‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. Buisson (volume 4)Chapitre 72 sur 593 · LEÇON ET DÉVELOPPEMENTS A L'USAGE DES MAITRES · texte numérisé non relu

LEÇON ET DÉVELOPPEMENTS A L'USAGE DES MAITRES

Analyse grammaticale. — L'analyse grammaticale proprement dite suppose d'abord une bonne classification des parties du discours (V. l'exposé de cette question à l'article Parties du discou)-s). Les instituteurs peuvent à cet égard s'en rapporter aux manuels de grammaire qu'ils ont entre les mains, sans attacher une bien grande importance aux différences de détail qui les séparent sur quelques points.

Dans le cours élémentaire^ les exercices d'analyse grammaticale seront exclusivement des exercices oraux; dans le cours moyen, on en écrira les données principales pour servir d'exercices au tableau iioir : on habituera peu à peu les élèves à> les reproduire, d'abord séance tenante sur l'ardoise, puis sur leurs cahiers, et enfin ils pourront,, dans le cours sujiérieur surtout, les rédiger par eux-mêmes, comme exercices de révision accompagnant le cours de grammaire. (V. Analyse, dans la I"= Partie.)

Nous avons déjà dit ailleurs, mais nous ne saurions trop redire que, si l'on ne peut proscrire absolument les exercices écrits, il faut les restreindre le plus possible, les réserver presque exclusivement pour les exercices de concours ou de récapitulation, et, quand on y a recours dans les. classes ordinaires, les animer, les varier sans cesse en y joignant de nombreux exercices oraux et des questions ayant trait à l'analyse grammaticale, logique, étymologique, littéraire même.

Suivant la force des élèves, et suivant l'objet spécial que se proposera le maître, ces exercices prendront des formes très -diverses. Au début, l'analyse sera presque toujours une anal>ise jmrtielle, c est-à dire qu'elle ne s'appliquera qu'à distinguer dans une phrase ou un ensemble de phrases tel ou tel élément, telle ou telle espèce de mots : nom, adjectif, verbe, adverbe, etc., soit que l'on se borne à la simple indication de l'espèce, soit qu'on y ajoute, pour les mots variables, celle des circonstances qui les font varier; soit encore qu'on veuille faire apercevoir aux élèves plusieurs mots de différentes espèces avec le rapport qui les unit, les noms avec lettrs qualificatifs, les verbes avec leurs compléments, les prépositions et les termes qu'elles rattachent, etc. Plus tard, l'analyse deviendra générale , et l'on prendra successivement, pour s'en rendre compte, tous les termes d'une phrase, soit dans l'ordre où la phrase les donne, soit en rétablissant, s'il y a lieu, l'ordre logique.

Dans tous les cas, remarquons-le bien, un exercice d'analyse grammaticale n'est véritablement complet que lorsqu'il joint à l'étude de l'espèce des mots celle de leur fonction dans la phrase où ils sont placés. Si j'ai à analyser : J'aime mo7i père, qu'importe que je sache que je est un pronom ; aime, un verbe ; mon, un déterminatif, etpèi'e, un nom, si je ne sais qu'il y a des rapports entre tous ces mots et quels sont ces rapports ; que Je est le sujet de aime et lui fait la loi tant au point de vue du sens qu'au point de vue de l'orthographe; que père complète l'idée exprimée par le verbe aime et la complète directement, c'est-à-dire sans l'addition d'aucun rapport intermédiaire ; que c'est le nom père que détermine le possessif }n07i ? Ainsi l'analyse grammaticale, pour ctro complète et rai-

ANALYSE

ANALYSh

Bonnée, réclame le secours des premiers éléments de l'analyse logique, c'est-à-dire la connaissance sommaire des termes constitutifs de la proposition simple.

Aussi trouvons-nous aussi judicieux que simple le programme spécial pour létude de l'analyse dans les écoles primaires qu'a publié récemment le Département d'éducation en Angleterre. C'est un tableau indiquant le niveau des connaissances exigées dans chaque branche aux examens de fin d année de l'école primaire. Chaque degré ou standard donne lieu à un certificat correspondant :

1" Standard. L'analyse ne figure pas encore.

2*. Indiquer les substantifs dans un passage lu par l'élève.

3'. indiquer les substantifs, les verbes et les adjectifs.

4*. Faire l'analyse grammaticale d'une proposition simple.

5'. Faire l'analyse grammaticale et logique d'une pi'oposition simple.

6". Faire l'analyse grammaticale et logique d'une proposition complexe.

Analyse logique. — L'analyse logique, soit qu'on la considère comme le comi)lément de l'analyse grammaticale, soit, ce qui est plus juste, qu'on y voie le principe même et le fondement de cette analyse, repose f^ut entière sur une étude de la proposition * et uc l'union des propositions. {Pour les éléments de cette étude, V. l'article Syntaxe.)

Ici les questions de théorie et de nomenclature sont plus importantes et plus controversées que pour l'analyse grammaticale. Nous ne saurions t.op insister auprès des maîtres pour leur recommander la recherche de la plus grande simplicité possible. Moins ils emploieront de termes techniques et de subdivisions délicates , plus ils seront près du but.

S'il s'agit d'une proposition isolée, qu'on nomme en général absolue, ou d'une proposition que l'on considère momentanément comme isolée, on s'attachera surtout à faire reconnaître et distinguer, dans la variété des constructions, les termes essentiels et les termes accessoires : sujet, verbe, attribut d'une part, et de l'autre, compléments. Au lieu de dire qu'un sujet est multiple, par exemple, dites que la proposition a deux, trois sujets ; de même pour les attributs. Si le sujet ou l'attribut sont simples^ c'est-à-dire s'ils n'ont point de compléments, n'en parlez pas et passez. Au lieu de dire que le sujet, que l'attribut est complexe, énoncez de suite, après le terme, ses compléments, et, s'il y en a de plusieurs sortes, distinguez-les. Si le sujet, si l'attribue n'ont point de compléments, à quoi bon me dire qu'ils sont incomplexes? ne le voit-on pas bien sans ce mot? Si vous avez affaire à un verbe attributif, c'est-à-dire si l'attribut est contenu dans le verbe, qu'il vous suffise d'avoir fait comprendre une fois pour toutes ce que c'est qu'un verbe attributif: ne décomposez plus, ne diies pas : Je vous aime, c'est-à-dire : je iuis aimant vous, clconlocution inutile et même fausse, tournure barbare tout ou moins, que jamais oreille française n'a supportée. Ne compliquez pas non plus votre classification des compléments : c'est bien assez de distinguer ceux qui sont indispensables : complément direct, complément indirect, complément circonstancud, suivant les cas, pour les verbes attributifs; complément déterminatif et complément explicatif ponr les mots qui, n'étant pas des verbes, peuvent avoir des compléments (noms, adjectifs, adverbes).

La distinction des diverses espèces de propositions et de leurs rapports doit aussi rester dans les limites d'un examen sommaire. Il suffit, la plupart j

du temps, de faire voir si les propositions sont dépendantes ou non les unes des autres. Si elles sont indéperidantes, ce sont des propositions coordonnées (elles ne sont pas rattachées par un terme impliquant la subordination) ; si l'une de ces propositions domine les autres, qui n'existeraient pas ou ne se comprendraient pas sans elle, celle-ci est la prijicipole, les autres sont les subordonnées, que l'on nomme incidentes ou relatives quand elles commencent par un pronom relatif ou un adverbe conjonctif. {\. Syntaxe.)

Quanta la marche pratique des exercices, mêmes recommandations que pour l'analyse grammaticale. C'est de vive voix et devant le tableau noir que devront se faire la plupart des exercices d'analyse logique, qui seront gradués au fur et à mesure quele développement des leçons de grammaire apportera des notions et aussi des difficultés nouvelles ► L'exercice syntaxique sera, en quelque sorte^ l'exemple à l'appui, le thème d'application de chaque partie ou au moins des parties principales de ce développement. Le livre de grammaii-e, le maître, mieux encore les élèves eux-mêmes, en fourniront les éléments ; et les exercices écrits donnés comme devoirs pourront se réduire à un assez petit nombre , môme dans le cours supérieur des écoles primaires, même dans l'école normale.

Analyse étymologique. — Nous n'avons que peu à (lire sur ce dernier point, qui sera traité ailleurs d'une façon plus développée. (V. l'article Êtynioloyie.) Les exercices d'analyse étymologique n'ont pas, à la rigueur, besoin d'une place spéciale dans les exercices de l'école. C'est la lecture, c'est la dictée qui y donnera lieu, le maître ayant soin de graduer ces exercices d'après la force des élèves : par exemple, de ne proposer aux plus jeunes élèves que l'étude dé radicaux simples, sans permutations, ou dont les permutations soient faciles à saisir, de suffixes et de préfixes dont le sens soit bien clair. Ainsi, la famille du radical mojit est une de celles dont l'enfant apercevra lacilemenv les membres, parceque le radical 77i07itsy trouve toujours dans toute son intégrité : monter, promontoire, monticule, montagnard, etc. Il comprendrait, à coup sûr, moins aisément, comment suspicion et inspecteur appartiennent à une même famille. C'est par degrés seulement que l'analjse étymologique pourra se compléter, sans jamais être poussée trop loin : le maître lui-même risquerait souvent de s'égarer.

Dans le cours supérieur, une étude succincte des su/fixes et des préfixes classés analogiquement ne serait pas inutile. Dans les écoles normales, l'analyse étymologique ira jusqu'à rechercher les principaux mots-racines venant du grec et du latin, et formant dans notre langue, les uns des familles de mots usuels, les autres des termes techniques et scientifiques. Mai^ tous ces exercices ne doivent être pratiqués qu'avec réserve et sous la direction de maîtres dont le savoir soit sûr et l'expérience consommée. [Ch. Defodon.]

Analyse grammaticale complétée par des exercices de synthèse. — A cliaquo exercice d'analyse gi'amniaticale, logique, étymologique, soit partielle soit générale, doit correspondre, dans une classi! bien dirigée, un exercice en sens inverse, c'est-à-dire une synthèse faisant faire à l'esprit un travail de recomposition qui est à la fois le complément et le correctif de celui qu'il a accompli pour décomposer la phrase. Ainsi marchent de front les deux opérations parallèles. Exemple :

Analyse.

Analyser les adjectifs dans un morceau dicté.

Dire à quel genre et quel nombre sont tels mots donnés.

Synthèse.

Faire une phrase où entrent ces adjectifs.

Mettre à tel genre et tel nombre )es mots donnés.

ANALYSE

ANALYSE

Analyse.

Dire à quoi mot se rapporte tel autre, comme feii.jet , comme attribut , comme complément.

Incliquer d'où dérivent tels mots.

Décomposer telle phrase en propositions.

Dire quelle est la nature de telle proposition, etc.

Synthèse.

Inventer un s\ijot, un attribut, un complément convenable pour terminer une phrase commencée.

Chercher des mots dérivés de tel primitif.

Lier en une seule phrase plusieurs propositions données.

Faire d'invention, avec «les éléments donnés, une proposition dételle nature, etc.

Cette question, très-importante dans la pratique scolaire, du parallélisme constant des exercices ana- IjlfÀilues et des exercic s synthétiques, est traitée, ■avec les exemples à l'appui, au mot Exercices grammaticaux. — V. aussi Construction grammaticale.

Ouvrages à consulter pour ces exercices. —

"Traité d'analyse loyique et grammaticale, de B. Jullien. — Exercices d'analyse, par Bonneau.

Les principales étymologies de la langue française, par B. Jnllicn. — • Lexicologie française, par Sardou.

Analyse grammaticale raisonnée, par Bonneau ; — L'Analyse logique dégagée de ses entraves, par Bonneau et Lucan.

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