‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. Buisson (volume 4)Chapitre 556 sur 593 · GRAMMAIRE HISTORIQUE · texte numérisé non relu

GRAMMAIRE HISTORIQUE

GRECE

gaison), Ys était exclusivement affectée à la seconde personne, la première ne la recevait point. On disait fe voy, tu vois, comme on dit encore faime, tu aimes. Au seizième siècle, Ronsard réclama pour les poètes la faculté d'ajouter une s à la première personne lorsque le vers l'exigerait. On prit peu à peu 1 habitude de la placer à peu près constamment devant les mots commençant par une voyelle. En 166!!, dans un même vers de Y Alexandre de Racine, on trouve la première personne du présent de l'indicatif du verbe croire, orthograplaiée de deux manières^ conformément h. cette règle :

Ouy, croyez... — Je croy tout. Je vous crois invincible.

Aujourd'hui c'est la suppression de Vs qu'on regarde comme une licence poétique.

Le t qui caractérise la troisième personne a disparu de beaucoup de verbes où il figurait jadis ; mais il s'y rencontre encore, dans les phrases inlerrogatives, sous forme de lettre euphonique : va-t-il.

On pourrait être surpris du grand nombre à'advertes en ment que renferme notre langue, si l'on n'en connaissait l'origine. Le substantif latin féminin mens (esprit), qui avait pris le sen^; de façon, manière, employé à l'ablatif avec un adjectif, bonu mente (de bonne manière), ne forma plus dans l'ancien français qu'un seul et même mot : f)onnement. A cause du genre du mot mens, les adjectifs qui entrent dans la composition de ces adverbes y figurent toujours au féminin. Il n'y a d'exception que pour les adjectifs tirés d'adjectifs latins appartenant à la troisième déclinaison, qui, ainsi que nous l'avons remarqué plus haut, n'a- Taient qu'une terminaison pour les trois genres : prudtmment; encore la plupart de ces adjectifs ayant fait, au quatorzième siècle, leur féminin en e muet suivant la règle générale, les adverbes se trouvèrent modifiés, et l'on dit royalement, grandement, fortement.

D'ordinaire on attribue également le nom d'adverbe de négation à non, ne, pas, point, gouttp, personn', mie, miette, rten, f'tc. Il ne faut accepter cette dénomination commune que sous bénéfice d'inventaire, car ces divers mots sont de nature essentiellement diflTérente : ne et non ont seuls le caractère de véritables négations ; les autres, pas, point, mie, sont de purs noms, exprimant une petite quantité, et employés d'une manière indéfinie pour servir de complément à la négation. Rien, lui-même, n'avait pas à l'origine un sens négatif. Tiré de rem, accusatif du latin res, il signifie primitivement chose. « Je n'ai )-ien, » c'est-à-dire je n'ai chose quelconque.

Dans une revue si rapide, nous ne pouvons qu'indiquer les faits principaux; l'important est de signaler l'utilité, l'intérêt de ces études, et surtout d'en préciser le caractère. Comme l'a dit M. Bréal : « La grammaire traditionnelle formule ses prescriptions comme les décrets d'une volonté aussi impénétrable que décousue; la grammaire historique fait glisser dans ces ténèbres un rayon de bon sens, et au lieu d'une docilité machinale, elle demande à l'élève une obéissance raisonnable. » C'est dire combien ville convient à notre temps ; mais il importe qu'elle soit le principe et l'âme même de l'enseignement, qu'elle le renouvelle, et surtout quelle le simplifie. Se contenter de la superposer aux anciens traités, ajouter cet étage nouveau au vieil édifice grammatical, en en laissant subsister le plan, ce serait surcharger la mémoire des élèves sans profit pour leur intelligence et leur raison.

Ouvrages à consulter. — E. Egger, Notions élémentaires de grammaire comparée, pour servir à l'étude des trois langues classiques. — Fréil. Diez, Grammaire des languei routanes, 3 vol. iri-S" (f réduction française par MM. Gaston Paris, Bracbct, etc.). — Brachet, Grammaire historique

de la langue française. — Marty-Laveaux, De renseignement de notre langue; Grammaire historique. — A. Chassang, X'ouvelle grammaire historique, cours supérieur. — Camille Chabaoeau, Histoire et théorie de la conjugaison. — Obry, Etudes historiques sur le parti' ipe passé français et sur les verbes auxiliaires. — Schweighaeuser, De la négation dans tes langues romanes du midi et du nord de la France. ("Ch. Marty-Laveaux.]

GRAVITATION. — V. Pesanteur et Attraction. ^

GHECE (Géographie). — Géographie générale, XVIII. — I. Généralités. — Situation. — Le royaume de (jrèce, reconstitué il y a un demisiècle, à la suite de la guerre de l'indépendance, et augmenté en 1881, comprend l'extrémité méridionale de la péninsu'e des Balkans, et un certain nombre d'Iles dans VArchipel et la mer loîiienne.

Limites actuelles.— La. Grèce continentale touche au nord à la Turquie d'Europe, depuis le mont Olympe, sur l'Archipel, jusqu'au golfe d'Arta,sur la mer Ionienne. La frontière commune part de l'embouchure delà Salambria. aux environs du 40" de latitude, se tient, dans sa partie oripntalp, un peu au nord du cours de ce fleuve, en donnant à la Grèce la plus grande partie de la Thessalie. Depuis la chaîne du Pinde, la frontière descend, au sud-ouest, le long de l'Arta, jusqu'au golfe de ce nom, sur la mer Ionienne.

L'Archipel, à l'est, et la mer Ionienne, à l'ouest, baignent les côtes de la Grèce et y découpent des péninsules et des golfes nombreux et remarquables.

Le golfe de Corinthe, qui s'ouvre sur la mer Ionienne, et dont le fond n'est séparé du golfe d'Egine, sur l'Archipel, que par un isthme de quelques kilomètres, sépare la Grèce en deux parties bien distinctes : au nord, la Homélie, qui tient à la Turquie, et au sud la péninsule de Péloponèse ou Morée. Cette péninsule se termine au sud sur la Méditerranée par trois presqu'îles montagneuses étendues comme les trois doigts d'une main ouverte. Celle du milieu est formée par la chaîne du ;\Iagne ou du Taygète, dont les cimes sont parmi les plus élevées de la Grèce (près de 2 500 mètres), et qui finit sur la mer par le cap Matapan, le point le plus méridional de la Grèce (36°,26' environ).

Dimensions et superficie. — Depuis ce point jusqu'à celui de la chaîne du Pinde où la Grèce s'avance le plus au nord, il y a trois degrés et demi en latitude. Il y a un peu plus de trois degrés de longitude entre le point ùe la côte d'Acarnanie qui touche à Sainte-Maure, dans les îles Ioniennes, et l'extrémité orientale de la Béotie, vers l'île d'Eubée. Entre ces limites extrêmes, la superficie de la Grèce continentale est de 55.5ii0 kilomètres carrés, peuplés d'un million et demi d'habitants.

Les îles renferment de leur côté 450000 habitants sur 9 000 kil. carrés.

II. Géographie physique. — Orographie. — La Grèce est une des contrées les plus montagneuses de l'Europe. La chaîne du Pinde (2 500 mètres d'altitude) se dirige du nord- ouest au sud-est, en projetant des ramifications qui forment à l'ouest, sous le nom de monts d Etolie et à'Acartianie, un véritable fouillis, couvert de bois et de pâturages fréquentés seulement par les bergers et leurs troupeaux. A l'est, un contrefort du Pinde, la chaîne de VŒta, borde la vallée du Sperchius, tributaire du golfe de Zeitoun ; c'est entre la côte du golfe de Zeitoun et le pied septentrional de l'OEta que se trouve le défilé des The^'mopyles. La chaîne, s'inclinant ensuite au sud-est, se prolonge en massifs isolés le long du canal étroit qui sépare l'île d'Eubée du continent. A l'extrémité méridionale de ces massifs s'étend la plaine de Marathon. Un second contrefort plus méridional est composé de groupes distincts qui portent tous des nomi fameux : le Parnasse, au pied duquel on venait con-

GRECE

GRECE

STilter, à Delphes, l'oracle d'Apollon ; VHéHcon, le séjour des Muses ; le Cithéron, où fut exposé OEdipe ; puis les montagnes des environs d" Athènes, le Pentélique avec ses carrières de marbre d'où sont sortis les monuments de la ville, le mont Hymette, célèbre par son miel, le Laurium enfin, qui avait des mines dargent, et où l'on exploite actuellcmenl des amas de scories riches en plomb et en argent que les anciens avaient délaissées.

C'est avec raison qu'on a comparé la Grèce à une série de chambres dont les montagnes forment les cloisons, et d'où il est aussi difficile de sortir qu'il a été pénible d'y entrer. Invincible quand tous ses peuples étaient unis, la Grèce formait naturellement une juxtaposition de cellules où chaque nation trouvait tout ce qui était nécessaire à son indépendance et à son développement, la plaine propre à produire les moissons, le rivage par où elle entretenait son commerce, la montagne qui fournissait des bois à sa marine, des pâturages à ses troupeaux, des vins, des huiles à sa consommation, des marbres à ses artistes.

Entre les deux contreforts orientaux du Pinde s'ouvre la plaine de Béotie, contrastant par son climat humide et sa feruliié avec les rochers brûlés du soleil qui constituent le sol de l'Attique.

La Morée n'est pas moins montagneuse que la Romélie. Une chaîne, qui ferme au sud l'isthme de Corinthe et contribue à faire de la Morée la citadelle de la Grèce, s'étend tout le long du golfe de Corinthe depuis celte ville jusqu à Patras. A l'est, une deuxième chaîne, formant l'ossature de la péninsule de Laconie, borde de près le golfe de Nauplie. Au centre s'élève le plateau àÂrcadie, froid et sauvage dans sa partie supérieure, et s'inclinant à loueit vers la plaine d'Elide par de riantes vallées. Au sud se dresse la chaîne du Taygète, dont nous avons déjà parlé, et le mont Irhôme. citadelle de la Messénie. La péninsule de TArgolide, entre le golfe de Nauplie et celui d'Athènes ou dEgine, est également montagneuse, à lexception de la partie occupée par la plaine d'Argos.

Iles de l'Archipel. — Les montagnes de la Grèce se continuent au-dessous des flots et se relèvent dans les îles voisines. La grande île à.'Eubée ou de Nègrepont, qui s'allonge du nord-ouest au sud-est le long des rivages de la Locride, de la Béotie et de l'Attique, est parcourue par une arête parallèle aux monts de l'Attique et qui semble se rattacher, au nord, aux monts Othrys, et au sud, aux Cy:iades i,e/jteutr tonales, Ândroi, Tinos, M'^coui. Au nord de TEubée, les Sporades se rattachent au Pélion de Thessalie.

De toutes les Cyclades, Zéa, Thermia, Séripho, Sipha7ito,h. l'ouest ; Syri. au centre ; Paras, Naxos, is'io, Amourgo, à l'est ; Milo, Suntorin. au sud, on n'en saurait citer aucune qui ne soit montagneuse et escarpée comme Ics rivages voisins de la Grèce. La dernière, Santorin. d'origine volcanique, est encore soumise aux éruptions, qui, depuis quelques années, ont singulièrement accru son étendue.

Iles loiiieîines. — Les îles Ioniennes, qui n'ont été rendues par l'Ang'eterre au royaume de Grèce que depuis une vingtaine d'années, sont parcourues, comme la Grèce continentale et les Cyclades, par des montagnes dirigées du nord au sud. La plus septentrionale, Cor/oi, s'étend en face de la côte turque d'Epire, jusque près du lO*^ degré de latitude. Puis vient la petite île de Paxo. Leucade ou Sainte-. iJaure est un peu au sud du golfe d'Arta, assez près du rivage d'Acarnanie pour y être rattachée par un pont. Théaki, l'ancienne île d'Ithaque, célèbre par l'histoire d'Ulysse, touche presque à Cé/jhalonie, la plus étendue des îles, qui tait face à l'entrée du golle de Corinthe. Devant les rivages de Morée s'élève Zante, la fleur du Levant, disaient les Vénitiens qui doniinèrent longtemps dans ces parages.

Enfin au sud de la Laconie, Cérigo, l'ancienne Cythère, sert de trait d'union entre la Lacoi.io et l'ile de Crète. Cette dernière, malgré la nationalité srecque de ses habitants, fait encore partie de l'empire ottoman.

La multitude de ces îles a puissamment contribué à la vocation maritime des Grecs. Les Cyclades entre la Grèce et l'Asie-Mineure, la Crète entre le Péloponèse et l'Egypte ou la Lj'bie, les îles Ioniennes entre la Grèce et l'Italie, partagent la route en courtes étapes, où les navires trouvent un refuge, tandis que des sommets qui les couronnent on aperçoit sans peine le rivage opposé. Dans l'antiquité comme de nos jours, plusieurs de ces îles^ ofi'rant des entrepôts sûrs pour les marchandises, et des citadelles inexpugnables pour leurs défenseurs, ont renfermé des populations très nombreuses que leur sol étroit n'aurait pu nourrir, mais qui tiraient du commerce maritime toute leur fortune.

Côtes de la Grèce. — Outre ses îles aux ports nombreux, la Grèce, par le découpement de ses rivages, offre une étendue considérable de côtes. En suivant le littoral de l'Archipel depuis le golfe de Volo, on rencontre d'abord le go fe de Zeitoun, ancien golfe Maliaque), comblé peu à peu par les alluvions du Sfeyxhius, qui ont déjà élargi l'ancien défilé des Thermopyles. On suit ensuite le ca7ïat de l'Euripe, séparant l'Eubée du continent ; il est parcouru par des courants violents, et sa largeur se réduit à une soixantaine de mètres devant Chalcis, la capitale de l'île, qu'un pont réunissait depuis longtemps à la Grèce.

A l'ouest du cap Suriium, aujourd'hui cap Colonne, où fument les cheminées des usines du Laurium, le golfe d'Athènes se creuse au nordouest vers l'isthme de Corinthe. C'est dans ce golfe que se trouvent les îles à'Egine et de Sa'.amine,%\ célèbres dans l'histoire. Vis-à-vis de la dernière s'ouvrent les ports du Pii-ée et de Phalère, que de longs murs réunissaient à leur métropole, Athènes. C'est là que se pressent les souvenirs les plus célè'Dres de la Grèce, Athènes avec ses monuments, Eleusis connue par ses mystères, ilégare, puis l'ancienne ville de Corinthe, maîtresse du passage de l'isthme, à travers lequel les anciens Grecs ont plus d'une fois traîné leurs navires ei qu'on est en train d'ouvrir aux vaisseaux modernes.

La presqu'île' de VArgolide, qui appartient au Péloponèse, s'étend, comme celle de l'Attique, au sud-est, entre le golfe d'Athènes ou d Ej^ine, à l'est, et celui du Nauplie, à l'ouest. Dans le premier de ces golfes, on remarque, sur les côtes de l'Argolide, l'ilot de Poros, siège des forces militaires de la marine grecque; à la pointe de l'Argolide, les îles à'Hydra et de Spezzia rappellent les hauts faits de la guerre de l'indépendance.

Naufdie, au fond du golfe qui porte son nom, a été appelé le Gibraltar de la Grèce. Cette place forte servit de capitale au nouvel Etat à ses débuts.

Au sud du Péloponèse s'ouvrent les deux golfes de Laconie et de Messénie, ou de Mar,ithonisi et de ' oron, du nom des villes principales assises sur leurs rivages. Dans le premier de ces golfes débouche YEurotas, dont l'importance ne vient pas de l'abondance de ses eaux, mais des souvenirs historiques qui s'y rattachent. A l'ouest de la Messénie, vis-à-vis de lilot de .'^phactérie, s'ouvre la rade de Nai.a'in, où les flottes française et anglaise réunies assurèrent l'indépendance de la Grèce moderne par la destruction de la flotte ottomane (18t27). Les rivages de l'Elide, sur la mer Ionienne, sont moins découpés que ceux qui bordent l'Archipel ; là débouche YAlphée ou liouphia, le fleuve le plus considérable du Péloponèse.

La première baie du golfe de Corinthe, au nordest de la Morée, emprunte sou nom de golfe de

GRECE

GREGE

Patras à la ville la plus commerçante de la Grèce, qui s'élève sur ses bords. Puis les deux côtes opposées de l'Acliaîe et de l'Acarnanie se rapprochent, les navires n'ont qu'un étroit passage entre les deux châteaux de Romélie et de Moirée qui semblent se toucher. Immédiatement après, on entre dans les eaux de Lépante ou Naupacfe, où don Juan d'Autriche anéantit jadis la flotte turque (1571). La ville cfui donna son nom à cette grande victoiro. de la Croix sur le Croissant n'est qu'une pauvre bourgade de la côte de Romélie. Sur le même rivage, Gala.iidi est un important chantier de constructions navales. Enfin, au fond du golfe, on a rebâti depuis peu d'années la Nouvelle Corinthe, le tremblement déterre de 1858 ayant détruit l'ancienne bourgade située dans l'intérieur de l'isthme.

A la sortie du golfe, on laisse au nord les lagunes au milieu desquelles Missolonghi forme une place inexpugnable, illustrée par la vaillance des Grecs durant la guerre de l'indépendance. Près de là débouche ÏAchéloûs, le fleuve le plus considérable de la Grèce, à qui ses eaux blanchâtres ont valu le nom d'Aspro-Potamo (fleuve blanc).

Hydrographie. — Les cours d'eau de ce pays, dont nous avons déjà nommé les principaux, n'ont du reste qu'une importance relative ou une célébrité historique. Aucun d'eux ne roule des eaux abondantes, et bien souvent pendant l'été leur lit ne se reconnaît qu'aux bosquets de lauriers-roses et aux autres arbustes, dont ils abreuvent les racines quand ils ne sont pas ainsi desséchés.

Malgré la beauté habituelle de son ciel, et sa latitude méridionale, la Grèce est couverte de trop hautes montagnes et environnée par trop de rivages pour que les nuées ne s'y condensent pas en pluies. Le Taygète et quelques cimes du Pinde restent le plus souvent couronnés de neige. Plus que la côte de l'Archipel, celle de la mer jfonienne est battue par les orages, et c'est à juste titre qu'on avait placé dans cette région du Péloponèse, à Olympie, le sanctuaire de Jupiter, maître du tonnerre.

Mais les montagnes calcaires de la Grèce renferment, comme celle du Jura français, du Karst d'Illyrie, et des Alléghanys aux Etats-Unis, de nombreux goufi"res où les eaux se perdent par des issues souterraines. Lorsque ces débouchés viennent à se fermer, les eaux montent dans les bassins de réception où elles se réunissent, et produisent des inondations, des déluges partiels. Puis, lorsque les issues viennent à se rouvrir, ces lacs temporaires se dessèchent et le sol est de nouveau propre à se couvrir de moissons. L'ancien lac Codais de la Béotie, aujourd'hui lac Topolias, fournit l'exemple le plus remarquable de cette sorte de lacs. Il possède des émissaires dont le cours est en partie souterrain, et telle source, dont l'origine est ainsi mystérieuse, forme dès son apparition au jour une rivière plus considérable que tel autre fleuve voisin, dont le bassin extérieur semble cependant plus étendu.

III. Géographie agricole, industrielle et commerciale. — Agriculture. — L'état de l'agriculture est fort arriére en Grèce. Comme dans la plupart des contrées qui bordent la Méditerranée, les montagnes y sont déboisées, et le sol, dénude par l'écoulement des eaux, n'offre généralement qu'un roc stérile ou recouvert d'une mince couche de terre végétale. Le pays tire du dehors les céréales nécessaires à sa subsistance. En revanche, il produit des vins, des huiles. Minerve, la déesse des Athéniens, avait l'olivier comme symbole. Les raisins dits de Corinthe, mais que produisent surtout les îles Ioniennes, forment le principal objet du commerce d'exportation. 11 faut y joindre des peaux, des figues, du tabac, de la noix de galle, de la soie ■et un peu de coton.

Industrie, — L'industrie est encore à peu près nulle: la Grèce tire du dehors et principalement d'Angleterre les objets manufacturés, tissus ou autres, dont elle a besoin. L'usine du Laurium est le seul établissement métallurgique important. On ne trouve guère de fabriques qu'au Pirée et dans l'île de Syra. L'Attique et plusieurs îles des Cyclades, Paros entre autres, renferment de riches carrières de marbre, qu'on peut exploiter dans le voisinage de la mer. Mais partout ailleurs les moyens de transport manquent. Les routes n'existent pas en Grècp. et le royaume ne possède encore que 73 kilomètres de chemin de fer, entre Athènes et le Pirée, et de Volo à Larissa, en Thessalie.

Commerce et marine. — Comme au temps où les Grecs allaipnt semant leurs colonies sur tous les rivages de la Méditerranée, le commerce maritime fait encore leur principale richesse. Ils pos-. sèdfnt près de 12 000 navires montés par pins de Î8 000 marins, qui sont les caboteurs Ips plus économiques de tout le bassin de la Méditerranée. Le royaume de Grèce ne suffirait pas à alimenter leurs transports, mais ils se font d'autant plus facilement les facteurs des pays étrangers que des Grecs ont fondé de puissantes maisons de commerce et acquis des fortunes considérables dans tous les ports de la Méditerranée, à Marseil'e aussi bien qu'à Trieste, àConstantinople, à Smyrne ou à Odessa. Tandis que le royaume ne renferme r>as 2 millions d habitants, on compte près de 3 millions de Grecs vivant à l'étranger, mais animés du plus grand patriotisme et apportant à la cause commune l'apnui de leur fortune et de leur activité. IV. Géographie politique. — Fo/mliitio?i. — Malgré toutes les invasions que la Grèce a subies, les diverses nationalités slave, turque et latine s'y sont fondues presque entièrement dans le vieux fond hellénique. La religion chrétienne, dite orthodoxe, est le culte presque exclusivement suivi. Le grec moderne diffère peu du grec ancien par le vocabulaire ; où trouver ailleurs l'exemple d'une langue se perpétuant aussi longtemps? Les bergers albanais, qui passent alternativement d'un côté à l'autre de la frontière, dans les montagnes du Pinde, forment toutefois un groupe distinct, de même que les Italiens qui sont restés dans les îles Ioniennes depuis l'occupation vénitienne, et quelques familles françaises de l'île de Naxos, dont l'établissement remonte au temps des croisades.

Distrihution de la j'Opulafion. — Les îles Ioniennes forment la partie la plus prospère de la Grèce; c'est aussi celle où la population est la plus dense, 99 habitants par kil. carré à Céphalonie, 95 à Corfou. 102 à Zi' te.

Les Cyclades, moins peuplées, n'ont qu'une cinquantaine d'habit !nts de population spécifique. En résumé, près du quart de la population totale, 460 000 sur 1 980 000, habite les îles, dont la superficie n'est que le septième de tout le royaume, 9?00 kilomètres carrés sur 65 000.

Dans le Péloponèse, la population spécifique est ae 33 à 34 habitants ; elle n'est que de 22 à 23 dans la Romélie.

La Grèce forme une monarchie constitutionnelle et héréditaire, gouvernée actuellement par un roi choisi dans la famille royale de Danemark. Le royaume est divisé en seize nomaichies. La Romélie forme six nomarchies, dont trois dans le nouveau territoire acquis en 1881 : Acarnanie et Etoile, Phthiotide et Phocide, Altique et Béotie, Larissa, Trikala et Arta. Le Péloponèse forme cinq nomarchies : l'Arcadie, au centre; l'Achaïe et Elide, au nord-ouest, l'Argolide et Corinthie, au au nord-est, la Messénie, au sud-ouest, et la Laconie, au sud-est. Les îles de l'Archipel se partagent entre deux nomarchies, celle de l'Eubée et celle des Cyclades. Les îles Ioniennes forment trois nomarchies : Corfou, Céphalonie et Zante,

GREGE

GRECE

Principales villes. — Athènes, la capitale, si célèbre par les hommes illustres qu'elle a vus naître les grands faits dont elle a été témoin, les monuments dont on s'est plu à l'embellir, possède de nos jours une école où de jeunes savants français étudient l'histoire de la Grèce ancienne, surtout par les fouilles qu'ils font faire, et les monuments qu'ils remettent au jour. Avec son port du Pirée, Ailiènes renferme maintenant plus de 80O!)0 babitants. Patras, dont nous avons dit l'importance commerciale, n'en a que 25 ou 30 000. Corfou, capitale de l'île de ce nom, dont les divers possesseurs, Vénitiens, Russes, Français, Anglais, ont successivement augmenté les fortifications pour en faire une citadelle inexpugnable, en renferme presque autant Si/ra, dans l'île du même nom, au contre des Cyclades, tire une grande importance commerciale de ce que les lignes de navigation à vapeur en ont fait leur point de croisement sur les routes d'Athènes à Smyrne et de Marseille à Constantinople; sa population dépasse 20 000 liabitants.

Souvenirs historiques. Conclusion. — Ce sont là les villes qui. de nos jours, ont la plus grande importance économique. Mais combien d'irambles bourgades portent des noms illustres; combien de lieux aujourd'hui déserts furent l'emplacement de cités ren 'Uimées ! Le voyageur qui parcourt la Grèce n'est pas seulement frappé par la beauté incomparable du ciel, la limpidité de l'atmosphère à travers laquelle les montagnes se revotent des teintes les plus riches, les lignes harmonieuses du paysage. 11 ne peut pour ainsi dire faire un pas sans toucher à un souvenir de l'histoire ou de la mythologie, sans effleurer quelque reste d'un monument antique. Dans r.\rgolide, c'est Mycènes avec ses énormes murs cyclopéens; dans l'Arcadie, Mantinée, où mourut Epaminondas : dans la Bootie, Leuctres, théâtre du premier triomphe de ce héros, et Platée, où les Perses furent battus comme à Marathon et à Salamine. Dans la Laconie, voici Sparte qui se reconstruit à nouveau sur son ancien emplacement, au bord de l'Eurotas; et tout auprès, Mistra, la ville du moyen-âge, qui rappelle la domination des croisés francs en Morée.

L'artiste n'a pas moin- à glaner que l'historien, Nul n'a encore su élever un temple plus beau que le Parthénon, et quelle œuvre de la statuaire est plus parfaite que la Vénus de Milo, qui orne notre musée du Louvre? Quel contraste entre tant de chefs d'œuvre et des souvenirs si illustres, et l'état actuel du pays, si arriéré encore au point de vue matériel et moral. Les habitants des campagnes sont plongés dans une profonde ignorance, et le brigandage, comme le prouvent des exemples encore trop récents, n'a pas entièrement disparu.

[G. Meissas.]

GRÈCE (Histoire). — Histoire générale. VI-X, XVI-XX, XXXIV.

I. La Grèce ancienne. — Populations primitives. Origines. — Les Péiasges, peuple à peine connu, furent peut-être les premiers habitants de la Grèce. C'est aux Péiasges que l'on attribuait les murs cyclopéens, ces monuments dont les ruines gigantesques excitaient Tadmiration de leurs descendants. Après eux vinrent les H'^llène^, qui donnèrent leur nom au pays: ils prétendaient descendre d'Hellen, père de trois fils, Dorus, iEolus et Xuthus ; de ce dernier naquirent Ion et Achasus. Issus d'une souche commune, Doriens, Eoliens, Ioniens et Achéens se répandirent de la Thessalie dans la Hellade, le Péloponèse, les îles et jusqu'en Asie Mineure. Les luttes entre les descendants d'Hellen, la prépondérance des Doriens et des Achéens sur les deux autres races, celle des Achéens sur les Doriens, appartiennent au domaine de la fable ; les annales de la Grèce avant le viii* siècle n'offrent aucune certitude historique; le siège de Troie, les travaux d'Hercule, les malheurs de Laïus et d'OEdipe,

d'Agamemnon et d'Oreste ont fourni de brillants développements à la mythologie : l'histoire ne peut que les enregistrer.

A partir de la première olympiade '776 av. J.-C), la chronologie existe et par suite l'histoire, mais encore mêlée à la légende jusqu'à l'époque des guerres médiques (500).

Il suffira d'indiquer rapidement le? événements antérieurs à cette date et de tracer le tableau du nïonde grec à l'âge héroïque : les poètes suppléent ici aux historiens et permettent d'indijuer les princip;;ux traits de celte civilisation primitive.

La constitution du gouvernement ressemble à celle de la famille : à la tête de chaque Etat, presque de chaque cité, est un roi, à la fuis chef de guerre, juge et prêtre. Son pouvoir n'est limité que par l'influence des principaux membres de la cité ou de l'association, et par l'autori'é du sénat ou conseil des princes. Dans la famille, la puissance paternelle est respectée, la femme est la compagne vénérée sinon l'égale de l'homme; les enfants mâles se partagent également l'horitage du père. Dans la société les mœurs sont rudes et cruelles. On ne croit qu'à la force, la guerre est partout. C'est dire que l'industrie existe à peine ; l'agriculture est très primitive, le commerce est aux mains des étrangers.

Entre ces mille sociétés divisées d'intérêts, rivales d'influence, y a-t-il une unité? Oui, celle du nom et de la langue; colle-ci est une sous la diversité des dialectes. Quant aux aoiphidy nies, elles constituent un lien assez lâche et moins politique que religieux. L'assemblée amphictyonique, réunissant les pruicipales races hellènes, se tenait aux Thermopyles ou à Delphes, près du sanctuaire vénéré d'.\pollûn, aux oracles souvent menteurs, mais toujours respectés. La célébration solennelle des jeux à Olympie, à Gorinthe, à Némée ou àDelphes, établissait encore un rapprochement entre tous les descendants du mythique Hellen.

Cii/oniei. — Cependant l'amour, le sentiment même d'une patrie commune était alors si faible que les migrations étaient fréquentes. A l'est, à 1 ouest, au sud, partout se portait le mouvement de la colonisation, qui commença dès le xii' siècle. Des Eoliens s'établirent dans la Mysie, dans les îles de Lesbos, de Ténédos, et donnèrent leur nom au pays où se fondèrent Smyrne, Larisse,Egée, Pitané. Vers le milieu du xi' siècle, les Ioniens occupèrent la région comprise entre IHermus et le Méandre, le littoral et les îles^ où s'élevèrent Milet, Samos, Ephèse, Colophon, Chios, Phocée, etc. Les Doriens se répandaient à la même époque dans les îles de Mélos, Cythère, Crète, Cos, Rhodes, et dans la Doride. Bientôt les Grecs atteignirent la Cilicie et Chypre, la Chalcidique, la côte de Thrace, Thasos, la Chersonèse, la Propontiiie, le Bosphore et le Pont-Euxin : ils fondèrent Sestos, Chalcédoine, Byzance, Tomes et Panticapée. En Egypte ils avaient un comptoir à Naucratis ; en Lybie un établissement à Cyrène dans la Pentapole; et un véritable empire dans la Sicile et dans l'Italie, où le nom de Grande Grèce sub^sta longtemps et perpétua le souvenir d'une éclatante mais éphémère civilisation.

Sparte au temps de Lycurgue. — Le vi* siècle est l'époque la plus brillante de la colonisation grecque: Athènes et Sparte, les deux cités maîtresses de la Grèce, furent célèbres bien avant cette époque.

A Sparte, Lycurgue, s'il faut admettre son existence, paraît au x" ou au ix« siècle ; de retour dans son pays, après de longs voyages, il réussit à l'arracher à l'anarchie et à lui imposer une réforme radicale ; les attributions de l'assemblée populaire sont réduites, celles du sénat sont étendues ; cinq éphores ou inspecteurs deviennent plus puissants que les deux rois soumis à leur surveillance, confinés dans les exercices du culte et le commande-

GRÈCE

GRÈGE

ment des armées. Les seuls Spartiates ont des droits politiqu s : malgré leur petit nombre, chaque jour plus réduit, ils dominent les Périèques, libres habitants de la Laconie, mais non citoyens, et exclus du gouvernement; ils font cultiver leurs terres par les Hilotes, véritables serfs de la glèbe, admis pourtant dans les armées, mais impitoyabl -ment massacrés au premier symptôme de révolte. Lycurgue, s'il n'établit pas légalité de fortune entre les Spartiates et les Périèques, comme Taftirme Plutarque, inspira l'usage des repas en commun, bannit peut-être les monnaies d'or et d'argent, interdit le travail aux citoyens astreints aux exercices militaires, au séjour dans les casernes publiques jusqu'à un âge avancé, mal nourris, à peine vêtus et endurcis jusqu'à la férocité par une éducation contre nature. Les femmes, élevées presque aussi rudement, eurent une grande influence sur ce peuple de soldats. Lycurgue n'avait créé qu'une armée, petite par le nombre, mais redoutable par son organisation rigoureuse et son patriotisme exalté jusqu'au fanatisme. Lancés sur la Messéiiie, les Spartiates triomphent, malgré l'héroïque résistance d'Aristodème et d'Aristomène. Une première guerre de vingt années (743-7^3), une seconde presque aussi longue (685-068) leur assurent, après les glorieux épisodes du mont Iihôme et du mont Ira, la possession d'une riche province qui double leur territoire. Les Argienssont battus après les Messéniens (547), et la moitié du Péloponèse subit la domination lacédémonienne.

Athènes au temps de Solon, de Pisisfi'ate, et de Clisthène (ti04-ôOU). — Athènes fut d'abord gouvernée par des rois. Au xii' siècle la royauté est abolie, après la mort de Codrus. Le roi est remplacé par un archonte; plus tard l'archontat devient annuel, et les archontes sont au nombre de neuf. La constitution était tout aristocratique : les lois furent écrites par l'archonte Dracon, qui en fit un code d'une excessive sévérité (624).

Des troubles violents éclatent dans l'Attique ; comme à Rome, les pauvres étaient réduits en esclavage par les riches, leurs créanciers ; un noble athénien est nommé archonte unique en 594 et chargé de rétablir l'ordre. C'était Solon.

Solon, déjà célèbre comme poète, avait composé des vers sur la misère du peuple; général, il avait repris l'île de Salamine dont les Mégariens s'étaient emparés. Son premier acte fut d'abolir toutes les dettes antérieures, de rendre à la liberté tous les débiteurs vendus comme esclaves, et d'abaisser de 27 p. lOU le titre de la drachme, de telle sorte que le débiteur de 100 drachmes put s'acquitter avec 73. Puis il partagea tous les hommes libres en quatre classes suivant leur revenu. La première fournissait les archontes et les magistrats, la 2° les cavaliers, la 3' l'infanterie pesamment armée, la 4' l'infanterie légère. Les arcliontes et les sénateurs étaient élus par l'assemblée populaire ; un sénat de 400 membres fut chargé de préparer les lois que votait le peuple. Un code civil et pénal compléta ces dispositions eu encourageant et en protégeant le travail.

Après toutes ces réformes, Solon voj'agea longtemps, visita l'Egypte, Chypre, Sardes, mais à son retour trouva la ville déciiirée par les discordes (560). Il devait mourir deux ans plus tard.

Pisistrate s'était emparé par surprise de l'Acropole et gouverna la ville jusqu'à sa mort, de 5G0 à 527. Deux fois il fut exilé et deux fois il rentra dans Athènes, où du moins sa tyrannie s'exerça sous des formes assez douces : Hérodote, Thucydide, Aristote s'accordent pour lui décerner cet éloge.

Hippias et Hipparque, ses fils, lui succèdent. Le second est assassiné par deux jeunes Athéniens, Harmodius et Aristogiton (514;. Hippias vengea son frère par de nombreuses exécutions, mais fut chassé d'Athènes par les Spartiates unis aux habitants ré-

voltés, et la démocratie fut établie (510).

Le chef du parti démocratique, Clisthène, élargit les bases de la constitution de Soluu, donna le droit de cité à tous les habitants libres de l'Attiqiie, quelle que fût leur origine, et divisa le territoire en dèmes ou bourgs qui. réunis sans être contigus, formèrent les tribus au nombre de dix. C'était un moyen d'empêcher la formation de toute faction locale et de prévenir les guerres civiles. Il porta le sénat à i.00 membres (50 par tribu). Il imagina Vostracisme, c'est-à-dire le bannissement, au moyen d'un vote inscrit sur une coquille, du citoyen dont les visées ambitieuses ou la popularité semblaient un danger pour la paix de l'Etat. L'exil devait durer dix ans ; mais cette peine, qui ne fut appliquée que dix fois en cent ans, n'eut jamais cette durée. Ces réformes démocratiques excitèrent les défiances des Lacédémoniens. Ils tentèrent de rétablir Hippias qu'ils avaient détrôné, s'unirent aux Béotiens et aux habitants de Chalcis et d'Egine, pour renverser Clisthène; leurs tentatives furent vaines; partout ils furent repoussés. C'est alors quHippias sollicita l'appui des Perses et provoqua la première guerre médique.

Si l'histoire d'Athènes et de Sparte est fort obscure dans cette première période, celle des autres Etats grecs l'est encore davantage. A l'exception de Sparte où la constitution énergique de Lycurgue maintint toujours le pouvoir de l'aristocratie, il y eut pour toutes les cités plusieurs phases successives dans le gouvernement : à l'époque homérique , ce sont des rois de droit divin qui gouvernent; le prestige religieux disparaissant, l'autorité revient à des oligarchies aristocratiques, dont l'orgueilleuse dureté soulève les peuples; des tyrans populaires renversent l'aristocratie, et bientôt un régime de démocratie pure triomphe presque partout La Grèce semble ainsi nous offrir un des premiers exemples de ces évolutions gouvernementales que nous retrouvons presque identiques dans le monde moderne.

Première guerre médique (500-'j90). — Avec les guerres médiques (5(jO), nous entrons dans une ère mieux connue.

Les colonies grecques de l'Asie Mineure, d'abord soumises par Crésus, roi de Lydie, étaient tombées sous la domination de Cyrus, roi de Perse (544). L'île de Samos, qui avait gardé plus longtemps son indépendance, fut soumise également par Darius, troisième successeur de Cyrus. Mais l'échec que le a grand roi « avait éprouvé dans son expédition contre les Scythes réveilla le sentiment de la liberté dans les colonies asservies, qui implorèrent le secours des Athéniens. Athènes, intéressée dans l'affranchissement des Grecs d'Asie, répondit à cet appel. Les débuts de la guerre furent malheureux pour les Grecs. La ville de Milet fut prise par les Perses et tous les habitants mâles furent tués (495). Darius envoya Mardonius contre Athènes : mais une tempête dispersa l'expédition (492).

Sparte et Athènes, oubliant leurs anciennes rivalités, s'unissent alors à la vue du danger commun, et entraînent dans leur ligue un grand nombre de villes grecques : l'idée de la patrie commune se fait jour pour la première fois en Grèce. D'ailleurs la présence et les menées d'Hippias auprès de Darius étaient faites pour éveiller les craintes des Athéniens.

La seconde expédition des Perses, composée d'une flotte considérable, bien pourvue d'hommes et de provisions, avait pour chefs Datis et Artapherne, auxquels s'était joint l'ambitieux Hippias. Elle s'empara de plusieurs îles qu'elle saccagea. Elle débarqua enfin à Marathon, à huit lieues au nord-est d'Athènes. Mais les dix-huit années de liberté qu'avait procurées à Athènes la constitution de Clisthène avaient fait de cette cité le rempart de

GRÈCE

GREGE

l'indépendance hellénique. Miltiade, chef militaire ëminent; Thémistocle, général habile à suivre les inspirations d'un véritable génie militaire, mais politique ambitieux et sans scrupules, Aristide enfin, à qui ses vertus méritèrent le surnom de Juste, commandaient alors l'armée athénienne. L'alarme était grande à Athènes; Sparte, obéissant à certaines superstitions, ne voulut pas envoyer immédiatement les secours qu'on lui demandait: 10,000 Athéniens seulement, soutenus par 1000 Platéens, durent essuyer le choc de l'innombrable armée perse. Ils furent complètement victorieux (490), et l'effet moral de la victoire de Marathon fut immense. Athènes en garda une confiance et un orgueil exagérés, mais qui devaient produire de grandes clioses. Miltiade, à qui la victoire était due, eut le malheur d'éprouver un échec devant l'Ile de Paros, et fut condamné par ses concitoyens ingrats à une amende de 50 talents ; il mourut, laissant à son fils Cimon le soin de la payer.

Deuxième guerre méilique (i90-479). — Darius humilié meurt en 485 ; son fils Xerxès veut le venger : il prépare une nouvelle expédition contre la Grèce. Hérodote estime à plus de 5 millions d'hommes le nombre de ses soldats ; il en faut beaucoup rabattre, et songer surtout que cette cohue n'était qu'un ramas informe de nations différentes, diversement armées, et incapables de recevoir une direction unique. Cette armée passa l'Hellespont sur deux ponts de bateaux, une première fois détruits par la tempête, puis reconstruits entre Sestos et Ab} dos. Tout semblait promettre une victoire facile. Les peuples grecs, effrayés par l'approche de Xerxès, faisaient leur soumission ou se montraient peu disposés à seconder la résistance que préparaient Athènes et quelques villes du Péloponèse. Heureusement, un des rois de Sparte, Léonidas, gardait avec quelques milliers d'hommes, dont 300 Spartiates d'élite, le défilé des Thermopyles, pendant que l'armée navale, commandée par le Spartiate Eurybiade et l'Athénien Thémistocle, occupait le cap Artémisium. Mais l'armée des Perses força le passage des Thermopyles, malgré l'héroïque défense des yOO Spartiates, aidés de 700 Thespiens trop oubliés par l'histoire. La Grèce septentrionale tout entière était à la merci du vainqueur. Delphes se défendit bravement ; les Thébains se joignirent aux Perses ; les Athéniens abandonnèrent leur ville et se réfugièrent à Salamine. La flotte grecque quitta le cap Artémisium et vint se concentrer dans le détroit de Salamine. La position était excellente et ne permettait aux Perses de déployer contre les Grecs ■qu'une partie de leurs immenses forces navales. Aussi la bataille, engagée sur le conseil de Thémistocle, se termina-t-elle par une victoire décisive des Grecs (480). Xerxès jugea prudent de repasser l'Hellespont; mais il laissa en Grèce 300 000 hommes sous la conduite de Mardonius. Celui-ci alla prendre ses quartiers d'hiver en Thessalie.

Ce fut un immense soulagement pour la Grèce, qui oublia trop vite ce qu'elle devait aux Athéniens - Mardoniiis put en effet rentrer en Attique l'année suivante sans que les Péloponésiens fissent rien pour l'arrêter, et les Athéniens furent forcés d'abandonner une seconde fois leur ville. Enfin les Spartiates se mirent en marche ; les Athéniens et d'autres peuples se joignirent à eux, et l'armée de la Grèce, forte de 110 000 hommes environ, lutta contre Mardonius qui s'était fortifié près de Platée, battit le général perse qui fut tué, s'empara de son camp et ne permit qu'à quelques fuyards de regagner l'Asie (479). Pendant que Pausanias, régent de Sparte, triomphait à Platée, la flotte grecque, commandée par le roi de Sparte Léotychidas et l'Athénien Xanthippe, père de Périclès, remportait un grand succès à Mycale sur la côte asiatique. La •<Jrèce, délivrée des envahisseurs, allait devenir conquérante à son tour.

Hégémonie d'Athènes. — Les Athéniens eurent pour premier souci de rebâtir leur ville, et ils y parvinrent en dépit des efforts jaloux des Péloponésiens, grâce à l'habile temporisation de Thémistocle. Ce grand citoyen augmentait en même temps la flotte athénienne, et appelait dans la cité nouvelle les étrangers ou métèques, qui y apportèrent leur activité commerciale. La trahison du régent de Sparte Pausanias, qui rêvait de se faire roi de toute la Grèce, en s'appuyant sur le roi de Perse, ayant été découverte, le vainqueur de Platée fut mis à mort. Les Athéniens y gagnèrent d'obtenir le commandement général des forces navales de la Grèce. Athènes alors devient l'alliée et comme la tutrice de toutes les colonies asiatiques qu'elle a délivrées ; une fédération maritime s'organise, à l'instigation d'Aristide, et chaque ville fédérée paie à la communauté un tribut en argent ou en vaisseaux (^76). Peu après (471), le vainqueur de Salamine, Thémistocle, dont l'arrogance et la cupidité excitaient le mécontentement des Athéniens, est exilé; impliqué dans la conspiration de Pausanias, il se réfugia en Perse. 11 fut accueilli avec faveur par Artaxerxès, et il termina ses jours en Asie- Mineure, tandis que l'intègre Aristide mourait à Athènes, si pauvre que l'Etat dut se charger des frais de ses funérailles.

Troisième guerre m,édique. — Privée do ces deux grands hommes, Atliènes ne cesse cependant pas de grandir. Forte de l'appui des villes confédérées, qu'elle savait réduire à l'obéissance quand elles tentaient d'échapper à sa tutelle despotique, elle porta la guerre en Asie. Cimon, fils de Miltiade, vainquit les Asiatiques sur terre et sur mer, aux bouches de l'Eurymédon, en Pamphylie (466). Ce succès n'empêcha pas le vainqueur d'être frappé d'ostracisme (461) pour avoir soutenu le parti aristocratique dans la discussion soulevée par la reconstruction des longs murs. Rappelé en 452, Cimon battit encore une flotte phénicienne, et mourut, laissant à Callias l'honneur de signer avec les Perses une convention glorieuse pour Athènes. Ce traité reconnaissait l'indépendance de toutes les cités grecques de l'Asie et laissait la flotte athénienne maîtresse de la mer (449). Une trêve de trente ans fut conclue en 445 avec Sparte, que mettait en défiance la suprématie de sa rivale.

Tous ces succès extérieurs n'allaient pas sans des réformes intérieures. La constitution se développa outre mesure dans le sens démocratique. Le sort fut chargé de désigner les magistrats ; le pouvoir judiciaire passa aux tribunaux populaires, formés chacun de 500 jurés désignés également par j le sort. Six mille citoyens employaient chaque an- ' née à juger le meilleur de leur temps. Une solde ' de trois oboles (47 centimes environ) était affectée I à chacun des juges pour chaque jour où il siégeait. C'était toute une révolution opérée par Périclès, I malgré les efforts de Cimon. Périclès y trouvait la satisfaction de son ambition ; les citoyens celle de leurs intérêts personnels , mais les villes alliées, [ obligées de venir jusqu'à Athènes pour y faire ju- ! ger leurs procès et leurs différends, contraintes de contribuer de leurs deniers aux embellissements ! de la puissante cité, souffraient impatiemment le joug. Des révoltes fréquentes se produisaient, écrasées, comme celle de Samos (44(i), avec la dernière rigueur. Tout l'éclat dont Athènes brillait à cette époque cachait donc une situation pleine de périls, et qu'on oublie trop facilement, quand on se laisse éblouir par le merveilleux développement artistique et littéraire qui se produisit alors. [ Siècle de Périclès. — Périclès (494-429), qui a mérité l'e donner son nom au cinquième siècle avant l'ère chrétienne, était né en 494. Fils de Xanthippe, le vainqueur de Mycale, et formé de bonne I heure à l'art oratoire, il domina facilement dans ' Athènes, grâce aux ressources de sa seule élo-

GRECE

GRÈCE

quence. L'époque de sa toute-puissance se place entre l'exil de Thucydide, qui avait succédé à Cimon comme chef du parti aristocatique (444) et qu'il ne faut pas confondre avec l'historien du même nom, et le commencement de la guerre du Péloponèse. Il s'appuya sur le peuple qu'il fascina par ses discours, par ses largesses, par la construction d'admirables monuments. II fit d'Athènes comme le centre de la civilisation, la capitale de l'intelligence et de l'art (V. l'article sur les lettres et les arts en Grèce). Il fut plus puissant qu'un roi, et il mourut pau-\Te, «ans avoir augmenté d'une drachme le bien qu'il avait hérité de son père. Après la prise de Samos, qui mit le comble b. sa popularité, il secourut CorcjTe révoltée contre Corinthe, dont Sparte embrassa la querelle. Il provoqua ainsi la guerre du Péloponèse.

Guerre du Péloponèse jusqu'à la paix de Nicias (431-421). — Depuis longtemps les Lacédémoniens désiraient humilier leurs brillants voisins. La révolte <le Corcyre soutenue par Atliènes leur en fournit l'occasion. Si la puissance militaire des Péloponésiens semblait plus redoutable, les Athéniens étaient sans rivaux sur la mer. Les hostilités commencèrent par les ravages respectifs des Spartiates dans l'Attique et des Athéniens sur les côtes du Péloponèse. Périclès conduisait la flotte de ces derniers, et à son retour il prononça l'éloge des guerriers morts pour la patrie. Malheureusement, la peste qui sévit alors dans Athènes et fit tant de victimes l'emporta luimême, et ses compatriotes ne trouvèrent pas un général capable de le remplacer (429).

Après sa mort la guerre se généralise, et toutes les villes grecques semblent vouloir y prendre part avec une violence inouïe.

L'historien Thucydide trace un magnifique tableau des deux factions qui divisent alors chaque ville grecque, les partisans de l'aristocratie invoquant les Lacédémoniens, les démocrates appelant à eux les Athéniens.

La peste finissait à peine que les Spartiates allèrent assiéger Platée, alliée d'Athènes; ils s'en emparèrent après la plus vive résistance (429). Les Athéniens répondirent à cette agression en enlevant à leur tour Potidée. Ils portèrent même la guerre dans le Péloponèse, en Messénie, et enfermèrent une armée lacédémonienne dans l'île de Sphactérie (425). Le chef de la démocratie athénienne, Cléon, se laissa nommer général, parvint à tuer ou à prendre les Spartiates ainsi bloqués, et victorietix, ne poussa qu'à la continuation de la guerre. Elle fut signalée par le désastre de Délium, où Socrate sauvales jours de Xénophon, et par celui d'Amphipolis, où les deux chefs de chaque camp, Cléon et Brasidas, furent tués. Cette double mort rendit la paix possible. Elle fut conclue pour 50 ans par les soins de Nicias (421). C'était la onzième année de la lutte, et tous les Etats grecs étaient épuisés et ruinés ; mais la querelle de Sparte et d'Athènes restait aussi indécise que le premier jour. Moins d'un an après, les intrigues d'Alcibiade avaient fait reprendre les hostUités.

Expédition de Sicile (2* période de la- guerre du Péloponèse, 421-413). — Né vers 450 d'une noble famille, Alcibiade était le plus beau et le plus intelligent des Athéniens. Après mille folies de jeunesse, il se flattait de jouer un grand rôle dans la guerre : la paLx de Nicias sembla le lui interdire. Il devint alors le chef des belliqueux, comme Nicias était celui des pacifiques. Il décida Athènes à s'unir à Argos, jalouse de Sparte ; les Spartiates, vainqueurs à Mantinée (418), firent échec à cette politique, et Alcibiade se tourna d'un autre ■côté.

Les colonies grecques de Sicile étaient en pleine prospérité. Mais des querelles entre Ioniens et Dorions provoquèrent l'intervention d'Athènes. La

ville d'Egeste, pressée vivement par les habitants de Syracuse, implora le secours des Athéniens. Alcibiade fit décider l'expédition, malgré les efforts de Nicias. Toutes les forces, toutes les ressources d'Athènes furent prodiguées dans le hasard de cette seule entreprise. Catane et Naxos tombèrent aisément au pouvoir des Athéniens (415). Syracuse même allait être assiégée, lorsque Alcibiade reçut l'ordre de rentrer à Athènes pour répondre à une accusation capitale : la mutilation des Hermès ou statues de Mercure, accomplie dans la nuit qui avait précédé son départ. Il se sauva à Sparte, où il conseilla de fortifier la citadelle de Décélie, dans l'Attique, et de secourir les Syracusains. Gylippe, en effet, conduisit des secours à ces derniers, battit Nicias seul, puis Nicias et un autre général, Démosthène, accouru avec de nouvelles forces athéniennes. Après ce désastre, Démosthène proposa de s'enfuir avec les navires ; mais Nicias fit prévaloir l'idée d'une retraite par terre. Malheureusement une crainte superstitieuse le retint trente jours encore, jusqu'au retour de la pleine lune : ce retard entraîna la ruine de l'armée athénienne (\\^).

Fin de h guerre du Péloponè.^^e. Lei Trente à Athèn':■s{^1^2-i'^Z]. — Le désastre de Sicile surexcita l'ardeur de tous les peuples ennemis d'Athènes, qui eût été perdue, si elle se fût découragée. Une heureuse victoire, remportée près de Milet, rabattit pour un temps l'audace de ses ennemis (412). Une révolution aristocratique eut lieu dès 410 à Athènes même, mais le parti démocratique reprit le dessus et rappela Alcibiade qui, mécontent des Lacédémoniens, s'était réfugié près des Perses. Son retour fut le signal de nouvelles victoires; il battit à Cyzique la flotte péloponésienne, et s'empara de Byzance et de Chalcédoine (408). En 407, il rentra triomphalement dans sa patrie, à laquelle il avait fait tant de mal, et redevint l'idole du peuple. Mais l'alliance de Cyrus le Jeune, satrape d'Asie Mineure , avec Lysandre, amiral lacédcmonien, devait porter ses fruits. Les Athéniens, battus devant Ephèse, destituent Alcibiade. et nomment à sa place dix généraux, qui remportèrent sur le Spartiate Callicratidas la victoire des îles Arginuses; l'année suivante, Lysandre ayant repris le commandement des forces de Sparte, surprit la flotte athénienne à l'embouchure de la petite rivière d'iEgos Potamos, dans l'Hellespont, et la détruisit complètement. Cette victoire termina la guerre du Péloponèse. Athènes bloquée dut se rendre après six mois de siège (404). Sparte abusa de sa victoire; dans les villes alliées d'Athènes, toutes les démocraties furent supprimées et remplacées par un gouvernement de dix personnes [décarchies) assistées d'un harmoste ou commandant lacédémonien. Les longs murs d'Athènes furent démolis, les fortifications rasées ; Lysandre enfin abolit la démocratie athénienne et confia tous les pouvoirs à trente individus, connus sous le nom des Trente tyrans.

Ils firent régner la terreur dans Athènes, à force d'assassinats et de proscriptions. Mais des exilés du parti démocratique, avec Thrasybule à leur tête, ayant réussi à s'emparer du port de Munychie, forcèrent les Trente à abdiquer. Thrasybule proclama une amnistie générale (403), et la constitution démocratique fut rétablie.

Ce fut quatre ans plus tard qu'à la suite d'un déplorable procès, Socrate fut condamné à boire la ciguë (399).

Alcibiade, qui avait tant contribué à l'abaissement de sa patrie, s'était réfugié près de Pharnabaze, en Phrygie : ce satrape le fit tuer.

Retraite des lix-.MiUe. — La mémorable expédition des Dix-Mille prend place immédiatement après la guerre du Péloponèse. Cyrus, second fils de Darius Nothus, roi de Perse, voulant détrôner son frère

GRÈCE

GRECE

Artaxerxès, avait pris à sa solde 10 000 mercenaires grecs; un jeune Athénien, Xénophon, qui s'était joint à l'expédition comme volontaire, nous en a laissé le récit Vainqueurs à Cunaxa (401:, mais privés, par la mort de Cyrus, de l'appui des troupes barbares, qui se débandèrent, les Grecs commencèrent, sous la conduite de généraux improvisés, cette magnifique retraite qui dura deux ans et les a immortalisés dans la postérité. La faiblesse de l'empire persan, la supériorité du génie grec, étaient démontrées avec éclat par la retraite des Dix-Mille : la leçon ne fut perdue ni pour Agésilas, ni pour Alexandre.

Hrgémonie de Sjjart". Agésilas. — La suprématie sur les affaires de la Grèce, ou hégémojtie, avait passé à Sparte, qui la conserva pendant une trentaine d'années. La domination Spartiate, pliis violente et plus oppressive que ne l'avait été celle des Athéniens, ne tarda pas à soulever les mêmes résistances.

Le nouveau roi de Sparte, Agésilas, envoyé en Asie Mineure au secours des villes grecques inquiétées par les Perses , déploj'a les qualités d'un grand général. Il fit deux campagnes victorieuses, mais fut bientôt rappelé en GrrCî où Sparte avait à lutter contre tous les peuples grecs soulevés contre elle. L'argent asiatique n'avait pas peu contribué à cette révolte^ qu'expliquait d'ailleurs le despotisme lacédémonien. Les alliés grecs avaient réuni à Corinthe une armée considérable. Une première bataille fut indécise ; Agésilas, de retour d'Asie, défit les coifédérés à Coronée (394) ; mais la flotte gréco-persane battit la flotte lacédémonienne devant Cnide et la détruisit. Athènes alors, enhardie, refit ses fortifications, grâce à l'or de Pharnabaze 393 ; et du traité qui avait suivi le désastre d'^Egos Potamos, il ne resta plus que le souvenir. La guerre n'en continua pas moins, acharnée, mais indécise, autour de Corinthe, entre Agésilas et l'Athénien Iphicrate. Heureusement pour Sparte, le Lacédémonien Antalcidas réussit à détacher le « grand roi » de l'alliance avec les confédérés, et conclut avec Artaxerxès un traité qui porte son nom. Ce traité stipulait que toutes les villes grecques d'Asie seraient remises sous la dépendance du roi, et que toutes les villes grecques d'Europe seraient libres et autonomes, ce qui signifiait que toute ligue, toute alliance de nature à inquiéter Sparte leur était interdite. Les cités grecques durent s'incliner devant les forces énormes dont disposaient les Spartiates et les Perses, et accepter ce traité (387). C'était un pas en arrière dans l'histoire de la Grèce ; l'hellénisme reculant en Asie, éparpillant ses forces en Europe, s'éloignait de plus en plus de cet idéal qu'il ne devait jamais atteindre : l'unité nationale dans la liberté municipale. Voilà ce qu'avait amené la politique égoïste et étroite d'Agcsilas et de Sparte.

Sparte eut beau, dans la suite, donner cours à ses rancunes contre Thèbes, relever Platée, châtier Mantinée de la froideur de ses services '.-'Mh), elle n'en voyait pas moins Athènes reprendre des forces et ressaisir les principaux éléments de sa dominalion maritime. Sparte alla même jusqu'à s'emparer d'Olynthe dont elle était jalouse, et à jeter dans les bras de la Macédoine la confédération fondée par cette ville, boulevard de la Grèce contre les puissances du Nord. Mais son hégémonie touchait à sa fin.

Thèbes, depuis trois ans soumise à Lacédémono , se soulève à la voix d'un jeune exilé, Pélopidas, rentre furtivement dans sa patrie (S'iO). Les Spartiates veulent ressaisir leur conquête et la guerre se rallume. Athènes, suivie par soixantedix villes, se déclare l'alliée des Thébains, et pendant quatre ans (378-374) la guerre se poursuit sans résultats décisifs. A ce moment, Athènes se

rapproche de Sparte, par un traité particulier : la lutte se circonscrit entre Sparte, qui voulait dicter à tous les Ktats ses lois, et Thèbes. qui se refusait à abdiquer sa domination sur les cités béotiennes.

Hégémonie de Thèbes (.371-361). — Deux héros thébains illustrèrent cette lutte acharnée : Pélopidas et Epaminondas. Les soldats de Sparte avaient envahi la Béotie, où ils éprouvèrent quelques revers. Thèbes fut ensuite mise hors la loi par les représentants des principales villes grecques réunis à Lacédémone. Elle répondit à cette exclusion par la grande victoire de Leuctres, fruit des habiles dispositions d'Epaminondas (37 1). Tous les alliés de Sparte, comme il arrive, se détachèrent d'elle; Mantinée, détruite par Lacédémone, fut rétablie ; Tégée et toutes les villes arcadiennes renversèrent leur gouvernement oligarchique et formèrent le projet d'une confédération. Epaminondas, qui suivait ce mouvement, envahit la Laconie, mais n'osa pas attaquer Sparte, qu'Agésilas avait mise en état de défense ; il se contenta de bâtir à l'entrée du défilé qui mène en Laconie une place-forte destinée à empêcher les entreprises de Lacédémone contre le Péloponèse : c'était Méga' ^jolis. 11 fonde en même temps Messène, sur le mont lihôme, et en fait le refuge des Hilotes, ruinant ainsi Sparte dans son propre empire.

Athènes toutefois s'inquiétait des progrès des Thébains, tant la jalousie fut toujours l'âme de la politique dans toutes ces petites cités grecques. Elle joignit ses forces à celles des Spartiates, ses éternels ennemis. Ce fut un moment de répit dans la décadence rapide de Sparte. Tlièbes n'en gardait pas moins la suprématie, suprématie reconnue même par le a grand roi », que ces rivalités faisaient l'arbitre des villes grecques. Il arriva pour Thèbes ce qui était arrivé pour ses deux rivales : elle aima mieux étendre ses conquêtes que les fortifier. De plus elle eut le malheur de perdre Pélopidas, au combat de Cynoscéphales (364), dans une guerre contre le tyran de Phères en Thessalie. Epaminondas, de son côté, succomba sur le champ de bataille de Mantinée, théâtre de sa glorieuse victoire sur les Spartiates (3(i2). La mort de cet homme illustre, hibile général autant qu'incorruptible citoyen, amena la pais, toutes choses restant en l'état où elles étaient avant la guerre (36 1). Thèbes alors retombe dans son obscurité première; Sparte est humiliée et affaiblie, et, malgré l'éclat dont brille encore Athènes, la Grèce serait une proie facile pour une puissance entreprenante. La .Macédoine fut cette puissance.

Philippe de Macédoine. — La Macédoine était un vaste pays, situé au nord de la Grèce, entre la Thessalie, l'Epire, l'illyrie, la Péonie, la Thrace et la mer Egée. L'influence grecque y dominait, grâce aux nombreuses colonies qui s'y étaient établies. Des rois habiles surent profiter des querelles intestines de la Grèce pour y assurer leur influence ; mais l'histoire de la Macédoine commence, en réalité, avec Philippe II, quarante-et-unième successeur du fabuleux Caranus, premier roi de ce pays. Philippe, élevé en Grèce, avait approfondi de bonne heure les défauts et les qualités du caractère grec. Athènes venait de sortir affaiblie de la guerre sociale ou guerre des alliés, et avait dû reconnaître l'indépendance des cités auxquelles elle avait imposé son protectorat (355). Philippe en profita pour s'emparer d'Amphipolis, de Pydna, de Potidée. Par ses armes et par son or, il se préparait de longue main à soumettre la Grèce. Il essaya même une intervention directe, à l'occasion de la ivo\&\(imegiterre sacrée., en détruisant les Phocidiens qui avaient pillé le temple de Delphes (355), et en se faisant proclamer vengeur d'Apollon (363) par le conseil amphictyonique. Mais il se trouva en présence d'un redoutable adversaire. L'Athénien

GREGE

GRÈGE

Démostliène (né en 385), après des débuts difficiles comme orateur, se posa en adversaire résolu des projets ambitieux qu'il soupçonnait dans Philippe (première Philippique, .3nl). Le roi de Macédoine, •an moment arrêté, envahit la Chalcidique et menace Olynthe, que Démosthène ne peut faire secourir (les Otynthiennes) : l'or de Philippe endormait toutes les défiances; Olynthe succombe en 3h8; le boulevard de la Grèce au nord était renverse. Philippe est chargé, à la suite d'une ambassade dont faisaient partie Eschine et Démosthène, de terminer la guerre sacrée. Il y parvient et exclut les Phocidiens du conseil amphictyonique, pour j' entrer lui-même avec voix prépondérante (346). Il était alors au faite de la puissance, et les Athéniens eux-mêmes le regardaient presque comme un libérateur. Huit ans après, Eschine, une de ses créatures, l'appelle, au nom du conseil amphictyonique, contre les Locriens d'Amphissa, qui avaient labouré le champ cirrhéen, consacré à Apollon : c'est la quatrième gue'-re sacréi-. Philippe en profite pour s'emparer d'Elatée, qui lui donnait la clef de la Grèce. A cette nouvelle, les Athéniens ouvrent les yeux. Ils se lèvent à la ▼oix de Démosthène, s'unissent aux Thébains, et vont se faire battre à Chéronée (■538). Mais le roi de Macédoine ne veut pas brusquer la situation ; il recherche la popularité ; aussi épargne-t-il Athènes ; à Corinthe il propose contre les Perses une expédition commune, dont on le proclame généralissime (337). Pendant les préparatifs de cette entreprise, il répudie Olympias, mère d'Alexandre, pour épouser Cléopâtre, fille d'Attale, un de ses généraux. C'est à ce moment qu'il périt assassiné au milieu d'une cérémonie publique (336). Il laissait à son fils un pouvoir absolu et une armée redoutable, dont la fameuse phalange formait la force principale.

Son œmTe est difficile à juger. Il est certain qu'il commença \' hellmisation du monde ancien, achevée par son fils Alexandre ; mais cette diffusion de l'hellénisme ne se fit quaux dépens des anciennes capitales de la Grèce. C'est ce qui justifie les efforts patriotiques de Démosthène.

Alexandre le Grand. — Dès l'avènement d'Alexandre, les Thraces, les Triballes, les Illjriens se soulevèrent ; mais ils furent aussitôt battus. Les Grecs eux-mêmes, excités par Démosthène, coururent aux armes, et Tlièbes massacra la garnison macédonienne. Thèbes, bientôt reprise, fut rasée, à l'exception de la maison qui avait appartenu au poète Pindare, et la Grèce soumise. Le vainqueur réunit l'assemblée des Grecs à Corinthe, et y reçut le commandement d'une grande expédition contre la Perse (335).

On trouvera à l'article Alexandre le récit de cette expédition mémorable, dont le résultat fut la destruction de la puissance barbare qui avait si longtemps menacé la Grèce, et la fondation d'un empire macédonien sur les ruines de celui de Darius Codoman.

L'œuvre d'Alexandre n'était pas de celles qui doivent demeurer entières ; ses conquêtes furent brisées après sa mort en plusieurs morceaux ; mais, comme le disait Bayle, « les morceaux en furent bons. »

La Grèce depuis la mort d'Alexandre j'isqu'à la mort de Pyrrhus. — La nouvelle de la mort d'Alexandre fit tressaillir la Grèce, qui s'était tenue tranquille pendant les onze années de ses campagnes asiatiques. Athènes fut l'âme d'un vaste soulèvement auquel s'associèrent toutes les villes grecques, à l'exception de Sparte ; Antipater, battu aux ïhermopyles, dut reculer jusqu'en Macédoine.

Mais il reprit bientôt la campagne, disloqua la confédération après sa victoire de Crannon, et força Athènes à la paix. Le grand Démosthène, réfugié dans le temple de Neptune à Calaurie, s'empoisonna (322).

Polysperchon, devenu régent de Macédoine à la mort d'Antipater (319), cherche à se populariser en Grèce. Il rétablit partout le gouvernement démocratique, et met à mortPhocion, coupable d'être l'ami de son compétiteur Cassandre, et coupable surtout, aux j^eux des exilés qui rentraient à, Athènes, d'avoir peut-être jugé la Grèce indigne de la liberté. Mais ce mouvement dura peu. L'oligarchie fut rétablie par Cassandre, fils d'Antipater, qui mit à la tête des affaires athéniennes un ami de Phocion, Démétrius de Phalères (317-307). Le fils d'Antigone, qui régnait en Asie Mineure, le jeune Démétrius Poliorcète (le preneur de villes), s'empara d'Athènes, proclama la liberté et l'autonomie de cette ville, qui ne fut jamais déclarée libre aussi souvent que depuis le jour où elle cessa de l'être.

Ce hardi général dut bientôt retourner en Asie pour y défendre Antigone son père, menacé par la coalition des autres héritiers d'Alexandre. Il fut battu à Ipsus en Phrygie et Antigone y fut tué (301). Revenu en Grèce, il s'empara de la Macédoine à la mort de Cassandre, dont un des fils avait imprudemment invoqué son secours. Il resta maître de ce pays, malgré les attaques incessantes de PjTrhus, roi dEpire, jusqu'en 286. Mais il eut le tort de vouloir reprendre les Etats asiatiques de son père, et échoua contre Séleucus, qui le retint captif jusqu'à sa mort. Lysimaque, roi de Thrace, devenu maître de la Macédoine, alla à son tour attaquer Séleucus ; il fut vaincu et tué à Cyi-opédion. Peu après, la domination de la Macédoine échut au fils de Démétrius Poliorcète, Antigone de Goni. Le vaste empire macédonien se trouva alors définitivement partagé en trois royaumes : la Macédoine, la Syrie et l'Egj-pte.

L'influence macédonienne en Grèce, protégée directement par des garnisons placées dans les cités, ou indirectement par la suprématie d'une faction dévouée aux intérêts des rois de Macédoine, devait durer jusqu'aux jours de l'invasion romaine. Et cependant la Grèce était encore capable d'efforts personnels. Les Gaulois, établis depuis trois siècles au nord de la Macédoine, envahirent son territoire en 279, tournèrent les Thermopyles, échouèrentdevant la vigoureuse résistance des Grecs à Delphes, et durent revenir épuisés et amoindris vers les bords du Danube '278).

D'autres événements troublèrent encore le repos, de la Grèce. Pyrrhus, roi d'Epire (318-2';2), détrôné par Cassandre, avait reconquis son roj^aume en 295. Entreprenant et ambitieux, il avait tenté une folle expédition contre la Sicile et l'Italie, et n'était revenu en Epire que pour y former de nouveaux projets. Il attaqua le roi de Macédoine antigone de Goni, le poursuivit dans le Péloponèse, et échoua devant Sparte ; il venait de se rendie maître d'Argos, quand il mourut frappé à la tête d'une tuile qu'avait lancée contre lui la main d'une vieille femme (272). Antigone redevint maître de son royaume, où sa dynastie se maintint jusqu'à Il conquête romaine.

Toute cette période de l'histoire grecque est singulièrement confuse et troublée. La Macédoine est maintenant rentrée dans les limites modestes où elle avait été enfermée avant Alexandre ; toutefois elle cherche encore à assurer sa prépondérance sur la Grèce ; la Grèce, à son tour, cherche k échapper à la Macédoine ; mais elle appelle Rome à son secours. Ce fut sa ruine.

La L>gue achéenne. Aratus (272-313). — Sous les premiers rois de Macédoine, et au milieu des discordes civiles, les villes de r.\chaîe, district de la Grèce situé sur la côte du Poloponèse qui borde le golfe de Corinthe, avaient fondé une ligue qui n'était que le renouvellement d'une alliance plus ancienne, et qui allait prendre de l'importance.

Aratus de Sicyone fit entrer sa ville natale dini

GRÈCE

la ligue achéenne, à laquelle il chercha à donner un caractère national ; il y agrégea ensuite Corinthe (243). Athènes suit cet exemple, et chasse sa garnison macédonienne. Malheureusement la Ligue ne combattait pas seulement pour l'indépendance, elle cherchait à faire triompher l'aristocratie dans toutes les cités. Elle se trouva en présence de la Ligue étolienne, fondée sur le principe démocratique et bientôt puissante. Dès 238, les Etoliens s'avancèrent en armes jusqu'à l'isthme de Corinthe ; ils furent repoussés par Aratus. Mais les Achéens eurent ensuite à lutter contre Sparte. Le roi Agis (244) avait essayé de ramener les Spartiates à la législation de Lycurgue. Cette entreprise, d'abord bien accueillie, coûta finalement la vie à son auteur (2il). Son collègue Léonidas régna seul alors, et transmit bientôt la couronne à son fils Cléomène. Celui-ci, loin d'écouter les propositions d'Aratus, qui avait espéré l'entraîner dans la Ligue, fit la guerre aux Achéens et les vainquit; puis il reprit l'œu^Te d'Agis. Il l'acheva, rétablit les lois de Lycurgue (225), reprit l'ancien système des conquêtes, et allait écraser complètement les Achéens quand Aratus, tremblant pour son œuvre de l'unité grecque, se jeta dans les bras d'Antigone Doson, roi de Macédoine. Ce dernier accourt en Grèce, et arrête les Spartiates au brillant combat de Sellasie (222). L'Arcadien Philopœmen avait décidé, par une manœuvre hardie, de la défaite des Spartiates. La Macédoine rentrait triomphante en Grèce. Aratus fut une de ses premières victimes. Le successeur d'Antigone, Philippe III, qu' Aratus avait appelé h son aide contre les Etoliens, le fit emipoisonner. Dès lors Philopœmen dirige la Ligue achéenne. Il eut à la protéger à la fois contre les attaques des tyrans de Sparte, Machanidas et Nabis, et contre les menées des Romains. Ceux-ci, fidèles à l'antique politique du Sénat, encourageaient partout les discordes.

Les Romains en Sicile (412-200). Les Romains 'n Grèce (J 15-18;^). — La défaite des Athéniens en Sicile avait exalté l'orgueil des S5Tacusains ; les Carthaginois avec Annibal envahirent alors l'île si longtemps convoitée. SSélinonte, Himéra, Agrigente même (40!}-i06\ tombèrent successivement en leur pouvoir. Ces événements rendirent maître de Syracuse le tj-ran Denys, qui régna d'abord par la terreur, en s'appuyant sur les vainqueurs , et se retourna ensuite contre eux. Il parvint à les chasser complètement de la Sicile (3'J6). De tels succès lui permirent d'écraser toutes les autres colonies grecques, avec l'aide des Lacédémoniens ; mais cet habile tjTan meurt en 367, laissant le pouvoir à son fils Denys le jeune. Celui-ci fut renversé par son oncle Dion, qui professait des idées libérales, et ne sut pas les appliquer. Dion assassiné laissa la place libre à Denys, qui vengea par des flots de sang répandu sa défaite antérieure. Les Syracusains, écrasés par Denys, pressés par les Carthaginois, réclament les secours de Corinthe, leur métropole. Le Corinthien Timoléon arrive, débarrasse les Syracusains de Denys, chasse les Cartliaginois, rétablit la constitution "démocratique non seulement à Syracuse, mais encore dans toutes les colonies grecques de Sicile, et meurt en pleine gloire en 336. Après lui son œmTe est continuée par Agathocle, mais avec des moyens plus violents. A la suite d'une inutile expédition contre Carthage, Agathocle fait la paix avec sa puissante rivale, et meurt en 289. Dix ans après sa mort, Syracuse est obligée d'appeler Pyrrhus à son secours contre les Carthaginois ^278); plus tard elle renonce à la démocratie et met sur le trône Hiéron, qui régna sagement jusqu'en 216. La première guerre punique chasse enfin les Carthaginois de Sicile, et les Romains occupent toute la partie occidentale de l'île.

En 212, Rome continue sa conquête, s'empare de SjTacuse, malgré les efforts d'Archimède, et à

la fin de la deuxième guerre punique la Sicile entière n'était plus qu'une province romaine administrée par un préteur. C'était le prélude de la conquête de la Grèce par les Romains.

Le jeune Philippe III de Macédoine avait eu l'imprudence de s'allier à Annibal ; Rome battit sa flotte aux bords de l'Aotis (214), et sa victoire lui attira l'alliance de tous les Etats démocratiques, jaloux de la Ligue achéenne. Puis, fidèle à sa politique de désorganisation chez les peuples qu'il veut conquérir, le Sénat romain annonce le projet d'afiTranchir les Grecs. Le consul Flamininus, aidé par les aristocrates qui ne voulaient plus de Philippe, et par les démocrates qui n'en avaient jr.mais voulu, écrase le roi de Macédoine à Cynoscéphales (lyT), lui prend la Thessalie et lui impose un tribut. Aux jeux Isthmiques de Corinthe, il proclame solennellement l'indépendance de tous les peuples qui avaient été soumis à Philippe. C'était une fiction, une apparence, dès lors qu'il laissait vivre au cœur du Péloponèse le tyran Nabis, qui devait lentement dissoudre ou briser le faisceau de la confédération (I9.ï).

Les Etoliens, mécontents, appellent à leur aide Antiochus, roi de Syrie, homme présomptueux et faible, qui ne put empêcher les Romains de franchir les Thermopyles, et dut se sauver en Asie fl91). La Ligue étolienne avait cessé d'exister. La Ligue achéenne aurait encore pu, grâce à Philopœmen, sauver l'indépendance de la Grèce, si Rome l'avait permis ; mais Rome laissa la Ligue s'épuiser contre Sparte qui avait fait défection, puis contre Messène; Philopœmen, le dernier des Grecs, mourut dans une expédition contre un partisan des Romains, Dinocrate, qui le fit prisonnier et le condamna à boire la ciguë (l8-<). Ce grand citoyen avait rêvé de faire de la Grèce une nation ; il eut le triste honneur de périr à l'œuvre ; la Grèce était perdue.

Conquête de la Grèce par les Romains (183-146). — Le Sénat put alors appliquer sa politique et avoir partout des créatures. Il y eut bien encore quelques efforts tentés contre les progrès de la domination étrangère. Le roi de Macédoine. Persée, essaya de lutter ; il fut écrasé par Paul-Emile à la bataille de Pydna (168). Les cités grecques envoient des ambassadeurs pour féliciter Rome de sa victoire ; un d'entre eux, Callicrate, en profite pour indiquer au Sénat ceux de ses concitoyens qui résistent k l'influence romaine : la proscription ne se fit pis attendre ; désormais la Grèce libre n'existe plus que de nom. Un dernier mouvement, démagogique celui-là, fut comme le dernier spasme de l'indépendance grecque à l'agonie. Critolaiis, élustratèi,e de la ligue achéenne, proclame la guerre contre les Romains; l'assemblée générale de Corinthe ratifie sa décision. Mais Métellus taille en pièces, à Scarphée, la faible armée des Grecs; son successeur Mummius remporte k Leucopétra un second succès sur Diéus, successeur de Critolaûs, et entre dans Corinthe qui est complètement détruite (li6). Les dépouilles de Corinthe sont envoyées à Rome ; les villes insurgées sont démantelées; quelques-unes deviennent tributaires, et le territoire de Corinthe est révmi au domaine romain {ager romanus). La Grèce allait former désormais une province romaine : c'était le juste châtiment de ses divisions intestines.

La Grèce sous la domiiiation romaine. — Devenue province romaine, la Grèce prend le nom d'Achaïe. Elle demeure longtemps tranquille, épuisée passes anciennes divisions ; elle tente un nouvel effort pour recouvrer son indépendance avec Archélaûs, iiénéral de Mitluidate; mais Archélaiis est vaincu pa;- Sylla à Orchomène et .i Chéronée (87). La Grèce alors est administrée par un préteur. En l'an 5(î on la retrouve réunie à la Macédoine sous l'autorité de Calpurnius Pison. Auguste l'en sépare définitivement et en fait une des onze provinces sénatoriales ;

GREGE

son histoire se confond dès lors avec celle de l'empire. Sous Constantin, elle devient chrétienne et elle forme, avec la Macédoine, le diocèse de Macédoine, qui fait partie de la préfecture d'IUyric. -

Après ïbéodose, l'empire est définitivement partagé, et la Grèce fait partie de l'empire a Orient, dont Constantinople devient la capitale.

II. La Grèce au moyen âge. — Théodose mourut à Milan le 17 janvier 395. Son fils Arcadius lui succéda en Orient ; la Grèce faisait partie de son empire. Le Wisigoth Alaric, attiré par Rufin, ministre d'Arcadius, se jette sur les provinces européennes de l'empire, que Stilicon, ministre dHotiorius, défend contre la barbarie. Maître d'Athènes, Alaric pénètre dans le Péloponèse, se fait battre au mont Pholoé, et n'en obtient pas moins du faible Arcadius un établissement en Illyrie. La race de Théodose le Grand finit en ioS avec Pulchérie, sœur de Théodose II ; Marcien, un brave soldat, continue à régner jusqu'en 457. En 4 75, sous Zenon l'Isaurien, un incendie détruit le Jupiter Olympien de Phidias et la Vénus de Praxitèle, dont Constantinople s'était emparée.

Les événements qui intéressent directement la Grèce deviennent de plus en plus rares : en 726 Léon m l'Isaurien ayant interdit le culte des images, une révolte éclate dans les Cyclades et dans la Grèce où pullulaient les moines : la mer Egée était appelée la Mer Sainte ; l'insurrection fut comprimée et les images disparurent. Vingt ans plus tard, les Slaves du Danube envahirent la Macédoine, la Hellade et le Péloponèse, où leur race se conserva pendant des siècles (746).

Au IX* siècle, l'Asie Mineure tombe au pouvoir des Arabes: Nicéphore ne sait pas tenir tête à Hai-oun-al-Raschid, qui s'avance jusqu'à Héraclée en Bilhynie (SOo), et en 806, l'empereur devient tributaire du calife. Sa mort en 8l 1 laisse pendant deux ans les provinces européennes à la merci des Bulgares et de leur chef Crumne. La mort de Crumne délivra la Thrace (814). En 824, des pirates d'Espagne enlèvent à l'empire grec la Crète, où ils fondent Candie qui donnera son nom à l'île entière. Pendant deux années (840-841), l'Asie .Mineure est ravagée tour à tour par l'empereur Théophile et par les Musulmans qui y exercent dliorribles cruautés. Sous Basile I"^' le Macédonien (807 -880), fondateur d'une dynastie qui conserva le trône un siècle et demi, les généraux du calife de Bagdad, battus en Orient et sur les côtes d'Italie, dévastent le Péloponèse, et enlèvent enfin Syracuse aux Grecs (88<i) : il y avait cinquante- quatre ans que les musulmans avaient pénétré dans la Sicile. Un empereur corrompu. Léon le Philosophe, fils et successeur de Basile l"', compose un traité de tactique et des sermonSj pendant que les Slaves, Serviens et Croates, fondent de nouveaux établissements au nord-ouest des provinces européennes, et que le roi bulgare Siméon ravage les terres de l'empire autour deThessalonique. En 904, ce sont les Russes d'Oleg qui pénètrent par la mer Noire dans le Bosphore, forcent le port de Constantinople et mettent à feu et à sang les environs de la ville ; lu même année, Thessalonique est prise et pillée par une bande de pirates sarrasins sous le commandement d'un renégat grec de Tripoli. Le règne de Constantin Porphyrogénète, peintre, architecte, auteur (912-959), n arrête pas l'invasion ; Andrinople est prise par Siméon en 914, Constantinople est menacée en 923 ; la Paphlagonie, le Pont, la' Bithynie sont ravagées par le Russe Igor, successeur d'Oleg (9 il) et époux de la célèbre Olga, qui prit le nom d'Hélène après son baptême à Constantinople (955).

Nicéphore Phocas ne put enlever la Sicile aux Musulmans, mais il les chassa de la Cilicie et leur reprit Chypre et la Syrie (9GG,, porta ses armes jusqu'à Nisibe, ravagea la Mésopotamie et fit trembler

le calife dans Bagdad (968). Sous le règne des deu\ petits-fils de Constantin Porphyrogénète, Basile II et Constantin VllI, Sarrasins et Bulgares dévastent pendant dix années (976-1J8G; la Thrace, la Macédoine, la Thessalie et la Grèce. Au xi" siècle, l'empire grec perd l'Italie médionale, conquise par les Normands. En 11 46, Roger II de Sicile répondra aux récUimations de Constantinople par la prise de Corfou, l'attaque de Céphalonie, de Nègrepont, de Corinthe et d'Athènes. Les Comnène, qui occupent le trône depuis 1057, voient le Turc Soliman, arrière-petit-fils de Seldjouk, fixer sa résidence àNicée dans la Bithynie grecque en 1074, puis à Iconium dans la Lycaonie en 1082. Toute l'Asie Mineure, moins Trébizonde, était tombée sous le joug musulman, et en 1092, Alexis Comnène dut appeler à son aide les Occidentaux et le pape, L'Europe et le Saint- Siège entendirent cet appel : la première croisade eut lieu en 1096. Ces expéditions n'arrêtèrent ni la décadence ni le démembrement de l'empire d'Orient ; elles faillirent précipiter sa chute. La quatrième aboutit à l'établissement d'un empire franco-byzantin sur les rives du Bosphore (1204) : un comte de Flandre devint empereur, un marquis de Montferrat roi de Thessalonique, un maréchal de Champagne duc d'Athènes ; les Vénitiens sont seigneurs « d'un quart et demi de l'empire grec. » Les Grecs se maintiennent en Asie, à Nicée, k Trébizonde, dans quelques provinces européennes, et en 1261 Baudouin II, le dernier empereur latin, est chassé de Constantinople par Michel Paléologue. Sous Jean I" (1359), les Turcs passent l'Hellespont, enlèvent aux Grecs Gallipoli, la clef de l'Europe, et pénètrent en Thrace. Les derniers princes de la maison des Paléologue, Manuel II, Jean II et Constantin XII, sont impuissants contre l'invasion musulmane. Constantinople succombe le 27 mai 1453 : son dernier empereur meurt sur la brèche. En 14.^8, les deux frères de Constantin XII sont dépouillés de la Morée, Corinthe et Athènes sont prises; en 1401 l'empire de Trébizonde succombe à son tour ; l'année suivante, c'est l'île de Lesbos qu'une trahison livre à Mahomet II; Venise ne peut sauver Nègrepont (14 TU) malgré son alliance avec Rome, Naples et la Perse ; les Génois ne sont pas plus heureux : Cafi'a, la clef de la mer Noire, leur est enlevée en 1476. Mahomet II mourut sans avoir vu réussir ses projets contre Rhodes, mais la Grèce était au pouvoir des Turcs, et elle supporta leur joug jusqu'à la fiLi du xv!!!*^ siècle.

II). La Grèce moderne et contemporaine. — En 1766, une insuneciion des Monténéi^rins, soutenus par les Busses, fut comprimée. Les Mainotes de Morée (1769-1777) ne furent pas plus heureux, et les Souliotes d'Albanie, qui firent reconnahre leur indépendance en 1792, malgré les efforts d'Ali de Teiâelen, pacha de Janina, furent exterminés en 1.S04.

Les Serbes, révoltés depuis 1806, sont réduits en 1813, et leur chef Czerni Georges se retire en Russie.

Ces tentatives isolées ne pouvaient aboutir : un soulèvement général éclata en 1821. L'hétérie ou association formée à la fin de 1814 à Odessa avait préparé lafifranchissement de la Grèce avec la complicité des Russes, des Anglais, maîtres des îles Ioniennes, et les ardentes sympathies de la France; elle prend pour chef en 18;'0 Alexandre Ypsilanti, qui pousse les Grecs dans les bras du pacha de Janina révolté contre la Porte. A l'appel d'Alexandre, les Grecs do Morée massacrent les Turcs et prennent pour chel Démétrius Ypsilanti (1821).

La Porte veut réduire l'insurrection par la ter reur ; le patriarche de Constantinople et quatre évoques sont mis à mort, les chrétiens sont massacrés en Thrace, en Macédiiine et en Asie Mi-

GRECE

Heure. Les insulaires de Psara, de SpetzïD, d'Hydra s'arment pour la cause de l'indépendance ; la Mer Sai)!te se couvre de légers navires qui harcèlent la flotte ottomane; mais le mouvement manque d'unité et de direction. Le sénat convoqué par Mavromicalis n'a ni prestige, ni autorité ; Alexandre Ypsilanti, battu dans les provinces danubiennes, se réfugie en Autriche ; Démétrius, proclamé stratège, est bientôt privé du commandement. Malgré ces divisions, les Grecs remportent quelques succès à Nauplie de Malvoisie, à Navarin, à Cassandra, à Tripolitza qui devient le siège de leur gouvernement provisoire. Le congrès d'Epidaure, ouvi-rt le 15 décembre 1821 par Démétrius Ypsilanti et Mavrocordato, prépara la rédaction de l'acte d'indépendance, qui fut promulgué le 27 janvier xsri.

Les Turcs n'avaient songé d'abord qu'à réd\xire Ali de Têbulen, qui fut lâchement assassiné dans une conférence que lui avait proposée Kourschidpacha (5 février 1K22); maîtres deJanina, ils marchèrent sur Missolonghi, où Mavrocordato s'était réfugié et fortifié après sa défaite à Arta ; ce premier siège fut illu^^tré par le dévouement de Marcos Botzaris, qui mourut comme Lconidas aux Thermopylcs (juillet 182H). Cet héroïque sacrifice, les exploits de Miautis et ceux de Canaris, qui avait fait sauter le vaisseau amiral du capitan pacha en 1822, la prise de Nauplie en janvier 1823. excitaient dans une partie de l'Europe un vif enthousiasme. Le plus grand poète de l'Angleterre, lord Byron, prodiguait aux Grecs sa fortune, ses conseils, malheureusement peu écoutés, et sa vie; il mourut à Missolonghi le 19 avril 1825. L'ambition des chefs grecs, la rivalité de Colocotroni, Condouriotis et Mavrocordato, paralysaient tous les efforts. L'intervention du vice-roi d'Egypte fut encore plus funeste à la cause hellénique. En i825 Ibrahim, fils de Méhémet-Ali, prend Candie, touche à Modon et à Navarin, pendant que Reschid-pacha parcourt l'Acarnanie et l'Etolie, pénètre au cœur de la Morée et s'empare de Tripolitza ; Missolonghi succombe à son tour le 22 avril 18?t;. La cause de l'indépendance semblait fort compromise : elle fut sauvée par l'intervention des puissances occidentales (convention de Londres, 6 juillet 1827).

Le 20 octobre 1827 les flottes combinées de la Russie, de l'Angleterre et de la France détruisirent à Navarin la flotte turco-égyptienne. L'année suivante, une expédition française, sous les ordres du général Maison, débarrassa la Morée des troupes indisciplinées du pacha d'Egypte Ibrahim. Après qu'une armée russe, franchissant les Balkans, eut pénétré jusqu'à Andrinople, l'indépendance de la <ïrèce fut enfin reconnue par la Porte (18J9).

La Grèce émancipée s'était constituée en république, le 24 janvier 1828, sous la présidence de Cape d'Istria. Celui-ci ayant été assassiné (1811), les puissances transformèrent la Grèce en royaume, «t placèrent sur le trône Othon, second fils du roi de Bavière (1832). Après trente années de règne, ce prince fut renversé par une révolution (1862), et la couronne fut donnée à un fils du roi de Danemark, qui règne actuellement à Athènes sous le nom de Georges P'. | Edgar Zevort.]

GRÈCE (Lettres et arts). — Littératures étrangères, IV- VI ; Histoire générale, VI- X. — Poésie. — Le jioème épique. — La poésie étant la première forme sous laquelle se produisent les œuvres littéraires, l'étude des œuvres poétiques de la Grèce doit précéder celle des monuments de la prose.

Les Grecs plaçaient, avant Homère, des poètes d'origine divine, Orphée, Musée, Linus; ces premiers éducateurs des peuples, chantres harmonieux qui adoucissent les tigres et les lions, appartiennent à la Icgp.nde ; mais l'auteur de V Iliade et de V Odyssée appartient déjà à l'histoire. Dans l'Iliade il chante « la colère d'Achille, fiis de Pelée, colère funeste

qui causa bien des maus aux Acliéans. » Mettant en scène tous les héros chers à la Grèce, montrant tous les peuples, toutes les cités, aux prises avec les Troyens, Homère composa un poème vraiment patriotique et national, une œuvre qui allait droit au cœur de la foule à qui elle s'adressait : c'est là le grand intérêt de l'Iliade. C'est en outre un tableau à la fois exact et brillant des temps héroïques, c'est la peinture d'une société remarquable par la rudesse de ses mœurs, la violence et la sincérité de ses passions.

De la Grèce héroïque, et naissante, et sauvage,

Dans Homère à nos yeux Tit la parfaite image.

(André Cbemeb, l'Invention.)

L'Odyssée appartient au cycle (cercle, série de poèmes relatifs à un même événement) des Retours; on comprenait sous ce titre le récit des aventures des héros du siège de Troie, après la prise de la ville. L'Odyssée est l'histoire d'Ulysse depuis la chute de Troie jusqu'à son retour et son triomphe définitif à Ithaque sa patrie. Les Grecs croyaient qu'Homère était parvenu à la vieillesse quand il composa cette seconde épopée, d'une inspiration plus douce, qui renferme plus de peintures de la vie intérieure, dont le récit est plus mesuré et plus calme.

L'Odyssée offre un autre intérêt; son héros, Ulysse, est le véritable type du Grec, par l'intelligence, les ressources de l'esprit, l'éloquence insinuante qui rend presque jalouse Minerve ellemême, surtout par la patience et le sang-froid.

Toujours imité, jamais surpassé, Homère a servi de modèle aux chantres inspirés de tous les âges et de tous les pays : on a eu beau contester l'existence du vieil aède, il vit toujours :

Trois mille ans ont passé sur la cendre d'Homèrâ Et depuis trois mille ans Homère respecté Est jejjne encor de gloire et d'immortalité.

(André CHÉmra.)

La poésie didactique. — Hésiode, d'Ascra en Béotie, qui fut peut-être contemporain d'Homère, essaya, dans sa Théogonie, de systématiser les croyances religieuses de son temps. Dans les Travaux et les Jours, il célébra le travail, l'agriculture, le commerce, l'accomplissement du devoir.

La poésie li/rique. — La poésie lyrique, qui a de si intimes rapports avec l'élévation morale et religieuse des peuples (Villemain, Essai sur le génie de Pindare), ne pouvait être étrangère aux Grecs. L'accord de la poésie, de la musique et de la danse n'exista que chez eux et chez quelques peuples orientaux. C'est de 700 à 460 avant notre ère que la poésie lyrique fleurit en Grèce, pendant la lutte entre la tyrannie et la démocratie, qui aboutit au triomphe de la liberté. Les rois disparus, l'épopée est muette ; les peuples occupent la scène, et les poètes lyriques sont leurs interprètes : ces poètes sont des combattants comme Alcée, des sages comme Selon, Théognis et Pythagore, des âmes vindicatives comme Archiloque, l'inventeur de l'iambe, des âmes douces et sensuelles comme Anacréon, passionnées comme Sappho, mélancoliques comme Mimnerme, ou éprises de la gloire comme Pindare de Thèbes, le dernier et le plus grand de tous. Le concours empressé de la Grèce entière, des îles, des colonies, à Olympie, à Corinthe, à Delphes, àNémée, partout où l'on dispute unecouronne, telle est la matière offerte à Pindare et ses émules. L'œuvre de ceux-ci n'est pas venue jusqu'à nous, mais les I hauts de victoire ( Epinicin) de Pindare nous font partager l'émotion des foules qui se pressaient aux jeux isthmiques ou néméens ; ils nous font entendre ces acclamations con'uses, ces applaudissements qui emplissaient le stade, ils nous montrent ces couronnes, ces statues, tous ces honneurs publics prodigués aux vainqueurs, aux vainqueurs a qui n'ai-

GRÈCE

maientrien tant que la gloire, » et qui préféraient à tout une ode de Pindare. Cette ode ne célébrait pas seulement le héros obscur de la course uu du pugilat, mais surtout la cité qui lui avait donné naissance, les dieux ou les demi-dieux qui l'avaient l'ondée, les traditions, les légendes qui entouraient son origine. Là était l'intérêt de ces chants que toute la Grèce répétait, et r.ui firent décerner au poète thébain le titre glorieux d'hôte public d'Athènes.

Callinus et Tyrtée, qui brillèrent au septième siècle avant Jésus-Christ, se servirent du vers de cinq p'eds nommé élégos, qui donna son nom à l'élégie. Simonide (cinquième siècle) fut le rival de Pindare.

Poésie dramatique. — C'est à Athènes que naquit la tragédie, au commencement de ce cinquième siècle qui fut une des plus glorieuses époques de l'histoire de l'esprit humain. Le triomphe de la démocratie, l'exaltation de la victoire sur les Perses ont surexcité toutes les énergies, échauffé toutes les imaginations : c'est à ce moment si favorable, dans un milieu si propice, que la tragédie sort d'un chœur en l'honneur de Dionysos. En Thrace, la fête du dieu de la vigne était célébrée par des femmes : animées d'une sorte de délire, elles s'égaraient dans les montagnes, portant des torches dans leurs mains, le cou enlacé de serpents, frappant des cymbales, poussant des cris sauvages.

Les Ménades couraient en longs cheveux épars Et chantaient E-voé, Bacchus et Thyonée

Et la voix des rochers répétait leurs chansons.

(André CHLMEn, Egl. lî.)

Introduit dans l'Attique, ce culte prit un caractère moins violent : Dionysos fut souvent confondu avec Apollon; c'est à l'une de ses fêtes, les Dionysies, que se chantait le chant du bouc (le bouc, porrantun panier de figues, étaitconsacré à Dionysos), d'où sortit la tragédie. Thespis détacha du chœur un personnage, Eschyle en ajouta un second; chaque personnage put se dédoubler, grâce au masque : la tragédie existait. Chaque jour elle se dégagea davantage de la légende de Dionysos ; mais elle continua d'emprunter ses sujets aux annales de la race hellénique.

Les mythes de Prométhée et d'Hercule, le fabuleux voyage des Argonautes, les sièges de Thèbes et de Troie, les légendes qui s'y rattachent, fournissent à Eschyle, à Sophocle, à Euripide des motifs inépuisables : ils n'y ajoutent que l'élément dramatique, la magie du style, la peinture éternellement rajeunie du cœur humain, et leur conception du destin, de la fatalité, qui fait de Phèdre, de Médée, d'Oreste et d'Œdipe, des personnages d'un intérêt si poignant. La poésie dramatique, nous l'avons dit, est née à Athènes. Les trois grands tragiques de la Grèce sont des Athéniens; Eschyle (520-455) est né à Eleusis, Sophocle (495-405) à Colone, Euripide (480-406) à Salamine. Après eux la décadence de l'art dramatique est si profonde que le poète comique Aristophane, dans sa comédie des Grenouille-, traite leurs successeurs de « rejetons sans énergie, babillards comme des hirondelles, corrupteurs du goût et qui tombent brisés de fatigue après avoir composé un chœur. »

Poésie satirique. — En ce genre, la Grèce fut très inférieure à Rome; elle n'a pas produit de poètes satiriques proprement dhs. Archiloque, moins célèbre par son Hymne à Hercule nue par ses mordantes invectives, assouvit une haine personnelle contre Lycambe, mais ne créa pas un genre nouveau. La satire se réfugia au théâtre : Aristophane en est l'unique représentant.

Ménandre, fort inférieur à Aristophane, fut le créateur de l^ Comédie nouvelle, qui sortit du décret des Trente tyrans supprimant la parabase, c'esi-à-

dire le discours direct du poète aux spectateurs, en interdisant de mettre en scène un personnage vivant (404). Si .Ménandre n'a ni la force comique, ni l'éclatante poésie de l'auteur des Guêpe--, des iVu(ie? et des Oiseaux, il a plus d'art, de goût et de mesure.

Poésie pastorale. — Ce genre, qui ne convient guère qu'à un peuple jeune et naif, a eu, dit-on, pour premier représentant Diornos, qui vécut en Sicile. Son nom seul a survécu avec celui de Daplmis, le héros de ses poèmes, dont le souvenir se retrouve dans Théocrite, dans Virgile, dans André Chénier. Thcocrite, qui vécut 300 ans avant Jésus-Chri*t. est déjà maniéré et factice. Il brilla dans cette cour des Ptolémées qui vit naître la critique littéraire avec Aristarque ; ses « petits tableaux, " ses idylles sont le chef-d'œuvre de l'art alexandrin.

Il chante

. . . . les moissons joyeuses, les troupeaux Bêlants ou mugissants, les rustiques pipeaux.

(André CHKXiaa, Egl. I.)

L'apologue. — C'est en Orient que prit sans doute naissance l'apologue. Le Phrygien Esope (5<i0 av. J.-C.) n'en fut probablement pas le créateur ; il en fut certainement la victime. Les habitants de Delphes, auxquels il avait fait entendre des critiques blessantes, le condamnèrent à mort comme impie et sacrilège. On prétend que Socrate, accusé d'impiété comme Esope, employa les derniers temps de sa vie à mettre en vers les apologues du Phrygien. Le genre ne fut jamais populaire on Grèce. La liberté de tout dire y était assez grande pour qu'il ne fût pas nécessaire de dissimuler la vérité sous le voile de l'allégorie.

Prose. — Histoire. — Notre étude de la poésie devait précéder celle de la prose, comme le poète , celui qui crée) a précédé l'historien (celui qui sait). Pour les Grecs, le Père ou l'Homère de l'histoire, c'est Hérodote. Il raconte le grand duel de la Grèce et de l'Asie, Marathon, Salamine et Platée, mêlant la fable au récit d'événements que tous connaissaient. Les Grecs donnèrent le nom d'une muse à chacun des livres de son histoire : pour eux, Hérodote était encore un poète.

Thucydide, plus grave, plus digne du titre d'historien au sens moderne de ce mot, ne recherche que la vériié nue, dédaigne les agréments du récit, les fictions, l'intervention divine. Contemporain de la guerre du Péloponèse, il en a saisi et il en expose les caractères essentiels; il juge les hommes avec équité, il conserve aux événements leur véritable physionomie : c'est l'historien politique après l'historien poète.

Xénophon, continuateur de Thucydide, fit de l'histoire une simple narration destinée à soutenir un système de philosophie politique.

C'est encore à l'école de Thucydide qu'appartient Polybe, le fils de Lycortas, qui fut stratège de la ligue achéenne après Philopœmen. Exilé sur les bords du Tibre pendant quinze années, il put étudier à loisir la politique du Sénat, discerner les causes de la grandeur de Rome, de la faiblesse de ses rivaux ; si les Romains ont triomphé, c'est qu'ils possédaient le génie politique et la suite dans les projets, c'est que chacun suburdonnait son intérêt à l'intérêt général. Polybe est un historien philosophique; assistant aux plus grands événements, la chute de la Grèce, de Carthage, de Numance, il en expose les raisons avec une remarquable sagacité : son livre, tout mutilé qu'il est, reste un monument de la puissance d'induction appliquée aux faits de l'histoire.

Bien après Polybe, Lm ien donna une théorie de la manière d'écrire l'histoire : la critique et la science y tiennent peu de place, mais la forme y a une importance considérable.

En dehors de l'histoire poétique, de l'histoire politique et de l'histoire philosophique, il faut

GRÈGE

GREGE

signaler l'histoire biographique, dont Plutarque nous offre un modèle intéressant. Dans ses Vies parallèle ., il fait œuvre de curieux, recherchant les détails les plus minimes sur 1 homme privé ; il fait œuvre de patriote, opposant volontiers un Grec à un Romain ; il fait surtout œuvre de moraliste, allant « chercher au fond les signes de 1 amo, » comme dit Amyot. C'est par ce côté qu'il a été si goûté, surtout en France, où on a pu dire qu'il était w le pain des forts. » Plutarque est le dernier des écrivains grecs qui ait une réelle valeur. Ses nobles enseignements ne furent pas perdus : un de ses neveux, le philosophe Sextus, fut le maître de Marc-Aurèle.

Eloquence. — Ici encore il faut citer Homère : on retrouve dans l'Iliade des modèles achevés de tous les genres d'éloquence ; mais l'éloquence ne joua un rôle actif dans les destinées du peuple grec, ne devint un moyen de gouvernement, qu'après les guerres médiques. » Tout dépendait du peuple, a dit Fénelon, et le peuple dépendait de la parole. »

Périclès ne fut un si remarquable huwuie d'Etat que parce qu'il était un grand orateur :

Ici de Périclès La voix, l'ardente voix, de tous les cœurs maîtresse. Frappe, foudroie, agite, épouvante la Grèce.

(André Cb^nieb, V Invention.)

Cette éloquence lui permit de conserver vingt ans un pouvoir presque absolu dans la plus soupçonneuse des démorraties.Nousnepouvons malheureusement juger de cette puissance oratoire qu'à travers Thucydide, qui a revêtu de son style le discours de Périclès prononçant l'éloge des citoyens morts pour la patrie.

Le représentant le plus complet de l'éloquence en Grèce , c'est Démosthène. Homme d'Etat , ambassadeur, guerrier, patriote, il eut toutes les connaissances, tous les dons que Cicéron exigeait de l'orateur. Il eut à lutter à la fois contre des traîtres comme Eschine et Déniade, contre des citoyens honorables mais aveuglés comme Phocion, contre des ennemis politiques acliarnés dans des procès où il y allait de la vie ; et il n'évita ni une accusation de vénalité, ni la condamnation, ni l'exil. Les Athéniens ne lui rendirent justice qu'après sa mort : ils gravèrent ces mots sur sa tombe : « Démosthène, si tu avais eu une « force égale à ton éloquence, jamais le Mars de « Macédoine n'aurait soumis la Grèce. »

A côté de Déuiostliène il faut placer, dans cette brillante floraison de l'éloquence, Isocrale, rhéteur élégant, harmonieux, mais un peu froid ; Isée, à la diction véhémente et serrée; Lysias, Hypéride, Eschine lui-même, qui fut quelquefois digne do son glorieux rival. Démosthène ne fut pas seulement le plus illustre, il fut le dernier représentant de l'éloquence athénienne : la ruine de l'indépendance nationale renversa la tribune ; l'agora, qui avait entendu l'admirable invocation aux mânes des guerriers morts à Marathon, redevint muette : la parole était aux rhéteurs.

L'éloquence ne renaquit en Grèce que sous une forme nouvelle : l'apologétique. Dans son Tableau de l'éloquence ch?'étienne au quatrième siècle, Villemain a signalé le^ trésors enfouis dans les in-folio des Pères de l'Église. Saint Jean Chrysostome fut 1 3 Démosthène de ces orateurs chrétiens.

Romau. — Si les Grecs, si artistes pourtant, n'ont rien produit en ce genre qui vaille la peine d'être mentionné, c'est que leur religion, leur histoire légendaire étaient un tissu d'aventures merveilleuses. L'expédition des Argonautes, le siège de "Troie, les Retours, l'Odyssée elle-même, ne sont-ils pas de véritables romans, plus dramatiques, plus touchants que les amours de Daphnis et do Chloé, d'Authia et d'Abrocômc?

Philosophie. — La philosophie, le dernier venu des genres littéraires de la Grèce, parla en vers, jusqu'au jour où l'enseignement socratique lui donna sa langue naturelle, la prose, « ce mâle outil et bon aux fortes mains, » qui fut manié avec tant de charme par Platon, avec tant de force par Aristote.

L'art grec vit tout entier dans Platon, dans ses dialogues qui se déroulent avec tout l'intérêt d'un petit drame. Aristote, plus didactique, est bien moins littéraire ; mais ceux de ses écrits qui sont venus jusqu'à nous n'étaient peut-être que les notes du professeur ou de ses élèves.

Dans cette rapide revue des poètes et des prosateurs grecs, nous avons laissé de côté bien des noms d'écrivains connus, quelques-uns même d'écrivains illustres : c'est que leurs œuvres sont perdues, c'est qu'elles ont eu moins d'influence sur le monde hellénique, c'est en dernier lieu qu'elles sont un miroir moins fidèle de cette société, si vive, si brillante, si complexe, qui s'est si souvent transformée, et qui pourtant nous offre encore les types divers que la littérature et l'art ont immortalisés.

La littérature grecque moderne. — Après l'ère chrétienne, la littérature grecque se confond avec la littérature byzantine; au xvi* siècle on ne peut guère citer que des grammairiens, Chrysoloras, Lascaris, etc. ; au xvii*, Vincent Cornaro, l'auteur d'un médiocre roman de chevalerie ; au xviii' les copistes des littératures étrangères.

Une véritable renaissance littéraire se déclara au xix^ siècle : Coray, un philologue, Philippidis, un historien, et des poètes comme Rigas, Salomos, Christopoulos, les deux Soutzos, Rangavis furent à la tête du mouvement. Ces efforts sont honorables, mais les Grecs modernes sont loin encore de l'originalité, de la perfection de leurs ancêtres ; ceux-ci ont été les éducateurs et les modèles des Romains d'abord, plus tard des peuples modernes: aucun genre nouveau n'a été créé depuis eux, et en plusieurs, comme l'ode pindarique, la tragédie, l'épopée, ils sont restés inimitables.

L'art grec. — La mythologie. — La mythologie est intimement mêlée à la littérature et à l'art grec, et la première condition pour comprendre les j œuvres du génie grec, c'est de se pénétrer des croyances religieuses de cette époque; il faut se rendre compte des conceptions symboliques des Grecs, car c'est avec leur valeur représentative que les dieux et les déesses paraissent dans la poésie et dans l'art. L'union entre la tradition religieuse et les œuvres littéraires ou artistiques est si étroite, que la décadence date du jour où les symboles sont oubliés ou méprisés par les poètes et les sculpteurs. Quand on eut tiré du symbole tout ce qu'il contenait, il n'y eut plus qu'à copier ou à dénaturer les types : cette révolution date de la fin du V* et du commencement du iv* siècle avant l'ère chrétienne.

La mythologie comprend non seulement l'histoire fabuleuse des dieux et des héros, mais encore la science des traditions religieuses et poétiques. Un mot résume toute la religion hellénique: Vanthropomorp/iisme, c'est'h-dive lu croyance religieuse à l'existence de dieux ayant la forme et les passions humaines. L'Iiomme se crée des dieux à son image sous l'influence de l'imagination et de la sensibilité ; les notions, d'abord confuses, se pri cisent, les traits se fixent, grâce au génie des poètes, au ciseau des artistes, et Jupiter, Minerve, Mercure deviennent des êtres réels, vivant et agissant, comme Priam, Pénélope ou Achille. Au début la religion des Grecs est un pur naturalisme: le culte des forêts, l'adoration des montagnes, des vents, des fleuves se retrouvent encore dans Homère, mêlés aux légendes des héro» et des ilipux. Zeus était alnj's le Dieu suprême, le pèi'ô

GREGE

GRÈCE

•des choses vivantes {Zeus Pater, chez les Romains Jupiter). On plaçait son trône sur la cime neigeuse des montagnes : sur le mont Dicté en Crète, sur le Lycée en Arcadie, à Dodone en Epire où le chêne et le hêtre lui étaient consacrés.^ A son culte était associé celui de la Terre mère, Déméter, nom que Ton donnait à Cérès. Un feu perpétuel brûle sur l'autel de la déesse à Mantinée, comme sur celui de Vesta à Rome : c'est elle qui fait naître les moissons ; sa fille Perséphone (Proserpine), personnification de la puissance végétative, fut donnée pour épouse au dieu du monde souterrain. Héra, la Junon des Romains, épouse de Zeus, n'était à l'origine que la vierge céleste qui régnait à Argos.

Kronos (Saturne), symbolisant le sol, et Hadès (Pluton), dieu des espaces souterrains et des morts, ■étaient en opposition avec Zeus, le dieu du ciel. Hophaestos iVulcain) personnifiait le feu des volcans ; c'était le grand artisan de l'univers ; on l'adorait à Lemnos, où l'on forgeait des armes.

Pan et Hermès personnifiaient le principe de la génération.

A ces dieux primitifs s'ajoutèrent successivement une foule de divinités apportées par les différents peuples qui s'établirent en Grèce. Astarté ou Aphrodite (Vénus), « fille de l'onde amère, » dont l'image ornait la proue des navires, est d'importation phénicienne, comme Melkari qui se transforma en Hercule. Poséidon (Neptune) le dieu de la mer, dont la légende fit l'époux de Déméter, et Athéné Minerve), qui avait l'oUvierpour emblème, venaient de l'Asie ; Aihéné n'était que la vierge inféconde, avant de devenir, sous la forme de Pallas, le symbole de la sagesse. De l'étranger vinrent encore Dionysos (Bacchus), le dieu de la vigne, Artémis (Diane) au culte homicide, et Ares (Mars), le dieu du carnage. La dernière et la plus remarquable de ces importations religieuses fut celle d'Apollon, le fils de Latone, honoré d'abord sur l'Olympe et à Délos, avant de l'être dans la vallée de Tempe et à Delphes. C'est Apollon qui personnifia l'inspiration des vers, de la musique et des arts, avec la révélation de la pensée divine, c'est-à-dire tout le génie grec.

Le polythéisme grec n'était pas renfermé dans un dogmatisme étroit ; il échappa au naturalisme primitif pour se spiritualiser ; chacun put substituer à la personnification des forces de la matière celle des qualités morales que l'on s'empressait d'accorder aux dieux à mesure que les progrès de la civilisation les faisaient naître chez les hommes. Cependant la trace du naturalisme resta toujours sensible : Jupiter était en même temps le maître de l'Olympe et l'air qui enveloppe la création, Apollon le soleil même, Neptune l'océan; la Naïade n'était pas seulement la déesse des grottes humides, c'était la source elle-même. Cette confusion n'enlevait rien à la flexibilité de l'anthropomorphisme : les ressources qu'il offrait à l'art et à la poésie étaient innombrables. Nous avons cité les principaux dieux; une liste complète serait interminable : après les grands dieux venaient les dieux secondaires des forêts et des eaux; les Océanides, les Néréides, les Tritons, les Muses, les Parques, les Furies, ces ministres inexorables des vengeances célestes, sans parler du Destin, divinité aveugle, supérieure à tou^ les autres dieux et qui finira par conduire la philosophie à la conception d'un dieu unique. La philosophie, fille rebelle du polythéisme, tua ce culte sans influence morale, sans action sur les âmes, qui ne parlait qu'aux yeux, qui ne s'adressait qu'au poète et à l'artiste, mais qui eut au moins la vertu de les faire grands entre tous.

L'architecture grecque. — L'architecture grecque sut toujours se subordonner la peinture et la sculpture, comme l'art grec tout entier, qui ne •sacrifia jamais l'ensemble aux détails. Les plus an-

Page 1