‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. Buisson (volume 4)Chapitre 79 sur 593 · HISTOIRE · texte numérisé non relu

HISTOIRE

L'histoire d'Angleterre se partage en quatre périodes bien marquées :

r Jusqu'en 1086, quatre invasions successives forment le peuple anglais.

2° 1086-1455. La puissance des rois normands amène la rivalité avec la France, et la fusion des Anglo-Normands la conquête des libertés publiques.

3" 1455-1638. — La guerre des Deux-Roses affaiblit la noblesse au profit de la royauté absolue qui commence la Réforme ; mais le peuple anglais ne se laisse pas dépouiller : il poui'suit en même temps la Réforme et la Révolution, et établit la monarchie tempérée.

4" l0fi8-18S0. Forte de ses libertés, l'Angleterre constitue sa grandeur par la domination des mers.

Première période. — Invasions (55 av. Jésus- Clirist-1086). — Les Bretons. — L'an ôô avant Jésus-Christ, la Grande-Bretagne était l'île sacrée de la Celtique. Anglesey était un sanctuaire plus révéré que la forêt des Garnutes. a Les Celtes bretons portaient de longs cheveux flottants et de longues moustaches ; ils se tatouaient le corps avec une substance verte extraite des feuilles du pastel... A ce degré de civilisation, les formes de gouvernement devaient être simples et grossières...

Tous les membres, proches ou éloignés, de la même famille vivaient dans la plus étroite intimité: chasse, butin, propriété, tout était commun. » (A. Thierry). Venus de la Gaule, les tireions avaient 'chassé vers le nord les Calédoniens de race gallique et se partageaient le territoire, les Logricns à l'est et les Cambriens à l'ouest.

1" Expéditions romaines. — Les Romains ne connaissaient que vaguement la grande île de Bretagne. Pour y être descendu deux fois. César eut « le même prestige que A'apoléon après ses victoires d'Egypte ». Depuis, Agricola soumit ces tribus énergiques, mais isolées. La frontière romaine atteignit la Clyde et s'arrêta devant les Calédoniens. Mais soumise en partie, convertie même au christianisme, la Bretagne ne fut jamais domptée, et le passage des Romains (78-4(iOy n'y laissa pas de traces. A leur départ se releva l'autorité des anciens chefs.

2° Invasions des Saxons et des Angles. —Libres de la domination romaine, les Bretons ne surent pas se défendre contre les pirates saxons, dont les bandes toujours renouvelées accouraient à cette proie facile. En 547, la population des Angles (peuple qui habitait originairement le Schleswig actuel) s'embarqua tout entière pour la Bretagne septentrionale. En 5b0 , sept royaumes anglo-saxons étaient constitués. Ils furent réunis un instant sous Egbert, en 827-836.

Les Bretons dépouillés étaient esclaves ou chassés en exil dans les monts de Cambrie. Là ils luttaient. « Jamais les Kimris ne paieront le tribut, disent leurs vieux poèmes... Tu as beau faire, ni ta puissance, ni aucune autre, si ce n'est celle de Dieu, ne détruira notre nom, ni notre langue. » En effet, ce nom et cette langue subsistent, sur ce sol couvert de rocs et de grèves, comme un étrange et poétique monument d'énergie et de patriotisme. (Aug. Thierry.)

Introduction du christianisme. — Encouragé par les succès de l'Eglise en Gaule , Grégoire le Grand avait envoyé 40 moines évangéliser la Bretagne. « Vous êtes venus de loin pour me communiquer ce que vous jugez utile et vrai, leur dit le roi de Kent ; je vous laisserai libres de publier votre doctrine. » Ils eurent bientôt des prosélytes. Dans le Northumberland, l'assemblée des Sages fut réunie. « O roi, dit un guerrier, dans nos festins d'hiver, souvent vient un oiseau qui traverse la salle à tire d'ailes ; l'instant de ce trajet est pour lui plein de douceur ; il ne sent plus l'orage. iVlais , l'instant est rapide et de l'hiver l'oiseau repasse ' dans l'hiver. Telle me semble la vie des hommes comparée à la longueur du temps qui la précède et qui la .«uit. Ce temps est ténébreux. Si donc la nouvelle doctrine peut nous en apprendre quelque chose de plus certain, elle mérite que nous la suivions. » L'assemblée vota l'établissement du christianisme et bientôt les Angles se convertirent tous.

3° Invasion des Daîiois. — Depuis 150 ans, la Bretagne était devenue la terre des Anglo-Saxons, quand trois vaisseaux d'hommes inconnus abordèrent à l'orient. C'étaient les premiers Danois. Ils venaient chanter aux Saxons la « messe des lances » . — a Nous avons frappé de nos épées le jour où j'ai vu des centaines d'hommes couchés sur le sable, près d'un promontoire d'Angleterre ; une rosée de I sang dégouttait des épées. » Tel était le chant de mort d'un de ces rois de mer, Lodbrog, prisonnier et accablé de tortures (865 . L'année suivante, ses fils accoururent le venger. Ce fut le troisième pillage de l'Angleterre envaiiie. Eu i3 ans, elle était conquise.

Alfred le Grand. —La valeur d'Alfred le Grand (871-901), qui, caché dans les marais de Cornouailles, souleva les Saxons exaspérés parla servitude, ses lois mêmes qui organisaient la résistance et constituaient le royaume (V. Alfred le Grand dans la 1"= PARTXiij, suspendirent seulement les progrès

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des Danois. En 1013,Suénonsoumettaitles Anglo- Saxons ot son fils Kanut le Grand (1017-1036) était maître de la Scandinavie et de l'Angleterre.

40 Invasion des Normarids. — Mais les événements semblaient conspirer pour une quatrième invasion, la dernière, celle des Normands. Leur duc Guillaume «était très-sage à la manière du temps, c'est-à-dire brave et horriblement perfide . «En vertu d'un serment qu'il lui avait surpris, il attaqua Harold, que les Saxons venaient de proclamer. Ceux-ci n'avaient pas de forteresses ; vaincus, ils étaient perdus. Guillaume convoqua tous les aventuriers de l'Occident; l'Angleterre était la proie commune. Harold et les Anglais tombèrent à Haslings, au pied de leur étendard (l066\ Près de la côte est une terre marécageuse et presque mouvante, l'impraticable île d'Eiy, coupée de rivières. Ce fut le camp du Refuge, au milieu des joncs et des saules ; de là les Saxons pillaient les pillards. Forcés en 1073, les Outlaw (bandits) se dispersèrent dans les bois, errants , mais libres et pleins de l'âme nationale. Souvent les flèches de Kobin Uood s'égaraient sur le seigneur normand.

Cependant les vainqueurs avaient partagé la conquête. Guillaume, proclamé roi d'Angleterre, distribuait les maisons, les abbayes, les terres. Tout titre de propriété antérieur à l'invasion était annulé, tout acte de pillage accompli par un Normand était sanctionné par le roi. Le livre du dernier jugement {dooynesday book) forma le registre et le cadastre de la nouvelle féodalité (108G) ; et des lois atroces maintinrent la soumission.

Deuxième période (1086-1455). — A la mort de Guillaume (lus7), l'Angleterre est constituée et son histoire propre commence. Deux grands faits qui se développent à travers les siècles la dominent tout fintière ; au dedans la lutte de l'aristocratie et des villes co7itre la royauté, au dehors la rivalité aoec la Fra?ice.

E-XTÉRfEUR : Guerres avec la France — Le roi d'Angleterre, en tant que duc de Normandie, était vassal du roi de France, et il était plus puissant que lui : de là une longue suite de guerres. En lOsO, Philippe P'^ possédait à peine l'Ile de France; Guillaume avait l'Angleterre et la Normandie.

Mais bien des causes paralysèrent la puissance du roi d'Angleterre et de ses successeurs. D'abord, Guillaume II et He7iri I-' {lOU't-ll^b) ne firent rien, par peur des insurrections saxonnes. Sous Etienne des discordes cruelles (1135-1154) ne permirent pas de songer à des luttes étrangères. Mais l'avénement à'Henri II Plantagenet (1154-1189), héritier du Maine, de l'Anjou et de la Touraine, puis le mariage de ce prince avec Eléonore, héritière de la Gascogne, du Poitou, de l'Aunis et Saintonge, Angoumois, Marche et Périgord, vinrent porter à son comble la puissance des rois d'Angleterre. Henri II gouvernait encore la Bretagne comme tuteur de son fils, fiancé à l'héritière de ce duché. Enfin il conquit l'Irlande (11*0) et imposa sa suzeraineté à l'Ecosse. Heureusement les troubles intérieurs excités par Thomas Becket, archevêque de Cantorbéry, et les révoltes de ses fils, l'arrêtèrent plusieurs fois dans la lutte contre les rois de France. Son fils Ric'^ard /" Cœur de Lion ( 1189-99, porta dans la troisième croisade son ardeur militaire (1190). D'un seul coup, il avait abattu la tête, l'épaule et le bras droit d'un émir qui l'avait défié. C'est lui qui prit Ptolémais. Deux ans captif de l'empereur Henri VI, il venait de vaincre son rival Philippe-Auguste quand il périt d'une flèche en 1199 au siège de Chalus en Limousin. Son frère Jerm sans Tewe, assassin d'Arthur de Bretagne son neveu, excommunié pour désobéissance au pape, en butte aux révoltes de ses sujets, ne sut pas défendre ses possessions continentales saisies par Philippe-Auguste. Battu à Bouvines (I214j, il vit son royaume envahi par les Français alliés aux Anglais rèvoliés. Un instant

la France faillit conquérir l'Angleterre comme la Normandie; mais la mort de Jean ramenales Anglais à son fils He7iri III. Le nouveau roi fut battu à Taillebourg (1242). Mais il garda sur le continent l'Aquitaine, le Quercy, la moitié de la Saintonge et Agen, par le traité d'Abbeville.

11. Intérieur. — Lutte de l'aristocratie et des villes contre la royauté. Le roi et ses barons tenaient leurs biens de la conquête. Liés entre eux par la crainte des Anglais, les Normands étaient sous le roi comme une armée héréditaire, écrasant et contenant les vaincus du haut de leurs forteresses. Anglais et Normands formaient deux nations ennemies, superposées, l'une maîtresse, l'autre asservie et méprisée. Mais, après deux siècles de vie commune, la nationalité saxonne disparut; alors il ne resta qu'un peuple foulé, comme les barons eux-mêmes, par une royauté avide et sans frein. Le faisceau des conquérants était brisé. Le péril d'une insurrection passé, la noblesse voulut reprendre sa liberté ; les barons disputèrent au roi son pouvoir. Ayant besoin d'appui, ils réclamèrent en môme temps pour eux-mêmes, pour le peuple et le clergé. Sous le roi Jean, les revers extérieurs, la faveur de courtisans étrangers, l'excommunication, puis la soumission du roi devenu vassal du pape, enfin un despotisme honteux et avide soulevèrent toutes les classes, peuple, noblesse et clergé ! Formés en « armée de Dieu et de l'Eglise », les révoltés entrèrent à Londres. Réduit à sept chevaliers pour tout cortège, Jean, malgré sa fureur, dutsigner la Grande Charte (l2Iô) : un conseil de vingt-cinq barons surveillerait la royauté et consentirait les impôts ; la libre élection des prélats, les franchises des villes étaient garanties, et le jury institué dans les comtés.

Les résistances de Jean vaincues par l'intervention de Philippe-Auguste, puis celles d Henri HI eurent pour résultat les statuts d'Oxford, qui confiaient le pouvoir aux barons et à leur chef Simon de Montfort, comte de Leicester (1258). Quoique l'ambition de Leicester fût sans bornes, elle paraît n'avoir été au delà ni de son courage, ni de son génie. Vaincu à Evesham (1205), au cri de « point de quartier aux traîtres », il tomba mort près da son fils. Mais la Grande Charte subsistait.

Cependant la haute et la basse noblesse s'étaient séparées. Le chevalier, moins riche que le baron, perdait sans cesse de son importance par le morcellement des héritages. Il se rapprochait ainsi dii peuple. Pour contrebalancer les barons, la royauté favorisa la gentry dos chevaliers. Et, comme ceuxci, trop pauvres, ne venaient pas aux parlements, Edouard /<^f les autorisa à y envoyer des députés chargés de les représenter.

En même temps les bourgeois des villes gagnaient chaque jour en force et en richesse. Assemblés pour consentir les impôts, leurs délégués s'unirent aux députés de la gentry. Ainsi fut formée la Chambre des Communes. Les nobles apportaient leur .droit de siéger, les bourgeois l'influence que donnent le nombre et la richesse. A la faveu des troubles sous Edouard II, et des guerres sous Edouard 1 11, les Communes virent grandir leurs privilèges. Elles sanctionnèrent la déposition de deux rois (1327 et 1399) ; sous la maison de Lancastre leur droit de voter l'impôt ne fut plus contesté.

III. Guerre de Cent Ans. — Cependant l'activité des princes anglais s'était détournée de la guerre française pour combattre des ennemis plus proches. Edouard pr soumit les Gallois (1283J, et vainquit les Ecossais à Falkirk. En 132^, la victoire d'Edouard 111 à Halidon-Hill rendit le trône à Baliol, son vassal.

Puis commença la sn^rrc de Cent Ans. Edouard HI réclamait le trône de France. En dix ans, les victoires de Crécy et de Poitiers livraient notre pays en proie aux bandes anglaises, et le traité de

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Brétigny (I3C0) donnait à Edouard III la moitié du royaume. Après les règnes de Richard II et de Henri JV de Lancastre, Henri V ramena ses troupe? à la victoire (Azincourt, 14 lô) et au pillage. Cette fois le traité de Troyes (1420) lui donnait la couronne. Mais elle tomba pre-que aussitôt sur la lête de l'enfant Henri II, qui ne sut pas conserver 1rs conquêtes de son père. En 1429 parut Jeanne Darc , et dès lors les Anglais ne connurent plus que les revers. Calais seul leur restait en l-iôJ.

Troisième période 1455-1688). — Guerre des Deux-Roses. Absolutisme. Réforme et révolutioti. — Irrités de leurs défaites, privés du pillage de riches provinces, le peuple et les barons s'en prirent au malheureux Henri VI, faible d'esprit comme son grand-père Charles VI. Richard d'York prétendit au trône : ce fut la guerre des Deux- Roses, blanche pour York, rouge pour Lancastre. Marguerite d'Anjou conduisait les Lancastriens ; Warwick, le « faiseur de rois », qui commandait à 30 Oi 0 vassaux, la vainquit àTowton et mit£'(/ow">Y//t^ fils de Richard, sur le trône (l4(il).La reine fuyait avec son tils, livrée à la merci des brigands dans les bois du Nord ; ses partisans étaient en proie aux vainqueurs.

Mais Warwick, irrité contre Edouard, cherche à rétablirles Lancastre. Il meurt à Barnet (1471). Margueriteest prisonnière àTewkesbury (l4';i) et voit poignarder son jeune fils dans la tente même du vainqueur. Cette alternative de succès et de revers avait livré tour à tour les seigneurs de chaque paru aux meurtres et aux confiscations des vainqueurs. ; a noblesse, décimée, affaiblie, ne pouvait plus résister au despotisme. Après la mort d'Edouard IV, son frère Richard HI assassina pour régner ses deux ne\e\ix,\es eu fants d'Edouard ^1483). Henri VII Tudor, vainqueur du tyran usurpateur à Bosworth î48.i), mit fin aux troubles, mais établit le pouvoir absolu.

Royauté absolue. Les Tudors (1 485-! 603), — Henri 17// (i 509-1547) fut l'arbitre de l'Europe, entre François l" et Charles-Quint. A l'intérieur son pouvoir fut sans bornes, comme ses passions sans frein. Le pape lui refusait de consacrer son divorce : il rompit avec la papauté, et constitua l'Église anglaise sous la suprématie royale ; le chancelier Morus et bien d'autres périrent pour n'avoir pas voulu accepter cette révolution religieuse.

La Réforme s'établit en Angleterre, malgré la passagère persécution àe Marie la Sanglante (1553- 58) ; elle triompha sous ie règne à' Elisabeth (155S- 1603). Cotte reine, qui fut pour les protestants en Europe ce qu'était Philippe II d'Espagne pour les catholiques, n'eut plus d'adversaires à redouter quand elle eut envoyé à l'échafaud Marie Stuart, reine d'Ecosse (15S7), et quand le désastre de la grande Armada eut anéanti tous les projets du monarque espagnol (1588).

Souveraine maîtresse du pouvoir, elle excitait l'enthousiasme de ses sujets par l'éclat d'un règne pendant lequel l'Angleterre fondait sa marine et couvrait les mers de douze cents vaisseaux. A cette gloire extérieure l'Angleterre ajoutait celle des lettres : c'est sous Elisabeth que parut l'immortel Shakespeare, suivi bientôt par Bacon, l'im des pères delà philosophie moderne.

RÉVOLUTION (1 603-1688) .— Au début du xvu« siècle, la roj-auté absolue s'établissait dans presque toute l'Europe. Seuls les peuples protestants évitèrent ce danger, par la guerre de Trente Ans et la révolution anglaise de 1048.

En Angleterre, la réforme d'Henri VIII était incomplète. La révolution fut donc à la fois religieustet poliiique; elle attaqua l'Église anglicane en même temns (jue la royauté.

Les traditions du passé et l'absence d'armée

permanente facilitaient la résistance du peuple aux prétentions absolutistes des Stuarts, héritiers des Tudors (1603). « Los rois, disait Jacques VI d'Ecosse devenu Jacques /'='■ en Angleterre, sont appelés par Dieu mCme des dieux, comme étant ses lieutenants et représentants sur la terre. » Mais la timidité de ce roi qui tremblait devant une épée, la faveur d'insolents courtisans, et l'abandon de la glorieuse politique dElisabeth rendirent bientôt impopulaire ce gouvernement arrogant et faible. En IG'Jô, les Communes n'accordaient que quelques subsides, et levés par ellesmêmes.

Charles I" (1625-48) était, comme son père, imbu des maximes du pouvoir absolu. Mais l'amour des libertés publiques, ranimé sous Jacques !"■, et le progrès des sectes protestantes lui opposaient d'insurmontables obstacles. Le Parlement, énergique défenseur des droits de la nation , présenta la f'étition des droits qui interdisait les arrestations illégales et la levée d'impôts non consentis. Irrite, Charles résolut de gouverner sans parlement avec le ministère de Wentworth, ancien chef de l'opposition, qu'il fit comte de Strafford.

Ministère de Strafford jl032-i0). — Orateur éloquent et ministre habile, Strafford gouverna onze années arbitrairement. « Sa tyrannie fut la plus inique et la plus abusive qu'ait soutf'.ne l'Angleterre,» (Guizot.) Ainsi un lord était condamné à mort pour insulte au premier ministre. Mais les impôts arbitraires, la vénalité de l'administration et surtout la persécution des sectes populaires exaspéraient lentement le peuple anglais. « Chrétiens, s'écriait un condamné à la prison perpétuelle, c'est pour votre liberté que nous perdons la nôtre ; poui* vous, pour vos enfants, restez fidèles à la cause de Dieu et de la patrie, »

Beaucoup émigraient et allaient fonder des colonies sur les côtes encore désertes de l'Amérique. En mai 1637, huit vaisseaux d'émigrants étaient en partance ; sur l'un d'eux, raconte la tradition, étaient trois membres des derniers parlements, Hampden, Pym et Cromwell, — ils allaient partir. — Un ordre du roi empêcha le départ et retint ainsi sur le sol anglais ses trois plus redoutables ennemis.

Forcés à rester, les opposants luttèrent. Hampden en refusant l'impôt souleva l'opinion et commença la révolution. Le :23 juillet i637 les protestants d'Ecosse révoltés signaient un covenant ou pacte d'union pour la défense de leur religion. Bientôt deux échecs en Ecosse réduisaient Strafford à convoquer un parlement ( 1640 , qui futpresque aussitôt disssous. Mais la situation devenant de plus en plus menaçante pour la royauté, Charles se vit contraint, la même année, 5 convoquer de nouveau les représentants de la nation. Alors se réunit l'assemblée qui s'est immortalisée sous le nom de Long Parlement.

Le Long Parlement (1640-53). — Celui-ci prit aussitôt le pouvoir : les subsides votés furent confiés à des commissaires élus ; Stralïord arrêté fut déclaré hors la loi, et Charles abandonna celui qui s était perdu pour lui.

Mais la mort de Strafford n'arrêta point les Communes ; Charles quitta Londres, et le i3 août 164-' commença la guerre civile à Nottingham, La lutte dura plusieiu"s années. Vaincu enfin par les park» mentaires, Charles dut se rendre (I6j7) et devint prisonnier du Parlement.

Celui-ci gouvernait depuis quatre ans. D'abord dominé par les presbytériens, modérés en politique et en religion, il subissait alors l'influence des indépendants, qui niaient toute autorité religieuse et voulaient la république. Leur force était i'armce, formée de cinquante mille volontaires fanatiques, habitués à délibérer et à décider sur les afi'aircs publiques. Leur général était Cromwell, le vain-

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qucur de Naseby, politique ambitieux, fanatique «t fourbe. Le parlement négociait avec Charles ; les indépendants enlevèrent le roi, et un officier de Cromwell, avec deux régiments, interdit l'entrée des communes à 143 membres, qui furent ensuite exclus. Les indépendants dominaient, mais à quel prix !

La Chambre nomma des juges pour le procès du roi, qui fut condamné. Sur l'écliafaud, il parla longtemps avec un calme singulier. Le discours fini : « Mes cheveux sont-ils bien ainsi ?» — Oui, sire, répondit le bourreau masqué. — « Quand j'étendrai les bras, alors..., » et il s'agenouilla. Un peu après, il étendit les bras (30 janvier 1649).

Le roi mort, il fallait détruire les royalistes. Le parlement envoya Cromwell en Irlande. Celui-ci, dit Villemain, versa le sang comme l'eau sur cette terre déjà toute sanglante et pacifia par la terreur (1650^. Charles II, héritier de son père, était descendu en Ecosse ; Cromwell le vainquit à Danbar. Le ciel était sombre et la bataille indécise. Tout à coup, un rayon de soleil : « C'est Dieu qui se jlève » s'écria Cromwell ; « et l'ennemi ne fut plus quedu chaume devant nos épées. » Le prince dut fuir l'Angleterre à travers mille dangers.

Cromwell (1653-58). — Par ses victoires, Cromwell était maître : il chassa le parlement réduit au cinquième de ses membres et gouverna sous le titre de Protecteur (1653). La gloire du dehors semblait compenser la servitude du dedans. Allié de Mazarin, Cromwell vainquit la Hollande, prit Dunkerque et la Jamaïque à l'Espagne. « Je rendrai, disait-il, le nom d'Anglais aussi grand que le fut jadis celui de Romain. » Cependant il vivait au milieu de complots et d'alarmes continuels, occupé à contenir les éléments de troubles qui menaçaient sa dictature. Il mourut enfin en 1668.

Restauration (1660-88). — Peu ambitieux, son fils Richard fut bientôt renversé ; le général Monk entrant dans Londres avec une armée convoqua un parlement et fit appeler Charles II. Les régicides furent proscrits et le covenant brûlé par le bourreau.

Reçu avec enthousiasme, le nouveau roi mécontenta bientôt son peuple par la corruption et la vénalité de son gouvernement, par sa tolérance envers les catholiques. Mais surtout, il vendait Dunkerque, conquête de Cromwell, et recevait de Louis XIV, chef du catholicisme européen, une pension qui lui permettait d'éluder le contrôle du parlement (l'.70). Celui-ci manifesta sa colère par des bills qui excluaient les catholiques de toute fonction publique (1673) et qui garantissaient la liberté individuelle (1679). Les Communes voulurent même exclure du trône le catholique duc d'York, mais, grâce au refus des loràs, Jacques II put succéder à son frère (1085). Une persécution sanguinaire dirigée par le chancelier Jeffryes contre les ennemis du roi porta l'irritation à son comble. Les complots éclatèrent ; enfin en 1688 Guillaume d'Orange, stathouder de Hollande et gendre de Jacques II, débarqua à Torbay avec une armée ; sur ses étendards, il avait écrit : « Je maintiendrai les libertés de l'Angleterre. » Jacques abandonné de tous s'enfuit en France, pendant qu'un parlement proclamait son rival sous le nom de Guillaume m, et rédigeait une nouvelle Déclaration des droits (1689;. La « royauté consentie » succédait à la monarchie de droit divin : les prérogatives du parlement étaient définitivement assurées; la révolution était terminée.

Cinquième période. — Liberté et grandeiir de l'Angleterre (1603-1877). — Guillaui/w III (168S- 17u2j, s'il était roi en Hollande, disait-on, ne fut que stathouder à Londres ; le parlement voulut roter chaque année la liste civile et coiicédia In garde hollandaise, comme menaçante pour la liberté.

« Au paraissant pai amier, vigoureux génie sans 2« Partie.

éclat, fier caractère sans attrait, grand homme sans séduction, » ce prince « était un homme de bronze étranger à tout sentiment de nature ; il n'eut qu'une passion, mais atroce, la haine de la France. i> Et son avènement fut le signal de nos revers. La victoire de la Boyne (1590) lui hm l'Irlande que domptèrent des lois cruelles; notra glorieux désastre de la Hougue (1692) laissa la suprématie des mers aux Anglais qiu venaient de créer leur compagnie des Indes. A Ryswick, Guillaume triomphait, mais il mourut (1702) quand la guerre de la succession d'Espagne commençait.

Marlborough, favori qui avait trahi Jacques II, dominait la reine Anfie, par sa femme, et les whigs. Ce personnage méprisablts Ltaii un grand général. Avec Eugène de Savoie, il nous battit à Hochstedt (1704), à Ramillies (1706), à Oudenarde (l7o8), à Malplaquet (1709), pendant que sir John Methuen assurait l'influence anglaise en Portugal (1 703) et que Rooke prenait Gibraltar (1704). Disgracié pour les hauteurs de sa femme, il laissa le pouvoir au chef des torys, Bolingbroke, qui traita à Utrecht (1713). L'An gleterre gagnait Terre-Neuve, l'Acadie, Gibraltar, la ruine de Dunkerque et la domination des mers. L'unité du pays s'était encore achevée par la réunion définitive de l'Ecosse (1704).

Georges I^^ (1714-27) de Hanovre ne parlait pas anglais, il était méprisable mais protestant ; il fut préféré, malgré les torys, au chevalier de Saint- Georges, fils de Jacques H. Pendant treize ans le ministre Walpole gouverna son maître par la flatterie, les légitimistes jacobites par la terreur et les parlements par la corruption. Il fut le « maquignon des consciences ». Partisan de la paix, il s'allia un instant à la France pour maintenir les traités de 1714 contre la fragile ambition d'Albéroni. Sous Georges //(1727-60), l'opposition réveillée l'engagea dans une guerre malheureuse avec l'Espagne, puis dans la guerre de la succession d'Autriche. Victorieux à Dettingen (I7i3), Cumberland fut vaincu à Fontenoy (17i5) et à Lawfeld (1747). Mais la victoire de Cnlloden (1746) avait ruiné la tentative de Charles-Edouard, petit-fils de Jacques II, et amené la soumission des montagnards écossais.

Walpole avait réussi par la laveur et l'intrigue ; 'William Pitt arriva au pouvoir par la droiture et le talent. La dignité de son caractère et la force de son génie furent les seuls appuis du « grand député des Communes ; » serviteur passionné de son pays, il fut l'auteur de la guerre de Sept Ans. Vainqueurs en Europe à Crevelt et à Minden, au Canada, aux Antilles et aux Indes, les Anglais acquirent par la paix de Paris (1763) le bassin du Saint-Laurent, Tabago, Saint-Vincent, le Sénégal et la Floride.

Guerre d Amérique. — Ces traités mettaient l'Amérique dans la main des Anglais. Depuis deux siècles, tous les proscrits, protestants ou jacobites, s'étaient réfugiés tour à tour sur la côte américaine pour y fonder des établissements bientôt prospères, grâce à l'énergie du travail. Ces treize colonies formaient le plus beau fleuron de la couronne anglaise. Mais un ministère tory prétendit faire peser sur les colons des impôts exorbitants ; en vain Pitt et les wliigs les défendirent : ce sont « les fils et non les bâtards de l'Angleterre ».

A ces prétentions, le congrès américain répondit par la Déclaration des droits ^1774) : « Nos ancêtres, disaient-ils, possédaient tous les droits des Anglais et ne les ont pas perdus par l'émigration. » Un combat eut lieu et deux ans plus tard (4 juillot 1776) les Américains proclamaient leur indépendance. Le succès de Sarat0j?a (1777) et la prise d'Yorktown (iT.sl) par Washington assurée par l'alliance de la France, — dont les iioctes, bat tues aux Antilles, étaient victorieuses aux Inde» (1782), — amenèrent la paix de Versailles (1783). Les États-Unis étaient libres ; on nous rendait la Sénégal, Tabago et Pondicliéry.

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Conquête des Indes. — Au moment où l'Angleterre perdait un empire, elle en conquérait un autre dans les Indes. Le départ de Dupleix et les traités de Paris (1763j avaient livré l'Hindoustan à la Compagnie anglaise. Fondée en 1599 par quelques marchands, la Compagnie — grâce à l'habUcté sans scrupules de Clive, qui soumit le Bengale, et de Warren Hastings qui vainquit les Mahrattes et le rajah de Mysore, Hayder-Ali — avait fondé le plus vaste empire et commandait à cent millions d'hommes. Depuis, le gouvernement s'est substitué à la Compagnie; il a donné l'Indus et le détroit de Malacca pour frontière à l'empire indien, qui est en même temps le grand marché de l'industrie anglaise.

Pitt et Napoléon. — Cependant, en 17S3, le second Pitt, déjà député depuis trois années, était premier ministre à 24 ans. Uurke, en entendant son premier discours, s'était écrié : « Ce n'est pas un rejeton du vieil arbre. C'est le vieil arbre luimême. » Chef des torys, il était au pouvoir quand éclata la révolution française. A la haine d'un Anglais contre la France, que son père lui avait léguée, Pitt ajouta la haine du tory contre les principes nouveaux. Il fut l'âme des coalitions européennes qu'il soutenait de ses subsides. Vaincu à Toulon, en Hollande, à Quiberon, il vit l'Irlande exaspérée de servitude se soulever un instant, puis l'Egypte envahie par Bonaparte. Mais rien ne le fléchit. D'ailleurs Nelson détruisait notre flotte à Aboukir (1798; et bombardait Copenhague (1801). Au plus fort du danger, rappelé en arrière par l'amiral Pai'ker, Nelson avait saisi sa lunette, et la plaçant sur l'œil dont il était borgne : « Je ne vois pas les signaux de Parker » ; et il avait continué le combat.

En 1802, Pitt s'était retiré pour ne pas signer la paix d'Amiens. Mais, en 1804, il reprit le ministère et la guerre contre la France. Nelson vainquit encore et périt à Ti-afalgar (1805). Sur la colonne qui lui est élevée, on a gravé ces mots, qu'il jeta pour dernier mot d'ordre à ses marins : « L'Angleterre attend que chacun fasse son devoir. » Pitt, malade, ne lui survécut pas longtemps : l'indomptable ministre fut tué par la nouvelle d'Austerlitz (1805); sa vie entière avait été consacrée à son pays : il lui a donné Malte, le Cap et Geylan.

« Je n'ai pas besoin de nouveaux territoires, disait Kapoléon aux Autrichiens après Ulm ; c'est du commerce et des vaisseaux que je veux. » Contraint à y renoncer, après Trafalgar, il data de Berlin le décret sur le blocus continental. L'Angleterre y répondit par le bombardement de Copenhague et la capture de la flotte danoise (1807), et par l'envoi de Wellington en Portugal (1808). Général froid, sans élan, mais sans faiblesse, rarement vainqueur, jamais vaincu complètement, le duc de fer illustra par sa résistance les lignes de Torrès Védras(1811), vainquit aux Arapiles (1812) et livra la dernière bataille delà guerre àToulouse (1814). Le 18 juin 1815, 11 commandait à Waterloo. « Quel est votre plan ? lui demandait un officier. — Je n'en ai pas d'autre que de tenir ici tant que je pourrai. » L'Angleterre avait vaincu Napoléon.

Mais, le lendemràn de 'Waterloo, la dette publique était de 21 milliards, les fabriques encombrées de produits, le continent fermé par des droits protecteurs. Le peuple s'agitait pour des réformes. En 1822 le whig Canning succéda au tory Castle- Teagh ; il proclama le principe de non-intervention contraire à la Sainte-Alliance et prit part à l'afl'ranchissement des Grecs. Après lui, l'émancipation de l'Irlande fut votée en 18;'9, la réforme électorale qui fixait un cens assez modéré en 1832, l'abolition des droits sur les denrées alimentaires en 1846, grâce à la loyauté du ministre Robert Peel qui sacrifia ses idées personnelles au bien public. De nos jours, la loi électorale a encore été ren-

due plus libérale par la diminution du cens et le secret garanti au vote.

A l'extérieur, la politique anglaise depuis ISIS a poursuivi un double but : étendre les débouchés commerciaux du pays et conserver la prépondérance en Orient en maintenant le statu que,"

l" Création de débouchés commerciaux. — L'empire indien a été étendu par la conquête du Sind et du Pendjab, par l'annexion du littoral compris entre les bouches du Gange et le détroit de Malacca; Singapour est une sentinelle anglaise qui garde le passage. En même temps cet empire a été afi"ermi par la défaite des cipayes, soldats indigènes armés à l'européenne, qui s'étaient révoltés en 1857-1858, et par la substitution du gouvernement à l'ancienne Compagnie des Indes. En 1877. la reine Victoria a même reçu le titre d'impératrice des Indes. — En outre, l'émigration a ouvert un monde nouveau à l'activité commerciale du peuple. Le continent australien n'est qu'une vaste colonie anglaise. Enfin la guerre de l'opium (1840) et l'expédition anglo-française de 1860 ont contraint la Chine à ouvrir ses ports aux hommes et aux produits de l'Occident. Le Japon a dû imiter cet exemple (1858) et les navires anglais sont les plus nombreux dans les mers de l'Extrême Orient.

2" Question d'Orient. — Le seul but de la politique anglaise a été de maintenir le 5<a<u quo, contre l'ambition de la Russie, dans la péninsule des Balkans et dans l'Asie centrale.

Victorieuse malgré elle, à Navarin (1827), l'Angleterre a resserré le nouveau royaume de Grèce dans d'étroites frontières (1830). D'accord avec la Russie, elle a, sur l'initiative de Palmerston et contre le vœu de la France, réduit Méhémct-Ali à l'Egypte héréditaire (1840). En iSôi, l'alliance française lui a permis d'arrêter les progrès de la Russie ; après la prise de Sébastopol , les traités de Paris (1856) ont garanti l'intégrité de la Turquie et la libre navigation du Danube, neutralisé la mer Noire et supprimé la course. Après avoir fait modifier une première fois ces conventions à la conférence de Londres (1871), la Russie victorieuse des Turcs à Plevna et dans les Balkans (1877-78), a imposé aux vaincus le traité de San-Siefano, confirmé dans ses clauses cssendelles par la conférence de Berlin. Depuis, l'Angleterre a cherché à prendre sa revanche en occupant Chypre et lÉgypte. [Paul Schâfer.]

AMMAUX DOMESTIQUES. — Zoologie, V; Géologie, IX; Agriculture, XIII. — I. Historique. — L'homme, en taat qu'eVe organisé, est soumis à la loi commune des êtres organisés, qui est de vivre « aux dépens du milieu », c'est-à-dire en empruntant aux choses et aux êtres qui les environnent les éléments nécessaires à l'entretien de leur existence. Il ne peut vivre qu'à la condition de consommer, pour son alimentation, les débris ou les produits d'autres ét)'es vivants, animaux ou végétaux. Mais, de la supériorité de son espèce, de la délicatesse de son organisation e* bien plus encore, du développement, du perfec tionnement pour ainsi dire indéfini qui le mettent si loin des autres êtres animés, il résulte pour lu' des conditions d'existence toutes spéciales. Tandif que l'animal vit en prenant dans la nature le.' choses nécessaires à sa vie, telles qu'il les trouve l'homme est dans la nécessité de tout changer au tour de lui, de « transformer le milieu » pour l'adapter à ses besoins à lui, à s6s besoins sans cesse croissants, de plus en plus diversifiés. Le cerf des forêts, le bison des savanes, l'oiseau libre, prennent là où ils les trouvent le feuillage des arbres, l'herbe des prairies, les fruits sauvages aux buissons, choisissant seulement ce qui convient à leur organisation ; le loup, le tigre font leur proie d'ani-

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