CUNÉIFORME
CUNEIFORME
1* le coin, T, occupant toute la hauteur de la ligne ou T, n'occupant que la moitié ou le tiers de la hauteur de la ligne : il se rencontre couche horizontalement fc— ►■, et quelquefois, incliné selon la diagonale, pointe en haut ^^ ou pointe en bas ^^ — 2° <;^, formé de deux coins reliés par le sommet et formant un angle obtus; 3» le triangle ^, qui ne se rencontre qu'en relation avec le coin ordinaire TÇr, ou répété trois fois ^. Tous les signes de l'écriture cunéiforme dérivent de la multiplication et de la combinaison de ces trois signes : |y, composé du coin vertical trois fois répété sous ses trois formes différentes, répond à la lettre a, par exemple ; Tjr à la syllabe sha, etc. Gravés sur la pierre ou sur le métal dans les inscriptions de bon style, les caractères ont toujours la forme du coin, ou des formes s'en rapprochant. Dans les inscriptions cursives tracées à la pointe, le coin est remplacé par une simple ligne partout identique en largeur :4i41- P°"'" ►^^^^i ^*' ^'"^' ^^ suite. On n'a jusqu'à présent aucun manuscrit assyrien ou chaldéen, qui nous apprenne quelles formes prenaient les caractères, quand on les traçait, à l'encre, sur du papyrus ou sur du parchemin.
Au début, les signes étaient de véritables dessins, représentant l'objet exprimé. Ainsi l'étoile ^ à huit branches figurait d'abord Vétoile, puis l'idée de dieu. L'ignorance des dessinateurs fit bientôt perdre à ces objets leur forme première, et substitua aux traits du dessin régulier des traits qui rappelaient vaguement la forme primitive de
l'objet : ■'^- pour l'étoile. Les signes, ainsi modifiés, subirent peu à peu un travail de simplification qui en dénatura entièrement l'aspect: l'étoile devint >->4^ ►•—T. En fait, les caractères de l'écriture cunéiforme, tels que nous les rencontrons dans l'usage courant, ne sont plus que de véritables paquets de clous, disposés pour la plus grande commodité de l'écrivain ou du graveur, et do telle manière qu'il est presque toujours impossible d'en reconnaître la distribution primitive.
L'écriture cunéiforme n'est pas d'origine sémitique. Elle paraît avoir été inventée par le peuple de race inconnue qu'on appelle tantôt Soumir, tantôt Akkad (V. Chaldée). Elle servit d'abord à écrire la langue de ce peuple, laquelle, déjà hors d'usage vers le xx" siècle avant notre ère, continua de servir de langue liturgique en Chaldée jusque vers l'époque gréco-romaine. Elle se compose en partie de syllabes, en partie d'idéogrammes, mais présente cette particularité que chaque signe est polyphone, en d'autres termes, sert à rendre plusieurs sons. Ainsi [^ se lisait a, comme lettre, puis comme idéogramme 77ïou, se mettait devant les noms de canaux, répondait aux idées à' eau et de fils. Cette variété de sons, de sens et d'emplois, était une des difficultés de la lecture des textes écrits en caractères cunéiformes ; elle ne produisait pas cependant autant de confusion qu'on pourrait croire. Le contexte des signes voisins montrait aux Chaldéens instruits, et montre aux assyriologues, si le signe était pris dans sa valeur alphabétique ou dans une de ses valeurs idéographiques : le sens des mots voisins indiquait presque toujours, d'une manière évidente, laquelle des valeurs idéographiques était nécessaire au développement de la phrase.
Les peuples de langue sémitique qui adoptr-rent le système cunéiforme le compliquèrenl de valeurs nouvelles empruntées aux mots de leur langue. L étoile »^-|- signifiant Lieu, avait, dans la langue
première, la prononciation a?i, dimer, dingir, répondant aux idées de dieu et de ciel. Dans la langue sémitique, dieu se dit ilou ; le ciel, shamoû, shami; l'cioi/e, knkkabou: ces valeurs ilou, xhnmi^ kakkabou, vinrent s'ajouter aux valeurs an, dimer, dingir, qui existaient déjà. De plus, le Sémite qui, voyant *— {- dans le sens de Dieu, le lisait ilou, garda à ce signe la valeur an lorsqu'il s'agit d'écrire des mots de sa langue qui renfermaient la syllabe an : llshanou, la langue, put s'écrire >^TTT x^ ►►—I >y^ li-sha-kn-nou, et ainsi de suite pour tous les signes. Les idéogrammes d'emploi courant gardèrent leur valeur idéographique, mais substituèrent aux prononciations anciennes des prononciations sémitiques : |^ garda la valeur de fils, mais se prononça haba.1 dans les textes sémitiques. Les colonies chaldéennes qui fondèrent Ninive (V. Assyrie), emportèrent avec elles le système ainsi modifié, et le conservèrent presque intact jusqu'à la fin de l'empire assyrien. Les seules différences qu'on ait notées jusqu'à présent entre les caractères ninivites et les caractères babyloniens sont de simples différences d'agencement dans la répartition des clous qui forment chaque caractère, et sont assez insignifiantes pour ne créer aucune difficulté de lecture.
De Babylone d'abord, puis de Ninive, le système d'écriture cunéiforme se répandit chez les peuples voisins. Les Elamites (V. Elam) furent les premiers à l'adopter. Leur langue paraît n'être qu'un dialecte de la langue parlée par les inventeurs de l'écriture cunéiforme : aussi le syllabaire est-il à peu près le même. Quelques-unes des inscriptions trouvées à Suse pourraient bien remonter jusqu'au xxii" ou xxiii' siècle avant notre ère. Vers le viii' siècle avant notre ère, les Arméniens empruntèrent le système ninivite, qu'ils adaptèrent à leur langue en le modifiant légèrement. Nous avons des inscriptions de plusieurs de leurs rois dont on comprend le sens, grâce aux idéogrammes qui sont les mêmes que dans l'assyrien, mais sans pouvoir toujours lire les mots. Un peu plus tard, les peuples non aryens de Médie, qui parlaient un langage apparenté à celui de l'Elam, firent un emprunt analogue à l'Assyrie. Malheureusement, les seules inscriptions que nous ayons en leur langue datent de l'époque perse.
Elamites, Arméniens, Mèdes avaient conservé assez fidèlement les procédés et les valeurs attribuées aux signes par les premiers inventeurs: les Perses modifièrent profondément le système pour l'adapter aux exigences des dialectes aryens. Ils négligèrent tous les idéogrammes, sauf un ou deux, prirent, parmi les syllabiques, un très petit nombre de signes, auxquels ils attribuèrent une valeur fixe de syllabe, ou même de lettre simple, et arrivèrent à composer une écriture complètement différente de l'écriture dont elle est dérivée. Peut-être faut-il rattacher ciicore aux écritures cunéiformes l'écriture chypriote, mais c'est un point qui n'est pas encore suffisamment démontré.
L'usage de chacun des systèmes d'écriture cunéiforme disparut avec la puissance politique ou la prospérité commerciale du peuple qui s'en était servi. Après le vi' siècle on ne trouve plus d'inscriptions ninivites, ni d'inscriptions arméniaques ; après le iV, plus d'inscriptions médiques et elamites, et seulement quelques rares inscriptions persanes ; après le ii» siècle de notre ère, plus d'inscriptions chaldéennes. Longtemps avant l'invasion arabe, on peut dire que les systèmes d'écritures cunéiformes avaient cessé dôtre I employés. Ils restèrent inconnus jusque vers la
CYANOGENE
CYANOGÈNE
fin du x\T siècle, époque à laquelle le voyageur italien Pietro délia Valle en rapporta quelques spécimens en Europe. C'est en 1801 que le savant allemand Grotefend commença le déchiffrement par le système perse, le plus simple de tous. Moins de cinquante ans plus tard, l'étude des inscriptions trilingues de Bisoutoun, rédigées en persan, en médique et en babylonien, donna à MM. Oppert et Rawlinson la clef des systèmes chaldéens etmédiques. En moins de trente années le déchiffrement a fait des progrès considérables. On ne peut pas encore affirmer que tous les textes connus jusqu'à présent soient aisés à lire. Les textes religieux sont remplis de difficultés qu'on n'a pas toutes surmontées : mais les textes historiques, sauf quelques passages, peuvent être traduits couramment par les trop rares savants qui s'occupent de leur étude. [G. Maspero.]
CYAIVOGÈ>'E. CYANURES. — Chimie, XV. — En 1814, lillustre chimiste français Gay-Lussac, en étudiant la composition du bleu de Prusse, découvrit un gaz incolore, d'une odeur de kirsch, composé de carbone et d"azote, C^Az, qu'il fut amené à considérer comme un radical composé, jouant dans les combinaisons métalliques où il entre le même rôle que les corps simples de la famille du chlore : l'iode, le brome, le fluor. C'était là une importante découverte, car pour la première fois on considérait une molécule composée se combinant aux métaux comme un corps simple et pouvant être séparée de ses combinaisons sans se détruire. C'était en germe la théorie des radicaux organiques qui, trente ans plus tard, devait porter tant de lumière dans les réactions complexes que présentent les composés organiques (V. Chimie organique). Cette découverte rendait compte de la composition de l'acide prussique, de celle du prussiate de potasse, et enfin de celle du bleu de Prusse, découvert un siècle plus tôt par Diesbach de Berlin. Gay-Lussac, considérant le nouveau corps comme le radical de ces composés, l'appela cyanogène, de kyanos, bleu, et de gennuô, j'engendre, au lieu de l'appeler^ conformément à la nomenclature, un carbure d'azote.
Propriétés du cyanogène. — Le cyanogène est un gaz incolore qui se liquéfie à — 25° au-dessous de 0°; il se solidifie à — 34°. Sa densité est 1 .8, c'est-à-dire t)ue, dans les mêmes conditions que l'air, il pèse 1.8 fois plus à volume égal. Un litre de cyanogène renferme 1 litre d'azote et 1 litre de vapeur de carbone. Il a une odeur pénétrante qui rappelle celle de l'acide prussique et des amandes amères. Il brûle avec une flamme purpurine très jolie et caractéristique. Il est délétère, mais à un degré beaucoup moindre que l'acide prussique. Un litre d'eau peut dissoudre 4 à 5 litres de cyanogène. Cette dissolution se décompose au bout de quelques jours en donnant par évaporation un dépôt brun contenant de l'urée, du carbonate, du cyanhydrate et de l'oxalate d'ammoniaque ; la lumière favorise cette décomposition. L'alcool dissout 20 à 30 fo»s son volume de cyanogène.
Le cyanogène peut se combiner directement au potassium en donnant du cyanure de potassium. Préparation du cyanogèyie et circonstances dans lesquelles il se produit. — Gay-Lussac l'a obtenu pur en décomposant par la chaleur le prussiate ou cyanure de mercure. C'est encore comme cela qu'on le prépare dans les laboratoires. L'opération se fait dans une petite cornue de verre portant un tube qui par l'une de ses extrémités plonge dans la cuve à mercure ; on chauflTe à la lampe à alcool.
Le sel se décompose en cyanogène et en mercure qui se condense en gouttelettes sur les parois. On trouve au fond de la cornue une substance noire charbonneuse qu'on a appe\ée paracyanogène, parce que l'analyse chimique lui a trouvé la même com-
position qu'au cyanogène. Le cyanogène ne se rencontre pas dans la nature, mais on le trouve, paraît-il, dans le gaz qui se dégage des hautsfourneaux ; il prend naissance dans l'action de l'air à chaud sur un mélange de charbon et d'alcali ; enfin il se rencontre dans les produits de la distillation sèche de l'oxalate d'ammoniaque.
Combinaisons du cyanogène avec l'oxygène. — Le cyanogène, en se combinant à l'oxygène, forme quatre acides qu'on peut considérer comme des corps isomères (V. Chimie organique) : ce sont l'acide cyanique, l'acide fulminique, l'acide cyanurique, et l'acide cyanylique.
Le premier s'obtient en condensant par let froid les produits de la distillation de Yurée ; c'es à un liquide incolore, d'une odeur vive analogue celle de l'acide acétique; il irrite les yeux; une goutte sur la peau y produit une brûlure. Il forme des cyanates avec l'oxyde d'argent, l'ammoniaque.
L'acide fulminique existe en combinaison a vec l'oxyde de mercure dans le sel détonant appelé fulminate de mercure, qui sert à la fabrication des amorces. C'est un sel très dangereux qui détone par le choc (explosion terrible de la rue Béranger, 1878).
Nous ne dirons rien ici des deux autres acides.
Acide cyanhydrique ou prussique. — L'acide prussique a été découvert en 1780 par Scheele, chimiste suédois, le contemporain et presque l'égal de Lavoisier ; c'est la seule combinaison du cyanogène avec l'hydrogène. Par ses propriétés chimiques, cet acide se rapproche des acides chlorhydrique, iodhydrique, bromhydrique, fluorhydrique.
Son nom lui fut donné par Scheele parce qu'il l'obtint pour la première fois en traitant le bleu de Prusse par l'acide sulfurique.
On a pensé que cet acide était connu des prêtres de l'ancienne Egypte, qui s'en servaient pour empoisonner ceux qui révélaient les secrets de l'art sacré .
L'acide cyanhydrique existe dans le pêcher, l'amandier, le laurier-cerise, le cerisier ; c'est lui qui donne son odeur au kirsch, ainsi qu'aux noyaux des fruits d'un grand nombre de rosacées. Il prend naissance dans l'action des acides sur les prussiates.
Propriétés de l'acide prussique ou cyanhydrique. — Cet acide constitue à la température ordinaire un liquide incolore, très volatil, d'une odeur d'amandes amères, rougissant faiblement le tournesol ; sa densité est 0.7 ; il brûle facilement avec une flamme pâle ; le résultat de la combustion est de l'eau et de l'acide carbonique. Il est soluble dans l'eau ; cette dissolution se décompose rapidement en donnant naissance à de l'ammoniaque. Il en est de même de l'acide pur, mais cependant sa décomposition est plus lente. L'acide liquide pur est extrêmement volatil ; si on en évapore quelques gouttes sur une feuille de papier, une portion se solidifie par suite du froid produit. L'acide cyanhydrique donne dans les sels d'argent un précipité blane soluble dans l'ammoniaque.
Si on chaufi'e dans un verre de montre quelques gouttes d'une solution étendue d'acide prussique avec une goutte de sulfhydrate d'ammoniaque, et qu'on y ajoute une goutte de perchlorure de fer, on obtient une coloration rouge-sang (VVurtz).
En médecine on l'emploie à l'état de dissolution dans l'eau comme antispasmodique. C'est le plus violent poison que l'on connaisse.
Préparation. — C'est Gay-Lussac qui a indiqué cette préparation. Il est prudent de le préparer à l'air ou bien dans une salle aérée et vaste. On l'obtient en chauffant doucement du cyanure de mercure et de l'acide chlorhydrique; les vapeurs doivent pas'-er dans un tube rempli de morceaux de craie qui retiennent les vapeurs d'acide chlorhydri-