IV. GONDmONS DE LA DOMESTICATION EN GÉNÉRAL
— On considère comme favorables à la domestication d'une espèce trois conditions :
1* Le régime herbivore ou frugivore ;
2* La précocité des Jeunes ;
8* La sociabilité à l'éUt sauvage.
Les deux premières conditions constituent surtout des facilités pour l'homme à l'égard do l'entretien de l'individu et de l'espèce. Remarquons à ce propos que les deux espèces carnivores^ le thien et le chat, sont devenues, sous la domination de l'homme plus ou moins omnivores : et ce seul fait les a rapprochés de nous, en leur permettant de paruger plus complètement notre régime, notre existence domestique.
Quant à la sociaDilité, les espèces qui vivent par troupes à l'eut de naturo transforment volontiers, en les tournant vers l'homme, ces instincts affectueux qui taisaient le lien do leurs sociétés entre égaux ; il est plus facile de modifier de tels sentiments que d*en faire naître d'analogues chez les espèces qui vivent à l'état isolé. Amsl est-il remarquable que le chien est une des rares espèces carnivores qui vivent par troupes à l'état de liberté. Quant au degré &' intelligence^ on peut dire que Vintelti^ence générale, ombre de celle de Thomme chez l'animal, nous donne prise sur celui-ci, et constitue une drconstance favorable; tandis que les instincts très spéciaux, tels par exemple que l'instinct de construction du castor, nous créeraient des difficultés.
Effets de la domestication sue les eacrs soumises A l'homme. — Une espèce animale étant donnée, vivant dans un milieu déterminé et d'un certain eenre de vie, si les conditions de son existence viennent à changer, il arrivera de deux choses l'une : ou bien l'espèce, par un travail organique lent et inconscient, se modifiera dans une certaine mesure, pour s'adapter à ces nouvelles conditions d'existence ; ou bien, si son organisation manque d'une certaine flexibilité qui lui permettrait cette évolution, elle périra. Ijbl domestication est un cas particulier dans la loi générale. Pour une race réduite en domesticité, tout est changé dans les conditions de vie : le milieu, les habitudes, le régime ; il en résulte des modifications d'ordres très divers, et qu'il est fort intéressant d'observer. Tout d'abord c'est l'instinct qui est atteint par les changemems imposés aux habitudes; et par l'intermédiaire de l'instinct, les mœurs se modifient; enfin l'organisme par suite dos mœurs. L'animal domestiqué se sent protégé et nourri par l'homme : avec le souci de sa sub-
sistance, il perd les instincts de recherche inqoièu des aliments, avec tout ce cjui 8*y rattache : b disposition hagarde et hostile chez la bête d] proie, la férocité, effets de la solliciution sânl cesse renouvelée des besoins : c*est la fahn q^l fait la hôte féroce. Soustrait au péril, il peH plus ou moins ses instincts de défense, d| vigilance, que les hasards de la vie sauvage sn* rexcitaient et tenaient en éveil ; et avec cela m taine tendance rusée et défiante, naturelle ai faible menacé. Par les mêmes raisons s'oblitèrenj chez l'animal domestiqué les instincts particulierj à chaque espèce, et qui ne sont en réalité que doj formes diversifiées de ces instincts généraux : préi voyance, réserve alimentaire, ruses spéciales daj taque ou de défense, habitudes nocturnes. Leni semble du caractère de l'animal se modifie doocj plus ou moins suivant les espèces, et dans le senj de mœurs plus douces, et d'une existence plu^ paisible et plus régulière. Et comme l'organisoij doit toujours s'adapter aux habitudes et aux be^ soins, il en résulte secondairement des transfori mations organiques plus ou moins profondes.
Ainsi par le seul fait de la domesticité, abstraction faite de toute autre cause, on remarque che| les mammifères l'alourdissement des formes, Yi\ doucissement du poil, la perte ou la dimination des armes naturelles, telles que les cornes ; les oreilles pendantes sont aussi un caractère des races très modifiées par la domesticité : cooscquence de l'oblitération des instincts de défiance qui font dresser t oreille à l'animal timide toujoarv prêt à la fuite. Chez les oiseaux, c*est l'aloardiss?ment du vol. avec la mollesse des muscles moieurs des ailes. Chez presque tous les animaux la périodicité dans les fonctions reproductives et dans l'éveil donné aux instincts divers qui s'y rattadient, est plus ou moins dérangée, parfois totalement abolie sous l'influence de la domesticité. La fécondité est parfois diminuée, souvent augmentée : la production du lait est considérablement prolongée, chez certaines femelles, par le fait de la tra^t, et devient non plus une fonction périodique, en relation avec les besoins du petit, mais une fonction pour ainsi dire permanente. — En outre de ces conséquences du changement des conditions générales de l'existence, il y a les modifications plus spécialement voulues, imposées par l'homme. Ccst tout d'abord le développement et la spécialisation de certains instincts ou de certaines facultés par lesquelles tel animal nous est plus particulièrement utile (dressage, éducation du chien de chasse, ete.\ ce sont les modifications des formes de ranio») suivant nos besoins ou nos caprices : le développement musculaire, par exemple, chez l'ammai auxiliaire du travail : tendances acquises, modifications subies par l'individu, et qui sont susceptibles de se transmettre, dans certaines limites, par voie de génération, de manière à affecter la race môme. Mais un moyen plus puissant que la simple éducation est à notre portée. A la sélection naturelle, au choix instinctif dans l'association reproductive de la race se substitue un choix artificiel des reproducteurs; par cette voie de sélection systématique et de croisements, l'homme peut modifier très-profondément — sans toutefois fran chir les limites tenant aux caractères mêmes de l'espèce — et pour ainsi dire à son gré tout ce m constitue l'animal : Instincts, intelligence, aptitudes à tel mode d'éducation ou à telle fonction donnée; forme, proportions, taille, qualité du poil, couleurs de la robe, armes naturelles. Les éleveurs le savent fort bien, et en tirent grand parti ; ils movitni pour ainsi dire à leur gré une race de bétail. U caractère le plus frappant des races asservies par l'homme est justement cette grande variabilité' En ce qui toucJie la taille, la couleur de la robe ou du plumage, la qualité du poil, cette variabilité