers U ciiilisation, et vers une civilisation meilleure, fflieu organisée en vue de la production et de l'indutrie. Cest chex les peuples agricoles que se foraieladté, que naît l'idée de patrie. Hais n'oublions pas que l'agriculture a toujours eu pour auxiliaire leleTage; à l'origine, comme aujourd'hui et plus é^ment qu'aujourd'hui, la vie des races sédentaires se partageait entre le travail de la terre et lesoinda béuil; leur subsistance avait ce double pdot d'appui : le champ, le troupeau. D'ailleurs le nde labeur de la terre dut bientôt appeler le secoon des forces soumises du bœuf, du cheval. U estdooe rigoureux de dire que les sociétés humaines se le sont formées et n*ont subsisté oue grftce à ranimai domestique, par lui.— Ceci n est pas un échafasdage plus on moins ingénieux de conjeourei; c'est la conclusion forcée des faits scientiftqses et historiques.
Reportons-nous, par la pensée, aux plus loin- ^es périodes de la vie de l'humanité, au primitif ^S^ de pierre^ lorsque notre ancêtre, contempoiiin des espèces perdues, de Fours des cavernes, da rhÎDocéros à narines cloisonnées et du mamnoQth, vivait «sur ee sol même que nous foulons, de U rie da dernier des sauvages, ayant poiur tout ibfi des cavernes, des trous de rocher, pour tOQte arme, pour tout outil, un éclat aigu détaché pv le choc d'un bloc de silex. A cet âge de la ^mt éclatée, rhonune n'avait essayé aucune coltore, soumis aucun animal. Il suosistait de ^uu, de fraits sauvages recueillis dans la forêt. Plw tard, l'homme a vécu avec le renne, — alors qoe le climat de la région que nous habitons était ^pi de la Norvège et de la Sibérie (période gla- 5^)i alors que les glaciers des Alpes descen- ^Qt jusqu'au Rhône. Il en faisait sa proie : rien
nUndique qu'il l'ait domestiqué. L*homme alors vivait en guerre ouverte avec touto la nature ; il n'avait rallié nul ètro à sa cause.
Mais do cette période à la suivante, Vâge de la pie/Te polie, un grand progrès s'est accompli. Le premier animal soumis à l'homme fut très-probablement le chien. C'était une sorte de compromis, une association : l'un apportait son intelligence, l'autre son instinct^son flair de hèle carnassière; ils chassaient de pair, et puis partageaient la proie. A l'époque ot l'on bàiissait ces curieuses constructions sur pilotis, ces cités lacustres, placées comme des villages de castors au bord des lacs de la France, de la Suisse, de l'Italie, c'est-àdire vers la fin de Vâge de la pierre polie, nous trouvons l'homme déjà en possession de six espèces domestiques, y compris le chien : une chèvre, un mouton, un porc, deux variétés distinctes de bœufs, — mais ces animaux différaient de nos races actuelles. Tout d'abord ce n'avait été sans doute
au'une simple réserve alimentaire; puis c'était evenU une industrie permanente, source de produits multiples et précieux. Le troupeau existait, dès lors, contemporain des premières cultures.
A Vâge de bronze, qui suivit, nous ne voyons qu'une conquête nouvelle à ajouter au domaine de l'homme : mais c'est la plus noble, sinon la plus précieuse : le cheval, qui fut une proie au temps de Vâge de pierre, est devenu le compagnon ûes labeurs et des d angora de l'homme.
On avait cru longtemps que tous nos animaux domestiques nous étaient venus de l'Orient, berceau des premières civilisations. Vous voyez par ce qui précède que cette opinion, grâce aux découvertes contemporaines, ne peut plus être acceptée, du moins sans restriction. Il était bien naturel, du reste, que l'homme, arrivé à un certain degré do développement, Uràt, en chaque lieu, parti de ce qu'il avait sous la main. Si, comme tout porte à le croire, les races asiatiques ont devance, en cela comme en toute chose, les peuples occidentaux, elles ont soumis plus tôt des espèces d'animaux différentes, mais analogues, appartenant à leur région. Lorsque plus tard l'immense courant d'émigration déversa vers l'Occident les races supérieures et plus avancées de l'Asie, ces populations, se mouvant en grandes masses, amenèrent avec elles leurs animaux domestiques, ceux du moins qui purent supporter le changemont de climat. Ces races d'animaux importés se substituèrent en partie aux animaux indigènes, en partie s'y mêlèrent par des croisements et en modifièrent le type : résultat tout semblable à celui que produisit la fusion des populations immigrantes elles-mêmes avec les anciens habitants. Depuis lors, les relations avec 1 Orient n'ont pas cessé, et l'Europe a fait par cette voie de nouvelles acquisitions.
Les premières traditions historiques nous montrent les peuples orientaux déià en possession du plus grand nombre de nos animaux domestiques. A l'époque à laquelle nous permettent de remonter les plus anciens monuments, l'antique Egypte a ses troupeaux ; elle a le chien, gardien du bétail, le chat, défenseur du grenier, fort honoré. Le recueil des poèmes religieux hindous, le Véda, — dont certains hymnes remontent Jusqu'à l'époque prodigieusement reculée de l'entrée des Aryas dans l'Inde, et sont remplisd'allusions à une époque antérieure encore, — nous dépeint, à cette aurore de la brillante civilisation hindoue et persane, les mœurs à la fois agricoles et p storales de cette race si merveilleusement active et féconde. Ces peuples vivent par la vache, — ils le savent et le disent. Toutes leurs poésies sont remplies de métaphores pastorales, tirées de leurs animaux domestiques : la rapidité du cheval, la vigueur du taureau ; la vache, révérée, — non pas adorée, — comme symbole vivant de a fécondité de la nature.
Les nuages sont h chaque ligne comparés à des troupeaux de vaches errantes par les champs bleus du ciel, et laissant couler sur la terre leur lait précieux, — qui est la pluie. A plus forte raison encore, Tancien Sémite, race plus purement pastorale, fait-il du troupeau le pivot de toute son existence individuelle et sociale : chez lui, richesse est synonyme de bétail, — Dès les premiers temps historiques, an témoignage du Pentateuque, du Veda et des Lois de Manou (livres sacrés des Indous), du Zend-Avesta (livre sacré des Perses), et des Kings (recueil des traditions chinoises) ^ le chameau appartient à la Bactriane ; le dromadaire, Tàne, à l'Arabie ; la chèvre, l'oie à l'Egypte, l'Inde et la Perse ; le porc, à l'Inde et à la Chine : le chat, le coq, à la Perse ; diverses races de bœufs, le chien, le mouton, à tout l'Orient.
II. Espèces domestiques. — Il importe tout d'abord de s'entendre sur la valeur de ces expressions : domestique, domesticité, domestication ^du latin domesticus, dérivé de domus, maison). Dans leur signification la plus large, ces mots s'appliquent non pas à tout animal exploité par l'homme, non plus qu'à l'animal individuellement apprivoisé, mais seulement aux espèces qui se reproduisent sous la domination de l'homme. En un mot, apprivoisé s'entend de l'individu ; domestiqué, de la race . Ainsi {'éléphant, si parfaitement apprivoisé, n'est pas rigoureusement un animal domestique, car, d'une manière générale, il ne se reproduit pas en captivité; en sorte que si l'individu nous appartient, la race nous échappe. D'autre
Î^art, en prenant le mot dans toute la rigueur de a définition, on a pu admettre dans la liste des animaux domestiques des poissons, des insectes : l'abeille, par exemple, le ver à soie. Dans notre commun langage cependant, nous donnons au mot domestique un sens plus restreint: nous entendons par ce mot que l'homme s'est emparé d'un animal par l'intermédiaire de ses instincts modifiés, en exerçant sur lui un certain empire pour ainsi dire moral, plus ou moins accepté. Nous admettons dirflcilement que le mot domestique rende bien notre idée, applioué, par exemple, à un poisson que nous nourrissons et que nous faisons se reproduire dans nos réservoirs ; ou bien à l'abeille qui vit, il est vrai, près de nos demeures, et qui adopte un abri préparé par nos soins, mais ne modifie aucunement ses moeurs, et à qui, un beau jour, nous dérobons son produit. Avec la nuance de signification plus étroite qui correspond le mieux au sentiment général, la qualification de domestique ne saurait être appliquée qu'à des espèces appartenant aux deux classes supérieures des vertéorés : mammifères et oiseaux ; les autres étant simplement exploitées, non pas soumises. Réunissant les unes et les autres dans une expression plus générale, disons qu'il y a en tout 47 espèces annexées au domaine de l'homme, dont 34 vivent en Europe. De ce dernier nombre, SO nous ont été fournies par l'Europe, l' Asie, l'Afrique septentrionale ; 4 seulement par toutes les autres rédons. Cette liste, que nous donnons ici telle qu'elle a été dressée par Geofl'roy Saint-Hilaire, ne s'est enrichie d'aucune espèce nouvelle depuis plus de trois siècles. Nous ajoutons à cette nomenclature (quelques indications d origine ; pour les détails relatifs à chaque espèce, il faut se reporter au nom de l'animal. Nous marquons d'un astérisque les espèces qui ne sont pas acclimatées en Europe.
Mammifère»
CiKiriTomKt :
Pf.i^ \ (Epoque préhistoriqaa. — Tout
1 raocien monde.)
Chat (Pewe.)
Fwct
RONOBURS :
Lapin (Époque romaine.)
Cobaye ou atcKon tf'/nde.
PoiaRf :
Cochon (époque préhistorique. — As e.)
JcMBicTxf :
Cheval } (Europe de IM^e d« éroftae. —
Ane (Anbie, Egypte.)
* Chameau (Bactriane.)
* Dromadaire (Arabie.)
* Lama (Amérique méndiouale.)
* Alpaca {Idem.)
o . i (Régions septentrionales de Tan-
^*«^ I cien monde.)
Chèvre j (Ku~IJ>^préhi»toriquc.-A*ie,
Mouton Udem.)
Bœuf {bot toMtnu) (Époque préhistorique.-Oriene )
BuT^e (Asie.)
* Zébu {bot Indiais) (Inde, Asie.^
* Yack \bos gruniens) . . . (Asie orientale. — Domi-sauTage. .
* GaycU {bot gavcetu). . . . (Asie. — Demi-sautage.)
* Ami {bot Amee) (Asie.)
Oiseaux Passekiaux :
c. . ) ((Canaries. — Introduits ^ers le
**»"*" ) i»i«siècle.)
GaLLIRACBS et COLOMBIDis :
Coq et Poule (Inde, Perse et régions Toisines.)
. , I (Amérique. — Introduit -rers
I(Asie Mineure.— Imp<H^ en Grèce lors de rexpédîtion des Argonautes, suiTsat U tradition.)
Faitan à collier (Asie moyenne.)
FaUandoré (Chine.)
Foison argenté (/"cm.)
Paon (Inde.— Expédition d'Alexandre)
Pintade (Antiquité grecque.)
Pigeon
Tourterelle
PALMIpàOBS
Oie commune ,, .
!(Inde. — Domestication, en Europe, par les Romaios.)
Oie de Guinée (Afrique.)
Oie du Canada
Canard commun (Époque romaine.1
Cofiord musqué ^Amérique méridionale.)
( (Peut-être domestiqué chez les Cggne {Cygnut ohr), .,. \ Romains. — Leur faTeur date ( ches nous du xti* siècle.}
Polnona
Cor^e
Cyprin doré de la Chine.
Tniiecf.iw
AbeMe éi bandes \ *' »«""«»■)
Grecs
Ver à soie .
Bombyx du ricin
Bombjfx de failante, .
Cochenille du nopal, ,
(Chine. — Haute antiquité. Importé par la Grèce et Constantinople. x* ûede.)
Dans Tordre d'idées qu'indiauent les derniers noms do cette série, il conTlendrait d'y rattacher deux mollusques: VhuUrej cultivée dès le temps des Romains ; la motde, cultivée de môme depuis 1600 {Ostréiculture et Mytiliculture); peutrêtre quelques autres espèces encore ; mais insister serait s'écarter singulièrement de notre sujet, aussi bien que de l'acception première djimot domegtigue.
Un coup d'œil jeté sur ce catalogue montre que nos animaux domestiques proprement dits sont très-inégalement empruntés aux divers ordres des deux classes supérieures ; l'ordre des Ruminants,
{lar le groupe des ruminants à cornes, nons fournit es plus nombreux et les plus précieux : le bœuf et la vache, le mouton, la chèvre. Ces honnêtes bétes^ comme disait Toussenel, ce sont par excellence u nos bètes », à nous. On dirait qu'elles ont été faites tout exprès pour être exploitées par nous,
uni ellM abdiquent volontiers leur personnalité. C'est ce oue le paysan appelle « ses bestiaux ». Aa secona rang Tiennent les ordres des lamentés et des Carnivores. De même les ordres des Galli- Mfés et des Palmipèdes nous fournissent presque riclasTement nos oiseaux domestiques, et nous en foorniraient encore de nouveaux, si nous y tenions.
m. BCT ET PEOCéoiS DE LA DOMESTICATION. ~ En
preniot le soin de soumettre, d'entretenir et de p*rpéuier sous sa domination des espèces aussi diféreotes, rbomme s'est proposé des buts également divers.
1* L'animal lui-même est considéré comme une Ttserre alimentaire (animaux de boucherie). Ce fut h uni doute, avons-nous dit, le but immédiat et premier de la domestication. Observons à cette occasioD qu'en outre des animaux que nous élevons m me de la consommation, d'autres espèces encore pourraient être utilisées par nous dans ce K3S : le cheval, et Tâne, notamment, dont la viande forme une nourriture agréable, et plus saine certainement que celle du porc. D'un autre cMé, nous vovons aussi tirer parti pour l'alimentatioo, soiTant les temps, les lieux, les états sociaux (ËTen, d'espèces domestiques qui pour une raison on une antre n'entrent pas chez nous dans la ^nsommatlon. En Orient, en outre du cheval, de line, on mange le chameau et le dromadaire ; dans 1 \fflériqae du sud, le lama et l'alpaca ; dans la re^oni septentrionales, le renne : tous animaux QD!isés d'ailleurs comme botes de somme. Chez les Insalaires des mors du Sud, comme chez nos aïeux de lige de pierre, le chien domosUque est un uimal de boucherie.
> En seconde ligne il faut mettre les produits empruntés à l'animal domestique et utilisés pour Talimemation : le laitage^ la grande ressource des peuples pasteurs. En mnce, la vache, la chèvre, eo certaines localités la brebis et accidentellemm Finesse nous fournissent du lait. Les Arabes triient, en outre, les Juments et les chamelles ; le Uit dn lama, de l'alpaca, du renne est aussi uti- ^. Les œufs des oiseaux domestiques, objet de cwsommation d'une grande importance, peuvent vUe ttsimilés à ce point de vue au lait des mamaiftres.
3* Les produits non alimentaires, utilisés pour le Tètement et pour diverses industries : le poil, la P«aQ, la corne, l'os, la plume et le duvet. Dès l'origine certains de ces produits ont pour l'homme Qfie importance majeure; le troupeau qui le nourrit. Tèt aossi le pasteur. Le poil, surtout dans les espèces à laine, doit être considéré comme proioit principal, la consommation de la viande ne TRtast qu'en seconde ligne. Ainsi le mouton est éM autant an moins pour sa laine que pour sa 'Unde. Le poil de notre chèvre vulgaire ne peut ttfc milisé que pour la fabrication d'étoffes irèsr<)3sière8 ; mais c'est la chèvre du Tibet, aux oreilles pendantes, au poil fin et doux, qui fournit les laines prédeases dont sont fabriqués les splendldes cachewirei des Indes ; la chèvre d'Angora fournit une ^e supérieure aux plus beaux mérinos. Les Ara- Btt tissent le pnoil du chameau; le poil du fama et de la/paca, animaux appartenant au même groupe <ru le chameau, entrent depuis longtemps dans lustre fabrication européenne, mélangés avec nos uines de moutons. Nous rappellerons seulement ^pissant l'importance industrielle de la soie, en ^ine depuis des temps immémoriaux, en Ocdwnt depuU le xv« siècle.
i*Eo d'antres circonstances. c*est surtout le secours «tt force musculaire que l'nomme, trop faible, empnute à l'animal : de là la bète de labour, la bête de J^n« et de trait, la monture. En outre du bœuf, y bttflle, du cheval, de l'àne, du chameau et du n-snadaire, U faut citer encore le lama et l'alpaca, ic renne, le chien, utilisés coumie bètes de somme
et de trait en diverses régions ; l'éléphant, avonsnous dit, n'est pas à proprement parler une espèce domestique. Ce n'est pas de la force mécanique
f)ure, de la force aveugle et brutale, telle que peut a fournir une simple machine, que nous demandons à l'animal ; c'est le concours d'une force dirigée par une certaine somme d'bitelligence et par un instinct soumis. Le cheval, par exemple, doit comprendre l'intention de son cavalier, s'y conformer, l'accomplir par un acte volontaire de son intelligence et avec une part d'initiative proportionnée. C'est donc par l'instinct et l'intelligence que nous avons prise sur la force de l'animal ; et cest justement par la somme d'intelligence et d'instinct oui s'y associe que cette force nous devient précieuse, supérieure en valeur à la force motrice pure et simple de la machine, et applicable à des fonctions auxquelles celle-ci ne suffirait pas. 5* D'autres fois c'est l'intervention de cette intelligence même et de cet instinct oue nous appelons à notre secours, bien plus que la force musculaire : 11 suffira de rappeler ici le rôle du chien de chasse et du chien ae berger pour faire comprendre de
Suelles sortes de services il s'agit ici. Mais le bien n'est pas le seul animal qui puisse nous en rendre de tels. Chez nous, à notre époque de civilisation avancée où la chasse est un simple exercice de luxe, la fauconnerie est un art perdu ; et la cynégétique (éducation et emploi du chien de chasse) ost en voie de décadence. Etant donnés notre tomps, nos mœurs, cela c'est pas à regretter ; mais il fut un temps, il est encore des pays où l'emploi du chien comme auxiliaire du chasseur éuit et est chose réellement importante. Dans l'ordre d'idées auquel nous ramène le chien de berger^ il faut citer, ne serait-ce que pour le pittoresque, les services rendus par Vagami, oiseau échassier de la taille d'une cigogne. En Guyane on confie à l'Instinct de cet animal la garde non-seulement d'une troupe d'oies nombreuse, mais celle d'un troupeau de mouton. Ce singulier berger accomplit sà fonction avec un zèle et an sérieux étonnants : il conduit « ses bètes » aux champs, les fait paître au lieu désigné, les empêche de s'écarter, les mène à l'abreuvoir, et le soir venu, les ramène à retable; dans la basse-cour, 11 fait la police, mettant le bon ordre parmi la gent querelleuse, séparant les combattants, et distribuant la nourriture avec impartialité.
6* Un certain nombre d'animaux domestiques sont élevés en vue du simple agrément, à titre d'ornement de nos demeures, pour la satisfaction de ce besoin du beau qui est en nous (le cygne, le paon). Quant aux oiseaux chanteurs dont la voix nous égaie, une seule espèce, avons-nous dit (le serin), est réellement domestique chez nous, et se reproduit régulièrement en captivité. Enfin il n'est pas jusqu'aux besoins moraux qui ne trouvent quelque satisfaction dans nos rapports avec les animaux qui vivent près de nous ; le chien surtout est plus souvent chez nous un ami, un compagnon qu'un serviteur : c'est une distraction, presque une conversation.
Observons encore, pour conclure, que la plupart des espèces domestiques, et des plus importantes, réunissent divers ordres d'utilité ; dnsi le bœuf est élevé concurremment pour le travail et pour l'alimentation, le mouton pour la viande, le lait et la laine ; exemples qu'il serait inutile de multiplier. Quant aux voles et procédés de domestication, ils sont peu variés en principe. On cherche à s'emparer de l'individu, à l'apprivoiser, à l'habituer à son existence nouvelle par une combindson habile de moyens de contrainte et de douceur. Nous n'avons pas à exposer ici en détail les procédés de l'art du dompteur et du dresseur ; en somme, il s'agit de produire l'habitude par une gradation plus ou moins ménagée, d'imposer à l'animal l'empire do
ANIMAUX DOMESTIQUES i50 — ANIMAUX DOMESTIQUES
notre volonté par une certaine crainte, surtout de tourner au profit de Tœuvre qu'on se propose ses instincts et la satisfaction donnée à ses besoins. Un c'ouple de Tespèce étant apprivoisé, on tente d'obtenir la reproduction. Il faut souvent plusieurs générations successives avant que les instincU sauvages de Tespèce soient assez modifiés pour qu*on puisse regarder la conquête comme achevée, guant à la première capture, on peut s*emparer ae l'animal adulte, en vue de le dompter et de l'apprivoiser, chose toujours plus difficile ; ou, ce qui vaut beaucoup mieux, prendre des Jeunes et les élever. Pour les oiseaux, on peut encore faire couver des œufs de l'espèce qu'on veut domestiquer par une espèce déjà domestique ; ce procédé trèssimple nous fournira, quand nous le voudrons, de nouvelles volailles. Dans tous les cas il convient de nuancer la transition de la condition sauvage à l'état domestique, en imitant d'abord autant que possible le régime naturel, ne le modifiant aue graduellement; enfin de se conformer, dans les fonctions réservées à l'animal et dans toute son éducation, à la pente naturelle de ses instincts, afin de les avoir non pour ennemis, mais pour alliés, non pour obstacles, mais pour moyens.