ACCLIMATATION — ACCLIMATEMENT
Zoologie, V; botanique, XXX. — De ces deux mots, qui sont synonymes l'un de l'autre, celui d'acclimatement est le plus ancien ; on l'emploie plus spécialement aujourd'hui pour désigner l'ensemble des modifications qui s'opèrent dans l'organisme de l'homme, lorsque ce dernier, changeant de climat, est obligé de se plier à de nouvelles conditions physiologiques. On distingue deux sortes d'acclimatement : l'un, appelé petit acclimatement, signifie que l'individu s'est mis en harmonie avec les nouvelles conditions qui lui sont imposées ; l'autre, désigné sous le nom de grand acclimatement, veut dire que non-seulement l'individu s'est fait au chmat du nouveau pays qu'il habite, mais encore qu'il y a fait souche, c'est-àdire que sa race s'y est reproduite pendant plusieurs générations.
Le mot acclimatation, au contraire, est particulièrement employé depuis quelques années pour indiquer l'intervention de l'homme dans l'acte d'acclimater, intervention qu'il a exerc<^e tout à la la fois sur les animaux et les végétaux et qui, dans beaucoup de cas, a été couronnée d'un plein succès.
Avant d'énumérer les principaux résultats obtenus par l'homme dans l'art d'acclimater, il nous paraît utile d'indiquer quelques-unes des conditions les plus propres à assurer le succès d'une acclimatation. Des lois naturelles, et non le simple hasard, ont présidé à la distribution des corps vivants sur la surface du globe, et si nous voyons des animaux, comme le chien et le chat, être aujourd'hui pour ainsi dire cosmopolites, et des plantes, comme le blé, le seigle, etc., croître à la fois en Afrique et en Laponie, il ne faudrait pas en tirer cette conclusion qu'elles y ont existé de tout temps et que tous les climats sont favorables à l'existence et à la propagation des différentes espèces. Tous les animaux et tous les végétaux subissent, en effet, à des degrés différents, l'influence des climats, et l'homme lui-même, malgré les nombreuses ressources dont il dispose, ne peut s'y soustraire complètement. Des conditions climatiques données sont donc nécessaires à la multiplication des animaux et des végétaux, et cette multiplication ne peut s'effectuer d'une manière régulière qu'autant que les êtres trouvent dans les nouvelles régions où ils sont appelés à vivre, un climat à peu près identique à celui de leur lieu d'origine. On peut donc se faire une idée des nombreuses précautions que l'homme est obligé de prendre pour lui-même lorsqu'il change de contrée, et les soins qu'il est contraint de prodiguer aussi bien aux animaux qu'aux végétaux, lorsqu'il veut tenter de les acclimater, sont encore plus variés.
Toute transition brusque de climat entraine presque toujours avec elle des perturbations organiques telles, que l'être qui les subit ne tarde pas à dépérir, quelquefois même à succomber. Ou si par hasard il résiste, on ne tarde pas à constater en lui ou dans sa lignée des modifications souvent profondes, modifications qui se traduisent tantôt par une augmentation, tantôt par une diminution de la taille, ou bien encore par l'atrophie ou l'excès de développement d'un certain nombre de ses organes.
Il semble donc que le meilleur moyen d'arriver à des résultats heureux, lorsque les espèces à introduire dans un pays proviendront d'un lieu où le climat sera très-différent de celui dans lequel elles seront appelées à vivre et à se reproduire, serait de les habituer progressivement à leurs nouvelles conditions d'existence en créant des stations intermédiaires, dans lesquelles un séjour plus ou moins prolongé permettra à ces espèces de four-
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nir de nouveaux sujets, qui eux-mêmes étant devenus assez forts, et pour ainsi dire préparés, pourront être expédiés dans une station plus rapprochée de celle qui deviendra leur demeure définitive .
Il ne faut pas non plus négliger de tenir compte des mœurs, des habitudes, de l'âge et de l'état de santé des animaux sur lesquels on veut expérimenter; il faut en essayer autant que possible la domestication préalable. Lorsqu'on a aflCaire à des végétaux, on étudiera la nature du sol où ils vivaient, puis on recherchera quelles sont les meilleures conditions que doit remplir le terrain sur lequel on les place, pour en assurer l'entretien, la propagation et le perfectionnement.
Le croisement des différentes races exotiques avec celles de notre pays pourra aussi, dans certains cas, être un puissant auxiliaire de l'acclimatation, et l'on pourra obtenir de la sorte des métis présentant des caractères de supériorité incontestables sur les sujets qui leur auront donné naissance.
Acclimatement de l'homme. — L'homme, ainsi que nous l'avons déjà vu, est soumis aux mêmes lois que celles qui régissent tous les êtres qui peuplent le globe. Bien qu'à première vue il semble pouvoir passer presque impunément et sans transition, grâce à la rapidité des moyens de locomotion dont il dispose aujourd'hui, des régions les plus froides aux contréesles plus chaudes, il n'en subit pas moins l'influence des climats. C'est ainsi que li's Européens qui émigrent aux Antilles, au Sénégal, dans l'Inde, et même plus près de nous en Egypte et en Algérie, sont habituellement décimés sous ces différents climats par toutes sortes de maladies, tandis qu'ils vivent et se propagent aux Etats-Unis, par cela seul que ce pays et celui qu'ils ont quitté font partie d'une zone dont les ditïérents points sont sensiblement isothermes, c'est-à-dire d'une température moyenne à peu près identique. Les Circassiens et les Nègres transportés en Égj-pte n'ont jamais pu faire souche dans cette contrée.
L'histoire nous apprend aussi que les différents peuples qui habitent actuellement l'Europe sont d'origine asiatique, probablement du plateau central de ce continent, et que ce n'est que graduellement et par une longue suite de siècles qu'ils ont acquis les différents caractères distinctifs qu'ils présentent de nos jours.
Acclimatation des mammifères. — Beaucoup d'espèces de mammifères, répandues sur tous les points du globe, y ont été apportées par l'homme : d'autres, mais en plus petit nombre, s'y sont acclimatées spontanément, comme le rat noir et le surmulot : le premier de ces animaux, originaire de l'Asie Mineure, s'est répandu en Europe au retour des croisades, d'où il a envahi ensuite, ainsi que quelques autres de nos espèces parasites, presque tous les points du globe.
Au nombre des espèces les plus répandues par les soins de l'homme se rangent nos animaux domestiques, qui, amenés d'Asie par les Aryas, ont été transportés ensuite jusqu'aux points les plus reculés de la terre.
Le cheval, qui semble avoir eu pour premier habitat l'Asie centrale, mais dont les ossements se retrouvent à l'état fossile sur beaucoup de points de l'Europe, s'est étendu de cette première contrée dans tout l'ancien continent. II a été importé en Amérique par les premiers Espagnols qui ont foulé le solde ce continent, et il s'y est si bien acclimaté, que son espèce y forme de nos jours d'innombrables troupeaux errant à l'état sauvage dans les vastes plaines du Brésil, du Chili, de la Plata, etc.
Le bœuf, la cUèvre, se sont également répandus dans les deux Amériques, et le mouton que l'Australie ne possédait pas. s'y est multiplié à un | 2» P\nTTF.
tel point, que cette contrée fournit aujourd'hui de la laine à tous les marchés du monde.
Le chien est aussi un des mammifères cosmopolites, et l'acclimatation en a beaucoup modifié les caractères. Citons encore, parmi les animaux que l'on retrouve sur presque toute la surface du globe, le 'porc, le chat, le lainn, le cochon d'Inde ou cobaie, etc., toutes espèces ayant pour l'homme une utilité incontestable, et parmi ceux introduits en France, Vi/ack, originaire des montagnes du Thibet, dont les métis obtenus par le croisement d(; cet animal avec différents sujets de nos races bovines deviendront, lorsqu'ils seront plus répandus, d'une très-grande utilité pour la culture de nos régions montagneuses; Yhémione enfin, qui se reproduit très-facilement dans nos parcs, mais dont la domestication laisse encore à désirer.
Mammifères qu'il serait utile d'acclimater. — Au nombre des mammifères dont on a essayé l'acclimatation dans notre pays, nous avons à citer : parmi les Jumentés, le zèbre et le daw, que l'on est quelquefois parvenu à dompter et à atteler; tous deux sont originaires de l'Afrique. Parmi les Ruminants, signalons le6w/]^e au pelage dur et épais, déjà très-abondant dans toute l'Italie, après lui, les nombreuses espèces de la tribu des antilopes, tels que le bubale du nord de l'Afrique, le canna ou àlan du Cap, le caama de la même contrée, le nyl-yau, de nombreuses gazelles, etc., etc., anisi que les différents Cervidés, entre autres le renne, originaire de l'Europe et de l'Asie septentrionale; enfin les Camélidés, que tout le monde connaît : le chameau et le dromadaire de l'Asie Mineure, répandus aujourd'hui dans toute l'Afrique, où ils rendent de si grands services aux peuplades nomades, enfin le Lama, au poil fin et soyeux, si abondant dans les Cordillères, depuis la S'onvelle- Grenade jusqu'au Chili, animal dont l'acclimatation dans nos régions montagneuses rendrait les plus grands services. Seul le pécari de tous les Porcins pourrait présenter quelque utilité.
Les Marsupiaux de l'Australie ne doivent pas être omis : au premier rang est le kanguroo ^prononc. kam/ourou), dont le pelage fin, serré et soyeux est aujourd'liui recherché en pelleterie ; sa chair passe pour délicate. Le phascolome ne serait pas moins précieux.
Acclimatation des oiseaux. — La classe des oiseaux est une de celles qui nous offrent le plus grand nombre de cas d'acclimatation. Presque toutes nos espèces domestiques, le coq, le paon, diverses sortes de faisans qui se font toutes remarquer par la beauté de leur plumage, le canard, etc., etc., sont, en effet, originaires de l'Asie Mineure ou de la Cliine. L'Afrique septentrionale nous a fourni la pintade, la Californie nous a dotés du cbllin, et nous avons emprunté à l'Amérique \oie et le dindon.
Beaucoup d'autres espèces qui nous viennent des différents points du globe se reproduisent également dans nos volières et dans nos parcs, mais leur domestication ne peut être encore considérée comme complète ;tels sont : l'autruche, originaire de l'Afrique centrale et si recherchée pour ses plumes, et le ca-^oar qui nous vient d'Australie. On doit également citer le trngopan de l'Asie méridionale, le féléf/alle d'Australie, Yargus de la Chine, Yoie d'Egypte, le canard mandarin de l'Asie orientale, le camo^d de la Caroline et un certain nombre d'autres oiseaux utiles ou de simple ornement.
Acrli>nafatio7i des poissons. — Nous n'avons que peu do chose à dire sur la classe des poissons. Le transport de ces animaux présente, en effet, des difficultés telles, qu'on n'a pu importerjusquici en Europe, ou inversement exporter d'Europe sur les différents points du globe, qu'un petit nombre
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d'espèces, qui pour la plupart n'ont pas répondu aux espérances qu'on avait fondées sur elles.
Il faut cependant mentionner parmi les espèces acclimatées: 1° lepoisson rouge on cypr m de ' hhie, qui fut apporté pour la première fois en France sous le règne de Louis XV ; 2" le silure, qui, d'abord localisé dans le nord de l'Europe, se trouve aujourd'hui dans le Rhin; 3" la perche, que l'on a acclimatée dans les eaux de l'Amérique du Nord et jusqu'en Australie. Diverses sortes de truites ou de saumons ont été aussi importées en Europe ou exportées d'Europe.
La carpe elle-même, ce précieux poisson, si abondant dans nos eaux douces, n'y a pas existé de tout temps : ce n'est que sous le règne de François I" qu'elle a été introduite en France.
Acclimatation des invertébrés. — La grande division des invertébrés nous offre aussi quelques cas d'acclimatation. Le bombyx du mûrier, dont le cocon fournit la soie employée dans l'industrie, est originaire de la Chine. Il en est de même du bombyx du ricin, de celui du chêne et de ce papillon aux nuances délicates qu'on voit maintenant voltiger au printemps sur nos promenades et dans nos jardins : le botnbyx de l'ailante, dont le cocon, assez volumineux, fournit une soie quil serait possible d'utiliser. — Les abeilles d'Europe ont été portées j sur tous les points du monde et ont réussi à s'acclimater dans beaucoup d'endroits. On cherche également à introduire sur notre continent les mélipones qui vivent dans l'Amérique et qui ont l'avantage d'être dépourvues d'aiguillon.
Ces utiles espèces ont été importées ou multipliées par l'homme en Europe, mais il est d'autres insectes, comme les blattes et les tei^mites, qui se sont acclimatés pour ainsi dire contre sa volonté.
Parmi les Annélides, nous citerons la sangsue médicinale, dont la thérapeutique fait un usage continuel et qu'il est si utile d'introduire partout où pénètre l'homme.
Enfin, parmi les Mollusques, V/mi/re, dont la culture a fait de si grands progrès .
Acclimatation des végétaux. — Les flores comme les faunes tendent h s'appauvrir à mesure qu'on avance vers les pôles ; les végétaux au contraire comme les animaux devieiuient d'autant plus nombreux qu'on approche davantage de l'équateur. Les continents étant séparés les uns des autres par de grands espaces comblés par les mers, on conçoit qu'il est très-difficile, sinon impossible, aux différents animaux terrestres de franchir ces obstacles; il en est de même pour les chaînes de montagnes ou les fleuves qui limitent les différentes régions de ces vastes territoires. De là une distribution géographique en général bien tranchée pour les différents groupes d'animaux ; mais il n'en est pas de même pour les plantes dont les graines sont emportées au loin par les vents, par les flots, et dont les oiseaux eux-mêmes, ainsi que les insectes, se chargent de favoriser le transport.
L'homme a lui aussi exercé son influence dans les changements apportés aux lois naturelles de la distribution géographique des végétaux. Dans beaucoup d'endroits il a détruit les espèces nuisibles, partout il a essayé d'y substituer celles qu'il a jugées capables de pouvoir contribuer à son bien-être. Les végétaux utiles de l'Amérique intertropicale, dont le développement exige une cIkileur élevée, ont été portes dans l'Inde, en Afrique, dans le nord de la Nouvelle-Hollande, etc., etc. ; Inversement, ceux de ce dernier continent ont été introduits soit en Américjue, soit en Afrique, soit en Asie ouenEurope; malheureusement, danscetle dernière contrée, on est obligé de les confiner dans des serres, où on leur fournit artificiellement la chaleur et l'humidité nécessaires pour prolonger leur existence. Nous avons emprunté à l'Amérique le
maïs, la pomme de terre, la patate encore peu répandue, ainsi que le tabac dont l'usage tend à se propager de plus en plus. La partie septentrionale de ce continent nous a fourni aussi le magiiolia, un de nos plus beaux arbres d'ornement, le robinier, introduit enFrance en IGOn par Jean Robin, le séquoia de Californie , aujourd'hui acclimaté en Alsace. Le Paulownia vient du Japon ; d'autres arbres ou arbustes sont originaires de la Chine, tels que les bambous et différents pa/wn'ers; le marronnier vient de l'Inde ; Yarbre de Judée, de l'Asie Mineure. Les deux espèces de gigantesque platane communes chez nous sont originaires l'une du Levant, l'autre de la Pensylvanie, etc.
Si l'on comparait la flore actuelle de notre pays avec ce qu'elle était à l'époque des Gaulois avant la conquête romaine, ou même à une époque plus rapprochée de nous, vers la fin du moyen âge, par exemple, on serait frappé des acquisitions innombrables faites dans cet intervalle de quelques siècles. Pour apprécier les conquêtes faites successivement par les hommes qui ont habité notre pays, il faut se reporter à l'époque glaciaire et songer qu'alors le sol qui est aujourd'hui la France était presque complètement dépourvu de végétaux.
[H. Gervais et R. Boulart.]
Dictée. — « C'est l'Asie qui nous a fourni les meilleures espèces de pois, les haricots, les lentilles, les melons. C'est de l'Asie que nous vient la luzerne.
« L'Amérique nous a donné la pomme de terre, riche présent, dont nous ne connaissons pas encore assez le prix.
'( C'est de l'Asie et de l'Afrique que nous avons tiré une grande partie de nos arbres fruitiers, tels que le cerisier, l'abricotier, le pêcher, le figuier, l'amandier, l'oranger, le grenadier, le mûrier, l'olivier, etc.
« A peine le sol de la France fournissait-il primitivement quatre-vingts espèces d'arbres, et nous en comptons aujourd'hui plus de 2-50 espèces différentes, dont un grand nombre est assez acclimaté pour meubler nos campagnes, border nos grandes routes, décorer nos jardins et occuper utilement des terrains abandonnés depuis longtemps comme stériles.
« Si des arbres nous passons, aux fleurs, nous en trouverons une multitude qui n'appartient pas à notre climat. Les jacinthes, les anémones, les renoncules, les semi-doubles, les tubéreuses, les lilas, les roses et une multitude d'autres qui sont l'ornement de nos jardins, sont autant de présents que nous avons reçus des différentes parties du monde : la culture et le perfectionnement les a rendues propres à notre sol. »
(Rapport du députéBoisset à la Convention (11 dS) sur l'établissement de jardins des plantes dans les départements.)
ACETiyUE (Acide). ~ Chimie XXIII. — (Etym. du latin acetu)?i, vinaigre.)
Nature et propriétés de l'acide acétique. — On nomme ainsi le principe actif du vinaigre, la substance qui donne au vinaigre sa saveur et son mordant.
L'acide acétique (C'H^O*) se produit soit par la calcination, en vase clos, de matières organiques, soit par la fermentation acide des liqueurs alcooliques. (V. Vinaigre et Fermentutitin.) Il est solide au-dessous de 17° : cristallisable en grandes lames. Il bout à 120". Sa densité est 1,08. Son odeur est piquante et acide.
Lorsqu'on le fait bouillir dans une petite capsule et qu'on approche de ses vapeurs un corps enflammé, celles-ci s'enflamment elles-mêmes et brûlent avec une flamme pâle.
L'acide acétique est corrosif ; mis en contact avec la peau, il détruit l'épiderme, et produit une vive rougeur et une vésicule. Il entre dans diverses