‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. Buisson (volume 4)Chapitre 81 sur 593 · ANIMAUX DOMESTIQUES — 149 — ANIMAUX DOMESTIQUES · texte numérisé non relu

ANIMAUX DOMESTIQUES — 149 — ANIMAUX DOMESTIQUES

tant elles abdiquent volontiers leur personnalité. C'est ce que le paysan appelle « ses bestiaux ». Au second rang viennent les ordres des Jumentcs et des Carnivores. De même les ordres des Gallinacés et des Palmipèdes nous fournissent presque exclusivement nos oiseaux domestiques, et nous en fourniraient encore de nouveaux, si nous y tenions.

m. BCT ET PROCÉDÉS DE Lk DOMESTICATION. — En

prenant le soin de soumettre, d'entretenir et de perpétuer sous sa domination des espèces aussi différentes, l'homme s'est proposé des buts également divers.

1° L'animal lui-même est considéré comme une réserve alimentaire (animaux de boucherie). Ce fut là sans doute, avons-nous dit, le but immédiat et premier de la domestication. Observons à cette occasion qu'en outre des animaux que nous élevons en vue de la consommation, d'autres espèces encore pourraient être utilisées par nous dans ce sens : le cheval, et l'âne, notamment, dont la viande forme une nourriture agréable, et plus saine certainement que celle du porc. D'un autre côté, nous voyons aussi tirer parti pour l'ahmentation, suivant les temps, les lieux, les états sociaux divers, d'espèces domestiques qui pour une raison ou une autre n'entrent pas chez nous dans la consommation. En Orient, en outre du cheval, de l'âne, on mange le chameau et le dromadaire ; dans l'Amérique du sud, le lama et l'alpaca ; dans la régions septentrionales, le renne : tous animaux utilisés d'ailleurs comme bêtes de somme. Chez les insulaires des mers du Sud, comme chez nos aïeux de l'âge de pierre, le chien domestique est un animal de boucherie.

2» En seconde ligne il faut mettre les produits empruntés à l'animal domestique et utilisés pour l'alimentation : le laitage, la grande ressource des peuples pasteurs. En France, la vache, la chèvre, en certaines localités la brebis et accidentellement l'ànesse nous fournissent du lait. Les Arabes traient, en outre, les juments et les chamelles ; le lait du lama, de l'alpaca, du renne est aussi utilisé. Les œufs des oiseaux domestiques, objet de consommation d'une grande importance, peuvent être assimilés à ce point de vue au lait des mammifères.

3° Les produits non alimentaires, utilisés pour le vêtement et pour diverses industries : le poil, la peau, la corne, l'os, la plume et le duvet. Dès l'origine certains de ces produits ont pour l'homme une importance majeure; le troupeau qui le nourrit, vêt aussi le pasteur. Le poil, surtout dans les espèces à laine, doit être considéré comme produit principal, la consommation de la viande ne venant qu'en seconde ligne. Ainsi le mouton est élevé autant au moins pour sa laine que pour sa viande. Le poil de notre chèvre vulgaire ne peut être utilisé que pour la fabrication d'étoffes trèsgrossières ; mais c'est la chèvre du Tibet, aux oreilles pendantes, au poil fin et doux, qui fournit les laines précieuses dont sont fabriqués les splendides cachemires des Indes ; la chèvre d'Angora fournit une laine supérieure aux plus beaux mérinos. Les Arabes tissent le poil du chameau; le poil du lama et de l'alpaca, animaux appartenant au même groupe que le chameau, entrent depuis longtemps dans notre fabrication européenne, mélangés avec nos laines de moutons. Nous rappellerons seulement en passant l'importance industrielle de la soie, en Chine depuis des temps immémoriaux, en Occident depuis le xv" siècle.

4°En d'autres circonstances, c'est surtout le sr>cours de sa force musculaire que l'homme, trop faible, emprunte à l'animal : de là la bête de labour, la bête de somme et de trait, la monture. En outre du bu?uf, du buffle, du cheval, de l'âne, du chameau et du dromadaire, il faut citer encore le lama et l'alpaca, le renne, le chien, utilisés comme bêtes de somme

et do trait en diverses régions; l'éléphant, avonsnous dit, n'est pas à proprement parler une espèce domestique. Ce n'est pas de la force mécanique pure, de la force aveugle et brutale, telle que peut la fournir une simple machine, que nous demandons à l'animal; c'est le concours d'une force dirigée par une certaine somme d'intelligence et par un instinct soumis. Le cheval, par exemple, doit comprendre l'intention de son cavalier, s'y conformer, l'accomplir par un acte volontaire de son intelligence et avec une part d'initiative proportionnée. C'est donc par l'instinct et l'intelligence que nous avons prise sur la force de l'animal ; et c'est justement par la somme d'intelligence et d'instinct qui s'y associe que cette force nous devient précieuse, supérieure en valeur à la force motrice pure et simple de la machine, et applicable à des fonctions auxquelles celle-ci ne suffirait pas.

5° D'autres fois c'est l'intervention de cette intelligence même et de cet instinct que nous appelons à notre secours, bien plus que la force musculaire : il suffira de rappeler ici le rôle du chieti de chasse et du diien de berger pour faire comprendre de quelles sortes de services il s'agit ici. Mais le chien n'est pas le seul animal qui puisse nous en rendre de tels. Chez nous, à notre époque de civilisation avancée où la chasse est un simple exercice de luxe, la fauconnerie est un art perdu ; et la cynégétique (éducation et emploi du chien de chassej est en voie de décadence. Etant donnés notre temps, nos mœurs, cela nest pas à regretter ; mais il fut un temps, il est encore des pays où l'emploi du chien comme auxiliaire du chasseur était et est chose réellement importante. Dans l'ordre d'idées auquel nous ramène le chieji de berger, il faut citer, ne serait-ce que pour le pittoresque, les services rendus par Yagami, oiseau cchassier de la taille d'une cigogne. En Guyane on confie à l'instinct de cet animal la garde non-seulement d'une troupe d'oies nombreuse, mais celle d'un troupeau de mouton. Ce singulier berger accomplit sa fonction avec un zèle et Qn sérieux étonnants : il conduit « ses bêtes » aux champs, les fait paître au lieu désigné, les empêche de s'écarter, les mène à l'abreuvoir, et le soir venu, les ramène à retable ; dans la basse-cour, il fait la police, mettant le bon ordre parmi la gent querelleuse, séparant les combattants, et distribuant la nourriture avec impartialité.

6° Un certain nombre d'animaux domestiques sont élevés en vue du simple agrément, à titre d'ornement de nos demeures, pour la satisfaction de ce besoin du beau qui est en nous (le cygne, le paon). Quant aux oiseaux chanteurs dont la voix nous égaie, une seule espèce, avons-nous dit (le serin), est réellement domestique chez nous, et se reproduit régulièrement en captivité. Enfin il n'est pas jusqu'aux besoins moraux qui ne trouvent quelque satisfaction dans nos rapports avec les animaux qui vivent près de nous ; le chien surtout est plus souvent chez nous un ami, un compagnon qu'an serviteur : c'est une distraction, presque une conversation.

Observons encore, pour conclure, qiie la plupart des espèces domestiques, et des plus importantes, réunissent divers ordres d'utilité ; ainsi le bœuf est élevé concurremment pour le travail et pour l'alimentation, le mouton pour la viande, le lait et la laine ; exemples qu'il serait inutile de multiplier.

Quant aux voies et procédés de domestication, ils sont peu variés en principe. On cherche à s'emparer de l'individu, à l'apprivoiser, à l'habituer à son existence nouvelle par une combinaison habile de moyens de contrainte et de douceur. Nous n'avons pas à exposer ici en détail les procédés de l'art du dompteur et du dresseur ; en somme, il s'agit de produire l'habitude par une gradation plus ou moins ménagée, d'imposer à l'animal l'empire de

notre volonté par une certaine crainte, surtout de tourner au profit de l'œuvre qu'on se propose ses instincts et la satisfaction donnée à ses besoins. Un Jouple de l'espèce étant apprivoisé, on tente d'obtenir la reproduction. 11 faut souvent plusieurs générations successives avant que les instincts sauvages de l'espèce soient assez modifiés pour qu'on puisse regarder la conquête comme achevée. Quant à la première capture, on peut s'emparer de l'animal adulte, en vue de le dompter et de l'apprivoiser, chose toujours plus difficile ; ou, ce qui vaut beaucoup mieux, prendre des jeunes et les élever. Pour les oiseaux, on peut encore faire couver des œufs de l'espèce qu'on veut domestiquer par une espèce déjà domestique ; ce procédé trèssimple nous fournira, quand nous le voudrons, de nouvelles volailles. Dans tous les cas il convient de nuancer la transition de la condition sauvage à l'état domestique, en imitant d'abord autant que possible le régime naturel, ne le modifiant que graduellement ; enfin de se conformer, dans les fonctions réservées à l'animal et dans toute son éducation, à la pente naturelle de ses instincts, afin de les avoir non pour ennemis, mais pour alliés, non pour obstacles, mais pour moyens.

IV. Conditions de la domestication en général. — On considère comme favorables à la domestication d'une espèce trois conditions :

1* Le régime herbivore ou frugivore ;

2" La précocité des jeunes ;

3° La sociabilité à l'état sauvage.

Les deux premières conditions constituent surtout des facilités pour l'homme h l'égard de 1 entretien de l'individu et de l'espèce. Remarquons à ce propos que les deux espèces carnivores, le «hien et le chat, sont devenues, sous la domination de l'homme plus ou moins oinnivores : et ce seul fait les a rapprochés de nous, en leur permettant de partager plus complètement notre régime, notre existence domestique.

Quant à la sociabilité, les espèces qui vivent par troupes à l'état de nature transforment volontiers, en les tournant vers l'homme, ces instincts affectueux qui taisaient le lien de leurs sociétés entre égaux ; il est plus facile de modifier de tels sentiments que d'en faire naître d'analogues chez les espèces qui vivent à l'état isolé. Ainsi est-il remarquable que le chien est une des rares espèces carnivores qui vivent par troupes à l'état de liberté. Quant au degré (ïintclUgcnce, on peut dire que Vintelligence générale, ombre de celle de l'homme chez l'animal, nous donne prise sur celui-ci, et constitue une circonstance favorable ; tandis que les instincts très spéciaux, tels par exemple que l'instinct de construction du castor, nous créeraient des difficultés.

Effets de la domestication sur les races soumises A l'homme. — Une espèce animale étant donnée, vivant dans un milieu déterminé et d'un certain genre de vie, si les conditions de son existence viennent à changer, il arrivera de deux choses l'une : ou bien l'espèce, par un travail organique lent et inconscient, se modifiera dans une certaine mesure, pour s'adapter à, ces nouvelles conditions d'existence ; ou bien, si son organisation manque d'une certaine flexibilité qui lui permettrait cette évolution, elle périra. La domestication est un cas particulier dans la loi générale. Pour une race réduite en domesticité, tout est changé dans les conditions de vie : le milieu, les habitudes, le régime ; il en résulte des modifications d'ordres très divers, et qu'il est fort intéressant d'observer. Tout d'abord c'est l'instinct qui est atteint par les changemenis imposés aux habitudes ; et par l'intermédiaire de l'instinct, les mœurs se modifient; enfin l'organisme par suite des mœurs. L'animal domestiqué se sent protégé

sistance, il perd les instincts de recherche inquiète des aliments, avec tout ce qui s'y rattache : la disposition hagarde et hostile chez la bète de proie, la férocité, effets de la sollicitation sans cesse renouvelée des besoins : c'est la faim qui fait la bête féroce. Soustrait au péril, il perd plus ou moins ses instincts de défense, de vigilance, que les hasards de la vie sauvage surexcitaient et tenaient en éveil ; et avec cela certaine tendance rusée et défiante, naturelle au faible menacé. Par les mêmes raisons s'oblitèrent chez l'animal domestiqué les instincts particuliers à chaque espèce, et qui ne sont en réalité que des formes diversifiées de ces instincts généraux : prévoyance, réserve alimentaire, ruses spéciales d'attaque ou de défense, habitudes nocturnes. L'ensemble du caractère de l'animal se modifie donc, plus ou moins suivant les espèces, et dans le sens de mœurs plus douces, et d'une existence plus paisible et plus régulière. Et comme l'organisme doit toujours s'adapter aux habitudes et aux besoins, il en résulte secondairement des transformations organiques plus ou moins profondes.

Ainsi par le seul fait de la domesticité, abstraction faite de toute autre cause, on remarque chez les mammifères l'alourdissement des formes, l'adoucissement du poil, la perte ou la diminution des armes naturelles, telles que les cornes ; les oreilles pendantes sont aussi un caractère des races très modifiées par la domesticité : conséquence de l'oblitération des instincts de défiance qui font dresser l'oreille à l'animal timide toujours prêt à la fuite. Chez les oiseaux, c'est l'alourdissement du vol, avec la mollesse des muscles moteurs des ailes. Chez presque tous les animaux la périodicité dans les fonctions reproductives et dans l'éveil donné aux instincts divers qui s'y rattachent, est plus ou moins dérangée, parfo's totalement abolie sous l'influence de la domesticité. La fécondité est parfois diminuée, souvent augmentée : la production du lait est considérablement prolongée, chez certaines femelles, par le fait de la traite, et devient non plus une fonction périodique, en relation avec les besoins du petit, mais une fonction pour ainsi dire permanente. — En outre de ces conséquences du changement des conditions générales de l'existence, il y a les modifications plus spécialement voulues, imposées par l'homme. C'est tout d'abord le développement et la spécialisation de certains instincts ou de certaines facultés par lesquelles tel animal nous est plus particulièrement utile (dressage, éducation du chien de chasse, etc.\ ce sont les modifications des formes de l'animal suivant nos besoins ou nos caprices : le développement musculaire, par exemple, chez l'animal auxihaire du travail : tendances acquises, modifications subies par l'individu, et qui sont susceptibles de se transmettre, dans certaines limites, par voie de génération, de manière à affecter la race même. Mais un moyen plus puissant que la simple éducation est à notre portée. A la sélection 7iaturelle, au choix instinctif dans l'association reproductive de la race se substitue un choix artificiel des reproducteurs; par cette voie de sélection systématique et de croisements, l'homme peut modifier très-profondément — sans toutefois franchir les limites tenant aux caractères mêmes de l'espèce — et pour ainsi dire à son gré tout ce qui constitue l'animal : instincts, intelligence, aptitudes à tel mode d'éducation ou à telle fonction donnée ; forme, proportions, taille, qualité du poil, couleurs de la robe, armes naturelles. Les éleveurs le savent fort bien, et en tirent grand parti ; ils moident pour ainsi dire à leur gré une race de bétail. Le caractère le plus frappant des races asservies par l'homme est justement cette grande variabilité. En ce qui touche la taille, la couleur de la robe ou

et nourri par l'homme : avec le souci de sa sub- J du plumage, la qualité du poil, cette variabilité

ANIMAUX DOMESTIQUES — loi — ANIMAUX NUISIBLES.

est extrême. Le savant Darwin a pu obtenir des variétés indéfiniment multipliées de pigeons, s'éloignant en sens diveygents du type premier, et qui finissaiert par devenir tellement différentes entre elles qu'à l'œil on eût cru voir des oiseaux d'espèces tout à fait distinctes. — Mais quoi ? vous avez sous les yeux l'exemple extrôme de la variabilité des races domestiques. Tout le monde reconnaît un chien, n'est-ce pas ? personne ne le confond avec un loup ou un renard, espèces voisines. Eh bien, voulez-vous me faire la description d'un chien, dire ce qui caractérise et distingue l'espèce? Cherchez bien. — Tout à coup, vous pensez au dogue énorme et au minuscule carlin, au mince et haut lévrier à poil ras, au massif bouledogue, au terrier bas sur pattes, au caniche laineux... Apercevez-vous un caractère qui soit commun à tous, et n'appartienne pas aux espèces voisines du loup et du renard ?

Les naturalistes ne sont pas moins embarrassés que vous ; et savez-vous ce qu'ils ont trouvé? J'ose à peine vous le dire, de peur d'avoir l'air de manquer de sérieux... la queue portée en trompette ! — Mais trouvez donc autre chose, je vous prie! — Je sais bien que l'origine de nos chiens domestiques doit être attribuée à plusieurs variétés sauvages distinctes ; mais la part faite à cette cause, il reste encore énormément à rapporter à l'influence de la domestication. Remarquons enfin que dans beaucoup de cas la domestication s'est compliquée des difficultés de V acclimatation *, cause spéciale de modificaiion et de dégénérescence, iy . Ane, Cheval.)

Il y a des degrés dans la domesticité. Ainsi certaines races de bestiaux qui vivent par grands troupeaux errants dans les steppes touraniennes sont réellement à demi-sauvages ; ou peut citer dans le même ordre d'idées les buffles à demi domptés utilisés en Italie, les chevaux errants de la Camargue. Abandonnées à elles-mêmes, rendues à la liberté, les races domestiques retournent h la vie sauvage : les animaux qui subissent cette évolution régressive, ce retour plus ou moins complet à l'état primitif, sont dits marrons. Tels sont les chevaux libres des plaines de l'Amérique du Sud, importés domestiques de l'Europe, sur un continent où l'espèce n'existait pas, abandonnés, revenus à la vie errante des prairies, et désormais naturalisés à l'état sauvage; tels sont les c'dtns marrons qui vivent par troupes en certaines régions du même continent et de l'Afrique. A l'autre extrémité de la série nous voyons des espèces tellement modifiées par l'esclavage qu'elles ne semblent plus capables de subsister sans la protection humaine : tels nos moutons, bonnes bêtes douces et stupides, incapables de se défendre, et qui ont maintenant plus besoin de nous que nous n'avons besoin d'eux. Plus transformés encore sont le chat et le chien, qui vivant dans nos demeures urbaines, tout près de nous, partageant notre régime et se pliant à nos habitudes, reflètent je ne sais comment en leurs mœurs et leur physioromie quelque chose des mœurs et du caractère même de leurs maîtres, et nous offrant le curieux spectacle d' « animaux civilisés. »

'V. Progrès a faire dans la domestication. — Il nous reste d'importants progrès à accomplir dans l'œuvre de la domesticaiion : conquérir de nouvelles espèces, améliorer celles que nous possédons déjà. Les espèces nouvelles que la science propose d'acquérir sont surtout des espèces étrangères, encore sauvages ou déjà domestiquées en d'autres régions : quoi qu'il en soit, la question d'acclimatation prime et domine ici la question de domestication. Les plus importantes acquisitions seraient celles de la chèvre du Tibet, du lama, de la vigogne, du tapir (animal de boucherie); peut-être, poiir le midi de la France, du cAawieau;' pour l'Algérie du

casoar ou du nandou, sinon de l'autruche, à demi domestiquée déjà vers le Cap. Parmi les espèces indigènes deux surtout mériteraient notre attention : la loutre, qui, quand nous le voudrons, nous donnera, comme dit Toussenel, l'équivalent précieux d'un chie7i de pêche qui nous manque; la cigogne, à laquelle on pourrait sans doute demander quelque chose de semblable aux services que rend l'agami.

Au point de vue de la production de la force motrice, il est une importante remarque sur laquelle nous devons revenir et insister. En domestiquant le bœuf, le cheval, l'âne, l'homme a surtout eu pour but de se décharger sur un être inférieur d'un travail pénible ; quand le cheval, l'âne, tournèrent la meule à la place de la femme ou de l'esclave, puisèrent l'eau d'arrosement à l'aide d'une noria, etc., ce fut un grand progrès. Puis le génie humain s'adressa aux forces brutes de la nature, et ce fut l'eau, ce fut le vent, enfin le feu, qui fournirent la dépense de force nécessaire à la mise en mouvement des outils du travail, et l'animal, à son tour, fut déchargé d'autant. De plus en plus celui-ci perd de son importance en tant que simple moteur: de plus en plus il doit être réservé pour les travaux dans lesquels l'intervention de son intelligence et de son instinct sont une nécessité et par conséquent constituent tme valeur. En somme, avec le progrès (Je l'industrie, l'avenir demandera de moins en moins à l'animal sous le rapport matériel (la question de l'alimentation et des produits secondaires étantréservée),de plus en plus elle devra demander sous le rapport de l'in telligence et de l'instinct ; le serviteur de l'homme sera de moins en moins sa machine, de plus en plus son compagnon. La conclusion est donc que nous devons tenter de perfectionner l'animal auxiliaire surtout au point de vue de l'instinct et de l'intelligence, afin de pouvoir lui confier certaines fonctions inférieures du travail qui pèsent encore sur l'homme, tandis que ses fonctions inférieures actuelles, à lui animal, ses fonctions purement mécaniques tomberont dans le domaine de la machine. Or, sous ce rapport, nous sommes bien loin de ce qui pourrait être obtenu. Nous savons tout ce qu'on parvient à faire exécuter, par exemple, à des chiens savaids, qui jouent aux cartes, au damier, etc. Quoiqu'une telle éducation, anormale en ce qu'elle procède sans tenir aucun compte des tendances naturelles de l'être ou plutôt justement en opposition avec elles, soit une véritable déviation, quelque vains que soient de pareils résultats, ces faits du moins etd'autressemblables ont pour avantage de nous faire pressentir ce qu'il serait possible d'obtenir de l'intelligence de l'animal au moyen d'un système rationnel d'éducation dirigé vers un but utile. Qui sait, pour finir par une visée lointaine qui n'est peut-être pas une utopie, qui sait quels services l'homme pourrait attendre, dans l'avenir, d'un animal supérieur tel qu'un singe anthropomorphe, que je suppose rendu domestique, très-développé dans son intelligence et profondément modifié dans ses instincts par une éducation et une sélection scientifiquement conduites pendant une assez longue série de générations successives ? I C. Delon.]

AM.UAUX NUISIBLES. — Zoologie, V; Agriculture, XXI. — Il n'y a rien d'absolu dans la définition de ces mots animaux nuisibles, animaux utiles, qui ne doivent être pris que dans le sens d'une plus grande somme ou de méfaits ou de scr\'iccs et qui ont souvent une signification locale. Les exemples vulgaires, pris dans tous les groupes d'animaux, expliqueront parfaitement cetts pensée. Certains gibiers nous offrent des ospèces utiles pour l'alimentation, comme les antilopes, si abondantes dans l'Afrique australe, les cerfs et les chevreuils de nos bois, les lapins de garenne,

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