‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. Buisson (volume 4)Chapitre 398 sur 593 · CROMWELL · texte numérisé non relu

CROMWELL

encore que les Européens rapportèrent le blé de Turquie, l'usage des moulins à vent, la fabrication du verre, etc. ; le feu grégeois conduisit à l'invention de la poudre h canon. Après avoir demandé aux intermédiaires les épices, les pierreries de l'extrême Orient, on songea à les y aller chercher et on s'achemina sur les routes de l'Inde. L'Italie^ qui n'apporta aux croisades qu'un enthousiasme religieux très modéré, devait en retirer les fruits les plus positifs. C'est de là que datent la prospérité des républiques maritimes de Pise, de Gènes et surtout de Venise, qui semèrent de leurs comptoirs les échelles du Levant, et ce prodigieux mouvement d'affaires qui par répercussion se faisait sentir dans les villes de Flandre et dans les ports hanséatiques. Le change, les banques, la création des valeurs fiduciaires changèrent les conditions du commerce.

3° Il ne se pouvait faire enfin que ces expéditions, guerrières ou commerciales, n'établissent un grand courant d'idées entre l'Occident et l'Orient : on emprunta aux Grecs la connaissance de l'antiquité ; aux Arabes les sciences exactes, le papier, la boussole et des connaissances médicales nouvelles ; les hauts faits des chevaliei-s inspirèrent la poésie des trouvères et des troubadours, et ce sont les croisades qui nous ont donné nos deux plus anciens historiens français, Villehardouin et Joinville. L'architecture navale et l'hydrographie des côtes furent perfectionnées ; et ces nombreux voyages entrepris dans des buts pieux ou intéressés contribuèrent à élargir démesurément le champ de la géographie. De tels résultats compensent assurément les sacrifices que les croisades ont coûtés et les ruines qu'elles ont faites. Il serait donc oiseux de se livrer à des récriminations à propos d'événements si lointains. Et cependant on ne peut s'empêcher de regretter qu'un esprit plus pratique et des vues mieux concertées n'aient pas présidé à l'organisation des colonies chrétiennes de Syrie. Combien cette avant-garde, en refoulant l'islamisme dans ses déserts, n'eût-elle point hâté l'œuvre de la civilisation que les nations modernes poursuivent aujourd'hui en Orient ! N'est-il point également regrettable que ce manque d'intelligence politique ait empêché l'empire Latin de s'asseoir sur les rives du Bosphore ? Par là eût été arrêté dans son germe cet empire Ottoman qui, après avoir stérilisé l'une des plus belles contrées du monde et épouvanté l'Europe, met à chaque instant en péril aujourd'hui, par sa décadence même et son incurable faiblesse, l'équilibre de l'Occident. [Léon Puiseux.]

A consulter : Gestà Dei per Francos, de Bongars ; — l'Histoire des Croisades, par Michaud, édition de Huillard- BréhoUes, 4 vol. in-8 ; — Monuments de l'architecture des Croisés en Syrie, par G. Rey, 1 vol. ia-4.

CROMWELL.— Histoire générale.XXIV, XXVIII. — « Un homme s'est rencontré, d'une profondeur d'esprit incroyable, hypocrite raffiné autant qu'habile politique, capable dç tout entreprendre et de tout cacher, également actif et infatigable dans la paix et dans la guerre, qui ne laissait rien à la fortune de ce qu'il pouvait lui ôter par conseil et par prévoyance, mais au reste si vigilant et si prêt à tout, qu'il n'a jamais manqué les occasions qu'elle lui a présentées ; enfin un de ces esprits remuants et audacieux qui semblent être nés pour changer le monde. >> Ainsi s'exprime Bossuet dans le portrait fameux qu'il a tracé d'Olivier Cromwell {Oraison funibre de la reine d Amjleterre) . Le portrait est ressemblant, sauf en un point ; il ne paraît pas que Cromwell ait été un hypocrite ; sa correspondance intime, aujourd'hui publiée, atteste la sincérité de ses croyances religieuses.

Olivier Cromwell naquit en 1599 dans le comté de Huntingdon. Il entra dans la vie publique en 1640, comme membre du Long Parlement (V. Char-

les l" (V Angleterre). Lorsque la guerre eut éclaté entre le roi et le parlement, il se distingua à la tête d'un régiment de volontaires; puis, ayant reçu un commandement dans l'armée du Nord, il gagna sur les royalistes les batailles de Marston-Moor et de Ncwbury (1644). L'année suivante, il remporta la victoire décisive de Naseby, qui acheva la ruine de la cause royale. Ces brillants succès valurent à Cromwell une grande popularité : elle s'accrut encore lorsque, après l'exécution de Charles \" et la proclamation de la république, il eut comprimé la révolte de l'Irlande, et vaincu à Dunbar (1650) et à "Worcester (1651) les Écossais soulevés en faveur du prétendant Charles II.

Le Long Parlement, d'où les presbytériens avaient été expulsés en 1G48, et qui ne se composait plus que à'indépe7idants ou puritains, gouvernait la république anglaise. Mais il avait contre lui deux partis : celui des niveleurs, qui réclamait des institutions plus démocratiques, et celui des presbytériens, qui désirait la monarchie constitutionnelle. Voyant le prestige du parlement diminué, Cromwell, assuré de la faveur de l'armée, entrevit pour lui-même la possibilité d'un nouveau rôle. Le 20 avril 1653, il entra dans la salle des séances du parlement, à la tête d'une compagnie de soldats, et la fit évacuer par la force ; la salle vide, il en mit la clef dans sa poche, et fit placer sur la porte un écriteau avec ces mots : Maison à louer.

Devenu le maître par ce coup d'État, il nomma de sa propre autorité un nouveau parlement, composé d'hommes obscurs qu'il pensait trouver dociles à ses volontés. Mais cette assemblée lui ayant paru gênante, il s'en débarrassa, comme il l'avait fait pour le Long Parlement, au moyen d'un peloton d'infanterie; puis, s'appuyant sur un conseil d'État qu'il avait institué, il se fit décerner le titre de Lord Protecteur d'Angleterre, avec un pouvoir analogue au pouvoir royal.

L'acte constitutionnel du protectorat contenait les dispositions suivantes : le gouvernement réside dans une seule personne et un parlement ; — le parlement comptera 460 membres, dont 400 pour l'Angleterre et 60 pour l'Ecosse et l'Irlande ; — sont électeurs les citoyens qui possèdent la valeur de 200 livres sterling.

L'usurpation de Cromwell souleva de vives oppositions ; plusieurs républicains protestèrent publiquement, entre autres le poète Milton. Les élections pour un nouveau parlement (1654) se firent en général dans un sentiment d'hostilité contre le Protecteur. Celui-ci avait déclaré d'avance que « les élus n'auraient pas le pouvoir de changer le gouvernement tel qu'il était actuellement établi en une personne et un parlement. » La chambre décida néanmoins de discuter cette question ; pour l'en empêcher, Cromwell en fit exclure 150 membres. Le parlement ainsi épuré rejeta néanmoins, par 200 voix contre 03, une proposition tendant à assurer l'hérédité du protectorat dans la famille de Cromwell : aussitôt il fut dissous.

Des complots royalistes fournirent au Protecteur un prétexte pour prendre des mesures destinées à mieux assurer son autorité : l'Angleterre fut divisée en douze districts, gouvernés militairement par des majors généraux ; les journaux furent supprimés, sauf deux feuilles appartenant au gouvernement. En même temps, une alliance avec la France et des victoires remportées sur l'Espagne donnaient à l'Angleterre, au dehors, une situation propre à flatter l'amour-propre national : la gloire militaire remplaçait la liberté.

Des difficultés intérieures décidèrent toutefois Cromwell à convoquer un nouveau parlement ;1k56). Une forte minorité républicaine, fut élue ; le Protecteur, habitué aux procédés sommaires, lui interdit l'entrée de la cliambre; puis il se lit ofl'rir

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