I. L'anatomie humaine, appelée aussi Âiittiropotomie
II. L'anatomie des animaux ou Zootomie, mot qui signifie dissection des animaux.
ANATOMIE
ANATOMIE
Ces deux sortes d'anatomie, lorsqu'il ne s'agit que de riiomme et des autres vertébrés , se divisent en plusieurs chapitres, consacrés chacun à l'étude d'un appareil spécial et dont voici l'énumération :
\° L'appareil locomoteur, qui est composé de deux sortes d'organes, les uns passifs, les os, les autres actifs, les tyiuscles.V ensemble des os forme le squelette, c'est-à-dire la charpente solide qui soutient les différentes parties du corps; leur étude constitue ce que l'on appelle Vostéologie (du grec osteon, os). Mais le squelette n'est pas toujours osseux dans la série des vertébrés ; d'abord fibreux dans l'embryon, il devient ensuite cartilagineux, et il peut même conserver l'un de ces deux derniers états pendant toute la durée de l'existence de l'animal, comme cela se voit chez les derniers de tous les poissons.
2° h'appareil digestif, plus ou moins compliqué dans la série des vertébrés, mais dans lequel on distingue le plus souvent un orifice antérieur précédant une cavité munie presque toujours d'organes destinés à triturer les aliments, les dents, cavité bientôt suivie d'un tube membraneux servant à conduire les substances ingérées dans l'estomac, d'où ils passent ensuite dans l'intestin grêle, puis dans le gros intestin, pour être enfin rejetés au dehors par un orifice situé à la partie postérieure du corps.
A ces différentes parties du tube digestif qui constituent autant d'organes ou de réunions d'organes, s'en trouvent annexés d'autres, les uns trèsvolumineux, les autres infiniment petits, que l'on nomme glandes; ils sont destinés à agir par leurs sécrétions sur les principes susceptibles d'être assimilés; les plus importants de ces organes sont les glandes salivaires, le foie, le pancréas, etc.
Cet appareil digestif, très-compliqué chez les animaux vertébrés, se dégrade à mesure que nous descendons les différents degrés de l'animalité et finit dans les derniers termes de la série par n'être plus représenté que par une rentrée de la peau, sorte de poche revêtue d'épithélium, comme cela se voit chez les hydres ou chez d'autres animaux encore moins élevés en organisation.
3° h'appareil circulatoire. Cet appareil se compose chez les animaux vertébrés d'un organe central, Xecœur, destiné à mettre le sang en mouvement. Il est en communication avec deux ordres de vaisseaux : \°\es artères, destinées à conduire le sang chassé par lui vers les différents points de l'économie; 2° les veines, qui doivent reprendre ce sang dans les divers organes pour le ramener ensuite au cœur. Ces deux sortes de vaisseaux sont reliés entre eux par d'autres vaisseaux d'un calibre infiniment petit, les capillaires, qui ne sont à proprement parler que leurs parties les plus extrêmes.
A côté de ce sj'stème de vaisseaux destinés à la circulation du sang, se trouve le système des vairseanx li/mphntiqiies et chylifèves où circulent le chyle et la lymplie.
4° L'appareil respiratoire. Cet appareil se compose chez l'homme et les autres vertébrés des trois premières classes, c'est-à-dire chez les mammifères, les oiseaux et les reptiles, de deux organes plus ou moins symétriques appelés J50î/»20«s, qui communiquent avec l'air extérieur par la trachéeartère. Chez les batraciens, les poumons existent aussi, mais il peut y avoir, en outre, chez ces animaux un autre système d'organes, les branchies, qui sont placées de chaque côté de la gorge, organes que l'on retrouve encore avec certaines modifications de formes chez les poissons, qui peuvent aussi avoir, mais par exception seulement, une sorte de poumon .
Chez les animaux invertébrés, l'appareil de la respiration subit de grandes modifications : nous le
voyons consister tantôt en trachées, sortes de tubes portant lair dans tous les points du corps, comme cela se voit chez les insectes, tantôt en faux poumons, par exemple chez les mollusques et certaines arachnides. Plus bas dans l'échelle animale, nous trouvons encore des branchies, comme chez les mollusques et les crustacés, mais elles ne rappellent en rien celles des batraciens et des poissons; enfin nous ne voyons plus d'appareil spécial de la respiration chez les animaux tout à fait inférieurs, où cette fonction ne sexécute que par la muqueuse qui recouvre le corps.
5° L'appareil urinaire. Cet appareil a pour organe essentiel le rein.
L'étude des quatre appareils digestif, circulatoire, respiratoire et urinaire, constitue ce que l'on appelle la splanchnologie, c'est-à-dire l'histoire des viscères.
6" L'appareil nerveux est constitué par deux sortes de systèmes ayant ensemble de fréquentes anastomoses, l'un appelé système de la vie de relation, l'autre dit de la vie de nutrition. Ces deux systèmes sont en rapport avec un organe central, le cerveau; ils sont tous deux composés de masses nerveuses, appelées ganglions, et de nerf?, sortes de cordons conducteurs mettant les organes en rapport avec ces ganglions, ces ganglions en rapport entre eux, puis avec le cerveau, qui centralise et interprète toutes les sensations, qu'elles soient générales ou spéciales.
Le système nerveux de la vie de nutrition a reçu le nom de système nerveux sympathique.
L'étude de l'ensemble de l'appareil nerveux a reçu le nom de névrologie.
Citons encore les appareils sensoriaux de l'olfaction, de la vue, de l'ouïe, du goût, du toucher, que l'on désigne souvent sous le nom d'organes des sens et qui seront décrits dans des articles spéciaux.
III. L'anatomie comparée, qui étudie les modifications de forme, de structure, etc., que chaque appareil subit dans la série animale suivant l'âge de ces êtres, leur sexe et les espèces auxquelles ils appartiennent.
Vicq d'Azyr a vu qu'il y avait deux manières de faire cette anatomie : 1° en recherchant dans les différentes espèces animales les organes correspondants, ce qui constitue la recherche des analogues qui a si longtemps préoccupé Geoffroy Saint-Hilaire ; '■." en établissant pour un même animal les différentes sortes d'organes dont il est constitué, de manière à ramener ces derniers à un petit nombre de types homologues dont les modifications sont une des principales causes de la diversité des organismes : c'est la recherche des homologues.
L'anatomie comparée embrasse donc non-seulement l'étude des animaux arrivés à l'état adulte, mais encore celle de la formation et du développement de leurs organes à partir de l'état embryonnaire, c'est-à-dire leur embryogénie.
L'étude de la structure de ces organes s'appelle histologie, histoire des tissus, science qui a fait en quelques années de très-rapides progrès.
Elle comprend aussi la paléontologie, qui est la détermination des espèces aujourd'hui éteintes qui ont peuplé le globe avant la période géologique actuelle; la tératologie, ou l'histoire des monstruosités; enfin Vanntomie philosophique, qui résume les différentes branches que nous venons d'énumèrer, cherche à expliquer les lois qui régissent l'organisme de l'homme et des animaux, leur variabilité, leur origine, leur durée, et indique les principales conditions de leur existence.
Nous n'insisterons pas davantage sur les liens qui rattachent les unes aux autres ces différentes parties de l'anatomie; les remarques précédentes nous montrent assez combien l'étude de cette
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science est intimement unie à toutes celles dont l'ensemble constitue ce que l'on appelle la biologie, c'est-à-dire de la science de la vie ou l'étude des êtres vivants.
Nous sortirions aussi des limites que nous nous sommes imposées, si nous voulions rappeler les services importants que les études anatomiqucs rendent tous les jours à la chirurgie, à la médicine pratique, à la médecine légale, à l'art vétérinaire, aux beaux-arts, etc. [H. Gervais.]
ANE. — Agriculture, XIV. — {Èlym. : du vieux français as7ie, du latin asinut ; en grec onos.) — L'âne appartient à l'ordre des Jinnentés *, mammifères ongulés, caractérisés par un rcgiino herbivore, non ruminants, pourvus de dents de trois sortes (incisives, canines et molaires). Il se rattache, avec \p zèbre, le daw, l'unagre, etc., à la famille des Égaillés, ayant pour type le clieval; famille qui se distingue, en outre du po7''t général, h la forme du pied, terminé par un sabot ou ongle unique. Le genre Ane forme un groupe important de cette famille, et contient plusieurs espaces, sous-espèces et variétés.
L'âne nous est venu d'Orient. Les naturalistes rattachent son origine à deux sous-espèces distinctes, dont l'une vit encore à l'état sauvage en Asie ; l'autre a l'Afrique pour patrie ; des sous-espèces ou variétés voisines se sont aussi mêlées par des croisements multipliés. L'une des souches principales, Vonagre, ou âne sauvage(du grec o?zos, âne, agrios,sa.u\a.ge), habite depuis des temps immémoriaux l'Asie Mineure, la Perse, la Syrie et l'Arabie. Les onagres vont par troupes de quinze ou vingt, femelles et jeunes, sous la conduite d'un mâle adulte. Parfois des bandes distinctes se réunissent, pour former des multitudes innombrables, émigrant à travers les grands steppes. — Un peu plus grand que notre type vulgaire, l'âne sauvage asiatique a le port plus élégant, les membres plus fins, l'encolure plus souple et plus fière ; sa tête est osseuse, ses oreilles plus courtes. Sa robe, d'un gris Isabelle, blanche sous le ventre, est variée d'une double raie blanche le long de l'épine dorsale, croisée d'une raie transversale, blanche aussi, descendant sur les flancs. En somme, c'est un assez joli animal, plein de vivacité, léger, d'une rapidité à la course incroyable, d'un naturel craintif, défiant, capricieux et farouche, non sans malice, très difficile à dompter. La part faite aux différences ci-dessus indiquées, il répond au type de l'âne domestique : mais il ne porte pas sur le dos la croix légendaire; et, notez ceci, il fait fi des char dons !
L'autre variété est plus rustique, et je lui accorderais volontiers la prépondérance dans la constitution de nos races domestiques. L'âne sauvage africain a le pelage plus grossier que son frère d'Asie ; il porte très prononcée la croix dorsale caractéristique, ses pattes sont marquées de raies plus ou moins nettes, rappelant la rayure du zèb7'e et du daw. A l'état sauvage, il habite à l'orient du Nil, vers la mer Rouge ; ses mœurs sont celles de l'onagre.
A côté de ceux-ci il faut citer enfin Yhémione, espèce bien distincte, de taille plus grande, plus fine de tête et plus élégante de membrure, se rapprochant davantage des formes du cheval, h'hémione (du grec hémi-onos, demi-âne) vit à l'état de liberté dans l'Inde et en Mongolie ; ses habitudes sont les mêmes que celles des autres espèces du genre; plus sauvage encore et plus rétif s'il est possible, on l'apprivoise à grand'pcine, et surtout il est très difficile de le dresser au travail. Ces obstacles disparaissent après une ou deux générations de domesticité.
La domestication de l'âne en Orient remonte à la plus haute antiquité. Les livres sacrés des vieux Hindous, les inscriptions hiéroglyphiques des an-
ciens Égyptiens, nous transmettent ses chartes de servitude ; la Bible aussi fait mention de cet animal. La race domestique eut pour origine, en Asie, des onagres apprivoisés, plus ou moins croisés d'hémiones; et depuis les temps historiques, l'habitude s'est conservée dans l'Inde et dans la Perse de capturer et de dompter des ânes sauvages appartenant à ces deux espèces, pour les soumettre au travail, et surtout pour les réserver au rôle de reproducteurs, dans le but de relever sans cesse, par ces croisements, la race domestique, qui tend à déchoir. Ainsi agirent les Égyptiens à l'égard de l'âne sauvage africain. L'âne fut toujours tenu en haute estime chez les Orientaux, chez les peuples sémitiques notamment. Le fringant, le belliqueux et coûteux cheval convenait au guerrier ; sobre, tranquille et de petite dépense, l'âne, nullement méprisé ni vil, était la modeste monture des hommes pacifiques. Tout le monde connaît cette belle légende de l'entrée de Jésus à Jérusalem sur une ânesse « comme un roi pacifique, » dit le texte ; et la naïve imagination populaire a rattaché à cette circonstance la croix dorsale que notre âne d'Europe porte sur ses épaules, signe de sa descendance africaine.
Aujourd'hui encore, dans tout l'Orient, grâce aux croisements avec les individus pris à l'état sauvage, qui infusent un nouveau sang à la race, grâce aux bons soins, à l'importance qu'on attache au choix des reproducteurs, grâce surtout au climat qui est son climat natal, l'âne domestique a conservé beaucoup de ses qualités originelles. On ne dirait pas que ce fût le même animal que nous voyons chez nous, abêti et dégradé. En Perse notamment, les beaux échantillons de la race sont fort recherchés, et se vendent très-cher. « Anes d'Arabie, dit le voyageur Chardin, jolies bêtes, poil fin et luisant, tête haute, pied léger. » Les ânes du Caire sont renommés pour leur vigueur et leur agilité. On sait avec quels soins les Orientaux élèvent leurs bêtes ; ils en sont récompensés, ainsi qu'il est juste : ils ont les premiers chevaux et les plus beaux ânes du monde.
L'âne a dû passer en Europe à une époque extrêmement reculée, et se répandre, à demi-sauvage, dans les contrées méditerranéennes. D'autre part, les ânes domestiques ont été introduits en Grèce, et propagés dans tout TOccident. Mais en Europe, la race a déchu profondément. Faute de croisements renouvelés avec les races libres, à force de négligence aussi et de mauvais traitements, le pauvre serviteur du paysan est tombé dans la dégénérescence et l'abjection. Mauvaise nourriture, abri insuffisant, surcharge, coups, absence de tout soin hygiénique, c'était assez pour abâtardir l'espèce ; mais la part, la grande part est à faire au climat dans les causes de décadence . Ces beaux ânes du Caire, dont nous parlions tout à l'heure, il ne faudrait pas croire que l'ânier leur épargne le bâton ; pourtant la race se soutient. Dans le midi de l'Europe, en Grèce, en Sicile, en Espagne, dans nos départements méridionaux où ils ne sont pas mieux traités qu'ailleurs, ils ont beaucoup moins dégénéré que dans le Nord. Originaire des régions chaudes et sèches, cet animal supporte mal le froid et l'humidité ; dans nos climats brumeux sa vitalité se déprime ; il perd tout feu, toute ardeur. On pourrait cependant relever la race et la maintenir à un bon niveau par des soins intelligents et un choix convenable de reproducteurs.
Faisons maintenant le portrait de notre moderne Aliboron.
Anatomiquement, l'âne difi"ère très-peu du cheval, type supérieur de la famille des Equidés. Les mêmes mots sont consacrés à désigner les parties correspondantes du corps chez l'un et l'autre animal. Mais les formes de l'âne n'ont ni la même grâce, ni la même noblesse. L'âne est
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de taille plus petite; il a la tête plus grosse à proportion, osseuse du front; les naseaux plus camus, la bouche plus molle, les lèvres un peu pendantes. L'espèce est caractérisée par une queue plus longue que celle du cheval, fournie de longs crins ve'rs l'extrémité, mais ne formant pas le beau panache toufifu et flottant qui ajoute à la beauté du cheval. Sa crinière, formée de poils plus cours et plus roides, au lieu de retomber ondoyante, se dresse hérissée, en bronssaille, sur le sommet de la tête, et l'encolure se prolonge sur le dos par une raie de poils, croisée d'une raie semblable transversale sur les épaules : c'est ce qu'on appelle la croix dorsale, plus ou moins marquée suivant les variétés, ordinairement plus apparente chez les mâles.
L'espèce se distingue surtout par ses oreilles longues, très mobiles, qui se portent tantôt en avant, tantôt en arrière, dressées ou humblement pendantes, —ces fameuses «longues oreilles», point de mire d'interminables quolibets. L'oreille externe, très développée et mobile, est un caractère qui appartient en général à des animaux timides et déliants ; c'est un signe de vigilance inquiète et non pas de stupidité, bien au contraire. Aussi l'âne, médiocrement doué sous le rapport du goût €t du tact, a-t-il l'ouie très fine, — je ne dis pas très musicale. L'âne a le poil plus long généralemont, et moins lustré que celui du cheval ; ainsi qu'il arrive d'ordinaire aux espèces réduites en domesticité, les teintes de sa robe, sous la domination de l'homme, sont plus variées que chez les races sauvages : le gris, le gris fauve, le gris brun sont les couleurs dominantes ; mais il y a des ânes blancs, brun foncé, d'autres brun-rouge, — ces ânes rouges qui ont la réputation, — méritée, je ne sais, — d'être plus têtus que les autres.
Cet humble animal a de rustiques et solides qualités, dont on devrait lui tenir meilleur compte. Au point de -vTie de l'utilité, des services rendus, il ^e le cède à aucun autre serviteur de l'homme^ pas même au noble cheval. Si le rôle brillant est pour le premier, lui, il a en partage les travaux obscurs, pour lesquels il semble fait. Élevé avec quelques soins, non abruti par les coups ni brisé par des charges exorbitantes, l'âne a le jarret souple, le pied sûr et ferme ; il tire avec rapidité une légère voiture, il porte assez lestement un cavalier qui paraît lourd pour la taille de la monture. Si, déprimé par les mauvais traitements, accablé de travail, mal pansé, mal nourri, il devient lent et lourd et stupide, est-ce donc sa faute ? Même alors il lui reste d'être rude à la peine, patient, résigné, de peu d'entretien, par-dessus tout sobre. Il accepte un maigre fourrage que le cheval dédaignerait ; il aime les herbes amères ; au besoin il se contente de simple paille ; les rudes chardons épineux sont pour lui un régal. Comment fait-il pour ne pas se piquer la langue ? vous êtes-vous demandé cent fois. — Je n'en sais pas plus long que vous. Difficile seulement pour la boisson, il veut l'eau fraîche et pure ; il n'aime même pas à boire au ruisseau qui lui est inconnu ; il flaire, il goûte du bout des lèvres, il fait des façons ; plutôt que de toucher à une eau trouble <?t vaseuse, il souffrirait de la soif. Maltraité, il baisse l'oreille ; il ne songe pas à se venger, il n'est pas rancunier comme le cheval.
Mais à côté de ses bonnes qualités, l'âne a ses défauts que je ne puis taire. Il est têtu, capricieux, obstiné sans raison ni mesure. S'il est patient, il n'est pas bon : ce n'est pas la même chose ; et la résignation chez lui n'est pas douceur ; s'il est soumis, ce n'est pas qu'il mette en quoi que soit de la bonne volonté ; il sent la nécessité et il plie. Il montre plus d'attachement pour les lieux que pour les personnes ; il aime son étable, et reste ordinairement fort indifférent à l'égard de son
maître, même s'il en estpour traité. Pour être peu intelligent, il n'est pas bien cela sans malice. Le spirituel écrivain Toussenel, dans un parallèle fantaisiste, se plaît à comparer l'âne au pa5'san... soit ; mais alors disons à certain paysan, normand, rustaud et finassier, ignorant, âne s'il en fut jamais, routinier, borné, et avec cela rusé, à qui vous ne ferez pas comprendre telle chose des plus simples, et qui, en aft'aires, nous roulera tous, vous et moi. et bien d'autres plus retors que vous et moi. Le cheval est capable d'obéir par affection, par une sorte de raison ; il comprend ce qu'on demande de lui, accorde sa volonté à celle de son cavalier ; il s'attache fortement à un maître qui le soigne bien, le caresse, ne le corrige qu'avec des ménagements : maltraite, il s'indigne, il ne se rendra que de guerre lasse. L'âne, voilîi ce que je lui reproche, est soumis à qui le rudoie. A-t-il aô'aire à un maître qu'il sait, par expérience, disposé à souligner ses ordres avec un coup de bâton, il ira droit, soyez tranquille ; il baissera l'oreille et fera tout ce qu'on voudra sans essaj'er de résistance. A-t-il sur son dos un cavalier qu'il sait novice, ou faible, ou débonnaire, craignant de sévir, c'est à celui-là qu'il réserve mille farces pendables. C'est alors qu'il trouvera avec une perspicacité remarquable tout ce qui pourra mieux vous faire damner. C'est alors qu'il lui prendra fantaisie de s'arrêter tout court, et de rester là planté indéfiniment; — tant pis si vous êtes pressé; ou bien il refusera de tourner au coin du chemin ; ou bien il décidera de suivre un autre âne de sa connaissance, et bon gré mal gré vous mènera là où vous ne voulez pas aller : ou bien, sans souci de la personne ni de la charge, il se roulera voluptueusement dans la poussière de la route, tant que cela lui fera plaisir, et derechef, si bon lui semble. Une autre fois, suivant un chemin creux, sans l'ombre d'un prétexte et sans rien qui puisse le faire prévoir, il choisira l'endroit le plus boueux: et là, baissant la tête entre les jambes, à coups d'épaules il se débarrassera de son cavalier en le jettant en plein dans la mare... Paraît le garçon de ferme avec sa trique, et tout rentre dans l'ordre ; pas d'animal plus correct et plus bénévole. Ceci est l'ombre au tableau. Nous ne ferons pas raillerie de sa voix peu harmonieuse pour nos oreilles ; pour les oreilles de l'âne, paraît-il, cette note a son agrément ; c'est sa façon à lui de témoigner sa belle humeur, d'exprimer ses sentiments de sociabilité et de bienveillance à l'égard de ses semblables, surtout de ses semblables desexe différent. Volontiers il accueillera une ancienne connaissance par ces démonstrations bruyantes, auxquelles on manquera rarement de répondre : politesses rendues. Ces manifestations ont une vertu très communicative ; dans un lieu où plusieurs ânes sont rassemblés, si l'un d'entre eux, si surtout une ânesse entonne sa chanson, presque toujours les autres répondront en chœur ; c'est une explosion d'allégresse.
Le baudet entier se montre très ardent. L'ânesse porte onze mois, et met bas un seul petit, rarement deux ; elle est fort attachée à son petit, le lèche, le caresse, et au besoin le défendrait avec fureur. Uànon doit être sevré vers le cinquième mois ; longtemps après encore il suit sa mère et s'attache à ses pas. Le petit animal est gai, folâtre, il gambade avec une légèreté capricieuse, non sans grâce ; avec cela un certain air d'innocence confiante... Pauvre bête ! il ne sait pas ce qui l'attend ! Il se familiarise aisément avec les hommes, il se laisse dompter et dresser au travail sans difficulté. A deux ans l'âne est adulte ; à trois, il est dans toute sa force. La nature lui accorde quarante ou cinquante ans de vie ; mais les maux de l'esclavage et la rudesse du climat abrègent son existence ; en Europe, il dépasse rare-
ANGLETERRE
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ment douze ou quinze ans. Son âge marque, comme pour le cheval, à sa dentition. — Dans nos pays où les routes sont empierrées de durs cailloux, il devient de plus en plus indispensable de ferrer l'âne de même que le cheval, pour éviter l'usure trop rapide du sabot. L'âne, comme le cheval, peut prendre des allures diverses ; son pas est un peu lent, mais très doux; son trot sec et heurté ; il pourrait tenir assez longtemps le galop moyennement allongé, si le poids du cavalier était dans la proportion de ses forces. Il prend assez facilement cotte allure artificielle qu'on nomme ïamble, et qui est très douce pour le cavalier. L'âne est susceptible de certains vices correspondant à ceux du cheval ; il est surtout assez disposé à se montrer ombrageux ; il est sujet à des maladies analogues aussi à celles du cheval, mais il est d'un tempérament plus résistant ; il a, comme on dit, la vie dure.
En outre du travail obtenu, on tire encore parti de i'âns de diverses manières. Le lait de l'ânesse, celui qui par sa composition chimique s'éloigne le moins du lait de la femme, et se fait tolérer même par les estomacs délabrés, convient d'une manière toute spéciale auxjeunes enfants, aux personnes épuisées. Il coûte toujours assez cher, parce que l'animal en fournit relativement peu. La chair de l'une est agréable et saine ; on en consomme une certaine quantité en France, sous forme de saucissons. Il est vrai qu'on se résignera difficilement, en temps ordinaire, à abattre un animal précieux pour Te travail, dans le seul but de manger sa chair; aussi ne livrera-t-on à la consommation que des individus de peu de valeur — condition fâcheuse au point de vue du produit — ou des animaux qu'un accident irrémédiable aurait mis hors de service. La peau de l'âne, livrée au tanneur,fournit un cuir plus mince que celui du cheval, mais très convenable pour certains usages. [C. Delon.]
AniGLETKnnE. — Géographie générale, X; Histoire générale. XX VIII.
I. GÉoon APHTE PHYSIQUE. — Lcs Iles Britanniques. — Situation. — Trente kilomètres à peine séparent la côte française de Calais de la côte anglaise de Douvres qui lui fait "■ faire de l'autre côté du détroit. L'Angleterre forme, avec l'Ecosse qui la borne au nord, une île qui porte le nom de Grande-Bretagne en souvenir du peuple celte qui le premier y a dominé, et qu'y trouva Jules César. Avec l'île voisine d'Irlande, et quelques autres archipels, les Shetland, les Orcades, les Hébrides, les îles de la mer d'Irlande, dont l'ensemble est connu sous le nom d'Iles Britanniques, la Grande-Bretagne forme le royaumeuni de Grande-Bmtagne et d'Irlande. C'est là le nom officiel de l'État; mais comme l'Angleterre est le plus vaste, le plus peuplé, le plus riche des trois royaumes unis, et a successivement imposé sa domination aux deux autres, on applique souvent ce nom seul à l'ensemble du Royaume- Uni.
Superficie. — La Grande-Bretagne, qui est la plus grande île de l'Europe, couvre une superficie de 230 000 kil. carrés environ. Le cap Lizard, qui en forme la pointe la plus méridionale au S.-O., et qui marque l'entrée de la Manche du côté de l'océan Atlantique, est situé par 50° de lat N. environ, et la pointe la plus septentrionale de l'Ecosse, en face des Orcades, atteint h^° 40'. C'est aussi en Ecosse, en face des Hébrides, que se trouve, par 8° 20 environ de longit. 0, le point le plus occidental de la Grande-Bretagne, tandis que le point le plus à l'Est est Yarmouth, situé à 0° 40' de longit. Est de Paris, sur la mer du Nord.
Lq canal Saint-Georges, la mer d'Irlande et le canal du Nord séparent la Grande-Bretagne de
l'Irlande, et si ce dernier bras de mer n'est guèro plus large que le Pas de Calais, ses eaux sont du moins singulièrement plus profondes.
L'Irlande, plus petite que sa voisine, a encore plus de 84 000 kilom. carrés, et de son extrémité occidentale, qui atteint 12° .30' environ de longit. ouest, part le câble télégraphique qui le premier a réuni l'Europe à l'Amérique.
Climat. —Par leur latitude, les Iles Britanniques jouissent d'un climat moins chaud que la France en été ; mais comme l'influence maritime s'y fait partout sentir, que leurs côtes sont baignées par le courant chaud nommé Gulf-Stream, qu'il ne s'y élève aucune montagne plus haute que le Ben-Nevis d'Ecosse, qui n'atteint pas 1400 mètres, les hivers n'y sont jamais rigoureux, et l'on voit même dans la presqu'île de Cornouailles, qui s'avance entre la Manche et le canal de Bristol, des plantes délicates, comme les lauriers, les myrtes, les orangers, rester toute l'année en pleine terre. Mais les rayons du soleil ne sont pas assez chauds pour y faire mûrir les raisins et les fruits savoureux oe notre France; les brouillards y sont fort épais et presque constants, les pluies très fréquentes. Aussi les Iles Britanniques reçoivent une telle masse d'eau, que nulle part ailleurs on ne saurait trouver une telle quantité* de prairies verdoyantes, et des rivières qui roulent une aussi grande masse d'eaux relativement à la petitesse de leur bassin.
Grâce à 1 absence de hautes montagnes, qui a permis de relier iacilement ces rivières entre elles par des canaux, à la marée qui par son flot fait remonter les navires loin de la pleine mer, à la forme des côtes qui sont partout découpées en golfes profonds, il n'est aucun point des Iles Britanniques qui ne soit à proximité d'un port de mer, ou d'une voie navigable qui y transporte économiquement ses produits.
Orographie et hydrographie. — Montagnes. — Le pays de Galles. — L'Angleterre n'off"re guère de montagnes à l'est du 4' degré de longit. O. Entre la Tamise et la Manche s'étendent des collines qui accidentent agréablement la campagne et viennent finir sur la mer en falaises semblables à celles de notre Normandie. A l'ouest de la Severn, qui tombe dans le canal de Bristol, le pays de Galles est tout couvert de montagnes. On n'y trouve point de cimes élevées (le Snowdon n'a guère que lOOO mètres d'altitude), ni de cascades imposantes, ni de ces belles forêts qu'on admire dans les Alpes, les Vosges ou le Jura. Mais par la nature sombre de leurs roches, l'aspect sauvage de leurs landes couvertes de bruyères, la tristesse de leur ciel brumeux, les ruines antiques et les dolmens qui rappellent un culte et des mœurs aujourd'hui oubliés, ces montagnes otTrent encore quelque charme.
Depuis les sources de la Severn jusqu'à celles de la Tyne, la séparation entre le bassin de la mer du Nord et celui de la mer d'Irlande est formée par la chaîne Pennine, haute de quelques centaines de mètres seulement. A l'ouest de celle-ci, les monts du Cumberland offrent une série de lacs charmants, très-visités par les touristes.
Ecosse. — L'Ecosse est un pays montagneux où de nombreux et beaux lacs remplissent le creux des vallons. Au sud, les monts Cheviots forment la limite entre les deux ro}'aumes d'Angleterre et d'Ecosse, réunis depuis l'avènement au trône d'Angleterre de Jacques I", roi d'Ecosse, en 1603. Au centre de l'Ecosse, les monts Grampians' couvrent le pays de leurs ramifications. C'est là que se trouvent le Ben-Nevis, la plus haute des cimes britanniques," le lac Lomond, le plus vaste et le plus beau des lacs d'Ecosse, et la source de la Tay, qui roule des eaux plus abondantes que la Tamise et la Severn. Entre les Cheviots et les Grampians s'étendent les
ANGLETERRE
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loxjûlands, ou basses terres de l'Ecosse, par opposition aux highianc/s, ou pays de montagnes, dont on nomme souvent les habitants hirildanders. A l'ouest du Ben-Nevis, l'île est traversée par une vallée profonde qui va de l'océan Atlantique à la mer du Nord. Là passe le canal Calédonien, ouvert aux marins de toutes les nations et dont le nom rappelle les antiques habitants de l'Ecosse. De l'autre côté du canal Calédonien, les montagnes de l'Ecosse septentrionale appartiennent à une chaîne capricieuse, dont le prolongement se relève au loin dans l'Océan, dans les archipels dos Orcades et des Shetland. A l'ouest et au sud, cette région de l'Ecosse est découpée en nombreux fjords, golfes profonds et étroits aux bords escarpés. Les Hébrides et un grand nombre d autres îles accompagnent cette côte, bordée d'abîmes profonds et à laquelle de superbes colonnes de basalte donnent un aspect des plus grandioses. On a souvent célébré dans les poèmes anciens et les écrits des littérateurs les beautés de la grotte de Fingal, et la chaussée des Géants, qui lui fait pendant en Irlande, sur la rive opposée du canal du Nord.
Mande. — L'Irlande n'offre de montagnes que sur quelques points isolés de son territoire. Le point culminant, voisin de 1000 mètres, est dans le pays de Killarney, près de l'extrémité S.-O. de l'île. Néanmoins l'Irlande, qui reçoit encore plus d'eau que la Grande-Bretagne, renferme de nombreux lacs, dont plusieurs de grande étendue, et surtout de grandes régions marécageuses et tourbeuses. Mais tout y est si vert, que c'est à, juste titre qu'on l'appelle la verte Érin ou encore l'île de lÉmeraude.
Autres îles. — L'île de Man et celle d'Anglesey, dans la mer d'Irlande, offrent des montagnes de quelques centaines de mètres d'élévation, ce qui est beaucoup, relativement à leur petite surface. La dernière est séparée du pays de Galles par le détroit de Menay, bras de mer assez étroit pour que deux ponts le franchissent, et que les trains de chemins de fer y passent, sans l'ébranler, dans un pont tubulaire, sous lequel les navires voguent à pleine voile.
Rivières et ports. — Bassin de la mer du Nord. — La Tamise n'est qu'une faible rivière courant au milieu des prairies jusqu'à Londres, où, gonflée par la marée, elle devient assez forte pour former le port le plus fréquenté du monde.
L'Humber, qui débouche à HuU dans le golfe du Waslî, la Tyne sur laquelle se trouve Newcastle, le plus grand marché de houille de la terre, la Tweed, qui forme la frontière de l'Ecosse, sont, avec la Tamise, les principales rivières d'Angleterre qui débouchent dans la mer du Nord.
En Ecosse, le Forth, qui débouche dans le golfe d'Edimbourg, la Tay, qui passe à Dundee, la Dee, qui passe à Aberdeen, la Spey, qui tombe dans le golie de Moray, sont les rivières les plus remarquables.
Bassin de la mer d'Irlande et de l'Atlantique. — Du côté de la mer d'Irlande, la Clyde forme le port très-important de Glasgow, la première ville d'Ecosse par sa population, son industrie et son commerce. En Angleterre, la Mersey forme le port de Liverpool, le premier de ce royaume pour l'importance de ses exportations, le plus grand marché de coton du monde, et le port d'Europe qui reçoit d'Amérique et y expédie le plus grand nombre de passagers. Enfin dans le canal de Bristol débouche la Severn. Sur la rive septentrionale de son estuaire, Cardiff charge des milliers de navires de son charbon, tandis qu'au sud débouche l'Avon, qui forme le grand port de Biistol.
Bassin de la Manche. — Pour achever de passer en revue les grands ports de l'Angleterre, nous n'aurions plus à citer que Douvres, à cause de l'importance de ses relations journalières avec le con-
tinent, et en continuant à suivre à l'ouest la côte de la Manche : Brighton, plus connu encore comme séjour de bains de mer; Portsmouth, le grand arsenal de la marine militaire anglaise, qui a pour rôle de protéger sur toutes les mers du globe la marine marchande la plus nombreuse et la plus active du monde; Southampton, voisin de Portsmouth, une des grandes têtes de lignes des paquebots de voyageurs. En face de Southampton et de Portsmoutli s'élève la blanche lie de Wight, remplie de cottages charmants et très-lréquentée comme séjour de bains de mer. Dans la péninsule de Cornouailles, Plymouth et Falmouth sont encore des points de départ de paquebots pour l'Afrique, les Indes et l'Australie.
Irlande. — De toutes les rivières des Hes Britanniques, c'est le Shannon qui porte à l'océan Atlantique le tribut le plus considérable. Il draine l'eau des lacs et des marais du centre de l'Irlande ; mais comme il franchit des rapides en aval de Limerick, à quelques kilomètres de son estuaire, il ne peut être remonté bien loin par les navires.
Du côté opposé de l'île, Dublin entretient spécialement les relations de commerce avec la Grande- Bretagne, et Cork, ou son avant-port de Queenstown, sert de relâche aux navires d'Amérique qui se dirigent vers Liverpool.
Canaux. — La Tamise, la Severn, la Mersey et l'Humber sont reliés ensemble par un vaste système de canaux dont l'ensemble atteint 3000 kilomètres de développement et qui sont parcourus par de nombreux bateaux desservant le commerce intérieur, qui dispose en outre d'un réseau de 27 000 kilom. de lignes de chemins de fer. L'Angleterre n'est dépassée que par la Belgique et le grand-duché de Luxembourg sous le rapport de la longueur des voies ferrées comparée à la superficie du pays qu'elles desservent. A cet égard, elle est deux fois aussi avancée que la France.
2. Géographie agricole et industrielle. — Population. — Peuplées aujourd'hui de 33 millions d'habitants, c'est-à-dire de plus de 100 habitants par kil. carré, proportion qui ne se trouve dépassée qu'en Belgique, dans les Pays-Bas et le Luxembourg, les Iles Britanniques ne peuvent tirer de leur sol de quoi nourrir cette population surabondante. Et cependant elle va toujours en s'accroissant, malgré les saignées qu'y lait une émigration considérable.
Agriculture. — Mais si les Anglais sont obligésde tirer du dehors une grande partie des denrées qu'ils consomment, leur pays est du moins un de ceux où la culture est le mieux entendue.
Grâce à l'humidité du climat, les prairies occupent la moitié du sol, et les races de bétail sont perfectionnées et modifiées pour donner le maximum de produit utile. Les bœufs de la race de Durham, les porcs du Yorkshire, les moutons Dishley du comté de Leicester et les southdowns de l'Angleterre méridionale sont partout recherchés à cause de la masse de viande qu'ils produisent. Qui n'a entendu vanter l'élégance et la rapidité des chevaux anglais, dont les luttes agitent tant l'amour-propre national?
Grâce à l'assolement employé et à l'abondance des engrais, le rendement des terres cultivées en céréales est énorme : 30 hectolitres par hectare, et davantage. Le froment, l'avoine et l'orge sont les grains les plus répandus. La pomme de terre joue un grand rôle dans l'alimentation, surtout eii Irlande, "dont la population misérable n'a trouvé d'autre ressource que d'émigrcr en masse quand est venue la maladie de ce tubercule. La bière est la boisson principale des Anglais. Aussi plantet-on do grandes houblonnières, dont les produits alimentent les énormes brasseries de Londres. Dans le sud de l'Angleterre, comme en Normandie, les vergers produisent aussi beaucoup de cidre. En fait de plantes industrielles, on ne peut guèro
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citer que le lin d'Irlande. Mais on distille beaucoup de grains et de pommes de terre pour fournir l'alcool nécessaire dans l'industrie ou consommé en boi-son. Le gin et le whisky sont des eaux-devie de grains.
Forêts. — Bien que l'Angleterre soit un pays de g-randes propriétés par suite de la loi anglaise de succession qui aitribue toute la fortune au fils aîné, les forêts sont presque une rareté en Angleterre Maison cite toujours l'élégance des parcs anglais qni entourent les manoirs des riches propriétaires, et où ceux-ci passent la plus grande partie de leur existence, jouant un grand rôle dans l'administration du pays et employant leurs loisirs aux exercices violents, comme la chasse au renard, seul fauve qui subsiste dans leur île.
Pêche. — La pêche est abondante en Angleterre et forme une des grandes ressources du pays. Les rivières d'Ecosse sont peuplées d'une si grande quantité de saumons, que ce poisson constitue une partie de l'alimentation des pauvres gens et est en outre exporté en grande quantité, soit frais et emballé dans de la glace, soit salé ou mis en boîtes de conserves. Partout les côtes sont habitées par des pécheurs qui poursuivent le hareng, le maquereau, le turbot et acquièrent dans la navigation pénible et dangereuse de leurs rivages de solides qualités de marins.
Industrie. — Mines de houille. — C'est l'industrie qui occupe le plus grand nombre de bras eu Angleterre et fait la fortune de ce pays. Et c'est l'existence et la richesse des bassins houillers anglais qui en a permis le prodigieux développement. Il y a peu d'années, 300000 ouvriers y exploitaient 3000 mines, d'où ils retiraient annuellement lOô millions de tonnes. !Mais ces chiffres vont en s'accroissant jusqu'à présent avec une rapidité surprenante. Le bassin de l'Ecosse entre Edimbourg et Glasgow donnait à lui seul 15 millions de tonnes : celui de Newcastle, 35 millions, deux fois autant que toutes les mines françaises réunies. Les bassins des comtés de Lancaster et d'York, de Stafford et du p-ïys de Galles ne sont pas moins riches que le bassin écossais.
Tout autour de ces bassins houillers s'élèvent des hauts fourneaux, des forges, des verreries, des usines de mille sortes qui vivent en s'approvisionnant sur place de ce pain de l'industrie. Le surplus sert à la consommation domestique et à la navigation à vapeur, ou est emporté dans toutes les parties du monde par les navires qui. après s'être déchargés dans les docks de Londres ou de Liverpool, trouvent dans la houille un lest avantageux. Dans tous les ports charbonniers, comme Newcastle ou ses voisins Sunderland et Hartlepool, on a élevé les engins les plus ingénieux pour charger en quelques heures la cale d'un navire de plusieurs centaines de tonneaux.
Mines de fer et forges. — Grâce à l'abondance de la houille et du minerai de fer et à la facilité de faire venir de l'étranger les minerais de qualité supérieure, l'Angleterre est le pays du monde qui produit le plus de fer, trois fois autant que la France ou les Etats-Unis. Glasgow en Ecosse, Sheffield et Birmingham au centre de l'Angleterre, Merthyr Tydvil dans le pays de Galles, non loin de Cardiff, sont, avec divers autres lieux, les principaux centres du travail du fer. Là se trouvent rassemblés les hauts fourneaux d'où coule la fonte, les laminoirs et les marteaux-pilons qui travaillent le fer, les filières qui retirent, les ateliers de construction où on le transforme en machines de toutes sortes: en éléments de navires, en armes, en objets de coutellerie, en clous, en plumes, en aiguilles, en épingles.
Autres métaux. — La presqu'île de Cornouailles a l'avantage de posséder les seules mines d'étaia do l'Europe qui soient exploitées, et on a souvent
pensé que les îles Scillj', qui en sont le prolongement, séparées seulement par une faible distance, étaient les fameuses Cassitérides où les anciens Phéniciens venaient s'approvisionner de ce métal. On trouve aussi dans le Cornouailles beaucoup de ruivre, et c'est à Swansea, au nord du canal de Bristol, qu'on grille ce minerai, ainsi que celui qui arrive de Suède ou du Chili. Swansea est la plus grande usine à enivre du monde.
Les Anglais fabiiquont aussi beaucoup de poteries, faïences et creusets de toutes sortes. Le grand centre de cette industrie est à Stoke sur le Trent, entre Birmingh:ira et Manchester, à proximité des bassins houillers du centre et de riches dépôts d'argile plastique.
Mrnmfactxires. — Travail du coton et de la laine. — Mais cf%i surtout la filature et le tissage du coton et de la laine qui ont en Angleterre une importance considérable. Nulle part la population n'est aussi agglomérée que dans le Lancashire, entre Liverpool, Manchester, Sheffield, Leeds, Bradford. Chacune de ces villes renferme plusieurs centaines de mille habitants, et de l'une à l'autre les villes, les villages, les usines se suivent sans interruption. Liverpool est le grand port d'importation du coton Manchester le met en œuvre, le file et le tisse. On a calculé que l'Angleterre fabriquait annuellement assez de mètres de cotonnades pour faire cent fois le tour du globe terrestre. Aussi de combien de bras cette industrie n'a-t-elle pas besoin ? Manchesu.r avec ses annexes renferme plus de 500 000 habitants, tout comme Liverpool. En revanche, que de misères quand des crises commerciales ou des grèves viennent entraver la production, ou que la matière première lui fait défaut, ainsi qu'on l'a vu à l'époque de la guerre de sécession aux Etats- Unis. Bradfoi'd et Leeds sont les grands centres du travail de la laine. La première est une ville de •200 000 habitants, et la deuxième de -300 000.
Mais ce n'est pas seulement dans le Lancashire que tournent les broches des filatures et que battent les métiers des tisserands. Glasgow, la troisième ville des Iles Britanniques par sa population, est aussi un grand centre d'industrie, non-seulement à cause de ses chantiers de constructions navales, qui expédient de magnifiques navires aux pays étrangers, mais encore pour ses usines de toutes sortes, et Paisley, dans le voisinage, est renommé pour ses châles et ses mousselines.
En Irlande, c'est Belfast qui est le grand centre du travail du lin. C'est une ville de près de 200 000 habitants.
Commerce. — Le commerce forme avec l'industrie la grande source de fortune des Anglais. Nonseulement ils ont à exporter au dehors des masses énormes de houille, de fers, de cotonnades, et à importer des grains, de la viande, des vins, des fruits, du thé, etc., dont ils ont besoin pour se nourrir, le coton, la laine que réclament leurs filatures ; mais ils ont soin de faire eux-mêmes tous ces transports. Leur marine est la plus nombreuse du globe ; leur pavillon flottant sur 25 000 navires montés par 1 ou 300 OnO marins, se montre dans toutes les mers, et leurs puissantes colonies ont de leur côté une marine fort nombreuse. C'est à leur situation insulaire, au développement de leurs côtes, à la sûreté de leurs ports que les Iles Britanniques doivent l'origine de cette marine. Et les institutions politiques et économiques ont tout fait pour la développer et assurer à l'Angleterre l'empire des mers, au point de vue militaire comme au point de vue I ommorcial. Par leurs nombreuses et vastes colonies, par la protection effective qu'ils accordent au moindre de leurs sujets sur n'importe quel point du globe, les Anglais ouvrent partout des débouchés à leurs manufactures et répandent de plus en plus l'influence et la langue de leur patrie. En outre, l'Angleterre est devenue le grand entrepôt du
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monde. Grâce aux acheteurs qu'ils sont sûrs de trouver et au fret de retour qui leur est assuré, les navires étrangers aussi bien que les vaisseaux anglais portent à Londres et aux autres grands entrepôts de ce pays la plus grande partie des produits d"outi'e-mer qui sera consommée sur le continent. C'est à Liverpool que les filatures de Normandie, de Flandre ou d'Alsace s'approvisionnent d'une partie de leur coton. Londres est le grand entrepôt des laines d'Australie ou du Cap de Bonne- Espérance, des épices et de l'indigo des Indes, de l'ivoire de l'Afrique et du thé de la Chine, dont une partie a traversé la France.
Grmides villes. — C'est ce qui explique l'accroissement continuel et prodigieux de cette capitale, qui empiète sans cesse sur les campagnes voisines, en absorbant les champs et les villages qu'elle couvre de rues, d'usines, d'iiabitations. Londres est aujourd'hui quatre ou cinq fois aussi vaste que Paris et sa population est de près de 4 millions d'habitants. Dix-huit autres villes des Iles Britanniques dépassent 100 000 habitants. JNous les avons nommées parmi les ports ou les villes d'industrie.
3. Géographie politique. — Races et religio?is. — La population bretonne que Jules César rencontra dans l'Angleterre était de même race que les Bas- Bretons français. Aujourd'hui elle est refoulée dans le pays de Galles, l'Ecosse et l'Irlande. Ses mœurs et sa langue se fondent de plus eu plus avec ceux des Anglais. Ceux-ci sont le produit des invasions saxonne et Scandinave qui se sont superposées aux anciens Bretons, et des Français de la France occidentale qui accompagnaient Guillaume 1 e Conquérant ou qu'y ont appelés ses successeurs pendant qu'ils étaient maîtres d'une grande partie de notre pays. Ces familles françaises, dotées au détriment des Saxons vaincus, ont été la souche de l'aristocratie anglaise, dont les cadets sortent naturellement par le rang de leur naissance, tandis que le souverain y fait constamment entrer les hommes qui se sont illustrés dans les carrières politique, militaire ou scientifique.
L'aristocratie anglaise est maîtresse à elle seule de presque tout le territoire anglais et de celui de l'Irlande. Là leur domhiaiion est particulièrement odieuse, puisque à l'antagonisme de races s'ajoute celui de religion. Les Irlandais sont restés catholiques romains, tandis qu'en Angleterre la religion anglicane, qui a conservé la hiérarchie romaine des évêques, s'est séparée entièrement du pape. Depuis plusieurs années, du reste, la religion catholique fait de nombreux adhérents en Angleterre. Les Ecossais suivent pour la plupart la religion presbytérienne, organisée par paroisses et dirigée par des comités appelés conseil des anciens de "Eglise, et se rapprochant beaucoup du calvinisme.
Acbiiinisiration, gouvenieiuent. — L'Angleterre est divisée en 40 comtés, y compris l'île de Wight et les Sorlingues ou Scilly ; le pays de Galles en 12, y compris l'ile d'Anglesey ; l'Ecosse en 53. y compris les Shetland, les ôrcados et les Hébrides ; l'Irlande en 32 comtés. L'île de Man et les îles de Jersey, Guernesey, Aurigny, derniers restes des possessions des rois d'Anf;leierre sur la côte de Normandie, ont une administration particuhère.
Le comté. — Dans chacun de ces comtés, il y a un lord-licutenant gouverneur du comté, nommé par la couronne à tiire surtout honorifique. Le shériff, nommé annuellement par la couronne, est chargé de maintenir la paix publique. Les attributions dos juges de paix sont fort étendues. Ce sont ordinairement de riches propriétaires qui remplissent ces fonctions.
le souverain. — Le gouvernement est monarchique, et la souveraineté peut être exercée par une femme. Mais les Anglais sont très attacliés au régime parlementaire, qui donne aux Chambres la véritable autorité.
Le Parlement. — La Chambre basse ou des Communes comprend des députés de diverses provenances : députés des comtés, des bourgs, des cités ou des universités, qui ne sont pas élus par le sufl'rage universel. Il arrive aussi, contrairement à ce qui se passe dans notre pays, qu'un même électeur peut concourir à diverses élections s'il remplit les conditions voulues dans plusieurs collèges électoraux. Quant à la Chambre haute, elle comprend les lords d'Angleterre au titre héréditaire, un certain nombre de dignitaires ecclésiastiques, des pairs d'Irlande nommés à vie par la pairie d'Irlande, et des pairs d'Ecosse nommés à chaque législature par la pairie d'Ecosse. Ce n'est que depuis le commencement de ce siècle que le parlement d'Irlande a été fusionné dans les parlements d'Angleterre et d'Ecosse, réunis cent années plus tôt.
Armée, marijie. — Depuis la guerre de Crimée, l'Angleterre n'a pris aucune part aux guerres du continent. Son armée, composée de volontaires et renforcée par les milices, est plutôt faite pour un rôle défensif. C'est sur mer que l'Angleterre tend à étendre sa puissance, et il ne s'écoule guère plusieurs années consécutives sans que son pavillon flotte sur quelque nouveau point stratégique destiné à assurer partout la libre circulation de sa flotte.
Possessions extérieures — En Europe, elle surveille l'embouchure de l'Elbe sur le rocher d'Helgoland. A Gibraltar, elle commande l'entrée de la Méditerranée ; à Malte, à Aden et à Singapore, la route de l'Orient. Par Hong-Kong, elle a pris pied en Chine ; par ses établissements du golfe de Guinée, elle est maîtresse du commerce du Niger, et par le protectorat qu'elle exerce sur le sultan de Zanzibar, elle domine sur la côte africaine de la mer des Indes.
Ses immenses possessions du Canada et des Antilles en Amérique, du cap de Bonne-Espérance en Afrique, des Indes et de la Birmanie en Asie, de l'Australie, de la Nouvelle-Zélande en Océanie, lui assurent de grandes sources d'approvisionnementsen matières premières, de grands débouchés pour SCS manufactures, des terres à défricher pour ses émigrants, des carrières de toutes sortes pour ses cadets déshérités qui ont à faire fortune.
La reine d'Angleterre régnant aujourd'hui sur le plus bel empire du monde et le plus riche, s'il n'en est pas le plus étendu, ayant sous sa dépendance les puissants radjahs de l'Inde, s'est fait proclamer à juste titre impératrice des Indes. Si cette appellation n'ajoute rien à sa puissance malérielie, elle est plus en rapport avec les besoins des populations orientales, toujours amoureuses de faste, qui forment le plus grand nombre des sujets de l'empire britannique.
Questionnaire géographique. — 1° Sur la gé'graphie physique. — Ouest située l'Angleterre? — Quels sont les principaux groupes des lies Britanniques?-— Gomment appelle-t-on officiellement l'État qu'ils forment? — Quels sont les bras de mer qui les séparent? — La Grande-Bretagne est-elle plus petite ou plus grande que la France? — Quel est son climat? — Où sont situés les principaux groupes de montagnes des Iles Britanniques? — Où est la cime la plus élevée? — Quels sont les principaux fleuves? — Les principaux ports qu'ils forment? — Quels sont les moyens de transport dont dispose le commerce?
2° Sur la géographie agvic<<le et industrielle. — Les Iles Britanniques sont-elles plus ou .moins peuplées que la France relativement à leur superficie? — Quels sont les principaux produits de l'agriculture? les principales races de bétail? la principale boisson des habitants? les principales cultures industrielles? — Quelles ressources ofl're la pèche fluviale? — maritime? — Quels sont les
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principaux bassins houillers ? — Quelle est l'importance actuelle de leur production? — Quelles mines métalliques possèdent les lies Britanniques? — Quels sont les principaux centres qui utilisent leurs produits? — Quelles sont les principales manufactures? — Quel est le grand marché du coton brut ? — Quelle est la ville qui en fait la plus grande consommation? — Où sont les principales manufactures d'étoffe de laine? — Quelle est l'importance de la marine marchande anglaise? des entrepôts de Londres? — Quelles sont les grandes villes des Iles Britanniques et pour chacune d'elles quelle est la raison de son accroissement ?
3° Sur la géographie politique. — Quelles sont les races qui ont contribué à la formation de la nation anglaise actuelle? — Quel est le gouvernement de l'Angleterre ? le rôle du souverain ? du \ parlement? — Comment sont administrés les comtés? — Quelles sont les principales possessions extérieures de la Grande-Bretagne? — Quel est le nouveau titre de la reine d'Angleterre. ]
Problèmes géographiques. — La population des ; lies Britanniques est de 33 800 000 habitants, leur superficie de 314 9ôO kil. carrés. Celles de la France «ont 3g 900 000 habitants et 5-28 600 kil. carrés. |
1° Quelle serait la population de la France si elle était aussi peuplée que les Iles Britanniques relali- , vement à sa superficie ?
2° L'Angleterre possède des colonies couvrant | une superficie de 21 000 000 de kil. carrés et habitées par 204 000 000 d'habitants. Les possessions françaises couvrent 965 000 kil. carrés, peuplés de 6 100 000 habitants.
Quelle est l'étendue des colonies anglaises relativement a celle des lies Britanniques ? — Combien y a-t-il d'habit<ints des colonies anglaises pour un habitant des Iles Britanniques?
30 Poser les mêmes problèmes qu'à l'article Allemagne sur les chemins de fer, les bureaux de poste, les lettres, étant donné que les Iles Britanniques possèdent 27 li2kil.de chemins de fer, et 1344': bureaux de poste distribuant 1 019 000 000 lettres.
4° Le commerce général des Iles Britanniques est de 15 000 000 000 de francs, celui de la France de 9 270 000 000. — Quelle est la proportion du commerce par tête d'iudividu en Angleterre? — en
Quelle serait l'importance du commerce de la France, si chacun, en moyenne, y faisait autant d'affaires qu'en Angleterre, etc., etc. [G. Meissas.]