GUSTAVE
il essaya, de concert avec les comtes d'Egmont et de Horn, de s'interposer entre Philippe II et les mécontents; mais lorsqu'il apprit la nomination du duc d'Albe comme gouverneur (ISCI), il se retira prudemment en Allemagne, tandis qu'Egmonl et Horn montaient sur l'échafaud, et que le gouvernement espagnol essayait par les supplices et les confiscations d'extirper l'hérésie des provinces flamandes. De hardis insurgés, les queux, bravèrent toutes les forces du duc d'Albe. Sur le conseil de Coligny, le roi de France Charles IX crut devoir appuyer la révolte ; il envoya des secours en argent à Guillaume de Nassau, qui avait embrassé ouvertement le protestantisme. Avec l'argent de Charles IX, Guillaume leva une armée en Allemagne, rentra dans les Pays-Bas, et commença la guerre contre les Espagnols (1.^7 2). Aussitôt toutes les provinces du nord, qui n'attendaient qu'un signal, se soulevèrent, et choisirent Guillaume pour leur chef. La lutte fut longue ; Philippe II, voyant que le duc d'Albe avait échoué, confia successivement le gouvernement des Pays-Bas à don Louis de Requesens, à don Juan d'Autriche, à Alexandre Farnèse. Aucun de ces gouverneurs ne réussit à triompher de l'énergique résistance de Guillaume, que nul revers ne pouvait abattre, et qui montrait les talents d'un grand capitaine et d'un politique consommé. On annonçait devant le cardinal Granvelle, ancien ministre de Philippe II aux Pays-Bas, que le duc d'Albe avait détruit l'armée du comte de Nassau : « Le Taciturne est-il pris ? demanda le cardinal. — Non. — Eh bien, le duc d'Albe n"a rien fait. » Un moment, on put croire que les dixsept provinces qui formaient les Pays-Bas échapperaient toutes à la domination espagnole (union de Gand, 157C) ; mais Alexandre Farnèse réussit, par son habileté, à obtenir la soumission des provinces du midi. Alors les sept provinces du nord se constituèrent à part en république fédéralive, par l'union d'Utrecht (1579), et choisirent Guillaume d'Orange pour leur statliouder. En 1581, elles se déclarèrent indépendantes de la couronne d^Espagne.
Philippe II, outré de voir les Sept Provinces-Unies échapper à sa domination, avait mis à prix la tête de Guillaume de Nassau, qu'un fanatique assassina àDelft (1584). Mais, malgré la perte de son chef, la nouvelle république continua à maintenir son indépendance, que l'Espagne fut enfin obligée de reconnaître au traité de Westphalie.
Guillauiue de Nassau-Orange ou Guillaume III d'Angleterre. — Histoire générale, XXIV, XXVIll, XXXI. — Arrière-petit-fils de Guillaume le Taciturne, né en 1650. Le stathoudérat avait été aboli dans les Provinces-Unies cette même année, et le pouvoir exécutif confié à des magistrats nommés grands pensionnaires. Lorsque Louis XIV déclara la guerre aux Provinces-Unies et envahit leur territoire (1672), le grand-pensionnaire de Hollande, Jean de Witt, accusé de trahison, fut assassiné par les partisans de la maison d Orange, et le jeune Guillaume de Nassau fut proclamé stathouder. La situation des Sept-Provinces semblait désespérée; elles durent leur salut à l'énergie du chef entre les mains duquel elles venaient de remettre leurs destinées (V. au mot Guerres l'article Guerre de Hollande). A partir de ce moment, Guillaume d'Orange fut le plus constant et le plus redoutable adversaire de Louis XIV, contre lequel il organisa en l68H la ligue d'Augsbonrg. Guillaume avait épousé Marie, fille de Jacques II, roi d'Angleterre. Ce dernier ayant irrité ses sujets par ses prétentions au pouvoir absolu et son dessein de rétablir le catholicisme, les mécontents offrirent la couronne à son gendre : Guillaume d'Orange débartiua en Angleterre à la tête de 15,000 hommes (1US>), et entra h Londres sans coup férir, pendant que Jacques II s'enfuyait en France. Le stathouder des
Provinces-Unies fut alors proclamé roi d'Angleterre sous le nom de Guillaume III. La révolution de 10^8 consacra le triomphe de la monarchie constitutionnelle, c'est-à-dire le gouvernement du pays par le Parlement. En môme temps, l'Angleterre adhérait à la ligue d'Augsbourg, et la guerre do la coalition européenne contre la France commençait (V. au mot Guen'es l'article Guerre de la liyue d' Augsboiirg) . La paix de Ryswick (1G97) interrompit la lutte, qui fut reprise quelques années plus tard à l'occasion de la succession d'Espagne. Guillaume III ne vit que le début de cette nouvelle guerre : il mourut en 1702, laissant la couronne d'Angleterre à sa belle-sœur Anne Stuart. Comme il n'avait pas d'héritier, le stathoudérat fut aboli à sa mort dans les Provinces-Unies (pour être rétabli en 1747). — V. Aiigleterre et Pays- Bas.
Guillaume IV. — Histoire générale, XXVI, XXVIII, — roi d'Angleterre, de la maison de Hanovre, était le troisième fils de Georges III et le frère de Georges IV. Il monta sur le trône en 1830, à l'âge de soixante-cinq ans. Pendant les sept années de son règne, le parti whig occupa presque constamment le pouvoir. Les principaux faits à signaler durant cette période sont l'adoption du premier bill de réforme électorale, proposé par lord John Russell (1832), et l'agitation, restée d'ailleurs sans résultat, entreprise par le patriote irlandais O'Connell pour obtenir le rappel de 1 acte unissant l'Irlande à l'Angleterre. Guillaume IV, mort en 1837, a laissé la couronne à sa nièce Victoria.
GUISES. — Histoire de France, XVII-XX. — Famille princière qui prétendait descendre de Charlemagne, et qui a joué un grand rôle dans les guerres de religion du seizième siècle. La tige de la famille fut Claude de Lorraine, troisième fils du duc René de Lorraine. Claude fut créé duc de Guise par François 1" en 1528. Il eut de nombreux enfants, dont les plus connus sont François de Guise, tué au siège d'Orléans en 1563; Charles, cardinal de Lorraine; Claude, duc d'Aumale; Marie, qui épousa Jacques V, roi d'Ecosse, et fut la mère de Marie Stuart. François fut le père de Henri de Guise, dit le Balafré, chef de la Sainte- Ligue, et du cardinal Louis de Guise ou de Lorraine, assassinés tous deux à Blois (1588) ; un autre fils de François, Charles, duc de Mayenne, succéda à son frère Henri comme chef des ligueurs, et coiubaitit contre Henri de Navarre. Le fils de Claude d'Aumale, Charles d'Aumale, fut nommé gouverneur de Paris par les Seize (1589). Il fut question un moment de placer sur le trône de France le fils aîné du Balafré , le jeune Charles de Guise, qui aurait épousé la fille du roi d'Espagne Philippe H; mais les ligueurs ne purent s'entendre entre eux ni avec l'Espagne (Etats de la Ligue, 1593). La famille des ducs de Guise s'est éteinte en 1675.
GUSTAVE. — Nom de quatre souverains de la Suède, dont les trois premiers ont eu un règne marqué par des événements importants. Nous leur consacrons ci-dessous une courte notice, en complément de l'article historique général qu'on trouvera au mot Sc'tndinaves (Et its).
Gustave I" "Wasa. — Histoire générale, XXII, XXXIII. — Le roi de Danemark Christian II s'était emparé en 1520 de la Suède, que régissaient à cette époque des ahriinistr-iteui s dont le dernier fut Stenon-Sture le Jeune (tué à la bataille de Bogesund). Dès 1518, Christian s'était fait remettre six otages choisis dans les princiiiales familles suédoises. Gustave Wasa, qui était l'un d'eux, réussit à s'échapper, et se réfugia dans les montagnes de la Dalocarlie. Il y vécut un certain temps caché parmi hs mineurs ; enfin, s'élant fait connaître, il souleva les Dalécarliens contre l'oppression da-
HABITUDE
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■noise, marcha sur Stockliolm, et s'en empara après un long siège (15231. Proclamé roi par ses compatriotes, il voulut détruire la puissance du clergé, qui s'était montré favorable aux Danois : à cet effet, il encouragea la prédication de la doctrine luthérienne, et en 1527 il fit prononcer par les Eta!s généraux réunis à Westeras la séparation de l'Eglise romaine et la sécularisation des biens ecclésiastiques. Sous son gouvernement, la Suède fut prospère ; le commerce se développa et une alliance fat conclue avec la France en 1542. Après avoir fait déclarer la rojauté héréditaire dans sa famille en 1540, Gustave Wasa abdiqua en 15G0 en faveur de son fils Eric, et mourut presque aussitôt après, âgé de soixante-quatre ans. — V. Réforme.
Gustave n Adolphe. — Histoire générale, XXIII, XXXIII. — Fils de Charles IX et petit-fils de Gustave Wasa, il monta sur le trône en ICI 1, à l'âge de quinze ans. Il soutint des guerres heureuses contre le Danemark et la Russie, et était engagé depuis 1621 dans une nouvelle guerre contre son cousin le roi de Pologne Sigismond, lorsque Richelieu, qui désirait tourner les armes de Gustave-Adolphe contre l'Autriche, réussit à faire conclure une trêve entre la Pologne et la Suède (1629). La période danoise de la guerre de Trente Ans venait de finir. Gustave-Adolphe accepte de se faire, après Christian IV, le champion du protestantisme en Allemagne ; il débarque en Poméranie à ia tête d'une armée sévèrement disciplinée (1630). Richelieu, dont il sert la politique, lui envoie des subsides. Les rapides triomphes de Gustave-Adolphe et sa mort à Liitzen (1G32) sont racontés à l'article Guerre de Trente Ans. Dans sa courte carrière, ce prince montra tous les talents d'un grand capitaine, et c'est k lui que la Suède dut de devenir pendant
quelque temps une puissance de premier ordre,
II eut pour successeur sa fille Christine.
Gustave III. — Histoire générale, XXV, XXXIU, — fils et successeur d'Adolphe-Frédéric, régna de ni à 1792. A peine monté sur le tiônt. il .ressaisit par un coup d'Etat (1772) les prérogatives auxquelles la royauté avait dû renoncer à la mort de Charles XII. Il se servit de son autorité pour accomplir des réformes utiles. En 1788, il déclara la guerre à la Russie, qui s'était toujours montrée favorable aux prétentions de l'aristocratie suédoise; quoique sa flotte eût été vaincue à Hogland, Gustave voulut continuer la campagne, mais la défection de ses officiers nobles l'obligea à revenir à Stockholm, t'n nouveau coup d'Etat contre la noblesse (1789) assura alors au roi le pouvoir absolu ; il recommença la guerre contre la Russie, détruisit la flotte russe à Swenka-Sund (1790), puis conclut la paix de Varela. Gustave III se disposait à se joindre aux souverains coalisés contre la révolution française, lorsqu'il fut assassiné, dans un bal masqué, par Ankarstrœm, gentilhomme suédois, instrument des rancunes de la noblesse (1792).
Gustave rv, — Histoire générale, XXV-XXVI, XXXIU, — fils de Gustave III, lui succéda en 1792 à l'âge de quatorze ans. C'était un prince faible d'esprit, qui se rendit bientôt impopulaire. Il contracta en 1804 une alliance avec l'Angleterre contre la France : le résultat de cette politique fut la perte de la Finlande, dont la Russie, alliée de Napoléon, s'empara en 1808. L'année suivante, une révolution éclata contre Gustave : il fut contraint d'abdiquer. Son oncle, le duc de Sudermanie, lui succéda sous le nom de Charles XIII, et, n'ayant pas d'enfants, adopta comme héritier le général Bernadotte.
GYMWVSTIQL'E. — V. le même mot dans la P* partie.
HABITATIONS (Hygiène). — V. Maisons.
HABITUDE. — Psychologie, XVI. — On peut définir l'habitude une disposition on mojiière d'être, en vertu de laquelle une sensation longtemps prolongée ou fréquemment répétée finit par devenir inconsciente, et une action d'abord accomplie avec effort devient, par la répétition, d'une exécution progressivement plus facile, plus précise et plus rapide. L'habitude se manifeste ainsi par deux effets opposés en apparence; elle atténue jusqu'à l'éteindre la pure sensation ; elle développe et exalte l'activité. De là la distinction universellement reconnue entre les habitudes passives et les habitudes actives.
Si vous demeurez plusieurs semaines ou plusieurs mois de suite dans le voisinage d'une chute d'eau, vous arriverez à ne plus en percevoir le bruit : voilà l'habitude passive. Dans l'apprentissage d'un instrument de musique, du piano par exemple, le mouvement des doigts, pénible et lent à l'origine, acquiert à la longue une agilité, une sûreté parfois merveilleuse, et s'exécute sans effort et presque sans réflexion : voilà l'habitude active. On remarquera que le même sens est susceptible d'habitudes passives et actives, selon que l'activité volontaire et réfléchie intervient ou n'intervient pas au début. Au milieu d'une grande ville, l'oreille du musicien peut n'entendre qu'à peine le roulement des voitures ; dans un orchestre, elle saura distinguer les parties de chaque instrument, et saisira
entre les sons des nuances dont la délicatesse échapperait à tout autre.
L'action de l'habitude s'exerce sur toute la nature vivante ; elle n'a pas de place dans le règne inorganique. Vous auriez beau, observe Aristote, lancer dix mille fois une pierre en l'air, elle retombera toujours sur le sol. Mais c'est par habitude que le jeune arbre, courbé d'une certaine manière par la main de l'homme, suit dans sa croissance une direction différente de celle qu'il aurait prise naturellement. La culture n'est dans bien des cas qu'une habitude imprimée aux végétaux et transmise par hérédité. On sait l'influence de l'habitude sur les animaux : elle se manifeste surtout par l'éducation et par la domestication. Cette influence est telle qu'on a prétendu expliquer par l'habitude non-seulement tous les instincts, mais encore la formation et le développement des organes (hypothèse de Lamarck et de Ch. Darwin) : théorie e.xcessive sans doute, et qui prête à de graves objections, mais qui renferme pourtant une part de vérité.
Le corps humain, comme tout organisme, peut contracter des habitudes, et l'on ne saurait trop insister sur l'importance de ce fait au point de vue de l'hygiène. C'e»t ainsi que certains poisons pris pendant longtemps à doses régulièrement et insensiblement croissantes, peuvent être absorbés, sans oéril. en quantités souvent considérable! Mais ce n'est pas tonj urs le cas, et il peiit arriver
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que l'absorption lente d'un poison produise des désordres qui, d'abord inaperçus, finissent par être mortels. C'est ce qui fait le danger de l'usage abusif des liqueurs fortes : l'alcool devient pour l'organisme un besoin toujours plus impérieux, et il n'est pas rare que l'alcoolisé meure, victime d'une habitude plus puissante que sa volonté^ mais dont il eût triomphé facilement au début.
Toutes les facultés de l'âme se développent par l'habitude, qui se trouve être par là l'instrument le plus puissant de l'éducation, d'autant plus que les habitudes contractées dans l'enfance sont à la fois les plus fortes et les plus durables. Nous avons observé déjh, en signalant la différence entre les habitudes passives et les habitudes actives, le rôle de l'activité volontaire dans l'exercice des sens. Il en est trois surtout, l'ouïe, la vue et le tact, qui, impliquant à un degré plus élevé que les deux autres l'intervention de la volonté, sont capables de perfectionnements presque indéfinis. Nombre de perceptions sont en nous le résultat de l'iiabitude : c'est elle qui nous permet d';ipprécier à l'œil la distance relative des objets, qui primitivement apparaissent tous sur un môme plan, très voisin de l'organe (expérience de l'aveugle-né opéré de la cataracte parle chirurgien anglais Cheselden). C'est elle qui, substituant en quelque sorte un sens à un autre, remplace pour l'aveugle la vue par le tact, et lui met véritablement des yeux au bout des doigts.
La mémoire n'est pas moins tributaire de l'habiîude. On sait quels prodiges elle peut parfois accomplir quand elle est convenablement exercée. Mais ici encore, l'effet produit est en raison du développement de l'activité. L'enfant ne retiendra pas une leçon qu'on lira devant lui, même un j grand nombre de fois, parce que dans ce cas il est passif plutôt qu'actif; qu'il la lise lui-même des j'eux, son attention est déjà plus excitée, les mots, puis les plirases se fixeront mieux dans l'esprit; mieux encore s'il lit à haute voix ou transcrit le morceau qu'il s'agit d'apprendre.
Nous ne pouvons, dans un court article, montrer le rôle de l'habitude à l'égard de chacune des facultés en particulier. Il est d'expérience qu'elle rend plus sûres et plus rapides les différentes opérations intellectuelles : jugement, raisonnement, abstraction, généralisation. Le mathématicien parcourt pour ainsi dire d'un coup d'oeil l'enchaînement déductif que forme une démonstration ; il aperçoit des conséquences, souvent fort éloignées du point de départ, sans être obligé de passer lentement par la série di s intermédiaires. L'imagination créatrice elle-même, qui semble, par nature, affranchie de toute discipline, a besoin de l'habitude. Elle plie l'artiste au joug salutaire des règles, sans porter atteinte à son originalité: un travail régulier, opiniâtre, s'il ne tient pas lieu du génie, permet seul à celui-ci de porter tous ses fruits. I.es plus grands poètes sont ceux qui se sont rendus maîtres de l'inspiration. Virgile faisait tous les matins un petit nombre de vers qu'il corrigeait et perfectionnait dans la journée.
La bonne ou mauvaise conduite de l'homme, par suite son bonheur ou son malheur, dépendent à peu près exclusivement de l'Iiabitude. Le vice et la vertu sont des dispositions habituelles, car, selon le mot d'Aristote, une bonne action ne fait pas la vertu, pas plus qu'une hirondelle ne fait le printemps. Si la volonté est la mère de l'habitude, il est vrai aussi que l'habitude développe et fortifie la volonté. On peut s'exercer à vouloir, et c'est là, en quelque sorte, toute la moralité. Il est bien rare en effet que l'iiomme accomplisse le mal par une volonté expresse et formelle; la plupart du temps c'est par faiblesse et entraînement. De là la nécessité de créer en soi par l'habitude une volonté énergique. On y parvient en exerçant une surveil-
lance scrupuleuse et constante, non seulement sur ses actes, mais sur ses pensées ; en s'interdisanc toute infraction, si légère qu'elle soit, à la stricte loi de l'honnêteté, en réprimant dès leurs premières manifestations les instincts mauvais, en combattant, aus>itôt qu'elles ont une tendance à se former, les habitudes vicieuses, en s'abstenant même parfois de jouissances permises, pour maintenir la volonté dans un état de tension et d'effort. .Mais l'effort devient à la longue moins pénible et moins nécessaire, et la perfection morale, idéal inaccessible, mais dont on peut s'approcher de plus en plus, c'est l'habitude du bien devenue une seconde nature, et comme conséquence, l'heureuse impossibilité de faire le mal.
Souvent une habitude vicieuse est tellement invétérée qu'on ait peu d'espoir d'en triompher en l'attaquant de front. Dans ce cas, on devra chercher à l'affaiblir lentement, soit en lui refusant des satisfactions trop fréquentes, soit en faisant naître d'autres habitudes qui la contrarient. C'est ainsi qu'un travail régulier est le meilleur remède contre l'intempérance.
De même que les vices sont de mauvaises habitudes de la volonté, de même les préjugés et les superstitions sont de mauvaises habitudes de l'esprit. Ce sont des associations d'idées qui n'expriment aucun rapport véritable entre les choses, et qui, une fois formées, soit par une tradition igTiorante, soit par de simples analogies fortuites, ont une tendance à se reproduire et deviennent à la longue à peu près indissolubles. On les comlat également par un bon et énergique usage de la volonté. Tout homme n'est pas capable de découvrir par lui-même la vérité ; mais chacun, même le plus humble, peut refu-er son assentiment à ce qui ne lui apparaît pas avec le caractère de l'évidence. .\ussi a-t-on pu soutenir sans trop fie paradoxe que l'erreur est toujours plus ou moins volontaire.
Nous n'avons pas à insister ici sur l'importance de l'habitude au point de vue pédagogique. Faire contracter à l'enfant de bonnes habitudes, dans l'ordre intellectuel comme dans l'ordre moral, voilà toute l'éducation. ^V. Habitude, dans la 1" partie).
L'habitude a été l'objet de nombreux et importants travaux philosophiques. Nous citerons parmi les plus remarquables : un mémoire de Maine de Biran, couronné par l'Institut ; la thèse sur l'Habitude de M. Félix Ravaisson (Paris, 1838), et le petit livre de -M. Albert Lemoine, V Habitude et l'instinct (Paris, 1875, in-lS"}. [L. Carrau.l
H.\BSBOUr.G. — Histoire générale, XIX-XXVII. — Cette famille a fourni un grand nombre d'empereurs à l'Allemagne, du xm' siècle au xix', et elle règne encore aujourd'hui sur la monarchie austrohongroise. Nous donnons ci-dessous la liste des souverains appartenant à cette dynastie, en consacrant une courte notice à ceux d'entre eux qui n'ont pas un article spécial dans ce Dictionnaire.
Rodolphe I" de Habsbourg (r273-li91j, le fondateur de la dynastie, appartenait à une famille noble dArgovie, on Suisse; grâce à son habileté, il avait réussi à se faire accepter comme protecteur ou avoué par la plupart des petites communautés de l'Helvétie allemande. Son élection comme empereur (1273) mit fin au grand interrègne qui durait depuis la mort de Frédéric II de Hohenstaufen. Il renonça solennellement à toutes les prétentions des empereurs sur l'Italie, et s'occupa uniquement à consolider son autorité en Allemagne. Ayant vaincu en 1278 le roi de Bohème Ottocar qui refusait de le reconnaître, il l'obligea à lui céder l'Autriche, la Carniole et la Styrie, et fit de ces pays une principauté héréditaire qu'il donna à son fils Albert: telle fut l'origine de la maison d'.\utriche. Rodolphe contraignitles seigneurs à s'engager par
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serment à observer la paix publique [Lcavlfrieden), et déploya beaucoup d'énergie contre ceux qui la violaient; il détruisit un grand nombre de châteaux habités par des barons turbulents et pillards, et se fit ainsi aimsr du peuple auquel il assurait quelque sécurité.
Albert I" d"Autriche(1298-1308),filsdeRodolphe de Habsbourg, ne put, à la mort de son père, obtenir la couronne impériale ; les électeurs, redoutant la puissance naissante de sa maison, portèrent leur choix sur Adolphe de Nassau. Toutefois celuici ayant été vaincu et tué par Albert à la bataille de Gelheim (l>'98), le vainqueur, cette fois, se fit reconnaître comme empereur. Il employa les dix ai'.nées de son règne à agrandir les domaines de sa famille, et chercha entre autres à transformer en sujets de la maison d'Autriche les hommes libres des cantons d'Uri, dt; Schwytz et d'Unlerwald, ou des AYaldstœtten, en Helvétie (V. Suisse) . Mais les baillis qui tyrannisaient les montagnards helvétiens furent chassés (1308), et Albert ayant voulu marcher en personne contre les habitants des Waldstœtten, fut assassiné par son neveu Jean de Souabe au passage de la Reuss. Après lui, la maison d'Autriche se vit éloignée du trône impérial pendant plus d'un siècle, de 13o8 à 1438.
Albert II (143S-1439), d'abord duc d'Autriche, puis roi de Bohême à la mort de l'empereur Sigismond (1437), dont il avait épousé la fi'lle, dtvint roi de Hongrie et empereur d'Allemagne l'année suivante. La couronne impériale, rentrée ainsi dans lu maison d'Autriche, ne devait plus en sortir. Le règne d'Albert fut d'ailleurs insignifiant, et ne dura qu'une année.
Frédéric III (1440-1493^, cousin éloigné d'Albert H, lui succéda comme empereur. — V. Frédéric l\\.
MaximiUen I" (1493-1519), fils de Frédéric III, épousa Marie de Bourgogne, fille de Charles le Téméraire, qui lui apporta en dot les Pays-Bas et la Franche-Comté. Son fils Philippe-le-Beau, archiduc d'Autriche et souverain des Pays-Bas, épousa Jeanne la Folle, fille de Ferdinand V le Catholi(iue et d'Isabelle. Ce fut ce double mariage qui porta si haut la puissance de la maison d'Autriche, et permit à Charles-Quint, petit-fils de Maximilien, de réunir les couronnes d'Espagne et d'Allemagne.
Le règne de Maximilien se passa presque tout entier en tentatives inutiles pour restaurer l'autorité impériale en Italie. Il fit la guerre aux rois de France Charles VIII, Louis XII et François P"", sans résultats sérieux ; à ses nombreuses campagnes au-delà des Alpes il ne gagna que le surnom de « Maximilien sans argent, » que lui donnèrent les Italiens. Ses efforts pour donner plus d'unité à l'Allemagne ont plus d'importance que ses guerres extérieures. Il fit instituer par la dièie (l4!)5) une Chambre impériale, tribunal nommé par l'empereur et chargé de punir les violateurs de la paix publique. L'empire fut divisé en dix cercles, à la tête de chacun desquels fut placé un directeur. Celui-ci disposait d'une force militaire spéciale, 4es lansquenets, sorte de gendarmerie chargée de maintenir l'ordre et de faire exécuter les décisions <le la diète et de la Chambre impériale.
Charles V ou Charles-Quint (1520-1559), petitfils de Maximilien 1"^, lui succéda comme empereur. — V. Charles-Quint.
Ferdinand I" (1556-1504), frère de Charles-Quint «t son succi^sseur à la couronne impériale. -^ V. Ferdinand l".
Maximilien 11(1504-1576), fils de Ferdinand I", auquel il succéda, eut un règne paisible, sauf une courte guerre contre les sultans turcs Soliman II et Sélim III II s'appliqua à entretenir la bonne harmonie entre les protestants et les catholitiues, en faisant exécuter loyalement le traité d'Augsbourg qui avait proclamé la liberté de conscience. Grâce
à son gouvernement tolérant et sage, l'Allemagne jouit de la tranquillité intérieure, au moment même où les guerres de religion déchiraient la France.
Rodolphe II (Iô76-l6l2), fils aîné et successeur de Maximilien II, n'imita pas la sage politique de son père. Occupé d'alchimie et d'astronomie, il laissa les partis religieux recommencer leurs querelles. Les protestants, se voyant menacés, organisèrent ï Union évangéiique (1608), et les catholiques, de leur côté, formèrent l'année suivante la Ligue catholique; la Bohême exigea et obtint la garantie de ses libertés religieuses par les Lettres de m ijesté (1G09;. Rodolphe eut à soutenir diverses guerres contre les Turcs et les Hongrois de Transylvanie. Incapable de gouverner, il abandonna peu à peu l'autorité sur ses états héréditaires, Hongrie, Autriche, Bohême, à son frère Mathias, qui devait lui succéder comme empereur.
Mathias (1612-1619), frère et successeur du précédent, termina la guerre de l'empire contre les Turcs (1015). N'ayant pas d'enfant, il adopta son cousin Ferdinand de Styrie, qu'il fit couronner roi de Hongrie et de Bohème. Ce dernier eut en 1618, avec ses sujets protestants de Bohême, une querelle qui fit éclater la guerre de Trente Ans. Mathias mourut la seconde année de cette guerre.
Ferdinand II, de la branche de Styrie (1619-1637), successeur de Mathias. — V. Ferdinand IL
Ferdinand III (1637-1657), fils et successeur du précédent. — V. Ferdinand lll.
Léopoldl" (1658-1705), fils et successeur du précédent, eut à soutenir contre Louis XIV les guerres dites de Hollande, de la ligue d'Augsbourg et de la succession d'Espagne (V.aux mots Guerres et Louis XIV). Il eut en outre à repousser deux fois une invasion des Turcs. La première fois, les envahisseurs furent vaincus à la bataille de Saint- Gothard en Hongrie (166i), par MontecucuUi ; Louis XIV avait envoyé à cette occasion à Léopold un secours de 6000 hommes. La seconde fois, les Hongrois révoltés s'étaient joints aux Turcs, et Vienne fut assiégée par Kara-Moustapha. Le roi de Pologne Jean Sobieski sauva la capitale de l'Autriche (10S3), et après plusieurs campagnes sur le Danube, dans lesquelles se signala en particulier le prince Eugène de Savoie, les Turcs durent signer la paix de Carlowitz (1694), qui mit fin à leurs prétentions sur la Hongrie et la Transylvanie. Léopold I" mourut en 1705, laissant deux fils qui px^rlcrent l'un après l'autre la couronne impériale.
Joseph I" (1705-1711), fils aîné de Léopold I" et son sui cesseur. — V. Joseph l".
Charles VI (17 11-1740), second fils de Léopold l>^r, et successeur de Joseph I'^ Avec lui s'éteint la descendance directe des Habsbourg. — V. Charles VI.
Mai'ie-Thêrèse, fille de Charles VI, épousa le duc François de Lorraine, devenu empereur en 1745 sous le nom de François l". Elle fut la mère de Joseph II, de Léopold II, et de Marie-Antoinette. — V. Marie-Tliérèsiu
François I" de Lorraine-Autriche (1745-1765), d'abord duc de Lorraine, puis duc de Toscane (V. Guerre de la succcs.-^'on de Po/ogne), épousa en 1736 Marie-Thérèse, héritière de la monarchie autrichienne. Après la mort du prétendant Charles VII de Bavière, en 1745 (V. Guerre de la succession d'Autriche), François de Lorraine reçut la couronne impériale, qu'il porta durant vingt ans ; mais il ne joua jamais qu'un rôle effacé, et laissa l'autorité à Marie-Thérèse.
Joseph II (1705-1790), fils aîné de François I" et son successeur. — V. Joseph II.
Léopold II (1790-179J), second fils de François I", succéda à son père en 1765, comme grand-duc de Toscane, et à son frère Joseph II, en l79o, comme empereur. Il fit la paix avec la Turquie (V. Joseph 11), réprima l'insurrection des Pays-Bas, et