I-e plus vil aliment, rebut de la misère
Mais aux derniers abois ressource horrible et chère,
De la fidélité respectable soutien,
.Manque à l'or prodigué du riche citoyen.
L'auteur "a reculé devant le mot chien, il a cru embellir ses vers, il a fait une phrase ridicule, on peut même ajouter : inintelligible. Cependant ii connaissait ces vers si justes de Molière où Alceste, le misanthrope, critique avec tant de raison l'abus des figures et s'exprime ainsi :
Ce style figuré, dont on fait vanité
Sort du bon cara'"'èie et de la vérité;
Ce n'est que jeu de mots, qu'affectation pure.
Et ce n'est point ainî-i que parle la nature.
L'emploi abusif des figures, le goût pour les périphrases, se remarquent souvent dans la conversation et le style des personnes qui ont une demiinstruction, surtout si elles se trouvent en présence de gens plus instruits. Elles veulent montrer qu'elles sont aussi initiées au beau langage, et ne point paraître au-dessous de leurs interlocuteurs. Au lieu de se contenter d'exprimer simplement des idées simples, elles vont alors cherciier des tournures prétentieuses et guindées, elles usent
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de métaphores et de périphrases alambiquées. Elles croient éblouir leurs auditeurs, elles les font rire à leurs dépens. Elles ne peuvent se résigner à dire Pans : elles l'appellent la capitale de la France, le foyer des lumières. Si elles écrivent au maire de leur village, elles trouvent vulgaire de le désigner par son titre, elles le traitent de preniier inagistrat municipal. Enfin elles espèrent qu'on leur supposera d'autant plus de science et d'esprit, qu'elles parleront d'une façon moins simple et moins naturelle. C'est de leur part un manque de jugement; La Bruyère ajoute même : un manque d'esprit.
Aussi nous ne pouvons mieux conclure cet article, qu'en reproduisant la fin du passage cité plus haut, où ce grand écrivain donne de si sages conseils, et sous une forme si piquante, à ceux qui ne veulent pas parler simplement, qui emploient à tort et à travers les figures de style. « Une cliose vous manque, dit-il, Acis, à vous et à vos semblables, les diseurs de phébus (paroles prétentieuses) ; vous ne vous en défiez pas, et je vais vous jeter dans l'ctonnement. Une chose vous manque, c'est l'esprit: ce n'est pas tout; il y a en vous une chose de trop, qui est l'opinion d'en savoir plus que les autres : voilà la source de votre pompeux galimatias, de vos phrases embrouillées et de vos grands mots qui ne signifient rien. Vous abordez cet homme, ou vous entrez dans cette chambre ; je vous tire par votre habit, et je vous dis à l'oreille : no songez pointa avoir de l'esprit, n'en ayez point, c'est votre rôle : ayez, si vous pouvez, un langage simple, et tel que l'ont ceux en qui vous ne trouvez aucun esprit; peut-être alors croira-t-on que vous en avez. » [Victor Cucheval.]
FLEUR. — Botanique. VIII. — On appelle fleur, chez les végétaux phanérogames, une réunion d'orgaufs repi'o ucteurs, accompagnés ou non d'enveloppes destinées à les protéger. L'ensemble des pièces protectrices d'une fleur est désigné sous le nom de périanthe.
1. Organes reproducteurs. — Les organes reproducteurs, chez les végétaux phanérogames, sont de deux ordres : les organes mâles (c') désignés sous le nom d'étamines, les organes femelles (?) désignés sous le nom de pistils.
['ne étamine est formée de deux parties : un pédicelle de longueur variable, nommé ftlet, portant une glande nommée anthère. Cette glande est creusée de deux ou trois sacs, dans lesquels sont contenus les gravis de pollen. Le tissu qui agglutine les loges de l'anthère reçoit le nom de co>inectif. Les grains de pollen sont de petites cellules libres ou agglutinées par deux, par quatre, par huit ou en plus grand nombre ; une agglomération de grains de pollen est une ; 0/ inie. Chaque grain de pollen présente une paroi cellulaire souvent différenciée en zones douées de propriétés différentes : les zones extérieures, rigides, imperméables, désignées parle mot exme; les zones intérieures, élastiques, perméables, nommées intine. Le contenu protoplasmique des grains de pollen, ou substance fécondante du végétal, est souvent désigné sous le nom de fovilla. A l'époque de la fécondation, les parois des sacs de l'anthère se perforent ou se déchirent pour mettre en liberté les grains de pollen : cette opération a reçu le nom de pollinisation. En général, les anthères d'une fleur sont indépendantes les unes des autres; parfois néanmoins elles sont plus ou moins adhérentes, et sont alors dites si/ngénèses. Les filets de plusieurs étamines voisines sont ordinairement libres; plus rarement ils adhèrent les uns aux autres : alors ils sont dits adelp'œs. Selon que les étamines d'une fleur, ainsi adhérentes par leurs filets, forment un, deux, ou plusieurs groupes, elles sont dites mono, di, polgadelphes. Le transport du pollen sur le pistil peut s'opérer à l'aida
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du vent : fréquemment alors les grains de pollen sont pourvus d'ailes; ou bien, ce qui semble la règle générale dans la nature actuelle, ce transport a lieu par les insectes, lorsque ceux-ci viennent butiner dans les fleurs ; plus rarement le pollen est lancé sur le pistil par le mouvement de contractilité que possèdent quelques étamines.
La partie essentielle glandulaire du pistil est nommée ovule. Cette glande se montre soit comme un mamelon cellulaire arrondi, sans enveloppe spéciale ; soit plus ordinairement comme un mamelon revêtu par un ou deux replis membraneux nés de sa base. Le mamelon cellulaire central de toute glande femelle, si simple soit-il, est le nuceile ; les téguments qui le revêtent parfois ont reçu, l'extérieur le nom de primiiie, l'intérieur celui de secondine. Il importe de signaler cette différence entre la nomenclature et la réalité, à savoir que lors du développement des replis tégumentaires de l'ovule, celui des deux replis qui se forme le premier est la secondine. Lorsque l'ovule, au lieu de présenter deux enveloppes protectrices spéciales, n'en présente qu'une, celle-ci est désignée par le nom de tégument, sans qualificatif. L'ouverture de la coupe formée par la primine s'appelle exostome; celle de la secondine, endostome. L'ensemble de l'exostome et de l'endostome forme le canal micropi/laire; l'orifice extérieur de ce canal est appelé micropyle. Lorsque l'endostome et l'exostome ne se correspondent pas directement, l'ovule est hétérotrope. La base de l'ovule s'appelle hile. Tout ovule droit est dit orthotrope ; les ovules com-bés sont dits anatropes. Les ovules orthotropes ne se rencontrent que très rarement en dehors du groupe des végétaux phanérogames gymnospermes. Dans les ovules anatropes, on appelle raphé les faisceaux qui se répandent dans l'ovule, chaliise le point d'épanouissement de ces faisceaux dans l'ovule. Les cellules sécrétées par les glandes ovulaires se nomment vésicules embryonnaires : ce sont des cellules à parois épaisses, presque fluides, qui se laissent facilementperforer par le boyau poUinique.
:Deux cas doivent être soigneusement distingués dans l'étude des parties accessoires de l'appareil pistillaire, selon que l'ovule joue en plus de son rôle particulier celui d'appareil collecteur et incubateur des grains de pollen, ou selon que ce rôle est rempli par un organe particulier, distinct des ovules et les enveloppant. Lorsque l'ovule joint à sa fonction particulière le rôle d'appareil collecteur et incubateur des granules polliniques, nous avons affaire aux végétaux phanérogames gymnospermes : dans l'autre cas nous avons affaire aux végétaux phanérogames angiospermes. Chez les végétaux gymnospermes, à l'extrémité supérieure du nucelle se forme, par déchirement des tissus de cette région de l'ovule, une cavité dans laquelle les grains de pollen viennent s'accumuler ; ce n'est qu'au bout de plusieurs mois qu'ils semblent sortir de leur torpeur, et qu'ils émettent les boyaux polliniques (V. Conifères). Chez les végétaux angiospermes, les ovules sont enfermés dans une cavité désignée .sous le nom à! ovaire. Les parois de l'ovaire se prolongent en un tube ou style, terminé supérieurement par une coupe ou cornet, le stigmate. La surface de la coupe stigmatique est couverte d'un duvet papilleux formé de très petites glandes, qui laissent exsuder une liqueur sucrée et visqueuse à laquelle les grains de pollen adhèrent fortement. Cette humeur provoque bientôt le gonflement, puis la germination des grains de pollen. Le boyau pollini(iuo, émis par le pollen à la surface du stigmate, parcourt le canal stylaire dans toute son étendue ; il est nourri pendant ce trajet par le tissu du style ; il entre dans la cavité ovarienne ; et selon que les ovules enfermés dans cotte cavité sont orthotropes ou anatropes.
le tube pollinique descend directement dans les micropyles, ou bien il suit la paroi ovarienne et rampe sur les ovules avant de pénétrer dans leur intérieur. La région glanduleuse de l'ovaire qui porte les ovules est nommée placenta.
On rencontre souvent, à la base du pistil, des glandes à nectar, ou nectaires, qui sécrètent un suc mielleux : ces organes spéciaux, de même que les vives couleurs qu'oiïre d'ordinaire le périanthe, ne sont pour la plante que des moyens d'attirer les insectes, dont l'intervention facilite le transport du pollen sur le stigmate.
2. PériantJie. — Par le nom de périanthe, nous avons désigné l'ensemble des pièces qui servent à protéger spécialement les organes reproducteurs des plantes; chaque pièce du périanthe est un tépale. Lorsque les pièces d'un périanthe se laissent facilement distinguer en enveloppes extérieures vertes et enveloppes intérieures brillamment colorées, la partie extérieure du périanthe est nommée calice et ses pièces constituantes sont alors des séimles; la partie intérieure du périanthe a nom corolle, et les pièces de la corolle sont nommées pétales. Extérieurement à la corolle et au calice, on trouve parfois des enveloppes accessoires nommées calicules, dont les pièces constituantes ont nom bractées, bractéoles, etc. Toutes les pièces f|ue nous venons de nommer peuvent exister ou faire défaut; ce dernier cas est connu sous le nom ûapétali'^; lorsque ces pièces existent, elles peuvent être libres et indépendantes, ou au contraire elles peuvent adhérer entre elles sur une longueur variable. Lorsque les pièces d'un calice sont adhérentes, celui-ci est dit gamosépale ou ^mais très improprement) mon^>sépale ; lorsque les pièces d'un calice sont libres, celui-ci est nialysépale; on dit parfois, mjis à tort, polysépale. Lorsque les pièces de la corolle sont adhérentes, celleci est gamopétale (ou monopétalei ; lorsque ces mêmes pièces sont distinctes, la corolle est dialypétate {ovl polg pétale).
.3. Disposition des parties dans la fleur. — Réduite h sa plus grande simplicité, la fleur ne comprendra qu'une étamine ou qu'un pistil; plus compliquée, chaque fleur contiendra un certain nombre d'organes mâles ou d'organes femelles; si elle se complique encore, les organes reproducteurs seront enveloppés par un périanthe ; enfin, comme dernier terme de complication, dans l'intérieur d'un périanthe différencié en calice et corolle, nous trouverons les organes reproducteurs des deux sexes, étamines et pistil. Selon que les fleurs sont unisexuées, ou au contraire qu'elles réunissent les deux natures d'organes reproducteurs, elles sont, dans le premier cas, diclines, dans le second, hermaphrodites.
Les plantes à fleurs diclines sont divisées en plantes monoïques et eu plantes dioiques, selon que les fleurs à étamines et les fleurs à pistil sont portées par le môme pied ou qu'elles sont portées sur des pieds différents.
Dans une fleur aussi compliquée que possible, on rencontre, en allant de la périphérie au centre : 1° le calice; 2° la corolle; 3" les étamines, dont l'ensemble a reçu le nom à'androcée ; 4° au centre de la fleur, les pistils, dont la réunion forme le (jynécée. Les pièces de chacune des régions d'une fleur complète sont disposées tantôt sur un, tantôt sur plusieurs rangs ; chaque rang a reçu le nom de veriicille floral. Les pièces de chaque verticille floral sont disposées tantôt sur un cercle, tantôt sur une ligne spirale. Quelle que soit leur disposition, il est de règle qtie les pièces de deux verticilles floraux consécutifs alternent régulièrement entre elles; aussi les pétales alternent avec les sépales, les étamines avec les pétales, etc., et par suite les étamines sont généralement superposées directement aux sépales.
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La règle ci-dessus offre pourtant un assez grand nombre d'exceptions. Certaines dispositions particulières de quelques fleurs méritent d'être mentionnées; telles sont : les androcécs didynames^ composés de quatre étamines, dont deux sont plus grandes que les autres ; les androcées tétradynames, composés de six étamines, dont quatre sont plus longues que les deux autres ; les androcées gynandres, ainsi nommées parce que les anthères sont fixées sur la surface des pistils adhérents entre eux. Dans une fleur on nomme réceptacle la surface sur laquelle s'insèrent les différentes parties de la fleur. On distingue trois modes principaux dans la disposition de l insertion des pièces d'une fleur : 1° Vinsertio7i hypouyne, dans laquelle les étamines viennent s'insérer sur le réceptacle au-dessous du gynécée: les ovaires sont dits libres ou supères; 2° Vinserlion épigyne, dans laquelle les étamines viennent s'insérer cm sommet du gynécée : les ovaires sont alors adhérents ou infères; 3° V insertion périgyne, que M. Brongniart a réunie à l'insertion êpigyne, dans laquelle les étamines sont insérées sur ia corolle et autour du gynécée. Ce dernier mode d'insertion, assez mal défini, sert de transition entre l'insertion épigyne et l'insertion hypogyne. Selon les formes particulières qu'affectent le calice et la corolle, certaines fleurs ont reçu des noms spéciaux; mais cette nomenclature est beaucoup trop compliquée pour trouver place ici.
4. Théorie de In métamorphose. — En examinant une fleur de nymphéa, de magnolia ou de renoncule, on remarque facilement qu'on passe pour ainsi dire par une transition insensible des feuilles les mieux caractérisées de la plante aux bractées; de celles-ci, toujours par une gradation des mieux ménagées, on passe aux sépales du calice, puis aux pétales de la corolle, et enfin aux étamines. Si, par une cause quelconque, le développement de la fleur est entravé, on remarque souvent, à la place des étamines, de petites feuilles. Ce que nous disons des étamines arrive également pour les sépales, les pétales, les bractées ; il semble donc légitime de conclure de cette étude superficielle que les bractées, les sépales, les pétales, les étamines ne sont que le résultat de la transformation des feuilles de la plante. En raisonnant par continuité , nous serions conduits à admettre que les pistils sont formés par des feuilles reployées en cornet et portant sur leurs bords les ovules. Cette manière de voir semble d'ailleurs pleinement justifiée par de nombreux exemples de pistils remplacés par des feuilles dont les bords étaient garnis de corps comparables à des ovules, voire même de véritables ovules. Toutefois, il faut bien le dire, cette théorie de la constitution foliaire de la fleur est loin d'être démontrée pour toutes les fleurs. Elle est due en partie aux observations de Gœthe, et a été complétée par les travaux de Moquin-Tandon, d'Auguste Saint-Hilaire, qui ont admis qu'une pièce quelconque de la fleur pouvait, quand besoin était, se dédoubler radialement et tangentiellement, ou au contraire se souder aux pièces voisines. Toute métamorphose qui a pour eS'et de rendre à une pièce de la fleur la structure foliaire primitive, est appelée métamorphose régressive; inversement toute métamorphose qui a pour effet d'élever pour ainsi dire le degré de transformation d'un organe, est appelée métamorphose transgressive; tel serait le cas pour un pétale transformé en étamine.
Puisque le gynécée, de même que l'androcée, est composé de feuilles transformées, la manière dont ces folioles se réunissent entre elles présente quelque intérêt. En premier lieu les feuilles ovariennes, nommées carpelles, repliées en cornet, sont adhérentes l'une à l'autre par leur face inférieure; il en résulte un gynécée pluriloculaire
(à plusieurs loges ou compartiments), dans lequel les ovules occupent l'angle central de chaque loge. La placentation, c'est-à-dire la disposition des ovules sur le placenta, est dite axile; les styles sont d'ailleurs plus ou moins confondus en une colonne unique. D'autres fois les carpelles non fermés adhèrent les uns aux autres par leurs bords, les ovules sont insérés sur les parois d'une grande cavité centrale ; l'ovaire est uniloculaire, et la placentation est pariétale. On distingue encore sous le nom de placentation centrale libre une disposition dans laquelle, au centre d'un ovaire uniloculaire, on voit se dresser une colonne libre chargée d'ovules. Jusqu'ici la théorie de la métamorphose n'a pas expliqué cette disposition d'une manière satisfaisante.
En résumant notre sentiment sur la théorie de la métamorphose, nous dirons qu'elle ne nous paraît pas rendre suffisamment compte des faits observés.
5. Diagramme de la fleur. — On appelle diagramme ou plan de la fleur un dessin sur lequel les différentes pièces de la fleur sont indiquées dans l'ordre et les rapports qu'elles aff'ectent dans le bouton. Selon les auteurs, les diagrammes donnent plus ou moins de détails sur la fleur qu'ils représentent ; plus ils donnent d'indications, plus ils sont compliqués. Les points principaux à indiquer sont : 1° le nombre des pièces de chaque verticille floral; 2° les rapports des pièces entre elles dans le bouton; 3° la déhiscence des anthères; celles-ci sont dites inirorses lorsqu'elles s'ouvrent vers le gynécée, extrorses lorsqu'elles s'ouvrent vers la corolle; 4° le nombre des loges de l'ovaire; 5° la placentation ; 6° l'orientation par rapport à l'axe qui porte les fleurs.
6. Fleuraison. — La fleuraison ou la production des fleurs est déterminée par diverses Influences telles que l'âge du sujet, une disposition naturelle qui lui vient de ses ancêtres, la fatigue, le pincement, la taille en vert. Parmi les influences extérieures qui influent peut-être le plus sur la fleuraison, il faut citer au premier rang la chaleur. La durée de la fleuraison varie d'une espèce à l'autre; dans certains genres elle est très rapide ; ailleurs elle dure presque toute l'année : telle est la vigne dans les pays chauds. En dressant dans un pays déterminé la liste des plantes selon l'époque à laquelle chacune d'elles fleurit, on forme un calendrier de Flore. De même, si l'on note les heures auxquelles les diS'érentes fleurs s'épanouissent dans la journée, on a une horloge de Flore. Linné a qualifié de fleurs éqidnoxiales certaines fleurs qui peuvent s'ouvrir et se fermer plusieurs fois ; les équinoxiale'i sont diurnes ou nocturnes selon qu'elles s'ouvrent le jour ou la nuit; ces alternatives d'épanouissement et de fermeture des fleurs sont désignées parfois sous le nom de sommeil des plantes. Un petit nombre de fleurs seulement se montrent sensibles à l'état hygrométrique de l'air : tel est le Calendula pluvialis. L'épanouissement des fleurs est souvent accompagné de l'émission d'odeurs et de chaleur; ainsi, d'après M. Rivière, le Cuttleya bulbosa fait sentir son odeur suave de six heures à onze heures du matin; YAnyrecum distichum est odorant de onze heures du matin à six heures du soir; Y Amorp/v phallus Rivieri répand une odeur infecte jusqu'au moment de la pollinisation. Quant h la production de chaleur pendant la fleuraison, M. Duchartre, Lamarck, et Sénebier dès 1777, ont constaté un excès de température de 9° sur le milieu ambiant dans une inflorescence à' Arum Italicum; Hubert vit le thermomètre diifôrentiel dépasser 2à° dans une inflorescence de Colocasia Boni, autre espèce d'aroîdée.
Pour tout ce qui concerne la disposition des groupes de fleurs, V. Inflorescence.
[C.-E. Bertrand.]
FLUOR
FORCE
FLUOR. — Chimie, VIII. — Ce nom, emprunté à l'ancienne chimie, avait autrefois une .signification vague ; on l'appliquait aux acides très liquides et à certaines substances minérales so lides, mais susceptibles de fusion, comme le spatii fluor. On disait même «/cfl/« volatil fluor, pour désigner l'ammoniaque en dissolution dans l'eau. Les diverses significations de ce mot venaient de son étymologie latine (le verbe fluo, qui veut dire couler) .
Aujourd'hui on appelle fluor, en chimie, un corps simple de la famille du chlore, dont les propriétés sont très peu connues, parce qu'on l'isole très difficilement et qu'il attaque tous les corps avec lesquels il vient à être en contact. M. Louget et M. Frémy passent cependant pour l'avoir isolé. Il est gazeux.
Spath fluor. — On donne en minéralogie le nom de spath fluor hune pierre blanche assez commune, dont la composition chimique est «analogue à celle du chlorure de calcivm, le chlore de celui-ci s'y trouvant remplacé par le fluor. Le spath fluor est donc un fluorure de calcium. Quand on le traite par l'acide sulfurique concentré, après l'avoir pulvérisé, il s'en dégage, même à froid, mais surtout quand on chauffe tant soit peu, des vapeurs blanchâtres qui attaquent instantanément le verre; ce sont des vapeurs d'acide fluorhydrique s'hydratant €n arrivant à l'air; il reste, dans le vase où l'opération s'est faite, du sulfate de chaux. La réaction €st tout à fait analogue à celle qui se passe quand on traite un chlorure par l'acide sulfurique ; c'est ce qui a fait considérer les fluorures comme contenant un radical simple de la famille du chlore, avant môme qu'on ne l'eût isolé.
Acide fluorhydrique. — On l'appelait autrefois acide fluorique, parce qu'on le supposait oxygéné. C'est un gaz qu'on peut obtenir facilement liquide, ou bien en dissolution dans l'eau ; liquide, il bout à 25° et donne à 1 air d'épaisses fumées blanches, très piquantes et mauvaises à respirer. Une goutte de l'acide liquide tombant dans l'eau y produit un petit sifflement. Les vapeurs d'acide fluorhydrique attaquent instantanément le verre en le décomposant, ainsi que la porcelaine et les métaux avec lesquels il forme des fluorures qui ont de grandes analogies chimiques avec les chlorures, les bromures, les iodures et même avec les cyanures.
Préparution de l'acide fluorhydrique. Gravure sur verre. — On a utilisé la très rare propriété qu'a ce corps d'attaquer le verre et la silice pour graver sur verre. On s'en sert surtout pour graver les cloches, les éprouvettes, les thermomètres.
Pour obtenir l'acide fluorhydrique liquide, on chaufi'e un mélange de spath fluor pulvérisé et d'acide sulfurique dans une cornue de plomb, formée de deux parties qu'on adapte hermétiquement après l'introduction de ces matières dans la partie inférieure de la cornue; le col recourbé est refroidi dans de la glace; on chaufi'e doucement au bain de sable. On remplace quelquefois le spath fluor par de la créolitke, fluorure double d'aluininium et de sodium, assez commun au Groenland.
L'acide ainsi obtenu est conservé dans des flacons de plomb, ou mieux encore dans des flacons de guttapercha. Quand on veut l'avoir en dissolution, on met quelques gouttes d'eau dans la partie refroidie du col de la cornue. Quand on veut l'obtenir à l'état de vapeur pour graver sur verre, on chauffe le même mélange au bain de sable, dans une capsule de plomb au-dessus de laquelle on expose, les objets préparés.
Il est bon, dans toutes ces opérations, d'avoir les mains gantées de gants de caoutchouc, car l'acide fluorhydrique irrite fortement la peau.
Pour graver sur verre, on recouvre l'objet d'une
mince couche de cire ou d'un vernis spécial appelé vernis des graveurs, puis avec un burin d'acier on enlève la cire ou le vernis sur les traits qui forment le dessin que l'on veut obtenir. Le verre, étant mis à. nu, sera attaqué par l'acide, et restera intact sous la couche de cire, qu'on enlève après l'opération par un lavage à l'essence de térébenthine. Les dessins ainsi obtenus sont opaques et très visibles. Si, au lieu d'exposer l'objet ainsi préparé : ux vapeurs anhydres d'acide, on lave le dessin avec la dissolution aqueuse du même acide, l'action sur le verre est différente : les traits sont creux, mais transparents et beaucoup moins visibles que par le premier procédé.
Action de l'acide fluorhydrique sur l économie animale. — C'est le plus énergique des poisons dits irritants. Une goutte qui reste quelques secondes sur la peau y produit une inflammation ; un peu plus tard il s'y forme une pustule profonde, entourée d'une auréole rouge, et enfin un ulcère qui ne guérit qu'après une longue suppuration. Si les mains restent trop longtemps exposées à son action, il se produit, à l'extrémité des doigts, un gonflement très douloureux qui peut durer plusieurs heures (Wurtz). Etendu d'eau, il perd, comme les autres acides, la plupart de ses qualités dangereuses. [Alfred Jacquemart.]
FUIE. — V. Digestion.
FORCE. — Physique, II. — On nomme force toute cause qui met en mouvement un corps d'abord au repos ou qui le ralentit et l'arrête s'il était en mouvement. Il est facile de se convaincre que chaque fois qu'un corps se meut, il y a une cause particulière en dehors de lui qui a déterminé ce changement dans son état: si l'on arrête l'eau f|ui va frapper une roue de moulin, celle-ci cesse de tourner et ne reprend son mouvement que quand l'eau retombe sur ses palettes ou qu'on agit sur 'elles d'une autre manière. Il n'est pas moins évident qu'un corps en mouvement ne peut pas, de lui-même, modifier ce mouvement, et que s'il se ralentit ou s'arrête, c'est que des résistances extérieures sont venues s'interposer ; il suffit de faire rouler la même boule d'abord sur un sol caillouteux, puis sur un plancher uni, puis enfin sur un plan poli, et de constater que son mouvement est rendu plus facile à mesure que les aspérités diminuent. On peut donc énoncer ce principe expérimental, que tout corps est impuissant à modifier de lui-même son état de mouvement ou de repos; et les forces peuvent être définies les causes de mouvement ou de modification du mouvement.
Les forces difi'èrent entre elles par leur origine. Elles peuvent provenir de l'action musculaire de l'homme ou des animaux, de l'action d'un corps déjà en mouvement qui en rencontre un autre, comme dans le cas d'une quille qui se meut sous l'action de la boule qui l'a frappée. Ou bien encore c'est l'élasticité qui entre en jeu, comme dans un ressort d'acier tendu qui se déroule. Enfin ce peut être la cause inconnue de l'électricité qui provoque le mouvement des corps légers, ou celle des aimants capables d'attirer le fer et l'acier.
Quelle que soit leur diversité d'origine, les forces produisant toutes le même effet sur les corps, c'està-dire le mouvement ou l'arrêt du mou\ement, peuvent être comparées les unes aux autres. Qu'un petit chariot soit placé sur une table, on pourra lui imprimer un certain mouvement en le poussant avec la main, en le tirant à l'aide d'un poids suspendu à une corde passant sur une poulie et fixée au chariot par une de ses extrémités; le môme mouvement pourra encore être obtenu par un ressort tendu poussant le petit chariot et même par un aimant attirant un morceau de fer convenablement placé. Ces forces pourront être plus grandes les unes que les autres. Ce sont donc des quantités que 1 on peut mesurer en les comparant
FORCE
FORCE
à l'une d'entre elles prise pour unité. C'est la pesanteur que l'on a choisie pour terme de comparaison. Suivant leur volume et leur nature, les corps pèsent plus ou moins, produisent par l'effet de leur poids des pressions ou des tractions plus ou moins considérables. On prend pour unité de force l'effort avec lequel un poids de 1 kilogramme tend le cordon auquel on le suspend, de sorte qu'une force qui en agissant de bas en haut soutient un poids de 10 kilogrammes est égale à 10 fois l'unité de force. On peut donc évaluer les forces en kilogrammes: tout se réduit à connaître combien il faut de kilogrammes pour obtenir la même pression ou la même traction que celle développée par la force à mesurer.
Pour effectuer cette comparaison , bien des moj'ens peuvent être employés ; le plus simple est de prendre le dunamomètre ou peson à ressort. C'est une lame d'acier recourbée en forme de V, dont les deux branches se rapprochent quand on les tire, et reprennent leur première distance, en vertu de leur élasticité, quand on les abandonne. A l'extrémité de chaque branche est fixé un arc de cercle en fer qui passe librement dans l'autre branche, et dont l'un d'eux porte une graduation qui indique le rapprochement des deux branches. On suspend le peson par un de ses crochets, et en mettant à l'autre successivement des poids de 2, 3, 4 kilogrammes, etc., on marque sur l'arc les points où s'est arrêtée la branche. Après cette graduation, pour évaluer une force il suffit de la faire agir au crochet où étaient les poids : elle rapproche les deux branches comme le faisait le poids auquel elle est équivalente. En modifiant la forme et la puissance de cet appareil, on a pu estimer des forces très diverses et trouver que l'effort musculaire des deux mains d'un homme tirant sur le ressort est d'environ 50 kilogrammes, que l'effort de traction d'un cheval approche de 300 kilog.
Dans toute force on distingue trois choses : l'intensité, c'est-à-dire l'énergie avec laquelle la force agit et que l'on exprime en kilogrammes ; \e point d'application, c'est-à-dire le point du corps sur lequel la;, force produit directement son effet; la direction, ou la ligne droite suivant laquelle la force tend à entraîner et entraîne réellement son point d'application si elle agit seule sur le corps.
Il résulte de ces notions que Ton peut représenter les forces par des lignes droites. Le point de départ de la ligne indique le point d'application, sa direction donne celle que la force ferait suivre au corps, etenfin sa longueur contient autant de fois une longueur unité que l'intensité de la force contient de fois l'unité de force, c'est-à-dire le kilogramme.
Forces concourantes et i^ésultante. — Il arrive le plus souvent que le même corps est sollicité à la l'ois par plusieurs forces : ainsi une voiture attelée de trois chevaux, un bateau tiré à l'aide de cordes par deux hommes marchant sur les rives opposées d'un canal; dans ce cas, le corps ne prend qu'un seul mouvement, bien qu'il obéisse à la fois à tous ceux que chaque force seule lui imprimerait. Ce mouvement unique pourrait lui être communiqué par une force unique convenablement choisie ; c'est cette force, qui à elle seule pourrait produire le même effet que toutes les autres, qu'on appelle leur résultante; celles-ci sont les composa'/ tes. Dans bien des cas, la résultante n'existe pas réellement, elle n'est qu'idéale ; mais sa considération " aide beaucoup à l'étude de l'effet des forces.
Il est de toute évidence que quand plusieurs forces concourantes, c'est-à-dire appliquées au même point, ont la même direction, leur effet s'ajoute intégralement, et leur résultante, dirigée comme elles, est égale à leur somme. Si les forces qui concourent sont, les unes d'un sens, les autres dn sens opposé, leur résultante e-: égale h la
somme des unes diminuée de la somme des autres, et elle est dirigée dans le sens de la plus grande somme. Cela résulte de ce que chacune des forces agit comme si elle était seule. Il est en effet facile de se convaincre par l'expérience que l'action d'une force sur un corps ne dépend en aucune manière de rétat que ce corps a pu recevoir auparavant d'autres forces: tout le monde sait que les différentes pièces d'une montre continuent à se mouvoir de la même manière les unes par rapport aux autres quand on fait subir à la montre un déplacement, comme lorsqu'on la laisse au repos.
Quand deux forces concourantes font entre elle» un angle, leur résultante est représentée en direction et en grandeur par la diagonale du parallélogramme ayant pour côtés les longueurs qui représentent ces forces. Cet important théorème, que l'on démontre en mécanique, peut être vérifié par l'expérience avec facilité. Le cas le plus simple est celui où les deux forces, que nous appelons F et F', font entre elles un angle de 90° ; le parallélogramme devient un rectangle, et sa diagonale, qui donne la direction de la résultante R des deux forces primitives, peut être facilement calculée. Si, en effet, on suppose pour F une intensité de 5 kilog.,
pour F' 12 kilog., la diagonale sera \ 5* + 12* ou 13 kilog. Le corps soumis à l'action de ces deux forces suivra donc la direction de la diagonale du rectangle qu'elles forment, et il sera tiré avec un effort équivalent à 13 kilogrammes.
Lorsqu'on sait trouver la résultante de deux forces appliquées au même point, on peut avoir celle de trois, quatre, cinq forces, etc. ; il suffit de prendre d'iibord la résultante de deux d'entre elles; puis, comme elle remplace les deux premières, on cherche sa résultante avec la troisièiiie force et ainsi de suite. On arrive ainsi à comprendre comment toutes les forces qui agissent sur un corps peuvent être ramenées d'abord à deux, et ensuite à une seule qui est la résultante de toutes.
On peut se proposer le problème inverse : décomposer une force unique en deux autres de directions données, situées dans son plan, et capables à elles deux de produire le même effet que la première. Il suffit, pour obtenir la longueur de chacune, de mener par l'extrémité de la force unique deux parallèles aux directions données qui les limitent. La décomposition d'une force en deux autres est d'un usage continuel pour reconnaître l'action d'une force qui n'agit pas dans la direction du mouvement que suit son point d'application. Ainsi un bateau est halé obliquement à l'aide d'un câble sur lequel on agit do la rive, et cependant il reste constamment parallèle au rivage et ne suit pas la direction de la force qui agit sur lui; c'est que sans cesse de l'intérieurj à l'aide du gouvernail, on fait naître une force perpendiculaire à la rive qui n'a d'autre effet que de tenir le bateau sur une direction et non de le faire avancer. Cette dernière force et celle qui représente le mouvement du bateau sont les deux composantes capables de remplacer la force appliquée le long du câble, la seule que l'on voie.
La décomposition d'une force en deux autres de directions données se résout avec facilité graphiquement ou par le calcul, quand on connaît l'angle de ces deux directions et celui que l'une d'elles fait avec la force à remplacer.
Forces parallèles. — Les forces qui agissent sur un corps solide peuvent avoir des directions parallèles : c'est le cas des deux plateaux d'une balance, qui représentent l'un et l'autre une force verticale appliquée à l'extrémité du fléau; c'est aussi le cas des deux traits d'un cheval tirant sur un palonnier. On ne peut songer à chercher la résultante par le moyen précédemment indiqué pour les forces conciurantes. la construction d'un parallélogramme
FORCE
FORCE
n'est pas possible. On a trouvé que ia résultante de deux forces purallèles a une intensité égale à leur somme quand elles sont de même sens, à leur difféi-ence si elles so>it de sens inverse; elle est parallèle aux forces et so}i point d'application partage la distance da deux autres en deux parties inversement proportionnelles aux forces. Pour fixer les idées, supposons deux forces parallèles et de même sens aux extrémités d'une barre A B ; l'une F de 5 kilog. appliquée en A; l'autre F' de 9 kilog. appliquée en B. La résultante aura une intensité de 5 + 9 ou U kilog. ; elle sera appliquée du côté de la plus grande force, c'est-à-dire du côté de B; et pour trouver son point d'application, on partagera la longueur AB en 2 parties, l'une valant 5 du côté de B, l'autre valant 9 du côté de A.
On peut d'ailleurs facilement vérifier ce résultat par l'expérien e. On prend une règle légère portant 14 divisions égales de A vers B. On suspend un poids de 5 hectogrammes en A, un autre de 9 liectogrammes en B. Il faut accrocher le dynamomètre à la division 9 de la règle et y suspendre celle-ci ; l'instrument accuse, pour la résultante des deux poids, un poids de 14 hectogrammes.
Quand les forces parallèles sont de sens contraire, il peut arriver qu'elles soient égales en intensité: alors leur résultante est nulle; et comme chaque force a néanmoins son action intégrale, si le corps n'est fixé que par un point, les deux forces ont pour efi'et de le faire tourner autour de ce point; cet ensemble prend le nom de couple. Il suffit au corps sur lequel un couple est appliqué de deux points fixes pour annuler l'effet des forces.
On peut composer en une seule, non seulement deux forces, mais un grand nombre de forces parallèles ; il suffit de chercher la résultante des deux premières, de la composer avec la troisième, et ainsi de suite. Ce problème présente quelque intérêt dans le cas où l'on considère les actions de la pesanteur sur les différentes parties d'un corps. Le point d'application de la résultante de toutes ces actions est le point qu'il faut soutenir pour que le corps ne tombe pas; c'est lui qui suit toujours la verticale quand le corps tombe ; c'est, en un mot, le ce?itre de gravité.
Les forces comparées par leurs effets. — Au lieu de ne considérer les forces que dans leur intensité et de ne les mesurer que par des poids, on peut les comparer par tous leurs effets. Elles ne sont agissantes que quand elles déplacent leur point d'application dans leur direction propre; on dit alors qu'elles travaillent. Un poids aussi lourd qu'on voudra, soutenu par un support fixe, est sans effet, il ne travaille pas. Une boule qui roule sur un plan horizontal est également sans effet, puisque son poids , qui agit de haut en bas , ne fait pas descendre le corps. Qu'un cheval soit attelé à un mur inébranlable, il pourra, en tirant, dépenser une force considérable, mais son effet sera nul puisqu'il n'y aura pas de déplacement du point d'application. Il y a donc lieu de considérer les forces d'après les mouvements qu'elles impriment aux corps sur lesquels elles agissent.
Quand une force n'agit sur un mobile que pendant un temps extrêmement court, elle est dite i7istantanée ; elle imprime au corps un mouvement qui est uniforme, si aucune autre cause ne vient le modifier.
Si au contraire la force agit pendant un temps plus ou moins long, on dit qu'elle est continue, comme la pesanteur ou la pression du vent sur les voiles d'un navire. Le mouvement produit ne peut pas alors être uniforme, il se modifie à chaque instant; et si la force continue est constante, il s'accélère ou se retarde uniformément sous son action.
On ne considère comme agissantes que le» forces qui accompagnent sans cesse le corps en mouvement, et on les suppose constantes, car on peut toujours les ramener à l'être si elles ne l'étaient pas, en partageant en petites parties le temps de leur action.
Les forces constantes peuvent alors être comparées par le travail qu'elles produisent, la quantité de mouvement qu'elles développent, ou la force vive, autrement dit l'énergie, qu'elles possèdent.
Le travail est le produit de l'intensité de la force ou de la résistance vaincue, exprimée en kilogrammes, par le chemin qu'a parcouru le point d'application sur la direction de la force, exprimé en mètres. On se rend compte, en effet, que la force dépensée croît en proportion du parcours et qu'elle croît aussi en proportion de la résistance surmontée. Une force de lo kilogr. transportant à 4 mètres la résistance sur laquelle elle agit, développe un travail exprimé par 15X4. Un poids de l.D kilogr. tombant de 4 mètres de hauteur a acquis une certaine vitesse sous l'action de la pesanteur; celle-ci a produit un travail aussi représenté par 15 X 4. Une autre force de li kilogr. transportant sa résistance à 5 mètres a produit un travail équivalent 12 X 5.
L'unité de travail est le kilogr ammètre, ou la force nécessaire à élever à un mètre de hauteur un poids d'un kilogr. Dans les fortes machines, on se sert dune unité plus considérable, le cheval-vapeur, qui vaut 75 kilogrammètres, et quand on parle d'une machine à vapeur de 10 chevaux, on veut dire que la force avec laquelle la vapeur y agit sur les organes moteurs est égale à celle qui élèverait un poids de 750 kilogr. à 1 mètre de hauteur en une seconde.
La quantité de mouvement est une idée moins simple que l'idée de travail. C'est le produit de la masse du corps sur lequel agit une force constante, par l'accélération que cette force lui imprime. Pour comprendre comment ce produit peut servir à mesurer ou à comparer les forces, il faut remarquer que de deux forces constantes F et F', la seconde doit être double de la première si elle imprime à une même masse une accélération double, et triple de cette première si elle agit surung masse trois fois plus grande pour produire une mêm^ accélération. On conclut facilement que si la force F ■ agit sur une niasse triple et lui imprime une accélération double de celle que la force F imprime à unemasse unité, la force F' devra être 3 X'* ou6fois plus forte que la force F. Elle est donc mesurée, par rapport à la première, par le produit de la masse par la vitesse imprimée au mobile.
La force vive, ainsi appelée par Leibnitz, par opposition au nom de force morte qu'il appliquait à une force ne produisant pas de mouvement, est le produit de la masse du corps en mouvement par le carré de sa vitesse. A un poids double d'un boulet heurtant un mur correspond un choc de valeur double ; à une vitesse double correspond un choc de valeur quadruple ; de sorte que de deux boulets, l'un double de l'autre et marchant avec une vitesse double du premier, la puissance d'effet du second sera 2 x 2^ ou 8 fois plus considérable que celle du premier.
On rattache facilement la force vive aux deux notions précédentes en y introduisant la notion du temps : elle représente alors le double du travail que la force accomplit pendant une seconde en agissant sur un corps entièrement libre. Mais elle a sur l'expression de travail et sur celle de quantité de mouvement un avantage, c'est de désigner la puissance mécanique ou, comme on dit souvent, l'énergie qu'une force peut développer, totalement ou en partie, quand elle agira, tandis que les deux dernières expressions ne conviennent qu'à l'étal d'activité de la force agissante.
Réaction. — Chaque fois qu'un corps soumis à
FORETS
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l'aclion d'une force agit sur un autre pour le presser, le distendre ou le mettre en mouvement, le second réagit dans un sens directement opposé sur le premier et avec la même intensité. Ei ce résultat a lieu aussi bien dans l'état de mouvement que dans l'état d'équilibre. Ainsi un homme qui fait monter un poids de lOO kilog. en tirant une corde qui passe sur une poulie, exerce un effort égal seulement à lOO kilog. (si l'on néglige le frottement de la poulie), comme s'il ne faisait que soutenir le poids sans l'élever. Si la corde qui soutient le poids est attachée à un obstacle fixe, ce dernier représente par sa résistance l'effort exercé. Un aimant attire le fer; si le fer est fixe, c'est l'aimant qui marche; s'ils sont tous deux mobiles, sur deux flotteurs de liège, ils marclient l'un vers l'autre. Ainsi donc, comme Newton l'a le premier précisé, quand deux corps agissent l'un sur l'autre, la réaction est égale et contraire à l'action.
Expériences et applications. — 1. Enlever à la main un corps lourd. Pour estimer l'effort ainsi exercé, faire passer sur une poulie suspendue la corde attachée à ce corps et, au bout libre de la corde, attacher un petit plateau où l'on mettra des poids jusqu'à ce que le mouvement d'élévation du corps soit, sous l'influence de ces poids, à peu près le même qu'il était.
2. Placer deux aimants de manière qu'ils fassent un angle, et vers le sommet de l'angle une petite balle de fer ; en supprimant successivement l'action de chaque aimant, constater que la balle obéit à l'aimant resté ; quand les deux aimants agissent ensemble la balle suit une direction que l'on marque et que l'on reconnaît être la diagonale du parallélogramme construit sur les deux premières directions.
3. Tirer un corps à deux, suivant deux directions angulaires : le corps suit une direction plus voisine de la plus grande force que de l'autre.
4. Faire passer une corde sur deux poulies fixes suspendues à une certaine distance l'une de l'autre; suspendre au milieu de la corde un poids de 4 kilogrammes, à l'une des extrémités 1 kilogramme et à l'autre un poids de 2 à 3 kilogrammes qui établisse l'équilibre. Faire mouvoir les deux poids extrêmes et constater la direction que suit le poids central.
5. Suspendre à un dynamomètre une romaine chargée et déjà équilibrée qui porte sur son plateau un poids de 4 kilogrammes. Constater qu'elle indique au dynamomètre ce poids, augmenté de celui de son curseur et de celui de la romaine, et que ces trois forces verticales ont ainsi une résultante égale à leur somme.
6. Poser sur un support une règle légère dont les deux bouts sont inégalement chargés, et vérifier que le point d'appui partage la règle en deux parties inversement proportionnelles aux poids.
7. Pour vérifier le mouvement qu'imprime à un corps un couple, suspendre à une liceîle un vase muni à sa portion inférieure de deux tubes diamétralement opposés, recourbés et ouverts. Verser de l'eau dans le vase : elle s'écoule par les deux ouvertures latérale^., et le vase tourne d'un mouvement continu rHaraucoun.]
FOUETS. — Botanique, II, XVI. — Définition. — Les forêts sont de grandes réunions d'arbres qui couvrent de vastes étendues de terrain On désigne sous le nom de bois les forêts de nioindre surface. Dans les pays civilisés, les arbres dont la réunion constitue la forêt sont cultivés surtout en vue de la matière ligneuse qu'ils produisent ; ce n'est que rarement qu'on leur demande des écor- CBB ou du liège .
Développement et étendue des forêts. — Depuis longtemps, on a remarqué que l'étendue des forêts qui couvrent un pays est en raison inverse
de sa civilisation. La Gaule était revêtue d'un manteau continu de forêts, alors que ses habitants étaient encore sauvages. Peu à peu, la population augmentant, ses besoins ont grandi, les arbres ont été abattus d'une façon aveugle et désordonnée ; les forêts amoindries ont graduellement reculé leurs limites, et beaucoup d'entre elles ont disparu. La disparition des forêts entraîne avec elle, dans nombre de localités, la stérilité du sol, les brusques variations de température, et par suite les inondations. Si l'on en juge par l'histoire de la Grèce, de l'Italie et du nord de l'Afrique, il semble que la décadence des nations qui habitaient ces contrées ait coïncidé avec la disparition complète des forêts qui les couvraient.
La surface totale du territoire français recouverte par les forêts est actuellement de plus de neuf millions d'hectares, sur lesquels six millions d'hectares appartiennent à des particuliers ; deux millions appartiennent à des communes, et un million cent cinquante mille hectares environ au Domaine. Le revenu de ces forets est aujourd'hui de quarante millions de francs.
Essences forestières. — Les principales essences que l'on rencontre dans les forets de l'Europe centrale sont : le hêtre, le chêne, le charme, le bouleau, le tremble, le sapin, le pin sylveslre, ï épine, \q coudrier, le mélèze, ïérable et Vacacia.
Le bois. — Le grand développement de l'axe ou tige des végétaux que nous venons de nommer, développement qui leur vaut le nom d'arbres, est la conséquence delà production abondante et lonp;lemps continuée de la substance qu'on appelle bois ou lirjneux.
N'ayant pas consacré d'article spécial à l'étude du bois, nous entrerons ici dans quelques détails sur la structure du tissu ligneux (V. aussi Tissus végétaux), les propriétés des différents bois, et leurs principaux usages.
Si pour reconnaître la position et la structure du bois ou ligneux qui entre dans la constitution d'un arbre, nous pratiquons une section transversale dans la tige de celui-ci, nous rencontrons en allant du centre à la périphérie :
1° Un tissu central composé de grandes cellules à parois minces au moins pendant les premiers temps de la vie, mais qui peu à peu épaissit ses parois ei prend une consistance parfois très solide ; ce tissu se nomme rnoelle ou médulle interne ;
2° Un cercle de tiibes très étroits qui présentent dans leur intérieur un ou plusieurs filaments enroulés en spirale ; chacun de ces tubes s'appelle trachée, et leur ensemble forme Yétui médullaire ; la présence de ces éléments n'est facile à constater que dans les tiges encore jeunes ;
.1° Autour du cercle médullaire, on distingue une série d'anneaux concentriques adhérents les uns aux autres ; chaque anneau est le résultat de la végétation d'une année : c'est un composé de fibres très allongées et de tubes volumineux ou vaisseaux. Les vaisseaux sont d'autant plus volumineux et d'autant plus nombreux qu'ils se sont formés au commencement de la végétation. Inversement, les fibres sont d'autant plus nombreuses et par suite d'autant plus étroites qu'elles se forment plus près du temps pendant lequel la végétation est interrompue : hiver pour les pays froids, saison sèche pour les pays chauds. Selon les conditions dans lesquelles la plante végète, la zone ligneuse qui se forme chaque année est plus ou moins épaisse; dans les sapins de Norvège, son épaisseur ne dépasse pas un millimètre. De l'inégale densité des diverses régions de chaque couche annuelle résulte une différence d'aspect entre le bois d'hiver d'une année et le bois de printemps de l'année suivante. Telle est l'origine des zones concentriques que l'on remarque sur la section transversale du bois des arbres de nos forêts.
FORETS
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On nomme bois l'ensemble de ces fibres et de ces vaisseaux. On appelle bois de cœur ou duramen le bois le plus anciennement formé, c'est-à-dire celui qui entoure la moelle ; et aubier le bois nouvellement formé,, celui des dernières années.
4° Vient ensuite une zone de ti-xu générateur ou cambium, qui fournit chaque année une couche de bois par sa face interne, et une couche de liber ou écorce fibreuse par sa face externe.
5° Extérieurement à la zone cambiale, on trouve Y écorce fibreuse, puis le liège ou suber ; ce dernier tissu résulte de l'activité d'une zone génératrice appelée phellogène.
Pour terminer la nomenclature des différentes parties de la tige des arbres, il faut encore citer les lames parenchymateuses qui vont de la moelle à l'écorce, en traversant toute l'épaisseur de la zone ligneuse dans le sens d'un rayon, et que l'on nomme rayons médullaires.
La disposiliim des fibres et des vaisseaux, leurs dimensions, fournissent des moyens de distinguer les bois les uns des autres ; ainsi le chêne, le chàtaignier, ont des vaisseaux très gros ; ceux de l'orme et du fî'éne le sont un peu moins ; viennent ensuite, par ordre de grandeur, ceux du bouleau, des éi^ables ; les conifères sont complètement dépourvus de vaisseaux. Quand le calibre des vaisseaux diffère peu de celui des fibres, on a des bois homogènes : tels sont ceux du charme, de Vérable et des bois blancs.
Quand le diamètre interne des vaisseaux et des fibres est sensiblement le même, et que de plus il est très petit, on a des bois susceptibles d'un beau poli {poirier). Les bois composés de fibres longues groupées en faisceaux, comme cela se voit chez le chêne, sont très propres à la fente.
Les principales propriétés physiques et mécaniques des bois qu'il nous importe de connaître sont : leur densité, leur résistance et leur puissance calorifique.
La densité réelle de la matière ligneuse est un peu supérieure à celle de l'eau ; on le montre en jetant dans l'eau une pincée de sciure de bois: au bout de quelque temps, on la voit descendre au fond du vase. Les bois en bloc ne flottent à la surface de l'eau que parce qu'ils contiennent une quantité d'air notable. Voici les densités apparentes des principales essences de bois : chêne, 0,86 à 0,78 ; pin, 0,80 àO,4S ; frêne, 0,78 à 0,69 ; châtaignier, 0,65; hêtre, 0,84 i 0,64; alisier blanc, 0,75; érable sycomore, 0,74 ; charme, 0,69; bouleau, 0,54 ; aune, 0,47 ; orme, 0,68 ; saule, 0,41 ; peuplier, 0,41 ; peuplier d'Italie, 0,i3. La densité dune même essence varie avec le climat, le sol, l'exposition, l'âge et la partie de larbre que Ton considère ; elle est plus grande au midi qu'au nord, dans les terrains secs que dans les sols humides, au cœur et à la partie inférieure d'un ai bre qu'à l'aubior et aux rameaux.
Les qualités du bois au pointdc vue delà résistance se laissent diviser en résistance à l'écrasement, résistance à la rupture et fi.ssifjilité. Rondelet rapporte qu'un cube de ciiône sur la face supérieure duquel on place des poids dont la pression s'exerce dans le sens des fibres, ne s'écrase que sous une charge d'environ 400 kilogrammes par chaque centimètre carré de surface pressée. La résistance à l'écrasement décroît avec la hauteur delà pièce comprimée, la surface pressée demeurant constante. Dans la pratique, par mesure de prudence, malgré la grande résistance des pièces de bois à l'écrasement longitudinal, on ne leur fait guère supporter qu'une cliarge permanente égale seulement au dixième de celle qui occasionnerait leur rupture.
La résistance d'une pièce de bois à la rupture transversale est bien inférieure à sa résistance à l'écrasement. Pour s'en faire une idée, on place une pièce de bois sur deux appuis éloignés et on dispose des poids soit sur son milieu, soit dans
toute sa longueur. Selon la pression exercée, trois cas peuvent se présenter : 1" la pièce, après avoir fléchi sous la pression, reprendra sa position première lorsque le poids cessera d'agir ; 2" la pièce pressée restera plus ou moins infléchie après l'enlèvement du poids; 3° elle se rompra. Dans le premier cas, la pièce de bois a repris sa forme eu vertu de son élasticité; dans le second, cette propriété a été altérée partiellement ; dans le troisième, le nombre de kilogrammes qui occasionne la rupture représente la limite de rc-istance des bois à la flexion. D'après M. Chevandier, un madrier de sapin de 4"°, 25 de long, sur 0"',245 milL de large, et G", 055 mill. d'épaisseur, se rompt sous une charge de 900 kilogrammes appliquée en son milieu, la distance des appuis étant de 3 mètres. Ln chevron de chêne de 4 mètres de long, de 0"',075 mill. de large et de 0",(i8 cent, d'épaisseur se rompt sousune pression de o^Okilogrammes appliquée en son milieu, la distance des points d'appui éunt àtt ■\ mètres. Il semble donc d'après cela que les bois résineux et les bois blancs possèdent une plus grande élasticité que les bois secs et durs.
Si l'on frappe la section supérieure d'une bûche placée debout, du tranchant d'une hache lancée avec une force suffisante, la bûche se fend dans sa longueur. On a donné le nom de fissibilité à la facilité plus ou moins grande qu'ont les bois d'être fendus dans le sens de leur longueur. Le degré d'humidité et la température exercent une grande influence sur celte propriété. Les bois verts venus sur un sol fertile sont les plus faciles à fendre selon leur longueur. Les essences très propres à la fente sont le sapin, \& pin^ le châtaignier ; celles qui se fendent assez bien sont le chêne, le hêtre, le frêne, Vaune, le saule. Les bois qui so fendent mal sont : X'orme, le poirier, le churm".
La puissance calorifique des bois, c'est-à-dire la quantité de chaleur qu'ils dégagent en brûlant, dépend du carbone et de l'hydrogène qu'ils renferment en excès. D'une manière générale on peut dire que les bois les plus denses sont ceux qui dégagent le plus de chaleur ; c'est ce que montre le tableau suivant dont nous empruntons les éléments à M. Frézard :