LOTHAIRE
Charles de Lorraine.
Lons T, le Fainéant, le dernier des Carlovingiens de France.
CARNIVORES. — Zoologie, IX. — Les Carnassiers, ou pour mieux dire les Carnivores, sont des mammifères quadrupèdes, dont les doigts sont armés de griffes, dont le pouce n'est pas opposable aux autres doigts, et qui vivent essentiellement de chair.
La plupart des carnivores se nourrissent de proie vivante, de sangliers, de cerfs, d'antilopes, de moutons, de boeufs, et même d'animaux de leur ordre. Leurs dents, de trois sortes, sont appropriées à ce régime, et chaque mâchoire porte trois paires d'incisives, une paire de fortes canines et un nombre variable de molaires tranchantes. Certaines espèces toutefois, parmi les carnivores, joignent à la viande qui constitue toujours le fond de leur alimentation de la graisse, des tendons, des os. de la moelle ou même du miel et des fruits, et ont les dents plus ou moins modifiées. L'ours, par exemple, a les molaires aplaties en arrière, tuberculeuses ou mamelonnées. Mais entre cette espèce à peu près omnivore et une espèce essentiellement carnassière comme le tigre, on trouve une foule d'animaux qui ont une régime intermédiaire et dont par conséquent la dentition tient le milieu entru celle des deux types extrêmes.
Le museau est en général 'médiocrement saillant ; mais à cet égard encore il y a de très grandes variations, et, pour s'en convaincre, il suffit d'examiner comparativement un chien, une fouine et un chat. Toutes choses égales d'ailleurs, le museau est d'autant moins proéminent et par suite
les màchou'es sont d'autant plus courtes que l'animal a un régime plus carnassier. Voici en quelques mots l'utilité de cette disposition. Chacun sait que la mâchoire supérieure est immobile et adhérente au crâne, tandis que la mâchoire inférieure s'articule de chaque côté avec cette boite osseuse au moyen dune branche montante et est mise en mouvement par des muscles particuliers qui la. tirent de bas en haut. C'est par ce mécanisme qui? les deux mâchoires, se rapprochant comme les mors dime pince, peuvent couper ou broyer lesaliments. Mais ces derniers, qui consistent parfois en substances assez dures, opposent à la secliop. ou à la trituration une cenaine résistance, c'est-àdire une force qui tend à contrebalancer celle qui est déployée parles mâchoires et par les muscles qui les sollicitent. La mâchoire inférieure qui, prenant son point d'appui sur le crâne, peut être justement comparée à un levier, est donc sollicitée, pendant la mastication, par deux forces contraires, une force d'action, représentée par les muscles masticatoires et une force de réac^io«, représentée par les aliments. Or, un principe de mécanique étabUt qu'une force quelconque agit avec d'autant plus d'eflicacité, qu'elle est appliquée à un levier plus éloigné du point d'appui, ou, comme on le dit communément, qu'elle s'exerce sur un bras de levier plus long, et vice versa. En conséquence plus les aliments, ou, d'une manière plu> générale, plus la substance à couper sera rapprochée du point d'articulation de la mâchoire infé-
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rieure, moins la résistance sera considérable. C'est môme pour cela que, d'instinct, nous portons dans les parties les plus reculées de notre bouche, sous les dents molaires, les aliments les plus durs. Dans le cas particulier qui nous occupe, le raccourcissement du museau des carnivores a donc pour effet de diminuer la résistance des matières à broyer ou à déchirer, ou ce qui revient au même, d'augmenter le travail utile des mâchoires. Il est vrai qu'en revanche, les bras de levier sur lesquels agissent les muscles masticateurs se trouvant diminués, une certaine quantité de force se trouve perdue ; mais cet inconvénient est largement racheté par le développement inusité de ces mêmes muscles. Prenant leur insertion sur les os maxillaires inférieurs, ils remontent presque verticalement sur les côtés du crâne, passent sous deu.\ arcades osseuses nommées arcades zygomatiques et vont s'attacher sur le haut des tempes, dans des fosses qui sont séparées généralement par une forte crête osseuse longitudinale.
La viande saisie par les dents, broyée et imbibée de salive, tombe dans l'estomac, y est soumise à l'action du suc gastrique, et passe de là dans l'intestin, où elle doit abandonner ses dernières particules nutritives Mais comme la chair est d'une assimilation beaucoup plus facile que les matières végétales, le tube digestif et en particulier l'intestin n'a pas besoin d'être aussi développé chez les carnivores que chez les mammifères herbivores ; il est même en général assez court, et chez le lion, par exemple, il n'a que trois fois la longueur du corps, tandis que chez le bélier il égale vingt-huit fois cette môme longueur.
Les carnivores sont répandus partout, sauf dans les terres australes. On n'a signalé à la Nouvelle- Hollande qu'un animal de ce groupe, une espèce de chien, qui pourrait bien n'être pas originaire de cette contrée bizarre. En revanche, on trouve des carnivores dans la grande île de Madagascar oîi manquent cependant tant d'autres groupes de mammifères.
Dans la nature, les carnivores jouent un rôle modérateur ; ils sont spécialement chargés d'arrêter la multiplication exagérée de certaines espèces. Quelques-uns, comme les ours, les fouines, les belettes, abondent surtout dans les régions boréales; d'autres, comme les mangoustes, les civettes et les genettes sont plus nombreux dans les régions chaudes. Les félins ^panthères, tigres, jaguars et lions), se trouvent à la fois en Afrique, en Asie et en Amérique ; il en est de même des canidés (loups, chiens, renards, etc.)
Les espèces très nombreuses de l'ordre des carnivores peuvent être réparties en six familles principales, que nous examinerons successivement, dans l'ordre suivant: 1° Félidés, 2- Hyéiiidés, 3° Canidés,^" Viverridés, 6° Musiélidés, 6° Ursidés.
1. Félidés. — Les Félidés, c'est-à-dire les animaux construits sur le type de notre chat domestique, réunissent au plus haut point les caractères distinctifs des carnassiers. Chez eux les dents canines atteignent un développement considérable, et parmi les molaires, celles que l'on appelle, ;i caut-e de leurs fonctions, de7its catTiassières, sont hérissées de lames aiguës, tranchantes comme des ciseaux. La langue elle-même, garnie de papilles rugueuses, peut agir comme une râpe et décliirer en léchant les téguments délicats. Les membres sont souples et robustes, et les doigts sont munis d'ongles recourbés, qui, grâce à un mouvement de bascule de la dernière phalange, peuvent se relever pendant la marche de manière à ne pas s'user par le frottement sur le sol. En rentrant ainsi ses griffes, ranimai peut à volonté faire patte de velours.
On connaît dans la nature actuelle une soixantaine d'espèces de Félidés, qui sont également ré-
pandues dans l'Ancien et dans le Xouvoau-Monde, et qui, tout en étant établies sur le même plan d'organisation, se distinguent assez facilement les unes des autres par leurs proportions ou par la couleur de leur pelage. A leur tête se place le lion, qui mesure près de 2 mètres de l'extrémité du museau à l'origine de la queue, et dont la hauteur est d'un mètre environ. On le voit si fréquemment dans les ménageries, il a été si souvent figuré dans les tableaux et dans les traités populaires d'histoire naturelle qu'il est inutile de le décrire en détail. Les enfants même connaissent cet animal redoutable à la tête carrée, ornée, chez le mâle, d'une épaisse crinière, aux membres robustes, au pelage fauve, à la queue terminée par un flocon de poils. Tout le inonde a pu lire également des livres où l'on célébrait la force, le courage et la magnanimité de ce superbe carnassier. Pour ce qui est de la force, il n'y a certainement rien d'exagéré dans tout ce qu'on a pu dire, et il est certain que d'un coup de patte le lion brise parfois les reins d'un cheval et que d'un coup de queue il terrasse l'homme le plus robuste ; mais quant au courage et à la magnanimité il y a certainement beaucoup à rabattre des récits des anciens voyageurs qui ont été accueillis avec trop de confiance par Buffon.
Le portrait que ce grand naturaliste a tracé du lion est certainement plus poétique que fidèle, et il résulte des observations de hardie chasseurs, tels queLivingstone,Delegorgue, J. Gérard, Bombonnel, que le lion, cet animal dont l'intrépidité a été tant vantée, se conduit parfois comme un larron vulgaire, qu'il se cache pour surprendre sa proie au lieu de l'attaquer en face et que des femmes et des enfants ont pu le mettre en fuite en agitant des morceaux d'étoffes et en poussant de grands cris. Somme toute, le lion paraît moins redoutable que le tigre ou la panthère; et dans les conditions ordinaires, lorsqu'il n'est ni serré de près, ni poussé par la faim, il ne s'attaque guère à l'homme. «Il arrive tous les jours, dit Delegorgue, que les Cafres, qui n'ont point d'armes à feu, traversent avec leurs familles des espaces où circulent de ces animaux, et pour ces hommes la présence du lion n'est pas une cause d'effroi. Un ou plusieurs lions bondissent à dix pas et se maintiennent à trente, les Cafres passent sans y prendre garde, et jamais je n'ai ouï parler d'accidents dont les lions eussent été les auteurs sans provocation. Ces mêmes Cafres chassent-ils devant eux des bœufs ou des vaches, la question peut changer ; je ne réponds pas des bêtes à cornes, non plus que des propriétaires qui voudraient les protéger. » On voit par là que le lion est un voisin fort incommode pour les tribus qui s'adonnent à l'élevage des bestiaux ; aussi, de tout temps, les Arabes, les Cafres, les Nègres du Soudan lui ont-ils fait une guerre acharnée. La chasse du lion à l'affût exige beaucoup de prudence, de sang-froid et de courage, car, comme le ditDelegorgne, «si le lion a deviné la présence du chasseur, s'il l'a entrevu, celui-ci court les plus grands risques. Cette fois, le lion se considère m.aître de ce qu'il a conquis, et d'ordinaire, il ne souffre pas de partage. Gare à l'homme ! que tout son sang-froid lui vienne en aide, qu'il n'ait pas la malheureuse idée de tergiverser, qu'il tienne bon. qu'il s'accroupisse. Cette mesure le sauvera peut-être de l'attaque, où le tir est si inexact et si difficile; et si l'animal, dans son hésitation, se présente bien à découvert, que le coup parte et l'étende roide sur place, sinon le lion sera le maître-
» Cependant, il arrive quelquefois que, par un caprice inexplicable, généralement qualifié de générosité, le roi des animaux ne tue pas l'homme qu'il tient sous lui, bien qu'il ait été blessé le premier par lui. Quelquefois, il se coiuente de divers coups de dents qui brisent et broient les
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membres, ou d'un seul qui laboure la poitrine de quatre sillons. Il borne là sa vengeance et s'en va. »
Les lions sont répandus dans toute l'Afrique, depuis l'Atlas jusqu'au cap de Bonne-Espérance, mais présentent quelques variations suivant les régions; ils ont la crinière tantôt claire, tantôt noirâtre, le pelage d'une teinte plus ou moins uniforme, etc. Il est impossible toutefois de reconnaître plusieurs espèces parmi les lions du continent africain. Ceux qui habitent en Perse et en Arabie ne paraissent pas non plus notablement différents, et constituent tout au plus une race particulière.
Le tigre, chez lequel le type chat est encore plus marqué que chez le lion, se distingue facilement de ce dernier par l'absence de crinière, le développement sur les joues de poils formant une sorte de barbe, l'allongement de la queue qui ne porte pas de touffe terminale, et enfin par la coloration du pelage dont la teinte fauve est recoupée par des bandes transversales noires. A l'état adulte, un tigre mesure 2 mètres 50 environ de longueur totale sur 70 centimètres de hauteur au garrot.
C'est alors un animal des plus redoutables, qui s'attaque indifféremment aux êtres les plus forts comme aux plus faibles, à l'homme, à l'éléphant, au rhinocéros, au buffle, à l'antilope, ou même à l'oiseau et au reptile. Embusqué dans un taillis, vers le coucher du soleil, il attend sa proie, fond sur elle d'un bond irrésistible et enfonce dans la nuque de sa victime ses griffes acérées avec une telle puissance que l'animal le plus vigoureux s'abat immédiatement, souvent pour ne plus se relever. Dans l'Iode, chaque année, malgré les primes offertes pour la destruction des tigres, des centaines de personnes sont égorgées par ces bêtes féroces, dont l'audace est sans égale et que l'incendie d'une forêt peut seul faire reculer.
On ne trouve de tigres qu'en Asie, aussi les Romains ne connurent-ils ces animaux que lorsqu'ils eurent étendu leurs frontières jusqu'à l'empire des Parthes ; Scaurus le premier, en l'an 743 de la fondation de Rome, exhiba un tigre enfermé dans une cage; mais plus tard Héliogabale attela quatre de ces carnassiers à son char, où il figurait le dieu Bacclius.
En Amérique, depuis le sud-ouest du Mexique jusqu'au Paraguay, le tigre est remplacé par un autre félin, le jaguar, qui est en général de taille un peu plus faible et coloré d'une manière différente.
Le jaguar est ordinairement (car il y a dans cette espèce de nombreuses variations individuelles) d'un jaune rougeâtre avec le museau et la -orge d'un blanc pur et de nombreuses taches noires sur la tête, le cou, le dos, la croupe et les flancs. Ces taches affectent souvent la forme d'anneaux, parfois celles de raies transversales. Doué d'une force prodigieuse ot d'une merveilleuse agilité, pourvu de sens d'une finesse incomparable, le jaguar est un animal aussi dangereux que le tigre ; il mange tous les grands vertébrés qu'il trouve à sa portée et saisit sa proie dans l'eau aussi bien que sur terre. Des voyageurs lui ont vu prendre des poissons avec beaucoup d'adresse. L'homme devient fréquemment sa victime, le nègre surtout, dont la peau exhale une odeur particulière qui attire ce grand carnassier.
La grande panthère ou léopard d'Afrique, dont Aristote a déjà fait mention, se trouve non seulement en Afrique, comme son nom semblerait l'indiquer, mais dans l'Asie Mineure, dans l'Inde et jusqu'en Mongolie. Sa robe est vraiment splendide. Sur un fond jaune orangé, passant au blanc sur le ventre se dessinent des taches tantôt annulaires, 2c Paktie.
tantôt composées de quelques points disposés circulairement, taches qui, sur le dos, figurent quatre bandes régulières, et sur les côtés des raies moins bien définies. Les forêts ou des taillis épais couvrant les intervalles laissés par les grands ar bres sont les repaires ordinaires des léopards, qui font une guerre acharnée aux singes, aux antilopes, aux moutons et aux brebis, et qui parfois n« craignent pas de se jeter sur l'homme lui-même.
Sous le nom de chats, les naturalistes comprennent une foule de carnivores de petite taille, qui vivent en Europe, en Asie, en Afrique et en Amérique. La seule dont nous ayons à parler, c'est le chat sauvage, des forêts de l'Europe et de l'Asie. Un peu plus gros que le chat domestique ordinaire, et de formes plus robustes, le chat sauvage a le pelage plus fourni, orné de bandes et de taches régulièrement disposées, d'un brun foncé sur un fond gris-jaunâtre. Il vit dans les grandes forêts et fait la chasse aux oiseaux et aux petits mammifères, tels que les rats, les lapins et les lièvres. Jusqu'à ces derniers temps on supposait que cette espèce, apprivoisée par l'homme dans les temps reculés et modifiée par des croisements successifs, avait donné naissance à notre chat domestique; mais aujourd'hui on est plutôt disposé à admettre que le chat de nos habitations dérive de quelque forme africaine comme le chat ganté du Sahara. Ce qui vient à l'appui de cette hypothèse, c'est que le chat domestique se trouve figuré dans les plus anciens monuments de l'Egypte, tandis qu'il ne paraît avoir été connu dans l'Europe occidentale qu'à partir du x* siècle.
Les lynx ou loups-cerviers des marchands fourreurs se rapprochent par leurs moeurs des chats sauvages et habitent comme eux les forêts de contrées montagneuses; mais ils se distinguent facilement par leur taille égale à celle d'un gros chien, leur pelage moelleux, roussâtre ou gris, moucheté de brun; leur face encadrée d'une longue barbe et leurs oreilles terminées par un pinceau de poils. Le lynx ordinaire, jadis répandu sur une grande partie de l'Europe, ne se trouve plus guère que dans les Alpes et sur quelques points de l'Allemagne. En dépit de la lenteur de ses allures, il se rend maître facilement du gros gibier et même des chevreuils et des cerfs , sur lesquels il s'élance du haut d'un arbre et qu'il maintient avec ses griffes acérées. Une, autre es pèce vit en Espagne et en Portugal, et une troi sième dans l'Asie septentrionale. La fourrure des lynx est très estimée ; une peau vaut en moyenne 50 francs.
Le guépard, qui ressemble à la panthère par la coloration de son pelage, est moins fortement charpenté et plus haut sur jambes. En Perse et dans l'Inde on l'emploie pour la chasse.
2. Hyénidés. — Les hyènes, qui constituent la famille des Hyénidés, sont digitigrades comme les Félidés, c'est-à-dire marchent en s'appuyant sur les doigts et en tenant la plante des pieds légèrement soulevée. Par leur dentition elles se rattachent aux chats et aux martes, mais elles ont des molaires moins tranchantes et plus épaisses, ce qui annonce des instincts moins féroces: les hyènes en effet ne se nourrissent que rarement de proie vivante; elles recherchent surtout les cadavres dont elles brisent les os entre leurs mâchoires puissantes. A cause de ce régime, elles ont été de tout temps l'objet d'une sorte de réprobation, et, par suite, souvent accusées de méfaits dont elles étaient parfaitement innocentes. On a dit qu'elles étaient d'une férocité épouvantable ; qu'elles égorgeaient les bestiaux, qu'elles savaient imiter la voix humaine, appeler les bergers et les charmer au point de leur faire oublier leurs troupeaux. Fables absurdes qui ont déjà été démenties par Buifoo, et qui ont été inspirées par la démarche
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claudicante et tortueuse de ces animaux, due principalement à l'inégalité de leurs membres antérieurs et postérieurs, par l'ouverture effrayante de leur gueule, par l'aspect hérissé de leur pelage, par leur voix étrange qui ressemble tantôt à un gémissement, tantôt à un éclat de rire, et surtout par leurs habitudes nocturnes et leurs instincts dégoûtants. Après avoir vécu jadis en Europe, les hyènes sont confinées aujourd'hui dans le midi de l'Asie et dans le continent africain. On en compte plusieurs espèces, l'hyène tachetée ou crocotte qui se trouve depuis le cap de Bonne-Espérance jusqu'en Abyssinie, l'hyène brune qui vit à peu près dans les mêmes contrées, et l'hyène rayée qui est propre à l'Arabie, à l'Asie méridionale et au nord de l'Afrique. Cette dernière espèce, qui est assez commune en Algérie et dans la vallée du Nil, atteint la taille d'un chien de garde ; elle a les poils longs, principalement sur la nuque et le dos, où ils forment une crinière flottante ; le dessus de son corps et ses flancs sont d'un gris fauve zébré de brun noirâtre, sa gorge est marquée d'une grande tache noire, ses joues sont ornées de points de môme couleur, et son ventre est d'un gris blanchâtre. La hyène brune est plus velue et plus foncée en couleur, et la hyène tachetée a., comme son nom l'indique, le pelage parsemé de nombreuses taches sombres.
3. Canidés. — La troisième famille des carnivores, celle des Canidés, renferme non seulement les chiens, mais les loups, les chacals, les renai-ds et d'autres animaux digitigrades, dont les membres élancés se terminent par des doigts munis de griffes non rétraciiles. Ces doigts sont au nombre de cinq aux pattes antérieures et de quatre seulement aux pattes postérieures. Les mâchoires, quoique puissantes, sont plus allongées et moins fortement armées que celles des Félidés ; la dent molaire qu'on appelle dent carnassière est moins tranchante et les autres semblent plutôt destinées à broyer des os qu'à couper de la chair et des tendons. Le pelage offre d'ordinaire des teintes plus uniformes que chez les chats et les hyènes, et la queueest allongée et plus ou moins toufi'ue. Les Canidés sont des animaux fort intelligents, dont le cerveau présente un assez grand nombre de circonvolutions, et dont les sens ont beaucoup de finesse, principalement celui de l'odorat. Au lieu de vivre isolés ou par couples, comme les Félidés, ils se réunissent en général en petites troupes pour attaquer les animaux dont ils font leur proie.
Parmi les carnivores de cette famille qui habitent en France, le loup est le seul qui soit réellement redoutable. Encore, dans notre pays, ne devient-il dangereux pour l'homme qu'en hiver, lorsque la faim le chasse de ses repaires et le force à se rapprocher des habitations. En revanche, il peut faire, en toutes saisons, beaucoup de mal aux troupeaux, aussi lui fait-on une chasse active et a-t-on établi, dans plusieurs de nos départements, des compagnies de louveterie. Mais dans les pays où la culture est moins avancée, et où leur domaine n'a pas été aussi restreint par le déboisement, les loups sont encore fort communs : en Russie et en Sibérie par exemple ils se réunissent souvent en grandes bandes et attaquent les chevaux et les voyageurs. Dans d'autres contrées au contraire ils ont totalement disparu, et en Angleterre il n'y en a plus un seul depuis le commencement du dix-huitième siècle.
Tout le monde sait que le loup, par son aspect extérieur, se rapproche beaucoup des grandes races de chiens avec lesquelles il se croise assez facilement. Son pelage en général, d'un gris fauve varié de poils noirs, devient d'un brun foncé ou même d'un noir uniforme chez quelques individus atteints de mélunisnie.
Le loup des prairies de l'Amérique du Nord, dont
il est si souvent question dans les récits des trap peurs et des voyageurs canadiens, ne diffère que légèrement par son crâne et par son pelage du loup de nos forêts. Le chacal en est beaucoup plus distinct. Il est plus petit que le loup, et plus clair en couleur, et par ses mœurs offre quelque analogie avec les hyènes. Vivant en Asie et en Afrique, dans les mêmes contrées que les lions et d'autres grands carnivores , les chacals se contentent volontiers des débris laissés par ces derniers; au besoin même ils se repaissent des cadavres d'animaux domestiques ou même des immondices rejetées des habitations. C'est pendant la nuit qu'ils se mettent en chasse en troupes nombreuses qui font retentir l'air de leurs hurlements. Les chacals s'apprivoisent assez facilement, mais conservent toujours un fonds de sauvagerie. Frappés des ressemblances que ces carnassiers présentent avec certaines races de chiens, quelques naturalistes ont voulu voir dans les chacals la souche de nos chiens domestiques. Mais plusieurs raisons écartent cette hypothèse, et, comme le fait observer F. Cuvier, les chacals répandent une odeur si forte et si désagréable qu'elle seule aurait empêché l'homme de rapprocher de lui ces animaux pour en faire ses compagnons et en quelque sorte ses commensaux.
D'où viennent alors les chiens domestiques? C'est ce qu'il est malheureusement impossible de dire, malgré toutes les recherches faites à ce sujet. On peut affirmer qu'ils sont d'apparition récente, au point de vue géologique, puisqu'on n'a point trouvé leurs traces dans des couches antérieures aux terrains modernes. Mais quels ont été leurs caractères primitifs ? quelle est la contrée d'où ils sont originaires ? C'est ce qu'on ignore. On ne sait pas davantage s'ils procèdent d'une ou de plusieurs espèces primordiales, et le problème semble presque impossible à résoudre quand on songe à la variété presque infinie des races de chiens que l'homme élève pour ses besoins ou pour son agrément. Quelques-unes de ces races remontent à la plus haute antiquité et se trouvent représentées, avec les caractères qu'elles offrent encore aujourd'hui, sur les anciennes monnaies étrusques, et sur les monuments de l'Egypte et de l'Assyrie. Le chien est partout le compagnon de l'homme et s'est modifié et perfectionné à mesure que ce dernier atteignait un plus haut degré de civilisation : aussi l'on peut dire, d'une manière générale que c'est chez les peuples les plus barbares que le chien se rapproche le plus des carnassiers sauvages de la même famille. Cet animal était totalement inconnu jadis dans certaines lies de rOcéanie et en Amérique, mais dans cette der nière contrée, depuis l'arrivée des Européens, il s'est rapidement multiplié, et même sur certains points est revenu à l'état sauvage. Il nous serait difficile, pour ne pas dire impossible, de décrire successivement toutes les races de chiens domestiques qui diffèrent les unes des autres par la taille, la forme de la tête, la nature du pelage, la coloration, aussi bien que par les instincts et les mœurs. Pour la commodité de l'étude, ces races peuvent être rangées en un certain nombre de catégories, savoir:
1° Les lévriers, au crâne allongé, aux formes sveltes, aux jambes fines, au poil tantôt ras (lévrier turc, lévrier d'Egypte et lévrier de Grèce), tantôt assez long (lévrier de Perse, lévrier de Russie, lévrier d'Ecosse).
2° Les chiens mâtins, aux formes robustes, aux oreilles souvent droites (mâtin proprement dit, danois, etc.).
3° Les chiens à poil laineux, propres aux régions arctiques des deux mondes (chien des Esquimaux, chien du mont Saint-Bernard, chien de berger, chien-loup).
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4° Les barbets (barbet, griffon, petit chien blanc de Cuba).
.■." Les épagneuls (setter, épagneul proprement dit, king's-cliarles, bichon, etc.)-
6° Les chiens de chasse à poils ras, à oreilles tombantes (chien courant, fox-hound, braque).
"i" Les chiens dogues (dogue proprement dit, buU-terrier, roquet, petit danois), qui ont le crâne élevé; le museau court et tronqué, la queue droite, les membres robustes, et qui habitent exclusivement les régions tempérées de l'ancien continent.
Toujours plus petits que les loups, les renards ont le museau plus effilé, le crâne plus aplati et la queue plus touffue. Le renard vulgaire a généralement le pelage d'un fauve plus ou moins vif on dessus, et d'un ton blanchâtre en dessous ; mais dans certains cas, il prend des teintes enfumées, te dos étant brun, la queue noirâtre et le ventre grisâtre (renard c'iarbonnier). Fort commun en Europe, il vit isolé et se tient pendant le jour caché dans le creux d'un arbre, dans une crevasse de rocher ou dans quelque terrier de blaireau dont il a chassé le propriétaire, et qu'il a agrandi pour son usage. Sa demeure est toujours située à proximité d'une ferme, où, lorsque la nuit est tombée, il va subrepticement dérober un lapereau ou une volaille. Souvent aussi il égorge quelque pièce de gibier, et, comme la fable nous l'apprend, il est fort avide de raisins. Les villageois lui ont déclaré une guerre à mort; mais sa prudence est telle qu'il ne tombe que rarement dans les pièges qui lui sont tendus. Les grands seigneurs anglais élèvent pour la chasse de ce carnassier une race de chiens particulière, les fox-hoiinds, et montés sur des chevaux rapides, poursuivent le renard à travers les halliers, les rochers et les rivières, au risque de se rompre les os.
Le fennec est un joli petit renard, aux oreilles très longues, à la physionomie éveillée, à la robo Isabelle, qui vit dans le Sahara algérien et en Nubie.
4. Viverridés. — La famille des Viverridés comprend un très grand nombre d'espèces, les unes plantigrades, les autres digitigrades, les unes se rapprochant des Félidés par leurs dents carnassières très développées, les autres ayant dans leur dentition des affinités avec les Ursidés ou même avec les Insectivores. Tous ces animaux sont à peu près de la grosseur d'un chat, et pourvus d'une queue très longue et parfois volubile comme celle de certains singes américains.
On a établi dans cette famille plusieurs groupes •secondaires sur lesquels nous n'avons pas à insister, parce qu'ils n'appartiennent pas à notre pays : les ratons comprenant le 7^ato7i laveur, de l'Amérique du Nord, plantigrade qui rappelle un peu ic blaireau, avec des formes moins lourdes et qui a la singulière habitude de plonger dans l'eau les substances dont il fait sa nourriture, et le raton crabier de l'Amérique tropicale, qui vit au bord de la mer, et se nourrit de crustacés; les. pandas, des monts Himalaya, qui sont remarquables par les teintes vives de leur pelage et qui ont le corps d'un roux éclatant, la gorge et la face interne des membres d'un blanc presque pur, et la queue élégamment annelée; les coatis, les kinkajous du Mexique, de la Guyane et du Brésil, etc.
Un autre groupe de 'Viverridés comprend : les ■civettes, les genettes, les hémigales, les paradoxures, etc.
Les civettes, qui ont pour patrie l'Afrique et le jud de l'Asie, sont les animaux les plus intéressants de cette tribu à cause des produits qu'elles fournissent à l'industrie. Elles ont en effet, à l'extrémité postérieure du corps, au-dessous de la queue, des glandes qui sécrètent une substance musquée dont on fait usage en parfumerie et en pharmacie et qui depuis longtemps est l'objet d'un commerce important.
La civette d'Afrique offre dans son pelage certaines analogies avec les hyènes, les flancs étant marqués de taches et de raies noirâtres sur fond gris, la queue étant ornée d'anneaux foncés et une crête de poils allongés s'étendant sur la nuque et la ligne dorsale ; mais la taille de la civette n'égale jamais celle de la hyène, et ses pattes antérieures et postérieures ne présentent pas cette disproportion qui donne à la hyène des allures si étranges. Les civettes sont d'un naturel farouche et irascible; on prétend cependant que dans certaines contrées de l'Afrique, les indigènes parviennent à les garder en captivité, afin de les soumettre à une sorte d'exploitation méthod'oue.
La civette de l'Inde et des Moluques», ' ^-i libeth, est un peu plus petite que la ci\'V-tte d'Afrique, elle est couverte d'un poil moins touffu, et n'a qu'un rudiment de crinière.
Les genettes qui habitent le midi de l'EurojAs, l'Asie et l'Afrique, ont des glandes à parfum moins développées que celles des civettes, et une robe colorée d'une manière différente : dans l'espèce vulgaire, qui se trouve dans la plupart de nos départements du centre et du midi, le pelage est fauve, marqué de taches et d'anneaux d'un brun foncé. Plus élancées que le chat et plus élégantes que la fouine, les genettes ont, comme ces animaux, des habitudes nocturnes et font la guerre aux volailles, aux petits mammifères, tout en se nourrissant de temps en temps d'œufs et d'insectes.
Le paradoxure de Ceylan, l'hémigale de Bornéo et l'euplère de Madagascar diffèrent notablement des civettes et des genettes par la forme du museau, le système dentaire, les proportions du corps et la couleur du pelage.
Avec leur corps svelte et leurs pattes courtes, les mangoustes, qui forment encore une autre tribu de Viverridés, ont des allures vermiformes et semblent glisser sur le sol lorsqu'elles marchent. Elles ont un pelage soyeux, tiqueté, une queue allongée et des doigts armés de griffes non rétractiles. Leur crâne aplati renferme un cerveau peu volumineux et leurs molaires, pour la plupart fortement tuberculeuses, dénotent un régime légèrement insectivore. Aux petits mammifères et aux oiseaux qui constituent le fond de leur alimentation, les mangoustes joignent en effet non seulement des œufs, mais aussi des insectes. . . .
Les mangoustes proprement dites sont originaires de l'Afrique et de l'Asie méridionale, et l'on trouve dans la vallée du Nil une espèce de ce genre qui jouit d'une certaine célébrité et qui a été tenue en grand honneur par les anciens Egyptiens : c'est la mangouste ichneumon ou rat de Pharaon. Les fables les plus absurdes ont été débitées sur ce carnassier : on a prétendu, par exemple, qu'il s'introduisait dans la gueule des crocodiles pour leur dévorer les entrailles. Ce qu'il y a de vrai, c'est que la mangouste ichneumon ne se contente pa3 de petits mammifères et d'oiseaux et qu'elle est aussi très avide de serpents et d'œufs de crocodiles. En Egypte, on la garde parfois en domesticité pour la destruction des souris.
5. MustéUdés. — La famille des Mustelides a pour type la belette (en latin miistela), mais comprend encore, à côté de cette espèce, plusieurs autres animaux tels que les blaircau.x, les mouffettes, les gloutons, généralement de taille médiocre ou petite, revêtus d'une fourrure soyeuse, et doues d'instincts très carnassiers. Le corps est tantôt trapu, tantôt vermiforme et la queue tantôt déve loppée en panache, tantôt rudimentaire.
Dans une première tribu de cette famille se placent les blaireaux et les mouffettes, animaux qui marchent en appuyant la majeure partie f'.u pied sur le sol, et qui par là offrent déjà une transition vers la famille des ours. Le blaireau ordmairt C8t
CARNIVORES
CARNIVORES
bas sur pattes ; il a le corps trapu, le museau pointu et la queue très courte. Sa taille est à peu près égale à celle du chien basset, et son pelage est d'un gris glacé de noir avec trois larges bandes blanches sur la tête. C'est un animal fort rusé, qui mène une vie retirée, au fond des bois, et se nourrit do miel, de fruits, de racines, de lézards, de mulots et même de jeunes lapereaux. Sa chair est, dit-on, mangeable et ses poils servent à faire des brosses pour la barbe.
Les mouffettes doivent leur nom (tiré du latin mephitis, puanteur) aux émanations qu'elles répandent et dont l'odeur est telle que tout animal en est pour ainsi dire suffoqué. Cette odeur provient d'un liquide sécrété par des glandes spéciales et constitue pour les mouffettes un moyen de défense. Il en existe une espèce aux Eiats-Unis, deux autres dans l'Amérique du Sud.
Les gloutons forment avec les ratels, les martes et les putois une seconde tribu. Par ses formes lourdes, le glouton arctique qui se trouve dans les régions boréales des deux mondes ressemble au blaireau, mais il est plus haut sur ses pattes, il a le corps plus velu, la queue plus fournie, et grimpe facilement sur les arbres ; il est très redouté des trappeurs canadiens auxquelles il ravit le produit de leur chasses. Le ratel du Cap et celui de l'Inde sont conformés à peu près comme le glouton, mais sont plutôt fouisseurs que grimpeurs.
Les martes sont des animaux au corps mince, aux appétits féroces, qui font leur proie des petits quadrupèdes, des oiseaux et des reptiles et qui portent souvent le ravage dans les poulaillers où elles s'introduisent par les plus petites ouvertures. Elles sont à juste titre redoutées par les fermiers qui les détruisent sans pitié. La marte ordinaire habite les forêts, principalement les forêts de sapins, et se reconnaît à son pelage brun clair marqué d'une grande tache jaunâtre sur le devant du cou. Sa fourrure douce et très fournie est estimée. La marte fouine, nommée plus communément fouine, se tient plus que la précédente dans le voisinage des habitations, et est répandue dans toute l'Europe et dans le nord de l'Asie. Elle est brune avec la gorge d'un blanc pur. Sa peau est moins recherchée que celle de la marte ordinaire. Un peu plus petits que les martes, les putois sont encore plus sanguinaires. L'un d'eux, qu'on désigne sous le nom de putois fétide, et qui n'est pas rare en France, répand une odeur infecte ; c'est peut-être l'ennemi le plus dangereux des volailles, qu'il égorge et dont il abandonne les cadavres après en avoir sucé le sang. Son corps, qui mesure en- Tiron 40 centimètres de long, est brun et son museau est marqué d'une tache blanche. Le furet, au pelage jaunâtre, aux yeux roses, qu'on élève en domesticité et qu'on emploie pour la chasse aux lapins est considéré par plusieurs naturalistes comme un albinos du putois vulgaire. L'hermine au contraire, ou putois hermine, constitue une espèce bien distincte. En hiver son corps est d'un blanc pur ou légèrement jaunâtre, et le bout de sa queue est d'un noir profond ; en été, au contraire, le corps est marron clair, la queue restant toujours noire à l'extrémité. Dans nos pays l'hermine est beaucoup moins commune que dans les contrées du nord, en Suède, en Norvège et dans l'Amérique boréale. C'est de là que viennent ces peaux si belles qui servent à doubler les manteaux et à orner les robes de nos professeurs de facultés et de nos magistrats.
La tribu des loutres se distingue nettement du reste des Mustélidés par ses habitudes aquatiques, son régime ichthyophage, son corps surbaissé, terminé par une queue souvent aplatie, et ses pieds plus ou moins palmés. La loutre vulgaire, qui est déjà montionnée par Aristote, se rencontre dans toute l'Europe et dans une grande partie de l'Asie
septentrionale. Elle fréquente les cours d'eaa et nage avec une grande facilité. Sur le sol, au contraire, sa démarche est fort embarrassée. Les poissons constituent le fond de sa nourriture. La fourrure moelleuse de la loutre est employée en chapellerie. Une autre espèce, la loutre marine, ou enhydre, est maintenant presque complètement anéantie. Elle était autrefois fort répandue sur les côtes de l'océan Pacifique boréal. Beaucoup plus grande que la loutre vulgaire, elle est revêtue d'une fourrure beaucoup plus douce et plus lustrée; aussi a-t-elle été depuis longtemps l'objet d'une chasse active. Une belle peau de loutre marine vaut aujourd'hui près de 2.000 francs.
6. Ursidés. — Les ours, qui forment la famille des Ursidés, diffèrent des autres carnivores par leurs allures; car au lieu de marcher comme les Félidés sur la pointe du pied, ils s'appuyent sur la plante, ils sont plantigrades, ce qui donne à leur démarche quelque chose de grave et de solennel. Leur tète, prolongée en un museau conique, porte des oreilles médiocres, et est animée par de petits yeux assez brillants ; leurs dents incisives et leurs canines ressemblent à celles des autres carnivores ; mais parmi leurs molaires qui sont au nombre de six paires à la mâchoire supérieure et de sept à la mâchoire inférieure, les deux grosses dents postérieures ont une couronne tuberculeuse et de forme carrée, ce qui annonce un régime omnivore. Leur corps trapu, couvert d'une fourrure épaisse et presque unicolore, n'offre en arrière qu'un rudiment de queue et repose sur quatre pattes robustes, terminées par cinq doigts munis d'ongles puissants, mais non rétractiles. Les femelles ont à chaque portée plusieurs petits qui, en naissant, sont aveugles, à peu près dépourvus de poils et partant assez disgracieux.
Cette famille compte des représentants en Europe, en Asie et en Amérique. Dans la partie septentrionale de cette dernière contrée, depuis le nord des Etats-Unis jusqu'à la Californie, on trouve l'ours féroce, au pelage gris ou brun, épais et bien fourni. Cette espèce lutte avec avantage avec le bison des prairies et parfois ne craint pas de s'attaquer à l'homme. Par ses caractères ostéologiques, elle mérite d'être séparée de l'ours brun d'Europe. Celui-ci était autrefois très-répandu dans les provinces montagneuses de la France, mais aujourd'hui il ne se rencontre plus que sur certains points des Alpes et des Pyrénées. En Angleterre, il a disparu depuis longtemps. L'ours brun vit solitaire dans les bois et se retire pendant la mauvaise saison dans les cavernes où il tombe dans une sorte de sommeil léthargique. Il se nourrit de végétaux et de proie vivante, et sans être aussi féroce que son congénère américain, doit néanmoins être considéré comme un animal fort dangereux. Les montagnards des Pyrénées ne craignent pas cependant d'aller chercher les ours dans leur retraite ; ils luttent corps à corps avec eux et,, profitant d'un moment favorable, leur plongent un couteau dans le ventre. La peau de l'ours brun est très recherchée et sert à fabriquer des bonnets ; sa chair est assez estimée des gourmets, et sa graisse a souvent été vantée comme spécifique contre les douleurs et contre la chute des cheveux. On voit souvent entre les mains des bateleurs des ours bruns qui ont été pris en bas âge et dressés avec beaucoup de peine.
Le pelage et la taille des ours d'Europe varie considérablement suivant les localités : les ours des Asturies sont plus petits que ceux des Alpes, ils sont d'une teinte plus grise, et dans le jeune âge ne présentent pas un collier blanc comme ces derniers. Cette marque au contraire persiste Donnant toute la vie chez les ours de Sibérie.
L'ours blanc a la tète autrement conformée et les membres plus élevés que l'ours brun et l'ours