‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. Buisson (volume 4)Chapitre 435 sur 593 · DÉRIVATION · texte numérisé non relu

DÉRIVATION

B. Le français crée des noms abstraits de qualité en ajoutant aux adjectifs les quatre suffixes esse, cur, té et ie. Les noms ainsi formés sont tous du genre féminin.

1. Esse a pour forme accessoire ise : délicatesse, qualité da ce qui est délicat; franchise, qualité de ce qui est fraîic, etc.

Il ne faut pas confondre le suffixe esse avec la terminaison féminine esse de quelques noms de personnes ou d'animaux : princess'^, tigvesse.

2. i'M?" doit être distingué du suftixe eur servant h, former des noms d'agents : aigreur, qualité de (0 c|ui est aigre; blancheu;-, fraîche^/', froideur, noircew/-, etc.

:j. Té est devenu de bonne heure été ou plutôt té s'est fixé à la forme féminine des adjectifs : Oonté, qualité de ce qui est bon; fausse/é, naïveté, oisive/é, sûre^^, saleté, etc.

4. le a fait place, comme on l'a vu, à la forme allongée crie et ne forme plus de nouveaux dérivés : lizarrene, qualité de ce qui est bizarre; courtoisie, folie, etc.

C. Les suffixes qui servent à créer des substantifs à l'aide de verbes sont aison, ure, ance, ade, qui forment des noms abstraits féminins, et nt, âge, ment, is et oir, qui forment des noms abstraits ou concrets du genre masculin [oir a un féminin en oire). Les uns et les autres expriment l'action ou le résultat de l'action, ou aussi quelquefois le lieu ou l'instrument de l'action.

1. Aison ou ison (dans les dérivés des verbes en tr) marque l'action : liaison, action de lier, conju- ^aison, démangea!SO?i, ïenai^on, pendflwo?i, guéri^oii, etc. Le suffixe oison, qu'on trouve dans pâmoison, est une ancienne forme de aisoii. Dans la langue moderne, aison a fait place à ation : centralisaiîo?i, démoralis«/io?z, réglcmenta^/o7î, etc. Quelquefois on a deux dérivés, l'un avec la forme française aison et l'autre avec la forme savante atio7i : terminflîson et déterminatioJi, exlialaiso?i et exlialah"?2, inc\'inaiso7i et ïnrÀwation.

Nous avons une foule de noms abstraits d'action en ion qui ont pour base le participe passé latin, comme effusion, intuition, perceptio?j, Téûexio7i, etc.

'2. Ure marque le résultat de l'action : la blessure est le résultat de l'action de blesser ; brûh^re, enûure, gra.\ure, serrure, etc. Quelques mots en ure sont à base nominale ; ce sont en général des collectifs, comme che\e\ure, miuire, etc.

Il y a beaucoup de mots en' ure qui, comme ceux en ion, sont formés du radical du participe latin : ceintwe, ligatz^re, pcintwre, ruptw/ e, structure, etc.

3. Ance forme des noms abstraits qui correspondent d'ordinaire aux adjectifs en ant et marquent l'action ou le résultat de l'action : vengeunce, action de se venger; croyance, résultat de l'action de croire; naissonce, obéissa?zce, séance, etc.

4. A' le exprime une action ou un résultat : ruade, action de ruer, fusilla(/e^ glissac/e, noyade, tivadt'.

5. At marque dans quelques mots le résultat ou le produit d'une action : assigna^^ attentai, crachai, résulta?, etc.

6. Age exprime l'action ouïe résultat de l'action : ouvrage, action d'o«urer, c'est-à-dire de travailler ; et ce qui résulte d'un travail: affinage, chaufl"«(/e, éclairage, espionnage, labourc/gre, nsuge.

7. Me7it désigne une action : enrùlment, action û'oirôler, ou le résultat d'une action : fondement, ou le moyen par lequel se fait l'action : vêtement. Ment est le plus souvent précédé d'un e qui, après une voyelle, peut se remplacer par l'accent circonflexe : dénouew2e/if, àénwGDient, cngoMQment, enioxxiîment, qu'on peut écrire ûénoùmcnt, ùéimment, etc.; accroissement, assortiment, rugissement, etc.

S. Is désigne le résultat d'une action, un assem-

blage et souvent, en raison de son caractère de dépréciation, un mélange ou un amas conlus : hachis, résultat du hochement, chamaillw, cailloutas, color/s, gâchw, lavt'i-, rouh's, semis. Il y a quelques noms féminins en me ; hitisse, jaunisse, etc.

9. Oir ou oire désigne : 1° le lieu où se fait l'action : comptoir, table sur laquelle on compte; 2" l'instrument, l'outil, le meuble au moyen duquel se fait l'action : arrosoir, instrument pour arroser. Les substantifs formés par ce suffixe sont de doux espèces : a masculins en oir : encensoir, trotto»', battozV, éteignoir, rùtissoir; 6) féminins en oire : balançoi/e, mangeoire, bouilloire. Quelquefois on a les deux sortes de mots avec des significations différentes : couloir et couloire, décrottoir et décrottoire, polissoir et poeissoire, racloir et racloire.

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