ARTICULÉS
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çais, de même que du k est devenu ciel. Vers le XII* siècle, / s'assourdit en u (comme dans auha au lieu de alha. ; autve. de a/ter) et al devint au. De même dd est devenu deu, comme chevel, resté dans chevi?/ure, est devenu cheveu. Plus tard deu s'est contracté en du, par le changement de eu en u, comme dans les vieilles formes 7?ieu, beuvant, aujourd'hui mû, buvant.
De même que a le est devenu successivement al, puis an, le pluriel a les donna le vieux français als et enfin ans, aux. De les, contracté en dels à l'origine, s'est réduit au xii" siècle à des.
Article indéfini. — Notre article indéfini un, une, vient du latin uniis, iina, qui avait déjà pris chez les Romains le sens de un cei^tain.
Il ne faut pas confondre un article indéfini avec un adjectif numéral. Le premier ne marque qu'une indication vague, sans aucune idée d'unité ou de pluralité : ?m"roi doit être le père de son peuple, c'est-à-dire to -t roi doit être., etc. Le second sert à marquer la quantité : il y en a im ou deux.
L'emploi de un comme article indéfiiii n'est pas plus étrange que l'emploi de le comme article dépii. Etymologiquement, un est adjectif numéral, comme le est adjectif démonstratif. Tous deux viennent du latin qui n'avait pas d'article, et n'a pu par conséquent nous léguer sur ce sujet aucune tradition grammaticale. Le dictionnaire de Furetière, les grammairiens de Port-Royal, Buffier, Restaut, la plupart des grammairiens modernes, Jullien, Lemaire, etc., regardent un, une comme ai^ticle indéfyii. D'autres ont essayé de le rattacher aux adjectifs indéfinis, ce qui nous parait moins logique. Le pluriel naturel de ce mot, un homme, des hommes, est une preuve de plus de sa parenté grammaticale avec l'article.
Exercices. — Les exercices sur l'article appartenant presque exclusivement au cours élémentaire, nous ne croyons pas nécessaire d'en donner les modèles détaillés. On fera lire aux enfants un morceau dans lequel ils signaleront de vive voix les articles. On leur fera souligner dans une dictée les articles définis ou indéfinis, élidés ou contractés, masculins ou féminins, etc. On leur fera chercher dans des phrases choisies à cet effet (par exemple dans celles que nous avons données pages 31 et 32) les noms propres qui prennent l'article (Russie, Suisse, Seine, etc.) et ceux qui ne le prennent pas (Turin, Cherbourg. Voltaire, etc.).
[J. Dussouchet.]
ARTICULÉS. — Zoologie, XXin. — Dans la classification zoologique la plus usitée en France, on donne ce nom au premier sous-embranchement des Annelés, caractérisé par des membres articulés, c'est-à-dire formés de pièces en série, repliables plus ou moins l'une contre l'autre. Le sang des Articulés est incolore, poussé d'arrière en avant par un cœur divisé en chambres. Le fait essentiel de leur circulation, c'est que les artères et les veines ne sont pas complètes, quoique la circulation soit régulière et entière. Elle devient toujours plus ou moins lacunaire, le fluide nourricier l'épanchant entre les viscères internes.
Lq^ Articulés comprennent la classe des Insectes, d'une organisation très élevée par la perfection des organes de locomotion et de relation, et la seule qui présente souvent des ailes. Puis les Myriapodes, vulgairement millepieds, qui ont de fortes analogies avec certaines larves ou états premiers d'insectes. Ensuite, moins rapprochée et ofi'rant certaines analogies avec les Crustacés, vient la classe des Arachnides. Dans ces trois premières classes, les animaux respirent l'air à l'état gazeux, circulant dans leur corps par des tubes plus ou moins renflés nommés trachées, parfois modifies et localisés (poumons des A rac/midcs,. La dernière classe, formée presque exclusivement d'animaux aquatiques, est celle des Crustacés, rcsph-ant l'air dissous
dans l'eau, au moyen de brayic/iies ; ces organes peuvent aussi, comme chez les poissons, absorber l'air libre, quand ils sont maintenus à un état suffisant d'humidité. Dans toutes les classes des Articulés, beaucoup d'espèces subissent des métamorvhoses, c'est-à-dire accomplissent, hors de l'oeul, une partie de leur évolution, passant par des états transitoires avant d'arriver à la fnrme adulte ou do reproduction. IMaurice Girard. j
ASii;. — Géographie générale. 11.
1. Situation. — Limites. — Étendue. — Population. — Géographie physique.
Situation. — Limites. — L'Asie est contiguë à l'Europe, dont elle est séparée à l'ouest par les monts Durais, le fleuve de même nom, la mer Caspienne, le Caucase, la mer Noire, le détroit de Constant inople, la mer de Marmara, les Dardanelles et l'Archipel. Au sud-ouest, elle est rattachée à l'Afrique par Vistlime de Sues; au sud elle est voisine des îles de la Malaisie, dont elle n'est séparée que par le détroit de Malacca, de même qu'au nord-est le détroit de Behring forme un étroit intervalle entre elle et l'Amérique. De tous les autres côtes, l'Asie est environnée de mers; au nord, la 7ner Glaciale ;h. l'est, le Grand Océan Pacifique; au sud, la mer des Indes; à l'ouest, la Méditerra?iée.
Superficie et populatio7i. — L'Asie est donc le centre des cinq parties du monde, puisque les quatre autres se groupent autour d'elle. C'est aussi de toutes la plus vaste et la plus peuplée. Elle a quatre fois et demie la superficie de l'Europe, qui ne forme, à vrai dire, sur le globe, qu'un appendice, une presqu'île de l'Asie; et sa population de 800 millions d'individus comprend presque les deux tiers des hommes existant sur la terre.
Côtes et îles. — Les presqu'îles de la mer des Indes. — Les rivages de l'Asie sont très découpés sur la mer des Indes, où ils forment trois grandes presqu'îles: Y Arabie, séparée de l'Afrique par l'étroite mer Rouge , nommée quelquefois golfe Arabique , et de la Perse par le golfe Persique ; VHindoustan, terminé au sud par le cap Coniorin, et dont le golfe d'Oman, à l'ouest, le golfe du Bengale, à l'est, baignent le littoral; et enfin V Indo-Chine, entre le goife du Bengale et la mer de Chine. Cette dernière péninsule se termine elle-même, au sud, par une presqu'île plus petite, celle de Malacca, dont l'extrémité sud, le cap Remania, est le point de l'Asie le plus rapproché de l'équateur: il en est à 160 kilomètres.
Les mers secondaires dépendant du Grand Océanm — Du côté du Grand Océan, les côtes asiatiques baignent généralement dans des mers intérieures séparées du. Pacifique par une série d'archipels. La mer de la Chine, entre llndo-Ghine et la Chine, sur le contUient, et les îles Bornéo, Philippines et Formose ; la mer Jaune, entre la Chine et la presqu'île de Corée ; la mer du Japon, entre la Corée et les îles du Japon ; la mer d'Okhotsk, entre la Sibérie, les îles Kouriles et la presqu'île de Kamtchatka ; et enfin la mer de Behring, entre la Sibérie, les îles Aléoutiennes, et le territoire d'Alaska, en Amérique.
Autres îles de l'Asie. — Outre les îles déjà nommées, il faut encore citer l'île de Cei/lan, séparée de l'Hindoustan par le détroit de Palk, l'île d'Hainan dans la mer de Chine, et celle de Sakhalicn, entre la mer du Japon et la mer d'Okhotsk, île séparée de la Sibérie par la Manche de Tartario.
Côtes de la Méditerranée. — Du côté de la Méditerranée, on rattache à l'Asie l'île de Chypre et quelques-unes des îles turques de l'Archipel, telles que Rhodes. Samoset Chio.qui sont groupées autour de la presc|u"îlc remarquable <|ue l'Anatolie, ou ancienne Asie ^lineurc, forme entre la mer Noire, l'Archipel et la Méditerranée.
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Climat. — Depuis le cap Romania jusqu'à Textrémité septentrionale de la Sibérie, qui atteint presque le 78' degré de latitude, l'Asie n'a pas moins de 8 500 kilomètres de longueur, et est soumise h des climats bien différents.
Les rives de l'Océan ç/lacial. — Au nord, l'Océan reste glacé pendant plusieurs mois chaque année, et aucun navire n'a pu jusqu'à présent se rendre de la NouTelle-Zemble au détroit de Behring.
Les moussons de la mer des Indes. — Au sud, au contraire, la mer des Indes est sillonnée par les vaisseaux qui desservent les contrées les plus fertiles et les plus peuplées du globe. Et avant que la vapeur eût permis aux navires de se passer des vents favorables , la régularité des vents moussons, qui soufflent alternativement du sud-ouest pendant six mois et du nord-est pendant le reste de l'année, permettait aux navigateurs d'opérer régulièrement leurs vo}'ages d'aller et de retour, à la condition de choisir la saison propice.
Les ci/clones delà mer des Indes. — Par contre, ces parages sont souvent désolés par des cyclones dont les ravages sont terribles. Malheur au navire qui se laisse atteindre ! 11 est infailliblement coulé à fond sans qu'aucune épave laisse deviner l'endroit où il a disparu. Malheur au littoral peu élevé sur lequel la vague énorme soulevée par l'ouragan vient s'abattre avec furie, renverser tout sur son passage, arbres et maisons, noyer hommes et animaux, et changer en quelques minutes le pays le plus prospère en une solitude désolée !
La sécheresse du plateau central. — Le centre de l'Asie est trop éloigné du rivage de la mer pour en ressentir riiumidité. Du reste, les hautes montagnes qui entourent de tous côtés le plateau du centre de l'Asie, suffiraient à l'isoler de toute influence extérieure. C'est le pays le plus sec de la terre; aussi bien pendant l'été, quand il est brûlé par l'ardeur du soleil, que durant l'hiver, où souffle un vent glacial. Les rares cours d'eau qui y prennent naissance, ou qui descendent des montagnes du pourtour, sont absorbés par les sables ou se perdent dans des lacs sans écoulement.
Orographie et hydroguaphie. — Les monts Altaï et Tian-Chan ou monts Célestes, au nord, et VHimalai/a, au sud, forment la limite de ce grand plateau de l'Asie. L'Himalaya renferme les pics les plus élevés de la terre , qui atteignent à plus de 8000 mètres au-dessus du niveau de la mer.
Le Tibet. — Au nord de cette chaîne, est le Tibet, pays excessivement élevé, de 3 à 4 000 mètres, où surgissent des montagnes gigantesques, couvertes d'immenses glaciers, d'où s'écoulent des fleuves considérables, le Sind ou Indus, le Brahmapoutre, le Méikong ou fleuve du Cambodge, le Yang-Tsé-Kiang ou fleuve Bleu.
La Mongolie. — Le rebord septentrional du Tibet est formé par les monts Kouenlun, d'où l'on redescend, au nord, sur le Turkestan oriental et là Mongolie qui n'ont plus guère que 1 000 ou 1 200 mètres d'élévation moyenne.
Le Pamir. — L'Himalaya, les Kouenlun, l'Altaï, se réunissent à l'ouest en un nœud énorme, qu'on nomme le Pamir, ou toit du monde, que dominent des pics de GOOO mètres et où des torrents roulent au fond de gorges d'une profondeur eff'rayante. C'est de ce nœud que se détache encore à l'ouest la haute chaîne de l'Indou-Kouch, qui couvre l'Afghanistan et le nord de la Perse.
Les frontières de la Chine et du Tibet. — Du côté de l'est, les limites du plateau sont moins tranchées, mais à l'angle sud-est il y a encore d'énormes montagnes, au travers desquelles les grands fleuves de la Chine et de l'Indo-Chine se sont ouvert des passages très-rapprochés les uns des autres pour s'échapper du bassin fermé où ils ont pris naissance.
Autres plateaux de l'Asie. — Les plateaux élevés
au-dessus du niveau de l'Océan constituent un des principaux traits orographiques de l'Asie. V Arménie, au sud du Caucase, VAnatolie, la Perse, le Deccan, qui forme la partie méridionale de l'Hindoustan, sont autant de pays élevés de 1 000 mètres, quelquefois de 2 000 mètres au-dessus du niveau de la mer.
Dépressions de la vier Morte et de la Caspienne.
— Par contre, une partie des steppes qui s'étendent sur les bords de la mer Caspienne et les rivages de la mer Morte sont au-dessous du niveau de la Méditerranée et des océans.
Volcans. — Du côté du Pacifique, au Kamtchatka et au Japon, on rencontre des volcans, dont quelques-uns en activité, qui forment autour de cet Océan une ceinture de cratères continue avec ceux de l'Alaska, du Mexique, de l'Amérique centrale, de l'Amérique méridionale, des îles de la Sonde.
Bassins principaux. —Bassin de l'océan Arctique.
— Au pourtour du plateau central de l'Asie, les eaux s'écoulent en quatre versants principaux. Au nord, l'océan Glacial reçoit r06i,puisr/f7u'je2, dont le principal affluent, l'Angara, vient du lac Baikal, l'une des plus grandes masses d'eaux douces de la terre, dont on n'a pas encore exactement sondé l'immense profondeur; et enfin la Lena, pour ne compter que les fleuves les plus considérables par l'abondance de leurs eaux et la longueur de leur cours. Tout ce versant s'incline en pente douce vers l'océan Arctique et l'on cherche en ce moment à établir sur les fleuves que nous venons de nommer des services réguliers de navigation qui amèneraient par mer en Europe les produits de la Sibérie.
Absence de frontières tranchées erilre la Sibérie et la Russie cFEurope. — Les monts Ourals ne forment du reste du côté de l'Europe qu'une sorte de limite conventionnelle. La chaîne n'est nulle part escarpée, et les routes qui relient l'Europe à l'Asie, entre 50° et t;0° de lat. nord, la franchissent par des pentes très-douces. Plus au sud, la séparation est encore moins distincte. La steppe que parcourent les Kirghiz au nord du lac d'Aral, est la continuation ininterrompue des steppes de la Russie méridionale. C'est par là qu'ont passé presque toutes les invasions de barbares qui se sont précipitées d'Asie en l'Europe.
Versant du Grand Océan Pacifique. — L'Amour.
— Au sud des montagnes qui forment le prolongement des monts Altaï dans la direction du détroit de Behring, la Sibérie est arrosée par un grand fleuve qui traverse une partie des^ pays de la Mandchourie conquis sur l'empire chinois par les Russes depuis un" quart de siècle. C'est V-lnioiir, qui va de l'ouest à l'est se jeter dans la Manche de Tartarie, en face de l'île Sakhalien.
Affluents (te la mer Jaune. — Plus au sud, le golfe de Petchili, au fond de la mer Jaune, reçoit le Peï-ho, qui passe à Péking, et le grand fleuve du Hoancj-lto, ou fleuve Jaune, venu du pays de Koukounor, à l'angle nord-est du Tibet. Naguère, ce fleuve tombait plus au sud dans la mer Jaune, lorsqu'il s'ouvrit brusquement un passage à On ou 80 heues en amont de son embouchure, pour se diriger au nord-est vers le golfe de Petchili, où il aboutit aujourd'hui. Le Tibet envoie encore à la mer Jaune le Yang-tsé-Kian;/. l'un des plus imposants fleuves du monde, que les navires remontent au loin jusque près des rapides qu'il forme en s'échappant des montagnes où sa source reste encore cachée.
Mer de la Chine. — La mer de la Chine reçoit la rivière de Canton, et dans le golfe de Tonkin (que cette mer forme entre l'île d'Hainan et la côte orientale de l'Indo-Chine) débouche le fleuve Rouge, sur lequel flottent maintenant des navires français et qui semble la voie la plus favorable pour atteindre la riche province du Yunnan, au sudouest ^e la Chine, sur les confins du Tibet.
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En passant sur le versant méridional de l'Asie, le premier fleuve qu'on rencontre est le Meï- Kong, ou fleuve du Cambodge, qui se dirige vers la mer de Chine en traversant notre colonie française de Cochinchine. Le cours en est obstrué par des rapides infranchissables aux embarcations, et la source, encore inconnue, doit se trouver au Tibet, près de celle du Yang-tsé-Kiang.
Le golfe de Siam, entre la Cochinchine française et la presqu'île de Malacca, reçoit le Meî-Nam, sur lequel se trouve Bankok, la capitale du royaume de Siam.
Versant de la mer des hides. — Golfe du Bengale. — Dans le golfe du Bengale tombent la Saïouen, venue d'une source inconnue dans le Tibet, et riraouaddy, sorti des monts de l'Assam, qui arrosent tous deux la Birmanie, puis le Brahmapoutre et le Gange, qiii mélangent leurs eaux dans un delta ou réseau de canaux inextricable. Le Brahmapoutre semble avoir sa source au nord de l'Himalaya, dont il percerait le rempart. Le Gange, au contraire, naît au sud de l'Himalaya, mais vers l'extrémité de la chaîne opposée à celle par où débouche le Brahmapoutre. Sur son cours dirigé de l'ouest à l'est, il recueille toutes les eaux descendues de l'Himalaya, et reçoit sur sa rive droite la Djemna, née comme lui dans l'flimalaj^a.
Le Deccan envoie à l'est dans le golfe du Bengale le Godavery et la Krichna.
Golfe d'Oman. — A l'ouest, dans le golfe d'Oman, le Deccan verse la Nerbuddah. Là débouche aussi le Sind ou Indus, grand fleuve venu du Tibet, sur le versant nord de l'Himalaya. Dans le golfe Persique se jette le Cbat-el-Arab, form.é par la réunion du Tigre et de l'Euphrate, qui naissent tous deux sur les hauts plateaux de l'Arménie et du Kourdistan.
Bassin intérieur de l'Aral. — Enfin sur le versant occidental du grand plateau central asiatique, les deux principaux fleuves sont le Syr-Daria et l'Amou-Daria, que les écrivains arabes nomment Sihoun et Djihoun, et que les anciens nommaient laxartes et Oxus. Le premier naît au nord des monts Tian-Chan, et finit dans le lac d'Aral. Le deuxième se forme sur le Pamir, et se dirigeait autrefois à l'ouest, vers la mer Caspienne. Maintenant il s'est retourné au nord, et finit au sud du lac d'Aral.
Comme la mer Caspienne, ce lac forme une sorte de mer intérieure.
Autres basdns intérieurs. — Les lacs analogues sont nombreux en Asie. Ainsi la mer Morte ou lac Asphaltite, qui reçoit le Jourdain, si célèbre dans l'histoire des Hébreux, les lacs Van et Sévanga dans l'Arménie, le lac Ourmia, dans la Perse; les lacs Balkachi et Issik-Koul, dans le Turkestan russe ; puis sur le plateau central : le Lob-Nor, où aboutit le Tarim, qui draine toutes les eaux du Turkestan oriental, le Koukou-Nor, et beaucoup d'autres.
2. Ethnographie. — Races sifjériennes. — L'Asie est habitée par des races bien différentes. Au nord de la Sibérie vivent de malheureuses tribus sauvages qui sont les frères des Samoyèdes et des Finnois du nord de l'Europe. Ils tirent de la chasse et de la pêche toute leur subsistance et se groupent de préférence sur le bord des rivières. Au midi de la Sibérie, où le climat devient moins rigoureux, où le sol se recouvre de belles forets susceptibles de fournir par le défrichement des terres fertiles, au lieu des toundras man^cageuses et presque toujours gelées qui bordent la mer Glaciale, les Russes, qui sont maîtres du paj's, envoient des colons et de nombreux condamnés politiques ou criminels, qui ne paraissent clairsemés qu'à cause de l'étendue du pays qu'ils sont appelés à peupler. Les défrichements et le travail des mines constituent leurs principales occupations. Sous ce rapport, l'Oural et l'Altai renferment des richesses
inépuisables en or, argent, cuivre, platine, pierres précieuses, charbon et métaux divers.
Haces jaunes, pastoi^ales et guerrières. — Au sud de l'Altaï, les Asiatiques mènent la vie pastorale. C'est de leurs troupeaux qu'ils tirent leur nourriture, leur boisson, leurs vêtem.ents, le feutre des tentes qui les abritent, et la fiente qui leur sert de combustible dans un pays où l'on ne rencontre pas un seul arbre. C'est de là que sont sortis les Huns, les Mongols, les Turcs et tant d'autres envahisseurs qui ont fait trembler l'Europe à bien des reprises difl'érentes, et qui ont fait à diverses époques la conquête de la Chine, de l'Inde et de l'Asie occidentale. De l'est à l'ouest, les Mandchoux, les Mongols, les Kalmouks, les Turcs du Turkestan, mènent dans les pays auxquels ils ont donné leur nom la vie barbare. Il en est de même des Kirghiz, au nord du lac d'Aral, que les Russes ont soumis à leur empire, et surtout des Turcoman» qui exercent leurs pillages sur les frontières do la Perse, de l'État de Khiva, et des possessions russes à l'est de la Caspienne. Tous les peuples dont nous avons parlé jusqu'ici, à l'exception des Européens, appartiennent à la race jaune ou mongo lique dite aussi ouralo-altdique, à cause des lieux où l'on pense qu'elle a pris naissance.
Races jowics sédentaires. — Les Chinois, les Japonais. — C'est à cette race jaune qu'appartiennent aussi les Chinois, qui ne vivent plus ni à l'état sauvage, ni à l'état barbare, mais sont parvenus, depuis une haute antiquité, à un état de civilisation relative fort avancé.
La race jaune domine encore au Tibet, au Japon et dans rindo-Chine, où vivaient autrefois d aunes races inférieures, aujourd'hui réfugiées dans les montagnes, où elles traînent une existence véritablement sauvage.
Race bkmche indu-eu)-opéenne. — Dans l'Inde, au contraire, c'est la race blanche qui domine. Nulle part elle n'offre un type plus beau, et c'est dans les montagnes du nord de l'Inde qu'on se plaît à placer le berceau des Aryas nos ancêtres.
Les Parias. — Mais il existe aussi dans l'Inde des races provenant du mélange des blancs et des jaunes, et d'autres races primitives comme dans l'Indo-Chine. Ce sont celles-ci que rejettent les fiers Indous. en les nommant parias.
Autres races aryennes. — Races sémitiques. — Les Afghans, les Béloutchis, les Persans, les Arméniens de l'Asie Mineure appartiennent encore à la race blanche aryenne ou indo-européenne, tandis que les Arabes et les Juifs senties représentants d'une autre race blanche, la race sémitique, aujourd'hui déchue, mais qui dans l'antiquité a fondé les empires assyrien et phénicien et les royaumes juifs.
Iraniens et Touraiiiens. — On donne souvent le nom d'Iraniens aux Persans et autres peuples de même race qui habitaient l'Iran ou pays de l'Ouest par rapport au Touran ou paj s de l'Est, qui est formé par le Turkestan. Les Touraniens et les Iraniens ont soutenu les uns contre les autres de longues et fréquentes luttes, amenées naturellement par le voisinage de deux peuples de races différentes, menant les uns, les Touraniens, la vie nomade et guerrière, et les autres, les Iraniens, plus disposés aux arts, la vie sédentaire. Les uns et les autres sont mélangés dans le Turkestan actuel, où les Touraniens, maîtres du pays, ont adopté en partie les mœurs de la race qu'ils avaient vaincue,
Religions. — C'est en Asie qu'ont pris naissance le judaïsme, le christianisme et \'isla77iisme, trois religions qui se partagent l'Europe.
Le bouddhisme. — Mais la plupart des hommes de race jaune suivent la religion bouddhiste, dont le dalai-lama ou grand pontife réside au 'l'ibet. contrée où se trouvent de très nombreux couvents de bonzes (prêtres bouddhistes). En Chine on suit
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aussi la religion de Confucius, et au Japon le culte particulier de Sinto.
Le brahmanisme. — Dans l'Inde règne surtout le brahmanisme, religion plus ancienne que le bouddhisme et qui consiste en un polythéisme divinisant les forces de la nature.
Les Parsis. — On y trouve aussi des Guèbres ou Parsis qui ont conservé l'ancienne religion de Zoroastre pratiquée autrefois en Perse, le culte du feu. Pour eux les environs de Bakou, sur la mer Caspienne au sud du Caucase, sont un lieu sacre, à cause des sources de naphte qui s'y enflamment spontanément.
L'islamisme. — L'islamisme a fait de grands progrès en Asie. A part quelques chrétiens dans la Syrie et l'Arménie, il comprend toutes les populations de la Turquie d'Asie, de l'Arabie, de la Pe/se, du Turkestan, de l'Afghanistan, du Béloutchistan. Dans l'Inde, ses représentants sont aussi très nombreux; sur plusieurs points de la Chine, ils sont devenus assez puissants pour fonder des États indépendants.
Mais les Musulmans se divisent en deux grandes sectes, mortellement ennemies, les Sunnites et les Chiites. Les premiers reconnaissent trois califes entre Mahomet et Ali. Les seconds ne reconnaissent qu'AU. Aujourd'hui les Turcs, les Égyptiens, les Arabes sont Sunnites, les Persans sont Chiites.
Le Chamanisme. — Enfin les populations sauyages de la Sibérie sont adonnées aux pratiques idolâtres du chamanisme. .
3. Géograpliie politique de l'Asie. — Trois grandes puissances, la Russie au nord, la Chine à l'est, l'Empire Britannique au sud, occupent la plus grande partie de l'Asie et comprennent la grande majorité de ses habitants.
Possessions russes. — Sibérie. — C'est à la fin du seizième siècle que les Russes ont commencé la conquête de la Sibérie, d'où étaient sortis les Mongols qui les avaient tenus sous leur domination. Depuis, leurs progrès ont été constants et, en dernier lieu, leur frontière a changé presque dannée en année.
Limites actuelles. — Aujourd'hui, elle part de l'angle sud est de la mer Caspienne sur les limites de la Perse, remonte au nord-est vers le lac d'Aral, suit la rive droite de l'Amou-Daria, depuis son embouchure jusqu'au sud de Khiva, passe entre Boukhara et Samarcand, où les troupes du tzar sont entrées en l8G8 et qui a été définitivement annexée depuis 1874; gagne le plateau de Pamir, puis les monts Tian-Chan, laissant à l'ouest sur le territoire russe tout le Khokand.le lac Issik-Koul, la vallée de l'Ili, affluent du lac Balkachi, qui avait été colonisée par les Chinois. La frontière se dirige ensuite vers le lac Baïkal, suit l'Argoun, une des deux grandes rivières dont se forme Je fleuve Amour, puis ce fleuve jusqu'au confluent de l'Oussouri, qu'elle remonte au sud, pour venir finir sur la mer du Japon, vers le 42' degré de latitude.
Superficie et population. — Dans ces limites la superficie des possessions russes est de là millions et demi de kilomècres carrés, et la population n'en dépasse pas 8 millions d'individus. C'est surtout au sud-ouest, dans les pays de VAsie centrale, qui faisaient récemment partie des Khanats indépendants du Turkestan, que cette population se trouve concentrée.
Population indiqène. — Nous avons dit plus haut que le nord de la Sibérie est habité par des hommes presque sauvages. Les chiens et les rennes sont les seuls animaux qu'ils aient à leur service, les fourrures la principale marchandise qu'ils puissent fournir. Toutefois on retrouve dans le nord de la Sibérie les restes d'éléphants ou d'autres animaux qui y ont vécu autrefois sous un climat sans doute i plus clément que de nos jours, et qui ont été conservés intacts dans la glace qui les a emprisonnés. !
Leur ivoire, sans valoir celui des éléphants vivants, mérite cependant d'être exploité.
Colons russes. — Au sud de la Sibérie vivent les colons russes, principalement occupés du travail des mines et des défrichements.
Locnlités principales. — Toute autre industrie est nulle, et la ville la plus considérable de la Sibérie proprement dite, Irkoutsk, près du lac Baïkal, n'a que 30 000 habitants. Kiakhta, sur la rive droite de la Sélenga, affluent méridional du lac Baïkal, et sur la frontière chinoise, tire quelque importance des caravanes qui y arrivent du nord de la Chine à travers la Mongolie. Vladivostok, sur la mer du Japon, tout près de la frontière de la Corée, est l'arsenal de la Russie du côté du Pacifique.
Asie centrale. Pays de-- Kirgkiz. — Les Kirghiz occupent entre la mer Caspienne et l'Altaï, un vaste pays qui semble être le fond d'une ancienne mer. Les eaux s'y réunissent en lacs sans écoulement, dont plusieurs sont saumâtres. Le terrain est plat, l'air y est glacé pendant l'hiver» brûlant pendant l'été. Les chevaux sont la principale richesse des Kirghiz, qui possèdent aussi des troupeaux de moutons et de chèvres.
Le Turkestan. — Les provinces russes du Turkestan renferment de nombreuses steppes arides mais au pied des montagnes, et partout où les rivières portent les bienfaits de l'irrigation, le sol se revêt de riches cultures. Ce pays produit des grains, des fruits, du coton, de la soie. 11 a l'avantage de se trouver au croisement des routes que suivent les caravanes pour aller de Russie dans l'Inde, ou de Perse en Chine. C'est là ce qui explique l'importance actuelle de Tachkend, la capitale des possessions russes, qui renferme plus de 80 000 habitans. C'est aussi ce qui a fait la grandeur de Sa?»ar/ca«d, l'ancienne capitale de Tamerlan au xiv^ siècle, qui conserve encore aujourd'hui de superbes mosquées Pour éviter la pénible et dangereuse traversée des steppes des Kirghiz et du nord du Turkestan, les Russes projettent un chemin de fer qui relierait Tachkend à Orenbourg sur la frontière de la Russie d'Europe. M. de Lesseps voudrait le prolonger jusqu'aux Indes.
Des anciens souverains du Turkestan, l'émir de la Boukharie et le khan de Khiva ont seuls conservé leur indépendance, et encore ont-ils été atteints assez fortement par les armes russes pour être sous la suprématie du izar. Boukliara est une ville sainte de l'islamisme, très renommée pour ses écoles et ses docteurs, longtemps fermée aux regards impurs des infidèles chrétiens qui ne pouvaient y pénétrer qu'au prix de mille dangers. Pour ces petits princes musulmans, la vie humaine n'est du reste nullement respectable, et au moindre caprice ils ordonnent de sanglantes hécatombes.
Po/iulation du Turkestan. — Comme les Kirghiz, les Ouzbegs, qui dominent en Boukharie et à Khiva, sont de race turque. La population sédentaire qui s'adonne à l'agriculture ou aux métiers des artisans, est composée de Tadjiks ou Sartes, qui sont Persans de race et souvent même d'origine. Khiva a longtemps été un grand marché d'esclaves, approvisionné surtout de captifs enlevés en Perse. Les pillards turcomans des bords de la Caspienne étaient les principaux auteurs de ces razzias ; c'est pour y mettre un terme que les Russes les ont récemment soumis à leur domination.
Transcaucasie russe. — Sur la rive occidentale de la mer Caspienne, les Russes possèdent encore en Asie plusieurs provinces au sud du Caucase qu'ils nomment Transcaucasie. Ces pays jouissent d'un heureux climat et abondent en productions diverses. C'est là que les Argonautes allaient chercher la toison d'or, autrement dit, des métaux précieux.
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La Géorgie et V Arménie. — C'est là que prospérèrent les royaumes de Géorgie et d'Arménie. Tiftis, la capitale du premier, est aujourd'hui le ■chef-lieu des possessions russes du Caucase et ne renferme pas moins de 70 000 habitants. Quant à l'Arménie, elle occupe en grande partie un plateau fort élevé, où l'on distingue le mont Ararat, haut •de 4 à 5000 mètres. Elle est partagée aujourd'hui «ntre la Russie et la Turquie. Le sort de la dernière guerre a fait passer entre les mains des Russes -Kars, la principale citadelle, que les Ottomans avaient victorieusement défondue en 18ôi. On rencontre des Arméniens dans tout l'Orient •et dans plusieurs contrées de l'Europe, où ils s'adonnent principalement au commerce et à la banque, comme les Juifs. Ils suivent la religion catholique, mais ont un patriarche particulier ; les Géorgiens sont plutôt ralliés à la religion chrélienne grecque. Les deux peuples appartiennent du reste au plus beau type de la race blanche ou caucasique. Mais à côté d'eux on trouve dans le •Caucase les types les plus divers de l'humanité.
Empire chinois. — Superficie et population — En comprenant dans les possessions chinoises la ■Corée, le Tiôet, le Turkestan oriental, la Mongolie, la Mandchonrie, l'empereur de la Chine domine sur un territoire aussi étendu en Asie que le tzar de Russie. C'est, en tout cas, le souverain auquel obéissent le plus grand nombre de sujets, puisqu'on pense que la Chine proprement dite renferme plus ■de 400 millions d'habitants, et les pays annexes ou tributaires une vingtaine. La Chine proprement dite, qui occupe l'angle sud-est de ce vaste empire, est 'extraordinairement peuplée : elle renferme plus de 100 habitants par kilomètre carré en moyenne.
Cités populeuse-;. — On y rencontre un grand nombre de villes renfermant plusieurs centaines de mille âmes, des campagnes très populeuses, et en outre beaucoup de Chinois vivent sur les rivières en en tirant toute leur subsistance. Il leur ■suffit d'un radeau en bambou, sur lequel ils étendent de la terre ou de la vase retirée du fleuve pour s'y créer un jardin.
Climat. — Les productions de la Chine sont très variées, suivant la latitude où l'on se trouve. Au midi, sur le 20' degré, on voit des cultures tropicales, puis le climat va en se refroidissant assez vite vers le nord. A Peking, sous la latitude de Naples, les étés sont fort chauds, mais Jes hivers très rigoureux, et la mer voisine reste prise par les glaces pendant plusieurs mois.
Mœurs des Chinois. — Les Chinois se nourrissent principalement de riz, et consomment beaucoup de poissons. Leur boisson habituelle est le thé, dont ils fournissent tout l'univers. Ils vendent aussi une très grande quantité de soie. Le commerce est très actif en Cliine, les rivières et les canaux qui les réunissent sont sillonnés par de nombreuses jonques, de même que les mers voisines où les marins chinois font le cabotage et malheureusement aussi la piraterie. Cependant les Chinois sont généralement doux, patients, persévérants, sobres, économes. Ce sont les plus habiles commerçants du monde.
L'émigration chinoise. — Partout où ils s'établissent, ils ruinent les autres nations par la concurrence. Leur esprit n'est pas Inventif, mais iis sont doués d'une remarquable faculté d'imitation, et arrivent rapidement à s'approprier les arts des autres peuples. Chaque année, des milliers de Chinois émigrent pour s'en aller en Amérique, en Australie, aux îles de la Sonde, aux Antilles, partout ou il y a un métier pénible à exercer, ou quelque miette à glaner. Ce sont eux qui remplacent les nègres dans les plantations européennes, qui chargent les navires de guano aux îles Cliinchas, qui ont construit le chemin de fer •de Panama sous un climat où le sol remue exhalait
la fièvre et la mort à chaque pas. En Californie, ils reprennent les placers abandonnés comme trop pauvres par les mineurs américains ; ils sont d'excellents domestiques, font tous les métiers des femmes et ceux qui exigent l'adresse la plus délicate. Au dehors, les Chinois font généralement fortune, et il j' en a de colossalement riches.
Le culte du .^ol Jiatalct des ancêtres. — Mais, si pauvres qu'ils soient, ils tiennent à ce que leurs restes soient rapportés sur la terre qui les a vus naître, et imposent généralement à la compagnie d'émigi'ation qui les emmène la condition de rapporter leurs cendres, s'ils meurent au dehors. En Chine, le culte des ancêtres joue un grand rôle, les cimetières occupent une place énorme, et Ton tient durant sa vie à se ménager une belle demeure pour le moment où l'on sera mort. On remarque dans les villes de nombreux marchands de cercueils, et c'est à qui choisira d'avance le plus beau.
Le jeu et Vopium. — A côté de ce respect pour les morts, il y a deux vices fort répandus en Chine : le goût du jeu et celui de fumer l'opmm. C'est de l'Inde qu'on tire généralement ce narcotique, et si les négociants anglais gagnent dans ce commerce un assez grand nombre de centaines de raillions chaque année pour expliquer que l'Angleterre leur ait ouvert ce débouché à coups de canon par la guerre dite de l'opium, en 1842, on ne saurait trop déplorer, pour l'humanité, un vice qui plonge dans l'abrutissement les malheureux qui s'y adonnent et les conduit promptement à une mort certaine.
Degré de la civilisation. — Les Chinois ont atteint depuis longtemps un degré de civilisation qu'ils ne semblent point dépasser. Ils connaissaient la boussole et la poudre à canon bien avant les Européens, ils fabriquaient depuis longtemps des porcelaines très recherchées pour la finesse de leur pâte et l'éclat de leurs peintures. Mais ils possèdent de grandes richesses minérales mal exploitées ou inutilisées. Le Yunnan, province au sud-ouest de la Chine, est extraordinairement riche en métaux, et le terrain houiller occupe en Chine une étendue considérable, sans qu'on ait encore tiré un parti avantageux de ces diverses ressources. Relations avec les étrangers. — Remplis de méfiance pour tout ce qui vient de l'étranger, les Chinois sont restés longtemps sans vouloir laisser entrer les commerçants européens ou américains dans leurs ports. Aujourd'hui h Canton et à Changhaî, les Chinois ont abandonné des concessions aux Européens et aux Américains, qui y sont à peu près indépendants, et ces négociants sont également reçus avec leurs navires dans une vingtaine de ports différents, sur les mers qui baignent la Chine ou le grand fleuve Yang-tsé-Kiang, Mais les inventions de l'Occident inspirent encore tant d'horreur aux fanatiques habitants du Céleste-Empire, comme ilsappellent eux-mêmes leur pays, qu'ils n'ont pas voulu laisser construire de chemins de fer et v ennent de démolir quelques kilomètres de railway établis aux environs de Chang-hai par des Anglais. Ils n'ont accepté que les arts de la guerre, où leurs défaites les ont obligés à reconnaître leur infériorité. Chacun se rappelle qu'il y a une vingtaine d'années, les troupes françaises et anglaises alliées sont entrées à Péking, sans que cet immense empire put avoir une armée en état do résister h ces quelques milliers d'Européens. Les Chinois se sont donc adressés aux Français et aux Anglais pour monter leurs arsenaux de construction et aussi pour organiser les douanes dont ils tirent leurs revenus. C'est qu'en Chine les fonctionnaires ou mandarins sont gradés d'après les examens qu'ils ont passés sur les vieilles connaissances qui composent le bagage littéraire des lettrés chinois depuis des siècles, et nullement formés à satisfaire les besoins pratiques du gouvernement et du peuple.
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Le chHstianisme enChine. — Il y a déjà longtemps que la religion clirétienne a été prêchée en Chine, et il y a 200 ans les Jésuites étaient fort en faveur à la cour de Péking. Ils avaient dressé une carte de l'empire, qui est encoi'e la meilleure base de nos cartes actuelles, établi un observatoire à Péking et enseigné beaucoup d'arts utiles. Aujourd'hui, malgré la protection réclamée et promise dans tous les traités entre Européens et Chinois, les chrétiens sont souvent persécutés et d'horribles massacres amènent périodiquement de nouvelles nterventions.
Le commerce extérieur. — Le commerce de l'Europe avec la Chine va en s'accroissant beaucoup. Les Anglais en ont la plus forte part. Ce sont eux qui importent l'opium et qui sont les plus forts consommateurs de thé. Les Français envoient deux fois par mois un grand steamer des messageries nationales de Marseille à Chang-hai, par Naples, Suez, Pointe do Galles (dans l'île de Ceylan), Singapore, Saigon et Hong-kong. Ces navires rapportent principalement du thé et de la soie. Les États-Unis et l'Allemagne ont aussi des relations très importantes avec les Chinois.
Gra7ides villes. — On a estimé de manières très différentes la population de Péking. Elle renferme pour le moins un million d'habitants ; elle est formée de deux villes distinctes, la ville chinoise et la ville tartare. La dynastie actuellement régnante est d'origine mandchoue, et c'est au centre de la ville tartare que se trouve le palais de l'empereur. Mais quel contraste entre la richesse etia splendeur de ces édifices et les quartiers pauvres où grouille une population sordide I Aucune de nos villes d'Europe ne peut nous donner une idée des misères qu'on trouve à Péking ou à. Canton, la grande ville du sud. Les abandons d'enfants, jetés quelquefois, dit-on, en pâture aux pourceaux, les supplices infligés aux prisonniers, les excréments et les ordures avec lesquels les malheureux cherchent à tromper leur faim, forment un tableau hideux qui ne se répète que trop souvent.
Les insurrections. — La Chine est soumise à un autre genre de fléau, celui d'insurrections teri'ibles.
Entre 1850 et ISGi', les Taï-jmigs ont exercé leurs ravages au-cœur de l'empire, à Nanking, l'ancienne capitale du sud (en chinois pé veut dire nord, etnmi, sud; Péking, c'est la capitale du nord; Nanking, la capitale du sud; Pé-ling, les montagnes du nord; Nan-ling, les montagnes du sud). JVanking, qui était une ville de plusieurs centaines de mille âmes, est tombée en leur pouvoir, et a été entièrement ruinée par eux. Des millions de personnes ont péri, des campagnes prospères ont été entièrement dépeuplées par ces barbares qui rappellent les Huns ou les Mongols. Et ce n'est qu'avec l'aide des Européens que l'empereur de la Chine est parvenu à maîtriser ces hordes inhumaines.
Autres gra7ides villes. Établissemejits européens. Ports ouverts aux étrmigers. — La Chhie renferme encore beaucoup d'autres grandes villes. Canton, au sud, est une ville d'un milhon d'habitants qui fait un immense commerce de thé. A l'embouchure de la rivière qui lui sert de port, les Portugais occupent Macao, et les Anglais l'île de Hong-kong. Macao a longtemps servi de point de départ à des navires qui emportaient des cargaisons de Chinois, décorés du nom de coolies libres, mais traités trop souvent avec une inhumaine barbarie. Par la possession de Hong-kong, les Anglais ont à la fois un poste d'observation et de relâche pour leur marine dans ces parages, et «n entrepôt où ils peuvent emmagasiner leurs marchandises plus sûrement qu'au milieu d'une grande ville chinoise, toujours exposée h des désordres imprévus. Au centre de la Chine, Ilankao , sur le fleuve Bleu, est comme Canton, Chang-haï et une douzaine d'autres villes, un port
ouvert aux navires étrangers, et le centre de deux ou trois cités populeuses qui renferment encore une énorme agglomération d'habitants, peut-être plusieurs millions. Sur le détroit de Fo-kien, en face de l'île de Formose, Fou-tclieou, autre port ouvert aux étrangers, est le plus grand marché d'approvisionnement pour les thés. C'est de Ih que partent chaque année à la suite de la récolte ces fameux clippers anglais qui luttent de vitessepour arriver les premiers dans les docks de Lon dres.
Grande muraille. — La Chine est enveloppéeau nord-ouest par une grande muraille de 3 OOO kilomètres d'étendue que les empereurs firent élever, deux ou trois siècles avant notre ère, pour se mettre à l'abri des invasions des Mongols et de& Mandchoux. Franchissant sans interruption les montagnes et les vallées, la grande muraille est une œuvre gigantesque. Tantôt bâtie en briques et tantôt simple rempart de terre, elle est défendue de distance en distance par des tours qui se regardent l'une l'autre, et offre partout une largeur suffisante pour que plusieurs cavaliers y puissent galoper de front.
Corée.^ — A l'est de la Chine, la Corée reconnaît nominativement la souveraineté de l'empereur de Péking, mais forme, en réalité, un royaume entièrement indépendant. Encore plus isolée que la Chine et le Japon, elle est fort peu connue des Européens, bien qu'une expédition française ait remonté jusqu'à sa capitale, il y a quelques années. C'est un pays peuplé de plusieurs millions d'habitants, et fort accidenté.
Japon. — État ancien. — Le Japon est resté plus longtemps fermé aux Européens que la Chine. Les Hollandais seuls étaient reçus à Nangasaki, port de l'île de Kiousiou, la plus méridionale des îles dont se compose l'archipel. Il était défendu aux Japonais sous peine de mort de quitter leur pays. Aujourd'hui la situation est bien changée. Une révolution qui a eu lieu au .Tapon en 1867 a renversé l'antique système et mis à l'ordre du jour l'imitation des moeurs et des institutions de l'Europe et de l'Amérique. Il y a au Japon un empereur nommé le mikado; cet empereur était jadis une sorte de dieu, invisible pour ses sujets et revêtu de la puissance spirituelle et temporelle. Mais il n'exerçait point cette dernière , dont s'était emparé depuis des siècle un de ses vassaux portant le titre de shogoun. Tandis que le mikado restait enfermé au fond de son palais à Mia-ko ou Kioto (au sud-ouest de la grande île de Niphon), le shogoun résidait à Yédo, la ville la plus peuplée, et obligeait à y résider, pendant une partie de l'année, les daïmios ou grands feudataires de l'empire. Ceux-ci, jouissant d'une situation analogue aux puissants seigneurs de l'Europe féodale, avaient des provinces et des troupes à eux. Mais ils ne pouvaient s'éloigner de Yédo sans y laisser des otages qui répondissent de leur fidélité au shogoun.
Etat nouveau du Japon. — Depuis la nouvelle révolution, qui a renversé l'institution dushogounat, le mikado a ressaisi la puissance temporelle et est redevenu le seul souverain. Il se montre nonseulement à ses sujets, mais encore quelquefois à des Européens. Les daïmios ont dû renoncer à leurs préi-ogatives pour redevenir de simples officiers de l'empereur. Le nouveau gouvernement a fait venir des étrangers, et notamment des professeurs et des officiers français, pour fonder des écoles et des arsenaux au Japon et y organiser des troupes à l'européenne. De jeunes Japonais fréquentent maintenant les écoles d'Amérique, de France, d'Angleterre ou d'Allemagne pour s'initier à nos sciences et à nos institutions. Plusieurs ports sont ouverts à nos nationaux, qui y commercent librement. Toutefois le nouvel ordre de choses
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est trop récent et soulève encore de trop nembreuses oppositions pour pouvoir être considéré comme définitif.
Caractère des Japonais. — Le caractère des Japonais est plus noble que celui des Chinois. Ils sont faits pour la guerre plus que pour le négoce. Leur courage leur fait mépriser la mort. Le port des armes entre dans leur costume national et les nobles ont toujours suspendus à leurs côtés ces énormes sabres aux tranchants redoutables dont ils frappent leurs ennemis ou dont ils s'ouvrent le ventre sitôt qu'ils se croient déshonorés. Les Chinois n'envoient au dehors que des prolétaires que la misère chasse de chez eux ou des négociants que stimule l'amour du lucre. Les Japonais, au contraire, choisissent leurs sujets les plus capables pour aller étudier au dehors une civilisation qu'ils apprécient et désirent s'approprier.
Arts et produciio7is principales. — Les arts sont aussi plus développés au Japon qu'en Chine. Les porcelaines, les bronzes, les laques du Japon sont admirables. Les artistes excellent à peindre sur un éventail ou un paravent des sujets charmants de naïveté, ou à tailler dans le bois «u l'ivoire mille petits objets qui exigent une dextérité merveilleuse. Les étoffes de soie brodées sont éblouissantes de couleur et de richesse. Le papier qui sert, entre autres usages, à faire les cloisons intérieures des appartements, est d'une souplesse et d'une solidité remarquables.
Dans les campagnes, les Japonais s'appliquent à bien cultiver leur sol. Les plantes parasites, et même les animaux qui, comme les moutons, sont à certains égards nuisibles à l'agriculture, sont soigneusement écartés. Le pays renferme aussi ■des mines précieuses de cuivre et d'autres métaux soigneusement exploitées. Grâce à l'étendue du Japon en latitude, l'archipel produit une foule de plantes diverses. L'Europe en tire du thé, de la «oie, des œuvres d'art et des cartons garnis de graines de vers à soie pour renouveler dans nos contrées séricicoles les races que les épidémies ont détruites.
Superficie et population. Villes remarquables. — La population du Japon est aujourd'hui de 33 millions d'habitants pour une superficie de 393 OnO kilom. carrés, c'est-à-dire de 85 habitants par kilomètre. La France n'en renferme que 70. La population de plusieurs villes dépasse cent mille habitants. Les plus remarquables sont Yédo ou Tokio, avec I 500 000 hab., Aliaco ou Kioto, 375 000, Osaka avec la même population et Yokohama, port voisin de Yedo, où résident 3 00ii étrangers.
Indo-Chine. — Les Anglais en Indo-Chine. — L'Indo-Chine participe des deux contrées dont elle tire son nom et auxquelles elle sert de trait d'union. A l'ouest, les Anglais se sont emparés de toutes les côtes qui bordent le golfe du Bengale jusqu'à la presqu'île de Malacca et les ont annexées à leurs colonies de l'Hindoustan. Ils possèdent en •outre les établissements des détroits et l'île de Singapore à l'ouest et au sud de la presqu'île de Malacca, où régnent plusieurs petits princes malais alliés aux Anglais et tributaires du royaume de Siam.
A l'est, l'empire d'Annam, qui s'étend le long de la côte de la mer de la Chine, était plus ou moins tributaire de l'empire chinois.
Les Français en Indo-Chine. — Au siècle dernier la France fit alliance avec l'empereur à'Annam, et les ingénieurs français élevèrent dans ses États des fortifications qui subsistent encore. Depuis une vingtaine d'années, nous sommes devenus maîtres de la basse Cochinchine, qui occupe les bouches du Meî-kong, et protecteurs du royaume de Cambodge, qui borne au nord les provinces françaises. /Puis, par un nouveau traité avec l'empereur de Hué
la capitale de l'empire d'Annam), nous avons été confirmés dans nos possessions et sommes devenus les protecteurs de l'empereur d'Annam pour le soustraire à toute influence étrangère, chinoise ou autre. Ce dernier traité a ouvert au commerce français plusieurs ports du Tonkin, qui forme au nord de l'Annam la partie la plus riche et la plus peuplée de cet empire. Par le fleuve du Tonkin, on espère faire passer les riches produits miniers de la province chinoise du Yunnan, à laquelle ce fleuve conduit.
Sia)n et Birmaîiie. — Entre l'Annam et les possessions britanniques, le royaume de Siam occupe le bassin du Meî-nam, au fond du golfe de Siam ; et l'empire des Birmans couvre le haut bassin de riraouaddy et celui de la Salouen.
Populations diverses. — Il s'en faut de beaucoup du reste que tous ces souverains, qui sont cependant des monarques absolus, puissent exercer partout leur autorité. Les Laotiens, qui habitent sur les bords du Mei-kong, sont réclamés comme sujets à la fois par l'Annam et le royaume de Siam. Ils mènent une vie à peu près sauvage ; cependant les Mois, qui vivent dans les forêts, sont encore plus barbares et semblent appartenir à une race aborigène occupant le pays avant sa conquête par la race chinoise.
Les peuples de l'Indo-Chine sont très peu avancés sous le rapport de la civilisation. Comme les Chinois, ils suivent la doctrine de Confucius, ou le bouddhisme, ou des cultes moins élevés. Le commerce est entre les mains des Chinois, ou des Malais, Ceux-ci, qui appartiennent à une race intermédiaire entre la race blanche et la race jaune, sont des navigateurs hardis qui ont fondé des États prospères dans les riches îles de l'archipel auquel ils ont donné leur nom et où l'on parle leur langue.
Productions de l'Indo-Chine. — L'Indo-Chine est entièrement comprise dans la zone tropicale et excessivement fertile. Elle produit en grande abondance le riz, qui forme la principale nourriture des habitants et dont on exporte en outre d'énormes quantités en Chine ou dans l'Inde. Les forêts sont remplies de bois précieux, et on y exploite entre autres le tek, remarquable par sa dureté et son incorruptibilité. La presqu'île de Malacca est un des rares pays du monde riches en étain. Ailleurs on trouve de l'or, dont les temples de Bankok, la capitale de Siam, sont surabondamment ornés, et des pierres précieuses. Si les forêts sont peuplées de bêtes féroces, on y capture du moins des éléphants sauvages, qui, une fois domestiqués, rendent les plus grands services dans les forêts et les marécages, où ils sont les seules bêtes de somme utilisées.
Superficie. Population. — Villes principales. — On estime à 37 millions environ le nombre des habitants qui occupent l'Indo-Chine, dont la superficie est de 2300 000 kilom. carrés, environ 4 fois et demie la France. La ville la plus peuplée est la capitale du royaume de Siam, Bankok, dont on évalue la population à 500 000 habitants. Une foule de gens y vivent sur des bateaux stationnés sur la rivière, comme dans les grandes villes chinoises, et son port est animé par un grand nombre de jonques chinoises ou malaises. Hué, la capitale de l'Annam, Hanoi ou Kécho, la capitale du Tonkin, Mandalay, la capitale des Birmans, sur riraouaddy, un peu en amont des anciennes capitales Ava et Oumérapoura, sont des villes d'une centaine de mille âmes.
Il en est de môme de Rangoun, la capitale des possessions anglaises ou Birmanie britannique, pays dont la population totale approche de 3 millions d'habitants.
La Cochinchine française a pour chef-lieu Saigon, qui devient une belle ville bien bâtie, animée par le commerce, la garnison et les adminis-
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trations dont elle est le siège. Mais son port n est pas aussi fréquenté que celui de Singapore, qui commande le détroit de Malacca et qui est un des principaux points de relâche sur la route de l'Extrême- Orient. Singapore est située dans une île séparée du continent par un détroit assez peu large pour que les tigres, le traversant à la nage, viennent exercer leurs ravages jusque dans la ville. Depuis que les Anglais y ont otabli un nort franc, la population y a très rapidement augmenté. Aujourd'hui on y compte 100 000 habitants, en grande partie Chinois, et tous occupés de négoce, car l'île ne produit rien par elle-même. Mais elle est située au point le plus favorable pour y opérer les échanges entre l'Inde, la Chine, les îles de la Sonde et l'Australie.
Exploratio7is françaises. — Vart cambodgien. — Depuis que les Français sont devenus maîtres de la Cochinchine, ils ont exploré le Meï-kong, qui y débouche. Les rapides qui entravent son cours le rendent malheureusement impropre à la navigation. Plusieurs de ses grands affluents sont encore inconnus. L'un d'eux, qui vient du Cambodge,le met en communication avec le lac Bien-ho ou Tonlé-sap. Ce lac reçoit le trop-plein du fleuve pendant l'époque des hautes eaux, puis les lui rend au moment de la baisse du niveau dans le Mei-kong. C'est sur les bords de ce lac et aux environs que l'on a récemment découvert les ruines des monuments magnifiques qu'y avaient élevés les Khmers, au moment de la splendeur de leur empire. Les plus beaux spécimens qu'on en ait rapportés forment aujourd'hui le musée cambodgien de Compiègne.
HiNDOUSTAN. — Limites. — L'Hindoustan forme une grande péninsule limitée au nord par les monts Himalaya, à l'ouest par le golfe d'Oman, à Test par le golfe du Bengale, tous deux dépendances de la mer des Indes. Entre la mer et les montagnes, la frontière géographique est marquée par rindus au nord-ouest, et par le Brahmapoutre au nord-est.
Possessions anglaises. — Mais depuis quelques années les Anglais, maîtres de la plus grande partie de l'Inde, ont étendu les Umites de leurs possessions au delà de ces frontières naturelles en occupant à l'est du Brahmapoutre, dans la péninsule de rindo-Chine, les provinces montagneuses de YAssam et tout le littoral oriental du golfe du Bengale, auquel on donne maintenant le nom de Birmanie anglaise. De même à l'ouest de l'Indus, les possessions britanniques s'étendent jusqu'au pied des monts Suleiman, qui servent de contrefort aux plateaux de l'Afghanistan et du Béloutchistan.
L'Himalaya, le Gange, rindoustan. — L'Himalaya reçoit sur son versant sud des masses énormes d'eaux, en condensant sur ses flancs les nuages pompés par le soleil sur la nier des Indes, et auxquels il oppose une barrière trop élevée et infranchissable. Ces eaux forment au pied des monts une lisière marécageuse et malsaine, hantée seulement par les tigres et autres bêtes fauves, et qu'on nomme le Térai ;md,is au sud du Téraï,le Gange et ses principaux affluents, qui suivent comme l'Himalaya la direction du nord-ouest au sud-est, parcourent un bassin d'une fécondité merveilleuse. Là poussent le riz qui forme la principale nourriture des habitants, le pavot à opium, et l'indigo qui alimentent le commerce d'exportation. Là se presse une population très dense ; de nombreuses villes comptent plusieurs centaines de mille âmes : Delhi, où les descendants et successeurs de Tamerlan régnèrent sous le nom de Grands-Mogols, depuis le xiv" siècle jusqu'au commencement du xix', et Agra, situé, comme Delhi, sur la Djemna ; Laknau, la principale ville de l'ancien royaume d'Oude; Bénarès, la ville sacrée dos Hindous, €t Patna, sur le Gange; Calcutta enfin, la capi-
tale du Bengale, située sur l'Hougli, une des branches du delta du Gange, qui donne accès aux plus grands navires jusqu'aux quais de cette métropole britannique. Cette résidence du vice-roi et des principales autorités anglaises renferme près d'un million d'habitants.
Le littoral. — La population se presse encore sur la côte de Coromandel, qui s'étend à l'est de la péninsule, et sur celle de Malabar, à l'ouest. C'est là que s'élèvent Madras avec 400 000 habitants sur la côte de Coromandel, et Bow6ay avec 6.Î0 000 habitants sur le golfe d'Oman. Ce sont les contrées chaudes, dont le climat énervant épuise les Européens et les force à aller se refaire dans les sanilariums que les Anglais ont élevés dans l'Himalaya ou sur les plateaux du Deccan.
Le Deccan. — Celui-ci occupe toute la partie méridionale de la péninsule entre Bombay, Calcutta et le cap Comorin ; les Gates, qui s'étendent le long des côtes de^la Péninsule à l'ouest et à l'est, et les monts Vindhyas, au nord de laNerbuddah, forment les bords de ce plateau, dont l'altitude moyenne au-dessus du niveaxK de l'océan est d'un millier de mètres. Sur le Deccan, l'abondance des récoltes est subordonnée à la régularité des pluies, et si celles-ci viennent à manquer, on voit alors sévir d'horribles famines, dont le gouvernement anglais cherche à diminuer la fréquence en construisant de nombreuses voies ferrées qui permettent d'apporter partout les denrées qui font défaut, et d'immenses réservoirs qui accumulent pendant la saison des pluies des eaux destinées à l'irrigation.
Le Pendjab. — Le Pendjab, ou pays des cinq rivières, est parcouru par l'Indus et ses affluents, et sa métropole, Lahore, ancienne capitale du pays des Seiks, le dernier peuple soumis parles Anglais, est une ville de 100 000 âmes.
Histoire. — L'Inde a de tout temps été convoitée par ses voisins, ou par les divers conquérants du monde. Les nombreuses races difl"érentes que l'on y retrouve sont les preuves des invasions anciennes dont l'histoire n'a pas gardé le souvenir. Ce pays a été le terme de la brillante carrière d'Alexandre. Après lui, les Afghans et les Mongols en ont fait la conquête, et c'est un mélange de persan avec l'ancien sanscrit qui forme la langue la plus répandue aujourd'hui dans la péninsule, l'hindoustani. Pendant longtemps les Européens n'ont connu d'autre route que celle des caravanes traversant l'Asie Mineure et la Perse pour aller chercher dans l'Inde les épices et les riches étoff'es que ce pays avait le privilège de receler. Quand les Portugais eurent découvert la route du cap de Bonne-Espérance, plus courte comme temps et plus sûre, malgi'é les hasards de la navigation, que la route de terre traversant des pays semi-barbares, ils devinrent les maîtres du commerce de ces régions. Les Hollandais, puis les Français au siècle dernier, prirent successivement la place des Portugais. Maintenant ce sont les Anglais qui y dominent à leur lour. Petit à petit, la Compagnie anglaise des Indes, société de marchands, tfst devenue maîtresse des divers Etats indigènes de la péninsule et de la plupart des possessions européennes. Les négociations, la force, la ruse, ont été mises en œuvre pour constituer le plus bel empire colonial qui soit au monde et qui aujourd'hui est devenu propriété immédiate de la couronne d'Angleterre.
Etats tributaires; Et(ds indépendants. — On ne considère pas l'Inde entière comme possession britannique. On y distingue encore des Etats réputés tributaires des Anglais, mais dont les souverains sont surveillés dans tous leurs actes par les résidents britanniques que le gouvernement de la Grande-Bretagne place auprès d'eux. Ces Etats tributaires renferment un cinquantaine de millions d'habitants, et les possessions britanniques près de
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quatre fois autant. Quant aux Etats vraiment indépendants, on ne les trouve plus que dans les montagnes de l'Himalaya, là où la supériorité des armes anglaises no servirait de rien et où le sol est trop pauvre pour alimenter un commerce avantageux. Là, aussi les populations natives ont gardé la force physique, jointe à l'amour de l'indépendance. Partout ailleurs, la chaleur du climat a ôté toute vigueur aux caractères, et c'est ce (jui explique comment 100000 Européens commandent seuls à des centaines de millions d'Hindous. La résignation et l'esprit fataliste constituent un côté de leur nature. Tls meurent de faim sans proférer une plainte dans les grandes famines, et ils expirent sous la griffe du tigre ou la piqûre mortelle du serpent avec la même indifférence. Les Anglais ont eu grand'peine à détruire l'usage suivant lequel les veuves se faisaient brûler sur le bûcher où l'on incinérait le cadavre de leur époux. Et h la procession de l'idole de Djaggernaut, les fanatiques dévots se faisaient écraser sous les roues du char divin.
On n'a pas oublié la révolte d'il y a vingt ans qui a été signalée par de si horribles massacres. Bien qu'elle fût fomentée par les régiments de cipayes, naturels enrôlés dans l'armée de la Compagnie, et que les régiments européens fussent réduits à leurs propres forces, l'Angleterre est sortie victorieuse de cette épreuve redoutable. Aujourd'hui les radjahs, princes indigènes dont plusieurs possèdent des fortunes considérables, et qui éclipsent, par la magnificence de leur luxe oriental les souverains les plus puissants de l'Europe, sont les sujets obéissants de l'Impératrice des Indes qui lcs> gouverne de Londres. 150 millions d'Hindous, 40 millions de Mahométans, des Bouddhistes, des Guèbres ou adorateurs du feu composent la population mélangée et exubérante de ce vaste pays.
Productions priîicipales. — Le commerce tire de l'Inde une grande quantité de plantes textiles. Pendant la guerre de sécession aux Etats-Unis, qui avait fait négliger la culture du coton dans son principal centre de production, Bombay était devenu le plus grand marché d'approvisionnement des manufactures anglaises. Avec le coton, l'Inde produit du jute, de la soie, de la laine. L'opiuin forme ensuite le principal objet d'exportation. Les forêts sont riches en bois précieux pour leur dureté et leur incorruptibilité. On s'est mis à cultiver dans l'Inde depuis quelques années le thé et le quinquina, et on en a tiré dans tous les temps du riz à la suite des récoltes abondantes, des épices, de Viyidigo.
Sans offrir le même caractère de civilisation que les Européens, les Hindous ont le goût des arts. Leurs temples et les palais de leurs radjahs sont souvent des œuvres merveilleuses par l'élégance de leurs formes, la délicatesse de l'exécution, la richesse de l'ornementation. Les mousselines de l'Inde, les foulards, les châles fabriques dans le Cachemyr avec du poil de chèvre d'une espèce particulière sont toujours recherchés pour la finesse de leur tissu, et l'harmonie de leurs couleurs. C'est une ville du Malabar, Caiicut, qui a donné son nom au cahcot-N'oublions pas non plus que c'est de l'Inde qu'on tirait les diamants de l'eau la plus pure et des plus grosses dimensions avant la découverte récente des gisements de diamants de l'Afrique australe- Mais malgré les ressources de l'Inde, la population y est si nombreuse, que beaucoup d'Hindous s'en vont travailler comme coolies aux Antilles ou en Afrique.
Possessio7is européennes. — Les Portugais et les Français ont seuls conservé des possessions dans l'Inde. Les premiers ne possèdent plus que Diu, Damao et Goa, sur la côte occidentale, qui sont de
simples comptoirs de commerce avec un peu plus de 400,000 habitants.
La France possède Mahé sur la côte occidentale, Kavikal, l'ondicliéry, et Yanaon, sur la côte de Coromandel , Chandernaç/or sur l'Hougli, à quelque distance au nord de Calcutta, en tout un territoire qui est environ la millième partie de la Franco et qui est peuplée de 270,000 habitants. Pondichéry est la capitale administrative.
Quant aux provinces anglaises, il serait trop long d'énumérer leurs divisions. Les principales sont les présidences de Calcutta, Bombay et Madras, dont les chefs-lieux sont en même temps les villes les plus peuplées et les ports les plus commerçants. Dans l'île de Ceylan, Pointe de Galles, à la pointe sud-ouest de l'île, sert de port de relâche aux navires qui vont d'Europe en Chine entre Aden et Singapore.
BÉLOUTCHISTAN ET AFGHANISTAN. — Au UOrd-OUeSt
de l'Inde, le Béloutchistan et l'Afghanistan sont peuplés par des hommes presque barbares, dont un grand nombre mènent la vie nomade sur les plateaux élevés qu'ils habitent. Les noms qui désignent ces contrées répondent plutôt à des différences de races qu'à des empires politiques nettement définis. Les khans qui prétendent à la souveraineté sont nombreux et toujours en lutte les uns avec les autres. Les Anglais, maîtres de l'Inde, et les Russes, maîtres du Turkestan, les favorisent tour à tour pour se ménager des intelligences dans leur pays. En ce moment l'influence britannique est dominante.
Kélat est la seule ville importante du Béloutchistan, Candahar, la principale ville du sud de l'Afghanistan ; au nord-est de celle-ci , dans les montagnes de l'Hindou-Kouch, Hérat est une place forte considérée comme la clef de l'Inde pour les conquérants venant du Nord. Elle est évidemment le point de mire des Anglais et des Russes. Enfin, la dernière ville importante de ces régions est Caboul, à l'est de l'Afghanistan, dans une région entourée de montagnes et sur une rivière qui porte ses eaux jusqu'à l'Indus. Partout ailleurs, sur le plateau, les cours d'eau, pour la plupart intermittents, vont se perdre dans des lacs sans écoulement vers la mer.
Au nord de l'Inde, on trouve encore, dans l'entassement des montagnes qui servent de contrefort au plateau de Pamir du côté du midi, une foule de peuplades barbares qui y maintiennent leur indépendance et sont probablement les frères d'origine des Européens et des Hindous, restés fidèles au pays où la race entière semble avoir pris naissance.
Turkestan. — Voir ci-dessus les possessions