‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. Buisson (volume 4)Chapitre 55 sur 593 · LECTURES ET DICTÉES · texte numérisé non relu

LECTURES ET DICTÉES

1. Mazagran. — Mazagran est un bourg d'Algérie, dont les Français prirent possession en 1839. Au commencement de l'année 1840, il n'y restait pour toute garnison que cent vingt-trois hommes formant la 10° compagnie du 1" bataillon d'infanterie d'.\frique. Leur chef était le capitaine Lelièvre. Tout à coup le 3 février au matin, ils voient arriver devant Mazagran une troupe de 12 000 Arabes avec 2 pièces de canon : c'était une partie de l'armée d'Abd-el-Kadcr. Trois cents Arabes se postèrent d'abord dans le bas de la ville, crénelèrent les maisons et ouvrirent le feu; du côté de la plaine, la cavalerie tentait en même temps l'assaut du petit fort où s'étaient enfermés les Français. Ce fort, qu'on nommait la Casbah de Mazagran, était un faible réduit en pierre sèche qui n'avait d'autre avantage que d'être placé au haut de la ville et par conséquent de dominer la situation. La garnison française possédait une pièce de canon, mais n'avait qu'un baril de poudre etéOOjO cartouches.

ALGÉRIE

ALIMENTS

Dès le soir du 3, la moitié des munitions fut épuisée. Le capitaine Lelièvre donna l'ordre de ménager la^- poudre et de ne plus repousser l'ennemi qu'à la~baïonnette. Toute la nuit on se battit encore. Le 4 au matin, nouvel assaut général des Arabes, qui sont rejetés en désordre; ils reviennent immédiatement à la charge, les Français tiennent toujours. Ils recommencent l'attaque la nuit suivante, même insuccès. Pendant quatre jours de suite et presque quatre nuits entières, ce ne furent qu'assauts successifs ; enfin le 6 les Arabes tentent un eôbrt inouï en s'aidant de perches à crochets et de poutres ; ils sont repoussés à la baïonnette et écrasés sous le feu des dernières cartouches prudemment réservées pour la lutte suprême. Et le 7 février, quand le jour parut, les assiégés virent avec un étonnement joyeux que la plaine était déserte ; les Arabes avaient battu en retraite pendant la nuit.

Quelques heures après, le commandant en chef du corps d'armée dont faisait partie la petite garnison, arrivait en toute hâte et emmenait en triomphe au milieu de ses hommes le capitaine Lelièvre et ses héroïques soldats. La petite troupe n'avait eu que 3 hommes morts et 16 blessés. Depuis ce jour, la 10* compagnie obtint le privilège de porter dans «es rangs le drapeau déchiré, troué par les balles et roussi par le feu, qu'on avait vu flotter pendant ces quatre jours sur les murs de la Casbah.

2. La casquette. — « C'était en Afrique. Une nuit, le camp français est surpris par les Arabes. Une fusillade terrible jette un moment l'indécision parmi nos soldats à moitié endormis. Le maréchal Bugeaud s'élance hors de sa tente; sa présence ranime les Français. L'ennemi est repoussé. La lutte finie, le maréchal s'aperçoit que ses soldats chuchotent et sourient en le regardant. Il porte la main à sa tète et reconnaît que dans sa précipitation il est resté coiffé de son bonnet de nuit. Le lendemain, lorsque les clairons sonnèrent la marche, les zouaves entonnèrent en chœur :

As-tu vu — la casquette, — la casquette, As-tu vu — la casquette du père Bugeaud?

Le maréchal ne s'en fâcha nullement. Deux ou trois jours plus tard, au moment de donner l'ordre du départ, il s'écria en s'adressant aux clairons : « Clairons, sonnez la casquette ; » ce nom est resté à la marche et a conduit plus d'une fois les zouaves à la victoire ». — {Journal des instituteurs t, 1878, n» 9.

3. Prise de Constantine. — « L'armée française, sous la conduite du duc de Nemours, assiégeait Constantine. Le bombardement durait depuis plusieurs jours. Une brèche avait été ouverte dans les remparts. A un parlementaire envoyé pour demander la reddition de la ville, les Arabes répondirent : '< Si vous demandez de la poudre, nous vous en donnerons; si vous demandez du pain, en voici ; mais la ville, vous ne l'aurez pas tant que nous serons debout. >> Il fallut donc commander l'assaut. On désigna pour former la première colonne d'attaque un bataillon de zouaves et une partie du génie sous le commandement du colonel Lamoricière Les zouaves, couchés dans une tranchée, s'étaient approchés de la brèche jusqu'à une distance de soixante pas ; ils y avaient séjourné pendant vingt-quatre heures en attendant le signal de l'assaut, qui devait être donné par huit coups de canon tirés à la fois. Les boulets devaient soulever un nuage de poussière près de la bièche pour empêcher les assiégés de tirer sur les premiers assaillants. A 8 heures du matin, les huits coups de canon retentirent, les fanfares et la musique les accompagnèrent. Le colonel Lamoricière sauta de la tranchée et s'élança le premier, le sabre à la main sur la brèche; ses soldats le suivirent au pas de charge. Une demi-heure après les Français

étaient maîtres de la brèche, fout à coup on entend une formidable explosion de poudre : plus de cinquante de nos soldats sont tués, un plus grand nombre blessés. On n'a jamais su les véritables causes de cette explosion. Les Arabes continuèrent quelque temps leur résistance dans les rues, mais vers neuf heures le drapeau tricolore avait remplacé sur le rocher de la citadelle le drapeau rouge. Officiers, sous-officiers et soldats avaient rivalisé d'intrépidité. La seconde colonne d'attaque avait vigoureusement soutenu la première ; le colonel Combes qui la commandait fut atteint de deux coups de fusil en arrivant sur la muraille ; cependant il continua de commander ses soldats jusque dans la ville. Ce ne fut qu'alors qu'il se rendit auprès du duc de Nemours, lui fit son rapport et ajouta enfin avec le plus grand sang-froid : « Monseigneur, permettez maintenant que je me retire, je suis blessé mortellement, je vous recommande ma malheureuse famille. » Il avait su tellement se contenir, que le prince ne s'était pas aperçu de son état. Il expira quelques heures après. (13 octobre 1837 j — (D'après 'R.xvix, Lectures d'histoire contemporaine.)

ALIMENTS. — Hygiène, IX. — {Étym. : du latin alere, nourrir.) — On pourrait nommer alimejiis toutes les substances qui, introduites dans l'appareil digestif, contribuent à réparer les perles de l'économie. Cependant, pour nous conformer à l'usage, nous adopterons la division assez arbitraire d'aliments et de boisso7is, réservant ce dernier nom aux liquides employés à délayer les aliments solides ou à satisfaire la soif.

1 . Notions générales sur l'alimentation. — Notre corps est soumis à une usure continuelle, la vie exige une combustion constante pour entretenir la chaleur et produire de la force ; il faut donc que les tissus qui composent nos organes se renouvellent sans cesse en s'assimilant les matériaux que leur fournissent les aliments. Parmi ces matériaux, les uns ne contiennent que du carbone, de l'oxygène et de Vhydrogè/ie, ils sont, par conséquent, éminemment combustibles; d'autres contiennent en outre de Vazote et par là ressemblent aux tissus de nos organes, qu'ils régénèrent en se transformant en leur substance ; de là deux grandes classes d'aliments : les combustibles ou lespiratoires c les réparateurs ou plastiques. On a soulevé, il est /ai, des objections à cette division un peu. trop rigoureuse ; mais, comme on n'a rien proposé pour la remplacer et qu'elle a le mérite d'être fort simple, il n'y a nul inconvénient à l'employer encore.

Il existe, dans toutes les classes, une foule de préjugés sur la valeur nutritive des aliments et sur les besoins de notre corps. Un des plus dangereux consiste à prendre la faim pour mesure de ces besoins. Pendant la maladie, après de longues privations, sous lïnfluence de l'alcool, le sentiment de la faim peut s'émousser, puis disparaître, bien que la machine humaine, continuant à épuiser sa propre substance, exige une constante réparation. Mais dans l'état de santé il ne suffit pas de " manger à sa faim » pour satisfaire aux besoins réels du corps. L'alimentation est soumise par notre nature à des règles que l'hygiène a étudiées pour en tirer des conséquences pratiques du plus haut intérêt au point de vue de la santé et du travail.

Ration alimentaire. — Un homme adulte, de poids moyen, soit Gô kilogrammes, qui se livre à un travail modéré, perd chaque jour par la respiration, la transpiration, l'usure et les résidus de ses aliments environ 1000 grammes d'eau, 30 ' grammes de carbone et2ii grammes d'azote. Telles sont les substances que doivent remplacer les boissons et les aliments. Voyons comment on peut y arriver de la manière la plus avantageuse.

L'analyse du pain ordinaire nous indique qu'il contient en moyenne, par iOO grammes, 1 gram-

ALIMENTS

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m© d'azote. Pour arriver h compléter avec du pain seul la quantité voulue de cette substance, il faudra donc 2i 00 grammes de pain. D'un autre côté, nous n'avons besoin que de 1000 grammes de pain pour obtenir 30'i grammes de carbone : cela nous donne un excédant de pain de 1000 grammes consommé exclusivement pour utiliser l'azote qu'il contient, mais dont le carbone est inutile.

Appliquons à la viande le même calcul. La viande de bœuf sans os ni graisse contient environ 3 p. 100 d'azote ; donc 70i» grammes de viande fourniraient l'azote d'une ration normale; mais pour arriver à la dose de carbone nécessaire il faudrait 3000 grammes de viande, soit 2 3U0 grammes consommés uniquement en vue de leur carbone et dont l'azote non-seulement serait inutile, mais deviendrait pour l'économie une cause d'embarras et de danger.

Puisque ces deux rations pèchent par défauts contraires, nous pouvons les combiner de manière à former un aliment qui satisfasse aux besoins de la Nutrition sans employer de matières inutiles. On obtient ce résultat avec 1000 grammes de pain contenant ;-00 grammes de carbone et 10 grammes d'azote; 330 grammes de viande (parée), qui représentent 32 grammes de carbone et 10 grammes d'azote. Si le prix des 330 grammes de viande n'excède pas (en moyenne) celui des li'OO grammes de pain retranchés, on a tout avantage à combiner la ration de cette manière ; on bénéficie, en outre, du carbone de la viande.

Malheureusement notre agriculture n'est pas assez avancée pour permettre une telle consommation de viande. Paris seul en est suffisamment pourvu ; la moyenne par habitant est de 72 kilogrammes par année, ce qui fait par jour 197 grammes, auxquels il faut ajouter la volaille, le poisson, les œufs, le lait, le fromage, etc. qui complètent la ration. Dans les villes de province la moyenne est de 64 kilogrammes; elle tombe à 20 kilogrammes dans les campagnes. Il faut donc reconnaître que l'azote, sous sa forme la plus convenable pour l'alimentation de l'homme, est rare et cher, et les efforts de l'agriculture doivent tendre à en produire des quantités toujours croissantes.

Prenons maintenant deux exemples dans le règne végétal : supposons que l'on consomme seulement du riz ou des fèves. Celles-ci renferment, pour 100 parties environ, 40 parties de carbone et 4,5 d'azote. Pour fournir la quantité nécessaire de carbone, il faudrait Ttb grammes de fèves sèches, ce qui donne un fort excédant d'azote. La ration de riz fournissant '20 grammes d'azote serait de iOOO grammes, contenant un fort excès de carbone. De plus, pour cuire convenablement ce riz il faudrait employer environ 8 litres d'eau, de sorte que la ration journalière d'un homme formerait un volume énorme. En pareil cas il peut arriver que, l'estomac étant surchargé, l'appétit fasse défaut avant que l'on ait ingéré une quantité d'aUments suffisante pour la nutrition.

Mais en associant le riz et les fèves de manière à compenser leurs qualités et leurs défauts, on obtiendra une ration alimentaire sans excès de carbone ni d'azote. Pour cela on prendra 350 grammes de fèves contenant 140 grammes de carbone et 15,15 grammes d'azote; 4'25 grammes de riz contenant 170 grammes de carbone et 4,25 grammes d'azote.

Lorsque l'on varie, par hygiène ou par nécessité, les éléments de la nourriture, si l'on veut éviter une dépense inutile et même nuisible aussi bien qu'une alimentaiion insuffisante, il est indispensable de 80 rendre compte de la valeur comparative des diverses substances, de connaître leur composition.

■Voici, d'après Payen, l'analyse des substances les plus importantes.

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