GG4 — ENCYCLOPÉDISTES
L'empire perse, fondé par Cyrus au vi"= siècle, détruit par Alexandre dans la seconde moitié du iv« ; V. Perse.
L'empire macédonien, dont Pliilippe prépara la puissance, et qui, après la mort d'Alexandre, se démembra rapidement; V. Grèce,
L'empire des Séleucides (du m* au i*' siècle), dont les frontières, au temps de sa plus grande puissance, furent à peu près les mêmes que celles de l'empire perso ; V. Grèce.
L'empire parthe (du milieu du m' siècle avant J.-G. au commencement du m' siècle après J.C.), qui réunit sous sa domination un grand nombre de provinces enlevées à l'empire des Séleucides ; \.Pe:se.
L'empire des Sassanides (du m" au vu* siècle de notre ère), qui reconstitua l'empire perse; V. Pe?ve.
L'empire romain, qiii s'étendit d'abord sur l'Italie (m' siècle avant J.-C), puis successivement sur tout le bassin de la Médiierranée et sur l'Europe centrale et occidentale. A la fin du iv* siècle de notre ère, il se partagea en deux moitiés ; V. Rome.
L'empire romain d'Orient, ou empire grec, appelé aussi Bas-Empire ou empire byzantin (du iv" auxv* siècle); V. G'èce et Rome.
L'empire latin de Constantinople, qui se substitua pendant cinquante-sept ans à l'empire grec (xiii* siècle) ; V. Croisades.
L'empire romain d'Occident, qui dura de 395 à 476; V. Rome.
L'empire arabe ou des khalifes, fondé au vu* siècle, partage au VIII^ puis successivement démembré, du x' au xv" siècle; V. Khalifes.
L'empire franc, fondé par Cliarlemagne, qui régna sous le titre d'empereur d'Occident; définitivement dissous en 887 à la diète de Tribur ; V. CJiarlemarjne.
L'empire allemand, dont les souverains prétendirent aussi reconstituer l'empire d'Occident, sous le nom de Saint-Empire romain de la nation germanique. Il dura de 963 à 1S06. — Un nouvel empire allemand, comprenant vingt-cinq États confédérés, s'est formé en ls'il;V. Allemagne.
L'empire mongol, fondé par Gengis-Khan (xiii* siècle), démembré à sa mort, rétabli par Tamerlan (xiV siècle), puis définitivement ruiné. Au XVI* siècle, Babour, descendant de Tanierlan, fonda en Inde l'empire dit du Grand-Mogol, qui dura jusqu'à la conquête de l'Inde par les Anglais au XVIII* siècle; V. Moiigols et Inde.
L'empire turc ou ottoman, qui se substitua à l'empire arabe au xiii* siècle, et à l'empire grec au XV* ; V. Turcs.
L'empire russe, qu'on fait dater du règne d'Ivan IV le Tc^rrible, lequel prit le premier le titre de tsar (c'est-à-dire César) en 1547 ; V. Russie.
L'empire français, de 1804 à 1815, et de 1852 à 1870; V. Napoléon I" et Napoléon III.
L'empire d'Autriche, dont l'origine remonte à la destruction du Saint-Empire germanique par Napoléon en 180G ; V. Autriche (au supplément).
L'empire du Maroc, détaché du khalifat des Fatimitcs au xi* siècle, et resté depuis lors un État indépendant; V. Khalifes.
L'empire du Mexique, fondé plusieurs siècles avant la découverte de l'Amérique, et qui fut détruit par Cortez. De nos jours, deux tentatives ont été faites pour substituer au Mexique le régime impérial au gouvernement républicain: celle d'Iturbide (1H22) et celle de Maximilien (18G2-186G); V. Mexique.
L'empire d'Haïti. Cette île, république indépendante depuis la fin du siècle dernier, a formé à deux reprises un empire nègre, sous Dessalines (IKO.^-ISUO) et Soulou(iue (1849-1859); V. Hispanoaméricaines (Républiques).
L'empire du Pérou, gouverné par les Incas à l'époque de la découverte de lAmérique, et qui fut détruit par Pizarre ; V. Pérou.
L'empire du Brésil, autrefois colonie portugaise, État indépendant depuis 1822 ; V. Portugal.
L'empire anglais des Indes; V. Angleterre et Inde.
L'empire du Japon, gouverné par le mikado;\. Orient.
EACYCLOPÉDlSTrs. — Littérature française, XX. — On appelle de ce nom les écrivains du dix-huitième siècle qui collaborèrent à YEucyclopédie, et que permet de grouper sous la môme dénomination, non seulement leur participation à la grande œuvre de d'Alembert et de Diderot, mais aussi l'analogie de leurs doctrines, la communauté de leurs aspirations politiques et philosophiques.
On sait ce que voulait être, dans la pensée de ceux qui dirigèrent cette mémorable entreprise, le dictionnaire général des connaissances humaines qui parut de 17.il à 1771 sous le titre d'Encyclopédie. Cette immense publication n'aspirait pas seulement à résumer les travaux accomplis, à noter avec exactitude l'état de la science : elle prétendait inaugurer un esprit nouveau, donner de l'unité aux tendances un peu confuses du siècle, être enfin le programme de l'avenir, le code du progrès, et selon l'expression d'Henri Martin, la « Bible de la perfectibilité. »
Mais les En yclopédiste> eurent à lutter contre des résistances tenaces qui gênèrent la liberté de leur travail. L'œuvre fut plusieurs fois interrompue. Dès 1752, après la publication des deux premiers volumes, l'impression fut interdite par arrêt du conseil du roi. Les papiers de Diderot furent saisis, les deux volumes supprimés. Cependant l'année suivante, grâce à l'influence du directeur de la librairie, Lamoignon de Malesherbes, la cour céda et la publication reprit en 1' 53, avec le troisième volume. Pendant six ans le travail des Encyclopédistes coniiiiua paisiblement, à peine troublé par les plaisanteries inoffensives des Palissot et des Fréron; mais en 1759 un nouvel orage survint, qui faillit tout perdre. Le conseil du roi, le parlement, l'archevêque de Paris frappèrent à la fois sur l'Encyclopédie. C'est alors que d'Alembert découragé se retira de l'œuvre. Diderot, plus persévérant, s'obsiina, et il poursuivit l'impression de l'ouvrage. Il réussit enfin à le mener à bonne fin après vingt ans d'efl'orts, à travers les menaces et : les persécutions, malgré les condamnations répé- ! tées du clergé et les hésitations d'un gouvernement tantôt complaisant, tantôt hostile.
Exposés à tant de haines, les Encyclopédistes ne sont pas toujours allés Jusqu'au bout de leur pensée. Ils durent consentir à bien des concessions, et user de ménagements. « Vous acceptez, leur écrivait Voltaire, des articles dignes du Joui'nal de Trévoux. » Diderot fut encore celui qui garda le plus son franc parler, mais il ne put éviter les mutilations et les coupures que l'imprimeur Lebreton, en homme prudent, faisait subir à ses épreuves, même après le bon à tirer. Quand Diderot s'aperçut de la fraude commise, il était trop tard pour la réparer, et il fallut bien qu'il se résignât, non sans colère. C'est alors que, prenant au sérieux les vagues avances de Catherine II, il caressa un moment l'idée de refaire rjE'7îc?/c/o;)ed/e librement et sans réticence, à l'usage des Russes. « Si je ne refais pas ï'En'-yclopé'Ue pour vous, écrivait-il au général Betzky, ministre de l'impératrice, je ne veux plus en entendre parler. Ou vous l'aurez telle que je la conçois, ou elle restera à mes compatriotes telle qu'ils l'ont voulue Elle n'est encore que trop bonne pour cette canaille-là! »
Ne prenons pas à la lettre les vivacités de Diderot et le jugement irrité qu'il portait lui-mênxe sur son œuvre. Malgré ses imperfections, VEncrj-
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dopédie reste un monument remarquable. Il suffirait, pour en être convaincu, d'énumérer les noms des'liommes de talent ou de génie qui y mirent la main. Sous /es ordres de deux généraux en chef. on vit s'organiser toute une armée de travailleurs, animée dun même esprit, ou plutôt une vraie association laïque, une véritable congrégation : « Je ne serai content, écrivait Voltaire, que lorsque vous m'apprendrez que les frères dînent ensemble au moins une fois par semaine. »
Au premier rang des collaborateurs de Diderot et de d'Alembert, il faut citer pour la philosophie Voltaire, Helvétius, Condillac, d'Holbach, Jaucourt. l'un des ouvriers les plus laborieux et les plus persévérants de YEncyc/o/cdie; pour la littérature, Marmontel. Duclos, de Bros es, Saint-"Lanibert, Montesquieu qui donna l'article sur le Goût; pour la grammaire, Dumarsais; pour la médecine. Barthez; pour le droit. Boucher d'Argis; pour la théologie, l'abbé Morellet et le calviniste Polier; pour l'histoire, Raynal, Mably; pour l'économie politique, Turgot, Xecker, Quesnay, Condorcet ; pour la musique, J.-J. Rousseau, qui écrivit aussi l'article Écofiomie politique; pour l'histoire naturelle, Buffon, Daubenton; pour les arts et métiers, un ingénieur des colonies, Le Romain, un fabricant Ij'onnais, Buisson, et Diderot lui-même qui, se faisant pour la circonstance, grâce à la sonplesse de son génie, industriel et mécanicien, étudia avec passion et décrivit avec minutie les instruments et les machines. De cette multitude d'efforts individuels devait nécessairement sortir une œuvre collective puissante, d'où l'on a pu détacher, en réunissant les articles d'un même auteur, des livres considérables, tels que les Éléments de littérature de Marmontel et le Dictionnaire philosophique de Voltaire.
Le titre exact de cet immense répertoire de la science du dix-huitième siècle était ainsi conçu : Encyclopédie ou dictionnaire raisonné des s iences. des arts et métiers, par w e socié'é de gens rie lettres, mis en ordre par Diderot , et quant à la partie mathématique par d'Alembert.
Le prospectus que Diderot publia en 1750, et le discours préliminn ire que d'Alembert plaça en tête de l'ouvrage, marquent nettement dès l'abord l'esprit des Encyclopédistes. Diderot paraît surtout préoccupé de la nécessité de joindre aux connaispances littéraires et scientifiques les études prasiques et les connaissances usuelles. Son but est de glorifier les arts mécaniques, de vulgariser les inventions de l'industrie, de préparer les progrès matériels de l'humanité. « ÎNous nous sommes convaincus, disait-il, de l'ignorance dans laquelle on est sur la plupart des objets de la vie, et de la nécessité de sortir de cette ignorance. » Diderot voulait apprendre aux hommes des classes supérieures le respect du travail manuel, et pour cela leur raconter l'histoire de l'origine et des progrès des métiers. D'Alembert prend les choses de plus baut, et son Discours est un essai de philosophie générale. Sans doute il résout à la façon de Locke le problème de l'origine des idées ; il voit dans les sens le principe de nos connaissances ; mais à côté des sensations il place le sentiment, le sentiment du bien, principe de la morale, et le sentiment du beau, principe de l'art. Quant à la classification qu'il propose pour les sciences, d'Alembert a peut être eu tort de reprendre le système de Bacon,- fondé, comme on sait, sur la distinction des facultés de l'esprit humain (mémoire, imagination, raison) ; mais il a corrigé sur plusieurs points la théorie du philosophe anglais, notamment par le soin qu'il a pris de marquer le développement historique, la filiation naturelle et comme la généalogie des Bcicnces et des arts.
A part les infidélités inévitables d'une exécution confiée à un si grand nombre d'hommes, parmi
lesquels, à côté d'excellents ouvriers, se trouvaient quelques manœuvres médiocres, on peut dire que VEncyclo/é'Ue a tenu les promesses de ses fondateurs. Elle est l'image exacte et l'expression la plus complète du dir.-hv.itième siècle; elle en prépare les réformes les plus importantes ; elle en accepte les hardiesses et les erreurs : elle s'empare de son esprit critique, négatif et novateur; elle est enfin comme la préface théorique de la Révolution française.
En politique, les Encyclop distes sont les élèves de Montesquieu et de Rous eau. Ils attribuent au pouvoir comme origine le consentement du peuple, et comme condition de durée, la préoccupation de l'intérêt général. Us admettent le droit h l'insurrection contre « le tyran. » a Les hommes n'ont jamais prétendu se livrer sans réserve à des maîtres arbitraires, ni donner les mains à la tyrannie et à l'oppression, ni conférer à d'autres le droit de les rendre malheureux. « (Article Pouvoir). — « La volonté générale est toujours bonne. » (.\rlicle Doit). Les Encyclopédistes considèrent la liberté comme le premier des avantages sociaux. Us proclament la liberté de penser et d'écrire, et ils en donnent eux-mêmes l'exemple. Ils se défient des corporations, des corps particuliers qui sont un danger pour l'État, et qui doivent disparaître dès qu'ils cessent d'être utiles à la société, cette utilité sociale étant leur seule raison d'être. Dans l'exercice de la souveraineté, ils distinguent avec Montesquieu trois pouvoirs, le pouvoir législatif, le pouvoir exécutif, le pouvoir judiciaire. Comme lui encore, ils séparent les formes de gotivernement en trois catégories: les gouvernements monarchiques, aristocratiques, démocratiques, et manifestent leur préférence pour un gouvernement mixte, composé de ces trois éléments.
En philosophie, les Encyclopédistes sont les disciples de Bacon, de Locke, de Newton, beaucoup plus que de Descartes. Ils n'admirent guère dans la philosophie cartésienne que les théories mathématiques. Ils préfèrent la physique à la métaphysique, et se défient des idées pures. Ils admettent cependant l'existence de Dieu. « L'existence de Dieu, pour être reconnue, n'aurait besoin que de notre sentiment intérieur, quand même le témoignage des autres hoxnmes et celui de la nature entière ne s'y joindraient pas. » (Articles Dieu ctProvideiice). Ils critiquent l'idéalisme de Berkeley, et ne peuvent se résoudre à douter du monde extérieur. Quant aux religions positives, ils prêchent la tolérance, et la pratiquent eux-mêmes. En résumé, ils professent dans les questions pliilosophiques un rationalisme ferme, mais discret, et s'il faut leur reprocher quelques erreurs de doctrine, il n'est que juste de reconnaître l'excellence de leurs intentions. Sans le vouloir peut-être , M. Msard a fait de leurs principes le plus bel éloge en disant: «L'esprit des Encyclopédistes, c'est la raison se détournant de tout ce qui la dépasse et se portant exclusivement sur les choses dont elle peut se rendre compte : détachant les yeux du ciel pour s'abaisser vers la terre et s'y fixer. »
Une des nouveautés les plus importantes de Y Encyclopédie, ce fut la place accordée aux questions économiques. Il serait peut-être difficile de ramener à une doctrine unique les idées qu'y exposèrent sur l'agriculture, le commerce et l'industrie les économistes comme Turgot et les physiocrates comme Quesnay. Mais tous les Encyclopédistes sont au moins d'accord pour repousser les privilèges, le monopole des corporations industrielles, pour réclamer la libre circulation des produits, et en général la liberté commerciale (articles }Iaitrise. Jurandes et corporatw}is^. D'antre part les Encyclopédistes combattirentavec vivacité l'accroissement des biens de main-morte, c'est-à-dire l'ac-
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caparement des richesses par les corporations religieuses (article Mam-morte). Signalons aussi leurs vues justes et neuves sur la monnaie, sur l'intérêt de l'argent, sur l'assiette et la perception de l'impôt. Malgré des erreurs de détail, les économistes de ÏEricyclopr'die ont contribué à constituer une science nouvelle. Ils eurent le mérite de placer au-dessus de toute autre considération l'intérêt général, et de viser au soulagement des classes populaires. « Gloire, grandeur, puissance d'un royaume, que ces mots sont vains et vides de sens auprès de ceux de liberté, aisance et bonheur des sujets ! » (Article Impôt).
Comment s'étonner après cela de l'influence que Y Encyclopédie exerça sur la marche des idées au dix-huitième siècle ? Comme l'a fait remarquer M. Pascal Duprat dans son livre sur les Encyclopédistes, elle eut la puissance d'une institution. « Ce n'était plus un seul homme marchant isolément à l'assaut des abus ou des préjugés : c'était une légion qui entrait en campagne et livrait bataille au passé ! »
Les écrivains de la dernière moitié du dix-huitième siècle se sont inspirés presque tous des doctrines de V Encyclopédie: ils la citent ou la copient. Les cahiers de la Révolution ne firent souvent que reproduire les réclamations des Encyclopédistes. Mais avant même que la Révolution n'éclatât, un certain nombre des réformes sollicitées par VEncyclopédie furent consenties par le gouvernement. La liberté du commerce des grains fut proclamée dès 1764. Comme intendant de la généralité de Limoges, et ensuite comme ministre de Louis XVI, Turgot eut l'occasion de réaliser quelques-uns des progrès qu'il avait réclamés comme rédacteur de V Encyclopédie, par exemple la liberté du travail, et la suppression, momentanée il est vrai, des maîtrises et des jurandes. Même dans notre siècle il est permis de dire que l'influence de ÏEncyclopédie est encore vivante, et son positivisme discret a peut-être inspiré en partie le système d'Auguste Comte.
En résumé, V Encyclopédie a été un brillant essai de propagande scientifique. Elle a voulu, non sans succès, faire servir les connaissances qu'elle vulgarisait au progrès de l'espèce humaine et au développement du bien-être matériel. Elle a, sans doute, commis quelques excès dans l'entraînement de sa critique négative ; mais elle a racheté ses fautes par son ardent amour de l'humanité, par son zèle pour la liberté, par les vérités qu'elle a proclamées, comme la souveraineté de la raison en philosophie, et la souveraineté du peuple en politique. Dans la Déclaration des droits de rhomme et dans les oeuvres utiles de la Révolution française, il est impossible de ne pas entendre comme un écno prolongé du grand bruit que produisit l'Encyclopédie.
[Gabriel Compayré.]
ENGRAIS ET AMENDEMENT.S. — Agriculture, III. — L'influence des engrais, dans l'exploitation agricole, n'a pas besoin d'être démontrée. C'est de l'abondance des engrais dont le cultivateur peut disposer et qu'il utilise, que dépend la richesse des récoltes, quelles que soient celles-ci. Le meilleur moyen d'améhorer les champs, tout en leur demandant des produits abondants, c'est de fumer beaucoup. La pratique universelle est ici complètement d'accord avec la théorie. Malheureusement un trop grand nombre de cultivateurs, tout en déplorant leur pauvreté en engrais, montrent dans le traitement de ceux qui sont h leur disposition une incurie si grande, qu'ils paraissent en ignorer complètement la valeur. Il faut donc insister d'une manière toute spéciale sur le rôle des engrais, leur valeur et les moyens d'en tirer le meilleur parti.
Les engrais dont le cultivateur peut disposer sont de deux sortes : ceux qu'il produit dans la ferme
et ceux qu'il achète. Le fumier est le principal de la première catégorie ; les seconds forment ce que l'on appelle les engrais complémentaires, engrais de commerce. 11 faut donc étudier successivement le fumier, puis les autres engrais de la ferme, enfin les engrais commerciaux. L'étude des amendements viendra ensuite.
Fumier. — On donne le nom générique de fumier aux pailles qui ont servi de litières aux animaux domestiques, qui sont mélangées à leurs excréments, et qui, après ce mélange, ont subi un degré plus ou moins avancé de décomposition. Le fumier est donc un mélange d'une composition fort compliquée, et qui présente des éléments assez différents suivant les animaux dont il provient, suivant la nature des pailles ou autres végétaux qui ont servi de litières, suivant encore la constitution des animaux domestiques et la nourriture qu'ils ont reçue.
Le fumier le plus ordinaire est celui qui provient des bêtes à cornes, nourries îi l'étable. Quand* les bêtes ont reçu une litière suffisante et assez fréquemment renouvelée pour absorber toutes le» déjections, le fumier qu'elles produisent pèse de 300 à 400 kilog. par mètre cube à sa sortie de l'étable ; au bout de quelque temps, sous l'influence du tassement, son poids s'élève de 700 à 800 kilog. Il renferme alors 70 pour 100 de son poids en eau, et 22 de matières organiques. D'après M. Boussingault, la richesse en acide phosphorique est de 0.36, et en azote de o.SS) pour 100. Hâtons-nous d'ajouter que ces nombres ne sont que des moyennes, et que, par conséquent, dans les circonstances particulières, ils peuvent varier dans des limites assez grandes.
Quand il est sorti de l'étable, le fumier n'est pas propre à être conduit dans les champs. Enfoui dans le sol, il ne se décomposerait qu'avec une très grande lenteur et ne donnerait pas les résultats qu'on est en droit d'en attendre. Il faut donc lui consacrer, dans la cour de la ferme, une place spéciale où il séjourne pendant un certain temps, et où il doit être l'objet d'un traitement particulier qui en développe les qualités. De là le tas de fumier, la fosse à fumier, qu'on rencontre dans toutes les fermes. Rien n'est plus important pour le cultivateur que de soigner son tas de fumier, et cependant rien n'est plus commun qu'un tas de fumier non seulement mal soigné , mais encore complètement abandonné et perdant, sous l'œil même du fermier et sans que celui-ci s'en préoccupe, une grande partie de sa valeur. Cependant les soins à donner au fumier sont très simples et n'exigent que peu de travail, mais ils demandent de la persévérance.
La fosse à fumier consiste en une fosse creusée à 80 centimètres ou un mètre de profondeur, et d'une surface variant suivant la quantité de fumier produite, c'est-à-dire d'après le nombre des animaux qu'on nourrit. La fosse est parfois supprimée, et l'on se borne à choisir un emplacement bien nivelé et sur un point de la cour. Le fond doit être imperméable, et légèrement incliné dans un sens, de manière à diriger les liquides qui s'écoulent du fumier dans une autre fosse, appelée citerne ou fosse à purin. Ce nom de purin est le nom donné aux liquides qui sortent du fumier. Il est bon que la fosse soit abritée ou placée au nord, de manière à éviter une dessiccation trop grande sous l'influence du sol. Lorsqu'on n'a pas fait une fosse, il faut entourer le tas par une rigole qui conduit au réservoir à purin le liquide sortant du fumier. Enfin, il convient d'entourer le tas ou la fosse par un talus de manière à éviter le lavage par les eaux pluviales venant des autres parties de la cour.
Il est indispensable que le fumier soit constamment humide, afin que la fermentation puisse s'y
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développer. S'il est bien tassé, et s'il en arrive chaque jour des étables, cette fermentation ne devient pas tumultueuse, et il n'y a pas à craindre de perte par l'évaporation des gaz et des vapeurs. Les litièrei nouvellement apportées modèrent la chaleur développée par la putréfaction, et absorbent les principes volatils dont il importe d empêcher la déperdition.
Pour que le fumier se fasse bien, il faut que le tas ne soit ni trop élevé, ni trop bas. La hauteur maximum doit être de 1 mètre 50 à 2 mètres. L'enlèvement et le chargement sur les charrettes pour le transport dans les champs peut alors se faire facilement.
Le purin doit être recueilli avec le plus grand soin, comme il a été dit plus haut. On l'emploie à arroser le tas, soit à l'aide d'une écope, soit avec une pompe dont il existe aujourd'hui beaucoup de bons modèles. Trop souvent on voit, dans les villages ou autour des fermes, le purin se perdre dans les ruisseaux des chemins. Cette pratique est absolument déplorable. Le purin est, en effet, une des parties les plus riches du fumier^ il renferme la presque totalité des matières salines contenues dans les déjections des animaux et primitivement dans les fourrages. Dans tous les pays bien cultivés, on attache un grand prix au purin. La quantité qui n'est pas employée à l'arrosage du fumier est répandue sur les prairies naturelles ou artificielles dont elle accroît puissamment la végétation.
L'arrosage du fumier avec le purin permet de régler la marche de la fermentation, pour produire la décomposition convenable suivant qu'on doit emploj'er le fumier pour telle ou telle nature de plantes, à l'automne ou à Ihiver, etc.
Un des agronomes français les plus éminents, M. Girardin, résume comme il suit les conditions de bon traitement du fumier:
1° Recueillir tout le purin dans un réservoir, placé de manière qu'il soit facile de reverser, au besoin, ce liquide sur le fumier ;
2° Ne laisser arriver sur le fumier aucune eau étrangère ;
3° Garantir le fumier d'une évaporation trop prompte et des lavages opérés par les eaux pluviales ;
4° Tasser fortement le fumier à la surface pour que l'ammoniaque produite par la fermentation dans le centre de la masse ne s'en échappe point, et toucher et remuer le tas le moins possible ;
5° Donner à l'emplacement du fumier une largeur suffisante pour qu'il ne soit pas nécessaire d'élever les tas à une trop grande hauteur;
6" Faire sur cet emplacement assez de divisions pour que l'ancien fumier ne se trouve pas toujours enfoui sous le nouveau;
7° Disposer l'emplacement dételle sorte que les voitures puissent en approcher facilement, et qu'il ne faille pas de trop grands efforts pour enlever les charges un peu lourdes.
L'évaporation des gaz azotés est une des principales causes de déperdition du fumier, quand la fermentation est devenue trop active. On peut obtenir, à cet égard, d'excellents résultats en répandant à la surface du tas une légère couche de sulfate de chaux ou plâtre qui fixe Tammoniaque. Quelques agriculteurs, et notamment M. de Béhague, se sont très bien trouvés de l'emploi,, dans le même but, du sulfate de fer ou couperose verte, qui est employé pour la désinfection des vidanges. Une excellente pratique consiste aussi à saupoudrer de temps en temps le fumier, dans les étables, avec du phosphate de chaux fossile; c'est le meil leur moyen d'accroître sa richesse en acide phosphorique.
Il est nécessaire de ne pas laisser trop longtemps la même litière, mais d'ajouter à celle-ci tous
les deux jours au moins de la paille fraîche. On enlève les litières tous les dix ou douze jours. Le piétinement opéré par les animaux rend la paille plus molle, la brise, de telle sorte que sa transformation devient beaucoup plus facile.
Des recherches faites par M. Thenard sur le» réactions qui se produisent dans le fumier, il résulte que la masse doit avoir fermenté pour donner son maximum d'effet utile; mais il est essentiel que cette fermentation n'ait pas atteint les dernières limites. Le fumier trop décomposé, transformé en beurre noir, suivant l'expression consacrée, est en partie insoluble et a perdu une partie notable de sa valeur. La pratique permet de constater les divers états de fermentation, et le point le plus propice pour l'épandage dans les champs. \ Pour enlever le fumier, il convient de procéder ' par tranches verticales, et non par couches hori- ' zontales. Par cette manière de faire, on mélange ensemble les couches de diverse profondeur, dans lesquelles la décomposition est inégale, et on obtient une masse plus homogène. Dans les champs, il est essentiel d'enfouir le fumier le plus rapidement possible, pour éviter les déperditions, d'autant plus considérables que l'engrais est resté plus longtemps étalé sur le sol. Le fumier enfoui ne perd plus rien.
Quant à la quantité à employer, elle varie, pour une surface déterminée, suivant la nature du sol, ' la récolte qu'on veut obtenir, celle qui a précédé, I le soin avec lequel le fumier a été préparé. Mais il importe plus de se préoccuper du poids que du volume. Pour un assolement de trois ans, une bonne fumure, dans le nord, est estimée à 40,000 kilog. par hectare ; une forte fumure, de 50,000 à I 60,000 kilog. ; une fumure ordinaire à 30,000 kilog., 1 et une fumure faible à 20,000 kilog. Mais il faut ! ajouter que ces appréciations sont celles des cultivateurs les plus avancés. Que de régions dans ! lesquelles les cultivateurs qui emploient 20,000 h ; 25,» 00 kilog. de fumier par hectare pour un assole- 1 ment de trois ans, passent pour faire une bonne et non une faible fumure.
Autres engi-ais de la ferme. — En dehors du ' fumier, le cultivateur peut se procurer, sans grands j frais, des quantités assez considérables d'engrais, en mélangeant ensemble diverses substances qui se perdent le plus souvent, telles que balayures de cours, résidus de cuisine, plâtras, feuilles mortes, limons, matières fécales, mauvaises herbes, débris I de paille, de fourrages, etc. En stratifiant ces sub- ! stances avec de petites quantités de fumier, on j forme des composts dont la ricliesse est variable suivant les substances employées, et est parfois considérable. Le cultivateur peut ainsi se procurer de grandes ressources, en partant de ce principe que, dans une ferme bien administrée, aucune substance animale ou végétale ne doit se perdre, 1 mais que tout doit être employé à augmenter la fécondité du sol.
Dans le pays de Caux, d'après M. Girardin, les cultivateurs ont la vieille habitude de former de distance en distance, sur leurs champs, des tas ou ' meules d'engrais qu'ils composent avec des terres ramassées dans les rues et chemins, dans lescours des fermes, partout où on en trouve, aux- ' quelles on ajoute parfois un peu de fumier d'étable. Remués et retournés de temps en temps, arrosés ' avec des purins ou des eaux chargées de matières ' organiques, ces composts peuvent donner d'excellents résultats. Les terres entretenues humides et mêlées de matières animales ne tardent pas à acquérir des propriétés fertilisantes remarquables. Engrais humain. — Les déjections humaines peuvent être employées soit à l'état naturel, comme dans le nord de la France, et alors elles portent le nom d'engrais flamand; soit après un traitement qui les dessèche et les transforme en poudretie»
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L'engrais flamand est recueilli, dans les habitations, dans des citernes closes avec soin ; le cultivateur l'envoie chercher à la ville dans des tonneaux, puis le remet dans une citerne située le plus souvent au milieu des champs, où il fermente lentement pendant plusieurs mois avantd'ctro répandu sur les champs. Pour l'épandage, on emploie des tonneaux arroseurs ou des cuves qu'on vide à l'aide d'écopes. L'engrais flamand est répandu avant ou immédiatement après les semailles. Ses effets sont remarquables, à la condition qu'on évite pour l'épandage les jours de fortes chaleurs ou de grandes pluies, et qu'on choisisse de préférence les temps couverts ou de brouillard.
La poudrette est obtenue par la séparation des matières solides et liquides des vidanges, en faisant séjourner celles-ci dans de grands bassins. Les matières solides enlevées avec des dragues sont desséchées à l'air. Au bout d'un temps assez long, €lles forment une poudre brune qui est employée comme engrais. Ce procédé de fabrication a l'inconvénient de laisser perdre une grande partie des principes fertilisants que renferment les matières fécales.
Engrais de V'iles. — Les boues et immondices •des rues des villes peuvent être employées comme engrais avec grand avantage. On en fait un grand usage dans tout le nord, ainsi que dans le rayon de Paris. Les boues forment un engrais chaud très estimé dans la culture maraîchère.
La décomposition des matières organiques qui «ntrent dans les boues est facilitée par des manipulations qui en font un excellent terreau.
Engrais verts. — Certaines récoltes sont assez souvent enfouies en vert pour augmenter la fertilité du -sol. Les plantes dont la croissance est rapide sont les plus propres à cette opération. Elles doivent être semées dru, de manière h fournir une plus grande quantité de feuilles et (!e tigelles.
Enrjrnis commerciaux. — Le fumier de ferme est l'engrais naturel ; mais il n'est pas suffisant pour maintenir la fertilité du sol, et surtout pour en accroître la production. Il no peut, en effet, restituer à celui-ci qu'une partie des principes que les récoltes consommées par le bétail renfermaient , il ne peut rendre les matières contenues dans le blé ou les autres produits vendus aux mai-chés. pas plus que celles qui constituent la viande du bétail, le lait, etc. L'agriculteur qui veut augmenter la fertilité de ses champs est donc obligé de chercher ailleurs des principes constitutifs de cette fertilité. Tout agriculteur progressif est donc acheteur d'engrais complémentaires du fumier produit dans sa ferme. Les sources auxquelles il peut s'adresser sont nombreuses, et il peut choisir suivant les nécessités de son exploitation, les prix d'achats, etc. Le commerce des engrais a pris, depuis trente ans, un développement qui est un indice de la marche progressive de l'agriculture.
On donne parfois aux engrais du commerce la dénomination d'engrais chimiques, par opposition au fumier. Cette désignation est tout à fait impropre, et doit être bannie du langage précis; «lie n'a, en effet, qu'un résultat, c'est de jeter de l'obscurité sur le rôle des uns et des autres, et de faire croire, en faveur des engrais commerciaux, à une puissance spéciale et à un but particulier qu'ils ne peuvent avoir. Leur action varie suivant leur composition et les conditions dans lesquelles ils sont employés ; mais ce qui domine la situation, c'est qu'ils ne peuvent que compléter le fumier. La question de savoir si les engrais commerciaux peuvent remplacer celui-ci est oiseuse au point de vue pratique. Toute exploitation agricole produit nécessairement du fumier, et elle doit l'employer ; en outre, c'est l'engrais le plus natu-
rel, et quand même cela ne serait pas, ce ne peut être que son insuffisance qui force à avoir recours aux engrais commerciaux. Il n'y a donc pas lieu, pour l'agriculteur, de se préoccuper de l'agriculture par l'emploi exclusif de ces engrais, d'autant plus qu'en France les produits animaux étant ceux dont la valeur augmente le plus, il est sollicite à en produire davantage et par suite à augmenter la masse de ses fumiers.
OnsaitfV. Chimie agricole] que les principcsqu'il est le plus nécessaire de rendre au sol sont l'azote, l'acide phospliorique, la potasse et la chaux. C'est donc d'après leur richesse en ces divers principes et d'après la rapidité de leur assimilation par les plantes que les engrais commerciaux doivent être jugés.
Les engrais commerciaux peuvent être divisés, suivant leur origine, en engrais organiques et en engrais inorganiques.
Les principaux engrais organiques sont : 1" Le guano du Pérou, formé par l'accumulation de fientes d'oiseaux de mer sur les côtes de l'Océan pacifique au Pérou. Il se présente sous la forme d'une poudre grossière, d'une couleur jaune plus ou moins foncée, avec une forte odeur ammoniacale. Il est principalement riche en matières organiques azotées et en phosphates ; I "2" Les os d'animaux, qui sont une source précieuse de matière azotée, d'acide phospliorique et de chaux. Il est donc important de ne pas les perdre ;
[ 3" Le noir animal, qui est le résultat de la carbonisation des os en vases clos, et les cendres d'os ;
I 4° Le sang desséché^ les débris de laines, de cornes, de matières animales, etc.;
5" Les tourteaux ou gâteaux formés par les résidus solides que l'on obtient par l'extraction de l'huile des graines ou des fruits des plantes oléagineuses. Il y a un grand nombre de tourteaux, le plus souvent désignes sous le nom de la plante d'où ils proviennent Les principaux sont ceux de lin, de colza, d'œillette, de cameline, d'arachide, etc. Leur richesse est aussi très variable.
Parmi les engrais inorganiques, les principaux sont :
1" Les phosphates de chaux fossiles, principaloment recherchés pour leur richesse en acide phospliorique. Les phosphates de chaux se rencontrent dans la nature, soit à l'état de coprolithes, soit sous la forme de gisements stratifiés. Les principaux gisements en France sont ceux du Pasde-Calais, des Ardennes, du Ouercy. Leur richesse est très variable. Pour être employés, ils doivent être réduits en farine. L'acide phospliorique s'y rencontre à l'état de phosphate tribasique de chaux insoluble dans l'eau.
Pour rendre l'acide phosphorique plus rapidement soluble, on traite les phosphates par l'acide sulfurique, et on obtient des superphosphates. Les os peuvent être traités de la même manière pour donner des superphosphates d'os.
2° Le sulfate d'ammoniaque, qui renferme 20 à 21 p. lot) d'azote. Ce sel est principalement extrait des eaux des usines à gaz.
3° Le nitrate de soude, qui renferme 15 à 16 p. 100 d'azote. Le Pérou renferme des gisements considérables de nitrate de soude qui est importé en Europe pour les besoins de l'industrie et de l'agriculture.
Comme beaucoup de branches de commerce, la vente des engrais commerciaux peut être l'objet de fraudes parfois difficiles à saisir, et qui sont d'autant plus dangereuses que le cultivateur livré à lui-même ne peut s'en apercevoir que lorsque la récolte est faite. C'est pourquoi une loi, qui date de 1SGT, a établi des pénalités rigoureuses contre ceux qui, en vendant ou en mettant en vente des