Attribut: prêtera) vous =. a vous
( dès que vous demanderez . . . . .
2° Analyse détaillée. Exemple : Je désire qu'il achève ses études avant qu'il soit arrivé à l'âge où on le fera entrer dcms la vie pratique.
Cette pin-ase de subordination renferme les propositions suivantes :
1. Je désire. Proposition principale. Je, sujet; désire, attribut exprimé par un verbe à l'indicatif, parce qu'il marque un fait.
2. Qîi'il ac'iève ses études. Proposition substantive exprimant le complément direct du verbe désire, auquel elle est liée par la conjonction que. Il, sujet ; achève, attribut verbal, au, subjonctif, parce qu'il dépend du verbe de volonté désire; études, complément direct déterminé par ses.
3. Avant qu'il s it arrivé à /"d,/)'?. Proposition adverbiale de temps liée au verhe achève par la conjonction composée avant que. Il, sujet ; soit arrivé, attribut verbal, au subjonctif, à cause de avant que ; à l'âge, complément indirect.
4. Où on le fera entrer dans la vie pratique. Proposition adjeciive déterminative, liée au substantif âge par le pronom relatif où. On, sujet ; fera entrer, attribut exprimé par une locution verbale, à l'indicatif, parce qu'il s'agit d'un fait; le, complément direct; dans In vie pratique, circonstanciel de lieu; ow=: à l'âge, circonstanciel de temps.
Évidemment, ce genre d'analyse "détaillée ne doit être fait dans la règle que de vive voix ; il peut cependant être employé quelquefois pour des concours et des examens.
Analyse étymologique. — L'analyse étymologique, qui considère les mots isolément quant à leur formation, doit indiquer : 1° la manière dont les mots dérivés sont tirés des mots primitifs; 2° la manière dont les mots composés sont tirés des mots simples.
En voici quelques exemples : le premier est tiré de notre Cours gradué de langue française. Manuel du maitre (p. 199), où ce genre d'analyse a été exposé pour la première fois fois en 1870.
A. Lu lion vint à lui la gueule béante.
Lion, nom d'animal d'où dérive lionceau, au moyen du diminutif masc. eau.
Gueule, nom de chose qui a formé l'adjectif ^o!</«/, au moyen du suflixc u, qui a le môme sens que le suffixe eux et signifie plein de ou qui a de, comme dans barbu, qui a de la barbe.
Béant, part, présent de l'ancien verbe béer, qui est le même que bay^r (par ex. bayer aux corneilles) et bâiller, ouvrir la bouche. Dérives : ba-
ANALYSE
ANALYSE
daud, badin. Composé : bégueule, c'est-à-dire bée-queide, littcralcmeni : qui ouvre la bouche.
B. La rivière déborda et inonda lo vallée. }]iviére, nom de chose, formé de rive, au moyen
du suffixe féminin ière, comme dans houdliete.. théière, etc.
Déborder, verbe formé du substantif bord et du préfixe dé, qui signifie éloignement, et par suite, au figuré, cessation, privation -.déborder, c'est passer les bords.
Inonder, verbe formé du substantif onde et du préfixe latin in, qui signifie dans et dont la forme française est en : encaver.
Vallée, nom de chose tiré de val, au moyen du suffixe ée, qui exprime une idée de capacité, quelque chose d'entier, de plein, comme charretée, plein une charrette, soirée, plein un soir, c'est-àdire tout un soir, etc.
C. Un travail modéré affermit la santé. Travail, substantif verbal formé de travailler,
d'où, au moyen du suffixe eur, travailleur. Le synonyme de travailler est labourer, qui a donné labour, laboureur et laboumge, et qui s'est restreint au travail de retourner la terre ; le sens originel s'est maintenu dans l'beur, synonyme poétique de travail, et dans laborieux.
Modéré, participe passé du verbe modérer, d'où modérateur, modération.
Affermir, verbe composé de ferme et du préfixe ad dont le d s'assimile à /,• affermir, c'est rendre ferme. De ferme ont aussi été formés les verbes affirmer et affermer.
Santé, nom abstrait, est dérivé d'un mot latin {sanitateni) dans lequel nous trouvons l'adjectif sain et le suffixe fém. té qui marque la qualité.
[C. Ayer.]
II. Procédés américains. — L'enseignement primaire aux Étais-Unis fait un grand usage des diag)-ammes ponr l'analyse grammaticale et même logique. Le système le plus ordinairement suivi sous des formes graphiques assez différentes consiste à marquer la coordination des termes en les juxtaposant, leur subordination en les superposant. Les deux membres essentiels de la proposition, sujet et attribut (le verbe n'est jamais figuré à part), sont placés à côté l'un de l'autre et à chacun d'eux se rattachent les compléments, mots ou propositions qui en dépendent. Voici quelques spécimens des cas les plus élémentaires, qu'on pourrait peut-ère imiter quelquefois chez nous, mais seulement pour des exercices oraux au tableau noir.
]■' Proposition simple, attribut simple. — Ex.: ^\ ashington était brave.
(Sujet.)
fAtlribut.)
Washington
était brave.
2° Proposition simple, attribut complexe. — Ex. : V/ashington était le premier dans la guerre, le premier dans la paix.
^Va^hin':ton
était le premier
et I le premier
30 Proposition simple, compléments direct et indirect. — \V..shington,lepère de la patrie, nous a laissé les plus beaux exemples de courage civique
et militaire — (le signe V indique le complémeni direct, \ le complément indirect, 4^ la préposition).
AVashincrtoii a laissé
le
|iéi'e
exemples
la
patrie
les
beaui
plus
courage
et
'courage)
civique
militaire.
4° Propositions coordonnées et subordonnées . — Dès qu'il eut chassé les Anglais d'Amérique A\"ashington licencia ses troupes et rentra dans la vie privée.
Washington
licencia
Dès que
(il)
Amérique
ANALYSE LITTÉUAIRE. — Littérature et style^ VL — Voir les recommandations générales, dans la I" Partie, même mot.
RÈGLES DE L'ANALYSE LITTÉRAIRE L'analyse littéraire est un des exercices les plu? difficiles de l'école normale; c'est cependant un de ceux qu'il importe le plus de conserver, en le dirigeant convenablement.
Ce qui embarrasse avant tout les jeunes gens, c'est qu'ils ne savent par où commencer, comment ordonner leur travail, et c'est précisément de la ma nière dont cet exercice est conduit que dépendent absolument sa valeur et son utilité. Faite au hasard ou laissée aux inspirations de chacun, l'analyse
ANALYSE
ANALYSE
îittéraire, dans les écoles normales plus que partout ailleurs, est un travail stérile. Dirigée méthodiquement, dans lin esprit qui réponde aux besoins de l'enseignement primaire, elle peut avoir une réelle efticacité pour former le jugement, au moins autant que pour former le goût.
Deux éléments constitutifs de L'analyse littéraire. — L'analyse littéraire, à quelque ouvrage qu'elle s'appli(iue, doit toujours comprendre deux parties, qui répondent à son double objet. D'une part, V analyse proprement dite ouïe compte-rendu; d'auire part, l'analyse critique ou Yapp7-éciatio7i.
Tantôt ces deux parties sont distinctes : on commence par faire le résumé consciencieux de l'ouvï'age avant d'en examiner les mérites. Tantôt, au contraire, on mène de front l'analyse et l'appréciation, par un double et parallèle examen du fond «t de la forme.
Dans aucun cas, l'analyse littéraire n'est complète si elle ne répond à ce double besoin de l'esprit : savoir ce que contient un ouvrage et savoir ce qu'il vaut. Une analyse sans appréciation ne donne que le cadavre de la composition littéraire; des appréciations, sans une suffisante analyse, peuvent faire connaître l'impression qu'a reçue le lecteur, mais ne font pas connaître l'œuvre ellemême.
Dans les examens, oraux ou écrits, à tous les degrés, ce qu'on a en vue par l'analyse littéraire, c'est tout ensemble de s'assurer que le candidat a lu et relu un ouvrage classique et qu'il en a compris, apprécié, senti les beautés. S'il est embarrassé, soit pour rendre compte de la marche et des divisions de l'ouvrage, soit pour exprimer son sentiment et son jugement sur les qualités qu'il y a remarquées, son analyse littéraire est défectueuse et prouve qu'il n'est pas suffisamment familiarisé avec l'auteur dont il avait à parler.
Plan et divisions noiinales d'ime analyse littéraire complète. — A ce double point de vtie de l'analyse et de l'appréciation, une analyse littéraire comporte, en règle générale, trois grandes questions, trois points essentiels; ce sont ceux que l'ancienne rhétorique * avait très-judicieusement distingués, mais qu'elle appelait dé noms latins aujourd'hui peu compréhensibles. Ces trois objets, à considérer dans toute œuvre de littérature, sont :
Vinvention, c'est-à-dire le sujet; La disposition, — le plan ;
Vélocution, — le style.
Sans répéter ici ce que nous disons ailleurs ^V. Composition) sur cette distinction fondamentale des trois grandes conditions de l'art d'écrire, nous ne saurions trop recommander d'y insister longtemps et d'astreindre rigoureusement les jeunes gens à s'enfermer dans ce cadre. On leur donne à étudier un chef-d'œuvre en prose ou en vers; ils ont à l'examiner sous trois points de vue.
1° Sujet. — Avant de se perdre dans les détails, il faut se rendre bien compte des idées ou des faits qui constituent le fond de l'ouvrage ; jeter un coup d'œil d'ensemble sur le sujet à traiter, en apprécier même, s'il y a lieu, la convenance, l'exactitude, la portée historique ou morale, les inconvénients, les difficultés ; il faut enfin se mettre à la place de l'auteur au moment où il a choisi son sujet, et se demander si son choix a été heureux, hardi, original, etc.
2° Plan. — Une fois le sujet adopté, comment l'auteur l'a-t-il disposé? Il ne suffit pas que la donnée soit belle, vraie, grande, il faut maintenant en distinguer les parties, en ordonner la marche, en graduer l'effet. Quel plan l'auteur s'est-il proposé? Quelle division, quel ordre, ((uelle gradation présente son ouvrage? C'est là la seconde question que l'analyse littéraire doit résoudre, le second crité-
rium auquel elle doit recourir pour juger le mérite de l'œuvre : l'édifico vaut autant par l'agencement que par le bon choix des matériaux.
H" Sf!/le. — Enfin il reste à voir la mise en œuvre de ces matériaux, dans tout le détail de l'exécution : c'est ici tiu'apparaîtra l'art du style dans le sens restreint de ce mot. Comment l'auteur a-t-il exprimé ce qu'il avait conçu d'abord, ordonné ensuite? c'est le dernier des trois termes de son travail. A-t-il su animer, colorer, peindre à l'imagination ce qu'il avait à raconter? Sa langue est-elle correcte et pure, élégante sans affectation, originale sans bizarrerie, concise sans obscurité, brève sans sécheresse, abondante sans prolixité ? L'analyse littéraire le dira et le prouvera par quelques exemples caractéristiques.
Les trois parties que nous venons de distinguer et qui théoriquement doivent exister dans toute analyse littéraire n'y sont presque jamais d'égale importance. S'agit-il.' par exemple, d'une œuvre dramatique, d'un poème de longue haleine : la 1"^ partie, l'appréciation du sujet (qu'on nomme aussi parfois Cintrigue ou la fnble), exige un soin et un développement qui seraient supeiflus s'il s'agit d'un court morceau de poésie, d'une lettre ou d'une narration. Dans ce dernier cas il conviendra d'insister sur la fine analyse des détails du style, de relever une foule de petits traits, d'artifices et de beautés de diction qu'on ne songerait pas à prendre â part dans un plus grand ouvrage.
Des trois parties de l'analyse, celle qui ne fera jamais défaut, celle qui donnera toujours lieu à un sérieux développement, c'est la seconde, la recherche et l'appréciation Anplan : c'est aussi l'exercice le plus profitable à nos jeunes maîtres. Il les force à examiner de près la pensée, à en suivre les péripéties, à Voir de quels éléments logiques elle se compose, à refaire en quelcjue sorte la trame du discours et à juger si l'enchaînement en est solide, si les proportions en sont convenables, s'il y a un fond d'idées suffisant sous l'élégance ou sous la richesse apparente du langage. Buffon avait raison de dire que le style est surtout l'ordre et le mouvement qu'on met dans l'expression des pensées.
Recammandatioiu particulières. — Nul conseil ne peut suppléer à l'expérience et à la sagacité du professeur de littérature. C'est à lui qu'il appartient : 1° de bien choisir les sujets d'analyse; ,:" de les bien graduer; 3° de les bien traiter. Ce sont là des qualités qui ne s'enseignent guères, pas plus que le bon sens et le bon goût ne se communiquent sous la forme de règles et de préceptes.
Marquons seulement quelques-uns des écueils où des maîtres encore peu expérimentés risquent le plus de se heurter.
1° Choix des sujets d'analyse. — Il faut se garder de commencer parles sujets les plus complexes et les plus riches ; dans une première année d'école normale par exemple, on fera bien de débuter par des exercices sommaires destinés en quelque sorte à mettre en évidence la charpente d'une narration, d'un sermon, d'un discours, d'une fable, d'une description en prose ou en vers. Il faut que les élèves soient bien exercés à décomposer un nmrceau quelconque, à le ramener à ses idées j)rincipales, avant de passer à l'examen de tout un ouvrage, d'un chef-d'œuvre surtout.
11 n'y a nul inconvénient à choisir de temps à autre des morceaux de second ordre ; les élèves y découvriront souvent mieux qvie dans un ouvrage irréprochable les artifices et les procédés du style, et ils en apprécieront d'auiant mieux l'inimitable simplicité des grands maîtres.
Toutes les fois qu'on peut à l'analyse joindre la comparaison, il n'y faut pas manquer : on y trouvera double profit.
ANALYSE
ANALYSE
Enfin — et c'est l'observation capitale — il faut que l'analyse littéraire, comme tous les exercices de l'école normale, ait franchement le ton et l'allure de l'enseignement populaire : que les sujets soient simples, accessibles à l'intelligence et à l'imagination la moins façonnée autour des études classiques; que l'on se contente de ce que peut comprendre, aimer, sentir un esprit jeune, droit et sain, sans trop regretter pour lui tout ce que lui fait perdre l'ignorance du grec et du latin, sans vouloir surtout combler cette lacune en lui donnint sur les langues et sur les littératures anciennes des jugements tout faits et une science d'emprunt : ce serait le moyen d'en faire à tous jamais un pédant ridicule et incorrigible.
2° Mode de rédaction des aoahjses littéraires. — Les sujets doivent être traités dans le même esprit où ils ont été choisis : de la simplicité, de la vérité, de la sincérité avant tout. Ici encore soyons peuple, comme la Bruyère se vantait de l'être : ne copions pas les lettrés, les érudits, l'enseignement secondaire ou supérieur.
Ne forçons poiot notre talent, Nous ne ferions rien avec grâce.
L'analyse littéraire doit surtout façonner le goût des élèves : le meilleur moyen d'y réussir est de former leur jugement, c'est-h-dire qu'il faut faire une guerre sans relâche aux phrases de convention, aux éoitbètes banales, aux admirations de commande, à tout ce bavardage qui, tour à tour plat ou ampoulé, prouve simplement que l'élève n'a rien senti. On peut appliquer à l'analyse littéraire et dans l'intérêt du goût, le mâle langage de Molière :
Je yeux qu'on soit sincère et qu'on homme d'honneur On ne lâ<:he aucun mot qui ne pai-te du cœur.
« On doit aussi prendre garde, dit très-judicieusement M apereau, de vouloir trouver des beautés partout, de s'exalter à froid, de s'extasier sur les moindres mots, de prêter à un auteur des intentions qu'il n'a pas eues, des malices et des finesses auxquelles il n'a pas songé. » Cette recommandation est d'autant plus précieuse, que c'est bien là le danger le pins fréquent de ce genre d'exercices. On ne l'évitera qu'en habituant les jeunes gens à une certaine liberté de jugement et d'expression, en leur laissant quelque spontanéité, en encourageant dans une sage mesure ce franc parler qui donne aux appréciations, sinon une justesse parfaite, du moins une saveur de naturel.
Enfin, sans vouloir autoriser les jeunes gens à s'ériger en juges prétentieux et pédants, nous ne croyons pas qu'il y ait aucun inconvéïyent à leur signaler ou à leur laisser signaler, le cas échéant, telle tache dans un morceau, telle expression incorrecte, tel passage obscur pour eux, ou long, ou inutile à leur sens.
3° Syjithèse, complément de l'analyse. — Dans toutes les formes de l'enseignement, l'analyse appelle comme complément logique et indispensable un exercice ei sens contraire, une synthèse. Apres que l'analyse littéraire a fait décomposer un morceau, un exercice de composition sur un sujet et sur un plan analogue en sera en quelque sorte la contre-partie naturelle et l'utile application. M. Michel, dans son Cours de compositio7i, a souvent très-heuieusement indiqué ce procédé. Nous n'avons pas à y insister ici i,V. Composition'.
MODÈLES DE LEÇONS ET D'EXERCICES Sujet donné : L'orage, par Saint-Lambert. L'orage.
On voit à l'horizon, de deux points opposés, Des nuages monter dans les airs embrasés ; On les voit s'épaissir, s'élever et s'étendre. D'un tonnerre éloigné le bruit s'est fait L-ntcudre ; 5. Les fluts en ont fromi, l'air en est ébranlé, Et le long du vallon le feuillage a tremblé. 2* Partie.
Les monts ont prolongé le lugubre murmure
Dont le son lent et sourd attriste la nature.
Il succède à ce bruit un calme plein d'horreur, 10. Et la terre, en silonce, atlond dans la terreur.
Des monts et des rochers le vaste amphithéâtre
Disparait tout à coup sous un voile grisâtre ;
Le nuage élargi le couvre de ses flancs ;
Il pèse sur les airs tranquilles et brûlants. 15. Mais des traits embrasés ont sillonné la nue,
Et lafoudre.en grondant, roule dans l'étendue •.
Elle redouble, vole, éclate dans les airs;
Leur nuit est plus profonde, et de vastes éclairs
En font sortir sans cesse un jour pâle et livide, 20. Du couchant enflammé s'élance un veut npde ;
Il tourne sur la plaine, et, rasant les sillons.
Enlevé un sable noir qu'il tourne en tourbillon.
Ce nuage nouveau, ce torrent de lumière.
Dérobe à la campagne un reste de lumiire. 25. La peur, l'airain sonnant, dans les temples sacres
Font entrer à grands flots les peuijles égarés.
Grand Dieu! vois à tes pieds leur foule consternée
Te «lemanderle pris des travaux de l'année.
Hélas ! du ciel en feu les globules glacés 30. Eciasant, en tombant, les épis renversés.
Le tonnerre et les vents déchirent les nuages.
Le fermier de ses champs contemple les ravages
Et presse dans ses bras ses enfants effrasés.
La foudre é,clate, tombe; et des monts foudroyés 33. Descendeut à grand bruit les graviers et les ondes,
Qui courent en torrents sur les plaines fécondes.
0 récolte '. ô moissons ! tout périt sans retour :
L'ouvrage de l'année est détruit en un jour.
« Si, après avoir lu ce morceau avec attention, nous cherchons à nous rendre compte de la marche qu'a suivie l'auteur, nous découvrons que le cadre embrasse trois parties principales.
D'abord les phénomènes précurseurs de l'orage : direction des nuages (vers 1-3) ; — tonnerre lointain (v. 4-8J ; — calme et silence effrayant (v. 9-10).
La phrase qui suit montre le développement successif de l'orage : cpaississement des nuages ;
— chaleur de l'atmosphère (v. 11-14) ; — éclairs et coups de tonnerre (v. 15-19); — vent et tour billons de poussière (v. 20-24).
Après cette peinture de l'orage, l'auteur décrit les effets qu'il a produit.-^ sur les êtres animés et dans la nature : — attitude des hommes (v. i5-28) ;
— ravage des campagnes (v. 29-31) ; — perte des récoltes (v. 32-38).
Ainsi l'analyse attentive de ce tableau permet de le réduire à l'esquisse suivante, qui en donne à la fois le plan et le cadre :
1» Phénomènes précurseurs de l'orage ;
2° Phases successives de son développement;
3° Ses effets.
L'observation du phénomène indiquait naturellement la place de cîiacune de ses parties. Mais remarciuons l'harmonie et la proportion que l'auteur a mise entre elles, et par leur étendue relative, et par le choix des images, et par le ton du style.
L'aspect du ciel, indiqué dans les deux premiers vers, est complètement dépeint dans le troisième par cette gradation d'une vérité saisissante : On les voit s'épaissir, s'élever et s'étendre.
Parmi les vers qui suivent il n'en est presque aucun qui n'offre, môme à l'oreille la moins exercée, quelque admirable effet d'harmonie imitative.
Comme le roulement sourd du tonnerre qui gronde dans le lointain est bien rendu dans ce vers :
D'un tonnerre éloigné le bruit s'est fait entendre, et plus loin :
Et la foudre en grondant roule dans l'étendue.
Avec quel bonheur le peintre reproduit l'image et le fréir.issement du feuillage à l'approche de la tempête :
Et le long du vallon le feuillage a tremblé. Par quelle grande et terrible image il termine
ANALYSE
— lao —
ANALYSE
le tableau des signes précurseurs de l'orage dans ces deux vers d'une harmonie si vigoureuse :
11 succède à ce bruit un calme plein d'horreur; • Et la terre en silence attend dans la terreur.
Cet heureux mélange d'images et d'effets d'harmonie se fait remarquer dans toute la suite du morceau. Bornons-nous à appeler l'attention sur le mouvement plein de force et de sentiment produit par l'apostrophe :
Grand Dieu ! vois à tes pieds leur foule consternée Te demander le prix des travaux de l'année.
et sur l'émotion profonde qu'éveille dans l'âme rexclamation si naturelle et si vive :
0 récolte ! ô moissons ! tout périt sans retour : L'ouvrage de l'année est détruit en un jour.
Exercice complémentaire [synthétique). — S'appuyer sur les observations et les exemples qui précèdent pour tracer l'esquisse et trouver les détails d'un autre tableau : une pluie de printemps après une lo7igiie sécheresse.
Nous allons montrer, aussi brièvement que possible, comment on peut tirer parti de l'examen analytique d'un modèle pour trouvei* soi-même le plan et les détails d'un sujet à traiter.
Si nous nous rappelons encore le plan du tableau que nous venons d'étudier, il nous est facile de saisir les analogies naturelles entre ce morceau et le sujet d'une pluie de printemps après une longue sécheresse. En étudiant la manière et les procédés de Saint-Lambert, nous sommes amenés naturellement à tracer pour la seconde description l'esquisse suivante que nous mettons en regard de la première.
1° Phénomènes précurseurs de l'orage :
— Phénomènes antérieurs à la pluie : prairies desséchées.... ruisseaux taris.... végétation languissante.... espérances compromises.... inquiétude des cultivateurs,
2° Phases successives de l'orage :
— Commencement et progrès de la pluie : changements dans l'atmosphère,... état du ciel,... chute des premières gouttes,... progression lente et continue de la pluie,... ses effets sur la végétation et les plantes,... sur les animaux,... sur les hommes.
3° Effets de l'orage :
— Effets de la pluie : aspect de la campagne,... pureté du ciel,... vie et fécondité rendues k la terre,... joie des êtres animés,... sécurité et abondance rendues aux hommes,... témoignage de reconnaissance envers la Providence divine. »
[Michel, Cours de Composition, Impartie, p. 108-112.] Autre modèle extrait du Recueil d'an.vlyses LITTÉRAIRES par M. B. van HoUebeke, professeur de rhétorique française à l'Athénée royal de Liège.
Sujet donné : la fable de la Fontaine : Le chat, la belette et le jeune lapin :
l. Du palais d'un jeune lapin Dame belette, un beau matin, S'empara :
Sans nous arrêter à l'expression familière et ironique un beau matin, remarquons la manière dont le poète isole et met en lumière l'idée principale, s'empara ; la Fontaine plie sa phrase à l'idée. Son rhythme aussi varie, pour être en harmonie avec la pensée : quand celle-ci est légère et badine, l'uniformité du mètre ne pourrait lui convenir.
A ce petit récit vient se joindre une de ces réflexions qui n'appartiennent qu'au bonhomme : c'est une rusée! Elle tient de la naïveté de l'enfant qui raconte et qui mêle à son récit ses réflexions ingénues. « Nous rions, dit Marmontel, mais de la naïveté du poète, et c'est à ce piège si délicat que se prend notre vanité. »
Croirait-on que des commentateurs aient jugé mauvais ce que le lecteur trouve délicieux, et se
soient autorisés du vers suivant pour blâmer lo mot rusée :
Le maître étant absent, ce lui fut chose aisée ? « Quelle adresse, ont-ils dit, peut-il y avoir à s'emparer d'un trou vide ? » Nous leur répondrons avec Charles Nodier : « Aucune assurément ; aussi la Fontaine dit-il rusée, et non adroite. »
Elle porta chez lui ses pénates
Allusion comique ; le poète donne à son personnase un plaisant air d'antiquité
...un jour Qu'il était allé faire à l'Aurore sa cour, Parmi le thym et la rosée.
Voyez comme d'une idée vulgaire, aller brouter dès le matin, la gracieuse imagination de la Fontaine a su faire un tableau plein de fraîcheur. L'Aurore personnifiée n'est assurément pas d'invention nouvelle ; mais ce qui est nouveau sans doute, c'est le lapin qui lui fait sa cour. Voilà imiter et kla fois être original. Cette peinture délicieuse, la Fontaine osa la refaire ailleurs (liv. X, fab. 15) et peut-être le fit-ii avec succès ; qu'on en juge :
Des lapins qui. sur la bruyère, L'œil éveillé, l'oreille au puet, S'égayaient, et de thym parfumaient leur banquet.
Tout ce début est plein de charmants détails. M. Villemain y fait allusion dans ce passage : « De tous les écrivains du siècle de Louis XIV, la Fontaine semble presque le seul qui ait regardé la nature ailleurs que dans les poèmes des anciens, et qui ait joint à l'étude une observation minutieuse et naïve. Les beautés du spectacle de la nature qu'il a décrites étaient simples et vulgaires, comme il pouvait les rencontrer dans ses promenades... La Fontaine décrivant un printemps de France, un printemps ordinaire, loin du ciel de la Grèce ou de l'Italie, la Fontaine montrant le lapin qui trotte à travers le thym et la rosée, est aussi poète que les anciens le furent jamais. »
En nous montrant notre jeune héros au milieu de ses délices, le poète a un dessein : c'est d'établir un contraste entre le bonheur du moment et le malheur qui se prépare :
Après qu'il eut brouté, trotté, fait tous ses tours,
joyeux, et sans aucun pressentiment de la mésaventure qui l'attend,
Jeannot Lapin retourne aux souterrains séjours.
Les détails qui vont suivre ne permettent plus d'appeler le itrrier un p'dais. Il n'est vraiment plus qu'ui^lieu sombre, un souterrain, rendu sinistre même par la perfidie dont il, est devenu le théâtre. La périphrase de la Fontaine est toujours heureuse. \Quant à la dénomination de Jeannot Lapin, elle nous rappelle celle de Robin Mouton, de Gent trotte-menu et cent autres, qui toutes ont de la grâce et du naturel, et non de la recherche et de l'affectation^ comme celles de Lamotte : DomJugement. Dame Mémoire, Demoiselle Imagination.)
II. Le retour du jeune propriétaire marque la transition à la seconde partie, la dispute.
Toute l'introduction peut se résumer en un seul I mot, usurpation. Vusurpation engendre la dispute. Nous connaissons déjà le lieu de la scène, le temps et deux des personnages avec leur caractère distinctif, l'un rusé et perfide, l'autre insouciant et inoffensif.
La belette avait mis le nez à la fenêtre.
L'image est pittoresque et le détail n'est pas superflu. La perfide belette veut jouir de la mystification du jeune propriétaire.
0 dlcui ho«j)italiers! que vois-je ici paraître? Dit ranimai chassé <Ju paternel log'*.
Surprise rendue avec art. Un sentiment subit et
ANALYSE
ANALYSE
vif est toujours vague : Que (et non pas Qui) voisje ici paraître ? Ce premier moment passé, les sens reviennent, et l'ironie, mêlée à un ton de supériorité, sied bien au maître qui, fort de ses droits, ne veut voir dans l'usurpation de son bien qu'une mauvaise plaisanterie :
Holà ! madame la belette !
Que l'on déloge sans trompette.
Mais la trouvant un peu lente à quitter son domaine, il prend le ton de la menace :
Ou je -vais avertir tous les rats du pays.
Si la belette ne craint pas ses ennemis naturels ■chacun isolément, le nombre doit l'épouvanter ; <jue pourra-t-elle contre une bande si formidable?
Trop maligne pour vouloir vider la question par la force, elle aime mieux user de raisonnement. Comme pour mettre en relief son caractère malicieux, la Fontaine la dépeint au physique par un seul trait frappant d'à-propos : la dame au nez pointu.
Écoutons ses arguments :
La dame au nez pointu répondit que la terre Était au premier occupant.
Nous voilà, dans une sphère nouvelle : un système ^e droit 1 J'occupe votre terrier : donc il m'appartient. Puis vient l'ironie : d'ailleurs
C'était un beau sujet de guerre Qu'un logis où lui-même il n'entrait qu'en rampant!
Et quand ce serait un royaume, Je Toudrais bien savoir, dit-elle, quelle loi
En a pour toujours fait l'octroi A Jean, fils ou neveu de Pierre ou de Guillaume,
Plutôt qu'à Paul, plutôt qu'à moi.
Le conteur avait pris un instant le style indirect ; il quitte bientôt cette forme inerte. S'il se faisait toujours l'interprète de ses personnages, il ôterait à leur langage le mouvement et la vérité.
Mais revenons au terrier, à la belette. Elle méconnaît le droit de succession, qu'elle appelle un octroi, une faveur, un privilège, inadmissible en ligne directe comme en ligne collatérale. Que ce soit d'un père ou d'un oncle que Jean Lapin ait hérité son terrier, peu importe à l'usurpatrice ; elle ne s'inquiète pas plus de sa généalogie que de ses prétentions.
« 'Voilà, litChamfort, la question de la propriété parfaitement posée à propos d'un trou de lapin. » Et Aimé Martin, dans son excellente édition des fables de la Fontaine : « Certes, dit-il, la belette qui met l'hérédité en question, est une terrible révolutionnaire, et Uousseau n'a trouvé ni pis ni mieux dans son discours sur l'inégalité. »
Somme toute, la dame au nez pointu manie bien le sophisme. Que répondra son adversaire?
Jean Lapin allégua la coutume et l'usage : Ce sont, dit-il, leurs lois qui m'ont de ce logis Rendu maître et seigneur, et qui, de père en Cls, L'ont de Pierre à Simon, puis à moi Jean, transmis. Le premier occupaut, est-ce une loi plus sage?
Le nom de Jean Lapin, qui revient au milieu de ces débats sérieux, ne manque pas de sel. Toutefois le ton du jeune propriétaire est plein de fierté : il G?Xmaitre et seigneur. Lésé dans ses droits, il tient un langage énergique. Le danger, son intérêt menacé lui donnent de l'esprit pour défendre sa cause.
La dame au nez pointu parle avec ironie et arrogance. Elle méprise les lois et se joue des raisons les mieux fondées. C'est une querelleuse faite au métier.
Comme ce dialogue a déjà attiré l'attention de judicieux commentateurs, on nous saura gré de transcrire leur jugement. 'Voici comme s'exprime La Harpe : « Est-il possible de mieux discuter une cause? Tout y est mis en usage : coutume, autorité, -droit naturel, généalogie. »
Ev Chamfort : « Ce n'est pas une plaisanterie
d'affirmer que la dispute du lapin et de la belette qui s'est emparée d'un terrier dans l'absence du maître, l'une faisant valoir la raison du premier occupant et se moquant des prétendus droits de Jean Lapin, l'autre réclamant les droits de succession transmis au susdit Jean, par Pierre et Simon ses aïeux, nous offre précisément le résultat de tant de gros ouvrages sur la propriété. «
IIL La dispute, objet de la seconde partie, nous conduit au dénoûment, par une proposition que fait la belette :
Or bien, sans crier davantage, Rapportons-nous, dit-elle, à Raminagrobis.
Raminagrobis !... Comment expliquer ce choix ? II fallait qu'il eût les dehors bien propres à imposer la confiance. En effet.
C'était un chat vivant comme un dévot ermite.
Un chat faisant la chattemite.
Un saint homme de chat, bien fourré, gros et gras,
Arbitre expert sur tous les cas.
Tel est le portrait de l'honnête homme que la belette propose comme juge. « 'Vrai Cerbère », mais plus adroit que celui « qui se fait craindre une lieue à la la ronde, » et « se fait passer pour un diable » (liv. III, fab. IS), il trouve plus sage de se faire passer pour un saint. Il a pris les dehors de l'homme probe et austère, il a revêtu le cilice, il est allé cacher ses vices à l'ombre de la retraite.
Ses dehors hypocrites lui ont valu mainte bonne aubaine: il est bien fourré, gros et gras; comme Tartufe, qui, lui aussi, avait le teint fleuri et l'oreille rouge. Tous deux avaient profité au métier.
Et qu'on n'aille pas, comme de maladroits interprètes, voir dans ce portrait la satire des sentiments religieux. La Fontaine n'en veut qu'aux abus. Or, comme on ne fabrique la fausse monnaie qu'à l'imitation de la bonne, toute vertu a sa contrefaçon.
Outre sa réputation de probité, de sainteté, notre nouveau Tartufe a encore celle d'arbitre expert sur tous les cas: à ce caractère d'universalité je reconnais l'adroit et subtil charlatan.
En un mot, tout ce portrait concourt à justifier le choix de nos deux contestants. Quant à nous nous avons compris le scélérat, et nous tremblons quand on annonce que
Jean Lapin pour juge l'agrée.
Car le jeune lapin seul a droit à notre intérêt.
Les voilà tous deux arrivés Devant sa majesté fouirée.
Grippeminaud leur dit :
Ce nom de Grippemijiaud nous fait pressentir que le rôle du saint homme va changer; il contraste singulièrement avec son langage doucereux :
Mes enfants, approchez, Approchez ; je suis sourd, les ans en sont la cause.
Mes enfants ! C'est le langage d'un bon vieillard, d'un père. L'invitation éveillerait les soupçons, si la répodtion, l'instance, le ton grave et plein d'onction, I • venaient aussitôt rassurer nos deux imprudents lest sourd; or il faut bien qu'il puisse les enter .e : il pousse la précaution jusqu'à dire l'origine -xi sa surdité : les ans en sont la cause. L'un et l'autre approcha, ne craignant nulle chose.
■Va-t-il s'amuser à écouter leurs débats, à peser leurs raisons? Les laissera-t-il « contester, répliquer, crier, tempêter (liv. II, fab. 2.) ? » JN'on, il use mieux de son temps :
Aussitôt qu'à portée il vit les contestants,
Grippeminaud le bon apôtre.
Jetant des deux cotés la grille en même temps, "Mit les plaideurs d'accord en croquant l'un et l'autre.
Tableau vif et rapide; c'est un mélangc-Se tragique et de comique. L'hypocrite se démasque et reprend son naturel, quand il est. sûr que la scène
ANATOMIE
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qui se passe chez lui, à huis-clos, sans témoins, ne portera nulle atteinte à sa réputation. Aussitôt après, il reprendra son air patelin et dévot pour faire de nouvelles dupes.
Remarquez l'ironie du dernier vers :
Mit les phiideurs d'accord en croquant l'un et l'autre.