‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. Buisson (volume 4)Chapitre 478 sur 593 · OU · texte numérisé non relu

OU

tel sera l'escompte. En y ajoutant -— - ou 24' de

commission, on aura 52',67 pour la somme que le banquier aura à retenir: il paiera donc au détenteur du billet 4800'— 52',67 c'est-à-dire 4747',33. 2. — es. — On établit facilement la formule de l'escompte en dehors. Soient a la somme énoncée dans le billet, n le nombre de jours compris entre la date de la présentation du billet et la date de son échéance,^ le taux de l'intérêt ; l'escomptée, calculé comme l'intérêt ainsi que nous venons de le dire, aura pour expression

en tenant compte de la commission du | pour 100.

Cette formule renferme la régie d'escompte, que l'on peut énoncer de la manière suivante :

Pour calculer l'escompte en dehors, multipliez la somme éîioncée dans le billet par le nombre de jours à eowir jusqu'à l'époque de l'écuéance, et par le taux de l'intérêt, et divisez le produit par 36000.

Ajoutez ensuite le tant pour 100 sur la somme énoncée, fixé par l'escompteur.

Comme cette formule renferme quatre quantités variables a, n, t, e, elle peut résoudre quatre problèmes, suivant celle de ces quatre quantités qui est inconnue. Ces problèmes, bons comme exercices, sont peu usités dans la pratique. Pour en donner cependant un exemple, nous supposerons qu'un billet de 1800', présenté 54 jours avant son échéance, ait donné lieu à un escompte de 23'85, y compris une commission de \ pour 100; et que l'on demande le taux de l'escompte. On remarquera d'abord que | pour 100 sur 1 800' donne 9'. Si l'on retranche ces 9' de l'escompte total, il reste 14',^3. Cette somme résulte de la multiplication de 1 SOO' par 54 et par le taux, et de la division du produit par 36000. On a donc

ou, en divisant les deux membres par 1800,

14f,85 X 20 = hk.t.

Il en résulte qu'on obtiendra le taux t en multipliant 14'85 par 20, ce qui donne 297', et divisant 297 par 54, ce qui donne 5',5. Le taux demandé était donc de 5 *.

3. — C. S. — Nous parlerons maintenant de l'escompte en dedans. Cette manière de calculer l'escompte, moins commode que celle qui est adoptée en France, est cependant plus rationnelle, comme on va le voir. Paul souscrit aujourd'hui, au profit de Jacques, un billet payable dans un an, et représentant une dette de 100' contractée pour un motif commercial quelconque; sur ce billet il ajoute aux 100' qu'il doit les intérêts de lnO' pendant un an, soit 6', par exemple, en sorte que la somme évaluée dans le billet est 106'. Supposons qu'aujourd'hui même Jacques ait besoin d'échanger ce billet contre do l'argent comptant, il s'a

ESCOMPTE

drcs'sera à un banquier, qui lui en paiera la valeur ; mais cette valeur n'est pas 106', le billet ne vaudra 106' que dans un an ; aujourdhui il ne vaut que 100'. montant de la dette contractée par Paul. Sur l06f, Je banquier retiendra donc 6'; ce sera \ escompte en dedans, c'est-à-dire que dans cette manière d'escompter on considère la somme énoncée dans le billet comme un capital déjà augmenté de son intérêt pour le temps à courir; et c'est cet intérêt, retenu par l'escompteur, qui constitue 1 escompte en dedans. . , • •

Considérons un cas moins simple, celui qui a été traité à la fin du n» 1 dans l'hypothèse de 1 escompte en dehors. Soit donc à escompter en dedans un billet de 4 800f payable dans 43 jours, le taux de l'intérêt étants pour 100. On raisonnera comme suit : Une somme de 100' produisant 5' d'intérêt en un an, ou 360 jours, produira en 43

iours -' ^ ^^- ou 0',59722... Sur une somme de ■■ 360

10 ' + 0',59722.. ou 100',59722. ., l'escompteur devrait donc retenir 0',59722. .. Sur 1' il retien- 0',59722

f, on résoudrait la formule (2), par rapport à l'inconnue (V. Equations). Si, par exemple, l'inconnue était le taux, on trouverait

drait

lU0',597ï2' 0',59722.. X 4800'

et sur 4 800' il retiendra

ou 28',49.

(Au lieu de 28',67 que nous avons obtenu par l'escompte en dehors.)

Avec une commission de \ pour 100, qui s'élèverait ici à 24f, on voit que le banquier aurait à retenir 52',49 et paierait 4800' — 52',49, soit 4747',51.

4.— C. S. — Il est facile d'obtenir par les mpmes considérations la formule générale de l'escompte en dedans. L'intérêt de 100' pour n jours au taux t est (V. Intérêt simple) :

Sur une somme égale à 100' -f :^) l'escomp-

leur retiendrait ~ ■> ou, ce qui revient au même,

ooO sur une somme 360 fois plus grande , soit 36000' -{-n.t, il retiendrait 360 fois plus ou n.^

Sur 1' il retiendrait TTTT:r-^^ : ; et' sur la

somme a il

36000+ n.C n.n.t retiendra

la — e -\ 1.7

Supposons, par exemple, qu'un billet de 1280' payable dans 90 jours ait donné lieu à un escompte de 25',32 y compris une commission de ^ pour 100, et que l'on demande le taux de l'intérêt, on aura

On aura donc

Cette formule contient la règle de l'escompte en dedans, que l'on peut énoncer ainsi :

Pow obtenir l'escompte en dedans, multipliez la somme énoncée dans le billet par le nombre de jours à courir jusqu'à la date de l'échéance et par le taux de l'intérêt, et divisez le produit par 36 uOO augmenté du produit du nombre de jours par le taux.

On voit que la différence entre la règle d'escompte en dehors et la règle d'escompte en dedans, consiste à substituer au diviseur 36 000 le diviseur 36 000 + nf. Il en résulte que l'escompte en dedans est toujours moindre que l'escompte en dehors.

Si l'on tient compte de la commission de | pour 100, on devra écrire

5. — E. N. — Si l'inconnue, au lieu d'être l'escompte, était l'une des trois autres quantités a, n,

et, en effectuant, on obtiendra t = 6'.

Nous n'insisterons pas davantage sur l'escompte en dedans, qui n'a point d'application dans la pratique ordinaire, et qu'il convient plutôt de regarder comme un sujet d'exercice algébrique que comme un sujet d'arithmétique courante.

6. — Exercices. — 1. U?ie personne fuit escompter (en dehors), au taux de 6 p. 100, loi billet de liW, payable dans 12 jours; la commission retenue par le banquier étant de | pour 100, on demande quelle est la iomme que paiera le banquier. — (Rép. 1416',24.)

2. On fait escompter {en dehors) un biVet de 540', payable dans iS jours ; on touche 538', 3 i ; on demande le taux de l'intérêt, cachant que la commission a été de \ pour 100?— (Rép. 5 \.)

3. Un banquier a payé S2¥ ,88 pour un billet de 840' escompté en dehors; le taux de l'intérêt était de 6 pour 100, et la commission de | p. 100 ; on demande combien il y avait de jours à courir jusqu'à l'échéance. — (Rép. 63.)

4. Calculer l'escompte en dedans pour un billet de 1 SOQf, payable dans 90 jours; le taux étant Qpour 100, et la commission^ pour 100. — (Rép. 29f,67.)

5. Un billet de 2250'', payable dans 83 jours, et escompté en dedans^ a donné lieu à une retenue totale de 45',05, y compris une com.mifsion de | p. 100 ; quel était le taux de l'intérêt? — (Rép. 5 |.)

[H. Sonnet.]"

ESPAGNE ET PORTUGAL. — Géographie générale, XI\'. — Gréograpliie physique. — Situation. — Ces deux contrées forment ensemble une péninsule bien tranchée qui, du côté du nord, se rattachf à la France et au reste de l'Europe par l'isthme des Pyrénées, et qui tenait à l'Afrique, du côté du sud, avant que les eaux de l'océan Atlantique se fussent ouvert vers la Méditerranée un passage, large de quelques kilomètres seulement, le détroit de Gibraltar, où elles se précipitent encore avec une vitesse de 4 à 5 kilom. à l'heure.

Limites. — La Méditerranée, à l'E. et au S. E. ; l'océan Atlantique, au S. 0., à 10. et au N. O.; la mer de Biscaye, ou golfe de Gascogne, au nord, baignent les côtes de la Péninsule, dont le développement est sept fois aussi long que la frontière de terre qui sépare l'Espagne de la France.

Position astronomigue. — En latitude, les points extrêmes sont la pointe de Tarifa, au S. O. de Gibraltar, qui est sous le 36* degré de lat. N., et le cap Ortégal, situé par 43°.45' au N. de la Galice. En longitude, le cap Creus, au N. E. de la Catalogne, touche le 1" degré à l'E. de Paris, et le cap de laRoca, àl'O. de Lisbonne, est àll'SO'àrO. de Paris.

Forme et superficie. — Mais pour circonscrire à peu près exactement la Péninsule et en rapprocher la forme d'une figure géométrique, il faut joindre le cap Creus au cap Finistère, à l'O. de la Galice; celui-ci au cap Saint-Vincent, au S. O. du

Portugal; le cap Saint-Vincent à la pointe de Tarifa ; Tarifa au cap de Palos, près de Carthagène, et enfin le cap de Palos au cap Creus. On trace ainsi un pentagone dont les côtés sont respectivement tournés vers le N., 10., le S. S. 0., le S. S. E. et l'E. S. E.

Entre ces limites la superficie de la Péninsule est de 5S4 301 kil. carrés, dont 494 94G pour l'Espagne et 89 355 pour le Portugal.

Orographie et hydrographie. — Dans son ensemble, la péninsule forme un plateau élevé de plusieurs centaines de mètres au dessus de la mer, et séparé de celle-ci presque partout par des chaînes côtières qui dominent les rivages.

Au sud, la Sierra Nevada, qui se développe de rO. à TE. depuis Gibraltar jusqu'au cap de Gâta, renferme, avec les Pyréiv'^es, les plus hautes sommités de l'Espagne. Leur altitude va jusqu'à 3000 mètres. Entre ces deux hautes chaînes, la ligne de faîte, qui sépare le bassin de la Méditerranée de celui de l'océan Atlantique, est plutôt, en général, un simple renflement du sol qu'une véritable chaîne. La Sierra do Moncayo, à l'O. deTarragone, et la Sierra de Albarracin, aux sources opposées du Jiloca, affluent de l'Èbre, du Tage, du Jucar et du Guadalaviar, les sierras de Alcarraz et de la Sagra, entre les sources du Guadalquivir et du Segura, sont les points les plus saillants de cette ligne de faîte, qu'on désigne dans son ensemble sous le nom de monts Ibêriens, parce qu'ils séparent les versants opposés de la péninsule ibérique. (Les anciens habitants, avant la domination romaine, s'appelaient les Ibères.)

Fleures du versant méditerranéen. — Le long du littoral méditerranéen, les monts de la Catalogne, des royaumes de Valence et de Murcie, généralement moins élevés, sont traversés par VEbre, le Guadalaviar, le Jucar et le Ségiira, qui, formés sur le plateau, se sont violemment ouvert un passage vers la Méditerranée.

Versaîit de l'Atlantique. — Le versant de l'Atlantique est. bien plus étendu et partagé en plusieurs bassins par des chaînes de montagnes remarquables.

A l'ouest, ies Pyrénées se continuent par les monts Cantabres, dont les points culminants, les Peùa" de Europa, au S. 0. de Santander, dépassent 2 000 mètres. Les monts Cantabres couvrent de leurs ramifications la province de Santander, les Asturies et la Galice, et enveloppent les sources des rivières peu étendues qui sont tributaires de la mer de Biscaye, et du Minho, fleuve de Galice, qui forme la frontière entre l'Espagne et le Portugal.

Un lac occupait autrefois la plus grande partie de la région au sud des Cantabres. Les monts Cantabres au nord, les monts Ibériens à l'E., la Sierra Morena au sud, les plateaux du Portugal à l'O., formaient les limites de cette région lacustre, dont le Douro, le Tage et le ('>uadiima ont emporté les eaux vers l'Océan, une fois qu'ils ont réussi à percer vers l'occident les barrières qui forment la limite naturelle entre l'Espagne et le Portugal.

Ce plateau central de l'Espagne, qui est élevé en moyenne de 600 ou 700 mètres au-dessus de la mer, est divisé en deux parties par les montagnes qui séparent le bassin du Douro de celui du Tage : la haute Sierra de Guadarrama, qui dresse au nord de Madrid des cimes de 2 000 mètres, en formant à cette capitale une ligne de défense du côté du nord, et qui se prolonge à l'ouest sous le nom de Sierra de Grcdos, Sierra de Gâta, puis Sierra d'Estrella, dans le Portugal. Cette dernière se continue jusqu'auprès de Lisbonne, où elle se termine par dus montagnes volcaniques qui n'ont peut-être pas encore perdu toute leur activité. En 1755, un terrible tremblement de terre renversa Lisbonne, en y faisant périr 40 ou 50 000 habiunts.

Entre le Tage et leGuadiana, les monts de Tolède ne forment pas une ligne bien saillante, les plateaux de la Manche se continuant sans interruption entre le Tage, le Jucar et Je Guadiana. La Sierra Morena, qui forme le rebord méridional du plateau, n'a l'apparence un peu élevée que vue des plaines de l'Andalousie,, au sud. Elle se prolonge, à l'ouest du Guadiana, en Portugal, sous le nom de Sierra de Monchique. Celle-ci sépare les plaines de l'Alemtéjo, au nord, des riants rivages de l'Algarve.

Entre la Sierra Morena et la Sierra Nevada, s'étend la fertile Andalousie qu'arrose le Guadalquivir.

Divisions naturelles. — A voir sur une carte ces grands fleuves dirigés de l'est à l'ouest, on pourrait croire que l'Espagne et le Portugal sont dotés de belles voies navigables propres h faciliter leurs rapports commerciaux et à préparer leur réunion politique. Il n'en est rien. Quand bien même ces fleuves rouleraient des eaux plus abondantes, ils ont un cours trop violent, et traversent pour passer d'Espagne en Portugal des défilés et des ra pides infranchissables à la navigation, et qui constituent précisément les limites naturelles entre les deux royaumes. La péninsule entière se divise, du reste, en plusieurs régions bien distinctes. Au S. O.. lePortw/al, occupant les bassins inférieurs du Minho, du Douro, du Tage et du Guadiana, audessous de leurs rapides, et tourné vers l'Océan, où il a joué un si grand rôle maritime. Au sud, [Andalousie, occupant le bassin du Guadalquivir, qui a conservé son nom arabe et sur les rives duquel s'élèvent encore tant de beaux monuments dus aux architectes musulmans, tandis que la province entière garde le nom des anciens Vandales, qui la traversèrent au début du moyen âge, avant d'aller fonder leur empire en Afrique. Dans les montagnes de la Sierra Nevada, le royaume de Grenade, tourné vers l'Afrique, dont il est la continuation naturelle. Le long de la Méditerranée, les roj'aumes de Murcie et de Valence, et la Catalogne dont la vie s'est concentrée sur le littoral. Dans le bassin de l'Èbre, \ Aragon et la Navarre. Sur le plateau, la. Nouvelle-Castille et VEstramadure occupant la partie méridionale et la plus basse, — la Vieille-Castille et le royaume de Léon, la partie septentrionale et la plus élevée de l'ancien bassin lacustre dont nous avons parlé. Dans les njonts Cantabres enfin, où les Romains ne purent jamais étendre leur domination, les provinces basques, où se maintiennent les derniers descendants d'une race d'origine inconnue dont la langue ne peut être rapprochée d'aucune autre langue européenne ; les Asturies, où les chrétiens défendirent victorieusement leur indépendance pendant la domination musulmane. Enfin, à l'extrémité N. O. de la Péninsule, la Galice, dont les côtes, découpées en profondes sinuosités comme les fjords de la Norvège, offrent des ports nombreux et sûrs aux navires venant du large, tandis qu'ils ne trouvent que difficilement un abri plus au sud sur la côte sablonneuse et régulièrement unie du Portugal, qui rappelle celle des landes françaises.

Climat. — Bien qu'entourée de tous côtés par la mer, l'Espagne ne jouit pas en général des avantages que procure ce voisinage. Arrêtées par les montagnes côtières, qui enveloppent le plateau central, les pluies tombent presque exclusivement sur les rivages. La Galice et le Portugal sont abondamment arrosés. Il y tombe jusqu'à quatre et cinq mètres d'eau dans une seule année , comme sous les tropiques. Le versant de la mer de Biscaye est aussi rafraîchi par de fréquentes ondées. Les arbres et les champs y gardent leur verte parure qui rappelle l'Angleterre. Dans la Castille et l'Aragon, au contraire, il ne tombe presque pas d'eau. L'été y est brûlant, l'hiver presque glacial, à cause de l'altitude de la contrée. On y trouve de

Tcritables steppes arides comme les déserts de l'Asie ou de l'Afrique. Si le sol y porte par places de superbes moissons, cela tient souvent à des nappes d'eau souterraines qui rafraîchissent le sous-sol et les racines des plantes. La contrée n'offre presque pas d'arbres. Les rivières, à sec pendant l'été, peuvent alors servir de routes.

Sur le rivage de la Méditerranée, les écarts de température entre les chaleurs de l'été et les froids de l'hiver deviennent bien moindres. La végétation, favorisée par des irrigations très soignées, atteint un superbe développement, qui a fait la réputation de la huer ta de Valence.

Dans le roj-aume deMurcie, le climat devient véritablement africain. Les vallées arrosées à grand peine sont encore admirables. A Elche, sur les confins du roj'aume de Valence, on trouve une des rares forêts de palmiers qui croissent en Europe. Ailleurs ce sont des orangers, des grenadiers, des bananiers et des nopals, sur lesquels se développe la cochenille. A l'ombre des arbres fruitiers le sol produit encore d'autres cultures. Mais sur les plateaux desséchés, on ne trouve que le sparte ou alfa qu'on récolte maintenant en si grande quantité sur les plateaux de l'Algérie.

Au pied de la Sierra Nevada, la côte, tournée au midi, serait encore plus brûlante pendant l'été, si les neiges, qui fondent sur la montagne, n'y entretenaient un peu de fraîcheur. A Gibraltar, à Malaga, la température moj^enne de l'année s'élève à 17 ou 18», et le séjour des villes devient intolérable, au moment des grandes chaleurs, pour les Européens qui se réfugient alors sur les montagnes voisines. Dans cette région croissent le café, le coton, la canne à sucre, les arachides et autres cultures tropicales, et en outre on trouve vivant à l'état sauvage autour de Gibraltar les singes, que l'on ne rencontre que dans les pays très chauds.

L'Andalousie, qui se revêt au printemps, ou plutôt en février, de la plus admirable végétation. €st briilée en été. On n'y trouve plus d'eau que dans le lit des rivières. Sur les bords même du Genil , qui parcourt la vallée si justement vantée de Grenade, on traverse de véritable* steppes. A l'oufst de l'embouchure du Guadiana, le rivage de YAlgarve, abrité au nord par la Sierra de Monchique, porte encore le même nom que les Maures lui avaient donné en même temps qu'au Maroc, (pays de l'occident) et de fait les rives des deux pays se ressemblent. La douceur du climat en ferait un excellent séjour d'hiver pour les malades qui vont chercher à recouvrer la santé à Bladère.

Géograpliie politique et économique. — Géographie AGRICOLE. — L'Espagne offre des genres de culture bien dififérents suivant les climats de ses diverses régions. Dans la Vieille-Castillc on récolte beaucoup de blé. Les terres dos environs de Valladolid sont particulièrement fertiles sous ce rapport et on exporte une partie de leurs grains pour l'Angleterre ou pour la France par le port de Santander. L' Aragon et l'Estramadure produisent aussi du blé, mais, dans toute cette région du centre de l'Espagne l'agriculture souffre des ravages des troupeaux transhumants. La finesse de la toison des mérinos a fait accorder de trop grands privilèges aux producteurs de cette source de richesses pour le pays. Pendant l'hiver leurs moutons paissent dans les plaines de l'Estramadure, de la Manche, ou dans ies montagnes de Murcie, puis à mesure que les pâturages naturels disparaissent sous l'influence de la sécheresse, les bergers re montent vers les montagnes des Castilles, de l'Aragon, du royaume de Léon et des Cantabres, et pendant ce parcours leurs troupeaux, pénétrant librement dans les champs sans clôture, y brou- 1 tent et détruisent des moissons en herbe.

Sur les bords de la Méditerranée, le blé faiti

place au mais, et au riz qui pousse dans les lagunes ou albuferas du littoral. On cultive le seigle dans les Pyrénées, et l'orge dans toutes les provinces.

L'Espagne produit beaucoup de vins. Dans les Castilles et l'Aragon, la vigne croît, pour ainsi dire, sans culture. Mais les vins, mal soignés, emmagasinés dans des vases en terre ou transportés dans des outres, sont grossiers, et ne conviennent qu'à la consommation intérieure. Dans l'Andalousie, au contraire, les vins de Xérès sont très recherchés par les Anglais qui en consomment dans tous les pays du monde sous le nom de Sherry. Les vins de Malaga et ceux d'Alicante, sur la côte de la Médiierranée, sont également très estimés . On récolte, en outre, dans le royaume de Valence et la Catalogne, une grande quantité de vins ordinaires, qui viennent depuis quelques années en France suppléer aux vides causés par les ravages du phylloxéra. Sur la côte de la mer de Biscaye, le raisin ne viendrait plus à maturité, et le vin est remplacé comme boisson par le cidre. C'est encore un des points de ressemblance entre cette région et la Bretagne française.

L'olivier est très répandu en Espagne sur le littoral méditerranéen, dans l'Estramadure et l'Andalousie, mais, comme pour les vins, les huiles sont mal fabriquées et peu estimées.

Les fruits de table sont très abondants. Les oranges de Valence ont une grande réputation, mais il en vient aussi de Malaga et de l'Andalousie, ainsi que des figues et des grenades. Malaga a la spécialité des raisins secs. La Catalogne envoie en France des amandes et des abricots qu'elle récolte plus tôt que nous.

Malgré la renommée des chevaux andalous, l'Espagne possède un très petit nombre de ces animaux. Les mulets et les ânes y soni plus nombreux, et la France fournil ;\ l'Espagne une partie des premiers, entre autres les mules qui font les attelag-'s de luxe. Les moutons, dont nous avons déjà parlé, forment le bétail le plus nombreux. On élève encore t)eaucoup de porcs, en Estramadure notamment. Les bêtes à cornes se rencontrent surtout dans les pâturages de la Galice, et les navires anglais viennent en charger des troupeaux entiers dans les ports de Vigo ou de la Corogne pour les marchés de l'Angleterre. En Andalousie, les éleveurs ont un autre but ; ils produisent ces beaux taureaux de combat dont les Espagnols sont si grands amateurs.

En résumé, l'agriculture espasnole est peu avancée : la difficulté des communications, la sécheresse du climat, les ravages des troupeaux, la concentration de la propriété entre les mains de grands propriétaires, les troubles des guerres civiles, les mauvais errements dans la fabrication des produits, font surtout obstacle à ses progrès.

Géographie industrielle. — Mines. — L'Espagne est très riche en productions minérales. Le fer y est répandu sur un grand nombre de points ; mais les mines les plus célèbres sont celles des provinces basques. A Sommorostro, près de Bilbao, la montagne n'est qu'un immense bloc ferrugineux. C'est là que s'approvisionnaient les célèbres armuriers de Tolède. Maintenant l'exploitation en est si active que les eaux de la rivière de Bilbao sont constamment rougies jusqu'à la mer par les débris qu'elles entraînent. Les usines françaises et allemandes s'approvisionnent à Sommorostro, et Portur/alèle, le port de Bilbao, en tire une importance qui le place au troisième ou quatrième rang parmi les ports de l'Espagne. Naguère encore, les carlistes, maîtres de cette région, tiraient de là du minerai, que les fourneaux et les forges du voisinage transformaient pour eux en armes et en projectiles de guerre. Du côté de la Méditerranée, Carthagène est un autre grand port d'exportation du

minerai de fer exploité dans le voisinage et qui va alimenter les hauts fourneaux de Marseille et des environs. Alméria est le centre de la production minière du versant de la Sierra Nevada, où se trouvent, avec le fer, du cuivre, du plomb et de l'argent. Le plomb, généralement uni à l'argent, forme de très riches gisements sur divers autres points de l'Espagne. Le plus important est celui qui groupe plusieurs milliers d'ouvriers, adonnés à cette exploitation, autour de Linarès, petite localité du liaut bassin du Guadalquivir, dans la province de Jaen. On en tire 210 000 tonnes de minerai par an. Les mines de cuivre étaient déjà connues et exploitées par les Phéniciens, les Carthaginois, les Romains. Dans l'ouest de l'Andalousie, au nord du port de Huelva, les mines du Rio-Tinto ne renferment pas moins de 300 millions de tonnes de minerai exploitables. (E. Reclus.) Celles de Tharsis, moins riches, sont cependant plus activement exploitées ; elles produisent une grande quantité de pyrites, qui servent à fabriquer la moitié des .SOO 000 tonnes d'acide sulfurique, produites annuellement par les usines de l'Ecosse; et la cinquième partie du cuivre produit dans le monde entier sort des mines de Tharsis. (E. Reclus).

L'Espagne possède à Almaden, au nord de la Sierra Morena, une des deux mines de mercure exploitées en Europe. Elle produit 1 200 tonnes de mercure par an.

Leminerai dezincse trouve notamment dans les monts Cantabres, et Santander ou de petits ports voisins en chargent des navires entiers pour les usines belges de la Vieille-Montagne.

Les principaux bassins houillers sont ceux de Gijon, dans les Asturies ; de la province de Palencia, dans le royaume de Léon ; de Belmez, au nordouest de Cordoue ; de la source du Ter, dans la Catalogne.

L'Espagne possède des marais salants à l'embouchure de l'Ebre et aux environs de Cadix, et en outre des gisements de sel sur plusieurs points de l'intérieur. Dans la Catalogne, la montagne de Cardona forme un immense bloc de sel gemme haut de 100 mètres et dont la masse renferme 300 millions de mètres cubes de sel. (E. Reclus}.

L'Estramadure possède des gisements de phosphate de chaux, maintenant très recherché comme engrais.

On trouve, en Espagne, de nombreuses sources d'eaux minérales, notamment sur le versant des Pyrénées et dans les Cantabres.

L'industrie est peu développée dans ce pays. Barcelone, toutefois, qui occupe le premier rang sous ce rapport, renferme d'importantes manufactures de coton, des fabriques de toiles, de draps, de soieries, de dentelles, de produits chimiques, de machines, et des sucreries.

Les manufactures de tabacs, et celle de Séville au premier rang, occupent un grand nombre d'ouvriers. Séville fabrique aussi des porcelaines, et Cordoue des alcarazas, vases en terre poreuse où l'eau se rafraîchit. Les armes à feu se fabriquent dans les provinces basques, ainsi que le chocolat, qui jouit dune grande réputation comme celui de Rayonne.

Géographie commerciale. — L'Espagne ne communique avec la France que par deux chemins de fer placés à chaque extrémité des Pyrénées: la ligne de Rayonne à Saint-Sébastien, qui se continue par Burgos et Valladolid et appartient à la grande ligne de Paris à Madrid, — et la ligne de Perpignan à Barcelone qui suit le littoral de la Méditerranée. Entre ces deux voies ferrées, le Roussillon communique aisément avec la Cerdagne espagnole par le col de la Perche, relativement peu élevé, qui sépare la vallée de la Têt de celle de la Sègre, et que dessert une route carrossable reliant Perpignan à

Lérida. Les deux versants de ce col appartiennent à la France.

A l'intérieur de l'Espagne, le réseau des chemins de fer est encore très peu développé, leur longueur totale ne dépasse pas 6 000 kilomètres. C'est à peu près le quart de ce que' nous possédons en France. Et dans ce pays, qui manque de voies navigables, les voies ferrées sont indispensables au développement de l'agriculture, de l'exploitation des mines, des manufactures. Mais les obstacles naturels rendent cette construction très dispendieuse, et les agitations politiques, si fréquentes en Espagne, ont empêché jusqu'à présent les chemins espagnols d'atteindre un trafic rémunérateur pour les capitaux dépensés. Le cliemin du nord de l'Espagne, entre Saint-Sébastien et Burgos, traverse continuellement des travaux d'art, tunnels, ponts, viaducs, dont la destruction par l'armée carliste a été une perte considérable à laquelle s'ajoutait l'impossibilité d'exploiter la ligne pendant de .longs mois. Ce même chemin traverse la sierra de Guadarrama, entre Avila et Madrid, à une altitude plus élevée que le tunnel du mont Cenis. C'est par une suite imposante de défilés et de tunnels à travers la Sierra Morena, qu'au passage de Despefiaperros on descend de la plaine si monotone de la Manche dans les riantes vallées de l'Andalousie. Entre Cordoue et Malaga, le chemin de fer, qui suit le Guadalhorce, ne traverse pas moins de dix-sept tunnels pour franchir la sierra côtière.

Ports. — Parmi les ports de l'Espagne, Barcelone tient le premier rang. C'est une belle ville de près de 200 000 habitants, l'une des plus importantes des rivages de la Méditerranée, et l'ancien port du royaume d'Aragon, qui a joué un rôle prépondérant dans la Méditerranée occidentale, quand il était maitre de Naples et de la Sicile.

En descendant au sud la côte espagnole, on trouve Tarragone, aujourd'hui déchue, mais qui eut peut-être un million d'habitants sous les Romains. L'Èbre étant obstrué paf une barre à son embouchure, c'est un canal, aboutissant au port des Alfaques, qui sert de débouché à son bassin. Ce. port est situé au sud de la péninsule formée par les alluvions de l'Èbre. Un peu au nord de Valence, Murviédro occupe la place de l'ancienne Sagonte, riche ville détruite par Annibal.

Valence est, comme Barcelone, une ville indus» trieuse, de plus de cent mille habitants. Le Grao lui sert de port. Au delà du cap de la Nao, qui se projette vers les îles Baléares, Alicante (30 000 hab ) a l'avantage d'être le port le plus rapproché de Madrid, auquel il est relié par une voie ferrée. A l'ouest du cap dePalos, Cm'thagène [Ib 000 h&h.), dont le nom rappelle l'origine carthaginoise, n'est pas seulement port de commerce pour l'exportation des minerais. C'est une place forte imprenable autrement que par la famine, un excellent port militaire et une escale pour les navires qui de France se dirigent vers le port d'Oran. Au cap de Gâta, le rivage tourne à l'ouest pour passer devant Alméria (27 000 hab.), puis Malaga, le second port de l'Espagne. C'est une ville de près de cent mille habitants, dont la fondation remonte aux Phéniciens, et qui, comme Barcelone, tire son importance de la richesse des produits de la région voisine et de son industrie propre. Parmi ses usines on peut citer ses fabriques et raffineries de sucre. Gi6ra/to*, isolé sur son rocher, qu'une étroite langue sablonneuse relie à la terre ferme, tout hérissé de forts et percé de galeries souterraines, d'où lea canons sont partout prêts à tirer, abrite le pavillon britannique qui s'y est établi par surprise et qui surveille jalousement le passage de l'Atlantique dans la Méditerranée. Des miniers de navires entrent chaque année dans son port pour se ravitailler dans ses entrepôts ou y prendre des nouvelles.

En face de Gibraltar, dans la même baie, Algésiras nous rappelle un succès de notre pavillon sur mer, tandis que, de l'autre côté du détroit, Trafalgar a été témoin de la ruine de notre marine sous le premier empire.

Plus loin. Cadix (60 000 bab.) est une des rares villes dont la prospérité se soit continuée dans tous les temps, grâce à sa situation privilégiée. Bâtie dans une île et occupant une position avancée à l'extrémité du continent, elle a joué un rôle important sous les Phéniciens et les Romains. Plus tard, elle a eu le monopole du commerce de l'Espagne avec ses riches colonies d'Amérique. Malheureusement, le Guadalète, qui débouche près de son port et sur les rives duquel s'étendent les riches celliers de Xérès (35 OOO hab.), y jette beaucoup de sables.

Sur le Guadalquivir, la marée se fait sentir jusqu'à SéviUe, où remontent les navires de 100 ou 200 tonneaux. Plus bas, les rives marécageuses, couvertes d'eau pendant les crues, se dessèchent en été. A l'embouchure du fleuve, sur sa rive gauche, San Lucar de Barrameda a vu partir en 1519, sous les ordres de Magellan, le premier navire qui ait accompli en entier le tour du globe. Puis, au delà d'une plage sablonneuse, on rencontre, sur les deux rives opposées du même petit fleuve, Palos, où s'embarqua Christophe Colomb pour aller découvrir le Nouveau-Monde, et Huelva au riche bassin minier.

Sur la mer de Biscaye, Saint-Sébastien, près de la frontière de France, est plus fréquenté comme séjour de bains de mer que comme place commerçante. Santander est le grand port de cette région, parce qu"au sud de cette ville le passage de Reinosa ouvre aux Castillans une route facile vers la mer. Ce passage est utilisé par le chemin de fer de Madrid et Valladolid à Santander. C'est ce qui a fait rattacher la province de Santander à la Castille plutôt qu'aux Asturies. Santander a 30 000 habitants. Son port exporte les farines de Castille, les laines du Léon et des minerais. Les navires transatlantiques, qui se rendent de France dans le golfe du Mexique, y font escale ; et c'est un des moyens de transport économique entre Paris et Madrid. Dans la Galice, le Fei'rol est un excellent port de guerre, la Corogjie (20 000 hab.) et Vigo deux ports de commerce.

Les eaux qui baignent ces rivages sont remarquablement poissonneuses, probablement à cause des courants, venus de régions très difl'érentes par leur climat et leur faune, qui s'y rencontrent, et les pêcheurs de sardines, notamment, s'y livrent à une industrie très active.

Grandes villes. — C'est dans l'Andalousie, la province la plus remplie du souvenir et des œuvres des Maures , qu'on trouve le plus de villes considérables à l'intérieur de l'Espagne. SéviUe (80 000 hab.), renommée par la beauté de ses jardins d'orangers et la gaieté de ses habitants, a conservé des Maures la merveilleuse tour de la Giralda. Elle passe pour la plus belle ville de l'Espagne.

Grenade, qui avait 400 000 habitants sous les Maures, n'en a plus que 60000. Mais il lui reste le palais de VAlhambra, le plus beau chef-d'œuvre de l'architecture arabe^ et la riche vallée du Génil, qui l'arrose, mérite sa réputation. C'est une des plus belles huertas de l'Espagne. Cordoue, qui eut un million d'habitants, une industrie très florissante, et dont la bibliothèque renfermait les trésors de science accumulés par les Arabes, ne renferme plus que 45 000 habitants. Mais il lui reste l'antique mosquée, le plus beau temple de l'art arabe, dont les voûtes sont portées par une véritable forêt de piliers, près d'un millier, provenant de tous les points de l'empire musulman où se rencontrait un beau marbre.

Dans l'Aragon, Saragosse, dont le nom est insépa-

rable de la bravoure de ses habitants défendant leurs maisons pied à pied en 1808 , occupe la position centrale du bassin de l'Ebre. Au sud-ouest le Jalon, affluent de l'Ebre, lui ouvre une route facile vers Madrid. Au nord-est et au nord, la Sègre et le Gallego, autres affluents de l'Ebre, conduisent de Saragosse vers les Pyrénées. Le canal Impérial, qui borde la rive de l'Ebre en amont et en aval de Saragosse, sert à la navigation en même temps qu'à l'arrosage. Saragosse a de 50 à 600000 habitants.

Dans la région de la Vieille-Castille, Valladolid (GO 000 hab.) occupe également une position centrale. C'était la capitale des chrétiens d'Espagne, lorsque les Khalifes * régnaient à Cordoue. A Ségovie, on admire un aqueduc; à Alcantara, sur le Tage, près delà froniière portugaise, un pont construit sous l'empereur Trajan, deux beaux spécimens des œuvres d'art utiles dont les Romains, avant les Maures, avaient doté l'Espagne. Burgos a une superbe cathédrale.

Dans le bassin du Tage, Madrid (330 000 hab.) ne doit son rôle de capitale qu'à sa position centrale et au caprice d'un souverain irrité contre Tolède. Celle-ci, qui fut la capitale des Visigoths avant la domination maure, et qui était déjà importante sous les Romains, n'a conservé sa suprématie qu'au point de vue religieux. Son archevêque est le premier de l'Espagne. Mais sa merveilleuse cathédrale et ses autres monuments anciens en font la ville la plus curieuse, peut-être, de toute la péninsule.

Gouvernement. Population. — L'Espagne forme une monarchie constitutionnelle et parlementaire.La religion catholique y domine, mais les autres cultes sont tolérés. Le territoire, est divisé en douze capitaineries générales correspondant à peu près^ aux régions naturelles ; la Nouvelle-Castille, l'Andalousie, Grenade, Valence et Murcie, les îles Baléares, l'Aragon, la Catalogne, la Navarre, les provinces basques, la Galice, la Vieille-Castille,. Burgos et l'Estramadure . Ces capitaineries se subdivisent en quarante-sept provinces portant le nom de leur chef-lieu.

La population de l'Espagne s'élève à 16 260 OOO habitants. Cette faible population est très inégalement répartie sur le territoire. La province la plus peuplée est celle de Pon^euerfra dans la Galice, surla rive droite du Minho. Elle renferme 167 habitants par kilomètre carré. La moins peuplée est celle de Ciudad Real, qui occupe une partie de la Manche, au sud de la Nouvelle-Castille. La population kilométrique n'y est que de 13 habitants. La moyenne de tout le royaume est de 33 habitants. Cette proportion est dépassée sur les rives de la mer de Biscaye, où Santander, les Asturies et la Galice ont G3 habitants par kilomètre ; dans la Navarre, la Biscaye (Bilbao) etLogrono (haut bassin de l'Ebre)» où la moyenne est de 43 habitants ; dans Valence et Murcie où elle est de 41. L'Andalousie avec- 38 habitants, la Catalogne et l'Aragon avec 34, sont les provinces moyennes. Les Gastilles, Léon et l'Estramadure, avec 21 habitants, représentent les régions les moins peuplées. On peut conclure de ce tableau que contrairement à ce qui se passe en France, où Paris joue le rôle de pôle d'attraction par rapport aux populations, Madrid occupe la région la moins peuplée de l'Espagne,, et c'est au pourtour, dans les régions plus humides, au climat plus tempéré, sur les rivages invitant au commerce et aux entreprises maritimes, que se groupent de préférence les populations.

Ethnologie. — Races primitives. — Les Espagnols actuels sont issus de bien des races différentes. La plus ancienne est celle des Ibères, dont les Basques actuels paraissent être les derniers représentants, et dont la domination s'étendait sur toute l'Espagne, le littoral de la Méditerranée jus

qu'à Gênes, et la Gascogne française, à en juger par des noms do localités qu'on trouve dans ces régions et qui appartiennent évidemment à cet idiome différent de toutes les langues actuellement parlées en Europe. Les Phéniciens, les Grecs, les Carthaginois, ont fondé des colonies florissantes dans la Péninsule, avant que les Romains la fissent entrer dans leur empire. Dans le flot de l'invasion des barbares, elle fut traversée par les Alains qui ont laissé quelques descendants dans le Portugal, s'ils n'ont point entièrement disparu, par les Suèves, qui sont les ancêtres d'une partie des habitants de la Galice, parles Vandales, dont l'Andalousie conserve le nom. par les VIsigoths enfin, qui j- ont fondé un empire durable et florissant jusqu'à ce qu'ils fussent refoulés à leur tour par les Arabes et les Maures venus d'Afrique. A côté de ces races dont le sang s'est plus ou moins mêlé, on trouve encore en Espagne des juifs, convertis à l'époque de l'inquisition qui les proscrivait en masse, et des Gitanes semblables à nos Bohémiens de France, qui, dans plusieurs villes, forment la population exclusive d'un quartier.

Les habitants des diverses provinces de l'Espagne ont du reste leur caractère propre résultant des conditions historiques de leur origine, de leur développement, des conditions climatériques et économiques dans lesquelles ils vivent.

Les Basques, qui w fusionnent avec aucune autre race, sont très jaloux de leurs privilèges, de leurs fiioros, comme on les appelle, qui leur ont été octroyés par les anciens souverains de la Castille, mais qui doivent disparaître aujourd'hui dans l'intérêt commun de toute la monarchie.

Les Catalans se rapprochent des Provençaux, avec qui ils n'ont longtemps formé qu'un seul peuple. Ce sont des travailleurs actifs et industrieux, vantards, querelleurs, mais audacieux et entreprenants pour aller chercher fortune.

Les Galiciens sont aussi portés à l'émigration à cause de la population surabondante de leur province. Ce sont les Auvergnats de l'Espagne ; ils ont, dans toute l'Espagne, le monopole des métiers d'hommes de peine, portefaix, etc.

Les Andalous sont ceux qui ont conservé le plus de sang maure dans les veines. Ils en ont tiré un très grand orgueil.

Les Castillans, qui sont généralement détestés des autres Espagnols, sur qui ils ont établi successivement leur suprématie, imposent de plus en plus leur langue à toute l'Espagne, comme ils lui ont imposé leur domination.

En général, les Espagnols sont de petite taille, musculeux, sobres, très endurcis à la fatigue, soldats excellents par leur obstination dans la lutte, par leur résignation pour endurer toutes les privations E. Reclus). En revanche, ils sont vindicatifs, superstitieux, souvent cruels.

Possessions extérieures. — L'Espagne a maintenant perdu la plus grande partie de l'immense empire colonial qui faisait dire à Charles-Quint « que le soleil ne se couchait jamais sur ses Etats. » Si elle on avait tiré d'immenses richesses, 5i milliards de francs de métaux précieux pendant les deux premiers siècles qui ont suivi la conquête, de 1500 à 1702, elle y avait perdu ses enfants les plus audacieux, et le caractère national se trouvant amolli par l'indolence, cette grande fortune coloniale a été pour l'Espagne l'origine de la décadence, dont elle semble en traiu de se relever.

De ces immenses domaines, où du moins se conserve encore l'usage de la langue castillane, il ne reste à 1 Espagne que Cuba et Porto-Rico dans les Antilles (V. Amérique), les Philippines et quelques archipels voisins dans l'Océanie (V. Océanie), les Canaries, des îles dans le golfe de Guinée et quelques établissements sur la côte du Maroc (V. Afrique . et enfin les îles Baléares dans

la Méditerranée ; l'ensemble de ces possessions couvre une superficie de 300 000 kil. carrés peuplée de 8 500 000 habitants.

Iles Baléares. — Les Baléares, qui tirent leur nom de l'habileté de leurs anciens habitants pour lancer la fronde, forment une prolongation des montagnes de l'Espagne méridionale vers le N. E. Iviça, !a plus rapprochée de la c te, est à 85 kil. du continont. Près d'Iviça et au sud est la petite île de Fermentera. Ces deux îles s'appelaient les Pityuses, à cause des pins qui en couvraient une partie. Au N. E. d'Iviça viennent successivement Majorque , la plus grande île du groupe , puis Minurqne. Les montagnes, qui ne dépassent pas 400 m. d'altitude dans Iviça, forment sur la côte \. O. de Majorque une sorte de rempart qui s'élève jusqu'à 1 OitO ou 1 oOO mètres, pour s'abaisser de nouveau dans Minorque. Cette dernière île est celle qui reçoit le plus de pluie. Les autres, malgré leur situation insulaire, ne sont pas suffisamment arrosées par les pluies, et si on y récolte en abondance des oranges, des vins, des olives, des légumes, c'est grâce à des canaux d'irrigation bien ménagés et à cette activité propre aux habitants, qui les fait rechercher comme jardiniers dans les contrées voisines.

Minorque renferme un bon port, celui de Mahon (1 5000 hab.), qui sert d'escale sur la route de France en Algérie, car il est situé à peu près sur la ligne directe qui relie Marseille à Alger.

La capitale de Majorque, Palma, où réside le capitaine général, a une population plus considérable (40 000 hab.).

Les îles Baléares jouissent d'un climat salnbre. et les habitants, en dehors de leurs produits agricoles, ne manquent pas d'industrie. Ce sont eux qui ont donné leur nom aux faïences dites majoliques,

Géographie politique et économique du Portugal. — lié<jio7îs a^jricolex. — Sur la frontière de l'Espagne, le Portugal forme, au nord du Tage, une région montagneuse, dont la Sierra d'Estrella renferme les sommets culminants et qui est principalement occupée par des pâturages. A l'ouest, le territoire s'abaisse en formant de petites montagnes couvertes de cliâtaigniers et des coteaux revêtus de riches vignobles, au milieu desquels s'étendent des vallées très fertiles, où l'on cultive surtout le mais.

L'Estramadure, qui occupe les deux rives du Tage, renferme des montagnes stériles, un littiiral sablonneux, mais offrant de riclios marais salants, et le long du Tage des terres û'alluvion très fertiles cultivées en riz, en mais, en froment. A l'est de l'Estramadure, sur la rive droite du Guadiana,rAlemtejo offre des plateaux souvent couverts de landes qui ne conviennent qu'à la culture pastorale. C'est là que les troupeaux transhumants passent l'hiver, tandis qu'ils remontent pendant l'été dans le Beïra et le Tras-os-mont(^s au nord du Tage et du Douro.

Enfin l'Algarve, au midi, offre de belles forêts de chênes et des champs de blé fertiles au-dessus des jardins du littoral qui regarde l'Afrique.

Productinns agricoles. — La principale production du Portugal est le vin. La région qui est sur la rive droite du Douro, entre ses deux affluents, le Tua et le Tamega, est si riche en vignobles qu'elle porte le nom caractéristique de Paiz 'la Vinho. Les produits en sont exportés par le port de Porto, dont ils portent le nom, et sont principalement consommés en Angleterre. Les oranges et les citrons de Lisbonne et de l'Algarve forment une source importante de commerce. A ces produits il faut ajouter les huiles, les noix, amandes, figues et autres fruits.

Productions minérales. — La principale richesse minérale consiste dans le sel qu'on recueille en grande abondance sur les rivages, et particulière-

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ment autour de Sétuval, dont la baie s'omTe un peu au sud de Fembouchure du Tage.

Le minerai de cuivre est activement exoloiié à San Domingo, entre le Guadiana et son affluent de gauche, la Chanza, qui sert de frontière aux deux royaumes de Portugal et d'Espagne. Un chemin de fer, qui de la mine aboutit au confluent des deux rivières, sert de débouché à l'exploitation, dont les produits sont ensuite embarqués sur le fleuve pour gagner l'Océan.

Pêche. — Comme les côtes de la Galice, celles du Portugal sont le théâtre d'une pêche très active. On y trouve des sardines, des thons, des huîtres, dont on élève un grand nombre dans des parcs pour les expédier ensuite au dehors. Les eaux des fleuves nourrissent aussi beaucoup de poissons.

Commerce. — La construction des chemins de fer est encore très peu avancée en Portugal. A superficie égale, on n'y compte que le quart de ceux qu'on trouve en France. Lisbonne ne communique encore avec Madrid que par Badajoz ; il pourrait être relié directement à la France et servir de tête de ligne vers l'Amérique pour l'Europe entière. Les fleuves du Portugal, plus considérables qu'en Espagne, conviennent à la navigation, et à leur embouchure se trouvent des ports où les marchandises sont transbordées des bateaux de rivière sur les navires do l'Océan. Porto (DfiOOO hab.) est la première ville du royaume par l'importance de son commerce et de son industrie. Malheureusement la barre du Douro, sur laquelle il n'y a quelquefois que 4 mètres d'eau, en interdit l'accès aux navires qui ont un tirant d'eau plus fort. Le Douro est en outre sujet à des crues subites qui j' rendent la navigation dangereuse. On trouve à Porto, à côté des immenses celliers, des raffineries de sucre, des filatures et diverses autres usines.

Lisbonne, la capitale du royaume ("iôû OOO liab.\ est dans une situation admirable. Bien que séparée de l'embouchure du Tage, de manière à être à l'abri de l'agitation des vagues et facilement défendue contre les attaques du dehors (cependant la flotte française, sous l'amiral Roussin, en a forcé l'entrée en 1831), elle a devant ses quais une profondeur de 25 ou 30 mètres d'eau, où peuvent mouiller les navires les plus forts, et sa rade immense en peut contenir des milliers. Tandis que sur la rive gauche s'étendent des marais, les alentours de Lisbonne, sur la rive droite, sont escarpés et sont revêtus d'une luxuriante végétation d'orangers, de palmiers, de nopals.

Gouvernement, population. — Le gouvernement du Portugal est une monarchie constitutionnelle. La religion catholique est celle de la majorité des habitants. La population du royaume est de 4 millions d'habitants, ou 4i habitants par kilomètre carré en moyenne. C'est plus qu'en Espagne, c'est encore beaucoup moins qu'en France (70 habitants par kilomètre carré). La population la plus dense est dans la partie nord-est du royaume, qui alimente une assez nombreuse émigration. De tous les Européens, les Portugais, en effet, sont ceux qui s'acclimatent le mieux dans les pays chauds. Cette disposition e>t quelquefois attribuée au sang nègre qu'ont introduit les noirs d'Afrique, ùont un grand nombre ont été amenés en l'ortugal, avant d'être transportés comme esclaves en Amérique. Les Maures ne se sont pas établis en Portugal aussi solidement qu'en Espagne, et y ont laissé beaucoup moins de traces.

Coto' tes. — Par sa situation maritime, le Portugal était appelé à jouer un rôle colonial, aussitôt que ses marins curent découvert la route de l'Amérique méridionale et celle de l'Inde par le cap de Bonne-Espérance. Après avoir eu en Orient un grand empire colonial, ils ont été supplantés presque partout par les Hollandais; et le Brésil, leur plus belle possession en Amérique, s'est déclaré indépendant en 1822. Il ne reste actuellement au

Portugal que les îles Açores, Madère, et du cap Vert dans l'Atlantique, l'île Saint-Tliomas et l'île du Prince dans le golfe de Guinée, Géba dans la Sénégambie, une partie de la Guinée méridionale et le Mozambique dans l'Afrique méridionale (V. Afriquei ; Diu et Goa dans l'Hindoustan, et Macao en Chine (V. Asie) ; une partie de l'île Timor (V. Océanie); en tout 1 82ôi 00 kilomètres carrés, peuplés de 3C00 0U0 habitants. [G. Meissas.]

Pour l'histoire et la littérature du Portugal, V. Portugal.

ESFAOE. — Histoire. — Histoire générale, XXIX. — De l'Espagne surtout on peut dire que la géographie y régit l'histoire. « Une position continentale aussi isolée, une forme aussi montagneuse ne sont pas les plus favorables aux communications ni au mouvement. On pénètre difficilement d'Europe en Espagne : la grande muraille des Pyrénées en ferme l'accès. On ne passe point aisément d'une partie de l'Espagne dans l'autre ; les chaînes intérieures s'y opposent. L'isolement extérieur et l'isolement intérieur sont donc les caractères généraux de l'Espagne. Pour l'unir au reste du monde, et pour lier ses provinces entre elles, il a fallu l'invasion du dehors, et la conquêto au dedans. » (Mignet.)

Le peuple espagnol est formé d'Ibères auxquels se sont d'abord mélangés des Celtes : puis quelques colons grecs de Marseille, des Phéniciens et des Carthaginois; puis des Romains, qui dominèrent quatre siècles, durant la fin des temps antiques; puis des Goths, des Juifs, des Berbers et des Arabes, dont la défaite en 1492 ferme en Espagne le moyen âge et la période des invasions. Aux temps modernes, l'Espagne a étonné le monde pendant un siècle par sa monstrueuse grandeur, depuis 159R par la rapidité et la profondeur de sa chute.

Antiquité. — V^ pério<le d'mvasio/i. — Les premiers envahisseurs furent les colons carthaginois. Des comptoirs de la côte orientale s'embarquaient les lingots d'argent des mines espagnoles, et la foule des Barbares, Ibères ou Celtes, qu'enrôlaient pour défendre leur avarice les riches négociants de Canhage. Plus tard, c'est en Espagne que le grand Hamilcar fonda l'empire des Barcas, assez loin de Cartilage pour être indépendant, assez riche pour payer la populace punique, assez brave pour fournir une armée contre Rome ; Carthagène en fut la capitale. La Péninsule soumise jusqu'à lÈbre devint la base des opérations d'Annibal, malgré Sagonte, digne déjà de Saragosse. Après son frère. Asdrubal put s'échapper encore et franchir la Gaule pour passer en Italie (20.s). Depuis dix ans les Espagnols, mobiles et pauvres, flottaient entre les deux partis de Rome et des Parcas. En 202 ils furent le prix du vainqueur. Mais ce fut pour Rome deux siècles de guerre acharnée à soutenir. Les prisonniers, embarqués comme esclaves, perçaient la cale du navire et coulaient dans les flots avec leurs nouveaux maîtres. Un pâtre de la Sierra Morena, Viriathe, fut neuf ans invincible ; un instant, il y eut une paix a conclue entre le peuple romain et Viriathe » ; et le berger battit les légions jusqu'au jour où on l'assassina (140;. En 134, il fallut Scipion Emilien, 60 000 légionnaires et la famine pour réduire à se tuer 4000 Xumantins emprisonnés dans leur ville. SousSertorius (82-72,, ils battirent Métellus et Pompée; à Munda (45) ils affrontèrent César et tinrent une journée sa fortune en balance; sous Auguste, ils remuaient encore dans les gorges des monts Cantabres et dos Asturies.

Mais, comme le reste du monde, comme Rome elle-même, ils allaient entrer dans la grande paix de l'empire. Leurs trois provinces, Lusitanie au sud-ouest, Béti(iue au midi, Tarraconaise au nrird, se peuplaient de villes aux noms romains, Mérida, Cordoue, Séville, Lugo, Saragosse, à côté des an-

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ciennes, Gadès, Carthagène, Sagonte el Rosas. Les temples, les cirques, les bains, les af|ueducs, les ponts se multipliaient dans les villes. Depuis 1750 ans, la tour bâtie sur le pont d'Alcantara domine le Tage de 64 mètres, la hauteur de Notre-Dame. Livrée au commerce, à l'agriculture, à l'industrie, la Péninsule était pacifiée; le long des routes romaines, h la suite de ses préteurs, de ses armées, de SCS publicains, de ses commerçants se répandaient partout les idées et la langue du vainqueur. Fondue dans l'empire romain, l'Espagne lui donna ses gloires : Pomponius Mêla le géographe, l'agronome Columelle, le rhéteur Quintilien ; Florus écrivait une histoire romaine ; Martial aiguisait 1500 cpigrammes ; surtout, Sénèque et son neveu Lucain mirent en latin la raideur sioïcienne et l'emphase espagnole. Moins d'un siècle après Auguste, la province donnait des maîtres à Rome môme; Trajan (98 après Jésus-Christ) commençait la dynastie des empereurs espasinols, Adrien, Marc- Aurèle, dont la vertu réalisa l'idéal antique, enfin Thcodose qui le dernier tint sous ses lois l'Orient et l'Occident, de l'Euiihrate à l'Atlantique.

MoYE.N AGE. — '2^ période d'viuasion. — Mais Théodoso emportait l'empire romain dans sa tombe En 409 le Ilot dévastateur aes Alains, Vandales et Suèves roulait des Pyrénées au détroit de Gadès. Après vingt ans les Vandales partirent pour l'Afrique, ne laissant d'eux en Espagne que des ruines et le nom d'Andalousie. Les Suèves étaient refoulés en Galice et les Alains en Lusitanie par de nouveaux venus, les Visigoths, établis sur les deu.x flancs des Pyrénées comme soldats de l'empire. Sans cesse ébranlée par les discordes des rois et de l'aristocratie, par la haine des indigènes catholiques contre leurs maîtres ariens, rapidement afl"aiblie par ramollissement des Barbares sous le soleil du Midi, la nouvelle domination ne fut jamais bien assise et il suffit d'une journée — celle de Xérès (7 11) — pour la balayer de la Péninsule devant les escadrons des Arabes. Arrêtés à Tours en 732, ceux-ci se replièrent derrière le miir glacé des Pyrénées, et en 752 fut fondé le Khalifat de Cordoue. «Ils y introduisirent leur civilisation, qui fut, comme leur croyance, le résultat d'un emprunt. Mis en rapport par le commerce avec les juifs de la Palestine et les chrétiens de la Syrie, ils avaient enfanté l'Islamisme ; mis en communication par la conquête avec les Grecs, les Hindous, les Cliinois, ils créèrent cette civilisation mélangée, sans originalité et sans profondeur, mais non sans éclat ni sans utilité, qui rattacha les unes aux autres les découvertes de trois civilisations isolées, et rétablit le mouvement suspendu de l'esprit dans le moyen âge. » C'est par eux que l'Occident reçut les premiers manuscrits d'Aristote. C'est dans leur voisinage et par leur influence que se réveilla l'esprit scientifique. Astronomie, géométrie, algèbre, physique, médecine, géographie étaient alors enseignées dans de nombreuses écoles espagnoles. L'agriculture fut cultivée comme une science, et la fécondité du sol multipliée par des irrigations merveilleuses ; la vigne, l'olivier, la canne h sucre, le cotonnier couvraient les provinces méridionales ; les 100 000 palmiers d'Elche près d'Alicante ont été plantés par Abd-er-Rhaman. Séville comptait 600UO métiers à tisser la soie au xii^ siècle ; il n'y en a pas aujourd'hui 20 000 dans toute l'Espagne. Et la Péninsule reçut encore des mains des Arabes la poudre à canon, le papier de chiffon, l'art des préparations chimiques, de la distillation, l'usage des chifi'res dont nous nous servons aujourd'hui, les orgues, les horloges à sonnerie, les almanachs, la boussole, le pendule. De tout cela, nous ne voyons plus que quelques monuments: la Giralda de Séville, qui fut un observatoire astronomique et qui est devenue un clocher catholique, la mosquée de Cordouc qu'éclairaient 4600 lampes et dont plus

de mille colonnes en marbre soutenaient les 3i nefs ; surtout l'Alhambra de Grenade avec ses dentelles de pierre, ses frais jardins, ses claires fontaines. « Mais ce qui s'arrête recule. Le Khalifat de Cordouc s était détaché de celui de Bagdad ; les diverses parties de lEspagne se détachèrent du Khalifat de Cordoue. Lorsque le lien de la conquête se brisa, la puissance des lieux reparut, et la nature divisa ce que la force avait un moment réuni. » (Mi'j;net.)Aprèslachute du Khalifat (1044), les émirs érigèrent leurs provinces en royaumes ; et l'anarchie livra les débris de l'empire arabe aux attaques des chrétiens.

Formation territoriale. — Cependant chaque pas de la décadence arabe avait marqué un progrès des chrétiens. Dès 711, l'Espagne était devenue le champ clos des deux religions. Quelques fugitifs de Xérès, sous le comte Pelage, s'étaient maintenus libres dans les gorges des Asturies. Leurs fils descendaient peu à peu des montagnes ; en 7G0 ils fondaient Oviédo, en 914 Léon, et leur frontière se hérissait de châteaux forts, dont le pays reçut bientôt le nom de Castille. En même temps la Marche d'Espagne, fondée par Charlemagne, devenait le royaume de Navarre ^857), dont le roi, Sanche le Grand, uni à celui de Léon, frappait sur le Khalifat de Cordoue l'irréparable désastre de Kalat-Anosor (1002). Les chrétiens, disent les chroniques, se battirent comme des loups affamés. Des trois fils de Sanche le Grand, l'aîné, Garcias, agrandissait la Navarre, le deuxième, Ferdinand, unissait les royaumes de Léon et de Castille (1037), le troisième, Ramire, prenait l'Aragon sur les Maures (1035-1063).

Vainqueurs à Tolède, mais vaincus à Zalacca (1086) par les Maures Almoravides, puis à Uclès (1108), les Croisés espagnols n'en conquéraient pas moins deux royaumes nouveaux, en Portugal sous Henri de Bourgogne (1139), à Valence sous le Cid, qui fut le Roland de la Péninsule et que chanta le romancero. Désormais les clirétiens, solidement adossés aux Pyrénées, soutinrent contre les Musulmans une croisade régulière, grâce aux ordres militaires deCalatrava(1158), de Saint-Jacques (J 161), d'Alcantara (1176). En 1212, malgré les chaînes qui reliaient entre eux les premiers rangs des Almohades, malgré le Coran que tenait en main leur émir, les Maures vinrent se briser sous les haches d'armes des Espagnols aux Navas de Tolosa. Le destin de la Péninsule était fixé ; tôt ou tard les Musulmans en devaient sortir. Dépouillés de Cordoue, de Séville, de Jaen, de Cadix par les Castillans, de Valence par les Aragonais, des Algarves par le Portugal, ils ne possédaient plus en 1248 que Grenade et son territoire.

Mais les barons espagnols, terribles aux Maures, ne l'étaient pas moins à leurs maîtres. L'anarchie déchirait les quatre royaumes chrétiens. Les Certes, formées des députés du clergé, des villes et de la noblesse, possédaient le pouvoir. En Aragon, le Justiza, choisi par les barons, surveillait les actes du roi ; et voici le serment que les sujets prêtaient à leur prince : « Nous, qui, chacun en particulier, sommes autant que vous, et qui, tous réunis, sommes plus que vous, nous vous jurons obéissance et fidélité, si vous observez nos lois ( t coutumes ; sinon, non. » Et la liberté du langage ne surpassait point celle des actes, et les discordes des princes s'ajoutaient à la désobéissance des barons. Cependant à la fin du moyen âge (1453), la bannière aragonaise flottait sur les Baléares, la Sardaigne, Malte, et les Deux-Siciles enlevées aux Angevins français.

Trois princes ont alors entrepris d'établir l'unité sous le pouvoir absolu en France, en Angleterre, en Espagne. Ferdinand d'Aragon fut le Louis XI espagnol. L'unité politique et religieuse de la Péninsule fut le but de ses talents et de sa perfidie.

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Mari d'Isabelle de Castille, il consacre l'union des deux grands royaumes espagnols par la victoire de Tore remportée sur les nobles et les Portugais (1476). En 1492, après onze ans de guerre, il entre h Grenade ; Boabdil, ledernierdesroismaures,pleure comme une femme le royaume qu'il n'a pas su délendre comme un Homme. En 1493, Ferdinand obtient de Cliarles VIII le Roussillon ; en 1512 il conquiert la Navarre, dont Ximenès achève la soumission (1516-1518).

En même temps il transforme la milice des villes (Sainte Hermandad), et la tourne contre la noblesse. Il attribue à la couronne la grande maîtrise des ordres militaires. Enfin il crée l'Inquisition, organisée par Torquemada. Dix-sept tribunaux ecclésiastiques, dirigés par le grand-inquisiteur, veillent sur la conscience religieuse des Espagnols, ils chassent les Juifs (1492) et les Maures (1499).

Maître de l'Espagne, Ferdinand s'occupa d'établir sa prépondérance au dehors. En 15()0, il s'alliait à Louis XII contre le prince aragonais deNaples, et en 1501 Gonzalve de Cordoue lui assurait l'entière possession de la conquête commune. En 1492 Isabelle avait donné trois navires à Christophe Colomb ; et celui-ci en retour avait donné un monde à l'Espagne.

Enfin un habile « système d'alliances politiques » enfantait le monstre autrichien qui devait au xvi* siècle écraser l'Europe de sa suprématie. L'Espagnole Jeanne épousait Philippe le Beau d'Autriche et donnait le jour à Charles-Quint.

Temps modernes. — Apogée de l'Espagne. — « Charles-Quint (1516-1556) a été le souverain le plus puissant et le plus grand du xvi« siècle. Issu des quatre maisons d'Aragon, de Castille, d'Autriche et de Bourgogne, il en a représenté les qualités variées et à plusieurs égards contraires, comme il en a possédé les divers et vastes Etats. » (Mignet.) « Il était à lui seul une coalition, » dans laquelle l'Espagne se trouvait fondue et subordonnée. Entre ses mains, elle ne fut plus qu'un instrument puissant pour obtenir la maîtrise du monde ; elle dépensa sa force au service d'intérêts qui n'étaient point les siens. Ses trésors et ses soldats s'usaient à combattre la France, à contenir les protestants d'Allemagne, à vaincre les Turcs, à maintenir péniblement le faisceau d'une monarchie dans laquelle le soleil ne se couchait jamais. Aussi, désintéressée des triomphes, qui lui étaient inutiles, elle partagea la défaite dans la crise suprême de 1555 qui mit à néant ^œu^Te de Charles-Quint. En vain le peuple espagnol avait-il voulu des garanties. Les comuneros vaincus à Villalar (1521), Padilla fut décapité et avec lui l'esprit national. C'est pourtant en Estramadure que nnt mourir le vieil empereur au bout de ses succès, de ses forces et de sa vie. De ce règne, l'Espagne gardait l'Amérique, conquise par Cortez etPizarre, les Pays-Bas, la Franche-Comté, le Milanais, les Deux-Siciles, l'alliance de l'Angleterre, dont la reine Marie Tudor venait d épouser le fils de Charles- Quint, l'amitié docile des Médicis à Florence, des Doria à Gênes, l'épée de Philibert-Emmanuel, duc de Savoie, enfin son nouveau maître, le taciturne et hautain Philippe II.

C'était l'apogée de l'Espagne, féconde dans les lettres et les arts comme dans la politique et la guerre. Herrera « le divin » chantait ses odes sublimes; la Vega s'illustrait par ses sonnets avant de mourir à trente-six ans ; Mendoza donnait son histoire des guerres contre les Maures. Après eux, Cervantes (154 7-1616) écrivait son immortel don Quichote et ses drames moins célèbres; Guillen de Castro mettait en scène le Cid Campéador qui inspira notre Corneille ; Lope de Vega composait ses 1 800 drames ; enfin Calderon méritait d'être surnommé le Shakespeare espagnol. L'éclat de la peinture fut postérieur à celui des lettres ;

Velasquez, Zurbaran , surtout Murilio vécurent au XVII* siècle. Ainsi donc, par sa littérature comme par ses armées, l'Espagne alors dominait l'Europe.

« Quand l'Espagne remue, la terre tremble, » disaient les contemporains. Du fond de l'Escurial, palais et monastère tout ensemble, Philippe II remuait le monde, avec l'Espagne pour levier. Chef du catholicisme armé, confondant le triomphe de la religion et celui de son ambition même, il méditait l'asservissement de l'Europe dans l'unité de son empire et de sa foi. Pour atteindre ce but, il livrait à l'Inquisition le reste des Maures andalous et il proscrivait avec eux l'agriculture et l'industrie espagnoles (1568). Don Juan, son frère, auquel il « permettait la gloire à défaut de la puissance », écrasait les Turcs à Lépante (1571). Luimême avait vaincu les Français à St-Quentin (1558), et signé la paixdeCateau Cambrésis (1559). II allait conquérir le Portugal (1580). Mais la réforme était une enclume qui déjà avait usé bien des marteaux. Après Marie Tudor, Elisabeth avait implanté le protestantisme en Angleterre et mis à mort Marie Stuart( 1587). L'invincible Armada dirigée contre les Anglais était vaincue par les vents (1588) ; les Provinces-Unies étaient victorieusement révoltées sous le prince d'Orange ; enfin, en France, après les espérances de la Ligue, le triomphe d'Henri IV obligeait l'Espagne à la paix de Vervins (1598). La même année mourut Philippe II. L'Espagne s'était épuisée sans retour dans son effort gigantesque; de fatigue, elle entrait dans sa décadence.

Décadence. — Sous Philippe III (1598-1621), le repos ne fut que langueur, et l'Andalousie s'appauvrit encore de 8(tO,000 Maures chassés en 1609. En 1618 commença la guerre de Trente ans. L'orgueil de Philippe IV 0621-1665) et de son ministre Olivarez coiitait à leur pays le Portugal (1640), la Hollande (1648), Dunkerque et la domination des mers dont héritait l'Angleterre, l'Artois, le Roussillon, la prépondérance en Europe qui passait à la France (traité des Pyrénées, 1659). Charles II (1U65-1700), impuissant et débile, était l'image de son empire, démembré par chaque guerre (Flandre, 1668, Franche-Comté, 1678) et dont, sous ses yeux, ses héritiers se disputaient les lambeaux.

Quand mourut ce pauvre prince, il n'y eut plus de Pyrénées ; le Bourbon Philippe V allait régner à Madrid, soutenu par l'amour des Espagnols. La première fois que les Autrichiens entrèrent à Madrid, les maisons étaient fermées en signe de deuil, et l'on ne ramassa point l'or qu'avait jeté l'archiduc Charles dans les rues. Chassé deux fois de sa capitale, Philippe y rentra définitivement après la victoire d'Almanza(1707), et celle de Villa- Viciosa (1710), qui lui fit un lit de drapeaux autrichiens. Mais pour conquérir son roi, l'Espagne avait perdu toutes ses possessions européennes et Gibraltar par les traités de 171-3.

Le regret de cette déchéance et l'ambition de sa reine Elisabeth Farnèse l'entraînaient aussitôt dans l'intrigue d'Albéroni. Vaincu en 1720, Philippe V obtint cependant pour ses fils les Deux-Siciles, (1738), et Parme et Plaisance en 1748.

L'avènement de Ferdinand VI (1746-1759) donna le pouvoir au ministre Ensenada. Celui-ci ranima l'agriculture et l'industrie, mil de l'ordre dans les finances, dans l'administration, et laissa à son successeur une armée, 50 vaisseaux et 60 millions d'économies. Sous Charles III, prince habile et libéral (1759-17S8), Aranda et Campomanès, s'inspirant des idées françaises, essayèrent de renouveler l'Espagne. La réforme des couvents, l'expulsion des jésuites (1767), désarmèrent l'Inquisition qui depuis cinq siècles avait expulsé 2 800 000 infidèles et rendu 347 000 condamnations. Le pacte

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de famille flTfill avait donné à l'Espagne la Louisiane, mais lui avait coûté la Floride !l'(j-i), que lui rendit bientôt, avec Minorque. le traité do Versailles (l78:}i. Après eux, Florida Blanca (Il 74) fonda un grand nombre de fabriques, favorisa l'a- ? riculture, perça des canaux et des routes, institua la banque royale.

Mais Cliarles IV (1788-1808) abandonna bientôt ces réformes pour lutter contre la révolution française sur les conseils de son mini-tre Godoy. Vaincu, il signa la paix de Bàle, qui livrait Saint- Domingue à la France. Dès lors il fut le docile instrument de Napoléon contre l'Angleterre et le Portugal. La flotte espagnole périt avec la nôtre à Trafalgar (1805), et jugeant la nation par son roi. Napoléon résolut d'annexer la Péninsule à son empire. En I.S07, Junot conquérait le Portugal ; en 18U8, Napoléon arrêtait à Bayonne Charles IV et son fils révolté; Joseph, nommé roi d'Espagne, entrait victorieux h Madrid. Mais le peuple espagnol était debout derrière ses montagnes, soutenu par les Portugais de Wellington, et bientôt Dupont capitulait à Baylen en 1808. En vain Napoléon luimême poussait victorieux jusqu'à Madrid fl809); Masséna reculait devant les lignes de Torrès- Vedras (1812), et Joseph perdait la Péninsule à Vittoria (1813). La chute de l'empereur délivra le fils de Charles IV, Ferdinand VU ilsU).

PÉRIODE COXTEJIPORAINE. — 1814-1879. — « La nation replace sur votre tête la couronne qui en était tombée, et qu'elle a su reconquérir i pour vous et sans vous. La patrie ne met à votre ' autorité d'autres limites que celles qui ont été posées par la charte constitutionnelle. Le jour où vous les franchiriez, le pacte solennel qu'elle forme aujourd'hui avec vous serait rompu. » Ainsi parla à Ferdinand le président des cortès, au nom de la nation justement fière de ses efi'orts héroïques pour repousser l'étranger. Ferdinand VII jura d'observer la Constitution de 1812 ; mais quelques semaines après, les Cortès étaient dissoutes, l'inquisition rétablie, les prisons pleines de patriotes, et l'Espagne perdait ses colonies insurgées contre ce régime vers 1820.

La même année Riego souleva l'armée à Cadix; Ferdinand VII dut ouvrir les prisons et convoquer les Cortès. Celles-ci, imitant notre grande assemblée constituante, déclarèrent les biens ecclésiastiques propriété nationale et abolirent les droits féodaux. Aussitôt la noblesse et le clergé insurgés appelèrent l'intervention étrangère ; et Louis XVIII déclara la guerre au nom de la Sainte-Alliance (1823). « En 1812, répondirent les Cortès, lorsque l'Europe avait à repousser un conquérant redoutable, les souverains approuvèrent notre constitution. Ils pensaient alors que la meilleure garantie de l'indépendance est la liberté. Aujourd'hui tous se réunissent pour étouffer en Espagne la liberté comme l'indépendance. Nous défendrons l'une et l'autre. » Mais l'armée française entra à Madrid, puis à Cadix après la prise du Trocadéro. Riego fut pendu, avec un grand nombre de libéraux. 45,000 Français montèrent la garde autour du trône de Ferdinand jusqu'en 1828. Ce prince mourut en 18-33 après avoir aboli la loi salique introduite par les Bourbons.

Deux candidats se disputaient le trône, don Carlos, frère de Ferdinand, et Isabelle, tille du feu roi, sous la régence de sa mère Christine. Carlos était soutenu par les partisans de l'ancien régime, nombreux dans le nord. Clirisiine dut s'appuyer sur les libéraux. Le ministre la Rosa rédi£;ea une constitution (Statut royal de 1834) et signa" la quadruple alliance avec l'Angleterre, la France et le Portugal. Après les discordes des christinos, la guerre reprit avec énergie contre les carlistes, et Espartero les contraignit à signer la capitulation de Vergara (1838), qui terminait la lutte

Mais Espartero renversa la régente Christine,. (1840 , et fut àson tour remplacé par Narvaéz(1843.. La reine Isabelle, devenue majeure, avait rappelé sa mère ; suivant l'influence française, elle épousa son cousin François d'Assise et donna sa sœur au duc de Montpensier, fils de Louis-Philippe (184G . Jusqu'en septembre 1868, elle a gouverné au milieu des intrigues. Chassée alors par une inî,urrection militaire victorieuse à Alcolea , elle fit place à un gouvernement provisoire, dirigé par le maréchal Prim. La constitution rédigée, Prim offrit la couronne d'Espagne à un prince de la famille de Hohen.zollern, et mit ainsi aux prises la France et l' Allemagne (juillet 1870). En décembre, Amédée I, fils du roi d'Italie Victor-Emmanuel, accepta la couronne. Mais après le meurtre du maréchal Prim et le commencement de l'insurrection carliste (1872), le nouveau roi abdiqua (février l''i73), et la république fut proclamée. A la guerre carliste se joignit bientôt l'insurrection des fédéralistes, concentrés dans Canhagène. Le 3 janvier 1874, le général Pavia dispersa les Cortès et donna le pouvoir au maréchal Serrano qui reprit Carthagène (1874). Mais au mois de décembre, le pro» I nunciamiento militaire de Sagonte, œuvre du général Martinez Campos, donna le trône au fils d'Isabelle, Alphonse XII, et la monarchie constitutionnelle fut rétablie, avec M. Canovas del Castillo à la tète du ministère.

[Paul Schâfer.] Littérature. — Avant de présenter le tableau de la littérature espagnole, il ne nous paraît pas hors de propos de jeter un coup d'œil rapide sur la formation d'une langue que nos voisins d'audelà des Pyrénées ont écrite et écrivent encore avec tant d'élégance, et qu'ils ont portée et répandue dans le Nouveau-Monde. Si l'on trouve quelques restes de phénicien, de grec et de carthaginois dans les dialectes de la péninsule ibérique, on peut néanmoins affirmer, sans crainte d'être contredit, que la langue latine importée par la domination romaine y a laissé les traces les plus durables et a fini, à travers les siècles et par des transformations successives, par devenir la langue nationale de l'Espagne. Nous n'avons pas à nous étendre ici sur les modifications plus ou moins profondes que les envahisseurs goths et arabes firent subir à la pureté du latin ; ni à montrer comment du mélange des divers idiomes des populations indigènes est sorti le roman vulgaire et le castillan moderne ; qu'il nous suffise d'observer que ce castillan s'est formé surtout du latin dont il a conservé, aver la gravité, une sununie (Je pronoiicia tion qui n'appartient à aucune des langues néolatines.

" Un fait qui ne doit pas être passé sous silence au début de cet exposé, c'est l'existence et le développement de deux littératures, l'une continuation de l'antiquité savante et classique, l'autre vul gaire et spontanée, ne devant rien qu'à elle-même. Celle-là cultivée par les moines, les ecclésiastiques et le petit nombre de séculiers adonnés aux lettres ; celle-ci appartenant exclusivement au peuple. L'une ne représentant rien du présent et se consumant en vains efforts, l'autre expression des sentiments populaires, se montrant pleine de vie et d'espérance. La première finit bien par adopter l'idiome national, mais de mauvaise grâce ; elle resta le reflet d'une civilisation éteinte, pendant que la seconde se consacrait au développementd'une civilisation nouvelle, à l'expression des grands sentiments du peuple espagnol, la religion, l'honneur et la galanterie, les trois grandes sources de la littérature au moyen âge ; aussi finit- elle par faire oublier son adversaire et rester la littérature vraiment nationale, parce qu'elle était l'expression des idées, des doctrines, des désirs et des intérêtsde tous.

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Le plus ancien monument de la langue espagnole écrite, moitié latin, moitié espagnol informe, c'est la confirmation de la Carta-puebla d'Avila (chaite de répartition des terres, des impôts, des privilèges) dans les Asturies en 1155. La poésie fait aussi son apparition vers cette même époque et trouve son •expression dans le Poème du Cid, dont le principal personnage est Ruiz Diaz, le Cid Campeador, ce grand héros populaire de l'Espagne chevaleresque. L'auteur nous reproduit les mœurs et les sentiments de l'époque avec toute la rudesse et la ■violence du caractère national, dans une langue à moitié développée et se dégageant à peine des liens du latin, mais avec une liberté et une hardiesse d'esprit qui s'harmonise bien avec le sujet principal du poème, la lutte contre les Maures. Après le Poème du Cid viennent des compositions anonymes, parce qu'on ne connaît ni les auteurs, ni le lieu de leur composition : telles sont le L>v7'e d'Apollonius, la Vie de Notre-Dame, la Vie de sainte Marie d'Egypte, V Adoî-atinn des trois saints rois ; puis les treize mille vers de Gonzalo de Berceo, sur des sujets religieux : la Vie de saint Dominique de Silos, les Miracles de la Vierge, les Douleu's de la Vierge, etc., récits appartenant aux idées religieuses du moyen âge et dont le but était d'exciter les sentiments de dévotion.

Un des écrivains qui ont le plus contribué aux progrès et au développement de la prose castillane, •c'est le roi Alphonse le Sage ou le Savant, non seulement par les nombreux ouvrages qu'il composa, tels que la Chronique générale d'Espagne, une Hi^toire universelle, le Livre du Trésor, les Tables Alphonsines, ï Histoire d'outre-mer, le Spectihon ou Miroir île tous les droits, le Septénaire ou les Sept Parties, etc., mais surtout par la Ver.-ioi> de la Bible en langue castillane dont il fit une langue nationale en prescrivant son usage dans toutes les procédures légales. Il avait cependant composé ses Cantiques en dialecte galicien, et dans ses vers se retrouvent les traces de la poésie provençale ■dont il aimait d'avoir les représentants à sa cour. Un autre poète, Juan-Laurent Segura, nous a laissé dix mille vers sur la Vie d'Alexandre le Grand, histoire généralement racontée avec la pesanteur d'une chronique, mais respirant parfois un souffle poétique. Des ouvrages d'un neveu d'Alphonse le Sage, l'un des plus turbulents Espagnols de son temps, D. Juan Manuel, il ne nous reste que le Comte de Lucanor, collection de quarante-neuf apologues, contes et anecdotes. Un contemporain de D. Juan Manuel, Juan Ruiz, vulgairement appelé l'archiprêtre de Hita, composa sept mille vers environ avec une variété de mesure, de ton et d'énergie jusqu'alors inconnus à la poésie castillane. Ses Cantigas de Serrana sont des chansons pastorales très animées, à la manière des Pa):toj^etas ou Pastorelles des troubadours provençaux. La couleur de ces poésies est excessivement variée ; l'esprit satirique l'emporte, mais non sans un mélange de bonne humeur au milieu des contes et des apologues, exprimés avec un naturel et une vivacité charmante. Vers i:J50, nous trouvons le curieux poème intitulé Libro de rabbi don Santob, qui engage plus dune fois Pierre le Cruel à ne pas mépriser des conseils, parce qu'ils lui viennent d'un juif. Dans le même manuscrit se lisait la Doctrine chrétienne, la Vision d'un ermite, la Danse de la Mort, peinture espagnole saisissante et pittoresque, et un poème sur Josrph en langue espagnole et en caractères arabes. Le dernier de CCS spécimens primitifs de la poésie castillane, c'est le Rimado de Palacio , ayant pour sujet les devoirs des rois et des nobles dans le

fouvernement de l'Etat, esquisse des mœurs et es vices du temps, par Pedro Lopez de Ayala, mort en 1407. Si l'on veut bien comprendre l'originalité et le 2« Partie.

véritable caractère de la littérature populaire castillane, au moment où elle prend son essor et se dégage de l'école provençale, italienne et de cour, pendant la seconde moitié du quatorzième siècle, tout le quinzième et tout le seizième, il faut se reporter aux Romanceros et aux Cancioneros, aux Chroniques, aux Livres de chevalerie et au théâtre. Il faut, dans les premiers recueils, étudier les Romances, subdivisées en chevaleresques, historiques, mauresques et relatives à la vie privée et aux mœurs des Espagnols eux-mêmes, contenues dans les collections publiées en 1550, 1593, 1597, 1608, dans les Cancioneros de Baena, de Stuniga de Martinez de Burgos, dans le Cancioneio gênerai de Castilloy publié en 1511. Il faut saisir les sujets de ces diverses romances dans les chroniques générales, les chroniques royales qui commencent par Alphonse X et se perpétuent jusqu'à Ferdinand et Isabelle ; voir dans les chroniques de faits particuliers, El poso hoyiroso, El Segwo de Tordesillas ; dans celles de personnages particuliers, les chroniques de D. Pedro Niiïo, d'Alvaro de Luna, de Gonzalve de Cordoue ; dans celles de voyages, les chroniques de Ruy Gonzalez de Glavijo, de Christophe Colomb, de Balboa ; enfin ne pas négliger les chroniques fabuleuses qui marquent la transition aux fictions romantiques de chevalerie, fictions qui commençaient déjà à inonder l'Espagne. En effet, de certaines chroniques aux Livres de chevalerie, il n'y a qu'un pas. Aussi dès que Montalvo eut traduit ï Amadis de Gaule, le goût se développa avec une étonnante rapidité, en Espagne, pour toutes ces allégories extravagantes, alambiquées, absurdes et fastidieuses , dont le génie immortel de Cervantes devait plus tard faire bonne et prompte justice.

Quant au théâtre, ce n'est guère que vers le milieu du xiii' siècle qu'il prit naissance en Espagne, sous le patronage de l'Eglise, et par des sujets religieux. Mais pour apprécier sa valeur, dans ces temps, il ne nous reste aucun fragment de ces mystères mimés ou dialogues, et il nous faut arriver à la seconde partie du xv^ siècle sans rien trouver qui porte le caractère d'une composition dramatique profane. Des essais s'aperçoivent dans les copias de Mingo Revulgo, dans le dialogue de Cota entre l'Amour et un Vieillard : ce n'est toutefois que dans la Célestine qu'on peut voir le point de départ du théâtre espagnol. Cette œuvre, roman dramatique plutôt que drame, est une composition pleine de vie et de mouvement, en vingt et un actes, où les caractères des personnages sont développés avec énergie et vérité, en style vif et brillant et avec toutes les ressources qui constituent le vrai et le pur castillan. Elle a exercé une véritable influence sur la fondation du drame national. Après la Célestine viennent les Représentations de Juan de l'Encina : ce sont des églogues qui devaient être représentées devant des protecteurs et des amis de la Cour, et qui l'ont été réellement ; puis quarante-deux petits drames du I ortugais Gil Vicente, et les comédies de Torres Naharro qui, le premier, appelle les a.zic& j or nadas^ donne à la pièce six personnages au moins, douze au plus ; la fait précéder d'un iiitroït ou prologue ; introduit le rôle du gracioso, observe l'unité d'action, et fait reposer l'ensemble sur les mœurs nationales. Après lui vient Lope de Rueda, auteur et acteur, donnant, avec ses troupes ambulantes, des représentations à Séville, à Valence, à. Ségoyie, et méritant, malgré sa profession de comédien, d'être enterré dans la grande cathédrale de Cor doue. Juan de Timoneda recueille les comédies, les coloquios pastoriles, les pasos que Lope jouait non pas dans les églises, ni dans les palais des grands, mais sur les places publiques, suivant le goût et l'humeur de la multitude, et il fait faire

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quelques pas de plus k l'art dramatique naissant, comme le prouvent ses lieux aveugles; et par les efforts de Viruès et de Leonardo de Argensola se ferme la période primitive du théâtre espagnol, et l'époque de Lope de Vega et de Caldéron est pré parée.

Disciple de l'école italienne, Lope de Vega ne doit sa réputation qu'au drame national, dont il expose la théorie dans son Art nouveau de faire des comédies. Il commence par des églogues représentées devant des grands, par des moralités jouées dans les cathédrales, et il finit par ces drames sans nombre, d'une facililé inconcevable, où il flatte le goût du peuple et établit définitivement le théâtre national. Que ce soient des comédies de cape et d'épée, des pièces roulant sur des sujets historiques fournis par l'histoire ancienne, par l'histoire contemporaine, par l'histoire nationale ou par l'histoire étrangère; que ce soient ces drames si nombreux tires de la vie commune ; les comédies de ruido et les comédies de apariencins ; les succès de l'auteur et le goût populaire pour les représentations profanes alarment l'Eglise toute puissante qui fait fermer les théâtres. Lope de Vega s'adonne alors aux comédies qu'il tire de la vie des saints populaires, aux comédies de Santos, aux Autos Sacramentales dont la loa, Yentremes avec la Tarasca, les Giga?ito?ies et les Carras font les délices de la population madrilègne, les jours de la fête du corpus Christi. Lope sacrifie tout au goût du public. Pour plaire aux spectateurs, il foule tout aux pieds, histoire, géographie, convenances morales, régularité du drame D'un autre côté il relève ses pièces par l'intrigue comique, par ses graciosos, ses picaros qui n'en sont qu'une variété dramatique, par son style, par le charme de ses vers où il mêle habilement les vieilles romances qui flattent tant l'orgueil national.

A côté de ce monarque absolu de la scène apparaissent les poètes des écoles de Séville et de Valence, et les disciples de Lope de Vega qui, pour se faire une réputation, accourent tous à Madrid, devenue la capitale de la monarchie espagnole. Au milieu d'eux nous distinguons Guillen de Castro, qui inspire le Cid à Corneille; Montalvan, à qui Rajnouard doit les Templiers; Tirso de Molina, dont le Burlador de Sevi/la est le type primitif du Don Juan joué sur toutes les scènes d'Europe et parmi nous entre autres dans le Festin de Piei^e de Molière ; Alarcon, dont la Verdad sospechosa sert de modèle au Meiitcur; et tous ceux qui, appartenant au clergé ou à la noblesse, et ne voulant pas être connus, composent pour la scène, sous la dénomination discrète de higenios de esta corte .

Le rival le plus éminent de Lope de Vega n'est pas Cervantes, qui appelait ce roi du théâtre un monsiruo de la natiiraieza, mais bien sans contredit D. Pedro Caldéron de la Barca. Ce poète, distingué dans les concours poétiques dès l'âge de vingt ans, se vit attaché à la cour sous le règne do Philippe IV, avec l'obligation de fournir des drames aux théâtres royaux. Durant une existence de quatre-vingts ans, il écrivit un grand nombre de pièces pour Tolède, pour Séville, pour Madrid, loas, entremeses, autos, toutes allégoriques, tirées tantôt des Ecritures saintes, tantôt mêlées h. l'histoire nationale ; des comédies de Saiitos, des comédies dévotes, des comédies de cape et d'épée. Si, dans les drames de Lope, on peut voir paraître Adam et Eve vé/us à la française et les Espagnols débarquer sur les côtes de Hongrie, on peut dire que l'histoire et la géographie sont également absentes dans les pièces de Caldéron. Coriolan est un général de Poniulus, le Danube coule entre la Suède et la Russie, Jérusalem est située sur les bords de la mer. Malgré ces erreurs, Caldéron charmait son

public. Ses drames sont remplis d'aventures extraordinaires, de retours de fortune inattendus, de déguisements, de duels, de méprises de tout genre. Pour augmenter la vivacité de l'action et l'intérêt des personnages, il met en jeu des ressorts inconnus jusqu'à lui. Il représente surtout les Espagnols de son temps, avec des allusions flatteuses pour les personnes et en rappelant des événements agréables pour les auditeurs tant de la cour que de la ville. Plus que tout autre, dans une versification riche et harmonieuse, il provoque la curiosité et attire l'attention par la peinture extravagante de l'amour, de la jalousie, du point d'honneur, des droits domestiques portés au suprême degré de l'exagération

Pendant que le théâtre s'élève à une hauteur qui a pu être égalée depuis, mais qui n'a pas été dépassée, tous les autres genres littéraires se développent à leur tour soit en poésie, soit en prose. L'épopée produit \'Arauca?ia d'Ercilla , que Voltaire a fait connaître à la France; les Larmes d'Angélique, dont Cervantes aurait pleuré la perte, et ces immenses compositions épiques sur les exploits de Charles-Quint, de D. Juan d'Autriche, de Fernand Certes, qui arrivent jusqu'à OOOoO vers. A côté de l'épopée nationale,, nous trouvons les traductions de Vlliade de ÏÉnéide, de Dante et du Tasse, et les épopées burlesques de VAsneida, de la Mosquea et de VEjitien^o de la gâta de Juan Chrespo , « l'enterrement de la chatte de Juan Chrespo. »

La poésie lyrique s'étudie surtout dans les recueils si connus des Romanceros, dans les accents des troubadours provençaux, soit à la cour d'Aragon, soit à la cour de Castillc et aux Jeux Floraux de Barcelone ; dans les vers des frères Manrique et des Urreas ; dans les sonnets, les copias, les canzones de toute une pléiade de poètes que l'influence de l'Italie partage en deux écoles: l'une qui préfère, comme fray Luis de Léon et Fernando de Herrera, l'ancien mètre castillan, pour reproduire des sentiments populaires vraiment espagnols, et où se trouvent les défenseurs de l'espiii national Cristobal de Castillejos, Villegas ; l'autre, qui est conduite par Boscan et Garcilaso de la Vega, ces pétrarquistes qui introduisent dans leurs compositions les mesures et les formes préférées des Italiens • Les Lamentaciones de Silvestre, les Silves de Rioja, les Endecltas de Quevedo, et les élégies de Villegas nous font connaître les transformations du genre élégiaque, pendant que les vers de Saa de Miranda nous déroulent les occupations de la vie champêtre et que les églogues de Lope de Vega nous initient à la vie pastorale de la Péninsule ; pendant que les preguntas y respuestus ingénieuses ou puériles, savantes ou absurdes nous donnent, avec quelques traités, le vrai caractère de la poésie didactique à cette époque, depuis les six cents proverbes du Marquis de Santillane jusqu'aux vingt-quatre mille refrains de Juan Yriarte.

Jusqu'au règne de Juan II, le dialecte castillan s'était contenté d'étendre sa domination sur toutes les autres provinces de l'Espagne, et de se substituer au galicien, au provençal, au catalan. On n'avait jusque là rien fait, ou presque rien, pour l'enrichir, l'élever et le purifier. Sous le règne de Juan II, le style commence à être regardé comme une chose importante ; le choix des mots, comme le premier pas ver.o son amélioration. Il avait été grave, digne et pittoresque, mais peu riche. Juan de Mena prit hardiment les mots qui répondaient à sa pensée partout où il les trouva, soit dans le latin, soit dans d'autres langues, etle vocabulaire castillan acquit par son travail plus d'étendue, plus de vigueur, plus de noblesse et plus de variété. Dès lors Palencia peut composer son dictionnaire, Antonio de Lebrija sa grammaire, un inconnu, son Dialogue des langues, pour nous faire coimaître

ESPAGNE

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l'origine et le caractère de l'idiome castillan et le sens des mots fixés par l'usage de Tolède. Avec cet instrument ainsi perfectionné, Francisco de la Torre peut nous donner sa Vision deleitable; Hurtado de Mendoza, %on Laznrillo de Tor'xes, roman satirique du genre picaresque qu'ont suivi le Guzman d'Aifarache, le Grand Tacano, le OU Blas. La prose pastorale peut, par la Galatée de Cervantes eXÏArcadie de Lope, nous tracer les ravissants tableaux de la vie champêtre, nous initier aux récréations que prenaient les esprits à la cour de Philippe II et de Philippe III, et permettre à Gongora de faire école, avec les Cultoristos, ou amis d'un style ridiculement cultive, et les Cojiceptistos, ou partisans de toutes les extravagances dans la pensée et l'expression ; le roman historique peut trouver son véritable caractère dans les Guerres civiles de Grfïi'ide, par Ginez Perez de Hita. Alors peuvent paraître les livres de chevalerie, dont les récits singuliers charmaient tant les esprits, et dont un des derniers est le Diablo çojuelo, « le Diable boiteux » ; alors le genre épistolaire, si varié dans les lettres d'un auteur vrai ou supposé, Fernand Gomez de Cibdareal, de Fernando del Pulgar,de Christophe Colomb, prend un autre caractère dans la correspondance do sainte Thérèse, d'Antonio Perez, ce ministre de Philippe II qui a, un des premiers, introduit en France le goût de la langue espagnole. La composition historique peut aussi révéler les qualités qui distinguent les Annales de Zurita, la Guerre de Grenad'i de Mendoza, les historiens des Indes et la Conquête du Mexique d'Antonio de Solis. La prose didactique peut nous donner le Helox de prijicipes, « l'Horloge des princes, » d'Antonio do Guevara, dont l'objet est de placer sous les yeux de Charles-Quint le modèle d'un prince plus parfait qu'aucun autre de l'antiquité par sa sagesse et sa vertu ; le Guide des Pêcheurs, de Luis de Grenade, livre traduit dans toutes les langues ; les œuvres des mystiques et les traités politiques à l'usage des seigneurs et des princes.

Enfin c'est dans ce castillan que Cervantes nous fait lire son Persiles et Sigismonde, ses Nove/as ejemplares, ces contes qui respirent une fraîclieur puisée au sol vigoureux du caractère national, pages écrites avec une richesse de langue, une vigueur et une grâce telles qu'ils sont restés sans rivaux pour le succès. C'est dans ce castillan qu'il a écrit son inimitable Don Quichotte, livre sans rival pour le fond et pour la forme, que le monde entier lit et relit dans ses innombrables traductions, sans pouvoir décider ce qu'il y a de plus admirable, ou de l'intelligence raffinée de Don Quichotte, ou du bon sens populaire de Sancho Panza.

Un changement politique porte en 170ô un prince français. Philippe, duc d'Anjou, sur le trône d'Espagne. Philippe V aimait les lettres, il connaissait toute l'influence qu'elles peuvent exercer sur la régénération d'un peuple. Un de ses premiers soins fut de fonder des sociétés savantes, l'Académie royale espagnole, l'Académie d'histoire, et il favorisa le développement des institutions analogues. Alors il s'opéra, en Espagne, un travail d'émancipation intellectuelle par l'influence française. D. Ignacio Luzan fonda un système poétique sur les doctrines critiques d'après Boileau et Lebossu. D. Benito Feijoo publia son Théâtre critique et ses Lettres érudites. Ferdinand VI fit des efforts pour combattre l'esprit d'incrédulité, d'intolérance et de superstition ; il favorisa les académies du Bon" Goût et les réunions littéraires. Le règne de Charles III donna des résultats sensibles par l'amélioration des plans d'étude, la réorganisation de l'éducation populaire, l'élévation de l'instruction publique et l'introduction de nouvelles méthodes d'enseignement. L'expulsion des Jésuites laissa plus de liberté à l'esprit, comme le prouvent la Juvenlud riu7ifan te du P. Isla, son Hisioire du fameux

prédicateur Fray Gé)~undio et son Gil Blas. Sedano, Sanchez et Sarmiento font revivre les anciens maîtres par leurs travaux de littérature et de linguistique. Moratin le père adopte les opinions de Luzan et réforme le goût de ses concitoyens. Dans le salon de la Fonda de San Sébastian on discute librement les productions littéraires des autres nations et les moyens d'élever la culture intellectuelle du peuple espagnol. Cadahalso publie sa charmante satire des Eruditos d la Violeta, Yriarte et Samaniego donnent leurs collections de fables, pendant que d'autres écrivains se précipitent vers l'école française du xviii* siècle. Mais une réaction s'opère. Melendez fonde l'école de Salamanque, suivie par Diego Gonzalez Forner, Iglesias, Cienfuegos. L'invasion française arrive et alors apparaissent les âmes fermes des Jovellanos Muiioz, Leandro Moratin, Quintana, que les vicissitudes de la politique et les faiblesses de Ferdinand VII envoient sur la terre d'exil.

Le règne d'Isabelle semble ouvrir une ère littéraire nouvelle, et des écrivains remarquables se produisent dans tous les genres. L'art dramatique est surtout d'une fécondité remarquable, soit qu'il mette en scène les imitations des pièces étrangères, traduites et arregladas, c'est-à-dire accommodées au goût d'une nation qui n'a ni les mœurs, ni les usages des autres, soit qu'il représente aux yeux des contemporains les vices et les travers du temps dansdes œuvres des plus originales. C'est ainsi que Martinez de la Rosanous AonnelSi Mère au bal et la fille à la maison, Abeii Humeya qu'il fait représenter à la Porte-Saint- Martin, qu'Eugenio Ochoa traduit Hernani, que Ventura de la Vega donne El hombre de Mundo, Hartzenbusch les Amants de Téruel, et Breton de los Herreros ses cent cinquante comédies. Tous les genres sont cultivés et ont leurs représentants, Campoamor avec son poème de Colo7i et ses Dolora<, Zorilla avec ses Orientales et son poème de Granada, le marquis de Pezuela avec sa traduction du Tasse, Espronceda avec \e Diablo Mundo, le duc de Rivas avec le Moro exposifo, Quintana avec ses odes et ses Vies des Espagnols célèbres, le marquis de Molins avec ses poésies lyriques, Antonio Arnao avec ses hymnes et ses meloncolias ; V. Ruiz Aquileraavec ses satires. Balmès, Donoso Certes, le comte deToreno, le marquis de Pidal représentent la prose historique et philosophique ; Amador de los Rios, Eugénie Ochoa, l'histoire littéraire ; Fernandez y Gonzalez, surnommé l'Alexandre Dumas de l'Espagne, i écilia Bohl, sous le pseudonyme de Fernand Caballero, Antonio de Trueba avec ses Cuentos color de rosa , Cuentos campesinos, le roman historique et le roman de mœurs contemporaines ; José de Larra. le spirituel Figaro, par ses articles satiriques, Ramon Mesonero Romanes par ses Escenas matritenses, la critique politique et littéraire ; enfin les discours de réception aux Académies, au lieu d'être de brillants tournois de critique et d'éloges durécipendiaire, nous fournissent des pages des plus instructives sur la langue, la littérature, l'histoire nationale et l'économie politique.

Telle est l'esquisse de ce vaste tableau de la littérature espagnole dont nous ne donnons que les lignes principales. En indiquant les traits des personnages qui ressortent dans les divers groupes, nous avons cherché à faire saisir le caractère de l'ensemble, composition qui ne peut être connue et appréciée que par l'étude des livres spéciaux s'occupant de l'histoire littéraire. C'est par ces derniers qu'on peut connaître les détails et s'expliquer comment l'Espagne, en conservant sa part d'originalité, a subi l'influence des civilisations diverses avec lesquelles les événements politiques la mettaient en contact, comment elle a, à son tour, exercé la sienne sur les autres, produit les œuvres remarquables que l'Angleterre et

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