HANOVRE
HELMINTHES
conclut avec le roi de Prusse Frédéric-Guillaume II la convention de Pillnitz (17 août 1791j, par laquelle ces deux souverains s'engageaient, sur la demande de Louis XVI et de Marie-Antoinette (celle-ci était la sœur de Léopold), à rétablir en France l'autorité royale telle qu'elle existait avant la convocation des Etats-Généraux de 1789. Mais Léopold II mourut avant d'avoir pu réaliser ses projets contre la Révolution française, et ce fut son fils et successeur François II qui tenta de les mettre à exécution.
François II (François l" comme empereur d'Autriche ; 1792-1835) dernier empereur d'Allemagne et premier empereur d'Autriche, fils et successeur de Léopold II. — V. François H.
Ferdinand 1" (1835-1848), fils et successeur de François I" comme empereur d'Autriche. — V. Ferdiimndl",
HANOVUE (Maison de). — Histoire générale, XXV, XXVI, XXVII. — Famille princière qui règne en Angleterre depuis 1714, et qui lui a donné six souverains : Georges I" (1714-1727), Georges II (1727-1760), Georges III (1760-1820), Georges IV (1820-1S30), Guillaume IV (1830-1837), et Victoria. Depuis l'établissement du gouvernement parlementaire, l'autorité du monarque n'étant plus que nominale, la personnalité du souverain régnant n a plus exercé sur les destinées de l'Angleterre qu'une bien minime influence. Aussi croyonsnous inutile de faire pour la maison de Hanovre ce que nous avons fait pour les autres dynasties anglaises, Plantagenets *, Tudors * et Stuarts *, et nous bornons-nous à renvoyer à l'article général Angleterre et aux articles spéciaux, Guerre de la succession d'Autriche, Guen^e de Sept aiis, Guerre d'Amihique, etc.
HElîRi:ux. — V. Israélites.
HELMINTHES. — Zoologie, XXVII. — (Etym. : du grec li'dmins, ver). — La classe des Helminthes, appartenant au sous-embranchement dos Vers, subdivision de l'embranchement des Annelés, est composée de vers de formes diverses et dont le plus grand nombre vivent en parasites au moins pendant une partie de leur existence. Cette classe peut se diviser en trois ordres principaux : les Trématodes ou vers plats, les Cestoïdes ou vers rubanés, et les Némaioïdes ou vers cylindriques.
Trématodes. — Les Trématodes sont des vers parasites, eu général plats, rarement cylindriques, munis dune ou de plusieurs ventouses. Ils sont, sauf quelques exceptions, hermaphrodites et ovipares. Les jeunes passent le plus souvent par une scrie de métamorphoses. Les cen-aires, que l'on a longtemps considérés comme des animaux distincts, sont des larves de trématodes distoines, qui, après avoir pénétré dans les tissus d'un être animé, mollusque, larve d'insecte ou poisson, où elles s'enkystent, prennent leur forme détinitive dans l'estomac de l'animal qui avalera leur premier hôte.
On divise les Trématodes en Distomes, ayant au plus deux ventouses (ventouses orale et ventrale), et Polystomes, ayant plus de deux ventouses.
C'est dans le groupe des Distomes que se rencontre dans nos climats l'espèce la plus dangereuse pour les animaux domestiques, la Fasciola hepaticn ondouve du foie, qui peut atteindre quatre centimètres de longueur, deux de largeur et deux millimètres d'épaisseur. Elle vit dans les canaux hépatiques des animaux herbivores, surtout des moutons, chez qui elle occasionne, lorsqu'elle s'y rencontre en grand nombre, une maladie mortelle connue sous les noms de clavée, de pourriture, de cachexie aqueuse, etc.
C'est surtout dans les pâturages humides que les moutons gagnent cette terrible maladie, régnant souvent d'une façon endémique et dévastant des
troupeaux entiers. On ne connaît pas encore les différentes formes larvaires de ce distome ; il est probable cependant que ses larves ou cercaires vivent enkystées dans de petites limaces, que les moutons avalent en broutant l'herbe.
Une seconde espèce, le Distomum laiiceolatum, moins dangereuse, et d'une taille plus faible (un centimètre de long sur un demi-centimètre de large), accompagne presque toujours la Fasciola hepatica dans les canaux biliaires des moutons.
Ces distomes ont été rencontrés accidentellement chez l'homme et en particulier chez des bergers.
Un troisième distome est très fréquent chez l'homme en Abyssinie et produit parfois la mort.
La plupart des autres distomes vivent dans le tube digestif des oiseaux aquatiques, des poissons, des grenouilles.
Les Polystomes vivent presque tous h l'état de parasite externe sur les branchies et la peau des poissons ; le polystome des grenouilles se développe dans la cavité viscérale des têtards.
Cestoïdes. — Les Cestoïdes sont des vers plats, rubanés, dont la longueur peut devenir parfois considérable. Ils sont tous parasites, chaque espèce étant plus spécialement propre à un animal déterminé. Dans un cestoîdc, on peut distinguer le scolex, appelé improprement la tête, et les profjiottis ou anneaux. Le scolex, en général octaédrique, est muni de ventouses servant de moyen de fixation, et souvent aussi d'une ou de deux couronnes de crochets. Le scolex est suivi d'une partie amincie, le cou. Le passage du cou à la chaîne des proglottis se fait insensiblement; les premiers proglottis, à peine distincts, étant suivis d'autres de plus en plus nettement différenciés. Ces proglottis, d'autant plus développés qu'ils sont plus éloignés du scolex, peuvent être considérés comme des animaux distincts, hermaphrodites, analogues à des distomes, et leur ensemble comme une sorte de colonie.
Dans ces vers, on ne trouve aucune trace d'appareil digestif. Il n'y a donc ni bouche ni anus. Les sucs digestifs de l'intestin de l'hôte qu'ils habitent passent par endosmose à travers les parois de leur corps.
Les anneaux mûrs, remplis d'œufs, se détachent en général, au moins dans le groupe des taenias, et sont ensuite rejetés au dehors.
Les migrations et les métamorphoses par lesquelles passent les embryons des cestoïdes sont très utiles à connaître au point de vue de l'hygiène de l'homme et des animaux domestiques.
Considérons d'abord les taenias. Dans ce groupe, nous trouvons des tasnias armés, c'est-à-dire munis d'une couronne de crochets, et des tœnias inermes, sans couronne de crochets. Tous ont uu scolex pourvu de quatre ventouses. Parmi les tœnias armés, le Tsenia soiium, appelé aussi improprement ver solitaire, est un parasite de l'homme. Ses œufs sont avalés par les porcs avec les excréments dans lesquels ils se trouvent. Dans l'estomac de ces animaux, la coque de l'œuf est dissoute, et l'embryon, armé de six crochets, est mis en liberté. Grâce à leurs crochets, les embryons traversent les parois de l'estomac et du tube digestif, arrivent dans les vaisseaux sanguins, et sont entraînés avec le sang dans les différentes parties du corps de l'animal. Une fois fixés, ils perdent leurs crochets, se transforment en hydatides ou cysticerques, et le porc est devenu ladre.
Ces cysticerques du porc ladre ont la forme d'une petite vésicule ovale blanchâtre, munie, sur un de ses côtés, d'une petite ouverture par laquelle peut sortir, en se déroulant comme un doigt de gant, un petit appendice qui représente exactement une tête de Tœnia soiium avec ses quatre
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ventouses et armée de ses deux couronnes de crochets. Le développement ne va pas au delà. Si maintenant le cystiecrque est avalé par un homme, les sucs de l'estomac digèrent les enveloppes et la tète du tœnia est mise en liberté ; elle pénètre dans l'intestin et s'y fixe au moyen de ses ventouses et de .-.es crochets. Elle commence alors à bourgeonner et à produire la série des progloitis, dont les premiers produits arrivent à maturité environ trois mois après l'ingestion du cysticerque. Ce bourgeonnement du scolex est continu; aussi un malade atteint du ver solitaire ne peut être certain d'en être débarrassé que lorsqu'il a rendu la tête.
Pour éviter le Tsnia solium, il ne faut manger de la viande do porc que lorsqu'elle est bien cuite.
Les chiens sont aussi atteints de plusieurs espèces de taenias armés, parmi lesquels le Tœnia cœnurus est surtout fréquent chez les chiens de berger. Ce taenia est souvent la cause de maladies mortelles chez les moutons. En effet, les œufs rendus avec les excréments du chien peuvent être avalés par les moutons. Ces œufs mettent alors en liberté des embryons à six crochets, qui traversent les parois de l'estomac et sont entraînés par le courant sanguin jusque dans le cerveau du mouton. Là ils se transforment en une vésicule pouvant atteindre la grosseur du poing. Sur les parois de celle-ci bourgeonnent un grand nombre de vésicules plus petites renfermant une tète de taenia, et comparables au cysticerque ladrique du porc. La différence qui existe entre le développement du Tœnin sidium et celui du Téenin cœnurus, c'est que l'embryon du premier ne peut donner naissance qu'à ua seul tœnia, celui du second pouvant au contraire en produire un très grand nombre.
Cette vésicule ou cœnure du mouton, logée entre le cerveau et les os du crâne, comprime cet organe et occasionne la maladie toujours mortelle connue sous le nom de toiirnU. Le chien à son tour, en mangeant le cerveau du mouton abattu, s'infeste du tœnia, et le même cycle recommence. Il est donc nécessaire d'enterrer profondément, avec de la chaux, si c'est possible, la tète du moutp." mort du tournis, de surveiller le chien qui garde le troupeau, et de le débarrasser le plus rapidemeut possible du tasnia si on le remarque chez lui.
Un autre taenia du chien, le Tsnia echinococcus, peut devenir dangereux non seulement pour les animaux domestiques, mais môme pour l'jiomme. Ce tœnia est très petit, et n'a jamais plus de deux à trois proglottis, le dernier étant seul entièrement développé. Les œufs de ce tœnia produisent dans les poumons et le foie de l'homme et des animaux ..erbivores des vésicules (échinoques) pouvant bourgeonner de nouvelles vésicules dont l'ensemble peut atteindre le volume d'une tête d'homme. Sur les parois de ces vésicules bourgeonnent des tètes de tœnia en nombre immense.
C'est surtout en Islande que l'homme est atteint de ces échinoques, qui déterminent une maladie souvent mortelle.
Outre le tœnia arme, on rencontré aussi chez riiomme un tœnia inerme. et qui provient de cysticerques avalés en mangeant de la viande de bœuf crue ou peu cuite. Ce tœnia est le Tœnia niediocanellata, qui offre de grandes analogies avec le T se nia solium, avec lequel il est souvent confondu.
Enfin l'homme peut encore être infesté par un autre cestoïde, le Bothriocéphale large.
Ce bothriocéphale, le plus grand des cestoïdes, a un scolex allongé, lancéolé, sans ventouses, et présentant de chaque côté deux fentes longitudinales appelées bothriodies. Ces fentes remplacent les ventouses. Chez le bothriocéphale, les œufs peu-
vent sortir de l'anneau par un orifice particulier et tomber directement dans le tube digestif, d'où ils sont ensuite expulsés. Là, les anneaux n'ont donc pas besoin de se détacher de la colonie pour que les œufs puissent être mis en liberté, aussi le bothriocéphale de l'homme peut-il atteindre une longueur de 15 à 20 mètres. Les observations sur les phases du développement de ce cestoïde manquent encore; il est probable cependant que l'embryon s'enkyste dans des poissons et que par ces derniers il arrive chez l'homme.
Dans les poissons d'eau douce et en particulier chez les tanches, on trouve une espèce de cestoïdes appelés ligules. Ces vers peuvent occasionner parfois une véritable épidémie parmi les poissons.
D'autres espèces se développent dans les raies et les squales, d'autres encore dans les serpents, etc.
Nématoïdes. — Les Nématoîdes, ou vers ronds, ont un corps cylindrique, souvent très allongé et même filiforme. Ils comprennent beaucoup d'espèces non parasites. Ils se différencient des deux ordres précédents par leur tube digestif qui est pourvu d'une bouche et d'un anus.
Les Nématoîdes ont les sexes séparés. Les mâles se distinguent par une taille souvent beaucoup plus petite que celle des femelles, et par leur extrémité caudale en général recourbée et munie parfois d'un ou de deux spicules.
Ces vers sont les uns ovipares, les autres vivipares. Leur développement n'est pas accompagné de métamorphoses, mais chez un grand nombre d'espèces il y a des migrations.
Citons les espèces qu'il est le plus important de connaître :
L'Oxyure veryniculaire est ce petit ver blanc qui se rencontre souvent en nombre considérable dans le rectum des enfants. Ses œufs arrivent directement dans l'estomac humain avec les aliments ; là les embryons sont mis en liberté et se développent complètement dans le tube digestif. 11 en est de même du développement des Trichocéphales, qui vivent dans le cœcum de l'homme.
\j' Ascaris lumbricoid es est ce grand ver d'un blanc rosé que l'on rencontre dans les intestins de l'homme et du porc ; ses œufs se développent dans l'eau ou la terre humide ; l'embryon en sort muni d'une dent, et s'enkyste probablement dans un hôte particulier avant d'arriver chez l'homme.
La Trichine, bien connue par les nombreux accidents qu'elle a causés, surtout en Allemagne, est vivipare; elle pond ses petits dans l'intestin môme de l'hôte dans lequel elle se trouve. Ceux-ci traversent le tube digestif et vont s'enkyster dans les muscles. Ils peuvent attendre ainsi plusieurs années que la chair de leur hôte soit introduite dans le tube digestif d'un nouvel animal à sang chaud. Là les enveloppes du kyste sont dissoutes sous l'action du suc gastrique, et les jeunes trichines mises en liberté sont transformées au bout de quatre à cinq jours en trichines sexuées ; celles-ci produisent une nouvelle génération qui émigré dans les muscles de l'hôte.
L'homme s'infeste de trichine en mangeant delà viande d'un porc qui lui-même s'est infesté en mangeant des rats. La plupart des mammifères peuvent être infestés de trichine ; les oiseaux seuls en sont exempts.
La maladie due à ce parasite, d'une taille cependant excessivement petite, est souvent mortelle, et toujours très douloureuse.
Dans certaines contrées chaudes, il existe des nématoïdes qui arrivent dans le corps de l'homme par l'eau servant de boisson. Quelques-uns sont très dangereux, par exemple la Pilaire de Médine, qui s'enkyste dans les muscles sous-cutanés et y occasionne des tumeurs, et le Dochmius duodenalis, commun en Egypte, espèce armée d'une forte
HENRI
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bouche à rebord corné et denté, qui blesse les parois de l'intestin, suce le sang d^s vaisseaux intestinaux et occasionne de graves maladies.
Le Strongle géant, qui peut atteindre une longueur d'un mètre et une largeur de plus d'un centimètre, habite le rein du chien, du porc. On l'a trouvé quelquefois chez l'homme.
A côté de ces nématoîdes qui attaquent l'homme ou les animaux domestiques, et dont les mâles et les femelles sont toujours séparés, on rencontre dans les oiseaux de basse-cour une espèce, le Sy?igamus trachealis, dont le mâle est toujours fixé sur ie corps de la femelle. Ces vers se développent et se multiplient dans la trachée des oiseaux, et occasionnent de grandes pertes surtout dans les faisanderies.
Tous les genres de nématoîdes dont nous venons de parler vivent au moins durant une partie de leur existence à l'état de parasites. Mais il y en a d'autres qui vivent toujours hbres. Ces nématoîdes libres sont surtout abondants dans la mer ; il en est quelques-uns cependant qui vivent dans les eaux douces et dans la terre humide. Parmi ces derniers se trouvent les anguillules, animaux presque microscopiques. Quelques espèces d'anguillules se développent dans les liquides en putréfaction, comme Vanguillide du vinaigt-e; d'autres vivent aux dépens des végétaux Ainsi la maladie du blé connue sous le nom de ?iielle est due à des anguillules. Ces vers pénètrent dans la jeune plante, arrivent dans l'épi, s'j' développent et de\àennent adultes. Ils pondent alors des œufs donnant naissance à des embryons, qui finissent par former le seul contenu du grain. Ces anguillules jouissent de 1? propriété de revenir à la vie après avoir été desséchées.
On voit quel étrange sujet d'étude et de méaitation nous est offert par ces animaux dégradés inclus à l'intérieur des tissus ^1vants, incapables d'accomplir seuls toutes les phases de leur évolution. Les uns ont des périodes de vie libre et de vie parasitaire; d'autres, bien plus singuliers encore, passent d'un animal à un autre, réalisant l'idée des métempsycoses ; on a longtemps ignoré que le même individu subsistait sous ces formes si distinctes et qu'on attribuait à des espèces très éloignées. Ce sont surtout les conséquences hj-giéniques qui doivent nous frapper : le danger des cohabitations avec certains animaux, comme les chiens, le soin qu'on doit avoir d'empêcher nos animaux domestiques de se repaître d'entrailles farcies de cysticerques, la nécessité pour Ihomme de s'abstenir des viandes et du sang crus ou peu cuits, de peur de rencontrer des animaux ladres ou trichines, surtout pour le porc. Les instituteurs rendront les plus grands services en propageant la connaissance de ces faits, si généralement ignorés. [L. Poirier.]
HE>RI. — Nous consacrons ci-dessous à un certain nombre de souverains de ce nom, dont le règne a tme importance historique, des articles spéciaux.
1° Allemagne.
Henri I«- l'Oiseleur, — Histoire générale, XVIII. — fondateur de la maison de Saxe, fut élu mi de Germanie à la mort de Conrad I" de Franconie (91^1). Il était à la chasse lorsqu'on vint lui annoncer son élection, d'où le surnom qui lui fut donné. Il conquit la Lorraine, força le roi de Bohême à reconnaître sa suzeraineté, défit à Mersebourg (934) les Hongrois qui auparavant ravageaient périodiquement 1 Allemagne, et garantit les frontières en créant les margraviats de Misnie, d Autriche, de Styrie, de Brandebourg, de bchies%vig. Par 1 institution des buri/s, lieux fortih^ ou il obligea une partie de la population rurale a ûxer sa résidence, et dont les habitants reçurent
!e droit de se gouverner en choisissant leur bourguiestre. il contribua au développement du système municipal en Allemagne (V. Communes). Il mourut en 9:i(;, laissant pour lui succéder son fils Ottion I" le Grand, qui à la royauté devait joindre la couronne impériale.
Henri II le Saint. — Histoire générale, XVIII, — cousin d'Othon III, auquel il succéda en 1002, fit le dernier empereur de la maison de Saxe. Il eut à disputer la possession de l'Italie à un rival, Arduin, marquis d'Ivrée, qu'il défit. Il fut le premier des souverains allemands qui prit le titre de roi des Romai7i<^. L'Eglise a placé Henri II au rang des saints à cause de sa piété. 11 mourut en
Henri ni, — Histoire générale , XVIII, — second empereur de la maison de Franconie, régna de 1039 à 1056. « Il fut, de tous les Césars allemands, celui qui fit le meux respecter l'autorité impériale des deux côtés des Alpes. » (Duruy). L'élection des papes dépendait alors du bon plai- ■^ir de l'empereur : Henri plaça successivement sur !e trône pontifical trois prélats allemands. Il eut à combattre les Bohémiens et les Hongrois qu'il vainquit ; mais il ne put empêcher les Normands de s'établir dans l'Italie méridionale.
Henri IV, — Histoire générale, XIX, — fils de Henri III, lui succéda à l'âge de six ans seulement. Il devait avoir des destinées bien différentes de celles de son père. La papauté, sous l'inspiration de moine Hildebrand, profita de la minorité du jeune roi de Germanie pour s'affranchir de la tutelle où l'avaient tenue jusqu'alors les empereurs; et Hildebrand. élu pape en lo73 sous le nom de Grégoire VII, émit la prétention d'élever le pouvoir du souverain pontife au-dessus de celui des princes temporels. Lorsque Henri IV , devenu majeur, voulut user de la prérogative qu'avaient toujours possédée les souverains, de nommer aux charges ecclésiastiques , Grégoire VII s'y opposa ; et profitant d'une révolte des Saxons contre le jeune empereur, il enjoignit à celui-ci de comparaître à Rome pour y rendre compte do sa conduite. Henri, indigné, répondit à cette sommation en faisant prononcer la déposition du pape par le synode de Worras ^1076) ; Grégoire, à son tour, lança contre l'empereur une sentence d'excommunication, et délia ses sujets dti serment d'obéissance. Ainsi commença entre le sacerdoce et l'empire cette grande lutte qui devait durer deux siècles. Abandonné par la plupart des seigneurs allemands, Henri s'humilie pour obtenir la levée du terrible anathème qui l'avait frappé : il vient au château de Canossa 'près de Reggio, dans l'ancien duché de Modène) iiiiplorer le pardon du pontife. Celui-ci, après l'avoir laissé durant trois jours attendre à la porte du château, les pieds nus et en habit de pénitent, consentit enfin à le recevoir et à le relever de l'excommunication (26 janvier 1077). Mais les seigneurs révoltés contre Henri IV ne voulaient plus de lui comme empereur : ils élurent à sa place, avec l'assentiment de Grégoire VII, Rodolphe de Rheinfelden, qu'on appela le rot des prêtres {Pfnffenkônig). Henri, rentré en Allemagne où il avait retrouvé des partisans, fit la guerre à Rodolphe, qui fut tué par Godefroi de Bouillon à la bataille de Volksheim 1080), créa un antipape, Clément III, puis marcha contre Grégoire VII. Rome fut prise par les impériaux (1082), et Grégoire ne fut sauvé que par l'intervention des Normands, qui lui donnèrent un asile à Salerne. Mais Henri IV ne jouit pas longtemps de son triomphe : à l'instigation des successeurs de Grégoire VII, ses deux fils se révoltèrent successivement contre lui. Vaincu par son second fils Henri, et déposé par la diète de Mayence (1 lO.i), HenrilV alla mourir misérablement à Liège (110G>. — V. Papauté et Allemagne (p. 94 et 9ô).
HENRI
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Henri V, — Histoire générale, XIX, — fils du précédent, était arrivé au trône en liOô avec l'appui de la papauté ; mais une fois empereur, i! refusa de renoncer au droit de donner l'investiture des charges ecclésiastiques, et fit la guerre aux papes Pascal II et Gélase II. Il conclut enfin, avec le pape Calixte II, le concordat 'ie Worms, qui mit fin à la querelle des investitures (1122). Il riiourut en 1125, et avec lui s'éteignit la maison de Franconie. — V. Papauté et Concor./ats.
Henri VI, — Histoire générale, XIX, — troisième empereur de la famille de Hohenstaufen, succéda en 1190 à son père Frédéric I" Barberousse. Il avait épousé Constance, héritière du royaume des Deux-Siciles, dont il dut faire la conquête. II mourut en 1197, laissant ce royaume à son jeune fils Frédéric ,'plustard Frédéric II). Son successeur sur le trône impérial fut Othon IV de Brunswick. — V. Hohenstaufen.
Henri VH. — V. Luxembourg.
2° Angleterre.
Henri I", — Histoire générale, XVIII, — surnommé Beauclerc à cause de son amour pour les lettres, troisième fils de Guillaume le Conquérant, succéda en 1100 à son frère Guillaume IL II eut à défendre sa couronne contre les prétentions de son frère aîné Robert Courte-Heuse, duc de Normandie, et du fils de celui-ci, Guillaume Cliton, que soutenait le roi de France Louis VI. L'événement principal de son règne fut la pub icaiion d'une charte où l'on trouve déjà mentionnées quelques-unes des libertés qui furent inscrites plus tard dans la Grande Charte d'Angleterre. 11 laissa en mourant (1135) sa couronne à sa fille Mathilde, veuve de l'empereur d'Allemagne Henri V ; mais Etienne, neveu d'Henri \", s'empara du pouvoir au détriment de Malhilde et de son second mari Geoffroy Plantagenet.
Henri H et Henri ni. — V^. Plantagenet.
Henri IV, Henri V et Henri VI. — V. Lancastre, Guerre de Ce?if ans et Guerre des Deux-Roses.
Henri VH, Henri VIII. — V. Tudor et Réforme.
3° Rois de France,
Henri I", — Histoire de France, VIII, — fils de Robert et petit-fils de Hugues Capet, succéda à son père en 10-31. Il eut d'abord à lutter contre sa mère Constance, qui désirait placer la couronne sur la tête d'un autre de ses fils; Henri réussit à maintenir ses droits, grâce à l'appui du duc de Normandie Robert le Diable. Il fut souvent en guerre avec ses vassaux, pour la plupart plus puissants que lui. Son règne n'offre pas d'événements importants. Il épousa en 1051 une princesse russe, Anne, fille de Jaroslav , grand- •duc de Kief. Il mourut en l(i60, laissant la couronne à son fils Philippe I". — V. Hugues Capet.
Henri II, — Histoire de France, XVII — fils et successeur de Fi-ançois l'% monta sur le trône en 154T. Il lutta, comme son prédécesseur, contre Charles-Quint, puis contre Philippe II. Il enleva à Charles-Quint les trois évêchés (Metz, Toul et Verdun) ; puis envoya le duc de Guise en Italie tenter une expédition contre Naples. Une défaite que les Espagnols firent subir au connétable de Montmorency à Saint-Quentin (155*) obligea Henri II à rappeler le duc de Guise, qui s'empara de Calais (1558); mais une nouvelle victoire des Espagnols à Gravelines engagea le roi de France à traiter : la paix de Cateau-Cambrésis (1559! vint clore définitivement les longues guerres dites d'Italie, qui avaient commencé sous Charles VIII. — V. Guerres d'Italie.
Henri II se montra très rigoureux envers les réfor-
més français ; il voulait se faire pardonner ainsi se» alliances politiques avec les protestants allemands, et le scandale que causait sa liaison avec Diane de Poitiers. Plusieurs édits, entre autres celui de Chateaubriant (1.551), menacèrent les réformés des peines les plus sévères ; mais les doctrines de Calvin n'en firent pas moins, sous ce règne, des progrès considérables : les protestants « étaient si opiniâtres et résolus en leur religion, dit un contemporain, que lors même que l'on était le plus déterminé à les faire mourir, ils ne laissaient pour cela de s'assembler, et plus on en faisait de punition, plus ils multipliaient. » (Castelnau). En 1559, le roi fit arrêter en plein Parlement de Paris le conseiller Anne Dubourg, connu comme calviniste, et lui fit faire son procès ; Dubourg, condamné à mort, monta sur le bûcher quelques mois plus tard.
Henri avait épousé Catherine de Médicis, dont il eut de nombreux enfants : trois de ses fils furent rois après lui ^François II, Charles I.\, Henri III), et sa fille Elisabeth épousa Philippe II d'Espagne. Aux fêtes de ce mariage, Henri II fut blessé dans un tournoi, et mourut des suites de cet accident (1559).
Henri III, — Histoire de France, XIX, — troisième fils de Henri II, succéda à son frère Charles IX en i57-i. Il avait été élu roi de Pologne l'année précédente, et se hâta de quitter Cracovie pour revenir en France. En ce moment, catholiques et protestants étaient de nouveau en ç;uerre (bataille de Dormans, gagnée par Henri de Guise, 1575; ; mais grâce au duc d'Anjou, frère du roi, qui s'était mis à la tête du parti des politiques, un traité de paix, dit paix de Monsieur, fut conclu en 157G. Une fraction des catholiques, trouvant cette paix trop avantagi;u = '; pour les protestants, s'en montra fort irritée : c'est alors que se forma la Sainte-Ligue, dont le but avoué était u de maintenir les lois et la religion antiques de la monarchie. » La Ligue devint immédiatement une puissance redoutable; le dessein secret des ligueurs était de placer le duc de Guise sur le trône. Le roi crut déjouer ces projets en se déclarant luimême le chef de la Ligue ; mais il n'inspirait pas de confiance aux catholiques, et ses mœurs Uonteuscs le faisaient mépriser de tous. En vain, pour se concilier les ligueurs, déclara-t-il la guerre aux huguenots en 15^7 : les Etats Généraux, réunis à Blois, lui refusèrent tout secours financier. Cependant il remporta quelques succès. Les protestants ayant demandé la paix, Henri crut à la fois terminer les discordes religieuses et ressaisir son autorité au moyen de la paix de Bergerac (1577), qui accordait aux réformés la liberté d'exercer leur culte dans certaines villes, et prononçait l'abolition de toute confédération particulière : cette dernière disposition visait spécialement la Ligue. .Mais le roi ne réussit qu'à mécontenter les catholiques, et la Sainte-Ligue n'en subsista pas moins.
Le duc d'Anjou étant mort en 1584, et Henri III n'ayant pas d'enfants, l'héritier présomptif de la couronne se trouva être le chef des protestants, Henri de Bourbon, roi de Navarre. La perspective do voir un huguenot sur le trône excita au plus haut point l'indignation des ligueurs, et le roi se vit obligé de recommencer la guerre contre le parti réformé. Henri de Navarre battit l'armée royale à Centras (1587) ; le duc de Guise, en revanche, mit en déroute à Vimory et à Auneau les troupes que les protestants allemands envoyaient au sec lurs de leurs coreligionnaires de France. Le roi est bientôt accusé de tiédeur par les partisans des Guises : Paris, où dominent les ligueurs, s'insurge (Journée des Barricades, 12 mai 1587), et Henri III est obligé de s'enfuir de sa capitale. Feignant alors de c Jder aux exigences de la Ligue, il convoiue de nouveau
HENRI lY
HENRI IV
les Etats Généraux à Blois, y attire le duc de Guise, auquel il accorde le titre de lieutenant-général du loyaume, et le fait assassiner. Il se figurait « qu'ayant fait tuer le roi de Paris, il était redevenu roi de France. » C'était mal connaître la violence des passions soulevées contre lui. A la nouvelle du meurtre, Paris prend les armes ; Mayenne, frère d'Henri de Guise, est proclamé lieutenantgénéral du royaume à sa place, et la race des Valois est déclarée déchue du trône. La plupart des grandes villes imitent Paris. Henri HI se décide alors, pour vaincre la Ligue, à s'allier aux protestants et à Henri de Navarre. Les deux rois réunissent une armée, et marchent sur Paris, qu'ils assiègent. Mais un moine fanatique, Jacques Clément, assassine Henri III, qui meurt en désignant Henri de Navarre pour son successeur (1589^.
Henri IV. — V. ci-dessous.
mî?iiUI IV. — Histoire de France, XIX-XX. — Avènement de Henri IV. — Le 2 août 1589, le meurtre de Henri III assassiné par le moine Clément termina d'une manière tragique la dynastie des Valois. L'héritier le plus direct de la couronne était le roi de Navarre, Henri de Bourbon, qui descendait d'un fils de saint Louis. Mais depuis qu'il était héritier présomptif, ses droits étaient contestés avec fureur. Il était le chef du parti protestant, et la plupart des catholiques redoutaient en lui un ennemi de leurs croyances.
^tat de la France. Ln Ligue. — Depuis trente années les passions religieuses avaient déchaîné en France la guerre civile. Henri III, après avoir poussé jusqu'au fanatisme la ferveur de sa foi catholique, s'était vu chassé de sa capitale et forcé de reconquérir par les armes son roj^aume insurgé contre lui. La grande association de la Ligue, formée sous prétexte de défendre la religion, était devenue un formidable instrument politique aux mains du roi d'Espagne et des Guises. Elle était maîtresse d'une partie des provinces et de presque toutes les grandes villes. Dans Paris, elle disposait d'une multitude ardente, exaltée chaque jour par des prédicateurs fanatiques. Elle avait son gouvernement, le conseil de l'Union, composé de 24 membres; son chef militaire, le duc de Mayenne, lieutenant-général du royaume. A Henri de Navarre, elle opposait un autre roi, le vieux cardinal de Bourbon proclamé sous le nom de Charles X.
Désordre général. — A la faveur de la guerre civile, le désordre et le trouble s'étaient mis partout. Dans les villes, les bourgeois, organisés en confréries, formaient des milices, choisissaient des chefs, prenaient parti. Dans les provinces et dans les places, les gouverneurs ne reconnaissaient plus au-dessus d'eux aucune autorité : Mercœur était roi en Bretagne, dEpernon en Guyenne, Montmorency en Languedoc. L'unité française semblait se dissoudre dans l'anarchie.
Intervention es-pognole. — Ce qu'il y avait de plus grave, c'était l'intervention des étrangers. Le roi d'Espagne Philippe II avait travaillé activement à, la formation de la Ligue ; ses agents avaient reçu l'ordre de n'épargner ni l'argent, ni les promesses. Une pension avait été servie à Henri de Guise, elle était continuée à son frère Mayenne. L'ambassadeur espagnol Bernardine de Mendoça excitait les chefs catholiques et le peuple de Paris ; il leur faisait espérer le concours armé de son maître. Le plan de Philippe II était d'entretenir la guerre en France, de décider le parti catholique à se livrer à lui, et d'obtenir ainsi ou la couronne pour un des siens, ou tout au moins quelques provinces arrachées dans un démembrement.
Le parti royaliste. — Il semblait impossible qu'une telle crise se dénouât d'une manière heureuse. Le parti royaliste, déjà affaibli du vivant de Henri III, était encore diminué par des défections.
Beaucoup de seigneurs catholiques, jusqu'alors opposés à la Ligue, refusaient de servir un roi huguenot. Les protestants eux-mêmes marchandaient leur concours, et voulaient qu'on donnât satisfaction à leur exigences les plus impoliiiques et les plus immodérées.
Caractère de He/a-i IV. — Henri de Navarre comprit la difficulté do sa tâche et n'en fut point effrayé. Avec des apparences légères, c'était un homme de grand esprit et de grand cœur. En 15S9, il était dans toute la force de l'âge, déjà formé aux affaires par les rudes épreuves qu'il avait dû traverser. Prisonnier à la cour des Valois après la Saint-Barthélémy, il avait appris à se diriger au travers des périls et des embûches. Plus tard, il avait fait en Navarre son éducation de roi et de soldat. Avec une petite armée, il s'était montré à Centras non plus seulement partisan décidé, mais bon capitaine et lieureux. Il avait sur le champ de bataille cette verve intrépide qui enlève le soldat et décide la victoire. Protestant avant la Saint-Barthélémy, converti par force au milieu du massacre, revenu au protestantisme après son évasion de la cour, il avait conservé peu de passions et peut-être aussi de convictions religieuses Mais il avait au cœur l'amour de la France et l'ardent désir de tout pacifier. Dès le début, il eut la vive intelligence de la situation. Il vit qu'il lui fallait se défendre solidement, faire preuve de force, et en même temps négocier, tâcher de ramener les indécis. Le chef de parti devait disparaître et ne plus laisser voir que le chef de nation.
Premiers actes d'Henri IV. — Les premiers actes du nouveau roi furent conformes au plan que lui traçaient les circonstances. Il s'étudia à rassurer les catholiques, s'engageant à convoquer dans un délai de six mois un concile national pour son instruction, ne permettant l'exercice de la religion protestante que dans les lieux désignés par les cdits antérieurs. Il maintenait en fonctions le conseil de Henri III, n'appelait que des catholiques aux charges devenues vacantes. Mais l'effet de ces concessions ne fut pas inmiédiat; beaucoup d'anciens serviteurs des Valois l'abandonnèrent. Avec une armée réduite et peu d'argent, il ne pouvait songer h. assiéger Paris. Il détacha quelques troupes en Picardie et en Champagne; avec le reste, il alla se cantonner en Normandie, où il avait de nombreux partisans et où il était à portée des secours de l'Angleterre.
Arques et Ivnj. — Mayenne résolut de le poursuivre. Les subsides espagnols lui permirent de former une armée de 2(>,(i00 hommes, et il se mit en route pour la Normandie, promettant de ramener le Béarnais enchaîné. Henri IV avait établi son camp dans une bonne position défensive entre le château d'Arqués et les faubourgs de Dieppe. Il n'y eut pas à proprement parler de bataille, mais une série de petits combats qui durèrent douze jours. Mayenne, vigoureusement repoussé, battit en retraite. Le roi reprit alors l'offensive, alla brûler les faubourgs de Paris, et courut les provinces du centre, en faisant partout reconnaître son autorité. Au mois de février 1590, il forma le siège de Dreux. Mayenne, renforcé par des Espagnols que lui amenait de Flandre le comte d'Egmont, s'avança au secours de cette ville. A la bataille d'ivry, Henri IV chargea lui-même à la tète de sa cavalerie , et sa brillante valeur décida de la journée (mai 1590i.
Siège de Paris, — L'investissement de Paris devenait possible. Il fut préparé par l'occupation de Mantes, Vernon, Corbeil, Lagny. Creil, Charenton. C'étaient les principaux marchés où la capitale s'approvisionnait par la Seine, la Marne et l'Oise. Au mois de mai les arrivages se trouvèrent complètement interceptés. A chaque revers les ligueurs redoublaient de violence ; cette fois ils exigèrent
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un serment de fidélité de tous les magistrats municipaux, des processions armées défilèrent dans les rues, les prédicateurs firent rage. Mais les vivres manquaient ; malgré les secours distribuéspar Tambassadeur espagnol et par les couvents, la misère faisait do nombreuses victimes. L'hérnique obstination des Parisiens allait être obligée de céder devant la faim. Philippe II ordonna alors au duc de Parme, qui commandait pour lui aux Pays- Bas, d'entrer en France et de débloquer Paris. Alexandre Farnèse, duc de Parme, était un des premiers tacticiens de son temps. Il manœuvra avec une habileté supérieure; Henri ne put l'amener aune bataille, se vit enlever Lagny et Corbeil, et perdit en quelques jours tout le fruit de la campagne.
Le duc de Parme en Fronce. — La Ligue avait dû son salut à Philippe II. Tandis que Farnèse délivrait Paris, le duc de Savoie en Provence, Jérôme Lodron en Languedoc, Aguilar en Bretagne mettaient garnison dans les places et aidaient les ligueurs à tenir la campagne. En 1592, une nouvelle intervention du duc de Parme sembla nécessaire. Henri l'V' serrait de très près Rouen. Cette fois le général espagnol n'eut pas si bon marclié de celui qu'il appelait dédaigneusement un carabin. Henri leva le siège de Rouen, mais il faillit enlever son adversaire dans son camp de Caudebec. Farnèse repassa la Seine et ramena non sans quelque hàtc son armée aux Pays-Bas. Il mourui l'année suivante, au moment où sa présence devenait indispensable.
Les Etats de la Ligue. Abjuration du roi. — Des divisions commençaient à s'introduire dans la Ligue. Mayenne s'était séparé du parti le plus violent, et avait envoyé au supplice les principaux des Seize (nom donné aux agents de la Ligue dans chacun des seize quartiers de Paris). Il convoqua pour 1593 une réunion des Etats Généraux dans laquelle on devait décider du sort de la France. Les élections furent catholiques, mais non pas espagnoles. Les envoyés de Philippe II, qui réclamaient la couronne pour l'infante Claire-Isabelle, parlèrent imprudemment de la marier à un prince autrichien. Une vive opposition se manifesta aussitôt; le parlement invita Mayenne à empêcher que sous prétexte de religion le sceptre passât dans des mains étrangères. Le sentiment patriotique se réveillait. Le parti des politiques, favorable à une transaction avec le roi, se fortifiait tous les jours. Henri IV frappa alors un coup décisif. Le 25 juin 1593, il abjurait à Saint-Denis ; il ne sortait pas très convaincu de l'instruction sommaire qu'il avait suivie pour la forme, mais il croyait devoir sacrifier ses opinions personnelles à l'intérêt supérieur de la France. Son abjuration ne fut pas une défection religieuse, mais un acte politique.
Fi7i de lu Ligue. — L'eff"et produit fut immense. Le Saint-Siège, après de longues négociations, leva l'excommunication autrefois lancée par Sixte-Quint. On ne pouvait plus combattre Henri au nom de la religion. En homme avisé, il ne négligea pas les petits moyens. Sa conversion avait vivement saisi l'imagination du peuple; il agit autrement sur l'esprit des chefs. Dignités, places, pensions, il leur donna tout ce qu'ils demandèrent pour payer leur soumission ; Viiry livra Meaux, Orléans et Bourges ; les troupes royales occupèrent Lyon. A Paris, le comte de Brissac, moyennant le titre de maréchal de France, ouvrit les portes le 22 mars 1594. La Ligue avait perdu sa capitale.
Guerre contre l'Espagrie. — Henri IV poursuivit avec vigueur les débris du parti. Villars lui rendit Rouen et le Havre. Charles de Guise se soumit. Mayenne lui-môme, battu avec l'Espagnol Velasco au combat de Fontaine-Française, se rallia au vainqueur. Contre l'Espagne qui restait en armes, le roi s'aida de l'alliance des Anglais et des Hollan-
dais. Pendant les années 1596 et 1597 on guerroj'a dans les provinces du nord. Amiens, que les Espagnols avaient enlevé parun coup de main hardi, leur fut repris dans un siège régulier. Enfin Philippe II vieilli, fatigué de cette longue lutte qui se prolongeait sans résultat, consentit à traiter de la paix.
Traité de Vervins. — Les négociations s'ouvrirent en 1597 par l'entremise du pape. Il y eut quelques difficultés à propos de la Bretagne, où le duc de Mercœur refusait de se soumettre, et de la ville de Cambrai que Henri IV eût voulu neutraliser. Les Hollandais et les Anglais cherchèrent aussi à entraver une paix qui allait leur enlever un allié précieux. « Les violons sont payés, il faut continuer la danse, « disaient leurs ambassadeurs ; à quoi Henri IV répondait qu'il n'entendait pas fournir la salle de bal. Il fut convenu avec l'Espagne, par le traité de Vervins '1598), que les choses seraientremisesen l'état où elles se trouvaient après la paix de Cateau-Cambrésis. Henri IV rendit le comté de Charolais, Philippe II les places de Calais, Ardres, Doullens, le Catelet, le Blavet. A la suite d'une courte guerre , le traité de Lyon fut signé avec le duc de Savoie (1601) et compléta la paix de Vervins. Le duc garda le marquisat de Saluées, dont il s'était emparé en 1588, mais il céda en compensation la Bresse, le Bugey et le Valromoy.
Ledit de Nantes. — Restait à régler la condition des protestants. Depuis la conversion du roi, ils manifestaient de vives inquiétudes et semblaient craindre qu'il ne les traitât comme avaient fait les Valois. Pour les rassurer, Henri IV rendit l'édit de Nantes. La liberté de conscience était reconnue dans tout le royaume, la liberté du culte chez tous les seigneurs haut-justiciers, dans tous les endroits où on l'avait admise précédemment, et enfin dans deux villes par bailliage. Il était permis aux protestants de s'organiser en consistoires, colloques, synodes provinciaux et généraux. Ils étaient autorisés à lever de l'argent pour subvenir aux frais de leur culte. Pour les prémunir contre tout retour de persécution, il leur était donné un ensemble de garanties civiles, judiciaires et politiques. Les garanties civiles consistaient dans le droit d'avoir des cimetières, des écoles, des universités à eux, et dans l'admissibilité aux emplois publics. Pour garanties judiciaires, on maintenait ou l'on créait dans les parlements des chambres mi-parties, où figuraient un certain nombre de magistrats protestants, et des chambres de l'édit, dont les membres étaient nommés sur la présentation des réformés. Toutes les affaires litigieuses où des protestants étaient en cause devaient être portées devant ces chambres. Enfin, comme gage principal de sécurité, on leur laissait un certain nombre de villes qu'ils devaient garder huit ans. Ces places dites de sûreté étaient surtout des places de l'ouest, du sud-ouest et du ûauphiné. Les plus importantes étaient la Rochelle, Nîmes, Montauban, Grenoble.
L'édit de Nantes ne contenta qu'à moitié les réformés; il donna lieu à une vive opposition de la part d'un grand nombre de catholiques ; le clergé protesta, les parlements résistèrent. Celui de Rouen n'enregistra qu'en 1609 l'édit rendu en 1598. Cette mesure présentait de réels inconvénients, dont le plus grave était de laisser les protestants groupés en un corps politique ; ils avaient leurs assemblées, leurs finances, leurs places-fortes, ils eurent leurs députés auprès du roi ; ils pouvaient d'un jour à l'autre avoir encore leurs armées. Mais Henri IV n'avait pas le choix des moyens. Il fallait amener les protestants à déposer leurs défiances, des concessions avaient été nécessaires. La plus importante de toutes, celle des places de sûreté, n'était point définitive. Elle était limitée à huit années. On comptait qu'à l'expiration du terme
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l'apaisement des esprits serait complet, et que les reformés n'auraient plus rien à craindre. A tout prendre, l'édit de Nantes fut un acte de sagesse, un accommodement imposé aux passions ennemies. Ce fut la paix à l'intérieur.
Administration de Henri IV. Sully.— La guerre étrangère et la guerre civile étaient finies, mais la France était couverte des ruines que l'une et l'autre avaient faites. Après tant de secousses et de troubles, il fallait tout un travail réparateur de réorganisation. Henri IV se mit résolument à l'œuvre ; il fut bien secondé par les chanceliers Chiverny et Sillery, par Villeroy et Jeannin dont il utilisait les services en oubliant qu'ils avaient été ligueurs. Son collaborateur le plus actif, le ministre dont le nom est resté associé au sien, ce fut Sully. Sully était un gentilhomme protestant d'intelligence assez étroite, mais d'une probité scrupuleuse, d'un caractère franc et énergique. Ses qualités d'économie et de régularité devaient être aussi utiles que les inspirations d'un homme de génie. .
07-ilre public. Justice. Armée. — Le premier besoin était celui de l'ordre et de la sécurité. La paix religieuse avait déjà facilité la tâche en calmant les passions. La justice fut réorganisée, un édit de 1597 remit en vigueur les anciennes ordonnances d'Orléans, de Blois et de Moulins. L'armée cessa d'être une menace pour devenir une protection : il fut interdit aux soldats de courir les campagnes et de porter des armes à feu en temps de paix. Pour leur enlever tout prétexte de désordre, on augmenta leur solde, on créa des maisons de refuge pour les invalides et des pensions pour les ofliciers. En même temps l'artillerie, dont Sully avait été fait grand-maître, était pourvue d'un matériel et administrée d'une façon régulière. On commençait à organiser le corps du génie et le service des vivres.
Finances. — Sully avait été nommé aussi surintendant des finances. C'était là que la besogne était surtout ardue. En l.S'JS la dette publique montait à 19G millions; sur 150 millions qu'on percevait chaque année, 2() à peine arrivaient au trésor. On ne peut dire que Sully ait apporté dans cette administration des vues très originales et des idées neuves. L'institution d'une chambre ardente chargée de rechercher les crimes de péculat, 1 impôt dit de la paulette établi sur les magistrats, étaient des moyens fiscaux d'une valeur médiocre. Ce qui valait mieux, c'était l'attention scrupuleuse avec laquelle étaient examinés les titres des créanciers de l'Etat; c'était l'activité infatigable du ministre parcourant lui-même les généralités, dressant un état exact des sommes perçues et assignant à chacune sa destination spéciale. Les désordres et les dilapidations devinrent impossibles. A la fin du règne, 5u millions de biens domaniaux avaient été rachetés, et une réserve de 4U millions était déposée dans les caves de la Bastille.
Agriculture. — « Labourage et pâturage sont les deux mamelles de la France ». Cette parole si connue résume exactement les idées économiques de Sully. L'agriculture attira toute sa sollicitude. La sécurité était rendue aux campagnes, la réduction de la taille allégea les charges des paysans ; on déclara que le bétail et les bêtes de trait ne pourraient être saisis ; on répandit le livre d'Olivier de Serres, le Théâtre d'ayricultnre, où était résumée toute la science agronomique du temps. Le commerce des grains déclaré libre et les bénéfices qu'il procurait encouragèrent la production.
Industrie. — Pour l'industrie Sully n'avait que des préventions. Il fallut pour en triompher l'intervention personnelle du roi. Henri IV reprit et fit exécuter lu plan que Lad'emas avait présenté dans l'assemblée des notables de Rouen pour la
réorganisation des industries de première nécessité et la création d'industries de luxe. Pour les soieries, les tapis, les étoffes précieuses, la France était tributaire de Venise et de la Hollande. On fit des plantations de miiriers, on installa des manufactures de toiles fines, de dentelles, de tapis, des cristalleries, des verreries. Les industries qui existaient déjà se relevèrent rapidement grâce au rétablissement des maîtrises, à l'institution de gardesjurés chargés de veiller sur les statuts et règlements, et surtout grâce à la création d'une chambre de commerce pour étudier et répandre les procédés nouveaux.
Travaux publics. Commerce. — Les travaux pubhcs n'étaient point négligés ; on réparait les anciennes routes, on en établissait de nouvelles ; toutes furent plantées d'arbres. Des ponts furent rétablis ou construits ; on commença entre la Seine et la Loire le canal de Briare d'après le système nouveau à point de partage. Des mines furent mises en exploitation, des dessèchements de marais entrepris. Au dehors, des traités de commerce étaient signés avec 1 Angleterre et la Turquie; Chaniplain fondait Québec au Canada, et Sully travaillait à créer une marine.
Conspiratio7is. — Au milieu de ces pacifiques labeurs, Henri IV était sans cesse en butte à des conspirations qui menaçaient non seulement son pouvoir, mais aussi sa vie. La noblesse voyait d'un mauvais œil l'élévation de Sully et le mouvement des réformes. Les anciens ligueurs mal corrigés faisaient cause commune avec les royalistes mécontents. En 1g02, il fallut faire décapiter le maréchal de Biron, ancien compagnon d'armes du roi, convaincu de haute trahison. Une autre intrigue presque aussi dangereuse eut pour principal meneur le comte d'Auvergne, fils naturel de Charles IX. On le mit à la Bastille. Un des principaux seigneurs protestants, le duc de Bouillon, noua des relations criminelles avec l'Espagne ; pour le punir on l'obligea à recevoir garnison dans sa ville de Sedan.
Projets de Henri IV. Sa mort. — La main de l'Espagne était dans tous ces complots. Elle ne pardonnait pas à Henri IV de défendre contre elle la Hollande. Sans céder à des passions religieuses auxquelles il était depuis longtemps étranger, Henri IV comprenait que la France avait tout intérêt à soutenir contre la maison d'Autriche les Etats protestants. En Allemagne, où la guerre de Trente ans s'annonçait déjà, les princes réformés savaient qu'ils pouvaient compter sur le roi de France. En 1609, à l'ouverture de la succession de Clèves et de Juliers, il annonça tout haut son intention d'intervenir et commença ses préparatifs. Si l'on en croit Sully, il aurait eu alors en tête un projet démesuié pour remanier l'Europe et l'organiser en confédération chrétienne. Mais ce projet ne paraît pas avoir été le fait do Henri IV ; il s agit là d'une idée personnelle à Sully , trouvée dans ses papiers et amplifiée plus tard par ses secrétaires. Les vues du roi étaient plus pratiques; il songeait simplement à reprendre la grande lutte contre la maison d'Autriche : il avait des alliés dans le nord et en Allemagne ; en Italie il s'était assuré le concours du duc de Savoie, de la Toscane et de Venise ; en Espagne même il entretenait des intelligences avec les Maures des Alpujarras. C'est au milieu de ces vastes desseins que vint le surprendre le poignard de Ravaillac(14 mai 1610). Dix-sept fanatiques avaient déjà attenté à sa vie. Le dernier réussit.
Henri IV avait été surnommé le Grand; il a su mériter non seulement l'admiration, mais aussi la sympathie de l'histoiro. Ses faiblesses mêmes sont restées populaires. Aucun roi de France n'a accompli une lâche plus difficile, aucun n'a été grand avec plus de bonne grâce. En gardant sa gaité et
HERESIE
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son fin sourire, il a terrassé la guerre civile, chassé l'étranger, et refait en Europe une France prospère, unie et puissante. [Maurice Wahl.]
Lectures et dictées. — Henri IV et son oeivre.' — Henri IV, c'est l'Hôpital armé ; sa victoire fut, après trente-quatre ans d'iiésitation publique, de tentatives prématurées et de violents retours en arrirro, celle des principes de l'immortel chancelier d(i Charles IX.
Il avait une intelligence universelle, un esprit souple et pénétrant, des résolutions promptes et une fermeté inébranlable dans ce qu'il avait résolu. A la sagesse des hommes pratiques, à cet instinct qui va droit à l'utile et au possible, qui prend ou rejette sans prévention et sans passion, au commandement le plus absolu, il joignait la séduction des manières et une grâce de propos inimitable. Ses hautes vertus mêlées d'étranges faiblesses ont fait de lui un type unique de roi à la fois aimable et imposant, profond de sens et léger de goùis, plein de grandeur d'âme et de calcul, de sympathies populaires et d'oreueil de race, et toujours, et avant tout patriote admirable.
Il y a trois choses dans l'œuvre du vainqueur de la Ligue : l'établissement définitif de la liberté de conscience et de l'état civil des dissidents, la restauration et le progrès de tout ce qui constitue la richesse publique, enfin la conception d'une politique française fondée sur le maintien des nationalités et de l'équilibre des puissances européennes...
Le règne de Henri IV est une de ces époques décisives où finissent beaucoup de choses et où beaucoup de choses commencent. Placé sur la limite commune de deux grands siècles, il recueillit tous les fruits du travail social et des expériences de l'un, et jeta dans leur moule toutes les institutions que devait perfectionner l'autre. Sa royauté, dégagée de ce que le moyen âge avait laissé de confus dans son caractère, apparut alors clairement sous sa forme moderne, celle d'une souveraineté administrative, absolue de droit et de fait jusqu'en 17kO, et depuis, subordonnée ou associée à la souveraineté nationale. Alors se réglèrent d'une manière logique les départements ministériels, et leurs attributions s'étendirent à tout ce que réclament les besoins d'une société vraiment civilisée.
Alors enfin le progrès de la nation vers l'unité s'accéléra par une plus grande concentration du pouvoir, et le progrès vers l'égalité civile par l'abaissement dans la vie de cour des hautes existences nobiliaires, et par l'élévation simultanée dos différentes classes duTiers-Élat. — (Aug. Thieriîv, E<sai si/r Vhixloire du Ticvs-ntnt).
V. encore dans le tome V des f.ectures '■istoriques de M. RafTy, la Bataille d'Ivry, racontée par Henri IV lui-même (p. 453); Y itjjuraiion de Henri I V, récit extrait de la chronique de Lestoile (p. 4.i5 ' ; Henri IV et Sulhj, les -oieries et le luxe, extrait des mémoires de Sully p. 468).
HÉRÉSIE. — Histoire générale, XXXIX-XL. — Nous ne pouvons évidemment donner ici qu'un aperçu très succinct d'un snj<'t et d'une histoire qui exigeraient des volumes. Xuus nous bornerons donc a ce qui est essentiel. Le mot hérésie, du grec hairesis, doit à l'emploi qu'en a fait lÉglise un sens très distinct de son sens originel. Dans le grec classique ce mot signifie clto/x, puis opinion ; de là, il vint à désigner les tendances, les partis et ce que nous appellerions aujourd'hui les écobs philosophiques, telles que les platonicien!5, les épicuriens, etc.
L'hérétique, au sens actuel de ce mot. est un chrétien qui refuse de soumettre sa foi à l'autorité de l'Église et s'attache à des doctrines que celle-ci a anathématisécs.
Il faut distinguer l'hérésie du s hisme (séparation
scission), qui peut n'être qu'une dissidence purement formelle ou disciplinaire, ne touchant pas au dogme. Par exemple, au point de vue de la théologie catholique, l'Église grecque, qui n'admet pas la suprématie des évèques de Rome, mais qui maintient tous les anciens décrets des conciles, serait schismaii'iue plutôt qn'héréique. Cependant cette distinction théorique s'efface aisément dans la réalité, puisque de pareilles scissions supposent, pour ainsi dire nécessairement, de graves différences dans la doctrine.
Les empereurs orthodoxes, successeurs de Constantin, rangèrent l'hérésie parmi les crimes que la puissance temporelle devait punir par la prison, la confiscaiion et même par le glaive. Cette étroite alliance de l'autorité ecclésiastique et du pouvoir séculier se resserra encore pendant le moyen âge. Il fut admis alors sans contestation, et Saint-Tliomas dans sa Somme, ainsi que tous les papes et tous les conciles de cette période, le proclament sans aucune réserve, que les individus condamnés par l'autorité ecclésiastique pour leurs opinions religieuses doivent itre, s'ils y persistent, remis au bras séculier pour que celui-ci leur applique la peine corporelle qu'ils ont méritée, ordinairement la mort. Cette doctrine fut aussi celle de certains réi formateurs protestants du seizième siècle, qui, bien qu'en révolte eux-mêmes contre l'autorité de Rome, n'hésitèrent pas à envoyer au bûcher ceux qui pensaient autrement qu'eux sur telle question de dogme.
Nous donnons ci-dessous, à titre de mémento historique, la nomenclature des principales hérésies, et nous la rédigeons du point de vue catholique. Nous distinguerons trois périodes : les p:-emiers siècles, le moyen âge, et les temp« modernes.
Premiers siècles. — Les hérésies des premiers siècles forment trois groupes inégaux d'importance: 1° les hérésies judiBO-chrétiimnes; 2° les hérésies gnostiques; 3" les hérésies thcologiques proprem.ent dites.
1° Les hérésies judaeo-chrétiennes furent celles des communautés juives-chrétiennes qui ne suivirent pas le reste de l'Église dans son détachement du judaïsme et persistèrent à observer plus ou moins complètement la loi de Moïse. On les distinguait en deux brauches : les Nazaréens, plus modérés, et les Ebionites , c'est-à-dire les pauv)-es, du mot hébreux Ebioiiim ; le prétendu hérésiarque Ebion, qui aurait donné son nom à la secte, n'est qu'une invention des écrivains postérieurs. Ils étaient en assez grand nombre en Palestine, et surtout sur la rive gauche du Jourd:iin, dans la Batanée et laDécapole. On perd leurs traces depuis le septième siècle.
1'° L'influ''nce encore puissante des idéps polythéistes et les tendances mystiques et spéculatives de l'époque produisirent, surtout au second siècle de notre ère, une éclosion de nombreux systèmes réunis sous le nom générique de gnosticisnie. La gxose, ou la connaissance supérieure, privilège des seuls élus, communiquée d'une manière plus ou moins mystérieuse aux adeptes de ces bizarres doctrines où le sublime et le grotesque à chaque instant se coudoient, leur adonné leur nom historique. Il faut renvoyer aux ouvrages spéciaux ceux ' ui désireraient étudier le docétisme et la hiérarchie conipliquée des éous ( très célestes métaphysiques), qui, entendus de bien des manières, constituaient le fond commun du gnosticisme. Il y eut un grand nombre de sectes gnosti(|ues : les Marcionites, les Carpocraiiens, les Basilicliens, les Valentiniens, les Ophiies, etc.
On pour ranger dans la même classe le Manic' éisme, originaire de la Perse, système dualiste, à la fois ascétique en principe et immoral par ses conséquences, enseigné par le prêtre Mani (iii* siècle) et qui fut très répandu au cinquième siè-
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cle, même en Occident, où il compta un moment parmi ses adhérents un jeune homme qui plus tard devait être saint Augustin.
3" Ce fut surtout au sujet de la personne du Christ que de nombreuses hérésies se produisirent du troisième au sixième siècle. Les évoques du troisième siècle se prononcèrent en majorité en faveur de la doctrine du Verbe, Fils de Dieu, personnellement distinct du Père, et incarné, devenu homme pour le salut, du genre humain. Ils condamnèrent donc à la fois ceux qui, comme Paul de Samosate, évêque d'Antiocho, voyaient en Jésus un homme intérieurement dirigé et illuminé par le Saint-Esprit, et ceux qui, tels que Noet et Sabellius, effaçaient la personnalité du Fils et voyaient simplement en lui, comme dans le Père et le Saint- Esprit, un mode, uue face de l'Etre divin.
IVIais, au quatrième siècle, il s'agit de préciser sur cette base les rapports du Père et du Fils. Arius. prêtre d'Alexandrie, et beaucoup d'autres avec lui, pensaient que le Fils était inférieur au Père, créé par lui, par conséquent d'une autre essence, n'ayant pas existé de toute éternité, et lui ayant servi d'instrument intelligent dans l'œuvre et le maintien de la création. C'est Athanase. évêque d'Alexandrie, qui soutint l'opinion approuvée par le concile de Nicée (325), d'après laquelle le Fils est co-essentiel, ou consubstantiel, co-éternel avec le Père. Les Ariens ou partisans de la doctrine d'Arius furent très nombreux, comptèrent parmi leurs partisans des empereurs, des conciles, et dominèrent môme quelque temps l'Eglise chrétienne, au point que, selon l'expression de ^aint Hilaire, a le monde s'étonna de se trouver arien. » Toutefois, à partir de l'empereur Théodose faSl), très opposé à l'arianisme, et bien que plusieurs peuples germains envahisseurs de l'empire, tels que les Goths, les Burgundes, les Vandales, etc., fussent chrétiens-ariens, la doctrine d'Arius fut de plus en plus absorbée par celle de Nicée, qui finit par régner seule (depuis le vie siècle).
Le concile de Constantinople àe 381 condamna la doctrine de Macédonius, qui contestait la personnalité du Saint-Esprit, et celle des Apollinaires, qui se représentaient le Christ comme un Dieu incarné sous forme humaine, mais non comme vrai homme en même temps que vrai Dieu.
Le concile d'Ephèse, en 431, condamna la doctrine de Nestorius, qui dirait qu'il y avait dans Jésus deux personnes, l'homme et le Dieu, aussi bien que deux natures (origine de V Eglise ?icstorienne d'Asie). En revanche, en -i51 le concile de Chalcédoine condamna l'opinion d'Eutychès, d'après lequel il n'y a qu'une nature en Jésus-Christ {mtmophysisme, doctrine d'une seule nature, demeurée celle de l'Eglise copte d'Egypte).
Enfin en 680 le concile de Con.siantinople anathématisa la doctrine dos monot/iélites , lesquels reconnaissaient bien deux natures en Jésus-Christ, mais n'admettaient en lui qu'une volonté unique.
L'hérésie de Pelage ou Pélagianisme consistait à nier que le péché d'Adam fût transmissible autrement que par la contagion de l'exemple et imputable à sa postérité (v« siècle). Cette doctrine fut surtout combattue par saint Augustin.
3Ioyen âge. — Les principales hérésies du moyen âge sont :
1° La doctrine des Bulgares, Cathares, Albigeois, noms divers donnés à une secte opposée à l'Eglise romaine, originaire de la Bulgarie, mais qui se propagea surtout dans le nord de l'Italie et dans le midi de la France (du ix= au xiii* siècle). Ce furent ses i)rogiès qui déterminèrent le pape Innocent III à décréter la croisade contre les Albigeois -et à instituer l'Inquisition. Les Cathares ou .^Mbigeois croyaient l'Eglise corrompue, le ministère dos prêtres illégitime, et mêlaient à leurs idées mystiques sur la vertu purifiante de leurs sacrements
des vues dualistes sur la création et le gouvernement divin du monde.
2° L'hérésie des Vnudois, originaires des Alpes, remontant au douzième siècle, appelés aussi les Pauvres de Li/on, secte anti-sacerdotale, cherchant à vivre selon les préceptes du Sermon de la Montagne sans recourir aux sacrements de l'Eglise (massacre de Mérindol et de Cabrières, 1545). Ils se tondirent à la réforme avec les protestants, et forment encore aujourd'hui une église importante en Italie.
3» L'hérésie des Hnssites ou frères de Bohême, se rattachant à Jean IIuss qui prêcha à Prague contre les abus de l'Eglise (commencement du xv^ siècle) et qui fut brûlé à Constance en 141.3. Ses partisans se révoltèrent et formèrent pendant assez longtemps une église nationale indépendante. Leurs débris, réorganisés au dix-huitième siècle par le comte de Zinzendorf, formèrent les communautés industrieuses connues aujourd'hui sous le nom de Frères Moraves, répandues sur plusieurs points de l'Allemagne, de la Hollande, de l'Angleterre et de l'Amérique.
Notons aussi, comme appartenant au moyen âge, le schisme définitif entre l'Eglise grecque ou orientale et l'Eglise latine ou romaine, survenu à la suite des démêlés entre les évêques de Rome et ceux de Constantinople. En 1054 le schisme fut accompli. Il s'aggrava au point de vue dogmatique du fait que les Grecs ne voulurent pas reconnaître avec les Latins la formule ajoutée au symbole dit d'Athanase et qui stipule que le Saint-E-^prit procède du Fils comme du Pèro (e Pâtre Filiogue). L'Eglise grecque domine aujourd'hui en Grèce, en Russie, dans la Turquie d'Europe et d'Asie, en Roumanie, en Bulgarie, etc. — V. Schismes.
Tempi modernes. — Toutes les églises protestantes nées du mouvement réformateur du seizième siècle furent rangées par l'autorité catholique dans la catégorie dos hérésies, puisque toutes attaquaient les doctrines catholiques sur l'infaillibilité de l'Eglise, les sacrements, l'absolution sacerdotale, la justification, le culte des images, la transsubstantiation, le purgatoire, le culte de îlarie et des saints, les vœux monastiques, le sacrifice de la messe, etc., et voulaient substituer l'autorité de la Bible à celle des conciles et des papes. Nous terminerons en citant les principales branches du protestantisme.
1° \S ég\\%& luthérienne o\x de la confession d' A ugsbourg (.Allemagne, Alsace, Danemark, Suède, Norvège Finlande) se rattachant à l'œuvre réformatrice de Martin Luther.
2° L'église réformée, dont Zwingli et Calvin furent les principaux promoteurs au seizième siècle, se distinguant de la précédente par un culte plus austère et des idées plus radicales sur la sainte Cène (Suisse, France, Pays-Bas, Angleterre, Ecosse, Etats-Unis).
3° Les Sociniens, ainsi nommés de Lelio et Fauste Socin (xvi' siècle) qui poussèrent encore plus loin que les luthériens et les calvinistes la réforme des doctrines catholiques et arrivèrent à enseigner, comme autrefois Paul de Samosate [\. plus haut), que Jésus était un homme inspiré par le Saint-Esprit. Ils sont les ancêtres de ceux que l'on nomme aujourd'hui Unitaires, et qui sont répandus en Angleterre et surtout aux Etats-Unis. Los protestants connus en France et en Suisse sous le nom protestais- libéraux présentent une grande analogie avec les Unitaires d'Angleterre et d'Amérique.
C'est surtout au sein du protestantisme anglais que l'individualisme profire à, la race anglaise a suscité de nombreuses sectes, vivant à côté de l'Eglise angliC'iîie ou établie par la Couronne et le Parlement, qui est celle de l'Etat, jouit de privilèges politiques, et qui a conservé, outre l'épisco-
HIÉROGLYPHES
HIÉROGLYPHES
pat, de nombreuses formes catholiques. Dans ses cadres, le parti ritualiste cherche à se rapprocher le plus possible du rituel catholique, tandis que le parti évui'Çféiique o\xLow Clnirch tend à s'en éloigner. A côté d'elle, nous distinguons l'Eglise presbijfé' ie7i?ie, du type calviniste, repoussant l'épiscopai ; les communaLaXés indépendcmtes, qui veulent l'autonomie entière de la paroisse ; les Univrsalistes, ennemis de la doctrine des peines éternelles; les Méthodistes, communautés nombreuses, également du type calviniste, et insistant surtout sur l'idée de la justification gratuite par la foi au sang rédempteur de Jésus-Christ; les Baptisfes (connus en Hollande sous le nom de Mtîinoiiites), ne se rattachant guère que par le nom aux anabaptistes du seizième siècle dont on connaît les fureurs et la fin tragique à Munster (153 .), et dont la doctrine disiinctive est que le baptême ne doit être administré qu'aux adultes ayant l'âge de raison ; les Amis ou Quakers (« trembieurs », nom dérisoire), organisés par Fox et Guillaume Penn (1691, 1718) sur des principes d'une grande largeur, mais avec des formes bizarres: ils sont surtout répandus en Amérique (PensylvanieK On peut citer au^si les Irvingiens, les PLymouthistes ou Z)ar6ii to,et dautres petites sectes exaltées, très attachées surtout à l'idée que la fin du monde actuel et le retour visible du Christ sont proches.
Les mots de gallicanisme, de jansénisme, de guiétisme, désignent des opinions spéciales sur certains points de foi ou de discipline, opinions qui ont été condamnées par le siège pontifical : mais on ne les range ordinairement pas parmi les hérésies proprement dites. [Albert Réville. J
HIÉROGLYPHES. — Histoire générale, IH. — Ëtym. : de hiéros, sacré, et ijluphô, graver, sculpter, traduction exacte de rexpression égyptienne skhaïou noutri. dessins [écrits) divins. — Nom que les Grecs donnèrent aux caractères dont se servaient les Egyptiens pour écrire les inscriptions gravées sur les murs des temples , df s palais et des tombeaux; d'une manière générale, nom de tous les caractères employés par les Egyptiens.
Eléments de L'écriture tiiérogiyphique. — Les hiéroglyphes égj'ptiens étaient au début des idéograrmnes ou signes cfidée : la figure d'un bœuf '^fff^ rendait aux yeux l'idée de bœuf, celle d'un
homme ''>^\ l'idée d'homme, celle d'une étoile *
l'idée d'étoile, etc. Mais l'idée se traduit toujours par un mot pensé ou prononcé. La vue du ùœ'i/', de l'homme, de l'étoile, su. gérait, à l'esprit de l'Égyptien qui les avait dessinés et de celui qui les voyait, le mot ahou correspondant à l'idée de bœuf, le mot rôtou correspondant à l'idée d'homme, le mot siba correspondant à l'idée d'étoile : ahou, rôtou, siba devinrent la prononciation constante
de "^flj, ^>^, -K. Pour marquer les idées dont
l'expression est un objet matériel, on dessina l'objet; pour marquer celles qu'on ne peut pas exprimer directement de la sorte, on employa des équivalents : un homme po? tant la main à la bouche
^J^ pour les idées de boire, manger, parler, réfléchir, prier, etc. ; deux jambes j\ pour les idées de mouvement ; une hache à sacrifices \ pour l'idée de ' leu. On eut de la sorte un système d'écriture dans lequel chaque signe répondait à une idée et au mot de cette idée : « Vliomme va » s'y serait
exprimé aux yeux par les signes ^^^ y\ ou tî^ ^^^
qui se liraient rôt iou ou ion rôt. Aucune inscription égyptienne de ce système n'est parvenue jusqu'à nous, mais les inscriptions de toutes les
époques renferment un grand nombre d'idéogrammes mêlés aux autres signes.
La langue égyptienne est monosyllabique en général, c'est-à-dire que la plupart des mots n'y renferment qu'une syllabe. Cette syllabe est formée ou bien de deux consonnes avec voyelle médiale, MIR, ou bien d'une consonne à voyelle initiale. IR, ou bien d'une consonne avec voyeiie finale, BL Cela revient à dire que, dans l'écriture, la plupart des signes d'idée avaient pour son deux consonnes avec voyelle médiale : ••^c: le hoyau, MIR, ou bien une consonne avec voyelle initiale : -^at»- l'œil, IR,
ou encore une consonne avec voyelle finale, "Vk
la grue, BL On s'habitua insensiblement à voir dans ces signes, moins des représentants d'idée que des représentants de son : ■'ô;::; fut le son MIR,
-«s^ le S071 IR, «^ le son BI. Or la combinaison de consonnes MR forme en égyptien plusieurs racines de sens fort diflTérents : MIR signifie un hoyou, MIRI signifie aimer et aussi œil, MIROU signifie lier : au lieu de borner la valeur du signe •"«S:; à la représentation idéographique du hoyau, on s'en servit, par extension, pour figurer tous les mets où se retrouvait la syllabe MIR, et on écrivit •K::^; MIRI, aimer, '<sz. MIRI, xil, -^ MIROU, lier. La combinaison IR, outre le sens œil, a aussi le sens faire : l'œil -«>-, lu IRI, servit à rendre le sens œil et le sens faire. En un mot, d'idé"graphique, le signe devint syllaLique. Il avait d'abord servi à rendre une idée, puis le son d'une idée : il en arrivait à ne plus rendre que le son d'une syllabe sans plus rien retenir de l'idée. Mais ce n'est pas tout. Les syllabes formées d'une consonne et d'une voj'elle , comme <=», RO, la bowjhe, ^»., DOU, la main, f"^ XI, l'eau, renfermaient un élément constant, la consonne, R, D, X, qui ne change jamais, et la voyelle, 0, OU, I, qui, surtout dans les langues orientales, est toujours des plus mobiles. Les Egyptiens s'habituèrent à séparer l'élément vocalique et à ne tenir compte que de l'élément immuable de ce genre de syllabe : dans -=> Ro, ils virent R ; dans ^w. Dou. D ; dans a~«wv Ni, X : «=-, •^»-, f"^ passèrent à l'état de R, D, X, et l'évolution fut complète. Le signe, d'abord idée, puis sjllabe, ne fut plus que lettre, et l'alphabet se trouva inventé.
Deux difficultés se présentaient lorsqu'on voulait écrire, avec les caractères ainsi employés, un texte un peu long. En premier lieu, chaque idée ou chaque objet avait été exprimé au début par plusieurs termes synonjTnes, dont l'emploi s'était souvent conservé : ainsi le hoyau, *<szz, s'appelait indifféremment mir ou hon; l'oreille de veau, ^ , se disait som [sôtm] ou den, etc. Tant qu'il s'agissait de ■^^S;; idéogramme, peu importait qu'on lût iràr ou hon : quelque son qu'on choisît, on avait le sens hoyau, et c'était l'essentiel. Mais supposez qu'on transcrivît par •'<ic; le son HOX^, pris dans le sens de vase, qu'il avait également, ou la syllabe HOX du mot HOXBou, fontaine : le lecteur pouvait être embarrassé, ne pas savoir laquelle des deux valeurs HOX ou MIR il devait choisir, et ne pas comprendre la plirase. Pour indiquer, dans ce cas, la valeur qu'il convenait d'adopter, on prit l'habitude d'écrire, avec le syllabique polyphone, c'est-à-dire susceptible de prendre plusieurs sons, l'autre des deux lettres qui répondaient à son énonciation, presque toujours la seconde. Pour indiquer la valeur ilIR
de ■'^szî on ajouta «=» (R) à •*cc soit "^-^ qu'il ne faut pas lire MIR -j- R, mais mir, «==- n'étant là que comme indice de lecture ; pour indiquer le
son HOX, on ajouta a««*a (N) à •^Ss;;::, ^oit '^'^ ou
X '"^^ avec R (H) devant, a««~-a (X) derrière, qu'il ne faut lire ni HON -j- N, ni H -{- HON -^ N , mais Ao«,
HIEROGLYPHES
X (H) et i""-^ (N) n'étant là que comme indices de lecture. On nomme ces indices de lecture compléments phonétiques: V W *3st le complément phonétique de -HT prononcé sôm, sôtm; a«*>-a (N) le complément phonétique de ^ prononcé den.
En second lieu, les mots homophones, c'est-à-dire semblables de sons, devaient devenir la cause d'innombrables erreurs. MIR, placé dans une phrase, y signifiait-il aimer, lier, charrue ou bien œil? Dans bien des cas on ne devait savoir comment choisir entre lier et aimer par exemple. Pour distinguer les différents sens d'une même racine, on eut recours à des signes idéographiques, auxquels on donna un emploi nouveau. ^ (MIR) signifiait-i! lier, on traça derrière le mot l'idéogramme du li'-n, a ou ^, soit ^ s ou ^ ^; signifiait-il aimer, on traça l'idéogramme des idées de parole ou de réflexion, '^, soit ^ ^ ; signifiait-il œil, on traçait Vœil pris comme idéogramme, soit ■''^^ i»».. Ce signe idéographique, nonpionoxcé, s'appelle un déterminatif. Les déterminatifs sont un des éléments importants du système hiéroglyphique : s'ils n'existaient pas, nous pourrions à peine lire une inscription.
L'écriture hiéroglyphique se compose donc d'un mélange de signes idéographiques prononcés ou idéogrammes, de signes syllabiques, de lettres, et de signes idéographiques 7ion prononcés déterminatifs. Prenons une phrase quelconque :
Les signes "^{T') et --»■ (D) sont des lettres ainsi
que le signe I (A) ; m^ ^st un syllabique, M"N, dont A>~~A (N) est le complément phonétique ; et le signe î est le déterminatif des noms de dieu, ici du nom d'.4wjmo?i. Dans ce qui suit ■==■ (R) et , — i (A, î) sont des lettres ; O et J sont iléterminatifs,
l'un de l'idée de soh-il, l'autre l'idée de dieu; ^ est un syllabique, SOU, a (T) et a~«~m ^) sont des lettres, | e?,\.Y idéogramme prono7icé àe Die«<,NOUTRL
n est répété trois fois pour marquer le pluriel idéographique, et la phrase entière se lit : T'oD AM°N-RASo"T^N-NOUTRI'>o; Dit Ammon-Râ, 7'oi des Dieux.
Alphahet et syllabaires. — Il y a en Egypte un alphabet dans lequel chaque son a un ou plusieurs équivalents graphiques :
A ou À . . 1^.
A ou A... .= — I, ïy.
VV ou F. . . *
— 960 — HIÉROGLYPHES
B ouV... J.
RL .=>,j^.
H ro-
H ou H'., f.
X ou Kh. o.