GOMMES
GRAINE
•une consistance particulière appelée consistance g'^>mmeuse. Les matières dites mucilugineuses, extraites d'un grand nombre de végétaux, et •qu'il ne faut point confondre avec les gommes, se ronflent dans l'eau sans s'y dissoudre. Traitées par l'acide azotique, les gommes se transforment en acide mucique (c'est là leur caractère chimique distinctif). Par ce traitement, elles donnent ans>i de l'acide oxalique, voire même de l'acide saccharique et de l'acide tartrique. Exposées au soleil «u à la chaleur, elles subissent certaines transformations et deviennent moins solubles dans l'eau.
Les gommes sont des substances concrètes, incristallisables, d'une saveur fade, sans aucune odeur; la plupart sont jaunâtres, d'autres sont blanches ou presque incolores; pures, presque toutes les gommes sont translucides.
On les rencontre dans le commerce sous divers aspects : tantôt, comme la gomme arabique, en petites masses arrondies, de la grosseur d'une grosse noisette, à cassure conchoïde et vitreuse, de couleur blonde ou rouge ; tantôt, comme la gomme adragante, en rubans tortillés ou en pla- ■ques plus ou moins larges et chagrinées à leur surface.
On distingue trois espèces de gommes : la %omvc\e arabique , la gomme adragante et la gomme du pays.
Gomme arabique. — La gomme arabique, comme son nom l'indique, nous venait autrefois exclusivement de l'Arabie ; aujourd'hui presque toute celle que l'on consomme en Europe vient du Sénégal.
Elle se dissout en toutes proportions dans l'eau ; cette dissolution dévie à gauche le plan de polarisation de la lumière ; mais après avoir subi l'action de l'acide sulfurique, elle le dévie à droite CV'. Polarisation). Cette gomme contient 80 p. 100 d'un principe immédiat auquel elle doit ses propriétés et qu'on appelle arabine. D'après les travaux de M. Frémy, il faudrait considérer la gomme arabique comme un mélange des sels de chaux et de potasse d'un acide qu'il a appelé acide gummique. Cet acide, le savant chimiste du Muséum l'a isolé. sous la forme d'une masse amorphe d'un blanc laiteux, devenant vitreux par dessiccation. Porté à une température de 120 à 160°, il devient insoluble dans l'eau en se convertissant en acide métagummique.
Les métagummates, qui sont insolubles dans l'eau froide, se convertissent de nouveau en gumniates solubles par l'ébullition avec ce liquide (^^'urtz). On savait depuis longtemps que la cérasine, principe insoluble des gommes de pruniers •et de cerisiers, se convertissait par l'ébullition en arabine ou principe soiuble des gommes. Les travaux de M. Frémy nous expliquent cette propriété par la transformation des métagummates en gummates.
D'après M. Fermond, une solution de gomme arabique conservée pendant longtemps se convertit «n une matière sucrée particulière.
Desséchée à 100°, la gomme arabique a la même composition que le sucre de canne, C'-Hi'O'i; à 130°, elle prend celle de l'amidon, Ci-'HioOiO; traitée par l'acide sulfurique à chaud, elle devient •du glucose, Ci»HnOii.
La gomme arabique a de très nombreux usages. En pharmacie, elle est la base des pâtes dites de jujube, de lichen, etc. ; elle est employée comme adoucissant dans les maladies inflammatoires, soit en poudre, soit en sirop; elle sert comme intermède pour administrer les résines, le camphre, les huiles fixes ou volatiles. Dans l'industrie on en fait une consommation énorme pour la fabrication des vernis, principalement des vernis de voiture, dans l'apprêt des étoffes, le vernissage des estampes
coloriées, le collage du papier, la préparation des couleurs, etc.
Gomme adragante. — Cette gomme provient de plusieurs espèces d'astragates, principalement de Vastragak ven-s. Elle ne se dissout point complètement dans l'eau, mais s'y gonfle en donnant un sirop très épais et très consistant. Elle contient des traces de substance amylacée, aussi bleuit-nlle par l'iode; son principe essentiel, qui en forme les 45 centièmes, est Vadrogantinr, appelé aussi basiorine parce qu'il constitue l'élément principal de la gomme de Bassora. La bassorine pure, gonflée dans l'eau, donne une belle gelée transparente qui, bouillie avec de l'acide sulfurique, se transforme complètement en glucose cristallisable.
La gomme adragante est blanche, un peu élastique, difficile à pulvériser; on la rencontre dans le commerce en rubans gomme fine vermiculéel,en plaques (gomme en plaques). Elle sert dans l'industrie pour l'apprêt de^ cuirs et des tissus; en pharmacie, dans la confection des pastilles et des loochs; elle entre aussi dans la fabrication des crèmes et des gelées.
Les gommes dites pseudo-adragant.de Bassora, de Sasia, qu'on rencontre dans le commerce, servent à falsifier la gomme adragante, qui coûte généralement assez cher.
Gomme du pays. — Cette gomme est produite par plusieurs rosacées de notre pays, le cerisier, l'abricotier, le prunier ; on l'appelle encore gomme 7iostras. On la rencontre le long de l'écorce, dont elle exsude naturellement par les moindres crevasses; elle est en masses agglutinées, irrégulières, transparentes, d'un brun jaune, plus ou moins salies par des matières étrangères; elle se dissout difficilpment dans l'eau. Son principe dominant s'appelle la cérasine ; il paraît être de même nature que la bassorine Les chapeliers emploient la gomme du pnys mélangée h la gélatine pour apprêter les feutres.
Gommes résines. — Les gommes résines sont des mélanges naturels de résines et de gommes diverses. Elles proviennent de végétaux ombellifères qui poussent dans les régions tropicales ; en général, elles sont plus riches en résine qu'en gomme. Elles sont insolubles dans l'eau et se dissolvent à chaud dans un mélange d'alcool et d'eau. On en connaît un nombre considérable de variétés ; leurs propriétés et leurs usages varient comme leur origine.
Nous renvoyons le lecteur, pour plus de détails sur les gommes résines, à l'article Résines.
[Alfred Jacquemart.]
GOUT. — Y. Sens.
GOUVERNEMENT. — "V. Droit pblic.
GRAINE. —Botanique, XII. — (Etyra. : du latin grana, corruption féminine de granum, le grain.)
Défiiiition. — On appelle graine ou seme?ice le résultat de la transformation de l'ovule sous l influence de la fécondation. Il n'y a donc de graines (jue chez les végétaux pourvus d'ovules; par conséquent, on ne rencontre des graines que chez les végétaux pfianér' games.
Nomen'Hnture des parties de la graine. — Puisque la graine n'est autre chose que l'ovule tr?nsformé sous linfluence de la fécondation, nous devons retrouver, dans la nomenclature des diverses parties de cet organe, plusieurs des noms employés dans celle des parties de l'ovule. Ainsi on appelle micropy e l'orifice extérieur du canal micropyLiire de l'ovule ; ce point marque le sommet de la graine, quelle que soit la forme de celle-ci. comme il marquait le sommet de l'ovule. Selon les cas, près du micropyle, ou à quelque distance de ce point, "a remarque une tache ou cicatrice, d'étendue très variable, nommée liile ou ombilic; c'est là qu'était fixé le cordon funiculaire ou ombilical qui reliait l'ovule au pistil ; le bile marque toujours la oase
GRAINE
GRAINE
de la graine. Dans un très petit nombre de plantes seulement (gymnospermes, polygonées, quelques monocotylédonées), le hile et le micropyle sont diamétralement opposés l'un à l'autre, la graine est droite comme l'ovule qui Fa produite. Plus ordinairement le hile est placé près du micropyle. la graine est courbée.
Parties cont Huantes de la graine. — Dans une graine, on distingue deux parties : l'une externe, nommée spermuderme ou tégument séminal, qui résulte de la transformation des enveloppes do l'ovule ; l'autre interne, désignée sous le nom d'amande, qui s'est formée dans ce que l'on appelle le sac enibrijonnaire.
Que le spermoderme doive son origine à un tégument ovulaire unique ou bien à la transformation d'une prlmine et d'une secondine, on essaie souvent de le subdiviser en deux assises scparables mécaniquement après un séjour plus ou moins prolongé de la graine dans l'eau. L'assise extérieure, dure, fortement colorée, a reçu le nom de testa; la zone intérieure, délicate, membraneuse, transparente, incolore, s'appelle tegmen. Une étude approfondie a montré qu'il n'y a pas lieu de distinguer le testa du tegmen, ou plutôt que ce qu'on exprimait par ces mots désignait, en passant d'une graine à une autre, des couches d'origine tout à fait différente. Les tissus du spermoderme appartiennent toujours à la classe des tissus épidermiques ou subéreux ; ils sont fortement gorgés de cellulose, de matières résineuses rouges ou noires, de cristaux d'oxalate de chaux, plus rarement de carbonate de chaux.
Lorsque le spermoderme, en plus de son rôle d'organe protecteur de la graine, doit jouer un rôle important dans la dissémination de ce corps, il présente une série de transformations remarquables sur lesquelles il convient d'appeler l'attention.
Deux cas sont à distinguer, selon que la dissémination est directe ou qu'elle est indirecte. Lorsque la dissémination est directe, c'est-à-diro quand elle a lieu dans l'air, les tissus superficiels de la graine émettent soit des prolongement-pileux (Ex. : les graines du cotonnier, chez lesquelles ces poils ne sont autre chose que la sub stance appelée coton) ; soit des ailes membraneuses tantôt unilatérales (Ex. : dyckia), tantôt bilatérales (Ex. : tulipes), plus rarement disposées sur trois côtés (Ex. : moringa). Ces tissus superficiels, uniquement destinés à augmenter le volume et la surface de la graine sans augmenter sensiblement son poids, sont toujours formés d'éléments à parois très minces dans lesquels l'air a remplacé le contenu cellulaire. La couche d'air ainsi immobilisée protège très efficacement la graine contre les variations de température, et aussi contre Thumidiié. Le plus souvent, sous les zones superficielles dont nous venons de parler, on rencontre une couche cellulaire dure, très solide, formée de prismes juxtaposés dont l'axe est perpendiculaire à la surface de la graine. Cette couche profonde est plus spécialement destinée à la protection de la graine. Toutefois il arrive que le spermoderme ne se divise pas ainsi en couche superficielle consacrée à la dissémination et en couche profonde protectrice.
Lorsque la dissémination est indirecte, c'est-à dire quand les graines ne peuvent être disséminées au loin que par l'intermédiaire des animaux, les tissus superficiels de la plupart d'entre elles se gorgent de substances sucrées, souvent très parfumées ; de plus leur surface présente des teintes très brillantes ; attirés par les vives couleurs rouges, orangées ou noires, par la matière sucrée qui recouvre les graines, ou par leur parfum, les animaux les dévorent ; les amandes recouvertes de l'assise protectrice résistent à l'action des sucs de l'appareil digestif et sont rejetées au dehors avec les fèces.
Le spermoderme est souvent appelé à fournir h la graine l'organe qui doit fixer ce corps au sol. Tout ce qui a servi à accroître la surface disséminatrice, comme les ailes, les poils, sert aussi à augmenter la surface de contact de la graine et du sol humide. Parfois, dans le but d'augmenter l'adhérence de la graine avec le sol, on remarque que les couches superficielles du spermoderme sont susceptibles de se transformer sous l'influence de l'eau liquide en une sorte de gelée ou de mucilage très adhésif (Ex. : le mucilage produit par la graine de lin). Un dernier dispositif des moyens de fixations des graines nous est ofl'ert par les lythrariées, chez lesquelles la surface du spermoderme est couverte de poils contractiles, qui, se tordant et se détordant sous l'influence des variations de l'état hygrométrique de l'air, pénètrent dans ie sol et y fixent la graine.
L'amande comprend généralement deux parties : 1° Uembryim, qui représente la nouvelle individualité végétale, et qui résulte de l'action du pollen sur l'une des vésicules embryonnaires; 2° une réserve nutritive plus ou moins développée, qui a pris naissance près de l'embryon dans l'intérieur du sac embryonnaire. Cette réserve nutritive est nommée albumen, parce qu'on l'a comparée à l'albumine de l'œuf de la poule.
Dans un embryon on distingue une région centrale axile qu'on nomme tigelle ou axe hypocoti/lé. Cet axe se fixe au sac embryonnaire par un prolongement filiforme très délié nommé siispens<:ur ; la limite idéale du suspenseur et de la tigelle est quelquefois désignée sous le nom de radicule, parce qu'on supposait que cette partie en s'allongeant donnait la première racine ou pivot. La radicule n'existe pas ; quelques ouvrages descriptifs, par laisser-aller de langage, désignent la tigella entière sous le nom de radicule. A l'extrémité supérieure de la tigelle, on trouve un bourgeon plus ou moins développé : c'est la geinniule, aussi appelée plumu/e. A la base de la plumule, selon les plantes, on remarque un nombre variable d'expansions appendiculaires nommées cotylédons. En général il n'y a qu'un ou deux de ces appendices : de là la distinction des végétaux en vé2;i''taux dicotylédones et monocotylédonés. Toutefois, dans quelques dicotylédones gymnospermes, le nombre des cotylédons de l'embryon peut s'élever jusqu'à "2 1 , sans qu'on puisse considérer ces lanières comme les lobes de deux cotylédons très divisés. La forme des cotylédons varie, selon qu'ils doivent servir de réservoir pour les matières nutritives accumulées pour l'embryon, ou qu'ils ne doivent servir qu'à l'absorption. Les cotylédons se présentent comme des corps de très grand volume, mais de très petite surface, lorsqu'ils sont transformés en réservoirs ; au contraire, ce sont des organes foliacés de très grande surface, lorsqu'ils jouent surtout le rôle d'organes absorbants.
Chez un grand nombre de végétaux, l'embryon, dans la graine mûre et tombée sur le sol, est beaucoup moins développé que nous ne l'indiquons ci-dessus ; ainsi chez les orchiiées, l'embryon se montre comme un globule celluleux informe dans lequel on ne reconnaît ni tigelle, ni cotylédon, ni gemmule. Les pyrola, les monotropa ont des embryons encore moins développés.
L'albumen ou la réserve nutritive qui entoure l'embryon est un tissu cellulaire dont tous les éléments sont gorgés de substances nutritives. Selon les plantes, la substanre ainsi mise en réserve est de l'amidon, de la cellulose, des matières aleuriques. A ces trois natures de substances corrospomleni à peu près les dénominations a/6îime« amylacé ou farineux; albumen ligneux ou corné; albumen Ituilcux ou cliarnu. Le tissu qui forme l'albumen a pris naissance dans le sac embryonnaire : c'est cette origine surtout qui le caractérise.
GRAINE
GRAINE
On désigne quelquefois l'albumen sous le nom â'e)idosp''ij7ie, pour le distinguer d'une autre réserve nutritive qui a pu se développer entre le sac embryonnaire et le spermoderme dans les tissus du nùcelle (voir ce qui est dit de l'ovule à l'article Fleur). Dans les graines ainsi constituées, la réserve nutritive du nucelle est appelée /)i^rw/»/°rme. On dit que les plantes dont la graine est pourvue simultanément d'un endosperme et d'un périsperme ont deux albumens ; tels sont le nénuphar, le poivre. Lorsqu'une graine a deux albumens, l'intérieur, l'cndosperme, est toujours aleurique ; l'extérieur, le périsperme, toujours amylacé. En général l'albumen est d'autant moins développé que l'embryon l'est davantage, et vice ver>a. En principe, il semble que la quantité d'albumen placée à la disposition de l'embryon suffit et au delà à permettre à l'embryon, lors de la germination, d'atteindre le moment où il sera suffisamment développé pour se suffire à lui-même.
Les rapports de position de l'embryon et de l'albumen dans la graine méritent d'être indiqués.
L'embr3-on peut être complètement entouré par l'albumen : tel est le cas du ricin ; ailleurs, comme dans le blé, l'embryon est couché sur l'albumen. L'embryon du ricin est dit iiitraii e, celui du blé est extraire. Plus rarement l'embryon^ toujours extraire, entoure l'albumen à la manière d'une bague : tel est l'embryon courbé de la belle de nuit.
Un très petit nombre de plantes, parmi lesquelles nous citerons seulement les orangers et les ardisia, présentent plusieur embryons dans chaque graine ; c'est que plusieurs vésicules embryonnaires ont été fécondées simultanément.
Le spermoderme peut manquer chez quelques graines mûres : tel est le cas des véroniques, des justicia Cette disparition du spermoderme, qui n'a pas toujours manqué, tient à des phénomènes de développement dans le détail desquels nous ne pouvons entrer ici. Plus ordinairement le spermoderme, et par suite la graine, est pourvu d'une enveloppe accessoire, sorte de cupule développée aux dépens du funicule et qui revêt la graine comme d'un capuchon. Ces enveloppes accessoires sont désignées sou- le nom d'ariUes; selon leur consistance et leur disposition, les arilles sont secs, charnus, pileux ; citons comme exemple les fusains, et surtout les ravenala et les urania, plus connus sous le nom d'arbres du voyageur. Les arilles sont surtout des organes de dissémination. On désigne par les noms de strophioles, de caroncules quelques productions superficielles de la graine, sans importance.
Pour résumer toute cette description de la graine, il nous semble qu'on peut la considérer comme consistant dans la réunion : 1° d une individualité nouvelle engourdie, enkystée aux premières phases de son développement ; 2° d'une réserve nutritive préparée pour subvenir aux premiers besoins de la jeune plante; le tout recouvert et protégé par une coque imperméable à la lumière, à l'eau et à l'air. On peut donc dire que la graine est un kyste chargé de disséminer au loin les nouvelles individualités végétales.
Germiivttion de la graine. — La dissémination €st terminée ; les graines tombées sur le sol s'y fixent, leurs tissus s'imbibant d'eau peu à peu. Selon les plantes, l'eau met un temps plus ou moins long à traverser le spermoderme et à' atteindre l'embryon. Si les conditions extérieures sont favorables, c'est-à-dire si la température est assez élevée, si l'oxygène arrive en abondance, si l'humidité est abondante, l'embryon augmente de Tolume et bientôt provoque la rupture du spermoderme. L'embryon est aidé dans ce travail par l'augmentation brusque du volume de tous les tissus de l'ovule qui ont été transformés en tissus
cornés gélifiables lors de la maturation de la graine. Une fois le spermoderme ouvert, l'extrémité inférieure de la tigelle s'avance au dehors, se courbe vers le sol; c'est à cet instant seulement qu'a lieu la rupture du filament suspenseur qui fixait l'embryon au sac embryonnaire. Selon les plantes, la partie inférieure de la tigelle qui s'enfonce ainsi dans le sol pour y fixer la jeune plante est plus ou moins développée ; bientôt on voit surgir, de l'intérieur des tissus de cette partie de la tigelle, la première racine. Les débris des tissus de la tigelle qui enveloppent le point d'insertion de la première racine forment la coléorrhize. Cette première racine remplit tout de suite son double rôle d'organe fixateur et d'organe absorbant. Plus rarement, comme dans les bégonias, la tigelle en touchant le sol se tubérifie et se fixe au sol par de petits poils qui remplacent les racines, et permettent à la jeune plante de se développer en attendant la production de ces organes. Exceptionnellement, comme dans les cuscutes, il ne se développe jamais de racine à la partie inférieure de la tigelle.
Une fois la jeune plante fixée au sol, lorsque la première racine commence à se développer, l'embryon essaye de délivrer sa gemmule. A cet effet, la région inférieure dos cotylédons s'allonge beaucoup ; la gemmule, toujours placée entre les cotylédons, est entraînée hors du kyste embryonnaire, puis les bases des cotylédons s'écartent et l'axe du bourgeon gemmulaire s'élance verticalement. Selon que les cotylédons doivent demeurer dans la graine pour absorber l'albumen ou au contraire quitter le spermoderme et s'étaler dans l'air pour y verdir et y jouer le rôle de feuilles, on dit que les cotylédons sont dans le premier cas hypogés, dans le second épigés. Lorsque les cotylédons sont épigés et qu'ils sont libres, la gemmule se dégage simplement par l'écartement des cotylédons qui l'enserraient; fréquemment alors, dès que la première racine fonctionne comme organe absorbant, la jeune plante, renfermant toujours un excès d'eau, laisse échapper ce liquide qui s'écoule à l'état de gouttelettes par des stomates aquifères, véritables tistules déterminées à l'extrémité des cotylédons par la réplétion aqueuse. Lorsque l'embryon laisse ses cotylédons enfermés dans le spermoderme pour absorber la réserve nutritive, selon la nature de celle-ci, l'absorption se fait de deux manières ; l'albumen est-il aleurique, un ferment soluble semblable à la diastase agit sur l'aleurone et la décompose en graisse et albumine; en quelques heures, toute la réserve nutritive est dissoute ; la germination de ces graines, dès qu'elle a commencé, doit être très rapide. Lorsque la réserve nutritive est composée de matières amylacées et surtout de cellulose, l'embryon dissout l'albumen de proche en proche; la germination peut alors durer un temps très long.
Les causes nécessaires pour provoquer la germination sont, avons-nous dit : 1° une certaine humidité ; 2° une quantité de chaleur déterminée; 3° la présence de l'oxygène. Tout ce qui tend à accroître l'intensité d'une de ces trois conditions accélère le travail germinatif; il importe pourtant pour chacune d'elles de ne pa^ dépasser certaines limites. Certains corps, tels que les solutions chlorées très étendues, accélèrent beaucoup la germination ; jusqu'ici on ne peut donner de ce fait une explication suffisante.
Les graines conservent plus ou moins longtemps, selon les espèces, la faculté de germer. Quelquesunes ne germent que si on les sème aussitôt après les avoir récoltées, à moins pourtant qu'on ne les stratifié. Pour stratifier des graines, on les dispose dans des pots par couches minces; celles-ci alternent avec des assises peu épaisses de terre très léïère ou de sable entretenu légèrement humide.
GRAINE
GRAMINEES
Les semences ainsi disposées subissent lentement un commencement de germination et peuvent ensuite être semées après plusieurs semaines ou quelques mois. Par opposition à cette première catégorie de graines, il en est qui conservent pendant des années la faculté de germer, soit quand elles sont gardées h l'air libre, soit surtout lorsque des circonstances fortuites en ont amené l'enfouissement à une grande profondeur. D'après Alpli. de Candolle, après vingt-cinq ans (1831 à ISôCj, sur :!6S espèces de graines 17 seulement ont germé; Home prétend que des graines de seigle ont germé au bout de 150 ans. Sans ajouter foi aux récits des observateurs qui affirment avoir vu germer les grains de blé trouvés dans les sarcophages des momies égyptiennes, on peut citer, lors du dessécbement récent du lac de Harlem, la germination de graines enfouies dans la vase depuis le douzième siècle.
Utilité des graines pour l'agriculture. — La production des graines est un des principaux buts de l'agriculture, et bon nombre des végétaux qu'elle cultive n'ont de valeur que par là. C'est le cas de toutes les graminées : blé, seigle, avoine, orge, riz; de quelques légumineuses : pois, haricots, lentilles; des plantes oléagineuses : arachide, olive, colza, œillette, sésame. Certaines graines sont consommées crues, comme les noix, les noisettes, les amandes, les pistaclies.il est des graines exotiques qui sont l'objet d'un immense commerce : telles sont celles du cacaotier et du caféier. Cette grande importance des graines au point de vue agricole ou industriel s'explique par leur composition ; elles sont toujours gorgées de substances azotées et phosphorées, de sorte que sous un petit volume, l'homme et les animaux y trouvent une nourriture des plus substantielles. Ces matières alibiles varient suivant l'espèce de graines; celles qui s'y montrent le plus fréquemment et qui y dominent sont : l'amidon, l'aleurone, le gluten, le sucre, des huiles fixes et volatiles. Il est des graines qui contiennent des substances très actives connues sous le nom d'alcaloïdes ; telle est la fève de Saint-Ignace, nommée encore noix vomique, dont on retire la strychnine et la brucine.
Con'ervation de': graines. — Pour conserver les graines, surtout les graines de céréales, il faut éviter : 1° la moisissure et la fermentation; 2" l'attaque des animaux nuisibles^ insectes ou rongeurs. Deux systèmes sont en présence : le système algérien ou système des silos, dans lequel le grain parfaitement séché reste immobile dans un souterrain complètement clos ; et le système européen ou système des greniers, qui consiste à prévenir la destruction des graines en les agitant fréquemment, ce qui empêche la fermentation de s'établir et dérange les insectes. Pour conserver les graines en silos, il faut : l" que les graines soient très sèches au moment de l'emmagasinage ; 2° qu'aucune humidité eiiérieure ne puisse les atteindre; 3° que la fermeture soit hermétique ; 4° que la température soit uniforme et comprise entre 12° et 0". En Afrique, il est possible d'employer le système des silos à cause du remarquable état de siccité des graines, qui ne contiennent jamais plus de 8°/o d'eau. En Suède, en Norvège, et dans le nord de la Russie, pour conserver les graines en silos, on les fait passer préalablement dans des étuves dont la température varie entre 57° et (j->° centigrades. D'après M. Thury, les meilleures dispositions àprendre pour installer un silo sont : 1" faire des silos de 100 hectolitres seulement; 2° donner à la voûte une forme ovoïde et rétrécir un peu le fond ; 3^ loger les silos entièrement sous le sol, de manière à avoir au moins un mètre de terre sur les Toutes ; 4° garnir l'ouverture d'un revêtement de bois pour éviter la dégradation des graines à l'em-
magasinage. Pour remplir les silos, il faut : 1° avoir des graines très sèches; 2° garnir le fond du silo de paillassons ; 3" descendre dans le silo un fourneau de charbon de bois bien allumé de façon à dissiper l'humidité et à remplir le silo d'acide carbonique; 4° faire passer les graines sur un crible incliné d'où elles tombent dans le silo et tasser les graines pendant l'emmagasinago. Quand le silo est plein, on le ferme hermétiquement, on le plâtre et au besoin on le goudronne.
Quant au système des greniers, il y a d'abord le grenier ordinaire, dans lequel les graines sont agitées de temps à autre à la pelle. Dans le Limousin et la Bretagne, les graines passées au tarare et bien sèches sont enfermées dans de grandes jarres en terre, ou dans des caisses, ou dans des sacs. Les sacs sont ensuite dressés en lignes isolées. Depuis la fin du siècle dernier, on a donné le nom de greniers à des appareils qui sont plutôt des réservoirs de grains ; tels sont : le Vallery, sorte de cylindre tournant dans lequel le grain est agjté facilement; le grenier Salaville, sorte de réservoir traversé par des tuj'aux au moyen desquels on peut ventiler et au besoin noyer le grain dans une atmosphère délétère ; le grenier Sinclair et le grenier Pavy : ces derniers sont de grands coffres verticaux bien ventilés, pourvus de compteurs et d'ascenseurs. La plupart de ces détails sur la conservation des graines sont empruntés à M. L. Gossin, l'agronome bien connu. [C.-E. Bertrand.]
GRAMI>'ÉES.— Botanique, XXV. — Dé/îwî7fO?î.— Les Graminées sont des plantes dont l'embryort monocotylédoné très développé est appliqué sur la surface de l'albumen par une large expansion dorsale nommée écusson ou scutelle. Leurs tiges, aériennes, sont arrondies ; de distance en distance, elles portentdes nœuds renflés d'oùpartent des feuilles à gaine très ouverte, disposées en ordre distique. Leurpérianthe est nul. Leurs organes reproducteurs sont protégés par des glumes et des glumelles. Cette famille forme, avec celle des Cypéracées, la classe des Glumacées de Brongniart.
Caractères botaniques des graminées. — La graine des graminées n'est jamais libre ; elle est toujours soudée à un péricarpe papyracé dont on ne peut la séparer mécaniquement; un tel assemblage forme le fruit désigné par le nom de Canjopse (V. Fruit).
Dans l'intérieur de la graine on rencontre un embryon très développé et un albumen également très développé. L'embryon des graminées présente sur !e dos de son cotylédon, directement appliquée contre l'albumen, une grande expansion, scutelle ou écusson, qui sert àabsorber l'albumen pendant la germination. Quelques botanistes, et en particulier M. 'VanTieghem, regardent l'écusson comme le véritable cotylédon, et le cotylédon comme une sorte de ligule qui protège la gemmule. L'albumen est toujours amylacé chez les graminées. Cependant les cellules tout à fait extérieures de ce tissu sont dépourvues damidon ; on lesappelle quelquefois les cellules à gluten. La durée de la faculté germinative des graines de graminées est très grande (V. Graine).
Leur germination s'accomplit dans un temps très court; elle est favorisée par une élévation de température.
Pendant la germination, sous l'action du ferment diastasique qui provoque la dissolution de l'amidon, la graine se charge de glucose; cette propriété est mise à profit pour fabriquer des liqueurg alcooliques à l'aide de ces graines. Pour atteindre le sol lors de la germination, les premières racines percent la paroi du caryopse près de son point d'attache.
Dans la plante développée, les racines sont fasciculées, grêles, très tortueuses. La tige présente les tailles les plus diverses, depuis 5 ou 6 centL
GRAMINÉES
GRAMINEES
mètres de haut jusqu'à 10 mètres et plus (bambou) ; elle est fistuleuse, herbacée, plus rarement dure comme dans le roseau et le bambou, et toujours fortement incrustée de silice à sa surface ;le plus souvent cette tige est ramifiée dès la base, et forme ce que les agriculteurs nomment le tallement.
Les feuilles, distiques, se prolongent inférieurement en une longue gaine qui enveloppe la tige sans souder ses deux bords ; au sommet de la gaine se trouve une ligu'e sèche et translucide. Sauf dans les bambous, où le limbe se rétrécit inférieurement en pétiole, cet organe se montre toujours comme une lame linéaire parcourue dans sa longueur par un très grand nombre de nervures parallèles.
Les fleurs sont disposées en épillels, qui se groupent en épis ou en panicules (V. Inflorescence) . Les épillets sont uniflores ou pluriflores, et selon les genres, toutes les fleurs de Tépillet sont complètes ou incomplètes ; ces dernières, dites imparfaites, occupent dans Tépillet une situation déterminée ; ce caractère a servi à la distinction des deux grands types de cette famille. L'épillet tout entier est enfermé entre deux feuilles que Ton appelle les glumes, l'inférieure embrassant la supérieure. Chaque fleur de lépillet est aussi protégée par deux feuilles, l'extérieure impariner\iée,, l'intérieure ayant un nombre pair de nersTires : chacune de ces deux feuilles est appelée paillette. et leur ensemble est nommé glumelle ou halle. Plus itiférieurement, on rencontre à la base des organes reproducteurs soit deux, soit trois petites ' écA\\\Qi Si'ççQléQ^ paléo' es ,squamules OMglumellules . dans lesquelles on voit généralement le véritable périanthe des graminées. L'androcée comprend trois étamines à longs filets, à anthères biloculaires qui, après leur déhiscence, écartent leurs deux loges; dans quelques genres, comme la flouve. une des étamines peut manquer; chez le nard celtique, on ne retrouve plus qu'une étamine; inversement on en trouve six dans le riz, et jusqu'à dix-huit dans les bambous. Le pistil des graminées est unique ; l'ovaire, uniloculaire, à parois très épaisses, renferme un seul ovule légèrement courbé; il porte directement deux très longs stigmates plumeux insérés à quelque distance l'un de l'autre. La fécondation des fleurs de graminées se fait en quelques heures, et la maturation de la graine est assez rapide ; aussi beaucoup d'entre elles sont-elles annuelles.
On divise les graminées en treize tribus. Il faudrait entrer dans des détails trop circonstanciés pour faire connaître chacune d'elles.
Usage des Graminées. — L Plantes nuisibles. — Cette famille renferme un très petit nombre de plantes nuisibles ; presque toutes au contraire sont utiles à l'homme ou aux animaux. Parmi les plantes nuisibles nous citerons d'abord Yivrii", dont les fruits mêlés à ceux des autres céréales (blé, seigle, etc.l provoquent chez l'homme l'ivresse, le vertige ou des vomissements. La mélique bleue, lorsqu'elle est en fleurs, provoque chez les bestiaux le gonflement ; cette plante est commune dans les pâturages et les forêts, et il ne se passe pas d'année où elle n'occasionne des accidents.
La fétuque à quatre dents de Quito est un poison très actif. Avec des propriétés beaucoup moins énergiques, le rhizome de guilno ou bromus catharticus du Chili est un purgatif violent.
n. Plantes utiles. — 1° Chien lent. — Le rhizome du chiendent est employé en infusion comme apéritif; deux variétés sont usitées, le chiendent pied de poule et le chiendent commun.
2° Canne de Provence ou. grand roseau i.irundo donax). —Ses tiges servent à faire des instruments à Tent ; ses rhizomes charnus ont un goût très sucré; on les emploie pour combattre la fièvre de
lait au moment du sevrage. Avec les tige» du roseau commun [Arundo phragmites], on fabrique des tapis et des nattes ; ses panicules coupés avant la floraison servent à faire des balais. Le roseau iiromatique de l'Arabie ISchœnanthe officinale) sert de fourrage et de litière pour les chameaux, dont il est la seule ressource dans les déserts de l'Arabie ; ses feuilles ont une saveur résineuse, amère, des plus désagréables ; c'est un sudorifique qui peut rendre de grands services.
3° Le vétiver, surnommé chie^-dent des Indes, produit un rhizome dont on fait un grand commerce; cette partie de la plante possède une odeur extrêmement forte, qui la fait employer pour préserver les étoffes des attaques des insectes. L'essence de vétiver très diluée est la base d'un très grand nombre de parfums.
4° Canne à sucre {Saccharum officinarum). — La canne à sucre et le sucre sont connus de temps immémorial dans l'Inde et en Chine. La canne à sucre fut importée en Europe par les généraux qui avaient accompagné Alexandre dans son expédition des Indes; elle fut conservée à grands frais dans les jardins des riches Athéniens, puis importée en Sicile et en Italie; jusqu'au xv^ siècle, les Vénitiens vendirent le sucre, usité comme médicament seulement, à toute l'Europe septentrionale. La canne à sucre fut plantée à Madère en 1401 ; elle y prospéra, et de là gagna les Canaries et l'île -Mint-Thomas. En 1506, Pierre d'Arrança porta la canne à sucre à Hispaniola, aujourd'hui Saint-Domingtte ; en 1518, cette île possédait déjà vingt-huit sucreries : on prétend que les magnifiques palais io Madrid et de Tolède, bâtis par Charles-Quint furent paj'cs avec le seul produit des droits imposés sur les sucres d' Hispaniola. La canne à sucre ne fleurit pas en Amérique.
Dans l'Indoustan, la canne à sucre vient de boutures qu'on plante à la fin de mai et qu'on récolte l'année suivante en février avant la floraison. En Amérique, la canne à sucre se multiplie également par boutures, mais sa maturation y exige de quinze à vingt mois. Dans l'Inde comme en Amérique, les tiges coupées au ras du sol émettent des rejetons dont la maturité s'efi'ectue dans l'année; le même plant repousse jusqu'à cinq fois, après quoi oti le détruit, on retourne le cliamp, et on y replante de nouvelles boutures. Le sommet des tiges de la canne à sucre, beaucoup moins riche en sucre que le reste de cet organe, sert à faire les nouvelles boutures.
Pour extraire le sucre des cannes, les tiges mises en bottes sont écrasées, puis soumises à l'action d'une presse hydraulique; les résidus ou bagasses sont séchés et employés comme combustible, ou mis à fermenter ; c'est de là qu'on extrait par distillation une liqueur alcoolique appelée rhum. Le suc exprimé des cannes, ou vesou, est chauffé jusqu'à 110° pour déterminer la coagulation des matières albuminoides qu'il contient, puis concentré jusqu'à consistance sirupeuse ; alors on l'unit à la chaux pour produire du saccharate de chaux, matière qui peut se conserver indéfiniment sans s'altérer, et dont on extrait le sucre à loisir par les mêmes procédés que pour la betterave. "Tout le sucre de canne produit est expédié en Europe et mêlé au sucre extrait de la betterave.
5° Sorgho. — La tige contient une assez forte proportion de sucre cristallisable ; il est cultivé dans les environs de Marseille pour la fabrication de l'alcool.
6° Bambou. — Toutes les parties du bambou sont utiles ; la tige est employée pour faire des cannes, des étuis, des vases extrêmement légers et très solides, des meubles et des charpentes légères, voire même des conduites pour les eaux ; les jeunes pousses sont comestibles. Dans l'Inde, les graines sont employées à la nourriture de la volaille.
GRAMMAIRE
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Les autres graminées, comme le blé [Triticum sntivum), le ^eigl' (Socale céréale), Vorge (Hordeum vulgaré), V avoine {Avena saliva), le riz [Oryza sativa), le mois (Zea maïs) ou blé 'le Turquie, sont cultivées pour leurs fruits ; leurs tiges, sauf celles du maïs, forment une paille employée aux usages les plus variés, litière, paillassons, tapis, chapeaux, etc., voire même à la fabrication du papier. Outre leurs usages alimentaires, les fruits de toutes ces plantes, broyés, puis délayés dans l'eau et soumis à la fermentation, produisent des liqueurs alcooliques très employées dans les pays du nord (eaude-vie de grains) et dans les pays tropicaux (rack). Toutes ces plantes sont originaires de l'ancien continent, à l'exception du maïs qui nous vient de l'Amérique. — V. Blé&i Céréale:^.
[C.-E. Bertrand.]
GBAMMAIRE. — Ce mot se rattache, par l'intermédiaire de la basse latinité, à la racine qui exprime l'idée à'éo-ire, et dont un dérivé, gramma, désignait, chez les Grecs, les caractères de l'alphabet. Entre les lettres, qui représentent les éléments des mots, et les mots eux-mêmes, ainsi que leurï formes diverses et leur emploi, il y a une relation tellement étroite, que le terme qui désignait les caractères de l'écriture servit à former le nom des maîtres qui apprenaient aux enfants à les tracer, et, par une extension toute naturelle, le nom de la science même qui a pour objet l'étude du langage.
Si l'on veut remonter aux origines les plus lointaines d'où sortit, en Occident, la science grammaticale, et, en même temps, avoir une idée de ce que la fantaisie ingénieuse du plus brillant des philosophes grecs pouvait imaginer sur cette matière, à une époque où l'on avait perdu le secret de la synthèse qui a préside à la formation des langues indo-européennes, il faut lire le dialogue que Platon a composé sur la propriété des noms. Parmi les explications, parfois très justes, beaucoup plus souvent spécieuses, que Socrate donne à Cratyle sur la formation de la langue grecque, plus d'une, hélas! ressemble à ces étymologies si justement discréditées dont se moquait Voltaire, et atteste avec quelle facilité les plus puissants esprits peuvent s'égarer lorsque, dans une étude aussi positive que celle du langage, ils substituent à la méthode scientifique leurs conceptions et leurs impressions individuelles.
Platon avait donné à ses explications sur l'origine et la propriété des noms la forme agréable du dialogue. Plus sévèrement exposées chez son disciple Aristote, les théories qui se rapportent à la constitution du langage ne forment point cependant un corps de doctrine complet. Le tout, comme le fait observer M. Mûller, se réduit à une sorte d'ébauche grammaticale. Platon avait distingué le notn et le verbe comme parties constitutives du discours. Aristote y joignit les conjonctions et les articles ; il observa également la distinction des nombres et des cas. En un mot, les principaux éléments de la grammaire avaient été trouvés par les philosophes grecs; mais ils les avaient exposés sans les soumettre à une méthode rigoureuse, dans des livres qui n'avaient nullement pour objet l'enseignement de la grammaire. Pour trouver une grammaire véritablement digne de ce nom, il faut aller la demander à cette fameuse école d'Alexandrie, qui rendit à l'étude des lettres et des sciences de si éclatants services. Parmi les philologues les ,plus illustres du Musée, nous devons surtout citer Denys le Thrace, qui vint à Rome enseigner les lettres grecques environ cinquante ans avant Jésus- Christ, et publia la première grammaire qui ait été composée pour un enseignement vraiment pratique. Il faut nommer aussi le savant Apollonius, qui vivait au ii" siècle de notre ère, et que la duroté de son caractère, ou peut-être même de son style.
avait fait surnommer le Dyscole, c'est-à-dire, te difficile.
Pour ce dernier, dont les ouvrages représentent certainement le plus haut degré de perfection où soit arrivée, dans l'antiquité, l'étude du langage, la grammaire est avant tout une science d'observation. Apollonius considère la grammaire comme un ensemble de règles fondées sur l'élude exacte des faits, et destinée à un but essentiellement pratique, qui est de corriger le mauvais usage (Egger, Apolhmius Dyscole).
La lecture des ouvrages qui nous restent de ce célèbre grammairien montre que les mots dont se compose la langue grecque avaient été soumis, par les philologues de l'école d'Alexandrie, à une classification rigoureuse. Les termes dont ils se sont servis pour désigner les différentes parties du discours, enseignes par Denys le Thrace à la jeunesse romaine, et transmis, sous leur forme latine, par les grammairiens de Rome à ceux de la Renaissance, sont ceux-l;i mêmes dont nous nous servons encore aujourd'hui. A part quelques modifications et quelques découvertes de détail (V. Loiseau, Histoire des progrès de la grammaire, édit. E. Thorin), la science grammaticale ne fit point à Rome de notables progrès. La critique scrupuleuse qui avait présidé aux travaux de philologues tels que les Aristarque, les Denys, les Apollonius, la finesse et même la subtilité de leurs analyses, ne laissaient guère de progrès à faire, dans une science d'observation comme la grammaire, aux conceptions pures de l'esprit.
Nous indiquerons tout à l'heure la cause de cette impuissance. Nous expliquerons du même coup comment il se fait que, malgré la finesse et la pénétration de leur esprit, des grammairiens tels que les Solitaires de Port-Royal, les Dumarsais, les Beauzée, les Condillac ont si peu élargi le cadre dans lequel les philologues d'Alexandrie avaient renfermé la science grammaticale. Dépourvus des notions qui leur auraient permis d'étendre ce domaine, ceux que l'on a nommés parmi nous les grammairiens philosophes ont entrepris de le sonder et de le creuser dans toutes les directions : mais ce fut trop souvent aux dépens de la clarté. L'embarras et l'obscurité des définitions qui résultèrent de cet examen minutieux du laniiago; l'abus des termes abstraits; la subtilité des distinctions; en un mot, tous ces défauts que Ton a justement condamnés en bloc sous le nom de niétaphusique, ne tardèrent pas à amener une réaction dont Lhomond fut le représentant le plus célèbre; réaction qui, naturellement, dépassa le but et entretint, contre les améliorations les plus louables, des préventions que la grammaire comparée voit à son tour se dresser devant elle.
Quoi que l'on pense à cet égard, voici à quoi avaient abouti toutes les recherches et toutes les études de vingt siècles : il y a dix ans, en France, toutes les grammaires connues dans nos écoles se composaient encore, comme au temps de Denys le Thrace, de deux parties distinctes : 1° la lexicologie, c'est-à-dire l'énumération des parties du discours, avec le tableau des formes sous lesquelles petivent se présenter les parties variables ; 2° la syntaxe, c'est-à-dire l'exposé des règles qui président à l'emploi et à l'arrangement des mots.
Mais on chercherait en vain, dans tous ces ouvrages, l'explication des formes diverses que les mots peuvent revêtir. Ainsi, pour nous borner à la langue française, aucun grammairien n'exposait l'origine de notre pluriel ; aucun ne rendait compte des prétendues anomalies que la formation de ce pluriel présente ; aucun n'expliquait l'origine des formes multiples qui constituent la conjugaison. Enfin, dans les langues classiques, nul n'exposait pour quelle cause le sujet se met, en latin , au nominatif, tandis que le complé-
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