‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. Buisson (volume 4)Chapitre 388 sur 593 · CORNEILLE · texte numérisé non relu

CORNEILLE

verbes : « Le malheur empirelcs mauvais caractères et (le malheur) améliore les bons. — Le prodigue déjeûne avec l'abondance, dine avec la pauvreté et soupe avec la misère. »

Mais les propositions unies ainsi par contraction n'en forment qu'une, quand elles n'ont ensemble qu'un seul verbe, c'est-à-dire une seule affirmation ; la phrase est alors considérée comme une forme de la proposition simple que l'on appelle proposition complexe : « Le soleil et la lune brillent =^ le soleil brille et la lune brille. »

De là il résulte que la proposition peut être complexe par chacun de ses membres, sauf par le verbe :

1° Le sujet est complexe : « La paresse et la pauvreté sont sœurs jumelles. >>

2° L'attribut (adjectif) est complexe : « La jujube est pectorale et apéritive. »

3» L'objet (complément ou circonstanciel) est complexe : « Le sage est ménager du temps et des paroles. »

4° Le déterminatif est complexe : « Sans la culture il n'y aurait pas de climats salubres et agréables. »

La contraction est une forme propre à la phrase de coordination ; cependant elle se présente aussi dans la phrase de subordination, mais seulement lorsque la subordonnée est une proposition adverbiale exprimant une comparaison ou une concession ; dans ce cas, le mot conjonctif pronom relatif ou conjonction) reste, mais on supprime toujours le verbe et tout autre membre commun aux deux propositions, principale et accessoire : « Il en sait autant que vous (en savez). — Il est aussi savant que (il est) modest",. — Il naquit de parents pauvres, quoique (ils fussent) nobles. » (V. notre Grammaire usuelle, §§ 535, 847, 857.)

[C. Ayer].

CONVENTION. — V. Révolution française.

CONVERSION DES MESURES. — V. Mesu7^es anciennes.

CORNEILLE (Pierre). — Littérature française, X.

— Le réformateur ou plutôt le créateur de notre art dramatique, le grand Corneille, naquit le 6 juin 1606, à Rouen, rue de la Pie, dans une maison patrimoniale dont il ne reste plus que la porte d'entrée déposée au musée de cette ville (Merlet). Son père, comme celui de La Fontaine, avait la charge de maître des eaux et forêts. Après de bonnes études classiques faites chez les jésuites, le jeune Corneille se mit à l'étude du droit et se fit inscrire au barreau de Rouen. Il n'eût jamais été sans doute qu'un avocat médiocre, car il n'avait, paraît-il, aucun talent de parole. « Sa conversation était si pesante qu'elle devenait à charge dès qu'elle durait un peu », dit un de ses biographes.

— « Corneille était d'une ennuyeuse conversation, » a dit La Bruyère.

Il s'adonna de bonne heure à la poésie : à vingttrois ans il débuta par une comédie, Mélite (102!Jj, dont l'idée première lui avait été inspirée par une aventure de jeunesse, et qui eut un grand succès à Paris, à l'hôtel de Bourgogne.

Cette pièce, bien qu'elle se distinguât déjà par un certain naturel et par une simplicité relative, n'était pas exempte des défauts à la mode, et c'est peut-être ce qui fit son succès : on y admira surtout quelques traits d'esprit dans le goût du temps, et l'habileté du poète

A brouiller quatre amants dans une seule intrigue.

Dans les années suivantes, le jeune avocat de Rouen livra à la scène quelques autres comédies qui n'avaient pas plus de valeur. Le cardinal de Richelieu le mit au nombre des poètes chargés de travailler pour son théâtre. Soit faute « d'esprit de suite », comme le lui reprocha Richelieu, soit plutôt par instinct d'indépendance, Corneille mé-

c)ntenta son puissant protecteur et ne tarda pas à retourner à Rouen ; la même année (163.J), quittant tout à coup la comédie, il écrivit sa première tragédie, Médée.

C'est là que se trouvait un mot fameux, cette réponse de Médée, premier éclair de ce qu'on nomma plus tard « le sublime » de Corneille :

Contre tant d'ennemis que tous reste-t-il ? — Moi !

La pièce n'eut qu'un succès médiocre. Corneille, un moment découragé peut-être, revint à la comédie et réussit dans une pièce imitée de l'espagnol, V Illusion co?nique. Mais sa véritable vocation finit par l'emporter. C'est à la fin de novembre 1636 qu'il fit représenter le Cid, le premier monument de la gloire de notre théâtre, chef-d'œuvre qui non seulement révélait au public le génie de Corneille, mais lui révélait du même coup la véritable notion du beau. — V. Théâtre classique.

On sait que Richelieu vit avec déplaisir cet éclatant succès. Etait-ce un sentiment de jalousie qui à son insu peut-être égarait le cardinal, auteur de pièces médiocres ? Etait-ce, comme on l'a supposé de nos jours, que l'homme d'Etat ne trouvait pas sans danger cette glorification de l'héroïsme espagnol au moment môme où les armées de l'Espagne envahissaient la Picardie, et cette apologie du point d'honneur tandis que Richelieu multipliait en vain les édits pour arrêter la fureur du duel? Quoi qu'il en soit, l'impérieux cardinal exigea que l'Académie, tout récemment fondée, entreprit un examen critique du Cid. L'Académie, après toute une année de débats et d'intrigues, publia ses Sentiments sur le Cid, sentence équivoque qui ne satisfit personne et dont le grand tort était, dit un critique moderne, a de prendre parti pour la médiocrité prudente contre les heureuses hardiesses du génie. »

Boileau a résumé le jugement du public sur cet, jugement :

En Tain, contre le Cid un ministre se ligue : Tout Paris pour Chimène a les yeux de Rodrigue.

Corneille se vengea de ces cabales impuissantes par deux nouveaux chefs-d'œuvre, composés en 1639 et joués en l(i40. L'idée première en était cette fois empruntée non plus au théâtre espagnol, mais à l'histoire romaine. Horace est tiré d'une page de Tite-Live, Cinna, d'une page de Sénèque.

ijans la première de ces tragédies, on a critiqué, non sans justesse, la structure de la pièce, remarqué que l'action en est double, et que partant la marche en est gênée et l'intérêt diminué ; mais ce qu'on n'a pu trop admirer, c'est le caractère des personnages, le relief des grandes figures sculptées par le poète et qui sont autant d'immortelles personnifications de l'héroïsme romain, disons mieux, de l'héroïsme humain.

DansC'/«?îa, au contraire, le cadre est parfait, le canevas très habilement tissé, l'intrigue bien conduite, tandis que les caractères, pouf qui veut étudier Corneille de près, semblent parfois comme fléchir sous le poids de leur propre grandeur. Mais « s'il y a des fautes dans la conception de Cinna, comment ne les pardonnerait-on pas au poète qui, mieux que tout autre, a su faire couler ces nobles et délicieuses larmes qui ne sont que l'attendrissement de l'admiration, l'cfl'usion de l'enthousiasme. » (Merlet.)

T)a.ns Pohjeucte, qui parut à la fin de 1640, Corneille met en scène la sublimité du christianisme, de même que dans Cinna il avait essayé de montrer la monarchie sous un aspect idéal.

Un passage obscur de la Vie des Saints a suffi à lui fournir les éléments du plus émouvant peut-être de ses chefs-d'œuvre. L'hôtel de Rambouillet, cette réunion de beaux esprits fermés à l'enthou-

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