‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. Buisson (volume 4)Chapitre 493 sur 593 · DES BOIS · texte numérisé non relu

DES BOIS

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étant 1.

Dans le commerce les asscrtimcnis de bois de chauffage sont connus sous les noms : l" de bois neuf : c'est celui qui arrive par bateau ou par charroi; il est subdivisé en bois pelard, dont l'écorce a été enlevée pour faire du tan, et bois cou- I ert, qui n'a pas été écorce ; ce dernier, comme puissance calo ifique, est inférieur au bois pelard ; v» de boi<i flot é, qui se transporte par train ou à bûches perdues par les rivières. Le bois flotté qui n'a fait qu'un court trajet dans l'eau est dit bÀs de gravier.

11 importe aussi, pour bien apprécier les propriétés calorifiques du bois, de tenir compte de la manière dont la chaleur se dégage. Péclet a remarqué que les bois durs ne brûlent d'abord qu'à leur sur.acc ; les gaz inflammables contenus dans la bûche se consument peu après l'introducilou

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du bois dans le foyer ; le centre du bois séchauffe et toute la bùclie est transformée en une masse incandescente. Pour ces raisons, les bois durs sont recherchés pour le chauffage des appartements. Les bois légers se déchirent sous l'action de la chaleur, le charbon brûle tout entier en même temps que les gaz, l'air les pénétrant de toutes parts. Les industries où l'on a besoin d'une chaleur vive et d'une flamme longue et incessante, comme /a boulangerie, n'emploient que des bois légers.

Les causes qui peuvent modifier les propriétés physiques et mécaniques des bois sont ou accidentelles ou permanentes ; les premières sont plutôt désignées sous le nom de défauts.

Les principaux défauts du bois sont : la roulure, la gélivure ou géliure, la cadranure. la tor- SÎ071, la iitnure, la pourriture sèche. On entend par roulure la séparation de deux couches annuelles contiguës sur tout ou partie de leur circonférence ; elle se produit au pied de l'arbre et ne s'étend pas sur une longueur de plus de deux mètres. Aucun signe visible à l'extérieur n'indique cet accident. La géliitre est une fente longitudhiale qui va du centre à la périphérie de l'arbre, où elle se manifeste d'une manière visible sous forme d'un double bourrelet. La géliure se produit par les froids intenses, principalement au pied des arbres, et sur une longueur assez grande. Une pièce géliée est toujours de mauvaise qualité. La cadranure consiste en fentes qui vont du centre à la circonférence du bois ; ces fentes se distinguent de celles qui proviennent de la dessiccation du bois par leurs teintes noirâtres ; la cadranure se manifeste sur les arbres dépérissants, et coïncide toujours avec un commencement de pourriture. Lorsque les fibres d'un arbre décrivent autour de son axe des hélices ou spires plus ou moins allongées, ces bois sont dits tors ou virants; ce défaut se reconnaît extérieurement parce que les cannelures de l'écorce semblent tordues autour de l'arbre. La htnure consiste dans la présence de couches ligneuses parenchyraateuscs très développées entre des zones ligneuses fortement épaissies. La pourriture sèche est une maladie qui attaque les arbres et qui a pour effet de transformer la partie attaquée en une poussière fine.

Les causes permanentes de détérioration des bois sont dues à la présence des substances albumineuses dont ils sont imprégnés; même après une dessiccation prolongée, le retour de l'humidité suffit à provoquer leur décomposition et par suite la désorganisation des tissus ligneux. La présence des substances azotées contenues dans l'intérieur des bois les rend sujets à être attaqués par les insectes, scolytes, etc. Un grand nombre de champignons et de bactériens attaquent le bois et le détruisent; les principaux sont le bacillus amylobacter et Yachhja lignicoln. Pour préserver les bois des causes permanentes de destruction, on pratique l'opération connue sous le nom de conseivation des bois. On doit à M. Boucherie les premières tentatives de ce genre. Ayant remarqué que les arbres conservent leur force d'aspiration plusieurs jours après l'abattage, quand on a soin de leur laisser une quantité suflisante de branches garnies de feuilles, M. Boucherie plongea l'extrémité inférieure d'un arbre, placé dans ces conditions, dans une solution de pyrolignite de fer ; en trois jours, ce sel avait imprégné to.utes les fibres de l'arbre. On ne tarda pas à reconnaître quH l'oxyde de fer, produit par la décomposition du pyrolignite, altère le bois; ce sel ne possédait pas d'ailleurs des propriétés toxiques assez marquées pour éloigner les vers et les tarets ; en outre, la manipulation de ces grandes pièces de bois rendait l'usage de ce procédé bien dispendieux : on y renonça bientôt. Depuis lors, M. Boucherie a remplacé le pyrolignite de fer par le sulfate de ^8 Par tie.

cuivre. Malheureusement ce dernier sel coûte chcp et rend le bois difficile à travailler. Les pièces de bois débitées en grume sont injectées sous l'influence d'une forte pression. MM. Légé et Fleury- Pironnet emploient un autre procédé. La pièce à préparer est placée dans un large et long cylindre en cuivre; on fait passer un courant de vapeur d'eau dans ce cylindre, puis on y fait le vide pour faire sortir l'eau et les gaz du tissu ligneux ; après quoi, on fait pénétrer le sulfate de cuivre sous une pression de dix atmosphères ; en trois quarts d'heure l'opération est terminée. Par ce procédé, la préparation d'un mètre cube de bois ne coûte que sept francs. 11 est à remarquer que plus un bois a de propension à s'allérer, plus il s'imprègne rapidemont de sulfate de cuivre.

Erploitaiion des bois. — La série des opérations dont l'ensemble constitue l'exploitation d'une coupe de bois peut se résumer ainsi qu'il suit : 1° l'abattage, 2° le façonnage, 3" {.enlèvement des produits. Disons tout'de suite que par le nom de coupe on entend la partie d'une forêt dont le produit doit être recueilli dans l'année. Dans une exploitation régulière, la forêt est divisée en un certain nombre de coupes; et ce n'est guère que tous les vingt-cinq ans que la cognée repasse sur les mêmes points.

Passons rapidement en revue les diverses opérations d'une exploitation. Avant de procéder k l'abattage proprement dit, on commence par nettoyer le terrain en enlevant toutes les plantes rampantes telles que ronces, etc. Ce premier travail, sans résultat au point de vue de la vente, puisque ces menus liés en bnttes se vendent à peine le prix qu'ils ont coûté pour la façon, a pour but de dégager la circulation. Dans les terrains humides, la première exploitation d'un tronc de taillis doit être faite à 15 ou 20 centimètres du sol; de cette manière on évite la pourriture de la souche et on provoque la formation de jets vigoureux et nombreux. Dans les terrains secs, sablonneux, le. taillis doit être coupé plutôt au-dessous qu'au-dessus du sol. Le bois doit être coupé lorsque les liquides nourriciers ont cessé de circuler dans la plante. L'expérience a montré que lorsqu'il s'agit d'abattre des bois blancs sur un terrain humide, il vaut mieux le faire en février et mars. S'il s'agit de bois durs sur des terrains secs, on choisira octobre et novembre. Le bois abattu est réuni en ramiers ou tas. Sur les quinze mois que dure l'exploitation d'une coupe, l'abattage doit être fini le 15 avril, si on ne fait pas d'écorce, et le 15 mai, si on écorce les chênes. Le taillis doit être abattu ras de terre. La futaie de moins d'un mètre de circonférence, pouvant reproduire des rejets qui, sous le nom de ci'pces, donnent, à la coupe suivante, beaucoup de bois de perches, il importe, pour favoriser la pousse des rejets : 1° de ne pas détacher l'écorce de la souche, 2° de donner à la surface de l'entaille de cette souche une forme convexe, afin d'empêcher l'eau d'y séjourner. Pour les futaies qui dépassent un mètre de circonférence, à hauteur d'homme, on coupe l'arbre en tranchant ses racines; on fait ainsi les copeaux dans ces derniers organes au lieu de les faire dans la tige, et souvent, par cette précaution, on obtient une pièce d'un classement supérieur dans la marine. Une fois l'arbre abattu, il convient d'arracher complètement ses racines, puis on comble le vide, et sur la terre ameublie on fait une nouvelle plantation. Kn principe, quelle que soit la taille de la futaie, l'abattage et les copeaux qui en résultent doivent toujours être pris dans la aitée de l'arbre, ou comme nous l'avons vu, si la souche doit rester improductive, dans les racines.

Avant d'entailler l'arbre pour le faire tomber, il convient de couper, sur l'arbre debout, les branches dont la grosseur, le poids ou la position pourraient provoquer dos cassures dans la chute. La

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chute d'un arbre doit se faire dans un sens déterminé par des circonstances telles que ie vent, l'entourage à préserver, les branches à ménager. Le façonnage ou Vutilisalion des produite d'unecoupe a pour but la meilleure préparation possibio des bois abattus. Comme indications générales, nous nous contenterons de mentionner les principaux usages des bois de taillis et des bois de futaie. Les plus gros brins de taillis servent à faire des sabots ; 3n recherche pour cet usage le bouleau et le hêtre ; on emploie parfois, à défaut de ces deux essences, l'aune et le tilleul ; le chêne et le charme sont rejetés comme trop fissibles. Les bois de hêtre et de bouleau ne sont employés h l'usage que nous venons d'indiquer qu'après avoir subi un commencement de fermentation. Les brins de taillis de 13 à 15 centimètres de circonférence sur 2 à 3 mètres de longueur sont transformés en perches ou convertis en échalas ; parfois ils servent à faire des claies. Les essences les plus recherchées pour ce dernier usage sont l'aune et le tilleul. La condition exclusive de durée pour ces bois est l'enlèvement de récorce sitôt après l'abatage. Les tiges grêles sont mises en bourrées ou transformées en hnrls; ce dernier usage, qui décuple la valeur qu'elles auraient en bourrées, n'est applicable que dans les forêts situées à proximité des rivières. Le reste du bois est transformé en bois à brûler, en charbonnettes, ou en fagots. Les bois durs, tels que le chêne, le hêtre, n'exigent, pour être transformes en bois à brûler, que d'être sciés à la longueur en usage dans le pays; les bûches de bois blanc doivent être fendues aux mois d'avril et de mai pour leur permettre de sécher; cette opération, qui leur fait perdre la moitié de leur poids, est indispensable, pour qu'ils puissent brûler en dégageant quelque chaleur. Un stère de bûches régulières pouvant servir à faire des pieux ou des tuteurs se vend en moyenne douze francs en foret. Un stère de houpiers irréguliers vaut de sept à dix francs. Lorsque le chêne abonde dans le taillis d'une forêt, il y a lieu de l'écorcer; tout morceau dont le volume peut remplir la main de rabatteur doit être écorcé ; les brins destinés à l'écorçage ne doivent être abattus qu'en mai. Au-dessous d'un diamètre de 20 centimètres, les brins de bois ne peuvent plus servir qu'à faire des fagots, des cotrets, des charbonnettes, ou des liourrées si les ramilles sont trop abondantes. Les belles pièces de bois de futaie doivent être ofl'ertes à la marine ; si elles manquent de longueur, on les transformera en n,errains, en lattes, ou en bois de sciage et alors, selon le grain du bois, on en fera du parquet, de la membrure ou de la phniche; ce n'est que dans les besoins extrêmes qu'on les transforme en bois de charpente. Les futaies de hêtres soigneusement réservées sont transformées en larges plateaux, en moules^ en meubles, ou en traverses de chemin de fer; grâce à des injections de sulfate de cuivre, la durée de ces tra\ erses est illimitée.

LUnlèvemeat des produits ou la vidange d'une coupe doit être fait le plus rapidement possible. Le Code forestier accorde à l'exploitant jusqu'au l.S avril de l'année qui suit l'exploitation. Le passage des voitures et des hommes dans une cou})e, qui peut se faire impunément tant que la végétation est endormie, cesse d'être possible dès le mois de mai, lorsque la végétation a repris son cours. L";idminisiration des Domaines, pour éviter les dégâts occasionnés par le passage des exploitants dans his coupes, fait abattre et façonner sur place les produits et les fait porter immédiatement sur les bhemins. Ses coupes sont toujours vidées dès le 1 mois de juin et parfois dès le mois de mai. elle gagne ainsi une année, et évite la destruction d'un i grand nombre de sujets dans la coupe future. Four terminer l'exploitation, il ne reste plus qu'à I assainir la coupe, curer les fossés, en ouvrir" do '

nouveaux, puis repeupler les vides, places à charbon, ou terrains remués par l'arrachage.

Administration îles forêts. — Les bcis soumis au contrôle forestier de l'Iitat, en France, sont divisés en triages, hrigwles et cantonnements. Le triage est une surface de forêt de h à 000 hectares, dont le surveillant s'appelle garde. Quatre triages forment la brigade, dirigée par un brigadier. Le ' antonnement est une réunion de brigades qui contient de 6 à lOOiiO hectares de forêts, sous la surveillance d'un garde général; ces derniers agents se recrutent parmi les élèves de l'Ecole forestière; ils surveillent les gardes, les semis, les plantations, le-i travaux de routes, l'arpentage, le balivage et le ;vco/e?/ie'/?/ des coupes. Des inspecteurs poursuivent les délits devant les tribunaux. Les conservateurs réunissent tout le contrôle des diverses parties du service, et relient toutes les parties de l'administration au directeur général. L'Algérie a un service foreiiier spécial.

Liège. — A propos des forêts de l'Algérie, nous dirons quelques mots de l'exploitation du liège. Le chêne-liège ou surrier, en latin quercus suber, est l'arbre qui produit tout le liège exploité. On le cultive eii Algérie, dans toute l'Europe méridionale, et dans quelques départements français, en particulier dans le Lot-et-Garonne et dans les Landes. Le chêne-liège doit être semé sur un sol mi-partie argileux et mi-partie sableux; il craint l'humidité ; on ne peut songer à le repiquer ; toutes les tentatives faites en ce sens n'ont amené que des déceptions.

Lorsque le chêne-liège atteint sa vingtième année, on enlève sa première écorce nommée caion. Le canon n'est propre qu'à faire du feu. Dix ans plus tard, on enlève de nouveau î'écorce du chêne ; cette nouvelle écoi ce ou recof-n n'est propre qu'à faire des flotteurs pour les filets des pêcheurs. A quarante ans, l'arbre donne ses premiers produits marchands, encore sont-ce des rebuts de jeunesse. C'est seulement à partir de cinquante ans que le revenu de l'arbre devient régulier, et qu'il va dès lors sans cesse s'amcliorant. Pour écorcer le chône-iiège, un ouvrier fend I'écorce à coups de hache de haut en bas en un certain nombre de points, puis perpendiculairement à cette direction ; la surface de l'arbre est ainsi découpée en un certain nombre de plaques. Les fentes terminées, l'ouvrier introduit entre la peau et le liber le bout aiguisé du manche de sa hache ; l'arbre se laisse assez facilement dépouiller. Deux ouvriers sont nécessaires pour peler un arbre. Les écarces sont mises en tas ou marc.

En moyenne tous les dix ans un chêne-liège produit de 20 à 30 kilogrammes de liège marchand. Les chênes-lièges sont très sensibles aux froids, aussi sont-ils fort éprouvés par les hivers rigoureux. Un ennemi non moins redoutable pour eux, c'est le Bombyx dispar, qui les dépouille parfois complètement de leur feuillage.

Les quelques plantes qui produisent du liège en quantité un peu considérable, en dehors du chêne-liège, sont l'aristoloche subéreux, et la variété d'orme champêtre dite subéreuse ; encore pour cette dernière plante croit-on que son liège est une maladie de sa surface.

Forêts des territoires extra-européens. — On n'a guère de données sur les forêts autres que celles de l'Europe. Toutes présentent ce caractère commun (|u'elies sont spontanées; la culture ou l'exploitation régulière de l'homme n'y intervient nullement: aussi un grand nombre d'entre elles sont-elles menacées de disparaître chaque jour devant les défrichements entrepris par les colons européens. De toutes les essences forestières de rAmorif|ue du Nord, les Conifères sont les plus abondants et les plus développés; on trouve en

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core dans les gorges des Sierras de la Californie des WelUngtonia gigantesques dont la hauteur dopasse 80 mètres.

Les principales essences forestières de l'Amérique du sud appartiennent aux Térébinthacées, aux Malvacées et aux Palmiers. Les lianes ou végétaux grimpants y prennent un développement extraordinaire. La forêt africaine est caractérisée par de nombreux Palmiers et par le Baobab. Les forêts de l'Australie nous présentent les gigantesques Eucalijptus, les Protéacées, les vrais Acacias, toutes plantes à feuillage persistant, à bois résineux, souvent odoriférant et incorruptible ; la forêt australienne diffère de toutes les autres parce que, par suite d'une disposition spéciale des feuilles de ces nombreux Eucalj-ptus et Acacias (V. Feuille;. la lumière du soleil peut pénétrer jusque dans les fourrés les plus épais. On désigne souvent les forêts de l'Afrique et de l'Amérique du sud sous le nom de forêts vierges. [C.-E. Bertrand.]

Notions de sylviculture. — Agriculture, XX. —

Les forêts sont naturelles ou artificielles. Les premières sont celles que l'homme n'a pas créées et qui se sont maintenues d'âge en âge sur une surface donnée. Les secondes sont celles qui ont été créées par des semis faits de main d'homme sur des terrains incultes ou vagues, ou sur des parties de forêts détruites par une cause ou une autre.

L'étendue des forêts est très variable dans les diverses parties de la France. Dans quelques régions, les anciennes forêts ont été à peu près totalement détruites. Néanmoins la proportion de bois que compte notre pays est d'environ 17 pour K Û de la surface totale. Les départements qui comptent la plus grande superficie boisée sont, par ordre d'importance: la Meuse, le Var, la Haute-Saône, la Drôme, les Landes, le Doubs, la Côte-dOr, le Jura, les Vosges, les Alpes- Maritimes, l'Isère, l'Ain ; ceux, au contraire, qui ont les plus faibles surfaces boisées, sont : le IV'ord. le Pas-de-Calais, le Calvados, les Côtes-du-Xord, lUe-et-Yilaine, les Deux- Sèvres, la Creuse, la Mayenne, la Loire-Liférieure, le Morbihan, la Corrèze, la Manche, le Finistère ei la Vendée. Les masses forestières les plus étendues sont : la forêt d'Orléans (Loiret), qui couvre 4ô,ô50 hectares; celle d'Esterel (Var), avec 26,847 hectares; celle de Fontainebleau (Seine-et-Marne), avec 22,298 hectares; celle de Chaux (Jura), avec 19,50-3 hectares; celle de Compiègne (Oise), avec 14,385 hectares; celle de Rambouillet (Seine-et- Oise), avec 12, S 18 hectares; celle de Larum (Basses- Pyrénées), avec 12,000 hectares.

En Europe , les pays les plus boisés sont la Suède, la Russie, la Bavière et l'Autriche ; ceux dans lesquels les défrichements ont pris les plus grandes proportions sont la Grèce, l'Italie, l'Espagne, le Portugal, les Pays-Bas et les Iles-Britanniques. Le Nouveau Monde compte une étendue forestière beaucoup plus considérable que l'ancien continent. Les défrichements ont encore respecté la forêt vierge sur d'immenses étendues ; mais, dans quelques parties de l'Amérique du Nord, les anciennes forêts ont déjà diminué daus des proportions très considérables.

L'exploitation d*^s forêts est une science particulière qui demande des connaissances spéciales. 11 ne peut donc être question ici que de donner quelques principes généraux sur l'importance des forêts, leurs produits et les méthodes adoptées pour en tirer profit.

L'importance des forêts, au point de vue agricole, est très grande Leur influence est, en effot, immense sur le climat, et par suite sur la production du sol. C'est d'abord par l'atténuation des variations de la température que cette influence se produit; il résulte, en effet, d'observations prolongées faitf's avec soin, que si les variations de tem-

pérature se font sentir sous bois comme en pays découvert, elles se produisent plus lentement et leurs écarts sont moins grands. La forêt agit, en outre, pour attirer la pluie et condenser l'humidité ; il résulte des observations de Becquerel que le sol forestier reçoit un quart de plus d'eau de pluie que les autres terrains; cette pluie infiltrée lentement dans le sol alimente les sources. On voit celles-ci souvent tarir quand la forêt est dùfiichée

En même temps qu'elles assurent l'alimentation des sources, les forêts^ dans les parties supérieures des bassins et des fleuves, empêchent la formation et le grossissement subit des torrents qui amènent le terrible fléau des inondations. Elles retiennent les eaux surabondantes et ne les écoulent que lentement; tandis que, si ces eaux tombent sur un sol dénudé, celui-ci n'en absorbe qu'une faible proportion, et le reste grossit les rivières, et les fait trop souvent déborder. Un des ingénieurs qui, en France, ont le plus étudié ces questions, SurrcU, conclut ainsi dans son étude sur les torrents : « Partout où il y a des torrents récents, i| n'y a plus de forêts, et partout où on a déboisé, des torrents récents se sont formés. Les forêts sont capables de provoquer l'extinction des torrents déjà formés. » L'intérêt public commande donc la conservation des forêts de montagnes, et dans beaucoup de cas la reconstitution de celles qui ont été détruites avuc une imprévoyance tout à fait regrettable.

tn autre avantage des forêts, c'est qu'elles améliorent la couche arable du sol sur lequel elles végètent. Les racines vont puiser dans les couches inférieures du sol la nourriture dont les arbres ont besoin, tandis que les feuilles et le menu bois qui, chrque année, tombent à la surface, s'y décomposent et augmentent la proportion d'humus de la couche superficielle. C'est une observation qui a été faite souvent, que les anciennes forets défrichées donnent pendant plusieurs années de très belles récoltes, sans qu'il soit besoin d'avoir recours à des entrais.

Quels sont les sols qui conviennent le mieux à la culture forestière ? La question ne se pose pas pour les montagnes : on vient de voirie rôle salvitaire que les forêts sont appelées à y jouer. Mais ailleurs, il en est autrement, et il faut rechercher dans quelles conditions les forêts sont le plus utiles, soit au point de vue général du pays, soit au point de vue particulier du propriétaire du sol. M. Bouquet de la Grye, conservateur des forêts, a parfaitement exposé ces conditions dans les termes suivants : « Les pays couverts de forêts dont le sol est d'excellente ((ualité, dit-il, seraient plus prospères si on défrichait ces forêts pour y faire des céréales ou des matières premières de l'industrie. Le seul cas où il y ait intérêt à conserver ces forêts en bon terrain est celui où elles sont constituées d'arbres susceptibles de produire des bois d'œuvre supérieurs, car ces bois sont rares et leur production mérite certains sacrifices. L'intérêt des nations commande donc de défricher les forêts dont le sol est de très bonne qualité, sauf à consacrer à la production des bois d'œuvre une surface suffisante pour satisfaire aux besoins du pays. Par contre le môme intérêt commande de planter en forêts les sols de mauvaise qualité, lesquels absorbent une main-d'oeuvre hors de proportion avec les produits qu'ils donnent. Mais si l'on est d'accord sur ces principes, on ne l'est pas en général sur leur application. La rémunération du capital ligneux est encore trop faible pour notre génération qui, désireuse de jouir promptt.ment, aime peu les rtiboisnments. Dans les pays de montagne, où la terre arable est entraînée chaque année par les pluies, le cultivateur préfère peiilre ce capital plutôt que de le sauver par un sac. iiice de reboisement qui en assurerait la conservation. Par

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contre, il est toujours disposé à défricher ; il ne regarde pas le plus souvent si le sol est bon par lui-même, il ne voit qu'une richesse d'humus accumulée par le fait de la végétation forestière richesse qu'il peut réaliser en quelques années. Quand il a défriché, et par suite épuisé cette provision d'humus, le sol, réduit à ses éléments minéralogiques ordinairement très peu fertiles, est laissé inculte et devient aride et improductif. Le particulier qui a défriché dans de telles conditions peut s'être enrichi, mais le pays s'est certainement appauvri. Aussi, quand on dit qu'il faut défricher les terres de bonne qualité, il est bien entendu qu'il ne s'agit que des terres susceptibles de donner encore de bonnes récoltes, quand elles auront perdu leur provision d'humus ; ces terres deviennent chaque jour plus rares, attendu que l'agriculture est contrainte, par suite du renchérissement de la main-d'œuvre, à abandonner les terres médiocres, pour reporter tous ses moyens sur les bonnes terres qu'elle soumet à une culture intensive. Le défrichement des forêts de plaine situées sur un sol de bonne qualité est déjà si avancé en France, qu'on peut prévoir l'époque prochaine où la culture forestière sera confinée dans les sols absolument impropres à tout autre mode d'exploitation. » Dans ces derniers sols, des résultats très importants ont déjà été obtenus par le boisement des landes ou terrains incultes, notamment dans quelques parties de la Picardie, dans la Sologne et dans les landes de Gascogne (départements de la Gironde et des Landes).

Les arbres qui composent les forêts sont divisés en deux grandes catégories : 1° les essences dites feuillues, qui se dépouillent chaque année de leur feuillage : 2° les essences résineuses ou à feuilles persistantes, qu'on désigne encore sous le nom d'arbres verts.

A la première catégorie appartiennent le chêne, le hêtre, le frêne, lorme, le charme, l'érable, le bouleau, etc.; à la seconde, le« sapin, les diverses espèces de pin, le mélèze, l'épicéa, etc., pour ne parler que des arbres qui croissent le plus communément en Europe.

Chacune de ces essences préfère, pour son développement complet, certains climats, certiiins terrains, ou une altitude déterminée. Ainsi le liêtre se plaît particulièrement dans les climats tempérés, sur les sols frais et divisés ; le bouleau, au contraire, supporte beaucoup mieux les froids, s'élève à toutes les hauteurs, et se contente de toutes les natures de terrains, pourvu qu'ils ne soient pas excessivement compactes.

Il est rare, pour ne pas dire à peu près impossible, de rencontrer une forêt formée par une seule espèce d'arbres. Le plus souvent, elle est composée par des mélanges d'arbres feuillus ou résineux, dont les proportions varient dans chaque circonstance. Néanmoins les mélanges les plus fréquents sont le chêne avec le hêtre ; le hêtre avec les autres bois durs, comme l'orme, le frêne, le charme et l'érable ; le hêtre avec le sapin ; le sapin avec le pin et le mélèze ; le pin sylvestre avec le mélèze. Il faut toutefois faire remarquer que, sous les hautes latitudeà de notre hémisphère, la plupart des essences disparaissent successivement, et que, dans les forêts du nord, le bouleau domine presque exclusivement.

On donne le nom de sijivicuHure à l'art de cultiver les forêts. Celles-ci peuvent être divisées en trois sortes, d'après la méthode d'exploitation adoptée :

1° Les taillis, ou forêts dont la reproduction s'opère principalement par les rejets de souches et les drageons. Ce système repose sur la faculté que possèdent les souches d'un grand nombre de végétaux ligneux d'émettre des bourgeons qui se développent autour do celles-ci, lorsque la tige a

été coupée. Les bourgeons qui se développent au niveau du sol sont les plus vigoureux, parce qu'ils émettent des racines qui leur donnent une vie indépendante. C'est pourquoi, dans l'exploitation des taillis, on coupe toujours les souches le plus près possible du sol. Les arbres feuillus seuls peuvent être cultivés en taillis, car les arbres résineux ne poussent pas de bourgeons à leur base. Les arbres feuillus de nos climats sont presque tous propres à être exploités en taillis.

2» Les futaies, c'est-à-dire les forêts dans lesquelles la reproduction se fait par la voie du semis naturel, et où les arbres se développent dans les conditions naturelles de leur existence. Ce système, qui est le s'^ul à adopter pour les résineux, est également très bon pour les arbres feuillus. Au fur et à mesure que les arbres se développent, on en diminue par des éclaircies le nombre existant sur une surface donnée

3° Les taillis composés, dits encore taillis sous futaies ou futaies sur taillis. Ce système est une combinaison des deux précédents. Il f>st caractérisé par ce fait que la reproduction naturelle des bois a lieu à la fois par semences et par rejets. On réserve pendant plusieurs périodes de l'exploitation d'un taillis des perches ou baliveaux destinés à former de grands arbres. Le taillis composé donne donc à la fois les produits de la futaie et ceux du taillis.

Les règles de l'exploitation sont variables suivant chacune des espèces de forêts. Mais, dans presque tous les cas, une forêt doit être divisée en un certain nombre de parties qui correspondent au nombre d'années qui séparent chaque coupe de bois. Oii donne le nom de y évolution à cette période de temps, et celui d'amértagement à l'opération qui divise ainsi la forêt.

Pour les taillis, la durée des révolutions à adopter varie beaucoup suivant les sols, les climats, les essences et les besoins du commerce. Les souches ne conservent pas indéfiniment la faculté de pousser des rejets, et il faut faire dépendre la durée des révolutions de cette faculté. Les durées les plus communément adoptées, d'après cette règle, sont de vingt à trente ans pour les taillis de bois durs, de quinze à vingt ans pour les taillis mélangés, et de huit à douze ans pour les taillis de bois blancs et de châtaigniers.

Quand on crée un taillis composé, on laisse à chaque exploitation un nombre déterminé de baliv.aux (on appelle ainsi des brins ayant l'âge du taillis). La durée de l'exploitation des taillis est d'ailleurs la même que dans le cas du taillis simple. Mais afin que les arbres réservés ne forment pas, après plusieurs exploitations, un couvert trop épais qui détruirait le taillis, on élimine, à chaque révolution, un certain nombre d'anciens baliveaux, qu'on choisit parmi ceux qui présentent des signes de dépérissement. L'habileté du forestier consiste à bien apprécier ces arbres et à établir une proportion convenable entre les sujets à conserver ou à abattre, et la nature du sol, de l'essence et le climat. Dans le commerce, le bois des arbres des futaie.^ sur taillis est généralement plus estimé que celui des arbres des futaies pleines.

L'exploitation des futaies peut se faire de diverses manières Dans les futaies dites pleines, lorsque les jeunes arbres ont atteint un certain développement, ils se gênent mutuellement; on procède alors à ce qu'on appelle un nettoiement, qui consiste à enlever les arbres les moins vigoureux de manière à donner plus d'espace aux autres; ce premier nettoiement s'opère généralement lorsque la futaie a ;itteint dix ans. On procède à des nettoiements semblables de dix en dix ans. Au bout de irente ans, cette opération porte le nom i'éclaircie ; elle se fait dès lors à des intervalles moins rap-

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proches. Lorsque la futaie a atteint Tàgc d'être exploitée, on comnience les coupes dites de régéhération. La première se fait plus ou moins considérable suivant les essences; une deuxième et une troisième la suivent à des intervalles réglés d'après la force du jeune plant qui se développe pour remplacer la futaie qui disparaît. La durée des révolutions dépend des essences ; elle varie surtont suivant la production annuelle du bois. Dans ce système, une forêt est divisée généralement en un certain nombre de cantons d'étendue variable, suivant la rapidité de la croissance dans chacun d'eux, ft qui sont successivement régénérés pendant la révolution. Ces divisions sont faites de manière à obtenir une production sensiilement égale. Un autre mode d'exploitation des fut aies est celui dit de jardinage. Il consiste à abattre cluque année dans toute l'étendue d'une forêt les arbres dépérissants, de manière à ne laisser aucun vide, mais à permettre aussi aux jeunes brins de se développer d'une manière régulière. Il présente des avantages sérieux pour les forêts d'une faible étendue, surtout parce qu'il maintient toujours le massif, sans laisser le sol découvert.

Quelle est l'influence des diverses méthodes d'exploitation des forêts sur la valeur des bois ? Les futaies produisent ce qu'on appelle les bois d'oeuvre, c'est-à-dire les pièces propres à la construction, à la menuiserie, etc. Les branches des arbres fournissent des bois de chauffage et des fagots. Les taillis donnent, de même, des rondins pour le feu ; leurs produits peuvent aussi servir comme bois de sciage, merlains, lattes, échalas, etc. En ce qui concerne les bois d'œuvre, la qualité des bois varie sensiblement suiY,'int le sol, le climat, ou l'exposition. En généial, les bois provenant des futaies sur taillis ont une qualité supérieure à celle des bois de futaies pleines ; toutes les autres conditions étant égales d'ailleurs, le grain est plus serré et le bois esc plus dense.

C'est en hiver que se font généralement les travaux d'exploitation des forêts. Dans cette saison la main-d'œuvre est moins rare ; puis, comme la végétation est en repos, les dégâts que le travail produit toujours sur les jeunes arbres sont beaucoup moins considérables. On discute souvent sur l'influence que l'époque d'abaiage exerce sur la qualité et la conservation des bois ; on prétend presque partout que les bois abattus en sève sont moins bons que ceux abattus hors sève. Des expériences scientifiques n'ont pas été faites pour justifier ou condamner cette opinion.

Un grand nombre d'ennemis s'attaquent aux forêts. Ceux qui y font le plus de dégâts sont les insectes multiples qui vivent aux dépens des arbres.

Il reste à parler des produits accessoires de la forêt.

L'écorce de chêne figure au premier rang de ces produits. On sait que cette écorce renfe)-me, en grande proportion, une substance appelée ta7mi?i, qui jouit de la propriété de conserver le cuir. L'écorce de chêne a une valeur relativement considérable, et dans les forêts en taillis où cette essence est en proporticn notable, on a toujours soin de procéder à l'écorçage quand on abat le taillis. L'écorçage doit se faire en pleine sève, autrement l'écorce ne se séparerait pas régulièrement de l'arbre. Il faut donc n'abattre les taillis ou les baliveaux à écorcer que quand la sève est en mouvement, et enlever l'écorce aussitôt après l'abatage. L'écorce est immédiatement séchée, puis livrée à la tannerie. Le rendement d'un hectare do taillis varie de 200 h 360 kilogrammes d'écorce sèche, suivant la qualité du taillis. Depuis quelques années, on a imaginé un système dit décorçage à la vapeur, qui permet d'opérer en toute taison Le bois écorcé prend le nom de bois pelard.

Les écorces d'autres arbres que le ciîône renferment aussi du tannin et sont parfois exploitées. C'est ainsi qu'en Russie les écorces de bouleau sont employées pour la préparation des cuirs dits de Russie, caractérisés par leur odeur spéciale.

Avec l'écorce, le produit accessoire principal des forêts est le charbon de bois. On trouvera au mot Charbon des détails suffisants pour qu'il soit inutile d'insister ici.

Les pins, et surtout le pin maritime, donnent de leur côté un produit accessoire d'une grande importance : c'est la térébenthine. Les procédés employés pour recueillir cette substance ont été décrits à l'article Conifères. [Henry Sagnier.]

Ouvrages à consulter : Guide du Forestier, par Bouquet de la Grye ; Culture des Arbres, par Lorenz et Parade.

FOSSILE. — Géologie, IV. — Ce mot est la traduction du latin fossilis, venant de fossum, supin de fodere qui signifie fouir. Les fossiles sont donc les objets enfouis. De fait on donnait anciennement ce nom à tout ce qui était enfoui dans le sein de la terre. Bernard Palissy, mort en 1589, écrivait: « Fossiles sont les matières minérales pour lesquelles recouvrer faut creuser la terre. » Depuis lors on a dit couramment charbon fossile, sel fossile, etc., pour désigner le charbon et le sel qu'on tire de la terre. Mais la science, en s'agrandissant et en se développant, a entraîné avec elle la nécessité d'un langage plus précis. Le sel fossile est devenu sel gemme ; le charbon fossile, suivant sa nature, a été nommé lignite, houille ou anthracite. Pour toutes les matières minérales, le mot fossile se trouve trop général et trop vague ; aussi son emploi dans ce sens tombe-t-il en désuétude.

Actuellement on ne donne le nom de fossile qu'aux débris ou traces des êtres organisés qui ont vécu dans les temps géologiques, et qui par conséquent sont enfouis dans les diverses couches ou assises qui constituent la croûte terrestre. Comme les êtres organisés, dont ils sont les restes, les fossiles se divisent «en deux grands groupejs: les fossiles végétaux et les fossiles animaux.

Toutes les parties des êtres organisés ne se rencontrent pas également à l'état fossile. Dans les végétaux, ce sont les bois, les graines et les feuilles qui se présentent le plus liabiiuellement. Les fruits charnus et les champignons mous ne laissent pas de traces. Dans les animaux, les parties molles, d'une décomposition facile et rapide, ne se fossilisent à peu près jamais. Au contraire, les parties dures, solides, pierreuses, comme les os et les coquilles, se retrouvent en très grande abondance dans le sein de la terre. Les coquilles forment parfois b. peu près à elles seules des couches entières et même des assises assez puissantes, comme les faluns.

Les chairs des grands animaux n'ont été trouvées fossiles que très exceptionnellement, dans les assises les plus superficielles et les plus récentes géologiquement parlant ; encore faut-il qu'une cause toute particulière de conservation, le froid, intervienne. C'est ainsi que dans les boues glacées du nord de la Sibérie, on a parfois trouvé des mammouths et des rhinocéros à narine cloisonnée si bien conservés, que les animaux carnassiers se sont nourris de leurs chairs. Hors ce cas tout spécial, on ne trouve pas complets de grands vertébrés fossiles, et tout ce qu'on a annoncé comme des hommes ou des animaux pétrifiés, chairs et os, doit être relégué dans les bizarreries, les accidents, les jeux de la nature. Au commencement de ce siècle, on montrait à Paris un homme à cheval pétrifié. La pièce fit un certain bruit. C'était tout simplement une grosse concrétion de grès de Fontainebleau, qui, par un efl'et du hasard, avait pris des formes qui figuraient assez bien un homme à cheval. Il faut se tenir en gai'do contn^ ces illusions.

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Les fossiles, tant végétaux qu'animaux, ne sont donc en général que des débris d'êtres organisés qui, pour la reconstitution des espèces, nécessitent des études sérieuses . C'est cette reconstitution qui a fait la grande gloire de Cuvier. Avec quelques ossements recueillis dans les carrières à plâtre de Montmartre, il est arrivé à refaire des animaux d'espèces complètement éteintes.

Les fossiles peuvent avoir gardé leur état naturel. Ainsi le têt calcaire de coquilles terrestres et surtout marines se retrouve souvent parfaitement conservé, si bien conservé que parfois l'aspect nacré de l'intérieur, et les ornements colorés de l'extérieur, existent encore. Les os aussi se conservent très bien. On retrouve même de la gélatine dans certains d'entre eux d'un âge géologique fort ancien. Ainsi l'on raconte qu'à une certaine réunion de savants italiens, on servit un potage fait avec des ossements d'ichtliyosaure, grand reptile des mers jurassiques. Mais \i faut ajouter que s'il y avait un peu de gélatine dans ce fameux bouillon, il y avait encore plus de bitume.

D'autres fois les fossiles ont changé complètement de composition. On dit alors qu'ils sont pétrifiés. Ces transformations se font lentement; c'est pour cela que les matières qui se décomposent rapidement ne se pétrifient pas. Pour que la pétrification ait lieu, il faut qu'une molécule pierreuse ait le temps d'arriver pour remplacer successivement chacune des molécules organiques à mesure qu'elles se détruisent. Parmi les fossiles figurent fréquemment des bois silicifiés. Cela tient à ce que ces bois se sont trouvés dans des conditions telles que des molécules de silice pouvaient se substituer aux molécules du bois à mesure que celles-ci se décomposaient. Ces dernières venues ont si bien pris le lieu et place des autres, que le fossile, en changeant complètement de composition, n'a pas changé de forme et d'organisation. Certaines coquilles se sont métamorphosées ainsi en limonite ou peroxyde de fer liydraté, etc.

Autrefois on confondait assez volontiers les fossiles et les pétrifications. Il ne doit pas en être ainsi. Les pétrifications ne sont qu'une manière d'être de certains fossiles. Les fossiles forment un tout, les pétrifications simplement une partie de ce tout.

Il y a aussi les pseudo-pétrifications ; ce sont les remplissages et les moulages. Quand un débris organique, comme une coquille, présente un vide, ce vide se remplit habituellement de matières étrangères qui en prennent exactement la forme. Si la partie organique vient à disparaître, il ne reste plus que le remplissage auquel on applique aussi par extension le nom de fossile. C'est ainsi que dans le calcaire grossier dont Paris est bâti, on rencontre très souvent des espèces de tire-bouchons en. calcaire compacte. Ce sont des remplissages d'une coquille turriculée qu'on nomme cérite. Dans la craie, les remplissages en silice reproduisent exactement l'intérieur de certains oursins. Ces remplissages peuvent parfois remplacer avantageusement les matières molles qui ne se conservent pas. Dans les gisements de phosphorites, si activement exploités pour l'agriculture, on rencontre beaucoup d'ossements fussiles : et les remplissages intérieurs des crânes ont permis d'étudier le cerveau de nombreux animaux actuellement éteints.

Parfois le débris organique, après avoir été enfoui, se décompose et disparaît, laissant purement et simplement un creux. Des matières étrangères peuvent venir remplir ce creux et reproduire exactement la forme extérieure du débris organique disparu. C'est tout simplement un moulage.

Il arrive aussi que le creux ne se remplit pas. On a dans ce cas un fossile que l'on pourrait

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appeler négatif, qui ne donne que l'empreinte du débris oi'ganique. Pour l'étudier, il est toujours loisible de faire un moulage dans le creux.

Mais un très grand nombre de fossiles ne se produisent que sous forme de simples empreintes plates, intercalées dans des roches plus ou moins feuilletées. C'est la manière d'être de presque tous les fossiles végétaux. On les rencontre aplatis dans le sol comme dans les feuillets d'un herbier.

Nous venons de faire l'énumération des fossiles proprement dits. Il faut y ajouter ce qu'on a nommé les fossiles physiologiques. Ce sont de simples manifestations d'êtres organisés. Les plus communes sont les perforations de roches par les mollusques saxicaves. Certaines espèces de mollusques ont l'habitude de percer les roches des bords de la mer pour s'y loger. Les mollusques et leurs coquilles ont habituellement disparu ; seulement les perforations restent et suffisent pour démontrer l'existence des animaux qui les ont produites. Les fossiles physiologiques ont d'autant plus d'importance que parfois ils nous révèlent des populations animales dont nous n'aurions jamais eu connaissance sans eux. Ainsi la surface de certaines couches de grès nous montre les traces d'un grand nombre d'annélides et de vers qui ont complètement disparu : il ne reste d'eux que les marques laissées par leur passage sur le sable fin et humide du rivage. De même des l'mpreintes de pas sur le sable ont révélé, dans des terrains fort anciens, toute une population de grands reptiles, d'espèces variées, dont on n'a pas encore retrouvé les os.

Enfin on range aus.si, par extension, parmi les fissiles, sous le nom de fossiles météorologiques ou physiques, des ondulations produites sur le sable fi:i par les vagues des temps anciens, et des empreintes de gouttes de pluie laissées également sur le sable par les orages des époques géologiques.

L'étude des fossiles est devenue si vaste et si importante qu'on en a fait une science à part, la jalé'iTitoloçjie. Elle nous montre que les plantes et les animaux qui ont laissé leurs débris dans les diverses couches géologiques appartiennent à des espèces et même à des genres complètement disparus. Pourtant, plante ou animal fossile n'est pas toujours synonyme, comme certaines personnes le croient, de plantes et d'animaux éteints. Dans les couches superficielles, les dernières formées, on trouve des fossiles appartenant à des espèces encore vivantes.

Généralement, les fossiles varient suivant le niveau des couches dans lesquelles on les rencontre ; aussi ont-ils été d'un très grand secours pour classer les divers terrains. On a dès lors donné le nom de fossiles caractéristiques à ceux qui dans chaque terrain sont tout à la fois les plus abondants, les plus tranchés et les plus spéciaux.

11 ne reste plus qu'à parler de l'importante question de l'homme fossile. Cette question, quia si fort agité les esprits, il y a un certain nombre d'années, est pourtant bien simple. Elle se réduit à savoir si l'homme a vécu avant la fin des périodes géologiques. Ces périodes ont fini avec la disparition des grands animaux éteints, l'éléphant antique, le mammouth, le rhinocéros de Merck, celui à narine cloisonnée, le mégacéros, etc.; avec l'extinction des volcans du centre de la France; avec la fusion des glaciers qui avaient envahi une bonne partie de l'Europe ; avec la disposition actuelle des terres et des mers, et la distribution des animauT et des plantes que nous voyons de nos jours. On a trouvé les débris de l'homme et surtout de son industrie dans les mômes assises qui contiennent l'éléphant antique, le mammouth et le

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