I. Analyse dans la chimie inorganique ou
J4NALYSE chimique PROPREMENT DITE. — l" cleqié
d'analyse : Détermination de la nature d'tai corps à l'aide de réactifs. — La première opération, quand il s'agit d'analyser un corps dont on ignore la composition, c'est de chercher à détermiii^er les caractères distinctifs de ce corps, d'une manière de plus en plus précise. Pour y parvenir, l'analj^se emploie d'abord les réactifs.
Ce sont les substances chimiques qui ont la propriété de provoquer, au contact d'un autre corps, certains phénomènes ou réactions caractéristiques. Ils révèlent, en quelque sorte, la présence de tel ou tel corps.
Une première indication permet de dire déjà à quelle grande classe appartient le corps en question ; circonscrivant de plus en plus l'examen, on t^mploie d'autres réactifs pour déterminer la sub- <^livision de cette classe à laquelle il se rattache, et ainsi, progressivement, on arrive à en déterminer les éléments constitutifs eux-mêmes.
Ainsi, on me présente un liquide : je saurai immédiatement si c'est un acide, une base ou un forps neutre : dans le premier cas, il rougira la teinture bleue de tournesol ; dans le second, il la ramènera au bleu après qu'elle aura été rougie par un acide ; dans le troisième, son action sera nulle. Voilà un commencement d'analyse ; la teinture de tournesol est un réactif suffisant pour cette première détermination.
Je suppose que cette première expérience m'ait appris que j'ai sous les yeux un acide : je veux savoir en outre quel est cet acide ; pour y parvenir, il faudra employer un réactif spécial qui mette en évidence une propriété caractéristique, propre à me faire reconnaître un acide à l'exclusion de tout autre. Si cet acide attaque vivement le cuivre, on saura aussitôt que c'est de l'eau-forte (acide azotique! ; s'il dissout l'or, c'est l'eau-rcgale (mélange d'acides azotique et chlorhydrique) ; s'il attaque le verre, c'est de l'acide fluorhydrique, etc. Quand il a ainsi découvert, à l'aide d'un réactif, la nature d'un corps, le chimiste cherche un agent capable d'en faire la décomposition effective. Le réactif a fait apparaître un ou plusieurs des éléments dont il se compose ; l'agent d'analyse va les séparer.
Voici deux exemples qui expliquent avec précision cette différence des réactifs et des agents (Girardin , Chimie gé7iérale, pour l'enseignement spécial et professionnel, notions préliminaires) :
« Si je veux m'assurer qu'un liquide renferme de Vargent, j'y verse quelques gouttes d'eau salée, parce que la science m'apprend que l'un des caractères distinctifs de l'argent est de former avec cette eau des grumeaux blancs, abondants, que '['alcali volatil fait ensuite complètement disparaître. Comme il n'y a que l'argent qui présente un pareil phénomène, et que celui-ci est mis en évidence par l'eau salée et l'alcali volatil, je dis que CCS deux substances sont des réactifs de l'argent. Si, au lieu d eau salée, je plongeais dans le composé liquide d'argent une lame de cuivre, j'opérerais la séparation complète de l'argent, qui se
déposerait alors sur la lame, sous la lorme de petits cristaux pulvérulents, blancs et brillants. Dans ce cas, la lame de cuivre n'est plus un réactifs mais un agent d'analyse
» De même encore, lorsque je veux savoir si un liquide renferme du cuivre en dissolution, j'ai recours h. une matière que le commerce nous fournit sous le nom de prussiate de potasse, parce que la science a découvert que, de tous les métaux, le cuivre est le seul qui, avec cette matière dissoute dans l'eau, donne lieu à la production d'une poudre floconneuse d'un louge cramoisi. — Le prussiate de potasse est donc le réactif du cuivre. — Et si maintenant, après avoir mis en évidence la présence du cuivre dans une liqueur quelconque, je veux isoler complètement le métal et l'avoir avec ses caractères propres, je plonge et je maintiens, pendant un temps suffisant, une lame de fer bien polie dans cette liqueur, parce que, sous l'influence de cet agent, tout le cuivre se dépose en paillettes rouges et brillantes sur le fer; il n'en reste plus un atome dans la liqueur après quelque temps. »
Ainsi encore, la chaleur, qui est un des principaux agents d'analyse, n'est pas un réactif.h'clcctricité est un autre puissant agent d'analyse et de synthèse : témoin les merveilleux résultats de l'eudiomètre.
Tous les corps ont ainsi leurs réactifs propres. Nous indiquons les principaux d'entre eux dans les articles spéciatix consacrés à chaque corps ; nous n'avons ici qu'à montrer leur rôle au début de laaalyse chimique.
2« degré : Analyse qualitative. — C'est celle qui fait seulement reconnaître la qualité, c'cst-à dire la nature des éléments qui constituent un corps, sans évaluation des proportions. On ne demande aux réactifs et aux agents employés dans ce cas que d'accuser les plus légères traces do chacun des corps simples qui peuvent entrer dans le composé qu'on étudie. Ainsi le ferrocyanure de potassium permettra de voir à l'instant même si une liqueur contient du fer ou du cuivre, en si faible proportion qu'ils s'y trouvent, mais il ne permettrait pas de dire quelle est cette proportion.
3"^ degré : Analyse quantitative. — Celle-ci au contraire a pour but de doser, de mesurer la quantité de chaque corps simple que contient un corps composé. 11 est évident qu'elle est infiniment plus délicate et demande des procédés très-complexes, très-précis, des opérations tout à fait techniques et dont l'exposé dépasserait le cadre de* l'enseignement élémentaire.
L'analyse quantitative peut porter sur les volume? ou sur les poids. Ainsi la composition de l'air peut être énoncée ainsi :
(ex poids) (en volitjib)
Oxygène 2-3,13 30,93
Azote TG,8T 79,07
Analyse par voie sèche et par voie humide. — L'analyse par voie humide est celle qui emploie principalement les réactifs liquides, les dissolutions alcalines, acides et salines. L'analyse par voie sèche emploie les réactifs à l'état sec (solide ou gazeux); elle nécessite ordinairement l'action de la chaleur.
D'une manière générale, c'est un procédé essentiel de l'analyse de séparer les divers cléments d'un corps on les faisant passer à deux états différents, l'un liquide, par exemple, l'autre solide ou gazeux. L'art du chimiste consiste à trouver un réactif qui, agissant différemment sur les différents élcmtMits, solidifie ou vaporise l'un, tandis qu'il laissera l'autre liquide ou vice versa.