Applications ; expériences à faire en classe
— Absorption des gaz par les solides. — Expériences aussi faciles que nombreuses sur le charbon et l'argile ; déjà indiquées dans notre § 1«'.
Absorption des gaz par les liquides. — Faites brûler du soufre dans un grand verre ; quand le verre est bien rempli de gaz sulfureux ainsi formé, bouchez-le avec la main et retournez-lc sur Tcau; ôtez la main, vous verrez l'eau monter peu à peu dans le verre, c'est-à-dire absorber une grande partie du gaz sulfureux.
Prouvez de même que l'eau absorbe l'air, en montrant les bulles d'air emprisonnées dans un morceau de glace. Montrez encore des bulles d'air dans une boisson gazeuse, dans l'eau de Seltz, la limonade, le cidre, la bière.
Imbibition des solides. — L'éponge, le papier buvard, le morceau de pain qu'on met tremper, etc.
— V. Hygromètre.
Osmose. — V. ce mot.
Absorption des liquides par les végétaux. — Mettre sous les yeux des élèves deux plantes semblables, égalementvigoureuses, plantées dans des vases d'égale dimension, remplis de terre de même qualité. L'une des deux sera régulièrement arrosée tous les jours, l'autre non ; on leur fera remarquer le dépérissement rapide de celle qui n'a pas d'eau à absorber. Faire germer, dans une chambre à température modérée, des grains de blé humides, posés sur une soucoupe, en renouvelant l'eau tous les jours.
A bsorption des gaz par les végétaux. — Répéter l'expérience de Cloëz. On remplit d'eau un grand bocal de plusieurs litres ; on y place une plante aquatique, la petite lentille d'eau par exemple ; on le renverse sur une terrine d"eau de manière à le conserver plein, et on le porte au soleil. On voit aussitôt les feuilles de la plante immergée se recouvrir de bulles de gaz, et si l'on attend deux ou trois heures, le gaz a gagné le haut du flacon, où il occupe un certain espace. On peut le transvaser dans un petit tube et montrer que ce gaz est de l'oxygène, puisqu'il a la propriété caractéristique de rallumer un corps presque éteint.
Montrer qu'un dégagement de gaz d'éclairage par exemple au pied d'un arbuste ou sous les racines d'une plante la tue rapidement.
Absorption chez les animaux. — A défaut d'expériences directes, raconter celles de Flourens, notamment le canard nourri d'aliments où entrait de la garance un mois sur deux ; après sept ou huit mois de ce régime, les os de l'animal présentaient des couches concentriques alternativement blanches et rouges : celles-ci correspondaient aux périodes de nourriture à la garance.
Autres exemples à citer et à expliquer : l'absorption du venin, qu'on tâche d'empêcher par la succion ou la cautérisation ; la vaccine, qui consiste à déposer dans une petite piqûre faite au bras une goutte du liquide appelé vaccin : ce liquide est tellement absorbé par les tissus et porté par le sang dans tout le corps, qu'il suffit à préserver de la petite vérole. fC. Haraucourt.]
ABSTRACTION.— Psychologie, XI.— De/!«i<!o?2.
— Ce mot peut désigner soit une de nos facultés intellectuelles, soit l'opération de cette faculté. Abstraire, c'est considérer isolément dans un objet un de ses caractères; c'est concevoir une qualité sans la substance à laquelle elle appartient ou une substance sans ses qualités, comme si l'une pouvait exister sans l'autre. Par exemple, je puis, en examinant un lis, ne remarquer que sa blancheur, sans songer à sa forme, à son parfum, à sa grandeur, etc. La blancheur, ainsi prise à part, est une idée abstraite.
L'abstraction comme l'analyse (V. I'"^ Partie) décompose l'objet ; mais, tandis que l'analyse divise
cet objet s'il est réel en parties réelles aussi, l'abstraction en détache non des parties effectivement séparables, mais des qwdités qui ne peuvent en être isolées que mentalement et fictivement.
Son rôle et son usage. — Cette définition même fait comprendre le rôle de l'abstraction dans la vie intellectuelle. Elle y représente un certain travail mental, qui suit celui de la simple observation sensible, une opération plus délicate où l'esprit doit déployer une certaine activité propre. Sans l'abstraction, il n'y aurait pas de généralisation possible, et partant pas de science.
Mais de ce qu'on ne débute pas par l'abstraction, de ce qu'elle se manifeste après la perception *, il ne s'ensuit pas que l'abstraction soit moins naturelle à l'esprit humain que l'observation par les sens. Pour venir en second lieu, elle n'en vient pas moins aisément, moins spontanément. Loin d'être un procédé artificiel d'un emploi rare et difficile, c'est un besoin de l'esprit dès qu'il commence à penser, un besoin de la parole dès qu'elle nait sur les lèvres. Tout homme fait sans cesse des abstractions, sans y prendre garde. Un philosophe français du commencement de ce siècle, Laromiguière, disait spirituellement : les cinq sens sont des machines à abstraire. En effet, chaque sens ne nous fait percevoir qu'une seule qualité à la fois ; nous percevons ainsi les qualités séparées les unes des autres, distinctes entre elles et distinctes de l'objet en qui elles résident, abstraites enfin par le seul fait de cette division du travail qu'opèrent nos cinq sens. Ecouter, c'est abstraire (ies qualités sonores ; regarder, c'est abstraire des qualités lumineuses, et ainsi du reste.
Parler c'est aussi abstraire ; car le langage consiste dans le fait môme de créer des mots dont chacun représente et fixe non pas un groupe confus d'idées, mais une idée prise à part. A l'exception des noms propres qui désignent une seule personne ou une seule chose sans énoncer aucun de ses divers attributs, tous les mots sont le résultat d'une abstraction.
Mais il importe (surtout pour les besoins ultérieurs de la pédagogie) de faire voir les diverses manières dont s'accomplit l'abstraction.
Double série d'opérations parallèles résultant de l'abstraction. — Par cela même qu'elle consiste à séparer les qualités des substances, l'abstraction fait naître dans notre esprit deux ordres d'idées qui se complètent mutuellement et qui désignent , d'une part, lessu6sfa?2cesdépouillées de leurs qualités, ce .qui n'existe pas dans la réalité ; d'autre part, les qualités isolées de leurs substances, ce qui n'existe pas davantage.
A la première série correspondent les noms ou substantifs, à la seconde les qualificatifs de toute sorte.
La première série constitue l'ordre du concret, la seconde l'ordre de Vabstrait.
Trois degrés de cette double série. — Dans ces deux séries l'abstraction passe par trois degrés, qu'on pourrait par analogie 3Lppe\cr positif, comparidif et superlatif, et qui correspondent aux trois grandes notions logiques : indicidu, espèce, gem^e. L'esprit considère d'abord ce qu'il y a de plus particulier et de plus complexe, l'individu; puis il lait des individus semblables un premier groupement, qui est l'espèce; puis de plusieurs espèces rapprochées il constitue une collection plus vaste, une classe tout à fait générale, un genre.
Ces trois degrés se retrouvent aussi bien dans l'abstrait que dans le concret. Sans entrer plus avant dans le détail do cette double et parallèle formation des idées concrètes et abstraites, nous résumons les deux séries, en regard l'une do l'autre, aux trois degrés , dans le tableau suivant :
ACADEMIE
L'esprit, considérant la snasT^ncs sans ses attributs, a des idées couckètbs à trois degrés :
1" degré. — Il crée les nomx propres (désignant l'individu sans ses qualités) et le verbe substantif (affirmant l'existence sans les manières d'être).
2* degré. — Il crée les 7ioms communs (convenant à plusieurs individus considérés comme semblables).
3' degré. — Il crée les noms collectifs (réunissant en une seule classe plusieurs êtres réels et résumant en un seul mot plusieurs noms communs).
7 — ACADÉMIE
L'esprit, considérant I'attbibut sans sa substaocc,
a des idées abstraites à trois degrés :
1" degré. — Il crée les adjectifs (désignant des qualités
sans l'être qui les possède) et les verbes attributifs (désignant l'acte ou l'état sans l'être qui en est le sujet).
2« degré. — Il crée les noms abstraits (désignant des qualités considérées comme si elles étaient des substances).
3" degré. — Il crée les termes généraux (noms et déterminatifs de toute sorte groupant en une seule abstraction plusieurs idées abstraites et résumant en un seul terme générique plusieurs noms abstraits).