GERMINATION
GLACIERS
dition de Julien, sous Constance, contre les Francs et les Alamans ; la grande prise d'armes de tonte la Germanie sous Valentinien ; la guerre contre les Alamans sons Gratien.
Au cinquième siècle, sous la pression de peuples nouveaux venus d'Asie, toute la Germanie se précipita sur l'empire romain. Cette fois le choc fut irrésistible (V. Barbares). Ici commence une nouvelle période de l'histoire des peuples germaniques ; en s'établissant sur le territoire romain, ils vont entrer dans la civili^•ation.
GEBMINATIOX. — V. Graie.
GIVRE. —Météorologie, IV.— L'eau, et surtout sa vapeur, peuvent se refroidir de plusieurs deirrés au dessous de 0° sans se congeler, tant qu'elles restent à, l'abri du contact de certains corps et en particulier de la glace. Les gouttes de pluie, dans cet état de surfusion, venant à tomber sur le sol ou sur les objets terrestres, plantes ou autres, s'y congèlent subitement et produisent des verglas quelquefois désastreux, comme celui du 2ft janvier 1.S78 à Paris. La production du givre est due au dépôt de la vapeur d'eau, qui persiste dans l'air même pendant les plus grands froids, et qui peut cristalliser peu à peu autour des aiguilles de glace {gelée blanche) qui recouvreiit les corps, sans que ces corps soient plus froids qu'elle. La gelée blanche s'accroît, par dépôis successifs, de givre ayant le même aspect, et la limite qui sépare ces deux ordres de phénomènes est peu distincte. La gelée blanche est peu durable : formée sur la fin des nuits, elle disparaît généralement dans le jour; si elle se prolonge avec les froids, elle devient du givre, et peut acquérir alors un volume considérable. — V. Gel, Gelé': blanch".
[Marié-Davy.]
GLACIERS. — Géograpliie générale VII; Géographie de la France II ; Géologie, IX, X.
I. Les glaciers actuels. — Les glaciers sont l'un des grands attraits des hautes montagnes; il n'est que naturel, dès lors, qu'ils excitent la curiosité et l'admiration de tous les amateurs du pittoresque.
Les Alpes, sous ce rapport, sont privilégiées entre toutes les chaînes de montagnes de l'Hurope, non pas que les glaciers fassent défaut dans d'autres chaînes, mais parce qu'ils descendent ici à des niveaux relativement bas, ce qui permet de pénétrer sans difficulté jusque sur leurs flancs et même de se promener à leur surface sans courir aucun danger, comme par exemple au glacier de Grindenwald, au glacier des Bois ou mer de glace de Chamonix.
Malgré cela, leur popularité est de date relativement récente. Au commencement de ce siècle, le célèbre géographe Ebel étonnait le monde par sa description des glaciers de l'Oberland, tant ils étaient ignorés ou peu connus. Il est vrai qu'avant lui l'illustre de Saussure avait fréquenté les glaciers du Mont-Blanc et du Mont-Rose, et décrit plusieurs particularités de leur allure, tout en cherchant à se rendre compte de leur structure et des modifications qu'ils subissent dans leur cours vers les régions inférieures. Mais ces données, quoique exposées avec une rare clarté, n'étaient guère sorties du cercle des hommes de scii'uce ; elles étaient restées étrangères au public en général, do même que les descriptions plus anciennes de Scheuchzer et de Griiner.
Quant aux autres chaînes de montagnes, leurs glaciers n'étaient connus que d'une manière vague, ce qui explique le peu de documents qui existent sur leurs dimensions ou môme sur leur position exacte. Aussi bien sont-ils, pour la plupart, limités aux flancs des sommités et ne descendent guère dans les grandes vallées. Comme leur aspect est bien dififôrent de celui des grands glaciers des Alpes, n'étant en quelque sorte que des lambeaux de glace appliqués aux flancs des hauts sommets,
on en a fait un type à part : les glaciers de second ordi e, par opposition aux grands glaciers qui occupent le fond des vallées : les glaciers de premier ordre. Les glaciers (serneilhes) des Pyrénées, ainsi que ceux du Caucase, sont pour la plupart des glaciers de second ordre.
Une autre particularité très significative des glaciers consiste dans le fait que ce sont eux qui, alimentent les grandes rivières. Les principaux fleuves du centre de l'Europe se rattachent aux glaciers des Alpes; tels sont: le Rhône, l'Isère, l'Aar, la Reuss, la Linth, le Rhin, l'Inn, et, sur le revers méridional : l'Ac'.ige, l'Adda, le Tessin, les deux Doiriîs. On se représente difficilement ce que seraient les pays qu'arrosent ces grands cours d'eau qui portent la fertilité dans toutes les directions, si les Alpes n'existaient pas, ou si elles n'étaient pas assez élevées pour empêcher la neige de se fondre et la transformer en glace. A coup sûr, l'Europe centrale serait mal partagée à tous les points de vue, si les glaciers venaient un jour à disparaître.
Si les glaciers sont limités aux hautes montagnes, c'est parce que celles-ci pénètrent dans des régions où la température est sensiblement plus froide que dans les plaines. C'est dire qu il s'agit d'un phénomène climatologique résultant à la fois de l'altitude et de la latitude des lieux. Si les Alpes étaient situées à 20° plus au sud, elles n'auraient pas de glaciers ; c'est ainsi que dans l'Himalaya les glaciers ne descendent pas au delà de 3,000 mètres, malgré leur puissance et leur étendue; et quant à l'Afrique, qui possède de hautes montagnes dans les régions équatoriales, on n'y a pas signalé jusqu'ici, que nous sachions, des amas de glace de quelque importance.
Que si, au contraire, on se transporte dans le Nord, on y verra les glaciers non seulement descendre jusqu'à la mer, mais recouvrir d'immenses plateaux, si bien que plusieurs des glaciers du Groenland et du Spitzberg sont aussi développés en largeur qu'en longueur. Le glacier de Humboldt, dans le détroit de Smith, présente un front de 111 kilomètres. De même, dans l'hémisphère austral, les turres polaires sont presque entièrement couvertes de glaces. Dans l'Amérique du sud, qui est un continent exceptionnellement froid, les glaciers des Andes descendent jusqu'à la mer dans le golfe de Penas et dans celui d'Erie, par 40" et 48» latitude sud. Or, en Europe, il faudrait remonter de 2(i° plus au nord pour rencontrer, en Norvège, par 67", des glaciers qui arrivent jusqu'à la mer.
La température n'est cependant pas l'unique cause de la grandeur des glaciers; leur étendue sous nos latitudes dépend aussi dans une certaine mesure de la configuration des montagnes. Si un massif de montagnes est profondément creusé, de manière à ce que les vallées forment à leur origine de vastes réservoirs en forme de grands cirques, il s'y formera des amas considérables de neige provenant non seulement de celle qui tombe directement, mais surtout de celle qui est chassée par le vent des sommets environnants. Cette neige, en s'imbibant d'eau, devient grenue et forme ce que l'on appelle les névés. Peu à peu ces névés se transforment en véritable glace, ce qui fait que les montagnards ont de tout temps distingué entre la portion inférieure, qui est le glacier proprement dit, et le névé (en allemand /îr?j), qui est une neige à peine consolidée. Ce névé est en quelque sorte le nourricier du glacier. Plus il sera puissant et son étendue considérable, plus le glacier aura la cliance de s'étendre au loin. Le glacier d'Aletsch, de beaucoup le plu-^ grand des Alpes (il n'a pas moins de 25 kilomètres, bien qtie situé sur le versant méridional, où les autres glaciers sont en général moins étendus que sur le versant nord), n'at-
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teint de si grandes dimensions que parce qu'il est alimenté par tiois grands cirques qui s'éialent au pied de la Jungfrau, de l'Aletsclihorn et des Fiescberhôrner. Il est évident qu'il descendrait encore plus bas, s'il était situé sur le versant nord des Alpes, parce qu'il viendrait s'y ajouter un autre facteur, celui de la fonte moins abondante, par suite de l'exposition au nord.
D'après ce qui précède, on pressent que si les glaciers sont si intimement liés à la question du climat, ils devront ressentir aussi les efTets de l'inégalité de la température suivant les années et les saisons. Si l'hiver a été humide, de manière à faciliter l'entassement de grands amas de neige dans le cirque, le glacier, qui est comme l'émissaire solide du névé, se trouvera largement approvisionné; la température n'aura pas la force de fondre autant de glace qu'il s'en écoule, et le glacier avancera, surtout si l'été n'est pas très chaud. Si, au contraire, les neiges n'ont pas été abondantes et que l'été suivant soit chaud, la quantité de glace fondue sera plus considérable que l'alimentation, et le glacier diminuera. Ce n'est pas à dire. pourtant, qu'il recule, pas plus qu'un bâton de cire que l'on approche d'une flamme ne recule, lorsque par suite de l'intensité de celle-ci la distance entre la cire et la flamme augmente.
S'il arrive que les mêmes conditions météorologiques persistent pendant plusieurs années consécutives, que les hivers soierjt neigeux et les étés froids, le glacier avancera. Si, au contraire, les hivers sont peu neigeux et les étés chauds, le glacier se retirera. Il y a longtemps qae ces alternances ont été observées par les montagnards des Alpes, qui en ont fait une légende, en prétendant que les glaciers s'avancent pendant sept ans et reculent pendant sept ans. 11 est évident que cette appréciation, qui figure dans presque tous les guides des Alpes, n'est que le produit de l'imagination montagnarde.
Il nous resterait à indiquer par quel mécanisme les glaciers, qui cependant sont des corps solides, peuvent se mouvoir et progresser toutes les années dune quantité déterminée. Cette question, depuis longtemps controversée, n'a pas encor'' trouvé une explication définitive. Comme ce n'es: pas ici le lieu de discuter des hyp thèses, nous nous bornerons à rappeler les principales théories qui ont été proposées.
Une première théorie, qui a été longtemps accréditée, admettait que le glacier glissait simplement sur son fond, étant poussé par les masses de névé qui sont entassées à son origine.
Une deuxième théorie admet qu'il avance par l'effet de la congélation de l'eau dans les petites fissures de la glace ; la dilatation produite par ce phénomène déterminerait la progression, en augmentant le volume de la glace.
Une troisième envisage la glace comme un corps plastique et visqueux qui avancerait à la manière d'une coulée de bitume ou de poix, invoquant à l'appui le fait que la progression est plus rapide au milieu du glacier que sur les bords.
Ce qui est certain, c'est que la progression est en raison de l'épaisseur des masses; c'est pour cela qu'un glacier progresse plus rapidement au milieu, là où son épaisseur est la plus considérable, que sur ses bords. Ce facteur est môme plus important que celui de la pente. Par la même raison, les glaciers de premier ordre avancent pins rapidement avec une pente très faible que les glaciers de second ordre avec une pente très forte.
C'est ainsi que le glacier de l'Aar, qui n'a qu'une inclinaison de -3 degrés, avançait, en 1S4".Î, de près d'un pied par jour, tandis que les petits glaciers suspendus au flancde la vallée progressentbeaucoiip plus lentement, malgré une pente décuple, se comportant ainsi, en quelque manière, comme les cours
d'eau qui progressent en raison de leur section, les grandes rivières coulant plus vite avec une pente faible que les petits ruisseaux avec une pente très forte.
II. Les ariciens glaciers. — Si les glaciers actuels sont attrayants pour le touriste, pour l'artiste et pour le physicien, ils ne sont pas moins intéressants pour le naturaliste et le géologue, au point de vue de l'histoire de la terre. Il n'y a pas longtemps que l'on se doute du rôle considérable qu'ils ont joué dans l'économie de notre globe. C'est en Suisse, près des glaciers actuels, que l'on a entrevu pour la première fois les transformations qu'ils ont subies pendant le cours des âges. Le mérite en revient en premier lieu à de simples chasseurs de chamois.
Voici de quelle manière. Les glaciers sont flanqués à leur extrémité, ainsi que sur leur côté, de grands amas de pierres qui, tombées des cimes qui entourent les cirques ou bassins supérieurs, sont entraînées par le mouvement du glacier et forment ces remparts que l'on désigne sous le nom de moraines. Ces dernières sont de deux sortes : les moraines su}^erficieUes, composées des débris qui restent à la surface du glacier, et les mi r-aines profondes, composées de ceux qui ont glissé :-ous le glacier ou qui sont tombés au fond des crevasses. Ces derniers sont en général usés, arrondis, marqués de rayures et de stries, provenant du frottement du sable qui fait ici l'effet d'un émeri sous la pression du glacier.
Quand un glacier viem à se retirer, le rempart qui tapisse son extrémité ne suit pas le glacier dans sa retraite, mais reste en place comme le témoin de son stationnement antérieur. Lorsque ce rempart n'est séparé de l'extrémité actuelle du glacier que par une distance peu considérable, il saute aux yeux qu'il doit se rattacher aux oscillations de ce dernier. Xul doute qu'il ne s'agisse là d'une ancienne étape ; il suffit d'ailleurs d'examiner la composition de ces digues pour être convaincu qu'elles sont identiques à la moraine terminale, c'est-à-dire, composées à la fois de blucs anguleux provenant de la moraine superficielle et de cailloux arrondis appartenant à la moraine profonde.
C'est ce qu'avaient observé, au commencement de ce siècle, près du glacier de Kaltwasser, les chasseurs de chamois du Simplon. Ils avejtirent de ce fait l'ingénieur Venetz, qui en saisit d'emblée toute la portée. Il comprit que si le glacier avait stationné autrefois à quelque cent mètres plus bas, il pouvait tout aussi bien s'être étendu plus loin ; et il se demanda si certains amas de dépôts meubles, qu'il avait remarqués sur les flancs de la vallée à une distance considérable, ne seraient pas également d'anciennes moraines. L'examen ne ta;da pas à confirmer cette prévision. Venetz fit part du fait à son ami, M. de Charpentier, directeur des salines de Bex, aussi éminent comme géologue que comme botaniste. Esprit hardi et profond, M. de Charpentier comprit qu'il y avait là le germe de toute une révolution géologique. Il se mit à examiner les dépôts analogues qui se trouvent accumulés non seulement dans les vallées transversales, mais aussi dans la grande vallée du Rliône, et bientôt arriva à la conclusion que le Valais lui-même avait été envahi jadis par un immense glacier, et que les blocs de granit de Monthey, qui jusque là avaient paru si énigmatiques, n'étaient que les débris de son ancienne moraine.
Les moraines cependant ne devaient pas être le seul argument à l'appui de la nouvelle hypothèse; les parois de rochers elles-mêmes allaient lui venir en aide. Quand on pénètre dans les vallées des Alpes, surtout dans «elles de la région graniti((ue, on est frappé de voir que les rochers sont usés et
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arrondis, de manière à présenter des formes qui rappellent plus ou moins ces nuages ballonnés [cuinu us) qui portent on Suisse le nom de moicioiis, ce qui avait engage de Saussure à les désigner sous le nom de roches mout'ûinées. Or, il se trouve que ces formes arrondies, marquées souvent de cannelures très distinctes dans le sens de la pente des vallées, sont, elles aussi, dues à l'action du glacier, qui, en frottant contre les parois, y trace ces remarquables sillons au moyen des' cailloux et des grains de sable incrustés dans la glace et qui agissent comme des burins.
Ces roches moutonnées et burinées s'élèvent souvent fort au-dessus de la surface des glaciers actuels (au glacier de l'Aar jusqu'à GOO m.), sans atteindre pourtant le sommet dos cimes encaissantes. Celles-ci sont au contraire aiguës et dentelées, ce qui permet de déterminer, au moyen de celte limite des roches moutonnées, l'épaisseur que l'ancien glacier avait à l'époque de sa plus grande puissance.
Ainsi naquit la théorie glaciaire, qui ne devait pas tarder à se substituer à l'ancienne théorie du déluge ou des courants diluviens. L'explication scientifique venait prendre la place de la théorie légendaire.
On comprit bientôt que si cette explication était vraie pour le Valais, elle devait l'être aussi pour les autres vallées des Alpes; elle fut en effet confii'mée de la manière la plus éclatante par des observations faites simultanément dans la vallée de l'Aar, du Mont-Rose et de Chamonix.
.Tusque là les observations n'étaient pas sorties des limites des Alpes; mais comme des phénomènes analogues avaient été observés ailleurs, on fut naturellement conduit à élargir le champ de l'observation; on ne tarda pas à se convaincre que le transport de blocs granitiques gisant sur les flancs du Jura avait dû seflectuer de la même manière que celui des blocs du Bas-Valais; qu'ils devaient être, eux aussi, d'origine glaciaire. Mais, pour que cela fût possible, le glacier avait an s'étendre du Valais jusquau Jura, en traversant le lac Léman. Il fallait, en d'autres termes, que la grande vallée suisse tout entière eût été recouverte par les glaces.
Ceci étant admis, les géologues français, qui avaient pris une large part aux travaux de leuis collègues suisses, ne tardèrent pas à constater les mêmes phénomènes sur le sol de la France. Les travaux de Collomb établirent la présence d'anciens glaciers dans les Vosges, tandis que M. Martins reconnut que les g aciers des Pyrénées s'étaient étendus au loin dans la plaine; enfin, M. Faisan démontra que l'ancien glacier du Rhône n'avait pas été limité par le Jura, mais qu'il avait pénétré, à travers celte chaîne, jusqu'aux environs de Lyon, où se trouvent une quantité de blocs venus des Alpes.
Que des doutes se soient élevés dans l'esprit de bien des géologues sur l'existence d'une nappe de glace se prolongeant depuis les sources du Rliône jusque dans le Lyonnais, il n'y a là rien de surprenant, surtout si l'on considère la faible inclinaison que devait avoir cette nappe glacée comparée k la pente des glaciers actuels. Il y avait là, en effet, de quoi prêter à la critique. Il paraissait impossible, aux yeuv d'hommes d'ailleurs très compétents, qu'une calotte de glace pût se mouvoir ainsi sur une pente équivalant à une minime fraction de degré. Une allure pareille est sans doute bien différente de celle des glaciers actuels, dont les plus unis ont au moins quelques degrés de pente. Et pourtant on se trompait en proclamant l'impossibilité d'un pareil transport par les glaces. Si, au lieu de prendre pour terme de comparaison les glaciers actuels des Alpes, on avait établi la comparaison avec les glaciers du nord, on se serait
bientôt convaincu que ce que l'on prétendait être une impossibilité en Suisse était la règle aujourd'hui dans les régions polaires. La Suisse était, aune certaine époque géologique, recouverte d'une nappe de glace semblable à celle du Groënhind.
De même, les Pyrénées, les Vosges et la Forêt- Noire étaient entourées d'une immense ceinture de glaciers qui débouchaient de toutes les vallées. La Scandinavie se trouvait à peu près dans les mêmes conditions que le Groenland de nos jours. Il en était de même, jusqu'à un certain point, des Iles Britanniques : les glaciers venaient de tous côtés y rejoindre la mer et mêler leurs débris moralniquus aux sables du rivage.
Cette période glaciaire ne devait cependant pas durer. Les glaces finirent par se fondre, à mesure que le climat se réchauffait. Mais une fonte pareille n'a pu s'effectuer sans produire d'immenses torrents, qui ont eu nécessairement pour effet de remuer et de remanier les débris de la moraine profonde, que le glacier avait laissés sur place, et qui présentent aujourd'hui cet aspect particulier .que l'on a décrit sous le nom de paysage morainique. Ces eaux tumultueuses devaient en outre être chargées d'un fin limon, à l'instar des eaux qui s'échappent des glaciers actuels. Ce limon se déposa dans les plaines basses. Telle est en particulier l'origine des limons de la vallée du Rhin icœss], ae ceux des plaines de la Hongrie, de la Bresse, de la plaine lombarde, des grandes plaines de rinde et en général des districts les plus fertiles de notre continent, ainsi que de ceux des deux Amériques.
Si l'on considère que ces inondations, par lesquelles s'est terminée la période glaciaire, ont été générales, on conçoit qu'à mesure qu elles envahissaient toutes les plaines qui n'étaient pas occupées par les glaciers, elles ont dû faire périr une grande partie de l'humanité d'alors, ainsi que bon nombre des animaux contemporains, dont les débris sont enfouis dans ces limons : ceci étant aujourd'hui un fait acquis, on se demande si la tradition d'un déluge universel,' qui s'est conservée dans les deux hémisphères, ne trouverait pas son explication rationnelle dans ces inondations glaciaires qui ont eu lieu simultanément dans toutes les parties du globe? Si l'homme des cavernes en a été le témoin, il n'y aurait rien de surprenant qu'il en eût gardé et transmis le souveuir, malgré son infériorité, car il s'agit de la plus grande crise que la terre ait subie depuis qu'elle est habitée.
Ajoutons que si la période glaciaire a été froide, triste et mélancolique pour l'homme primitif, qui habitait les cavernes des districts non envahis par les glaces, elle a en revanche préparé la terre pour devenir l'habitation de l'homme civilisé, en dotant la surface des continents de terrains ifertiles qui devaient faciliter le bien-être de notre race. Qu'on enlève, parla pensée, sur une carte géologique, les surfaces qui sont composées de terrains glaciaires et quaternaires, et l'on verra que l'on a supprimé du même coup les terres les plus fertiles, les vrais greniers d'abondance, sans lesquels l'Europe ne pourrait pas suffire à l'alimentation de sa population actuelle. [E. Desor.]
GLUBt: (Constitution du). — Géologie, 1; Géographie générale, I — Forme. — La terre n'est pas un globe parfait, mais un sphéroïde aplati vers les pôles et renflé à l'équateur, dont les principale* dimensions sont :
Circon férence polaire 40 000 kil.
Circonférence équatorials. .. . 40 070 — Différence
Diamètre polaire
Diamètre équatorial. . . . , Différence. .,
1 ,7:52 kil, }'2 7.^4 —
rz
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Cette dernière différence constitue l'aplatissement des pôles, qui est de 1/209, insensible à l'œil, puis- <iu'ii ne serait que de 3""», 3 pour une sphère de de 1 mètre de diamètre.
Mouvements. — La terre tourne sur elle-même dé l'ouest à l'est en '2Z^ 66'4u". La vitesse de rotation de la surface atteint son maximum à l'équatcur, où elle est de 46I'".9 par seconde; elle est plus «grande que celle du son dans l'air, qui n'est que de 331", elle est les s/lO de la vitesse maximum d'un boulet de 12 kilogrammes, qui peut atteindre 519 mètres.
Comme toutes les autres planètes, la terre tourne autour du soleil de l'ouest à l'est, dans un orbite elliptique dont le soleil occupe un des foyers et dont les dimensions sont les suivantes :
Grand axe 314 000 000 kil.
Petit axe 3U4 Odd 000 —
Excentricité 10 000 000 ou 1/30
La durée de la révolution est de 36ô jours 1/4 ou une année. La vitesse de translation dans l'orbite n'est pas uniforme ; elle est accélérée dans le voisinage du soleil et ralentie dans l'éloignement ; elle possède ce caractère de simplicité reconnu et établi par Kepler, que les aires décrites par le rayon vecteur en temps égaux sont égales (loi commune à toutes les planètes) ; la vitesse moyenne est de 30'', S par seconde, soixante fois celle du boulet de 12 kilogrammes.
Formation du globe terrestre. — Les études de toutes sortes faites jusqu'à présent sur la terre par les astronomes, les physiciens, les chimistes et les naturalistes, indiquent qu'au moment où elle a commencé à exister comme astre distinct, elle était, comme l'a si bien dit A. Leymerie, à l'état de fluidité probablement visqueuse ou pâteuse. En efl'et si, dans l'origine, les choses étaient telles, la niasse terrestre a dû chercher d'abord à prendre la forme sphérique, en vertu de l'attraction qui sollicitait toutes ses molécules, et même à se disposer intérieurement en couches concentriques de densité progressivement décroissante du centre à la surface. Mais dans le moment môme où elle commençait à se former et à s'individualiser ainsi dans le système solaire, tout prouve que la terre recevait une impulsion dont nous ne chercherons pas l'origine. Cette impulsion seule aurait eu pour effet de lui faire parcourir, d'un mouvement uniforme, un espace rectiligne indéfini, si l'attraction du soleil n'était venue courber cette ligne, la fermer même, et enfin la modeler en ellipse, ainsi que cela devait être en Tertu des lois de la mécanique.
L'impulsion initiale donnée au globe ne passait pas par son centre de gravité, car, s'il en eût été ainsi, cet astre se fût contenté de ce mouvement de révolution autour du soleil; il est évident que la force impulsive n'a pas eu le temps, pour ainsi dire, de choisir un point d'application aussi particulier; elle a accepté le premier qui s'est présenté en une partie quelconque du mobile, qui a dû prendre par conséquent, outre son mouvement de translation révolutionnaire, un mouvement de rotation autour d'un axe passant par le centre ; mais alors la matière visqueuse de la terre a dû obéir à la force centrifuge qui naît de tout mouvemt^nt de ce genre, c'est-à-dire s'aplatir aux pôles et se renfler vers l'équateur.
Il est d'autant plus probable que les choses se sont passées ainsi, que plusieurs grands géomètres ayant cherché à calculer la valeur de l'aplatissement que notre globe aurait subi dans cette hypothèse, sont arrivés à un nombre très voisin de celui que l'observation a fait découvrir.
La forme sphéroîdale du globe avec ses pôles aplatis, et jusqu'à la valeur même de l'aplutissement,
s'expliquent donc très bien si l'on admet la fluidité originaire du globe; mais ce grand fait n'indique pas suffisamment si cette fluidité doit être attribuée à l'eau ou au feu. On doit toutefois pencher vers cette dernière opinion, par suite de l'impossibilité d'iriiaginer raisonnablement un liquide assez abondant et assez énergique pour tenir en dissolution, ou même à l'état de bouillie, toutes les roches de la terre; car il ne faudrait pas songer aux mers actuelles, dont le volume est si faible relativement à celui du globe, qu'elles seraient à peine capables d'humecter seulement une partie des roches que nous connaissons; ces roches d'ailleurs sont généralement insolubles.
On se demandera peut-être où étaient les mers dans cet état originaire du globe; car elles ne pouvaient se maintenir à l'état liquide sur une masse incandescente? La réponse est facile. Ces eaux étaient dans l'atmosphère, avec une infinité d'autres matières plus ou moins volatiles ou vaporisables dont elle a été purgée depuis.
La terre, ainsi placée au milieu de l'espace, devait rayonner vivement vers les espaces célestes, malgré l'épaisse atmosphère dont elle était enveloppée, et perdre rapidement une portion de sa chaleur primitive ; et cette déperdition dut devenir bientôt assez considérable pour que sa surface se consolidât d'une manière persistante. De là l'origine de l'écorce terrestre, d'abord très mince, puis de plus en plus épaisse par l'adjonction de nouvelles couches solides.
Pendant ce refroidissement continu et progressif, il est arrivé un moment où la température de la surface de la croûte et celle de l'atmosphère ont permis aux vapeurs de se condenser, de tomber sur la terre, de s'y maintenir à l'état liquide.
Si l'on cherche à se figurer ce que pouvait être le liquide aqueux provenant de la condensation d'une atmosphère très chaude, chargée de toutes sortes de matières, et tombant sur la croûte terrestre, naguère encore incandescente, on verra que sa température devait être très élevée et qtt'il devait tenir en solution des substances variées. Qu'on se représente maintenant ces eaux dissolvantes et violemment agitées, se mouvant à la surface du globe pour se précipiter dans les dépressions, afin d'y constituer ces grands amas d'eau que nous appelons les mers, on concevra sans peine qu'elles ont dû agir puissamment, soit par érosion, soit par solution, sur les roches déjà consolidées, en se charger de matières qu'elles ont dû déposer ensuite dans les bassins, où s'exerçaient sans doute également des réactions chimiques susceptibles de produire des précipit-és. Ces réactions d'ailleurs devaient être considérablement favorisées et augmentées par le concours des effluves thermo-minérales provenant de l'intérieur du sol. De là l'origine et la formation des premiers dépôts de sédiment. Enfin, un sol moins aride ayant paru à la surface de la terre par un refroidissement avancé et par la présence permanente des eaux suffisamment refroidies, l'atmosphère étant débarrassée de ses éléments volatils, la vie a pu s'établir, et notre globe a commencé à offrir des animaux et des végétaux.
Dans le temps où ces dépôts s'opéraient, avant même l'époque de leur première formation, la croûte terrestre a dû être incessamment fracturée et modifiée dans son relief par des actions provenant de la masse fluide. En effet, dans les premiers temps, où la partie solide de la terre ne consistait qu'en une pellicule appliquée sur un immense sphéroïde en fusion agité par des espèces de marées, par des émissions de gaz, etc., ces réactions devaient être très fréquentes. Plus tard, la croûte terrestre s'étant épaissie, elles se sont opérées à des intervalles moins rapprochés. Aujourd'hui elles ne se manifestent plus que pai do faibles
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indices (volcans, eaux thermales, tremblements de terre), et cependant tout nous porte à croire que dans l'état actuel des choses, l'épaisseur de la croûte n'est qu'une faible partie du rayon terrestre. Toutes les évaluations qui ont été faites par les auteurs restent au-dessous de 1/20, rapport qui correspond à vingt lieues métriques.
Composition. — Les corps simples, au nombre de (i5, sont bien loin de se présenter aussi abondamment les uns que les autres dans l'écorce terrestre ; d'après leur ordre d'abondance. Elle de Beaumont les répartit en six groupes de la manière suivante :
1» j Oxvgène 0.45
(2/3)1 Silicium 0.22
oo i Aluminium. .. . 0.07
HIK\- Calcium 0.06
^^"^i\ Magnésium .... 0.06
oo 1 Potassium 0.03
fl/iorj Sodium 0.03
^*'*"'( Carbone 0.03
Soufre 0.02
Hydrogène .... 0.02
Fer O.ol
Manganèse 0.003
Chlore... 0.001, Fluor... 0.001 l„.f.
Azote.... 0.001 ("•""* Phosphore 0.001 )
Les 45 autres éléments, constituant un sixième groupe, ne forment qu'une fraction imperceptible.
Parmi les 500 csiièces minérales reconnues par les minéralogistes, il s'en faut de beaucoup que toutes soient également abondantes ; vô seulement concourent d'une manière notable à la formation des roches ou masses qui composent l'écorce terrestre. Ce sont, suivant E. de Beaumont, les suivantes, dont les proportions ont été indiquées par L. Cordier :
Quartz 0.34
Orlliose
All>iie 0 ,,
Ryaculithe , "
Labradoiite )
Mica 0.04
Talc L
CWorite „ „'
Siéatite "•"*
Serpentine )
Amphibole 1
Pyroxene ' 0.04
Diallage \
Argile 0.03
Calcaire ) ^ „-
Dolomie i ^'-^^
Gypse j
Sel gemme 1
Combustibles )
D nsité. — La pesanteur relative moyenne, recherchée à l'aide des observations astronomiques sur les influences des corps célestes les uns sur les autres, et de la direction du fil à plomb dans le voisinage des montagnes, a été trouvée cinq fois celle de l'eau. Toutes les matières principales formant les parties de la terre qui uuus sont abordables ont une densité variant entre 2 et 3.
Roches ignées,
Talschiste 2.70
Micaschiste 2. 75
Gneiss 2.66
Granité 2.63
Porphyre 2.64
Serpentine 2.00
Trachyte 2 65
Basalte 5. Ou
Lave de Yolvic 2.32
Moches de sédiment.
Schiste-ardoise.. 2.65
.irgiles 2.20
Grès 2.65
Marbres 2.70
Calcaire liais 2.40
Calcaire grossier 1.80
Anthracite 1.46
Houille grasse 1 . 28
Suivant L. Cordier, on peut fixer la densité moyenne de l'écorce terrestre à 2,70.
L'augmentation de densité pour l'intérieur ne peut être attribuée à la diminution de volume que les corps éprouvent par la pression, tout énorme que soit celle-ci, car on sait que cette diminution est très minime, l/i500 du volume ; d'ailleurs les effets de la pression sont probablement compensés par l'augmentation de volume produite par la température, qui est si élevée dans les parties centrales, ainsi que le dénote l'incandescence des laves que rejettent les volcans. Il n'y a que les métaux et leurs composés dont la densité atteigne et dopasse celle de la teire. On peut donc affirmer que les entrailles de celle-ci recèlent des éléments
métalliques en bien plus grande quantité que le» parties superficielles.
Magnétisme terrestre. — Si l'aiguille aimantée a une direction en chaque point de la surface de la terre, c'est parce que celle-ci jouit de propriétés magnétiques qui en font un véritable aimant ou barreau aimanté, ayant des pôles attractifs dans les régions polaires. Le pôle magnétique boréal de la terre, vers lequel se dirige l'extrémité bleue de la boussole, a été fixé par Ross en lb30 au N. de la baie dHudson, sur la côte occidentale de Boothia-Félix. Le pôle magnétique austral a été fixé par Dumont dUrville, en 1840, au S. de l'Australie et de la terre Adélie. Les points précis sont les suivants :
Pôle boréal.
Long, occid. de Paris. 99» 7' | Latitude boréale 70' 5
Pôle austral.
Long, orient, de Paris 134° 0' | Latitude australe .... 72° 0'
L'équateur magnétique, placé à peu près à égale distance des pôles, est oblique par rapport à l'équateur terrestre ; les deux points de croisement, qui portent le nom de nœuds, sont situés à peu près à l'opposé l'un de l'autre. Les nœuds et les points de plus grand écartement ont été ainsi fixés, pour 1825, par Duperrey:
Nœud Pacifique, au nord des
lies Fidji long, orient. 180°.
Écart, septent. à l'ile Socotora long, orient. 52», lat. bor. 12».
Nœud Atlantique à San-Tomé long, orient. 3". Écart, mérid. au N.-O. de Rio-
Juneiro long, occid. 50°, lat. aust. 15*»
Tel était l'état magnétique de la terre en 1825; mais il n'est pas stable, ainsi que le démontrent les variations des boussoles. Ainsi, à Paris, la déclinaison, qui était de 11° à l'E. en 1580, était arrivée à 22°34 à rO. en l!il4 : en 1878 elle n'est plus que 17"'. L'inclinaison, qui était de 75° en 1671, n'est plus, en 1878, quede65°40'. Les variations séculaires que l'on constate depuis 1576 seraient expliquées par la supposition d'un noyau ferrugineux magnétique, emporté un peu moins rapidement que l'écorce extérieure dans le mouvement de rotation de la terre autour de son axe et de ses pôles.
Les terres, les eaux, l'atmosphère- — La terre, envisagée d'une manière générale, se compose de trois parties : une masse formée d'un noyau central plus ou moins fluide, enveloppée par l'écorce terrestre solide, dans laquelle se passent les phénomènes ignés ou plutoniens; une enveloppe incomplète aqueuse (mers, lacs, fleuves, etc.j, qui est le siège des phénomènes aqueux ou neptuniens; enfin une enveloppe complète guzeuse (atmosphère), dans laquelle se passent les phénomènes aériens ou éoliens.
Terres. — Sur le sphéroïde terrestre, elles forment seulement 1/4 de la surface, tandis que les mers en occupent les y/4. Les mers et les terres sont très inégalement distribuées dans les deux hémisphères polaires; les mers forment les ItjS de l'hémisphère boréal, et les 7/8 de l'hémisphère austral.
Les terres sont ordinairement divisées en ancien et nouveau continent, dont ou fait cinq p;iriies : l'Europe, l'Asie, l'Afiique, l'Amérique et l'Oceanie. Cette division n'a rien de naturel, les terres, abstraction faite des îles grandes et petites, étant séparées par les mers eu sept massifs comme il suit :
A.NXIEN CONTINENT.
1° L'Europe ei l'.isie, entre lesquelles il n'y a aucune séparation ;
2° L'Afrique, qui tient à l'Asie par l'isthme de Suez;
3° L'Australie, reliée à l'Asie par la chaîne interrompue di.s îles asiatiques.
GLOBE