ERE
2* // existe un rapport simple entre la somme des volumes des gaz composants et le volume du gaz composé.
Il résulte de l'ensemble de toutes ces lois :
l" Que les corps se combinent en proportions défi7iies, constantes pour les mêmes corps. Autrement dit : la composition d'un corps composé est toujours faite d'après les mêmes proportions, quel que soit le mode de préparation.
2" Que les proportions de deux corps différents capables de saturer séparément un certain poids d'un troisième C07'ps, seront les mêmes, quel que soit ce poids ou ce corps.
Ce sont précisément ces proportions qui, rapportées à un d'hydrogène, constituent les équivalents des corps simples. Ainsi l'équivalent de l'oxygène est 8 parce que 8 grammes d'oxygène se combinent h 1 gr. d'hydrogène pour former de l'eau. L'équivalent du soufre est 16, parce que 16 grammes de soufre se combinent à 1 d'hydrogène pour former de l'acide sulfhydrique : 16 de soufre pourront saturer un poids d'un corps quelconque qui serait saturé par 8 d'oxygène ou par 1 d'hydrogène, et ce poids sera l'équivalent de ce corps. On dira que 1 équivalent du fer est 28, parce que 28 de fer se combinent à 8 d'oxygène pour former du protoxyde de fer et à 16 de soufre pour former du protosulfure de fer.
Equivalents des corps composés. — L'équivalent d'un corps composé est égal à la somme des équivalents des corps simples qui entrent dans sa composition, chacun d'eux étant multiplié par le nombre des équivalents indiqué dans la formule. (V. Nomenclature.) Ainsi l'équivalent de l'acide sulfurique, S03,H0 ou SO*H, sera la somme de 16 + 4X8 + 1; celui de l'acide azotique Az05,HO sera 14 + 6x8+1.
Utilité des équivalents. — Outre l'importance théorique capitale de la notion d'équivalents, leur connaissance intervient constamment dans le calcul des poids qu'on emploie ou qu'on veut obtenir dans les réactions des laboratoires ou dans celles de l'industrie. Supposons qu'on veuille calculer le poids de zinc nécessaire pour saturer 1 kilogr. d'acide sulfurique en formant du sulfate de zinc. La formule chimique du sulfate de zinc étant ZnO,S03, celle de l'acide sulfurique HO.SO', nous dirons : l'équivalent du zinc 33 est à celui de lacide sulfurique 49 comme a; est à 1 kilogr., ou
a; = —, ou en grammes
Autre problème : Quel est le poids de fer qui se trouve dans 1 kilog. de sesquioxyde de fer pur? — La formule de cet oxyde est Fe^O'. Il faudra donc partager 1 000 gr. en deux parties qui soient entre elles comme 2 fois l'équivalent-du fer ou 2 X 28 est à 3 fois celui de l'oxygène ou 3 X 8.
Remarque. — Dans notre époque, la théorie atomique, soutenue en France principalement par M, Wurtz, a introduit dans la science une notion nouvelle, celle du poids atomique.
L'équivalent reste la base inébranlable de toute théorie chimique, mais des considérations théoriques qui ont surtout prévalu dans l'étude des composés organiques (V. Chimie organique) font considérer l'équivalent d'un grand nombre de corps comme étant différent du poids de son atome ou plutôt du nombre qui le représente proportionnellement. Sans entrer ici dans aucun détail sur la théorie atomique, que bon nombre de chimistes distingués considèrent encore comme hypothétioue, nous donnerons cependant l'énoncé de l'a loi d'Ampère sur laquelle elle s'appuie princioalement : Des volume-' égaux de deux gaz mesurés dans des conditions identiques de température et de pression, contiennent le même nombre d'atomes. [A. Jacquemart.l
£RE. — Histoire générale, XXXIX-XL. (Etym. : du latin aéra, môme signification.)
Les différents peuples comptent leurs années à partir de certaines époques mémorables qu'on désigne sous le nom de commencement de l'ère. Notre ère a la prétention de remonter jusqu'à la naissance de Jésus-Christ, bien qu'il ne semble pas qu'elle ait été en usage dans les actes publics avant le commencement du huitième siècle, et qu'elle ait été imaginée pour la première fois par le moine Denys le Petit, en 532.
Les ères principales sont :
L'ère des Olympiades, usitée dans l'ancienne Grèce, en l'honneur des jeux Olympiques (776 avant J.-C).
L'ère de la fondation de Rome (753 avant J.-C). L'ère de Nabo7iassar, adoptée par Ptolémée et les anciens astronomes (747 avant J.-C), L'ère chrétienne.
L'ère de la République française (1792). L'ère des Juifs, qui prétend remonter à la création du monde (37G1 avant J.-C).
L'ère vnisulmane, qui remonte à l'époque de la fuite de Mahomet (622 après J.-C).
Enfin, l'ère ou la période Julienne, adoptée par les astronomes de nos jours, et ainsi nommée par Joseph Scaliger, qui l'introduisit dans la chronologie en 1583, en l'honneur de son père Jules Scaliger. Pour comprendre cette dernière période, il est nécessaire d'expliquer certaines autres périodes qu'il est utile de connaître, parce qu'on les trouve dans les calendriers. Ce sont :
1° Le Cycle de Méton ou le cycle lunaire. Ce cycle, de 19 ans, a donné lieu aux Nombres d'or^ ainsi nommés à cause des caractères d'or avec lesquels on en inscrivit la découverte dans l'ancienne Grèce. Le nombre d'or d'une année est le nu méro de cette année dans une période de 19 années solaires au bout desquelles les phases de la Lune reviennent dans le même ordre et aux ■ mêmes dates, parce que 19 années solaires font presque exactement 235- lunaisons. Les fêtes des Grecs étant réglées d'après les phases de la lune, on comprend quel enthousiasme accueillit la découverte de Méton donnant le moyen de reconnaître dix-neuf années d'avance les époques des fêtes. En divisant le millésime d'une de nos années, augmenté d'une unité, par 19, le reste que l'on trouve est le nombre d'or de cette année. Ainsi 1878 + 1 = 19 X 98 + 17. 17 est le nombre d'or de 1878, c'est-à-dire que 1878 est la 17^ année du 99' cycle de Méton depuis le commencement de notre ère. Lorsqu'un millésime augmenié de un et divisé par 19 donne pour reste zéro, comme cela est arrivé pour 1880, le nombre d'or ae cette année est 19. 11 est facile au reste de s'assurer que 19 années de 365 jours 5 heures 48 minutes 47 secondes 5 tierces, et 235 lunaisons de 29 jours 12 heures 44 minutes 2 secondes 9 tierces, donnent presque le même temps, et qu'il n'y a que 2 heures 4 minutes 18 secondes 72 tierces de différence.
2° Cycle solaire. — Le cycle solaire est une période de 28 ans au bout de laquelle les mêmes jours de la semaine reviennent aux mêmes quantièmes de chacun des mois de l'année. Comme l'année civile commune de 365 jours contient 52 semaines et un jour, si une année a commencé un lundi, l'année suivante commencera un mardi, et ainsi de suite. Les mêmes jours de la semaine reviendraient de cette façon aux mêmes quantièmes du mois au bout de sept ans, s'il n'y avait pas, dans l'intervalle, une année, quelquefois deux années bissextiles, qui font reculer chacune les dates de l'année suivante de deux jours de la semaine. Mais au bout de 7 fois 4 ou 28 ans, les années bissextiles, au nombre de 7, ayant produit un dérangement de 7 jours en plus que les années communes, la période est exacte. Pour trouver le
ESCLAVAGE
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cycle solaire d'une année, on ajoute 9 au millésime de cotte année, on divise le résultat par 28, et le reste est le cycle solaire. Ainsi l'opération 1878 + !) = 28 X 67 + 11, fait voir que le chiffre du cycle solaire pour 1878 est 11, c'est-à-dire que 1878 est la onzième année du soixante-huitième cycle solaire écoulé depuis le commencement de notre ère, le premier cycle étant supposé commencer 9 ans avant notre ère.
3" Ind-iction romuine. — C'est une période de 15 années que l'on suppose avoir commencé 3 ans avant notre ère, et dont on s'est servi depuis l'an 313 jusqu'à l'établissement de l'ère chrétienne. Cette période ne paraît avoir aucune base astronomique et avoir été imaginée pour éviter de compter, comme on le faisait auparavant, par les années de règne d'un empereur ou d'un pape. En ajoutant 3 au millésime d'une année et divisant le résultat par 15, on a l'indiction romaine de cette année. Ainsi 1878 + 3 = 15 X 125 -f 6; l'indiction romaine de 1878 est 6.
On obtient la période julienne en multipliant le cycle de Méton, 19 ans, par le cycle solaire, 28 ans, ce qui donne d'abord une période de 5:>2 ans appelée période dionysienne, de Denys le Petit, son inventeur; puis en multipliant cette période de 532 ans par l'indiction romaine de 15 ans, ce qui fait 7 980 ans pour la période julienne.
On admet que l'année 1880 de l'ère chrétienne correspondra à l'an :
6593 de la période julienne,
26;iG des Olympiades,
2C33 de la fondation de Rom e,
89 de la République française, qui commence le 22 septembre.
5(J4Î des Juifs, qui commence le 6 septembre.
1298 des Musulmans, qui commence le 4 décembre. [J. Vinot.)
ESCLAVAGE. — Histoire générale, XXXIX-XL. — 1° Cojidition de l'esclove, — « Le besoin réciproque que le pauvre a du riche et que le riche a du pauvre, fit des serviteurs. Mais dans cette sorte de régime patriarcal, esclaves ou serviteurs, c'est tout un... Un curieux usage, qui subsista longtemps dans les familles athéniennes, nous montre comment l'esclave entrait dans la famille. On le laisait approcher du foyer; on le mettait en présence de la divinité domestique; on lui versait sur la tète de l'eau lustrale, et il partageait avec la famille quelques gâteaux et quelques fruits. » (Fustel de Coulanges), Le nouveau serviteur acquérait donc la religion de son maître, mais par là même, il perdait sa liberté. « Il était attai-hé à la famille pour toute sa vie et même pour le temps qui suivait sa mort ; » car on l'enterrait dans le tombeau domestique, et ses enfants continuaient après lui sa servitude.
Celle-ci était absolue. Les formalités d'achat et de vente étaient les mêmes pour l'esclave et pour le bétail ; le maître avait sur lui droit de mort et de vie; la loi ne le connaissait point, ni pour le protéger, ni pour le punir. S'il était blessé, tué, c'était son maître qui recevait une indemnité comme pour la mort d'un cheval ou le dommage d'un meuble. Pour lui, point de mariage, point de paternité ; sa femme, ses enfants étaient, comme lui-même, à son maître. On l'appelait enfant, puer. En effet, c'était un mineur, l'enfant de la famille, toujours incapable de se conduire, pour qui l'on devait agir ci vouloir. Le maîire était légalement son tuteur, son père, armé d'un pouvoir sans limite.
Pourtant l'esclave conservait son rang d'homme. Avec la famille, il assistait aux prières, il prenait part aux fêtes religieuses ; mort, il avait sa place au tombeau domestique. Surtout, on le chargeait souvent d'instruire les enfants du maître, et l'affranchissement pouvait le faire légalement citoyen.
C'était donc un homme, mais devenu la propriété d'un autre homme.
Jamais les anciens n'ont senti le plus faible doute sur le droit de posséder l'homme, que ne comprennent plus les modernes. « Il est évident, dit Aristote, que parmi les hommes, les uns sont naturellement libres et les autres naturellement osclaves; pour ces derniers, la servitude est aussi utile que juste. » On la jugeait surtout juste parce qu elle semblait nécessaire.
En effet, l'esclavage fut la pièce fondamentale et maîtresse de l'ordre social antique. L'homme n'ayant encore découvert de machine que luimême, sur l'esclave reposaient l'agriculture et l'industrie, c'est-à-dire la nourriture et l'existence des sociétés. Aussi l'esclavage est-il plus vieux que l'histoire même, et le souvenir de son origine n'est pas parvenu jusqu'à nous. Les monuments de l'Egypte nous montrent des marchés et des ateliers de captifs ; la Bible parle des esclaves de Palestine et de Phénicie; dans Homère, Antinous menace Ulysse de l'envoyer vendre en Chypre.
2° L'esclavnge en Grèce. — Nous savons par Thucydide que les esclaves étaient nombreux en Grèce. A Sparte ils nourrissaient l'orgueilleuse inaction de leurs maîtres. On lit dans Plutarque que dans une seule campagne, les Thébains en enlevèrent 50 Oi'O de Laconie. Presque au niveau d'esclaves, et plus nombreux encore étaient placés les Ilotes, descendants des Laconiens vaincus ; c'étaient des paysans, tenanciers héréditaires, liés au sol plutôt qu'à leur maître, loin des regards duquel ils vivaient. Jlais la servitude exaspérait leur haine séculaire, toujours prête à éclater en insurrections. Au milieu de leur foule hostile veillait la petite garnison du peuple lacédémonien Sparte, en effet, ne fut jamais qu'un camp sous les armes ; aux repas mêmes les citoyens portaient leur épée. Cette inquiétude était justifiée. A peine le tremblement de terre de 46^ (av. J.-C.) avait-il bouleversé la Laconie, écrasant 20 0' 0 personnes, que les Ilotes étaient en armes sur le montithome, où ils résistèrent dix ans. L'Athénien Démostliène s'étant rendu maître de Pylos, dans la guerre du Péloponèse, les Ilotes se soulevèrent; Sparte ne s'en tira que par un massacre Mais les survivarits restèrent toujours à l'affvit d'un malheur public pour une révolte nouvelle. Epaminoi.das en peupla sa Messène, plantée comme un poignard au cœur du Péloponèse.
Athènes, ville de travail, d'industrie et de commerce, comptait 400 000 esclaves pour 20000 citoyens. Les négociants de Corinthe en possédaient plus de 360 000. Mais le besoin même que leurs maîtres avaient d'eux pour le commerce et l'industrie, la loi du travail qui s'imposait à tous, libres ou non, enfin des mœurs plus humaines, tempéraient ici l'esclavage. Athènes vécut exempte des mortelles alarmes qui tourmentaient sa rivale.
3" L'escl'ivoge à Rome. — Avec les victoires de Rome s'étaient multipliés d'effroyables encans d'esclaves. Car la défaite entraîna toujours en droit la perte des biens et de la personne. — « Etesvous les députés et les orateurs envoyés par le peuple de la ville pour vous mettre, vous et le peuple de cette ville, en ma puissance? disait le consul vainqueur. — Nous le sommes. — Le peuple de votre ville est-il libre de disposer de lui-même?
— Il l'est. — Vous donnez-vous à moi et au peuple romain, vous, le peuple de la ville, avec la ville, la terre, l'eau, les limites, les temples, les biens meubles, et toutes les choses divines et humaines?
— Nous les donnons. — Et moi je les reçois. » .\près ce dialogue, le vainqueur était maître ; suivant l'ordre du sénat, il rendait aux vaincus une partie de leur terre et de leurs biens ou les confisquait eux-mêmes pour les vendre au profit du trésor public. Dans la première guerre punique
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on asservit ainsi tous les Siciliens qui ne purent ■se racheter d'une livre d'argent. Après la défaite d'Antioclius, on mit en vente les 150 OOU habitants de l'Épire.
Derrière les armées suivaient les marchands •d'esclaves. Les captifs étaient dirigés vers les marchés, dans les grandes villes, surtout à Délos. Là, on les exposait nus sur un échafaud qui tournait sur lui-même. On leur avait blanclii les pieds à la craie ; ils portaient des écriteaux indiquant leurs défauts et leurs maladies ; le marchand coiffait d'un bonnet de laine ceux qu'il vendait sans garantie, et d'une couronne ceux qui avaient été faits prisonniers de guerre.
Vendu, l'esclave suivait l'acheteur qui l'envoyait à sa ferme, ou le gardait dans sa maison de ville, pour le travail de l'industrie ou la domesticité. Mais la plupart allaient avec les moutons et les bœufs peupler le désert des Idtifumlia, ces vastes domaines des patriciens qui ruinèrent l'agriculture de l'Italie.
Achetés à bas prix, ces esclaves vivaient en immenses troupeaux sur les terres des grands propriétaires de Rome, surveillés par l'intendant de la ferme; chaque mois on leur distribuait du blé, du sel, avec un peu d'olives et de poisson salé. Habituellement, ils ne portaient pas de chaînes ; mais au moindre soupçon d'évasion on les en accablait sans pitié. Leur situation était si misérable, que ces malheureux « en Sicile étaient obligés d'aller voler sur les grands chemins, armés de lances et de massues, couverts de peaux de bêtes, de grands chiens autour d'eux. » (Diodore de •Sicile.)
Dès le second siècle avant Jésus-Christ, ils constituaient un redoutable danger. En 185, il se forma en Apulie une conspiration servile et 7 000 esclaves furent misa mort. En 135, les 400 esclaves du Sicilien Damophilo égorgent leur maître ; ils s'emparent de la ville d'Enna. De toutes parts leurs compagnons révoltés viennent se joindre à eux ; bientôt ils sont deux cent mille et prennent pour chef le Syrien Eunus, Ils écrasent quatre préteurs et un consul envoyés contre eux. Mais en 132, <juelques traîtres livrèrent à Rupilius la citadelle d'Enna ; Eunus surpris fut étranglé dans son cachot, et d'innombrables supplices rassurèrent les vainqueurs.
Cependant en 73 (av. J.-C.) les 78 gladiateurs du Campanien Batiatus s'évadaient de Capoue et se fortifiaient sur le Vésuve. Victorieux d'un préteur, ils appelaient aux armes les esclaves des environs, et leur chef Spartacus conduisait 80 000 ■soldats vers les Alpes, c'est-à-dire à la liberté. Mais la vengeance leur tenait au cœur ; ils revinrent piller l'Italie. Malheureusement la jalousie mit la division dans leur camp. Forcé par ses soldats à livrer bataille, « Spartacus se précipita au milieu des ennemis, et, resté seul par la fuite de tous les siens, il vendit chèrement sa vie. » (Plutarque.) — V. Guerres serviles.
Depuis Auguste, il n'y eut plus de prises d'armes. Les esclaves comme les hommes libres s'endormirent dans la langueur de l'empire. Ils eurent d'ailleurs, par l'adoucissement progressif des mœurs, une situation peu à peu meilleure ; mais corrompus par leurs maîtres, ils les corrompaient à leur tour. A côté d'Esope, de Phèdre, de Térence et d'Epictète, il faut placer les Chrysogonus, les Pallas que l'affranchissement ne relevait point de leur dégradation, et qui devinrent les maîtres du monde.
4° Résultats de l'esclavage dans Pantiquité. — La société antique entrait dans une décadence mortelle. « Le mal réel qui la minait ne tenait ni au gouvernement, ni à l'administration. C'était un mal social, et rien ne pouvait en tarir la source, à moins qu'une société nouvelle ne vînt remplacer
la société antique. Ce mal était l'esclavage. Le système antique étant fondé sur la guprre, sur la conquête de l'homme (l'industrie est la conquête de la nature), ce système devait, de guerre en guerre, de proscription en proscription, de servitude en servitude, aboutir vers la fin à une dépopulation effroyable. Tel peuple de l'antiquité pouvait, comme les sauvages d'Amérique, se vanter d'avoir mangé cinquante nations. » (Michelet.) Longtemps les esclaves grecs, carthaginois , syriens avaient cultivé les arts et l'industrie pour leurs maîtres; ces peuples usés, on leur substitua les Germains, les Scythes, des barbares. L'ignorance de ceux-ci tua l'industrie, qui ne produisit plus; et la société, comme la terre même, entre des mains inhabiles et paresseuses, devint absolument stérile. La désolation couvrit le monde ; le désert s'étendit chaque jour. La société antique succombait sous la montée de l'esclavage, quand arrivèrent les barbares.
5° L'esclavage au moyen âge. — Les esclaves pourtant ne disparurent point avec l'invasion. Les lois des Francs, des Wisigoths sont même très cruelles à leur égard. La femme libre qui épousait un esclave pouvait être mise à mort ; en tout cas elle devenait esclave avec son mari.
Mais l'influence du christianisme devait être plus puissante. Les prédications du clergé, l'exemple des évoques, les décisions des conciles réformèrent lentement les mœurs.
Le nombre des esclaves, dont la situation s'adoucit graduellement, diminua peu à peu. Au xii" siècle, le concile de Toulouse (1110) parle encore des ménagements que leur doivent les maîtres ; mais le silence des Etablissements de saint Louis à cet égard prouve qu'ils avaient complètement disparu au siècle suivant. La servitude antique s'était transformée en servage *.
6" Esclavage aux coloni'^s. — Aboli en Europe, l'esclavage s'introduisit aux colonies. Affamés d'or, les colons astreignirent les Américains au travail ' des mines. Malgré les ordonnances d'Isabelle de Gastille pour protéger « ses pauvres Indiens », ceuxci furent réduits en servitude. La barbarie fut telle qu'en 15ii7 60 000 indigènes survivaient à peine à Haïti des 900 000 que Colomb y avait comptés en 1492. En 151 fi, il n'en restait plus que 14 000, et beaucoup se tuaient de désespoir. Témoin de ces misères depuis 1502, Las Casas essaya d'y porter remède, mais en vain; il fallait des bras pour tirer du sol les métaux précieux et les productions coloniales. C'est alors que, suivant l'exemple des Portugais, on commença d'exploiter l'immense réservoir de force humaine que contenait l'Afrique. Rapidement généralisée, la traite des noirs emplit bientôt les colonies d'esclaves. Chaque année, sur tous les points de la côte, s'abattaient les navires européens pour emporter à travers l'Océan leur cargaison « d'ébène ». En 1786, 350 vaisseaux emportèrent plus de 100 000 têtes de bétail humain.
Dans les colonies françaises ces malheureux étaient livrés au caprice des planteurs jusqu'en 1685. A cette époque fut publié le Code noir. Malgré sa dureté, ce code imposait aux maîtres de nourrir et vêtir suffisamment leurs esclaves ; il ordonnait la punition du meurtre d'un esclave, et défendait de vendre séparément le mari, la femme et leurs enfants en bas âge. Mais le noir qui frappait, même légèrement, son maître, sa maîtresse ou leurs enfants, était puni de mort ; il ne pouvait porter d'armes, ni devenir propriétaire. L'article 44 l'assimilait à toute autre propriété mobilière. Enfin une prime de 2 millions était accordée chaque année aux armateurs qui faisaient la traite et dont le centre principal était le port de Nantes.
7" Abolition de l'esclavage. — Mais le code noir lui-même, malgré sa rigueur, tomba en désuétude
ESCOMPTE
ESCOMPTE
avant d'avoir été appliqué. L'arbitraire fut le régime des nègres jusqu'au 29 août 1703. Quelques membres de la Convention voulurent s'opposer au décret d'émancipation, craignant pour nos colonies l'explosion des haines séculaires amassées dans le cœur des esclaves. « Périssent les colonies plutôt qu'un principe, » répondit Robespierre, et Icsclavagc fut aboli. Il reparut après les troubles de Saint-Domingue et la captivité de Toussaint Louverture, sous le Consulat. Mais dès lSt4 les gouvernements français et anglais s'occupèrent de supprimer la traite. Enfin , après une série de mesures progressives, le 1" août 183.S il n'y eut plus d'esclaves dans les Antilles anglaises. L'un des premiers actes du gouvernement républicain provisoire de 1848 fut de supprimer l'esclavage dans toutes les colonies françaises.
Les autres Etats ont peu à peu suivi cet exemple, qui est devenu général depuis l'émancipation des nègres aux Etats-Unis. Vers la fin de 1859, le supplice de John Brown, coupable d'avoir pousse les noirs à s'armer pour leur liberté, avait soulevé l'opinion. Lincoln, chef des abolitionistes des Etats du Nord, fut élu président le 6 novembre 1860. Aussitôt les Etats à esclaves prirent les armes. Après une guerre terrible, etl'assassinat de Lincoln (1866;, les esclavagistes furent complètement vaincus, et l'esclavage aboli (1866). En 1872, le Brésil adoptait une loi transitoire pour préparer l'aflfranchissement des noirs. Ceux-ci sont devenus libres le 1" janvier 1878.
8° L esclavage en 1879. — Et pourtant les horreurs de la traite durent encore, au centre et à l'est de l'Afrique, malgré le zèle courageux des Livingstone et des Cameron qui en ont prêché l'abolition au centre même du continent africain. Chaque année plus de 100 000 malheureux sont conduits enchaînés vers Iç rivage de la mer, qu'ils franchissent, surtout par la complicité des autorités égyptiennes. De là, cette marchandise humaine est répartie et vendue dans les maréhés de l'Asie musulmane. Cliaque année « le seul empire égyptien importe 70 000 nègres, le quart seulement de ce qui a été arraché de ses foyers, les blessures dans la razzia, les traitements barbares, la fatigue et la fièvre ayant enlevé les trois quarts des victimes... Avec ce que consomment l'Arabie, la Berbérie, le Sahara, et quelques traitants d'Europe, combien les nègres paient-ils annuellement au Minotaure ? Un million d'hommes peut-être lui sont jetés en pâture dans le cours des douze mois. » (O. Reclus.) Et cela, malgré la surveillance des flottes et des agents de l'Europe civilisée. [Paul Schàfer.J
ESCOMPTE (Règle d').— Arithmétique, XLIIL— 1. — On nomme Escompte la retenue que l'on opère sur la somme énoncée dans un effet de commerce lorsqu'on l'acquitte avant son échéance.
On distingue deux espèces d'escompte : l'escompte commercial ou eii dehors, qui est celui dont on fait usage en France, et l'escompte en dedans, usité dans quelques pays étrangers.
Nous parlerons d'abord de l'escompte en dehors. Cet escompte se calcule comme V Intérêt *. Supposons, par exemple, que l'on ait à faire escompter un billet de 720' payable dans 90 jours, le taux de l'intérêt étant de 6 pour 100. On calculera ce que rapportent 720' à ce taux en 90 jours ; on trouvera :
ou 10',80.
Le banquier prend ordinairement en outre une commission, qui est de ' pour lOO de la somme
énoncée ; ici ce serait ■- — ou 3',60. Il retien-
drait donc en tout 10', 80 + 3',60 ou 14',40 ; et
paierait par conséquent 720' — 14',40, c'est-à-dire 705',GC.
Autre exemple : Un billet de 4800' a été so7iscrit au \*' mars, à une échéance de 90 jours; le détenteur du billet veut le faire escompter le 17 avril suivant ; quel sera l'escompte, le taux étant de 5 pour 100 ? Au 17 avril, il y a déjà 47 jours d'écoulés depuis la signature du billet, il n'en reste donc plus que 43 jusqu'au jour de l'échéance. L'intérêt de 4800' à 5 pour lOO en 43 jours est