‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. Buisson (volume 4)Chapitre 32 sur 593 · LECTURES ET DICTÉES · texte numérisé non relu

LECTURES ET DICTÉES

1. Le premier ballon à gaz. — « Le 1" décembre 1783, la moitié de Paris se pressait aux environs du château des Tuileries. Un physicien très-habile, le professeur Charles, devait faire une ascension, non plus en montgolfière, mais avec un globe de soie gonflé à l'aide du plus léger des gaz connus, le gaz hydrogène. Charles avait créé, pour ainsi dire tout d'une pièce, l'art de l'acrostation. C'est, en effet, à cette occasion, qu'il imagina la soupape, la nacelle, le filet qui supporte et soutient la nacelle, le lest, l'enduit de caoutchouc, le tissu du ballon, enfin l'usage du baromètre; c'est le talent dont il fit preuve alors qui a préservé sa mémoire de l'oubli, car on n"a rien changé et on n'a presque rien ajouté depuis cette époque aux combinaisons ingénieuses de ce savant physicien.

« Le programme de cette ascension, qui devait avoir lieu dans le jardin des Tuileries, avait été annoncé par la voie des journaux, et une souscription de 10000 francs avait été ouverte et presque immédiatement remplie. — A midi, les corps académiques et les souscripteurs, qui avaient payé leur place quatre louis, furent introduits dans une enceinte particulière construite tout exprès autour du bassin. Les simples souscripteurs à trois francs le billet se placèrent où ils purent, dans tout le reste du jardin. A l'extérieur, les fenêtres, les combles et les toits de toutes les maisons voisines étaient garnis de monde ; les quais qui longent les Tuileries, le pont Royal et la place Louis XV étaient également couverts d'une foule immense. Une garde nombreuse environnait la superbe machine, maintenait l'ordre et facilitait les manoeuvres. Le ballon, gonflé de gaz et déjà prêt à partir, se balançait mollement dans l'air. C'était un globe de taffetas à bandes alternativement jaunes et rouges. Le char placé au-dessous était bleu et or ; il était suspendu à environ vingt pieds au-dessous du ballon par un filet qui embrassait le globe depuis son pôle supérieur jusqu'à l'équateur. On avait mis en évidence des pièces d'artillerie sur la principale terrasse, et un grand pavillon arboré sur la coupole du palais des Tuileries devait servir de signal aux savants chargés de faire des observations exactes et d'appliquer le calcul à cette brillante expérience.

« Enfin le premier coup de canon retentit. Tout est prêt pour le voyage, la nacelle est lestée, on la charge des approvisionnements et des instruments nécessaires. Pour connaître la direction du vent, on croit devoir lancer un petit ballon de soie verte, de deux mètres de diamètre. Charles, qui tient ce petit ballon à l'aide d'une corde, s'avance vers Etienne Montgolfier et le prie de vouloir bien le lancer lui-même. — C'est à vous, monsieur, répondit le modeste inventeur des aérostats, qu'il appartient de nous ouvrir la route des cieux. Le public saisissant toute la délicatesse de cette allusion s'empressa d'applaudir. Le petit aérostat d'essai, qui ressemblait à une émeraude. s'envola vers le nord-est, faisant reluire au soleil ses brillantes couleurs. Le canon se fait entendre une seconde /ois ; on brûle de fortes amorces de poudre, et l'on met en évidence les signaux sur le dôme des Tuileries. Les deux braves acronautes, Charles et son compagnon Robert, prennent place.

la dernière corde est coupée et le ballon s'élève majestueusement dans les airs. L'admiration et l'enthousiasme éclatent de toutes parts en applaudissements immenses, les soldats ranges autour de l'enceinte présentent les armes, les officiers saluent de leurs épécs, et la machine continue de s'élever au milieu des acclamations de trois cent mille spec tateurs.

« Arrivé à la hauteur du parc de Monceau, le ballon resta un moment stationnaire ; il vira en quoique sorte de bord, se retourna sur luimême, et suivit ensuite la direction du vent. — Il traversa une première fois la Seine entre Saint- Ouen et Asnières ; la passa une seconde fois non loin d'Avgenteuil et plana successivement sur Sunnois, Franc onville, Eau-Bonne, Saint-Leu-Taverny, Villiers et l'Ile-Adam. Après un trajet d'environ trente-six kilomètres, en s'abaissant ou en s'élevant à volonté au moyen du lest qu'ils jetaient, les voyageurs s'arrêtèrent à trois heures et demie dans la prairie de Nesle, non loin de la maison d'un gentilhomme anglais qui survint peu de temps après avec le duc de Chartres et le duc de Fitz- James, partis de Paris sur d'excellents chevaux, et qui avaient suivi le ballon sans le perdre de vue. En passant, à Sannois les aéronautes s'étaient abaissés jusqu'au niveau du sol pour demander aux paysans quel était le lieu où ils se trouvaient. Plus loin, au-dessus de l'Ile-Adam, ils avaient engagé une conversation, à l'aide de leur porte-voix, avec les gens du prince de Conti, dont l'Ile-Adam était la propriété. Dans l'air, quand ils se virent hors de la portée des observateurs de Paris, ils avaient mangé et bu avec délices. A leur descente dans la prairie de Nesle, Robert quitta la nacelle, et Charles repartit seul dans l'atmosphère, et parvint, en moins de dix minutes, à une élévation de près de 4000 mètres. Là il se livra à de rapides observations de physique Une demi-heure après, le ballon redescendait doucement, à environ huit kilomètres de son second point de départ. « Je vous confisque, lui cria alors le gentilhomme anglais qui l'avait intrépidement suivi de Paris à Nesle ; vous êtes sur ma terre, vous m'appartenez. » Et, à peine la nacelle avait-elle touché la terre, qu'il s'empara de Charles et le conduisit à son château, où il passa la nuit. Le lendemain, le roi accorda une pension de deux mille livres au savant et intrépide aéronaute. — (Bescherelle, Histoire des ballons.) »

2. Le premier aéronaute. — Le 19 septembre ! 78-3, un des frères Montgolfier, fabricants de papier d'Annonay (province de Vivarais), était admis à répéter à Versailles, devant le roi Louis XVI, l'expérience aérostatique qu'il avait faite, pour la première fois, trois mois auparavant dans sa ville natale. Une mojitgolfière fut lancée aux acclamations d'une foule immense.

Les préparatifs de l'ascension avaient pour témoin anxieux un jeune physicien qui, lorsque l'aérostat s'enleva, sauta sur un cheval qu'on lui avait tenu tout prêt, et se lança au galop dans la direction que suivait le globe aérien. Un intérêt trèsgrand s'attachait pour lui à certain détail de l'expérience. On avait suspendu au-dessous de la montgolfière une grande cage dans laquelle un mouton était enfermé, avec un coq et un canard.

Le jeune phjsicien était curieux de savoir comment le mouton supporterait le voyage. Quand il se fut assuré que le séjour dans les hautes régions n'avait pas laissé à cet innocent quadrupède la moindre marque d'incommodité, il n'eut plus ni paix ni repos avant d'avoir accompli lui-même un trajet aérien.

Il monta d'abord dans un ballon captif, qui fut un jour gonflé au faubourg Saint-Antoine.

Un mois plus tard, le 2l avril I78i, s'élevait du château de la Muette, au bois de Boulogne, une

Page 1