‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. Buisson (volume 4)Chapitre 491 sur 593 · FERDINAND · texte numérisé non relu

FERDINAND

FERiMENTATION

négocier la paix de Westplialie, qui termina la guerre de Trente ans (1G48). Par les nioditications que ce traité amena dans la situation intérieure de l'Allemagne, l'autorité impériale fut presque entièrement annulée. Ferdinand III mourut en 1657, laissant la couronne à son fils Lcopold *.

2" Autriche.

Ferdinand I, — Histoire pénérale, XXVI et XXVII, — second empereur d'Autriche, succéda en 1835 à son père François \" *. Son règne fut paisible jusqu'en I84B; n.ais cette année-là éclata l'insurrection de Galicie, qui fut l'occasion de sanglants massacres, et ;i la suite de laquelle la République de Cracovie fut annexée à l'Autriche. En 1847, l'Italie, où l'Autriche possédait le royaume lombard-vénitien, commença à s'agiter ; enfin en 1848 éclatèrent coup sur coup les insurrections de Vienne, de Milan, de Venise, de Cracovie. Ferdinand se réfugia à Innsbruck, après avoir promis la convocation d'une Assemblée constituante. Cette assemblée se réunit à Vienne en juillet, et Ferdinand revint alors dans sa capitale. Mais une nouvelle insurrection éclata quand l'empereur voulut faire la guerre aux Hongrois. Ferdinand abandonna de nouveau \ ienm; (octobre), qu'il fit bombarder par Windischgraetz Peu après, il abdiqua en faveur de son neveu François-Joseph (2 décembre 1848), empereur régnant.

3° Espagjie.

Ferdinand V le Catholique. — Histoire générale, XXI et XXIX. — Né en 1462, fils de Jean II, roi d'Aragon et de Sicile, ce prince épousa en 1469 Isabelle, héritière de Ca^iille. Isab'-llo devint reine de Castille en 1474, mais les Castillans ne permirent pas à son époux de prendre le titre de roi. En 1479, Ferdinand hérita dis Etats de son père; puis, avec les forces réunies de l'Aragon et de la Castille, il chassa les Maures de Grenade (1492). En lôOi, il enleva Naples aux Français. Ainsi fut fondée la puissance espagnole. A la mort d'Isabelle (1504), l'union de la Castille et de l'Aragon fut rompue un moment, Philippe d'Autriche, gendre d'Isabelle et époux de Jeanne la Folle, ayant été proclamé roi de Castille. Mais ce prince mourut en I50G, et la couronne de Castille passa alors su:' la tête de Ferdinand, qui s'appela désormais Ferdinand V. En 1512, il conquit la Navarre espagnole. A sa mort (151G), il légua à son petitfils Charles toutes ses couronnes, accrues encore des possessions américaines qu'avait données à l'Espagne le génie de Christophe Colomb.

Ferdinand le Catholique établit dans ses Etats l'inquisition, consolida le despotisme royal, et par sa politique habile, mais peu scrupuleuse, fit de l'Espagne une grande puissance. « C'est à lui que nous devons tout », disait de lui Piiilippe II.

Ferdinand VI, — Histoire générale, XXV et XXIX, — fils et successeur de Philippe V *, de la maison de Bourbon, régna de 17i(; à 1759. Il eut pour ministre le marquis de la Ensenada, qui fit d'utiles réformes dans l'administration et encouragea l'industrie et le commerce. Il mourut sans enfants, laissant le trône à son frère Charles III *.

Ferdinand VII, — Histoire générale, XXVI et XXIX, — fils et successeur de Charles IV*, devint roi en 18(J8 par l'abdication de son père, qu'avait amenée un soulèvement populaire. Mais Napoléon l'ayant attiré, ainsi que son père^ à une entrevue à Bayonne, le retint prisonnier, et donna la couronne d'Espagne à Joseph Bonaparte. Les Espagnols se soulevèrent; les Coriès, réunies à Cadix, ne vouluri'Ht pas reconnaître d'autre roi que Ferdinand VII, et rédigèrent une constitution libérale, qui fut promulguée en 1812. Après avoir vainement cherché à soumettre l'Espagne, Napoléon fut forcé par SCS revers à rendre la liberté à Ferdinand VII,

qui rentra à Madrid en 1814. Aussitôt qu'il fut rétabli sur le trône, ce prince abolit la constitution de 1812, qu'il avait juré de maintenir, rétablit l'inquisition, et persécuta cruellement les libéraux. Les colonies d'Amérique s'étaient révoltées: il ne put les remettre sous son obéissance. Bientôt une insurrection libérale éclata en Espagne même (182:), et Ferdinand, feignant de céder, prêta de nouveau serment à la constitution de 1812; mais ayant obtenu contre ses sujets l'appui de la Sainte- Alliance, il put, grâce aux troupes que lui envoya le gouvernement de Louis XVIII, écraser le parti libéral et reprendre le pouvoir absolu (1823). En 1830, il abulit la loi salique, que les Bourbons avaient introduite en Espagne, assurant par là sa succession à sa fille Isabelle, née la même année. Don Carlos, frère du roi, protesta, et ses partisans prirent les armes: ainsi commença la longu'- série des soulèvements carlistes. Ferdinand VII mourut en 18)3, laissant la régence à sa veuve Marie- Christine.

Fi:um.\(;e. — V. Exploitation (Systèmes d').

FKUMENTATION, FERMENT. — Chimie, XXIII.

— Il n'y a pas dans la langue scientifique de mots ayant acquis une plus grande importance que les mots fermentai io7i et ferment, aussi bien à cause du grand nombre de phénomènes divers auxquels ils s'appliquent aujourd'hui, que parce que les travaux qui ont été faits à noire époque sur ce sujet, principalement ceux de M. Pasteur, en rattachent rinterpi"étation à une des questions capitales de la philosophie naturelle : la question de l'origine de la vie, qu'on appelle encore quelquefois la question des générations spojitanées.

Historiijue. — Il est très probable que la fermentation de la bière, du jus do raisin, de pommes, etc., étaient connus dès la plus haute antiquité, au delà même des temps historiques. Au moyen âge, les mots fermeîitation et ferment sont souvent employés. Arnaud de Villeneuve dit que l'âme est un ferment, « qu'elle vivifie le corps de l'homme, ainsi que le ferment anime le corps mort et altéré par la nature ». Ainsi, au commencement du xiv« siècle, la décomposition putride d'un cadavre était appelée une fermentation.

Au xvi= siècle. Van Helmont, célèbre alchimiste, reconnaît que le gaz de la combustion (acide carbonique! est le même que celuide la/'er»ie?iio(ici?i, qu'il définit : « la mère de la transmutation, divisant les corps en atomes excessivement petits. » Il affirme en outre que la fermentation a besoin de l'air : « Une grappe de raisin non endommagée se conserve et se dessèche ; mais une fois que l'épiderme est déchiré, le raisin ne se conserve plus, se mettant à fermenter : c'est là le commencement de sa métamorphose Le moût de vin,

le suc des pommes, des baies, du miel, etc., éprouvent, sous l'influence du ferment, comme un mouvement d'ébuUition, dû au dégagement de ce gaz. Ce gaz, étant comprimé avec beaucoup de force dans les tonneaux, rend, les vins pétillants et mousseux. » A côté de ces observations exactes, on trouve des affirmations qui touchent au grotesque. <i L'eau de fontaine la plus pure, dit Van Helmont, mise dans un vase imprégné de l'odeur d'un ferment, se moisit et engendre des vers. Les odeurs qui s'élèvent du fond des marais produisent des grenouilles, des limaces, des sangsues, des herbes... Creusez un trou dans une brique, mettez-y de l'herbe de basihc pilée, appliquez une seconde brique sur la première, de façon que le trou soit parfaitement couvert, exposez les deux briques au soleil, et, au bout de quelques jours, lodeur de basilic, agissant comme ferment, changera l'herbe en véritables scorpions. » Ce qu'il y a de plus curieux, c'est que Van Helmont affirme l'avoir vu. Continuons à le citer : « Si l'on comprime une chemise sale dans l'orifice d'un vaisseau

FERMENTATION

FERMENTATION

contenant des grains de froment, le ferment sorti de la chemise sale, modifié par l'odeur du grain, donne lieu à la transmutation du froment en souris après vingt et un jours environ. »

Ainsi, au xvi« siècle, les mots ferment g\. fermentation représentent quelques observations exactes, mais aussi des idées vagues et quelquefois extravagantes. Néanmoins il semble que l'alchimiste cache dans ces énormités le sentiment qu'il y a dans les fermentatio7is et dans les fermf.nts quelque chose d'inconnu, de profondément caché, mais dont la découverte expliquerait bien des choses .

A la fin du xvii' siècle, la découverte du microscope vint révéler aux savants, dans certaines eaux, sur la terre, et principalement dans l'air, l'existence d'un monde vivant nouveau, celui des infiniment petits. Cette grande découverte, aidée des progrès de la chimie et de l'habileté des expérimentateurs modernes, a aujourd'hui en grande partie déchiré le voile épais qui a recouvert, jusqu'au milieu de ce siècle, les phénomènes si nombreux, si variés, que l'on désigne sous le nom de fermentation.

Nous allons résumer ici, le plus succinctement et le plus clairement possible, les faits principaux sur lesquels la lumière a été portée depuis vingt ans; mais auparavant, c'est un devoir pour nous de dire que les travaux qui ont presque exclusivement contribué à faire connaître ces phénomènes si obscurs, si importants à tous les points de vue, sont dus à un Français, M. Pasteur. De l'aveu des savauts étrangers les plus distingués, par ses expériences et par les conclusions qui en résultent, M. Pasteur s'est mis au premier rang parmi les illustrations de la science au xix= siècle.

Définition d'une fermentation. — On appelle aujourd'hui fermentation toute transformation qui s'accomplit dans une substance organique, animale ou végétale, sous l'influence d'êtres vivants (animaux ou végétaux) toujours microscopiques, qu'on appelle des ferments. M. Schiitzenberger, professeur de chimie au Collège de France, spécifie davantage l'action des ferments en disant que : « les fermentations ne sont que des cas particuliers choisis dans l'ensemble des phénomènes chimiques dont les organismes vivants sont le siège ; elles se présentent à nous, ainsi que toutes les réactions biologiques, comme des manifestations de la force spéciale qui réside dans ces organismes, ou plutôt dans leurs éléments cellulaires. » Ailleurs le même savant définit une fermentation : Une réaction chimique dans laquelle un composé organique {la matière fermentescible) se modifia dans un sens déterminé sous l'influence d'im nuire composé organique [le ferment) qui ne fownit rie?i dv sa propre substance aux produits de la réaction, ceux-ci étayit formés uniquemeni aux dépens de la matière fermentescible.

Conditions générales des fermentations. — Pour qu'une fermentation se produise, il faut toujours la présence d'un ferment vivant, une certaine humidité, une température qui soit supérieure à 0" et inférieure, généralement du moins,' à lOO". La présence de l'air n'est point toujours nécessaire à la fermentation, comme on l'avait cru d'abord d'après l'expérience suivante qui est due à Gay- Lussac : on introduit quelques grains de raisin mûr dans une éprouvette pleine de mercure et complètement purgée d'air ; on les écrase au moyen d'une baguette de verre, le jus n'éprouve aucun changement; mais dès qu'on y laisse pénétrer quelques bulles d'air, la fermentation commence, le mercure est refoulé par le gaz acide carbonique, et on trouve que le jus transformé n'est plus sucré, mais qu'il contient de l'alcool.

Toutes les fois qu on tuera le ferment, ou qu'on en suspendra la vie par un moyen quelcon(|ue (température trop basse ou trop élevée, action des 2' Paktie.

substances chimiques dites antiseptiques, etc.), or empêchera ou on arrêtera une fermentation. C'est là le principe général de la conservation des viandes, conserves, etc. (V. Conserves alimentaires.) Ferme7itutio7i alcoolique ou vineuse. - L'expérience que nous avons rappelée ci-dessus prouve ce qu'on savait depuis longtemps, que dans la fermentation alcoolique le sucre du moût (jus de raisin, de pommes, etc.) est transformé en alcool et en acide carbonique C'est Lavoisier qui a le premier interprété ce phénomène au point de vue chimique ; et Gay-Lussac en a donné la formule :

C12HH01' -f HO

sucre eau

alcuol acide carbonique.

En 1856, M. Dubrunfaut fit voir que la quantité d'alcool et d'acide carbonique n'était pas toujours en rapport avec celle du sucre qu'on avait mis fermenter. M. Pasteur démontra depuis que, sur 100 parties de sucre, 95 seulement se convertissent en alcool et en acide carbonique, 4 parties du reste donnent de la glycérine (V. Corps gras) et de l'acide succinique, et la centième se porte sur la levure qui prend naissance dans la fermentation. Le phénomène est donc plus complexe que ne semblait l'exprimer l'équation chimique donnée par Gay-Lussac.

Levure de bière. — La transformation d'une liqueur sucrée en alcool et en acide carbonique s'accomplit sous l'action du ferment connu sous le nom de levure d". bière ; aussi l'étude de ce ferment a-t-il été le point de départ des travaux de M. Pasteur.

Cagiiiard de Latour et Schwann ont les premiers étudié la levure de bière sans pouvoir expliquer son rôle dans la fermentation alcoolique. La levure, d'après M. Pasteur, est un organisme vivant qui consomme pour vivre de grandes quantités d'oxygène ; en présence du sucre elle peut se passer de l'oxygène de l'air, parce qu'elle décompose le sucre en mettant en liberté de l'oxygène qui sert à sa respiration. Il y a donc, comme le dit M. Schiitzenberger, un rapport évident entre la fermentation et le développement ou la nutrition de la levure. Des expériences remarquables font voir qu'il y a d'autres ferments que la levure capables de produire la fermentation alcoolique. Dans les fruits qui n'ont pas eu le contact de l'air, dans les grains d'orge abandonnés au sein de l'eau, il s'établit une fermentation incontestable ; ce serait dans ce cas, d'après Frémy, la cellule vivante ellemême, grâce à son activité spéciale, qui serait le ferment. Quoi qu'il en soit du rôle de la leviire, elle est constituée par un végétal microscopique en forme de cellule plus ou moins ronde, renfermant un liquide et portant à l'intérieur de ses parois une couche mucilagineuse.

« Si l'on observe pendant plusieurs jours, dit M. Regnault, le système de globules qui ont acquis leur développement complet, on reconnaît qu'il se forme à l'intérieur de chaque globule des granules beaucoup plus petits, dont le mouvement rapide prouve qu'ils nagent dans un liquide. Après un temps suffisant, ce liquide intérieur s'est complètement transformé en granules. »

Quand la leviire a été desséchée dans le vide ou fortement refroidie, elle est sèche, dure, et incapable de provoquer la fermentation ; mais si on la mouille avec de l'eau tiède, elle retrouve immédiatemment ses propriétés.

La bonne levure fraîche, comme on doit l'employer pour faire fermenter le pain, a l'aspect d'une masse demi-solide, grise, d'une odeur de bière, d'une saveur amère ; elle rougit le papier de tournesol. Une température de 100" lui enlève ses propriétés en tuant le ferment. Les acides, les alcalis et tous les agents antiseptiques (antiputrides), produisent le môme efiet.

FERMENTATION

FEUILLE

Diverses espèces de ferments et de fevi)ientntio7ï<. — Le nombre des phénomènes de transformation des substances organiques, qu'on désigne aujourd'iiui sous le nom de fermentation, est immense. Toutes sont caractérisées par l'espèce du ferment qui leur donne naissance, ainsi que par la nature des produits qui résultent de la fermentation. Outre la fermentation alcoolique (fermentation dujus de raisin, du cidre, du poiré, de la bière, etc.), nous citerons principalement:

La fermentation lactique, par laquelle le sucre de lait est transformé en acide lactique (acide du lait iou!-né, aigri) ; le ferment lactique est constitué par de petits globules très courts, isolés ou en masses, mais beaucoup plus petits que les cellules de la levure de bière.

La fermentation butyrique, qui produit l'acide butyrique, cause de l'odeur du beurre rance.

La fermentation acétique, dont le produit est le vinaigre ou acide acétique, qui résulte de l'oxydation de l'alcool sous l'influence d'un ferment végétal appelé Myco'lerma aceti ou vulgairement « mère de vinaigre ». Les anguillules du vinaigre constituent un ferment de nature animale qui prend souvent naissance pendant la fabrication du vinaigre d'Orléans.

La fermentation visqueuse, qui donne à certains vins une consistance huileuse.

On considère aussi comme une véritable fermentation l'action de la pepsine du suc gastrique sur les aliments qui passent dans Testomac, ainsi que celle de la ptyaline de la salive sur les aliments amylacés. (V. Aliments.)

Origine des ferments. — Quand M. Pasteur eut démontré, par des expériences aussi indiscutables que variées, que toutes ces transformations chimiques qu'on regardait comme spontanées étaient l'œuvre des ferments, et qu'il ne se produisait jamais d'altération au sein d'une liqueur organique quelconque, .pourvu qu'elle fût pure de tout ferment, il fut amené à conclure que les ferments se trouvaient, quelques-uns du moins, répandus à profusion sur la terre et principalement dans l'atmosphère. Ils y sont charriés dans toutes les directions, semés partout, vivent et se développent quand, par hasard, ils tombent sur une substance qui leur convient. Cette explication générale des fermentations est à peu près universellement admise aujourd'hui, sous le nom de paîispermie, grâce aux travaux de M. Pasteur, et en opposition avec la théorie dite des générations spontanées, qui supposait que les ferments prenaient spontanément naissance au sein des substances en fermentation où on les rencontre. Quelle que soit la vérité absolue sur l'origine de la vie à la surface de la terre, on ne peut guère contester, après les expériences de M. Pasteur, que toutes les fois que nous voyons apparaître des êtres vivants au sein des matières organiques en décomposition, ils proviennent d'oeufs, d'ovules, de germes qui s'y sont déposés antérieurement. Non seulement la panspcrmie explique tous les phénomènes de ce genre, mais grâce à elle, ÂL Pasteur a pu prévoir qu'il était possible d'empêcher certaines transformations nuisibles que subissent les vins, en considérant celles-ci comme des fermentations dont il fallait tuer le ferment; et il a complètement réussi dans cette voie Ainsi beaucoup de vins facilement altérables se conservent lorsqu'ils ont été portés à 60', parce que cette température a rendu le ferment inactif.

L'idée de M. Pasteur, sans être admise dans toutes les conséquences qu'il en tire, a pris un rôle prépondérant dans l'explication des phénomènes, si obscurs jusqu'ici, que présentent les maladies virulentes et épidémiques ou contagieuses (V. Épidémies.)

Elles seraient dues, cela paraît du moins démontré pour la plupart, à des ferments de na-

ture spéciale, propagés par l'air, par leau ou par des objets quelconques ayant été en communication avec un animal contaminé ; et, chose singulière, mais qui a une grande importance dans l'explication de certaines particularités que présentent les maladies dont nous parlons, certains ferments capables de se développer chez tel animal en l'empoisonnant, restent inertes et inoffensifs chez un autre d'une espèce différente. Ces maladies se propagent donc comme les parasites. Le docteur Klein a pu reconnaître dans les germes de la variole ovine des microphytes définis qui croissent et se multiplient avec une rapidité effrayante dans les canaux et tissus de la peau. Le célèbre médecin William Budd, dans son beau travail sur la fièvre typhoïde, s'exprime ainsi : « Il est humiliant de penser que de tels désastres sont dus à l'action d'un organisme auprès duquel la moisissure qui pousse sur un morceau de bois pourri est un être supérieur. » M. Pasteur a déjà démontré, en s'appuyant sur des preuves péremptoires, que plusieurs maladies étaient dues à la présence d'organismes, par exemple la maladie des vers à soie, le choléra des poules, le charbon. Il en a trouvé l'organisme producteur, il l'a cultivé pendant des jours, des mois, il Ta même fait se reproduire, et a inoculé à volonté à des animaux la maladie dont ce petit organisme était le représentant et la cause.

Il n'est pas nécessaire d'ajouter que bien des points restent et resteront obscurs, peut-être longtemps encore, dans ces questions d'une utilité pratique qui n'a dégale que leur importance philosophique; néanmoins, il faut admettre aujourd'hui que M. Pasteur y a projeté une vive lumière, et qu'il a ouvert de nouvelles voies aux investigations de la science. [Alfred Jacquemart.]

FEUILLE. — Botanique, VH. — (Etym. : en latin foliwn, en grec phyllon.)

1. Définition. — On appelle feuilles ceux des appendices de la tige qui présentent un plan de symétrie passant par l'axe de l'organe qui les porte. On peut ajouter, comme caractère complémentaire, (|ue dans l'angle formé par la tige et la feuille, on remarque très souvent des bourgeons uxillaires symétriquement disposés de part et d'autre du plan médian de la feuille. Ces bourgeons axillaires se développeront ou non ultérieurement ; ils tirent leur nom de leur position dans Vaisselle de la feuille, car c'est par ce mot aisselle (en latin axilla), que l'on désigne l'angle que la feuille fait avec la tige.

2. Extérieur de la feuille; nomenclature de ses parties. — Une feuille, considérée isolément, comprend : 1° une lame terminale, mince, verte, nommée limbe (en latin, limbus) ; 2° un pédoncule grêle, généralement cylindrique, le pétiole (en laliii petiolus). Le limbe est fixé à l'extrémité supélieure du pétiole ; ce dernier s'attache à la tige par son extrémité inférieure, très souvent élargie et qu'on désigne alors sous le nom de gaine (vagiîia). La disposition que nous venons de faire connaître a pour but de donner plus de mobilité au limbe dont la surface, perméable aux gaz, se trouve ainsi en contact avec un nouveau milieu qu'elle n'a pas épuisé. Chacune des parties de la feuille peut ne pas se développer. Une feuille sans pétiole est dite sessile ; l'absence de limbe fait désigner la feuille sous le nom de ptiyllode.

La /.'hyliodtîiation des feuilles se produit de deux manières, selon qu'elle s'opère sous l'influence d'un milieu sec, ou sous l'influence de l'eau. La phyllodination dans un milieu sec, ou plus brièvc ment la pltyllodination sèche, s'observe dans tous les climats où l'air est très sec et la lumière très intense. La lumière, en agissant directement sur la chlorophylle de la feuille, provoque une transpiration dont l'intensité, dans ces climats, ne se-

FEUILLE

FEUILLE

rait pas en rapport avec le développement de l'appareil aquifère des plantes, si leurs feuilles pourvues de limbe recevaient directement l'action du soleil. Réduites à leur pétiole, et transformées en lames verticales, mobiles, très minces, à surface solide peu perméable, les feuilles ne reçoivent jamais directement l'action des rayons solaires; leur transpiration ne dépasse donc pas la puissance de l'appareil aquifère qui les alimente. Cette disposition du teuillage des arbres se voit surtout en Australie ; c'est elle qui donne aux forêts de ce pays cet aspect singulier si désagréable aux voj^ageurs européens. Au sein des forêts les plus épaisses, le sol est inondé de lumière pendant tout le jour ; car les feuilles suivent le mouvement du soleil, en tournant sur elles-mêmes, à mesure que cet astre se déplace, de façon à ne jamais lui présenter que leur tranche ; le feuillage ne donne donc pas d'ombre ; ajoutons à cela que la lumière frappant directement la surface blanche cireuse du tronc de tous ces arbres, se disperse en tous sens, et éclaire jusqu'au moindre recoin. Comme exemple de végétaux à phyllodes secs, citons les Eucalyptus, les vrais acacias.

La pht/llodinatio7i humide s'observe sur les plantes immergées dans l'eau, lorsque la profondeur de ce liquide augmente et surtout lorsque son courant devient plus rapide. La feuille se présente alors sous deux aspects ; ou bien réduite exclusivement au pétiole transformé en un long ruban ; ou bien composée d'un pétiole court et d'un limbe réduit à ses nervures, et figurant une touffe de filaments grêles flottant côte à côte. La feuille la plus singulièrement modifiée par son séjour dans l'eau est celle de VOuvivandru fenestralis, de Madagascar, dont les côtes anastomosées sont séparées par des espaces vides, et forment des dessins , qui l'ont fait comparera une dentelle.

Certains végétaux présentent des feuilles de formes très différentes sur le même pied ; ce phénomène, qui a quelques rapports avec la phyllodination, est connu sous le nom de polymorphose des feuilles.

Il y a peu à dire sur la forme du pétiole ; le plus souvent il est cylindrique, d'autres fois légèrement aplati, avec ou sans côtes saillantes; parfois aussi sa face supérieure est concave, sa face inférieure est convexe. Lorsque la base très élargie du pétiole entoure la tige, la feuille est dite e7iguinante (ex. les graminées). On appelle ligules les expansions foliacées qu'on remarque à la face supérieure du pétiole (ex. le blé) ; ces ligulesreçoivent le nom de gaîne, lorsqu'elles entourent la tige (ex. la bistorte) ; il ne faut pas confondre cette gaîne provenant des ligules avec la gaîne formée par l'élargissement du pétiole, bien que toutes deux soient désignées par le même mot. On appelle stipules des expansions foliacées des bords de la base du pétiole (ex. les rosacées). Les stipules peuvent être persistants ou caducs; lorsqu'ils sont persistants, ils prennent parfois l'apparence d'épines fex. /'arbre de Judée ou Gleditschia ferox, l'épine-vinette).

La lame ou limbe est étalée; ses lignes de maximum d'accroissement sont indiquées intérieurement par des filaments appelés faisceaux fibrovasculaires, dont la présence s'accuse à l'extérieur par des côtes saillantes qu'on appelle nervures. Ces filaments ou faisceaux forment la charpente solide de la feuille ; ils sont symétriquement disposés par rapport à un plan médian qui passe par l'axe de la tige. La distribution des nervures dans les feuilles se rapporte à deux grands types. Dans le premier, les nervures, très nombreuses, sont toutes parallèles les unes aux autres; c'est à peine si quelque petit filet secondaire va del'une à l'autre, les mettant en communication. Ce mode de distribution des nervures, qu'on appelle nervation

parallèle, a été considéré comme un des caractères importants des végétaux monocotylédonés. Des nervures peu nombreuses, abondamment ramifiées, et s'unissant fréquemment l'une à l'autre, tel est le second mode de nervation, que l'on a qualifié de nervntion réticulée ; ce mode de nervation est regardé comme plus particulièrement propre auxvégétaux dicotylédones.

Dans la nervation réticulée, on a distingué trois principales manières d'être :

1° La nervation pennée, dans laquelle, a'une nervure médiane, partent des nervures secondaires généralement groupées par paires et à des hauteurs différentes; cette disposition, qui rappelle celle des barbes ou pennes d'une plume sur son rachis, lui a valu le nom de pennée

2" La nervation palmée, dans laquelle la nervure principale et les nervures secondaires, en nom.bre variable, sont également développées et partent toutes d'un même point, à peu près comme les doigts s'écartent de la paume de la main.

3" La nervation pédalée. Celle-ci débute comme la nervation palmée, c'est-à-dire que trois nervures, une médiane principale et deux secondaires latérales, partent d'un même point; mais les nervures qui s'insèrent sur les deux secondaires ne se développent que d'un côté de celles-ci, du côté extérieur.

L'emploi des caractères tirés de la nervation est d'un grand secours aux paléo-botanistes, lorsque ceux-ci cherchent à déterminer les plantes fossiles conservées à l'état d'empreintes. MM. de Saporta et Grand'Eury en France, M. Heer en Suisse, M. Constantin Ettinghausen à Vienne, ont pu à l'aide de ces caractères reconstituer la flore des temps anciens depuis l'époque houillère jusqu'à nos jours.

Le bord du limbe est tantôt entier, d'autres fois légèrement échancré. Si les échancrures sont nombreuses et peu profondes, on les nomme dents; divisions, lorsqu'elles sont plus prononcées ; lobes , lorsqu'elles ont un certain volume ; les feuilles sont alors nommées : feuilles dentées, feuilles divisées, feuilles lobées, etc. Par opposition, si le bord de la feuille est continu sans aucun sinus, la feuille est dite entière et simple. Lorsque les échancrures d'un limbe sont extrêmement profondes, que ses lobes sont bien distincts les uns des autres et rappellent chacun une petite feuille, la feuille est dite composée; chacun de ses éléments constituants s'appelle une foliole.

Les découpures d'une feuille ne se produisant qu'entre ses nervures, les folioles d'une feuille composée sont disposées comme les nervures secondaires, selon les t}'pes : pennés, palmés, pédales ; d'où les noms de feuille composée pennée, feuille composée palmée, feuille composée pédalée. La nervation de chaque foliole rappelle celle de la feuille entière. De même le contour de la foliole peut être entier ou échancré. Si le degré de division est poussé assez loin pour que chaque foliole semble à son tour composée de folioles plus petites, la feuille est dite décomposée. On ne connaît pas la raison physiologique de la division des feuilles. En général, sur une même plante, les feuilles semblent d'autant plus compliquées qu'elles se sont formées à une époque plus éloignée de la germination ; toutefois, après avoir atteint un certain maximum de complication, les feuilles vont se simplifiant de plus en plus à mesure qu'elles approchent des fleurs, ou du bourgeon qui termine la tige, et finalement prennent l'aspect d'écaillés très réduites ou de pièces brillamment colorées. C'est sur cette modification des feuilh'v que repose la théorie de la métamorphose, dont nous parlerons à l'article Fleur.

Dans quelques cas, la feuille semble manquer, parce que, réduite à une simple écaille, el!o

FEUILLE — 7

tombe presque aussitôt après son apparition (ex. : quelques eckinocactus, les opuntia, etc.). Dans d'autres cas, elle se transforme en une épine caduque ou non, et sert alors d'organe de défense.

On appelle préfoliation ou vernation l'arrangement des feuilles dans le bourgeon. La vernation considère chaque feuille soit isolément, soit dans ses rapports avec ses voisines. Nous résumons en tableaux synoptiques les remarques qui peuvent être faites dans l'un et l'autre cas.

1° Vernation considérée dans chaque feuille isolément :

Feuilles planes.

Feuille pliées

Feuilles roulées

, \ transvcisalemt-iit. .

eu deux ; , i j- ■ »

\ longitudinalenieiit.

plusieurs fois

une moitié latérale autour de

l'autre

les deux moitiés ( en dehors

roulées égale- |

ment ( en dedans

sur leur côte en manière de

crosse d'évèque

Planes.

Réclinées.

Condupliqupes.

Plissées.

Convolutées.

lîévoluiées.

Involutées.

Circinées.

Feuilles étalées

Feuilles

pliées

eadeus

2° Vernation considérée quant à la position relalivs des feuilles :

/ i^ iouchant seulement par

\ leurs bords juxtaposés Valvaires.

se touchant de même, mais reployant plus ou moins leurs bords en dedans Indupliquées.

se recouvrant plus ou moins

l'une l'autre par les côtés. . Imbriquées.

une feuille embra.-sant celle qui est placée vis-à-Tis d'elle (comme à cheval sur elle) . . Equitantes.

une feuille embrassant seulement la moitié de l'autre. . . Demi-équitantes.

La consistance de la feuille est généralement molle, charnue; elle devient coriace lorsque la plante est soumise à une transpiration chlorophyllienne intense, eu égard au développement de son appareil aquifère ; elle devient sèche lorsque la feuille se réduit à une écaille.

Le revêtement superficiel de la feuille présente de très grandes variations : ici c'est une substance cireuse (arbre à huile), là des poils simples ou rameux ; ailleurs ce sont des glandes pédicellées ou sessiles, ailleurs encore c'est un mélange de toutes ces productions.

On désigne sous le nom â'nscidies celles des régions de la feuille où se localisent les organes glandulaires, lorsque ces régions sont creusées en capsules. Les feuilles pourvues d'ascidies sont fréquemment contractiles en tout ou en partie. Grâce à cette faculté, elles peuvent saisir les insectes qui viennent se reposer à leur surface; les captifs sont bientôt englués par une liqueur visqueuse émise par les glandes de l'ascidie; leur rapide décomposition au sein de cette liqueur a fait croire que les plantes pourvues d'ascidies se nourrissaient de matières animales. M. Darwin a popularisé cette idée dans sa fameuse théorie des plantes cani voi-'-a. Les plantes les plus remarquables parmi les plantes à ascidies sont les Aepantiies, les Sw' acnia, les Darli gtonia, les utriculaires. On rapproche des feuilles à ascidies les feuilles des Dr sera, des Dionœa. etc.

En général la coloration de la feuille est verte; les villosités de sa surface ou l'air contenu dans son intérieur peuvent la faire paraître blanche. Des substances colorées, encore incomplètement connues, peuvent lui donner une teinte rouge, jaune ou bleue, qui font reclieicher ccrtain« leuillages pour rornementntion. Quelle que soit la coloration première de la feuille, vers la fin de sa vie elle devient jaunâtre ; «a chlorophylle ou

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matière colorante verte disparaît, et à sa place se développe une matière grasse d'une couleur jaune très belle. La coloration particulière de la feuille, à cette époque de sa vie, a reçu le nom de teinte automnale. Lorsque la feuille est encore enfermée dans le bourgeon, elle est blanche, incolore ; telle est aussi la teinte des feuilles développées à l'obscurité dans une atmosphère humide. Les unes et les autres ne prennent leur teinte verte caractéristique que sous l'influence des rayons du soleil, la chlorophylle ou matière verte des feuilles ne se développant que sous l'action de la lumière.

La durée de l'existence des feuilles varie beaucoup d'une plante à l'autre. On les nomme fugaces ou caduque^ lorsqu'elles tombent peu après leur formation (plantes grasses), annuelles lorsqu'elles tombent chaque année; cette chute a lieu en été dans les pays chauds, en hiver dans les pays froids et tempérés (magnolias, châtaigniers, etc.). On les nomme marcescentes lorsque leur chute est déterminée par le développement des jennes pousses de l'année suivante (chêne) ; persistantes lorsqu'elles vivent plusieurs années (arbres verts ou conifères).

La chute des feuilles se fait de deux façons : ou bien la feuille se sépare nettement de la tige, laissant une cicatrice comme trace de sa présence (platane, etc.) ; ou bien la feuille se détruit sur place, demeurant adhérente à la tige jusqu'au jour où une décortication générale de la surface de cet organe l'enlève en même temps que l'écorce ''palmiers). Lorsque la feuille se détruit sur place, son tissu se désagrège sous l'action des agents atmosphériques ; ses filaments ou faisceaux deviennent libres, et produisent ainsi une filasse très employée aujourd'hui dans la fabrication de balais en crin végétal, d'étoffes grossières et de tapis; ce commerce de fibres végétales a reçu dans ces derniers temps une grande extension, depuis qu'on emploie certaines d'entre elles comme faux cheveux.

3. Anatomie de la feuille. — D'une manière générale, la feuille se compose, comme éléments anatomiques, d'un certain nombre de faisceaux orientés comme ceux de la tige et presque toujours réduits à leurs productions primaires. L'intervalle demeuré libre entre les faisceaux est rempli par un tissu lâche ou parenchyme ; ce tissu recouvre également la surface des faisceaux. Le tout est protégé par une couche épidermique. Chaque faisceau d'une feuille présente, de sa face supérieure à sa face inférieure : 1" du bois primaire caractérisé par des trachées ; 2° du liber primaire caractérisé par des cellules grillagées. Parfois on trouve intercalée entre le bois et le liber une mince couche cambiale. (Pour la signification des mots b'iS, liber, cmnbiwn, parenchyme, etc., V. l'article Tissus végétaux.) Lorsque la structure de la feuille se simplifie, le nombre de ses faisceaux diminue, en même temps que la quantité des éléments ligneux et libériens de chacun d'eux. Au contraire, lorsque la structure de la .''euille se complique, le nombre de ses faisceaux augmente, et dans chacun d'eux la zone cambiale produit une certaine quantité de bois secondaire et de liber secondaire; le bois secondaire sera placé entre la zone cambiale et le bois primaire; le liber secondaire sera placé entre la zone cambiale et le liber primaire. De môme, le parenchyme de la feuille 5 structure cumpliquée se différencie en zones de structure et de rôle très difl'orents. Vers la face supérieure de la feuille, c'est une réunion de cellules prismatiques serrées les unes contre les autres, toutes gorgées de chlorophylle; c'est Ib (|ue sous l'action de la lumière blanche se produis(mt les sub.e^tances assimilables et les matières de réserve, hydrates de carbone comme l'amidoii, If glucose, ou carbures d'hydrogène comme les huiles.

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Tcrs la face inférieure de la feuille, le parenchyme foliaire est une réunion de cellules rameuses laissant entre elles des vides considérables, et ne se touchant Vune l'autre que par quelques po.ints; c'est \k que se fait la circulation active des gaz dans l'intérieur de la plante. La zone supérieure du parenchyme foliaire a été nommée parenchyme en palissade, la zone inférieure a reçu le nom de pavenchrjme rameux. Entre les deux zones, on rencontre parfois une zone de cellules très allongées, en rapport intime avec les appareils aquifère et circulatoire de la feuille, et que pour cette raison on a nommé tissu de transfusion. — Outre ces éléments, quelques feuilles présentent encore dans leur parenchyme, près de la surface épidermique et dans le voisinage des faisceaux, des amas de fibres à parois très épaisses, qu'on appelle des fibres mécaniques. Ces derniers éléments sont aujourd'hui très recherchés, car ils fournissent à l'industrie d'excellentes fibres textiles. Ex. : V agave, Valfa, etc. (Pour plus de détails sur cette structure du parenchyme foliaire, voyez l'article Tissus végé taux.) Enfin l'épiderme des feuilles à structure compliquée peut être différent d'une face à l'autre de la feuille.

Tout ce que nous venons de dire delà structure de la feuille s'applique surtout à la structure de son limbe. La structure du pétiole, quand cet organe existe, est toujours plus simple que celle du limbe; on y retrouve les mêmes éléments ; toutefois il arrive souvent que les faisceaux y sont disposés sur une ligne circulaire, au lieu d'être étalés dans un même plan. Les faisceaux du pétiole viennent de la tige, et, d'une manière générale, on peut dire que les faisceaux de la feuille ne sont que les terminaisons supérieures des faisceaux de la tige.

— Si les faisceaux de la feuille, à leur sortie de la tige, sont tous parallèles entre eux et situés dans un même plan, ils cheminent côte à côte, se divisant peu, s'anastomosant encore moins; il en résulte pour la feuille une apparence rubanée et une base qui embrasse largement la tige; la feuille est engainante (graminées, ombellifères). — Si les faisceaux de la feuille, tout en restant parallèles entre eux, sont réunis dans un espace restreint, ils s'y disposent comme ils peuvent ; la feuille, toujours composée pennée, présente un long pétiole cylindrique (cycadées). — En dernier lieu, si une feuille de grande surface ne reçoit de la tige qu'un très petit nombre de faisceaux, ceux-ci, dans leur parcours, se divisent un très grand nombre de fois, s'anastomosent fréquemment et la feuille appartient au type à nervation réticulée (lierre).

— Les trois exemples que nous venons de voir montrent suffisamment qu'en étudiant la distribution des faisceaux dans le pétiole, et la manière dont ils s'y ramifient, on a pu trouver d'excellents caractères pour reconnaître la feuille et même les principales formes de feuilles, parmi tous les organes d'apparence foliacée dont la signification morphologique était demeurée jusqu'alors douteuse. Nous ne pouvons montrer ici l'application détaillée de ces caractères, dont l'emploi demande des connaissances botaniques très approfondies. A titre d'exemple, nous dirons pourtant que c'est en faisant usage de cette méthode qu'il a été possible de distinguer les cladodes ou tiges aplaties, des ph'jllo'ies ou pétioles aplatis.

Pour en finir avec l'anatomie de la feuille, un mot de l'origine de cet organe et de son développement. La feuille se montre d'abord comme un mamelon cellulaire hémisphérique à la surface du point de végétation de la tige; bientôt le sommet de cet organe cesse de croître, et c'est surtout vers sa région inférieure, près de son point d'insertion sur la tige, que son accroissemeni semble localisé. Ce que nous venons de dire de la feuille par rapport à la tige n'aurait qu'à être répété de la foliole par

rapport au pétiole, pour avoir l'histoire de la formation des parties d'une feuille composée. S

4. Physiologie de la feuiUe. — Les principaux rôles que la feuille est appelée à jouer dans la vie de la plante sont : 1" le rôle d'organe d'absorption de l'air et de la lumière ; 2° le rôle d'organe de transpiration ; 3" le rôle d'organe de réserve ; ce dernier allant presque toujours de pair avec le rôle d'organe de dissémination; 4° le rôle d'organe de protection et de défense; 5° le rôle d'organe de natation ; 6° le rôle d'organe préhenseur ou suspenseur. Quelques mots d'explication sur chacun de ces rôles.

I. Plusieurs faits ont montré que la feuille peut être considérée comme Vorgane d'absorption de l'air et de la lumière. 1° Lorsqu'on fait passer de l'air à travers les membranes épidermiques supérieure et inférieure d'une feuille, ce passage s'effectue très rapidement, et le gaz qui a traversé n'a plus la même composition après qu'avant le passage. En examinant ensuite ces surfaces, on trouve qu'elles sont pourvues d'orifices très petits dont les bords sont garnis de glandes spéciales, de nature subéreuse ; chacun de ces petits appareils a reçu le nom de stomate; ce sont eux qui modifient la composition de l'air quand c^ -'•^ les traverse. En opérant dans de mauvaises oOnaitions sur des membranes mourantea, on avait été conduit à penser que l'écoulement de l'air à travers les épidermes des feuilles se faisait plus rapidement par une membrane continue que par une membrane perforée et garnie destomates. Ce ne sont là que les résultats d'expériences défectueuses et que contredit formellement l'observation de membranes bien vivantes. 2" La répartition des stomates à la surface des feuilles est encore une preuve indirecte du rôle de ces organes. Dans les feuilles naj^eantes, les stomates sont localisés à la face supérieure de la feuille ; sur les feuilles submergées, h respiration aquatique, les stomates font défaut, soit qu'ils ne se développent qu'incomplètement, soit qu'ils ne se développent pas du tout. 3° On doit à M. Carreau, de Lille, d'avoir montré que les gaz qui entrent dans la plante sont l'oxygène, l'azoto ; que les gaz qui s'en échappent sont l'azote, la vapeur d'eau et l'acide^^ carbonique, le volume d'oxygène disparu étant rigoureusement égal aii volume d'acide carbonique produit. Toutes les fois qu'on fait l'expérience dans une atmosphère limitée, on n'observe aucune variation de volume. L'addition d'une petite quantité de potasse caustique qui absorbe l'acide carbonique suffit à montrer le changement subi par cette atmosphère. L'échange gazeux caractérisé par une absorption d'oxygène et une émission d'acide carbonique, qui se fait à toute époque de la vie de la plante, est ce que l'on appelle la respiration végétale; elle ne diffère en rien de la môme fonction chez les animaux. 4° Dans les plantes pourvues de chlorophylle et soumises à l'action de la lumière blanche, le phénomène de la respiration végétale est complètement masqué par un autre phénomène de siutrition : La chlorophylle absorbe la lumière blanche, et la transforme en chaleur obscure ; cette propriété détermine la combinaison directe de l'acide carboni» que et de l'eau ; il en résulte des hydrates de carbone et des hydrogènes carbonés ; la production de ces deux sortes de substances est toujours accompagnée de la mise en liberté d'une certaine quantité d'oxygène qui s'échappe par les stomates. A la lumière directe du soleil, lorsque celle-ci offre une intensité suffisante, les plantes vertes semblent rejeter de l'oxygène et absorber de l'acide carbonique; c'est à ce phénomène qu'on a quelquefois donné le nom de respiration diurne des plantes, bien qu'il diffère complètemeut de tous les phénomènes respiratoires. La distinction de ces deux phénomènes n'est possible que depuis les recher-

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ches de M. Wiesncr sur le rôle de la chlorophylle dans les plantes. Jusqu'à ce jour, en acceptant ■rosso modo le résultat d'expériences mal dirigées, les pliysiologistes, à la suite de Bonnet et de Théodore de Saussure, répétaient à Tenvi que les plantes vertes présentaient deux respirations: l'une nocturne, caractérisée, comme la respiration animale, par une absorption d'oxygène et une émission d'acide carbonique ; l'autre diurne, ne commençant que lorsque la lumière solaire avait acquis une intensité suffisante, et caractérisée par une absorption d'acide carbonique et une émission d'oxygène. Cette respiration diurne des végétaux a été invoquée pendant longtemps comme un des caractères difl'érentiels entre les végétaux et les animaux. (V. Végétal, p. 2270).

II. Le rôle que les feuiilex jouent dans la transpiration des plantes n'est connu que depuis les expériences deM. Vesque(1876"-1877). Nous n'entrerons pas ici dans tous les détails de l'expérimentalion de ce savant; nous nous contenterons d'indiquer les principaux résultats de ses recherches.

1° Chez une plante donnée, la transpiration ne commence qu'à une température déterminée. La transpiration augmente à mesure que la température s'élève, et cela jusqu'à une température déterminée, qu'on peut considérer comme la limite maxima des températures les plus élevées que puisse supporter la plante ; toute température plus élevée que cette limite maxima amène rapidement la mort de la plante, en provoquant chez elle une sorte de fièvre caractérisée par des variations brusques dans les quantités de liquide absorbées pendant un même temps.

2" La transpiration des plantes s'effectue dans une atmosphère sèche aussi bien que dans un milieu saturé de vapeur d'eau, et par là les phénomènes de transpiration, c'est-à-dire de perte d'eau, se distinguent complètement des simples phénomènes d'évaporation.

3° La lumière blanche agit sur la transpiration comme une élévation de la température, ce qui s'explique, puisque M. Wiesner a montré que la chlorophylle a pour rôle de transformer la lumière blanche en chaleur obscure.

■ 4" Un refroidissement trop intense, quoique de courte durée, engourdit la plante. Si l'on soumet alors celle-ci aux températures entre lesquelles elle transpire habituellement, elle ne fonctionne plus; son activité ne se réveille qu'à une température supérieure à la température maxima qu'elle pouvait supporter dans les conditions normales. Une fois qu'elle est rentrée en activité, sa transpiration s'accélère, bien qu'on laisse la température aller en diminuant, et ce n'est qu'au bout de quelques heures seulement que la plante reprend son état normal.

Les conséquences immédiates de ces résultats sont des plus importa)ites. Elijes imposent aux essais d'acclimatation cette condition sme qiia 7ion que toute tentative d'acclimatation d'une plante soit précédée de la détermination préalable des limites supérieure et inférieure de température entre lesquelles cette plante est en activité. En outre, elles révèlent chez l(>s plantes une sensibilité beaucoup plus grande que celle qu'on leur attribue généralement.

III. Lorsque la feuille doit jouer le rôle d'orgajie de réserve, son parenchyme prend un développement considérable, eu égard au volume de ses faisceaux, et c'est dans les cellules ou les alvéoles du réservoir ainsi formé que s'accumulent l'amidon et l'eau (ce liquide étant toujours retenu par des substances analogues à la gomme). Lorsqu'au rôle d'organe de réserve s'ajoute pour la leuille le rôle (J'ûr//fl?2e dissémi7iateur, il se développe sur la surface de cette feuille des points de végétation accidenicls ou bourgeons

adventifs ; elle se détache alors facilement de la lige, roule sur le sol, et produit une nouvelle plante lorsqu'elle trouve les conditions favorables à sa végétation [Bryophyllum).

L'horticulture a su tirer parti de cette propriété de certaines feuilles pour multiplier rapidement plusieurs végétaux rares ou très recherches (6egouias). Cette opération s'appelle le bouturage par feuille.

IV. Pour jouer le rôle d'organe protecteur, la feuille se réduit souvent à une simple écaille dont la consistance, la coloration et le revêtement cireux suffisent à assurer la conservation des parties jeunes qu'elle recouvre (écailles des bourgeons des arbres à fouilles annuelles). Lorsque la feuille doit jouer un rôle actif dans la défense de la plante, ou bien elle se transforme en épine (plantes grasses), ou bien sa surface ou ses bords se garnissent d'épines (houx, épine-vinette, etc.). Plus rarement, ce même but est atteint par l'apparition, à la surface de la feuille, de glandes émettant des liqueurs corrosives ; et, selon les plantes, ou bien ces glandes très petites, séparées les unes des autres, sont terminées chacune par un poil très aigu qui se brise dans la plaie en même temps que le liquide de la glande s'y épanche [ortie) ; ou bien les glandes sont réunies, et leur ensemble se cache au fond d'une coupe ou. d'un entonnoir à couvercle mobile, piège toui préparé pour l'imprudent qui vient irriter la feuille [népentliès, sai'racenia). Ces plantes à pièges, et quelques autres dont les feuilles exécutent des mouvements très étendus^ et qui sont citées comme exemples de plantes extrêmement sensibles, ne présentent en réalité que des phénomènes de turgescence sur lesquels nous reviendrons à l'article Vc'/élat (p. 2''74).

V. Pour jouer le rôle û organe de natation, tout ou partie du parenchyme foliaire se creuse de lacunes qui s'emplissent d'air; chaque lacune est séparée de ses voisines par des cloisons étanches; les plus volumineuses sont situées à la face inférieure de l'organe ; toutes ces lacunes communiquent entre elles par des pertuis extrêmement éiroits qui permettent pourtant à l'air de circuler de l'une à l'autre ; mais dès que l'eau entre dans l'une d'elles, toutes les cloisons se gonflent et les pertuis se ferment hermétiquement, empêchant l'eau de pénétrer plus avant. Dans le Pontederia, la région de la feuille qui est transformée en organe de natation est la partie inférieure du pétiole ; dans YHgdrocJiaris nwrsus rante, c'est le point d'insertion du pétiole sur le limbe qui est transformé en vessie natatoire ; dans le Piditi stratiotes, c'est le limbe tout entier.

VI. Pour remplir le rôle d'orgajie préhenseur, certaines nervures de la feuille perdent leur parenchyme, et, ainsi réduites à l'état de filaments grêles, elles s'enroulent autour des corps voisins, les enserrent de leurs spires, ou s'accolent à leur surface par des pelotes adhésives ; ces organes préhenseurs des plantes sont désignés sous le nom de vrilles.

5. Appendices. — On étend quelquefois la qualification de feuilles aux appendices membraneux de l'axe des cryptogames vasculaires. Ces organes qui sont caractérisés par l'absence de plan de symétrie, par des variations continuelles de forme, pendant toute la durée de leur vie, diffèrent à tous égards des appendices de la tige que nous venons de faire connaître. Leur étude est trop incomplète encore pour qu'il soit utile de nous y appesantir; on les désigne maintenant sous le nom de frondes.

Quant à la phgllotaxie, c'est-à-dire l'arrangement des feuilles sur la tige, nous en dirons quelques mots en faisant connaître la tige *.

[C.-E. Bertrand.]

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FIGUKES DE STVJLE. — Littérature et style, V. — Quand l'homme se sert de la parole ou de l'écriture pour communiquer aux autres sa pensée, sa première préoccupation est de se fa.ire comprendre.

Aussi, son style (nous entendons par ce mot la manière soit parlée, soit écrite, dont il exprime sa pensée) doit avant tout être clair. Il faut donc apporter le plus grand soin, quand on parle ou quand on écrit et surtout quand on enseigne, à donner à son style la clarté 'et toutes les qualités qui s'y rattachent, la correction du langage et la précision des termes.

Autrement, on risque de n'être pas compris, et l'on s'expose à se voir adresser ces reproches que le moraliste La Bruyère adressait au xyii"" siècle à l'un de ses contemporains : « Que dites-vous? comment? Je n'y suis pas : vous plairait-il de recommencer? J'y suis encore moins ; je devine enfin : vous voulez, Acis, me dire qu'il fait froid ; que ne disiez-vous : il fait froid? Vous voulez m'appreiidre qu'il pleut ou qu'il neige; dites : il pleut, il neige. Vous me trouvez bon visage, et vous désirez de m'en féliciter ; dites : je vous trouve bon visage. Mais, répondez-vous, cela est bien uni et bien clair : et d'ailleurs, qui ne pourrait pas en dire autant? qu'importe, Acis? Est-ce un si grand mal d'être entendu quand on parle, et de parler comme tout le monde? » Le même défaut provenant du manque de clarté et de simplicité est encore spirituellement critiqué par ces vers du poète Maynard (158i-I64G) :

Mon ami, chasse bien loin Cetie noire rhétorique .

Tes écrits auraient besoin D'un devin qui les explique Si ton esprit veut cacher Les belles choses qu'il pense, Dis-moi, qui peut t'empècher De te servir du silence?

Mais, si l'homme n'a besoin que d'être clair et correct pour exprimer les idées simples qui se présentent d'elles-mêmes à son esprit, et pour être compris de ses auditeurs, il n'en est plus de même quand il éprouve un sentiment plus vif, et quand il veut agir d'une manière plus profonde sur l'esprit de ceux auxquels il s'adresse. Son style change alors de nature; tout en restant clair et correct, il prend une allure moins froide, plus rapide, et qui correspond mieux aux sentiment • secrets qu'il a dans l'àme ou qu'il veut faire p.'-'tager aux autres. Alors on voit s'introduire dans la phrase des tournures plus éloquentes, plus imagées, que les grammairiens et les auteurs de traités d'éloquence ont appelées Figures de style. Ce ne sont pas, comme on l'a dit quelquefois, des manières de parler éloignées de celles qui sont naturelles et ordinaires. Non : rien n'est plus naturel et plus ordinaire que les figures de style. Il s'en rencontre dans l'entretien le plus simple et le plus familier. Le pêcheur qui, regardant la mer, s'écrie : « Il y a vingt voiles à l'horizon », pour dire « il y a vingt bateaux, » fait une figure de style, sans s'en douter, et s'exprime cependant d'une façon claire et naturelle. Il y a longtemps que Dumarsais a dit qu'il se faisait plus de figures, en un jour, à la Halle, que dans plusieurs séances de l'Académie française. Seulement, ces manières de parler sont plus vives et expriment la pensée d'une façon plus saisissante. Comment peindre d'un mot le sommeil d'un enfant harassé de fatigue? Si vous dites: « il don, » vous rendez le fait d'une manière froide et molle; mais vous faites une figure, sans le savoir, en disant : « il est plongé dans un -piofond sommeil. » Et cette figure si simple, si ordinaire, exprime plus énergiquement votre pensée.

On partage les figures de style en deux grandes c'.asscs : 1" les finurc^ de pensées; 2" les fujuves

75 — FIGURES

j '/'? mots. Nous nous bornerons à indiquer ici les I figures principales, saqs avoir l'intention d'en dresser une nomenclature complète, et en renvoyant aux traités spéciaux de littérature, où l'on a souvent multiplié les divisions sans réel profit pour l'esprit.

I. Figures de pensées. — On donne le nom de figures de pensées aux figures qui tiennent à la tournure donnée à la pensée et qui subsistent indépendamment des mots que l'on emploie. Par exemple, Vapostrophe est une figure de pensée, parce que la figure subsiste toujours, que l'auteur s'écrie : « 0 Fabricius ! qu'aurait pensé votre grande àme?... » ou qu'il mette d'autres mots, en conservant le même mouvement, et qu'il dise par exemple avec le poète Gilbert : « Salut, champs que j'aimais!... » On partage les figures de pensées en trois classes :

1" Figures qui tiennent à la passion, c'est-à-dire qui sont inspirées par un mouvement violent de lâme : ce sont Y interrogation, Vapostrophe, Vexclam/ition, Vépiphonème ou réflexion sentencieuse, Vvonie, l'hyperbole ou expression exagérée de la pensée, la litote, qui est, au contraire, l'atténuation de la pensée.

".;'' Figures qui tiennent à l'imagination : la prosopopée, qui fait parler même les objets insensibles et les personnifie; Vhypotypose ou tableau qui met sous les yeux la scène qu'on raconte ; la comparaison.

;i° Figures qui se rapportent plutôt au raisonnement : ce sont la gradation, où l'expression devient de plus en plus forte, ou s'abaisse au contraire par degrés ; la prolepse, qui prévient adroitement l'objection pour la réfuter d'avance; la. prétérition, qui dit les choses en ayant l'air de vouloir les passer sous silence ; la réticence, qui est une interruption momentanée de la phrase, pour rendre l'idée plus forte en la faisant deviner ; l'antithèse, qui oppose les mots aux mots, les pensées aux pensées ; la périphrase, qui décrit l'objet au lieu de le nommer, ou le désigne par une ou plusieurs de ses qualités.

Quelques-uns de ces termes s'expliquent d'euxmêmes ; d'autres ont besoin d'exemples qui montrent avec précision en quoi la figure consiste et ce qui la distingue des autres figures. Aussi le passage suivant, où Marmontel s'est étudié à réunir le plus grand nombre possible de figures de pensée, aura l'avantage d'en faire connaître les noms et l'emploi. « Essayons, dit-il, de réunir toutes les figures dans le langage d'un homme du peuple ; supposons qu'il est en colère contre sa femme :

« Si je dis oui, elle dit non ; soir et matin, nuit et jour, elle gronde {accumulation et antithèse). Jamais, jamais de repos avec elle [répélilion). C'est une furie, un démon (hyperbole). Mais, malheureuse, dis-moi donc (aposti-ophe) : que t'ai-je fait {interrogation) ? 0 ciel 1 quelle fut ma folie en t'épousant exclamation) ! que ne me suis-je plutôt noyé optatioji ou souhait) ! Je ne te reproche, ni ce que tu me coûtes, ni la peine que je me donne pour te suffire iprétérinon) ; mais je t'en prie, je t'en conjure, laisse-n:oi travailler en paix {obsécration ou prière) ; ou que je meure si... {réticence). Tremble de me pousser à bout {imprécation] ! Elle pleure ! ah ! la bonne àme ! Vous allez voir que c'est moi qui ai tort {ironie). Eh bien, je suppose que cela soit. Oui, je suis trop vif, trop sensible {co7icessio>i). J'ai souhaité cent fois que tu fusses laide. J'ai maudit, détesté ces yeux perfides, cette mine trompeuse qui m'avait afi"ûlé astéisine, ironie qui déguise le blâme sous le voile de la louange, et réciproquement). Mais dis-moi si, par la douceur, il ne vaudrait pas mieux me ramener (communication). Nos enfants, nos amis, nos voisins, tout le monde (énumérution) nous voit faire mauvais ménage. Ils entendent tes cris, tes plaintes, lus injures (accv-

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mulation)

dont tu m'accables ; ils t'ont vue les yeux égares, le visage en feu, la tête échevelée, me poursuivre, me menacer {description] ; ils en parlent avec frayeur. La voisine arrive, on le lui raconte: le passant écoute et va le répéter (In/potypose). Ils croient que je suis un méchant, un brutal, que je te laisse manquer de tout, que je to bats, que je t'assomme (gradmion). Mais non, ils savent bien que je t'aime, que j'ai bon cœur, que je désire te voir tranquille et contente [correction . Va, le monde n'est pas injuste : le tort reste à celui qui Ta {épiphonème ou sentence). Hélas . ta pauvre mère m'avait tant promis que tu lui resscniblerais 1 Que dirait-elle ? que dit-elle ? car elle voit tout ce qui se passe. Je crois l'entendre qui te reproche de me rendre si malheureux : « Ah ! mon pauvre gendre, dit-elle, tu méritais un meilleur sort (/))•' sfpopée) !»

II. Figures de mots. — Par opposition aux figures de pensées, on appelle figures de motx les figures qui dépendent des mots que l'on emploie, de sorte que si les mots sont ou changés ou déplacés, la figure disparaît. On partage les figures de mots en deux classes : 1" les figures de mots proprement dites ou figures de construction ; T les trojies.

1" Les figures de const7-uction, comme leur nom l'indique, dépendent de la construction de la phrase et de la disposition que l'on a donnée aux mots. Il y a figure de construction, lorsque, sans violer les lois de la grammaire, on s'écarte de li tournure rigoureusement grammaticale.

Telle est ['Inversion, dont voici un exemple emprunté à Bossuet : « Restait cette redoutable infanterie de l'armée d'Espagne . »

L'ellipse supprime dans la phrase des mots que l'esprit supplée facilement :

Je t'aimais inconstant, qo'aurais-je fait fidèle"} (Racine.)

La pensée est plus rapide et plus vive que si Racine avait dit : « qu'aurais je fait, si tu avais été fidèle ? »

La syllepse fait accorder un mot avec l'idée plutôt qu'avec le mot auquel il se rapporte :

Entre le pauvre et vous, vous prendrez Dieu pour juge;

Vous souvenant, nnon iils, que, caché sous ce lin,

Comme eux vous fûtes pauvre, etcorame eux orplieliu. Racine.']

Comme eux se rapporte à l'idée collective des pauvres, au lieu de s'accorder avec le mot exprimé au premier vers.

Le plonasme a pour but d'insister sur une idée ; il ajoute ce que la grammaire rejette comme supei-flu, et répète plusieurs fois le même mot :

Je l'ai vu, dis-je, vu, Je mes propres yeux vu, Ce qui s'appelle vu. (Molière.)

C'est de même pour insister sur l'idée qu'on répète certaines particules conjonctives ou certains pronoms personnels. Cette figure s'appelle conjonction:

On égorjie à la fois les curants, les vieillards. Et la ?œur et le frère, Et la fille et la mère, Le fils dans les bras de son père ! (Racine.)

La figure opposée à celle-là, où l'on supprime au contraire les particules pour donner plus de rapidité à la pensée, s'appelle disjonction :

l-rançais, Anglais, Lorrains, que la fureur rassemble, Avançaient, cuinbattaient, frappaient, mouraient ensemble.

(Voltaire.)

T Les tropes sont les figures qui changent la sipnification des mots. On les nomme ainsi du mot grec tropê qui veut dire changement. Dans toutes les langues, il y a beaucoup de mots qui ont deux sens. Ils ont d'abord leur sens propre ou primitif, c'est-à-dire, qui exprime l'objet ou l'idée pour les-

quels ils ont été créés. Il> ont ensuite an sens dérivé, quand on les emploie pour désigner un autre objet ou une autre idée. Ainsi le mot « berceau » signifie au sens propre un lit d'enfant; mais quand on dit « un berceau de verdure, » on détourne le mot de son sens primitif pour l'appliquer à une certaine disposition du feuillage qui n'a qu'une ressemblance lointaine avec un berceau d'enfant. Cette modification du sens primitif est ce que l'on appelle an trope. Voici les principaux tropes :

La métaphore est une figure par laquelle on fait passer un mot de sa signification propre à une autre signification, en vertu d'une comparaison qui se fait dans l'esprit. Toute métaphore renferme donc une comparaison, mais elle ne la développe pas, elle ne fait que l'indiquer. Quand Homère dit d'Achille : « il s'élance comme un lion, » il fait une comparaison; quand il dit : (t ce lion s'élance, » il fait une métaphore.

Vallégorie est une métaphore continuée. Elle arrête l'esprit sur les idées et les images qui doivent saisir l'imagination ou toueher le cœur. Ainsi La Fontaine fait une allégorie en comparant la prospérité passagère d'un courtisan à un voyage accompli sur mer par un beau temps:

Lorsque lur cette mer on vogue à pleines voiles, yu ou croit avoir pour soi IfS vents et les étoiles, 11 est bien malaisé de régler ses désirs : Le plus sage s'endort sur la foi des Zéphirs I

La catachrèse, ou mot contre l'usage, est une espèce de métaphore à laquelle on est réduit, faute de trouver dans la langue un terme qui exprime sa pensée, C'est ainsi qu'on dit un cheval /ti-ré d'argent: une feuille de papier; aller à cheval sur un bâton.

La m-tonymie est un changement de nom. Elle consiste : 1° à prendre la cause pour l'effet, quand on dit les travaux de Mars, pour les travaux de la guerre; 2° à prendre l'eff'et pour la cause : « la forêt n'a plus d'ombre, » pour dire que les arbres n'ont plus de feuilles ; 3° à mettre le contenant pour le contenu : « cette coupe est empoisonnée, » pour dire le vin contenu dans la coupe ; 4° le signe pour la chose signifiée : « quitter la robe, » pour dire renoncer à la magistrature ; 5° à employer le mot abstrait pour le concret; exemple :

Que ton effronterie a surpris ma vieillesse ! (Corneille.)

pour dire : Tu es un effronté qui a trompé un vieillard comme moi.

La synecdoque vient d'un mot grec qui signifie compréhension. C&si une métonymie qui fait entrer dans un mot tantôt plus, tantôt moins qu'il ne comporte. Elle désigne 1° le genre pour l'espèce : les mortels pour les hommes ; 2° la partie pour le tout : cent voiles pour cent vaisseaux ; et le tout pour la partie : " le peuple qui boit la Seine; » 3° le singulier pour le pluriel: Y Américain pour les Américains; 4° le nom de la matière pour la chose qui en est faite : « Vairain sacré qui retentit, » pour désigner la cloche.

L'antonomase, ou substitution de mot, remplace un nom commun par un nom propre, ou un nom propre par un nom commun; on dit un Cicéron pour désigner un bon orateur, ou bien l'on met- ['orateur romain au lieu de nommer Cicéron.

L'antiphrase dit le contraire de la vérité. Les anciens appelaient les furies du nom d'Euménides, qui veut dire déesses bienveillantes. C'est par antiphrase qu'on dit: « modeste comme un Gascon. » C'est par antiphrase aussi qu'on avait appelé Pliilopator [qui aime son père', un Ptolémée d'Egypte qui avait empoisonné son père.

Les exemples de figures de construction et de mots que nous avons cités suffisent à montrer combien l'emploi des figures est ordinaire. Il est même

FIGURES —

des cas où elles sont nécessaires : et certaines idées ne peuvent s'exprimer qu'avec leur concours. Telles sont les idées abstraites. Elles ont besoin d"être matérialisées, en quelque sorte, par les mots dont on se sert, pour arriver jusqu'à l'esprit. Comment même caractériser le style d'un écrivain, sans avoir recours à des figures? Qu'est-ce que dire d'une phrase: elle est dure, froide, languissante? ou bien, le style en est vif, rapide, etc.. sinon faire des comparaisons abrégées avec des objets matériels, ou des êtres animés, auxquels ces épithètes sembleraient devoir convenir exclusivement? Ne sont-ce pas des figures, les expressions suivantes auxquelles nous sommes tellement habitués que nous ne les remarquons même pas: « la P'hiétration de l'esprit, la rapidité de la pensée, la dureté du cœur; Y aveuglement des passions; le poids de l'autorité; le joug du despotisme; la /leur de l'âge, la glace de la vieillesse, le fardeau dos années; bouillir d'impatience, être einvré de colère, glacé d'effroi ; se be' cer d'espérances, flotter entre la crainte et l'espoir, » etc. Il ne faut donc pas médire des figures de grammaire et de rhétorique, comme on le fait trop souvent par ignorance ou par irréflexion. Quelques-unes ont, il est vraij des noms étranges pour les personnes qui n'ont pas étudié les langues anciennes, mais toute science a besoin de ses mots techniques, et il est plus facile de se moquer des catnchrèses que de s'en passer. Que seraient, en effet, l'éloquence f't la poésie, si l'art n'avait pas à sa disposition cette ressource précieuse qui, seule, donne de la force et de la vivacité à l'expression du sentiment et de la pensée?

Hâtons-nous toutefois de faire des réserves. Il est facile d'abuser des figures et de les employer d'une façon vicieuse. C'est un défaut que de bons écrivains eux-mêmes n'ont pas toujours su éviter. On connaît le mot d'Henri IV : « Je veux que tous les dimanches, chaque paysan puisse mettre la poule au pot. » Est-il rien de plus déplacé que do rendre cette pensée par ces périphrases ambitieuses :

Je veux que dans ces jours consacrés au repos, L'hôte laborieux des modestes hameaux, Sur sa tab'e moins humble, ait, par ma bienfaisance, Quelques-uns de ces mets réservés à l'aisance.

On cite encore comme exemple de périphrases énigmaiiques ces vers où de Belloy, l'auteur de la tragédie le Siège deCalais (l'tiô), a voulu dire que les habitants de la ville, pressés par la famine, ne trouvent même plus de chiens pour se nourrir :

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